Carnet n° 67: Mayotte / 25 - 29 mars 2016
FR

This discussion is in French, the community’s main language.

Original post
ES
www.youtube.com/watch?v=qGE9WVIeWJQ Vendredi 25

J’ai toujours eu envie de revenir à Mayotte. Voire même d’y travailler un jour. Pourtant, je prévois ce voyage à la dernière minute en liant le souhait d'une collègue de visiter l’île au lagon et mon éternel besoin de voler. Dans le contexte actuel d’une départementalisation défaillante sur fond d’immigration galopante, il était bien de venir ici faire un tour avant de décider d’y passer quelques mois. Ce que je ne m'avoue qu'à moitié, c'est qu'il s’agit surtout de mes derniers jours de liberté avant de prendre la relève ; à partir de la fin du mois, ce sera à mon tour de m’occuper de ma fille.

Je quitte donc la Réunion en compagnie d'E. alors qu'au travers du hublot je vois une pluie drue inonder le tarmac de Rolland-Garros. Dehors, il fait chaud et moite, comme pour préfigurer ce qui nous attend là-bas, plus au nord, sur cette terre de France perdue au milieu du canal du Mozambique. A l'intérieur de l'avion, un vieux 737 d'Europe Airpost affrété par Air Austral, j'apprécie une nouvelle fois le luxe d'un voyage aux issues sans voisin, uniquement dérangé par toutes ces questions sans réponse que je me pose au sujet de Mayotte.

Dès l’arrivée, je suis comme happé ; je retrouve l’Afrique. Alors que les uniformes et les panneaux de signalisation propres à la France sont tout de même plus discrets que les femmes en boubou, l’état des infrastructures me rappelle plus le Congo que Neuilly-sur-Seine et la chaleur, insupportable, finit de me rappeler où je suis. En sortant de l'aérogare, nous prenons place à bord d'un taxi collectif conduit par un Mahorais en sueur portant une coiffe traditionnelle et rejoignons en moins de dix minutes l'embarcadère de Dzaoudzi. De là, la traversée vers Mamoudzou dure un bon quart d'heure. Tandis qu'on laisse s'échapper Petite Terre, les reliefs de la Grande apparaissent enfin. Là, entre deux eaux, oscillant entre deux terres, je retrouve au loin les points culminants de Mayotte : au sud, le Choungi, devant moi le Pili Pili et le Bénara et derrière Mamoudzou, le Combani. Ce qui saute aux yeux, pour un Réunionnais, c’est qu’en dehors dela capitale, l’ensemble du littoral est constitué de forêts. Oui, de temps en temps, j’aperçois bien un village ou une plage, mais dans l’ensemble, c’est comme si l’île entière était recouverte d’une épaisse forêt tropicale.

En débarquant, le choc des cultures se vit de manière frontale. Assises à même le sol, les bouénis (1) bariolées vendent leurs fruits et légumes quand les hommes se chargent d'aller à la rencontre du client potentiel en brandissant leurs chinoiseries. Les trottoirs, les bâtiments, tout est crade, usé, rapiécé. À part peut être, à droite, le nouveau marché couvert. Il fait chaud, il fait très chaud, et c'est dans la douleur que nous parcourons les neuf-cent mètres qui nous séparent du loueur de voitures. Un instant, entre deux villes, nous longeons la mangrove qui dévoile à marée basse les affres que lui font subir l'inconséquence des hommes : dans la boue qui se mêle au sable, on devine les papiers et les aluminium, les canettes et autres bidons gras.

Je m’empresse de quitter les lieux en mettant la clim’ à fond dans la voiture. La route n’est pas trop mauvaise, seulement, suivant les caprices du littoral, elle n’est véritablement qu’une succession de virages. La vitesse s’en trouve limitée ; on dépasse rarement les 60. Trente minutes après, nous sommes déjà à Bandrélé. Là, nous déposons en coup de vent nos affaires chez nos hôtes car il s’agit ne n’avoir jamais rien dans son coffre alors que la voiture stationne. Il est même recommandé de ne jamais la verrouiller... On se presse. Je tiens à arriver à N’Gouja, dans le sud- ouest de l’île, au moins une heure avant le coucher du soleil pour pouvoir nager avec les tortues, toujours présentes à cet endroit de l’île.

Ravis, nous arrivons à l’heure prévue.Déçus, ce sera pour constater que la mer est grosse et qu’une honnête drache commence à s’abattre sur la plage. Nous nous consolons avec une glace industrielle au bar du Jardin Maoré avant de rentrer au gîte. Il fait nuit à 18h ; il est trop tard pour profiter de la belle vue depuis la terrasse. En contrebas, le bruit de la mer nous donnerait presque envie de dormir porte et fenêtre ouvertes. Seulement, l’humidité accablante ne se corrige qu’avec la clim’, fenêtre fermée, et si le gros portail à l’entrée du jardin nous sécurise depuis la route, nous savons bien que le voleur rode et arrive de la mer par ce même chemin que nous emprunterons plus tard pour quitter le rivage en kayak. Nous fermons donc aussi la porte. Trois moustiques mutants passent. Nous nous endormons.

Samedi 26

Désormais à l’aise, en voyage, avec l’idée de me laisser porter par le mouvement, j’accepte de partir en mer ce jour plutôt que lundi et grappille au passage une substantielle économie. Nous roulons donc trente minutes de Bandrélé au ponton de Mamoudzou en traversant les villages qui se réveillent doucement. Il est 7h30, le soleil cogne déjà fort ; sans la clim’, je serai déjà trempé de sueur. Au ponton, bercé par la brise de mer, je supporte bien l’attente de notre navire avec quelques dizaines de couillons en partance comme nous qui à la plongée, qui en excursion.

Donatien, capitaine 200, me donne l'idée d'être frais comme au premier jour bien que son métier soit des plus routiniers. Affable, patient et extrêmement sympathique, il envoûte ses clients en leur contant le lagon, ses petits secrets et ses grands mammifères. Il m’apprend même, pauvre de moi, que si le requin est un poisson, le dauphin lui, est un mammifère. Subtil. Aussi, fort de ces explications, je décide de me jeter à l’eau entre la barrière de corail et ces îlots paradisiaques qui font la réputation des cartes postales. Oui, je trouve le courage de me mettre a l'eau en pleine mer, à ceci près que ma main reste solidement attachée à l'échelle du navire. Les autres eux, nagent avec vigueur vers les dauphins et autres raies manta désormais à portée de main. Moi, j’ai bien trop peur de l’eau ; je vivrai l’émerveillement depuis le pont.

