Mikado

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Original post
DO
Un tiroir de bric et de broc ouvert brusquement et mes trésors qui se cassent la figure, des crayons qui s'échappent d'une trousse et voilà le plus beau jeu de mikado étalé sur le parquet, mikado de crayons de couleur. Il ne m'en faut pas plus pour partir en voyage : sans déplacer les autres, le jeu consiste à prendre un crayon dont la couleur évoque un souvenir, une image, une émotion...

Le rouge et voilà les coquelicots qui dodelinent le long d'un champ de blé ; simple balade campagnarde. Et puis ce vert céladon, c'est la trace laissée par la goutte de pluie qui glisse sur la feuille d'un manguier ; bain de fraicheur sous une averse tropicale. L'ocre c'est la poussière de cette terre indienne écrasée de chaleur ; ce doit être de là que je viens. Le gris argent c'est la couleur d'un fleuve ; survol d'un hiver de glace. Ce jaune orangé c'est le sable léché par des vagues paresseuses ; pensées vagabondes et rêveuses le long de l'océan. Et enfin Je prends un dernier crayon, c'est la couleur dans laquelle je me glisse pour le plus délicieux des voyages, c'est le bleu d'un regard...

Des crayons, des couleurs et des voyages en souvenirs de bric et de broc, comme le tiroir aux trésors...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
WA Wapiti74 Veteran ·
Et quand tes doigts s'envolent sur ton clavier, que de trésors traversent nos écrans ! [:)][:)]
"Nous méritons toutes nos rencontres ; elles sont accordées à notre destin, et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer." Mauriac
KE Kelessuf Globetrotter ·
Sagement assise à mon pupitre, la boîte de couleurs devant moi. L'institutrice observe, bienveillante et attentive. Exigente. Je ne veux pas la décevoir. Je regarde dehors; « voilà l'oiseau-lyre qui passe dans le ciel ». Je peux commencer. Je ferme les yeux et ouvre prudemment le précieux coffret. Toutes les couleurs sont mélangées. Les feux d'artifice. Puis la foule dans les bus, les trains, les avions d'ici et d'ailleurs. Je m'amuse à leur inventer une histoire; il y a les sévères et les excentriques, les classiques et les pétillants, les petits et les grands. Et les souvenirs.

Je referme les yeux. Je prends un crayon au hasard. « Vert cèdre ». Les paupières closes, je me concentre. Et voici les sapins des Vosges et les pins parasols. La taïga sur mon planisphère bio-climatique.

« Jaune zinc » et voici le ciel d'orage en fin de journée. « Gris clair » et je me perds dans les brumes du lac de Skadar. J'aurais juré y avoir vu la Dame s'en échapper, une épée brandie vers le ciel. « Rose pâle ». Rien ne vient... « Jaune citron » et ce sont les bus de Santiago. « Cannelle » et le Pont Neuf à Toulouse. « Noir » et certains cailloux dans le désert, des fragments d'obsidienne sur les chemins de Rapa Nui. « Vrai bleu » et les hortensias des Côtes d'Armor. « Vert nuit » les eaux de la Neretva sous le pont de Mostar. « Ocre » me ramène dans le passé avec la vieille tente canadienne et la 2 CV qui ne voulait plus passer les cols alpins avec la tribu et la remorque. « Rouge géranium clair » et ce sont tous les sens interdits que j'ai pris, les « piétons passez » que je n'ai pas attendus, les chemins de traverse. La Chine impériale et l'URSS des manuels; même redevenue Russie elle reste rouge. Et les coquelicots de Dolma s'y superposent; les miens batifolent au mois de mai avec le blé en herbe de la vallée du Célé.

« Carmin foncé » comme les murs de la médina de Marrakech. « Orange foncé » lorsque le soleil s'invite dans la nef des Jacobins par les grands vitraux. Et la tapisserie à grosses fleurs de la cuisine dans l'appartement de l'enfance; et les casseroles assorties.

« Vert Moss » du dayet Chegaga. Et il y a tous ces souvenirs incolores, trop lumineux pour en discerner les couleurs, éblouissants. Des moments que je garderai pour moi. La rencontre du désert, aussi. Il est temps de rendre la copie, je l'avais promis. La boîte en métal, déglinguée, rappelle ses précieux passagers. Les portières se referment. Etait-ce le wagon doré que nous avons rencontré, en sortant de l'école? En tous cas, tout autour de la terre il m'a emmenée.

Et l'oiseau-lyre et là, dans mon pupitre.

