(1)
Navré de vous contredire mais tel n'est absolument pas le cas dans toutes les langues malayo-polynésiennes, et notamment pas en tahitien qui dit pae pour ce nombre, même si rima désigne étymologiquement les cinq doigts de la main et la main elle-même, en reo ma'ohi.
Il est tout à fait inutile d’être « navré », car je l’ai toujours dit, je ne prétends pas être omniscient et je me base sur les références que je trouve et qui ont un minimum de crédibilité. Cela ne les empêche pas d’être ici ou là dans l’erreur, ou bien (comme je pense être le cas ici) de prendre quelques raccourcis. J’accepte bien volontiers ce que « vous » dites (il y a quelque chose de déplaisant dans le vouvoiement) sur le mot « cinq » en Tahitien. Cela n’enlève strictement rien au message général concernant la parenté qui existe entre les langues austronésiennes (qui comprennent les langues malayo-polynésiennes).
Ce commentaire n’est pas utile. Il est comparable à arguer du fait que « trois » se dit « seh » en Farsi, ce qui de toute évidence n’appartient pas à la belle série « trois (franchis, tri (russe), drei (allemand) etc… », pour contredire le fait que les nombres se retrouvent en général remarquablement bien à travers l’éventail des langues indo-européennes.
(2) [ « plusieurs études sur la variation de l’ADNmt (ADN mitochondrial) dans les populations humaines ont ensuite confirmé que c’est en Afrique qu’il existe la plus grande diversité génétique et sont donc en faveur d’une apparition de l’homme en Afrique il y a 100 000 à 200, 000 ans».]
Si la théorie de l'apparition de l'humanité en Afrique est très à la mode, elle perd du terrain face à l'hypothèse d'une origine humaine située en Australie... Comme quoi, il n'y a rien de certain dans ce domaine et dans un sens comme dans l'autre, la génétique ne prouve rien, surtout quand on sait que la diversité génétique de l'Afrique à laquelle vous faites allusion peut provenir de brassages inter-ethniques successifs somme toute assez récents... Qui plus est, c'est faire peu de cas de la diversité génétique des peuples australiens ou de Papouasie... Enfin, bref... Disons que la théorie d'une humanité à l'origine africaine fait bien dans le décor, puisque éminemment consensuelle et destinée à faire oublier les tristes souvenirs du colonialisme... Pourtant, cela ne reste qu'une théorie parmi d'autres, n'en déplaise à tant de généticiens prompts à tirer des conclusions hâtives à partir de spéculations hasardeuses...
Il y a une grande consistance dans les recherches récentes, qu’elles soient basées sur la génétique, l’archéologie ou la linguistique, et qui loin d’être des spéculations hasardeuses sont des théories élaborées par une quantité de scientifiques de haute gamme. Cela dit, je suis personnellement ouvert à toutes théories. Je les accueille même à bras ouverts, à partir du moment où elles sont étayées par des faits tangibles ou des déductions logiques. Je serais très curieux d’apprendre quelles sont les preuves qu’on apporterait pour soutenir la théorie de l’origine humaine en Australie. Je ne suis pas à la solde des chercheurs que j’ai cités.
Quant à la diversité génétique des Africains dont je parlais, citant un nombre d’études, cela n���a rien à voir avec les brassages inter-ethniques qui bien sûr ont eu lieu, comme partout ailleurs. Les peuples peuvent se mélanger tant qu’ils veulent sans créer les mutations de DNA sur lesquelles toutes ces études sont basées. De plus, il serait particulièrement curieux que de tels brassages ne produisent pas encore plus de diversité génétique plus près de la « source » supposée de l’humanité, à savoir l’Australie. Encore une fois, au risque d’être pesant, il ne s’agit pas de diversité génétique dans le sens « avoir des tailles ou des traits faciaux différents ».
(3) [ La seule famille connue de l’Asie du sud-est qui semble manquer est la famille austronésienne, mais nous allons y revenir un peu plus loin.]