A proximité de l’îlot M’Tsamboro, nous buvons un punch coco sur un îlot de sable blanc. L’eau est turquoise, le ciel bleu, nous sommes tous ravis d’échapper à la pluie qui était pourtant prévue. À quelques miles, la terre. Et un radar bien visible. Un des quatre radars affectés à la surveillance des côtes et qui indique chaque nuit aux autorités dépassées la présence de kwassas (2) dans les eaux territoriales. Un moment, je me retrouve seul avec Pascal et Jean-Pierre, deux gendarmes en repos aujourd’hui et qui consentent à me raconter brièvement leur quotidien. Brièvement, ça donne ça :

"Notre boulot revient à vouloir écoper l’océan avec un dé à coudre."

Alors pourquoi ne pas stopper l’immigration à la source ? Pourquoi ne pas patrouiller toutes les nuits dans les eaux internationales, à mi-chemin entre Anjouan et Mayotte ? Ou plutôt, pourquoi n’ont-ils réellement patrouillé qu’au plus fort de l’état d’urgence alors qu’il faudrait le faire chaque nuit ? Je n’obtiens pas de réponse. Juste une sorte de parallèle entre ici et la Guyane, juste une légère comparaison entre les orpailleurs surarmés de la jungle équatoriale et les pauvres bougres en guenilles qui tentent ici le tout pour le tout. Sauf que ces pauvres bougres qui représentent à ce jour 40% de la population de l’île saturent les salles de classe, les centres de rétention et les services de soin jusqu’à la Réunion. Moi, je trouve ça prodigieux que notre gouvernement ne se donne pas les moyens d’œuvrer en amont et laisse à ses ouailles le soin de s’en dépatouiller. Oui, c’est cette même France qui donne des leçons aux autres, qui fait si bien pression sur certains pays et qui inflige des embargos. Cette France là doit bien avoir les moyens de la dissuasion ? Pourquoi est-elle si fébrile à l’idée d’être ferme ? La culpabilité ?

A plusieurs reprises, nous nous arrêtons pour nager avec masque & tuba dans ce lagon à la nature encore préservée. L’endroit est exceptionnel, l’instant magique. Le soleil qui joue à cache cache avec les nuages illumine comme un stroboscope fonctionnant au ralenti les coraux blanc, violet, rouge et bleu autour desquels tournoient des milliers de poissons multicolores. Devant ces tombants (3) véritablement renversants, je ne peux m’empêcher de faire le parallèle entre le calme et la beauté du littoral et le drame humain qui se joue à l’intérieur des terres.

Il ne pleuvra guère que lors du retour, bien à l’abri de notre Peugeot 107. Ce soir, nous dînons traditionnel au ZamZam, un restaurant sans prétention pourtant délicieux situé dans le centre Bandrélé, entre la tôle ondulée et les barreaux qui façonnent les habitations et l’Hôtel de ville couleur terre cuite flambant neuf.

Dimanche 27

Quand E. part plonger, je tente sinon le diable, la rapide balade au départ de Tsingoni vers la cascade Soulou. Évoluant pourtant au sein de ma République, j’y vais la peur au ventre, incapable de me défaire de ces histoires de violence et de racket qui ont lieu sur les terrains de randonnée. C’est ainsi. Tout ce qui ne se gère pas en amont se paie toujours au bout du compte. Que ce soit dû à l’immigration ou aux adolescents légaux délaissés. Après une descente glissante derrière les dernières maisons de Tsingoni, je me retrouve bloqué devant un marécage inextricable. Finalement, à défaut de bandits, ce sont les pluies diluviennes de la veille qui stoppent ma progression !

Je rebrousse alors chemin puis fait le taxi pour tuer les quelques heures d’attente. J’avance sans but réel. Je prend, je dépose. Je discute, ou non. J'embarque des Malgaches, des Mahorais mais j'embarque aussi et surtout des Comoriens. Chose curieuse, ce sont ces derniers qui parlent le mieux français ; ce qui permet à Ibrahim de me raconter sa vie :

- "Tu vas aller un jour à Grande-Comore ? C’est un pays magnifique ! - Ah oui ? Si c’est si magnifique, pourquoi tu restes à Mayotte alors ? - Hum... Très bonne question..."

Après quelques instants de réflexion, il m’explique :

- "Oui, ici je n’ai pas de travail. Mais ici il y a de l’eau et de la lumière."

De la lumière ? Je cherche. Je réfléchis... Ah oui ! Jean-Louis Borloo : Energie pour l’Afrique ! Pas d’électricité, pas de lumière. Alors que la lumière, à la nuit tombée, c’est véritablement la tranquillité. Moins de viol, moins de vol, moins de crime, moins de complot. J’explique à mon tour à Ibrahim comment même les Mahorais éprouvent des difficultés à trouver du travail. Et je lui fais un cours express de planning familial. Au final, Ibrahim fera comme tout le monde : il travaillera au noir pour un Mahorais qui, en contrepartie, ne le dénoncera pas. Ce qui ne l’empêchera pas de vivre caché dans les montagnes derrière Mamoudzou, à jouer au chat et la souris quand les gendarmes seront d’humeur...

Je ne comprends vraiment pas le jeu de la France. Si nous sommes véritablement gouvernés par la démagogie, les français eux sont plutôt généreux. Et s’ils ne le sont pas, la morale sociale aura tôt fait de les culpabiliser pour qu’ils rentrent dans le rang. En Métropole, on impose aux citoyens une immigration comprenant une part non négligeable de gens non assimilables pour ensuite clamer haut et fort les vertus du vivre ensemble ! Ici à Mayotte, on laisse s’infiltrer, sans réellement légiférer, une immigration régionale qui à terme fera imploser l’île. En attendant que les Mahorais réalisent qu’ils se sont fait duper par un gouvernement de pacotille, ils font comme la plupart des gens : ils accueillent, ils tolèrent. Si je suis incapable, moi, de refuser une course à un illégal, comment pourrais-je critiquer ceux qui les soignent ?

De retour à Mamoudzou, je me pose près du ponton et sirote une THB au Camion Blanc. Je repense à l’Afrique et à sa logique pourrie. Au-delà de la notion même de contraception, les gens y font des gosses à tour de bras pour assurer leur propre survie. Plus ils ont d’enfants, plus ils s’assurent d’être pris en charge. Et c’est intéressant de constater que plus on grimpe dans l’échelle sociale, moins les gens font d’enfants. En effet, en capitalisant sur deux ou trois enfants, en leur donnant les moyens d’étudier, ils s’assurent tout autant leur survie. Mayotte, c’est la croisée entre deux mondes. Alors que dans les années 80 on enseignait aux Mahoraises la règle du 1, 2, 3 STOP, leurs consœurs comoriennes rattrapent le temps perdu en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Ça me rappelle vaguement le Kosovo. Oui, si les 25 naissances quotidiennes (4) de l’île assurent aux parents leur survie, elles assurent surtout aux Comores la réappropriation prochaine de leur île dont l’avenir fut scellé en 1841. Ou, pour reprendre le mot de Philippe Boggio : la migration à outrance, comme une forme de revanche historique.