Il me sourit, je lui souris.

Le « rose pâle » est une évidence. Haute comme trois pommes et les joues colorées par le froid. Et les paupières plissées qui jouent avec les flocons. Et les doigts collants. Et les lèvres sucrées. Et les rires qui s'envolent. La Barbapapa du marché de Noël...
DO Dolma Globetrotter ·
Quand les crayons sortent de ta boite déglinguée, ils nous font partager avec ravissement des souvenirs aux mots joliment colorés...

Merci [:)]

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
AC Accorde ·
les crayons de dolma roulent et voyagent jusqu’ici pour nous donner d’autres images encore comme

Le rouge de cette terre traversée en lui tenant la main ou Le vert kaki de cette peau maquillée sur laquelle éclate un regard habité de dignité ou bien L’ocre du maroc qui jazze avec les mille verts au rythme fou de ce camion qui nous ramène à la maison ou encore Le gris argent de la vitre sur laquelle dégouline un reste d’eau à l’abri des éclats de l’orage ou enfin Ces oranges comme un cadeau fait par matisse à la ville de nice
AN Annequebec ·
[:)]Ne t'arrete pas .....recommence ...continue à nous faire partager le tracé de tes voyages en poésies....je n'en garderai que des rêves ...mais je ne me lasserais de te lire......merci
Rester, c'est exister Partir, c'est vivre...
DO Dolma Globetrotter ·
D'autres crayons pour d'autres couleurs-voyages...

Le vert velours qui enveloppe les amandes cueillies au bord d'un chemin d'Espagne Et puis ce bleu sombre des toits d'ardoises à Honfleur où il fait si bon flâner certains matins Mais aussi le brun clair d'une Afrique assoiffée quand les animaux jouent avec leur ombre Voilà le gris perle qui annonce l'orage quand il n'y a plus dans l'air qu'un soupçon d'impatience Et le chocolat qui se marie si bien avec le vert pistache d'une glace tant convoitée un soir sur Mt Royal Ou bien encore la cannelle douce saupoudrée sur le riz que l'on passe au four Et puis toujours ce bleu d'un regard qui passe de saphir à azur selon ombre ou lumière...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
GE Geli Veteran ·
Bonjour Dolma, Ta caresse du vent des poètes que tu nous fait partager avec tant de talent ne peut qu'inviter à créer et partager les richesses de coeur de chacun. Merci à tous Geli
KE Kelessuf Globetrotter ·
Merci [:)]. La poésie de Dolma est généreuse, elle nous entraîne dans son sillage... vers l'essentiel de nos voyages, ce que nous gardons au plus profond de nous. Petit nuage blanc, légèrement translucide des jours d'été, qui murmure que le soleil rayonne, mais qu'il ne brûlera pas. Qui donne envie de s'envoler vers des ailleurs impressionnistes. Bonne journée![:)]
AC Accorde ·
J’ai trouvé ce matin quelques crayons égarés, déjà presque sans couleur Je suppose que ces crayons appartiennent à Dolma, je les lui retourne donc par la poste, persuadé que le voyage leur fera retrouver toute leur saturation Je regarde ces petits bout de bois et avant de m’en séparer, me reviennent encore deux ou trois images Comme cette tache orange qui rigole dans le ciel au dessus d’une immense plage déserte ou bien ces fines lignes noires écrites sur les falaises que seuls les oiseaux apprennent à lire ou bien ce jaune, ce rose et ce vert qui dansent ensemble autour d’un même sourire
LA Laptitmarie Veteran ·
Un arc en ciel de poésie et je m'envole au paradis......
Balades autour de la boule : Inde, Bangladesh, Turquie, Népal, .. Récit Bangladesh Récit Inde 2001
DO Dolma Globetrotter ·
Quelques gouttes de pluie ou bien sont-ce des larmes et voilà les images qui s'effacent, et puis est-ce le vent qui se faufile ou bien un soupir qui fait s'envoler les trésors éparpillés sur le parquet ?

Il est temps de ranger les crayons, de refermer le tiroir de bric et de broc et d'écrire le mot "fin"...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
GE Geli Veteran ·
Ce mot fin, n'est pas un adieu, ne nous y trompons pas. Les crayons une fois retaillés ressortiront pour continuer de nous tracer les si beaux chemins de nos pensées, reflets de nos bonheurs, parfois de nos tristesses ou de nos nostalgies, qui font de nous des êtres animés d'une âme ouverte à la vie [;)] Geli

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