Mille pardons de vous objecter que bien que devenu tonal sans doute au contact du chinois, le tsat n'en est pas moins une langue malayo-polynésienne et plus précisément austronésienne encore parlée par quelque 3800 âmes dans le sud de l'île et province de Hainan, dans la province de Yaxian, dans le district de Yanglan et les villages de Huixin et Huihui... Voici deux liens à son sujet : http://en.wikipedia.org/wiki/Tsat_language & http://www.ethnologue.com/...anguage.asp?code=huq
D'autre part, le yami parlé à Taïwan dans l'Île aux Orchidées (Lan yu) est lui aussi austronésien et je me permets de vous renvoyer ici : http://en.wikipedia.org/wiki/Tao_language & http://www.ethnologue.com/...anguage.asp?code=tao
Je n’ai aucun problème ni aucune surprise à apprendre que le tsat de Hainan fait partie de la famille austronésienne, et peut-être même malayo-polynésienne. Que ce soit un vestige de langues parlées par des gens qui ont migré par la suite vers Taiwan (Hainan faisant partie du sud de la Chine), puis de là se sont éparpillés à travers les archipels de l’Asie du Sud-Est et au-delà (et donc une bonne surprise d’en apprendre l’existence), ou qu’il s’agisse en fait de l’un de ces peuples émigrés de Taiwan (auquel cas ils pourraient très bien être apparentés aux Cham un peu plus au sud au Vietnam). Une fois de plus, je ne vois pas où se trouve l’objection.
Quant au « yami parlé à Taiwan étant lui aussi austronésien», je ne vois vraiment pas l’objet de cette remarque, car je l’ai toujours dit, c’est à Taiwan qu’on trouve (encore de nos jours) la plus grande diversité de langues austronésiennes. Donc, une de plus, merci pour l’information !
(4)
C'est une tendance parmi d'autres largement invalidée du fait d'erreurs multiples induites dans les années quarante par Paul Benedic lorsqu'il se livra à des rapprochements entre les souches kradai et austronésienne... Du reste le linguiste Graham Thurgood a-t-il clairement mis en évidence les bévues manifestes de Benedic quand il se base sur quantité d'emprunts au chinois afin de « reconstruire » une hypothétique proto-langue du nom de proto-autro-tai, par exemple, ce qui infirme en très grande part ses travaux...
Ce sont exactement les doutes que j’exprimais.
(5)
Là encore, assertion gratuite, désolé : personne n'en sait rien et n'en saura sans doute jamais rien... Quant aux peuples malayo-polynésiens, je vois très mal en quoi ce seraient les « dérivés » des Aborigènes de Taïwan car strictement rien ne prouve que ces derniers soient antérieurs aux premiers... Qu'est-ce qui vous permet d'affirmer que les Taïwanais sont originaires du continent (resterait à déterminer lequel !) et que ce sont les ancêtres des Malayo-Polynésiens, s'il vous plaît ?
Premièrement, on ne sera jamais sûr à 100% de rien du tout puisqu’il n’y a pas d’histoire écrite et fiable. C’est ce qu’on appelle enfoncer une porte ouverte. On pourrait à partir de là se résigner à ne même pas commencer à se poser le genre de questions que je me pose (et si elles vous ennuient, vous n’êtes pas obligé de suivre ce poste). Personnellement, je trouve intéressant, plaisant et passionnant de justement poser ces questions et chercher des réponses possibles. Deuxièmement, j’ai fourni assez d’arguments pour pouvoir soutenir la théorie que j’ai exposée, qui n’est pas la mienne mais que j’accepte comme étant logique et consistante avec les faits et les observations dont on dispose. Cette remarque fait preuve de mauvaise foi.
(6)
Comme dit à l'instant, il y en a au moins deux : le tsat et le yami (cf. ci-dessus)...
Comme dit plus haut (3).
(7)
La haute estime que vous avez de vous-même ne vous empêche pas de faire parfois fausse route et j'espère que mes modestes réactions à certaines de vos thèses fragiles ou tout simplement à des erreurs auront permis que vous en preniez conscience...
J'ose croire que vous ne me tiendrez pas rigueur des contre-éléments que je vous ai fournis ni de ma franchise et dans cet espoir, je vous souhaite une excellente continuation.
On a de temps à autre affaire à des imbéciles qui objectent pour un oui ou un non sans vouloir se plier à un minimum de discipline intellectuelle et sans se donner la peine de bien lire ce qu’on a écrit. Je trouve tout à fait légitime de s’affirmer sans fausse modestie comme je l’ai fait. « Vous » dites que cela ne m’empêche pas de faire fausse route : quoi de neuf ? J’ai bien dit moi-même que « des « vrais » experts pourront bien trouver à redire » sur certains points. Je n’ai aucun problème avec cela. Quant à m’accuser de présenter des « thèses fragiles », je me demande dans quelle mesure ce ne seraient pas celles que « vous » insinuez, sans bien les définir ni les argumenter, d’ailleurs.
J’accepte volontiers la discussion, mais je ne trouve aucun intérêt à pousser très loin avec quelqu’un qui se présente sur le ton que « vous » avez pris dans « votre » intervention.