Ici, au Camion Blanc, quelques souvenirs me reviennent alors que je regarde cette clientèle hétéroclite qui s’agite sur des trottoirs cramés entre la mer sale et deux poubelles défoncées. Le jour, on croise plutôt de pauvres hères en quête d’une ivresse passagère. Le soir, les M’zungus viennent dépenser leur majoration de salaire. Le cadre, je vous l’assure, n’a rien de bucolique. Je pense que c’est un art de vivre, ou est-ce simplement le seul endroit où l’on puisse se retrouver ?

Nous retournons ensuite déposer nos affaires à Bandrélé avant de revenir sur nos pas, pour déjeuner à Sakouli, sur l’une des deux plus grandes plages de l’île. Au beau milieu d’un weekend pascal l’établissement est bondé. Tout comme pour N’Gouja, le chemin d’accès à la plage, impraticable, est largement saturé de voitures stationnant en dépit du bon sens. Imaginez ! Deux grandes plages sur une île et pas même une route digne de ce nom avec de quoi garer la centaine de véhicules qui y stationne chaque weekend ! Décidément, je ne comprends pas ce qui pousse les gens à vivre ici. Nous déjeunons au bar, chacune des terrasses situées sous un gros baobab étant prise d’assaut. Quant au kayak, nous n’y pensons même pas ; tous les équipements sont loués pour la journée.

Fort heureusement, nos hôtes à Bandrélé ont la gentillesse de nous prêter les leurs aussi, c’est ravis et pleins d’énergie que nous partons en début d’après-midi à la conquête de l’îlot Bambo situé à quelques quarante minutes de pagaie. Entouré d’un tombant auquel on accède en quelques coups de palmes, cet Îlot sauvage et inhabité peut aussi être contourné à pied en une demi-heure. Pour multiplier les points de vue tantôt vers la terre, tantôt vers le large, je m’amuse à escalader les gros pitons rocheux que vient lécher la marée montante. Parfois, fruit de la paranoïa ambiante, je crois deviner des yeux qui m’observent depuis la haute futaie qui coiffe l’îlot.

Ce soir, au ZamZam, je mange un mataba en dégoulinant littéralement. Pas que ce plat soit épicé, non, mais que l’atmosphère encore plus lourde que la veille soit manifestement saturée d’humidité.

Lundi 28

Pas résignés, nous retournons à N'Gouja avant les heures maudites d’un lundi de Pâques. A cette heure matinale, le chemin est aussi pourri qu’à toute heure de la journée mais il offre au moins l’avantage de pouvoir s’y garer convenablement. Puis c’est véritablement le festival de la tortue de mer ! En nageant quelques dizaines de mètres en direction du large, on survole les herbiers où se nourrissent les tortues. Évoluant par cinq ou six mètres de fond, accompagnées ou non d’un poisson rémora, elles ne dévoilent réellement toute leur grâce que lorsqu’elles remontent à la surface.

Avant de rentrer à Bandrélé, nous entreprenons le tour de la presqu’île de Boueni, l'occasion pour nous de voir ce qui se fait partout sur l'île, à savoir des Hôtels de Ville tout neufs érigés au beau milieu d’un capharnaüm de tôles et de détritus. Mayotte, premier importateur de tôle ondulé au monde ? Quoique. Ah non, c'est l'Afrique. Oui, c'est bien ce que je disais. Ah... Qu’elles sont loin ces belles propriétés canadiennes qui se passent de barrières. Ici, je ne vois pas de pelouse. Je vois de la boue. Je vois des gens qui traînent dehors jusqu'à pas d'heure comme s'ils se réchauffaient au lampadaire du coin. Mais leurs conversations, je n'en doute pas un seul instant, valent cent fois plus que celles de la télévision. Et c'est une bonne chose que cette dernière n'ait pas été ici aussi démocratisée que dans le reste du monde occidental. Ici, les gens se parlent. Et ça c'est chouette.

- Excusez moi, on cherche la Baie des Tortues ! - Ha ? Je ne sais pas. Il faut demander... - Bah, c'est ce qu'on fait, non ?

On a bien ri !

Songeant à rejoindre Mamoudzou, nous quittons un peu un regret L. & Y., un couple charmant qui donne l’impression de vivre en paix sur cette terre controversée. Sur la route, nous prenons en stop quelques uns de ces éternels marcheurs avant que la pluie ne tombe encore. L’image de ces gens qui marchent au bord des routes reste pour moi propre à l’Afrique. Pas assez d’argent pour se véhiculer, pas assez de gens pour organiser des transports en commun fiables et réguliers. Quand je dépose la voiture de location, je m’étonne quand même que personne ne s’arrête pour me prendre en stop sur le kilomètre qui me sépare du ponton... Ça valait bien la peine que je trimballe hier la moitié de l’île pour me retrouver aujourd’hui au bord de la route, cramé par le soleil, contraint de prendre un taxi collectif !

Puis l’après-midi s’enchaîne à merveille : déjeuner au Camion Blanc, traversée en barge vers Petite Terre, installation au Rocher, un hôtel vieillissant mais bien situé et randonnée vers les plages jumelles de Moya. Quand il est l’heure de partir en randonnée, il ne reste qu'un taxi tout pourri qui attend près de la barge. Son conducteur accepte avec joie de nous mener à Labattoir, commune de France, ou plutôt à l’arrière de cette dernière, au point de départ du sentier. Pourtant, aussi trivial que puisse paraitre le nom de ce charmant village, le traverser aura suffi pour convenir qu’il ne porte pas si mal son nom : de part et d’autre des ruelles crades et défoncées, la tôle ondulée brille en plein soleil. Un chien finit de vider ce qui doit être une poubelle. Deux ou trois chèvres traversent sans regarder.

On démarre le chemin menant au Lac Dziani, puis je me laisse porter. Je décide des bifurcations à l’instinct, aidé tout de même par l’omniprésence de la mer encore plus manifeste sur cette petite terre. Signe que le sentier n’est plus entretenu, nous marchons dans les broussailles hautes. Par endroit, nous admirons des vues époustouflantes sur le lagon, la Grande Terre, le lac vert de souffre au sein du cratère et les plages de Moya auxquelles nous accédons par un sentier abrupt. Sous le regard incrédule des roussettes à l’envergure impressionnante, nous y descendons et nous y nageons puis à 17h30, remontant du parking, j'arrête une voiture : Pierre consent à nous ramener vers la ville. Ravis de n’avoir pas à marcher deux bonnes heures sur cette route désastreuse et bénissant son Duster poussiéreux, j’interroge Pierre sur sa vie mahoraise. Employé d’une entreprise du bâtiment de renom, il mène à Mayotte la grande vie d’expat’. Il est souriant, enjoué, il apprendra demain le lieu de sa prochaine expatriation. L., son garçon de trois ans ne comprend pas tout. Il aura toute sa vie pour digérer tous ces voyages et ces déménagements. En tout cas son père est un chic type, il fait un petit détour et nous ramène au Rocher avec un grand sourire. Et c’est alors que la pluie commence à tomber ! Deux minutes après, le ciel nous tombe littéralement sur la terre en faisant ce bruit si particulier du Concorde au décollage.

Le timing est parfait. Seul bémol : pour les tortues, c’est foutu ! Si les plages de Moya sont réputées pour les pontes nocturnes, ce soir, personne ne voudra nous conduire au bout de cette route impossible. Je reste rationnel, on ne peut pas tout obtenir. E., elle, souhaite noyer sa déception dans une pizzéria. A Dzaoudzi. Un lundi soir. Tandis qu’au dehors tout est éteint, j’avise une dame fermant le rideau de ce qui était jusqu’alors notre unique chance. C’est la patronne. Elle ne faisait que passer pour régler des papiers. Elle propose de nous rapprocher de Pamandzi, seul espoir de salut gastronomique. La pizzeria de son mari ne paie pas de mine mais elle fera le job et une fois rassasiés, nous sommes même reconduits à l'hôtel. Je découvre à Mayotte un concept intéressant : si chez nous on passe commande, ici, on apporte les clients !

Mardi 29

Nous quittons. Face à Grande Terre, le grand aérogare tout neuf survit grâce à un ingénieux système de courants d’air. Depuis la salle d’attente au premier étage, devant le spectacle saisissant d’un magnifique arc-en-ciel surplombant l’archipel, je ne m’explique toujours pas cette nostalgie qui m’anime. Nous décollons face au sud et, laissant sous notre aile l’exubérante vie sous-marine de la passe en S, nous saluons d’un dernier regard cette terre au destin aussi compliqué qu’inattendu.

Epilogue

L’archipel des Comores est géographiquement composé de quatre îles principales : Grande- Comore, Mohéli, Anjouan & Mayotte. Si cette dernière est française depuis 1841 (5), les trois autres îles, divisées en royaumes ou sultanats distincts, deviennent en 1886 des protectorats sous l’autorité du gouverneur de Mayotte (colonie). En 1946, séparées administrativement de Madagascar, les quatre îles forment alors un Territoire d’Outre-Mer. C’est la première fois de leur histoire qu’elles existent en tant qu’entité unie et reconnue. Au décours du processus de décolonisation voulu par l’ONU, le référendum de décembre 1974 est sans appel : Mayotte vote pour son maintien dans la République ; les trois autres îles, pour leur indépendance. Seulement, et c’est toute la subtilité, fallait-il considérer le vote île par île ou bien dans son ensemble ?

Les Comores s’appuient sur la résolution 3385 du 12 novembre 1975 qui, en réaffirmant la nécessité de respecter l’unité et l’intégrité territoriale de l’archipel (elle cite les quatre îles), impliquerait tacitement que les Comores ne sauraient être sans Mayotte (6). Cette résolution de l’Assemblée Générale n’a qu’une valeur facultative ; à l’inverse d’une résolution du Conseil de Sécurité, elle n’est pas contraignante.

La France elle, s’appuie sur un second référendum tenu début 1976 qui réaffirme la volonté de Mayotte de rester française. L’ONU n’en conteste pas le caractère démocratique pourtant, elle le déclarera nul et non avenu (7). Que la France ait entendu le message des Mahorais, c’est beau, c’est sport. Mais que la France n’ait pas pris la peine d’imposer a minima que les Mahorais parlent français me pose question. Comment s’affranchir alors de la question du colonialisme ? Où sont les notions de partage, d’entraide ? Comment vivre ensemble si on ne parle pas la même langue ? À Mayotte, à défaut de vivre ensemble, les Blancs tiennent les postes clés avec majoration de salaires quand la plupart des Mahorais vivent avec moins de cent euros par mois.

Après que l’ONU ait réaffirmé ses positions fin décembre 1994 (8), Edouard Balladur met fin à la libre circulation des personnes entre les Comores et Mayotte (9). Depuis cette date, la France considère comme clandestins ceux que les Comores considèrent comme autochtones sillonnant entre îles à l’image de leurs aïeux. Les associations de défense des migrants hurlent au scandale, les Comores parlent d’un mur de division, la France elle, applique son règlement. Chaque nuit en mer entre Anjouan et Mayotte, deux personnes en moyenne meurent noyées.

La raison familiale est souvent invoquée, comme pour mieux cacher les raisons médicales et la raison suprême : accoucher en France. Il est presque plus simple de risquer sa vie sur un kwassa que de se faire soigner aux Comores. Au Centre Hospitalier de Mayotte, où il n’est pas rare de traiter des pathologies ou des situations dignes de la médecine humanitaire, les femmes enceintes deviennent une arme d’immigration massive. Alors que mon pays pratique 230 000 avortements par an, je reste abasourdi devant la condescendance emprunte de repentance avec laquelle la France traite les femmes enceintes Comoriennes. Prises en charge à Mayotte, il suffit d’un rien pour les faire évacuer et hospitaliser à la Réunion aux frais du contribuable. Et si l’on diagnostique un souci majeur chez l’enfant à naître, on ira jusqu’à les transférer à Paris ! Dans les deux cas, à la Réunion ou à Paris, ces femmes sont assignées à l’hôpital ; en situation irrégulière, elles ne peuvent évoluer à l’extérieur. Pendant ce temps, à la Réunion et en Métropole, des dizaines de milliers de personnes qui vivent largement sous le seuil de pauvreté n’ont pas accès aux soins...

Peut-on lier délinquance et clandestinité ou est-il plus juste d’assumer que la jeunesse mahoraise, rebelle et dévoyée, est tout aussi responsable, sinon entièrement, du climat d’insécurité qui règne sur l’île ? Les cambriolages, les vols, les agressions, les chiens torturés à mort en pleine nuit, c’est l’affaire des clandestins ? Avec une telle inégalité sociale, avec autant de promesses non tenues, avec une telle démagogie, sans pour autant l’expliquer, je pourrai presque comprendre cette violence devenue sur l’île de plus en plus palpable. D’un côté, de jeunes Mahorais en colère, de l’autre, de jeunes Comoriens, abandonnés avec raison par leur parents reconduits (10) et qui s’entassent dans des bidonvilles aux abords de Mamoudzou. Et pour gérer tout ça, pour consoler, canaliser, une Aide Sociale à l’Enfance dont les moyens sont complètement sous évalués.

Enfin, ce qui me pose aussi question, c’est l’incroyable rupture entre l’ambition départementale et les moyens mis en oeuvre. Il y a quelque chose de louche. Pourquoi une telle urgence quand bien même la Cour des Comptes relevait dix ans auparavant les difficultés générées par une telle entreprise (11) ? Pourquoi le reste de la République n’a-t-il pas été consulté sur la question ? N’aurait-il pas été judicieux d’entreprendre les réformes de fond avant la départementalisation ? Agencement des rues et numérotation, réforme du droit coutumier, gestion du foncier et du cadastre, alphabétisation des populations pour ne citer que cela. Alors qu’à l’évidence, le pilotage de l’État dans le processus de départementalisation a été bâclé, je sens comme une odeur d’orgueil et de cupidité dans cette décision ; je ne crois pas en l’altruisme de ma République.

S’il apparait à l’issue de cette brève analyse que la présence française à Mayotte n’est pas si contestable, il n’en demeure pas moins que la situation sur l’île est, sinon le laboratoire du manque de courage politique, au bord de la catastrophe. Les autorités se voilent la face ! Si les subventions et autres dotations sont directement liées aux chiffres officiels, elles prennent en compte 200 000 âmes quand il se vend sur l’île l’équivalent en riz de 300 000 bouches ! Les écoles sont saturées d’élèves et désertées des professeurs. Les hôpitaux sont saturés de patients mais désertés des médecins. Et la délinquance, galopante, est aussi peu prévenue que réprimée.

Pour permettre au peuple Mahorais de vivre convenablement, le législateur devra faire voter une loi plus stricte quant au droit du sol (12) pour dissuader enfin l’immigration obstétricale. Et si l’État doit véritablement revoir sa copie en reprenant point par point les éléments en faveur d’une départementalisation réussie, le Département devra lui se donner les moyens d’investir correctement les missions et responsabilités qui lui ont été transférées. Alors alphabétisée et forte de son identité, Mayotte pourra entrer de plain-pied dans la République : à l’égal des autres départements, prenant conscience de ses devoirs elle pourra enfin jouir pleinement de ses droits.

NOTES :

1 Les Bouénis sont à Mayotte les femmes qui ont un certain âge et, pour avoir en général porté de nombreux enfants, en ont conservé une corpulence respectable...

2 Petits canots de pêche rapides de 7 mètres, à fond plat et nantis de deux moteurs qui tanguent énormément (comme les corps en mouvement sur la danse congolaise éponyme).

3 Un tombant est une paroi rocheuse sous-marine très vivante donc riche à explorer.

4 www.clicanoo.re/...mp;id_article=506782

5 Andriantsoly hérite du sultanat en 1832. Conscient des menaces qui pèsent sur son île et souhaitant en préserver l'autonomie île face aux autres souverains comoriens, il se tourne vers les Français qui viennent de s'emparer de Nosy Be (Nord-ouest de Madagascar). Le 25 avril 1841, le sultan vend Mayotte à la France (Louis-Philippe Ier) en échange d’une rente viagère et d’autres avantages. Ce traité est ratifié officiellement par l'État français en 1843.

6 www.un.org/...%28XXX%29&Lang=F

7 www.un.org/.../RES/31/4&Lang=F

8 www.un.org/...RES/49/18&Lang=F

9 Le gouvernement d’Edouard Balladur décide, le 18 janvier 1995, d’instaurer un visa aux conditions draconiennes pour contrôler l’entrée des Comoriens sur le territoire de Mayotte

10 L'article L. 511-48 prévoit qu’un mineur de 18 ans ne peut pas faire l'objet d'une procédure de reconduite à la frontière.

11 La Cour des comptes rend public, le 13 janvier 2016, un rapport thématique consacré à la départementalisation de Mayotte. Mise en œuvre dans un contexte socio-économique préoccupant, marqué par une forte démographie et une importante immigration irrégulière, cette départementalisation rapide a été mal préparée et mal pilotée. La situation financière du Département et des communes de Mayotte est dégradée. Le manque de clarté des perspectives financières dans lesquelles s’inscrit cette évolution institutionnelle complique encore la situation. Les préalables identifiés dès 2008 dans le « Pacte pour la départementalisation » n’ont pas été remplis en temps voulu : alignement de la réglementation et de la législation applicables, passage à la fiscalité de droit commun, problématiques foncières, notamment. Face à l’urgence de répondre aux besoins d’infrastructures de base (eau, assainissement, habitat, constructions scolaires) et aux problèmes sociaux que connaît l’île (aide sociale à l’enfance, chômage, notamment), le Département et l’État doivent dresser des priorités claires et entreprendre sans délai la mise en œuvre des mesures appropriées : www.ccomptes.fr/...9/2110702/version/1/ file/20160113-rapport-thematique-departementalisation-Mayotte.pdf

12 Pour les enfants nés en France de parents étrangers, c’est le "droit du sol" qui s’applique. L'enfant obtiendra donc la citoyenneté française à 18 ans, sous certaines conditions : posséder un certificat de naissance en France, résider en France et y avoir vécu durant au moins cinq ans depuis l’âge de 11 ans. Avant sa majorité, il peut acquérir la nationalité sur demande de ses parents (entre 13 et 16 ans), ou sur demande personnelle (entre 16 et 18 ans), avec des conditions de durée de résidence en France.
SO Solene40 Veteran ·
Et bien, voilà un récit intéressant, argumenté et politisé!! Le problème est bien trop complexe et ma connaissance sur le sujet bien trop limitée pour que j'ai un avis mais tu m'as beaucoup intéressé en tout cas. J'espère pouvoir découvrir ce bijoux qu 'est Mayotte un jour, mais j'avoue lâchement que la situation actuelle me refroidit ++. Merci Basile
Le monde est comme un miroir, si tu lui souris, il te sourit aussi!
ES Estonien ·
Bonjour Christelle, Merci pour ton message. J'ai essayé, au travers d'un court voyage d'apparence insignifiant, de donner au lecteur les clefs de cet endroit en tâchant de rester impartial. Oui, l'endroit est ingrat : qui voudrait voler dix heures sans avoir l'assurance de passer de bonnes vacances ? Il est bon d'y partir en tribu (deux familles avec enfants par exemple). Ou seul(e) et aguerri(e). En couple, ça peut vite devenir compliqué si l'on est mal renseigné : les sentiers de randonnée peuvent être le théâtre d'embuscades et les plages désertes le sont jusqu'à l'apparition des voleurs. Seul endroit tranquille : la mer, avec les magnifiques plongées qu'offrent un des lagons les mieux préservés du monde. J'ai rajouté le lien pour la vidéo du voyage. Bonne continuation !
LO Loinloin Regular ·
Bravo pour cet excellente "relation de voyage". Connaissant cette ile, je puis affirmer que ce qui est relaté d'une façon très honnête et sans parti pris est la réalité. Mayotte est dans une situation difficile, je dirais même préoccupante. L'Etat a décidé la départementalisation de cette ile de façon désordonnée, inconséquente, en mettant peu de moyens (car il ne les a pas ou pas suffisamment, tant les besoins en infrastructures sont immenses), d'où les problèmes passés, présents et futurs. Ce n'est pas un nouveau Préfet qui va changer les choses, hélas.
1S 1sitraka2 Globetrotter ·
J' ai eu l' occasion d' aller à Mayotte en 1979, il n' y avait rien, pas un hôtel, pas un restaurant, même pas un bar, mais il est vrai pas d' insécurité non plus. J' ai toujours été contre la départementalisation de Mayotte, cette Ile est un véritable boulet que nous allons traîner longtemps. Il n' y a rien en commun avec la France, ni la langue, ni la religion...Rien, les Mahorais sont polygames. C' est une véritable bombe à retardement. Bref, maintenant que c' est fait, il n' y a pas d' autres solutions que d' accepter, les français devront payer à long terme, pour un département mal situé géographiquement par beaucoup d' entre eux. Vue de Mayotte, la départementalisation a été votée, pour bénéficier des avantages sociaux offerts par la métropole, et les politiques locaux n' ignoraient pas les avantages liés au fait de devenir une région ultra périphérique de l' Europe. Je ne suis pas convaincu que cette départementalisation ait été mal prévue, ou mal organisée, et je trouve bien des critiques injustifiées. Il n' a jamais été dit que l' Ile devait se trouver au niveau des autres départements français le jour du vote. La Réunion, département français bien avant, a vu une intégration complète et les prestations versées égales à celles des métropolitains au bout de 25 ans. Ça se fera comme ça c' est fait pour les autres départements d' outre-mer mais dans le temps. Alors que la Réunion était département français depuis 1946, en 1960 les réunionnais qui en avaient les moyens allaient se faire soigner à Madagascar qui était une colonie, maintenant c' est l' inverse. Pour en revenir à Mayotte, des moyens devront être mis, c' est certain, mais rien ne se fera si les mentalités n' évoluent pas.
https://voyageforum.com/discussion/ile-sainte-marie-madagascar-octobre-2018-d9188932/

https://voyageforum.com/discussion/souvenirs-grande-ile-d7233640/
KA KaniBé Veteran ·
Vivant à Mayotte, je trouve ton diagnostic très éclairé et pertinent pour un passage aussi court. Tu relates avec justesse et retenue les trop nombreux obstacles à une intégration de Mayotte dans la République Française. Je pense cependant que l'incurie, l'incompétence, et la gestion erratique des dirigeants, élus locaux surtout, mahorais de tous bords, contribue malheureusement à la situation actuelle.

Tu as bien fait de quitter Mayotte le 29 mars, car à partir de ce jour- là, nous avons plongé dans 17 jours de chaos avec "grèves", barrages, violences et même meurtre (à Kaweni) !🏴‍☠️ Depuis, la tension ne retombe guère, avec notamment les "coupeurs de route" qui sévissent sitôt la nuit arrivée attaquant les voitures, rackettant les passagers et blessant ceux qui résistent....sans parler des "décasages", expulsions de comoriens par les mahorais dans les villages de l'île !!!🏴‍☠️ Bref, en quelques mois seulement, une certaine douceur de vivre ici s'est muée en peur réelle dans la population aussi bien locale que métro. Il nous faut apprendre à vivre avec , et quels contrastes avec La Réunion où je viens de passer une semaine !!!





Quelques images sur https://www.flickr.com/photos/jean37/albums
1S 1sitraka2 Globetrotter ·
Il nous faut apprendre à vivre avec, et quels contrastes avec La Réunion où je viens de passe une semaine !!!

Certes, mais à la Réunion, avec pourtant de meilleures chances d' intégration, ça ne s' est pas fait tout seul et sans violences non plus. Actuellement La Réunion est apaisée.
https://voyageforum.com/discussion/ile-sainte-marie-madagascar-octobre-2018-d9188932/

https://voyageforum.com/discussion/souvenirs-grande-ile-d7233640/
KA KaniBé Veteran ·
Oh, mais j'en suis bien conscient...
Quelques images sur https://www.flickr.com/photos/jean37/albums
ES Estonien ·
Bonsoir Fanny, Merci pour cet échange ; ça me rassure. J'ai toujours peur de me tromper quand j'écris. Pour rebondir sur ton opinion quant au Préfet, je rajouterai que ce n'est surtout pas en changeant de Préfet aussi régulièrement qu'on arrivera à quelque chose.
ES Estonien ·
Bonsoir Jean, Merci pour ton message. Je dois préciser que ce voyage était ma quatrième visite. J'avais déjà été frappé par quelques incohérences lors de mes visites en 2013, depuis, comme hanté par cette terre, j'ai voulu y revenir pour y puiser la substance de ce Carnet.
ES Estonien ·
Bonsoir Alain, Merci pour ta participation. J'ai eu l'occasion d'avoir cette discussion comparative avec la Réunion par plus tard que la semaine dernière. Il en est ressorti deux éléments de taille : 1. La Réunion était cosmopolite avant la Départementalisation : les différentes ethnies, volontiers francophone, avaient à cœur de vivre ensemble sous un même pavillon. A Mayotte, la République se heurtent à une culture et à une religion complètement différentes. 2. La société de consommation que l'on connait aujourd'hui n'a rien à voir avec celle de 1946. On m'a aussi relaté cette anecdote des Réunionnais partant à Mada se faire soigner. La notion d'assistanat était sensiblement moins prégnante à l'époque. Je voudrais me risquer à rajouter deux choses : 1. Je pense que l'État à fait preuve de malhonnêteté en n'exposant pas aux Mahorais les devoirs auxquels ils seraient inéluctablement confrontés. La Départementalisation (comme l'accession au statut de Région Ultrapériphérique de l'Europe) permet surtout à la France de créer un flou juridique dans la position qu'elle entretien avec l'ONU. 2. En effet, peu de gens savent que la même chose s'est produite à La Réunion : les prestations sociales sont versées en fonction notamment du recouvrement des taxes foncière et d'habitation. Seulement, il aurait été judicieux de clarifier la question du cadastre avant d'engager le processus de Départementalisation. Pour ne parler que de ça.
1S 1sitraka2 Globetrotter ·
Les deux avantages qu' on peut trouver à avoir fait de Mayotte un département, sont pour la France de rester le deuxième État océanique mondial et de conserver une position stratégique près du canal du Mozambique. Je ne me ferai certainement pas l' avocat de la France, mais comment parler de malhonnêteté alors que les Mahorais ont voté à trois reprises et ont exprimé la volonté de rester dans la République. Les autres îles de l' archipel des Comores ont choisi l' indépendance. Les Mahorais ne pouvaient ignorer que ce choix entraînait des droits mais aussi des devoirs.

Ceci reste mon avis, il y en aura peut-être d' autres.
https://voyageforum.com/discussion/ile-sainte-marie-madagascar-octobre-2018-d9188932/

https://voyageforum.com/discussion/souvenirs-grande-ile-d7233640/
KA KaniBé Veteran ·
............. 1. Je pense que l'État à fait preuve de malhonnêteté en n'exposant pas aux Mahorais les devoirs auxquels ils seraient inéluctablement confrontés. La Départementalisation (comme l'accession au statut de Région Ultrapériphérique de l'Europe) permet surtout à la France de créer un flou juridique dans la position qu'elle entretien avec l'ONU...............

Présent en 2009 à Mayotte (c'était ma 4ème année !), j'ai vécu les étapes vers la départementalisation. Il est vrai que l'Etat français sous Sarkozy, à l'initiative du référendum de mars 2009, avait peu informé la population mahoraise des OBLIGATIONS générées par la départementalisation (les voix de l'Outre-mer sont précieuses !). L'accent avait surtout été mis sur les DROITS nouveaux qui devaient tendre à moyen terme à un rapprochement avec les autres DOM (allocations familiales, RSA, salaire minimum etc..). Le gouvernement de l'époque a promis beaucoup mais peu expliqué les conséquences.

Je n'avais cessé de rabâcher à mes étudiants, comme la plupart de mes collègues, les enjeux mais aussi les incidences de cette mesure, notamment en matière de foncier et de fiscalité.

Face à un déni de réalité et un REFUS de voir les choses en face de leur part, j'ai baisser les bras, et me suis réfugié dans l'abstention (seuls 2 votes contre avaient été comptabilisés dans mon village !).

Le résultat est là !!!

Quelques images sur https://www.flickr.com/photos/jean37/albums
DO Domi75 Regular ·
Merci mon cher Estonien de ce rappel historico juridique de la situation comorienne et de Mayotte en paticuliers. Fils de medecin militaire j'ai vécu trois ans- jusqu'en 1972- à Majunga ( à 70 miles ) où notre cuisinier était mahorais comme bcp de majungais originaires des Comores. Le drame sanglant de 1975 a chassé l'essentiel de la communauté comorienne de la province du Boina et quelques années après Mayotte a rejoint le giron français. Je peux te dire qu'en 1972 mais parents sont partis avec un petit bimoteur ( beechcraft) sur les 4 îles dont mayotte qui étaient un petit paradis. Pas plus gentils que les comoriens et les mahorais à cette époque. Autres temps autres moeurs..

Pour ma part si je me rends aux Comores , j'irais à Moheli , la plus petite île où l'on trouve des crustacés et encore une vieille présence française ( exilée sous la terreur révolutionnaire de 1793) . Merci me donner précisions accomodement sur Mohéli , si tu en as. Bien à toi Dominique
D J D Orsini
RE Renephilippe Regular ·
Ayant vécu et travaillé là-bas de 2003 à 2007, mais aussi regardant les infos régionales sur France ô tous les matins, je constate l'aggravation de la situation. Pour me mettre "à l'aise" dès mon arrivée, voici le message de bienvenue pour un m'zoungou (homme blanc). "La france, on en à rien à f..tre, ce qu'on veut, c'est vos euros... Ça a le mérite d'être clair. Ils ne sont pas tous comme ça, heureusement. Sans aborder la question des prix (1 yaourt à l'époque valait 1 euro, et je parle bien d'un POT de yaourt, pas d'un paquet). La bouteille de Pulco 15 euros.

Maintenant, le climat très dur. On pourrait se doucher facilement toutes les 5 minutes, en zigzaguant entre les 1000 pattes et les cafards. Mais surtout, ce qui m'a le plus déçu c'est leur racisme envers les blancs, mais aussi et surtout envers les autres comoriens et malgaches. Après une manifestation de comoriens qui n'en pouvaient plus d'être traités comme des chiens (après avoir expulsés les sans papiers de leur case en tôle Manu militari, ils ont incendié leurs cases, c'était à Amourou), il y eut une contre manifestation de mahorais contre les clandestins à Mamoudzou. Naïf, je dis alors à mon patron que je ne comprenais pas, ajoutant (ce qui est vrai...) que les mahorais étaient aussi comoriens et que les clandestins étaient leurs frères. Grosse gueulante de mon patron me disant "c'est comme si je disais que les allemands étaient les frères des français". J'ai plus recommencé.

Bref, tout cela n'est qu'une mascarade "d'intégration" complètement bidon destinée à recevoir des subsides en tous genres, dilapidés par quelques malins, avec beaucoup d'injustices et de misère humaine.

Je ne suis pas prêt d'y retourner, malgré la beauté qui se dégrade de jour en jour avec une insalubrité hallucinante.

Bon courage à ceux qui veulent y aller.
BS Bsiegl Regular ·
bravo pour votre récit trés véridique et lucide sur cette ile , on a une " bombe" là potentiel , tout çà pour avoir un territoire maritime ... avec des richesses sous marine a exploiter - théorique- dans 40 ans ...... on le paye depuis + de 20 ans de plus en plus cher , et coût exponentielle c'est pas le nouveau Préfet envoyé il y a 2 mois qui modifiera quoique ce soit ...... il va tout donner...... pour s'éviter " des émeutes et emmerdes perso et essayer de se faire muter le plus vite possible
RE Renephilippe Regular ·
bravo pour votre récit trés véridique et lucide sur cette ile , on a une " bombe" là potentiel , tout çà pour avoir un territoire maritime ... avec des richesses sous marine a exploiter - théorique- dans 40 ans ...... on le paye depuis + de 20 ans de plus en plus cher , et coût exponentielle c'est pas le nouveau Préfet envoyé il y a 2 mois qui modifiera quoique ce soit ...... il va tout donner...... pour s'éviter " des émeutes et emmerdes perso et essayer de se faire muter le plus vite possible

Un préfet est le représentant légal du gouvernement, le représentant de l'exécutif. Il exécute les décisions des élus, c'est tout. Quand aux "richesses", on se demande tous en quoi elles consistent, on n'a jamais eue de réponse.
KA Kalievi ·
Oh là là, quelle belle collection de copié-collés de Wikipédia, de jugements à l'emporte-pièce et quel étalage étonnant de présomption. Après deux jours seulement passés à Mayotte, vous saviez déjà assez de choses sur cette île pour avoir des opinions si arrêtées sur la situation sociale, culturelle, économique et politique de le l'île? Waouw. Soit vous êtes très perspicace soit vous répétez ce que d'autres personnes en disent... Sauf qu'il n'y a rien de très perspicace dans ce que vous dites mais seulement des idées toutes faites, et pas très humanistes, sur l'immigration. Pour ma part je n'ai pas autant de certitudes que vous sur le sujet, alors que je viens de passer quatre ans à Mayotte. je n'ai pas le temps là, ni même l'envie, de tout commenter, mais j'ai quand même envie de relever quelques bêtises et autres contre-vérités: -40% de clandestins? Vraiment? Il n'y a aucun moyen de le savoir, justement car les clandestins ne sont dénombrables, et que leur situation de perpétuels chassés les rend en perpétuelle évolution et impossible à comptabiliser. Ensuite parce qu'il n'y a pas de limites bien précises entre Mahorais et Comoriens, car les liens de famille sont nombreux entre ces deux communautés. -Ils remplissent les classes? Ah bon? Je ne sais pas, je n'ai pas demandé à mes élèves d'où ils venaient. Je sais par contre qu'à Mayotte je n'ai jamais eu à enseigner dans des classes surchargées, contrairement à ce que j'ai pu vivre, et vis encore, en métropole. -Empêcher les clandestins de rentrer en postant des bateaux entre Anjouan et Mayotte? Ah ah ah . Autant demander à Obama pourquoi des Mexicains continuent à rentrer aux USA (malgré le mur érigé) et pourquoi des Roumains peuvent entrer en Italie, des Turcs en Allemagne, etc, etc. Rien ni personne n'empêchera jamais des êtres humains de partir de chez eux pour tenter d'avoir une vie meilleure -une vie tout court- ailleurs, et c'est tant mieux. Que serait un monde où chacun resterait chez soi, je me le demande. A part le fait que Nicolas Sarkozy n'aurait jamais pu naître en France et devenir président, je ne vois pas l'intérêt. Et d'ailleurs, qu'est-ce même que ce concept de "chez soi"? Ai-je plus le droit de vivre quelque part parce qu'il se trouve que j'y suis née? Suis-je condamnée à vivre dans un lieu où mes enfants ne peuvent pas aller à l'école, où ils vivent dans la misère et sous la dictature, comme aux Comores, parce qu'il se trouve que j'y suis née??? Avoir à répéter de telles évidences me fatigue, tiens.

Sinon, bravo pour l'orthographe, quasi sans faute.

Oukou mwéma.
EL Elfepapillon Veteran ·
🙂 Bon ! ce qui est sûr, c'est que je n'irai pas à Mayotte ......
."Qui a l'habitude de voyager... sait qu'il arrive toujours un moment où il faut partir."(Paolo Coelho)

https://www.youtube.com/watch?v=_HMjOiHqE18
RE Renephilippe Regular ·
Bonjour et merci à Kalievi. Il faut être réaliste pour avancer. Vous dites que ce qu'on écrit est un copié collé de wikipédia. Possible pour certains, faux pour d'autres. On ne peut pas nier et discréditer tout par rapport à seulement quelques-uns. Tout ce que j'ai dit est vrai et ne donne qu'une facette de la réalité.

Vous souffrez peut-être de la situation de votre île, il y a de quoi. Certains mettent ça sur le compte des politique, de l'économie, de la religion, et de plein d'autres choses. Ça n'empêche que ça va mal partout. Les humains auront beau se débattre, essayer toutes sortes de gouvernements, de systèmes, la société ira en s'empirant, c'est comme ça. En attendant, vous dites habiter à Nice et à Mayotte; je pense que vous voyez la différence entre les deux sites ?

Vos commentaires très humanistes sont vrais, les solutions que "nos" politiques nous offrent montrent leur inefficacité. Vous ne trouvez pas ?
KA Kalievi ·
Bonjour Renephilippe. Ma critique ne concernait que le message d'Estonien, qui n'a passé que quelques jours sur place. Je ne suis pas mahoraise et je ne vis plus à Mayotte, je ne sais pas pourquoi ça s'affiche comme ça sur mon profil, ilfaut que je le change. En effet, Nice et Mayotte sont très différentes, mais on peut être en danger à Nice aussi, comme l'actualité l'a malheureusement récemment prouvé. J'ai conscience des nombreux problèmes existants à Mayotte, mais tout mettre sur le dos des Comoriens me paraît une simplification très injuste. En ce moment ces pauvres gens sont "décasés" par les Mahorais qui les tiennent responsables des récents crimes commis sur l'île et qui ont peur que la métropole n'écoute pas leurs revendications et les jette avec l'eau du bain des Comoriens. La situation est complexe, je ne prétends pas tout comprendre, mais je peux dire que je ne regrette pas d'y avoir vécu. Bonne journée. Eve
BS Bsiegl Regular ·
rene phillippe trés belle et trés diplomatique reponse nuancée à Kaleivi relevons un seul de ses commentaires = il écrit ne pas savoir qui sont ses éleves ( mahorais , cormores ........etc ) dans sa classe pour faire une bonne classe ( ou professionnellement = une réunion efficace ) encore faut-il connaitre qui on a en face de soi 😉 çà aide a mieux proposer , travailler , collaborer progresser ensemble mais bon c'est surement ou peut être la nouvelle façon d' éduquer ......quand on lit cela - au risque d'énerver Kaleivi - çà laisse des doutes sur le reste et son appréciation du climat " social" ( tout le monde est beau . ..... gentil = jean Yann lolll ) mais bon c'est son droit ( on n'a plus de devoir cette notion est terminée ) on se dit que c'est TRES mal parti là bas et donc par la force des choses ici et se voiler la face !!!! aggrave , car à force de ne vouloir pas voir donc réagir , çà devient de plu en plus 1 le foutoir 2 irréversible 3- je crains qu' on ai crée une bombe musulman et islamique là bas = importable comprenez vous !!!! ah la la pauvre france

-- concernant Madagascar ce pays est en pleine déliquescence trés avancée , et à la différence d'une certaines iles des " comores" le peuple malgache en 1960/61 a eu la TRES GRANDE intelligence et SAGESSE de refuser d'être français , il faut les remercier sinon 13.000.000 de " réfugiés" ici au RSA RSI etc et ce LEGALEMENT 😄 plus là bas payer payer payer mais çà aurait étendu la superficie maritime ( au lieu des 3 mouchoirs de poches ilots à côté ) et les " richesses" à venir lollll

cordialement
PA Palomapy ·
Bonjour a tous.

Pour bien comprendre la situation actuelle de Mayotte il faut se poser la question suivante: Pourquoi la France a t´elle gardé Mayotte?¿?

La réponse est simple: C´est par interet militaire.

Les Comores ont une position militaire stratégique au centre du canal du Mozambique et a l´époque nos dirigeants ont choisi d´y garder un ``pied a terre´´.

Mais seule une ile disposant d´un lagon en eau profonde sera retenue pour servir de base au sous marins nucléaires Francais...

Dans ce but Anjouan, Nagazidja et Moéli seront manipulé pour demander et voter leur indépendance.

Les Russes visant ces trois iles ``restantes´´ on y enverra Bob Denard pour y remettre bon ordre.

L´Afrique du Sud au temps de l´apartheid était notre amie inavouée et au temps de Mandéla notre alliée... Bob est parti ...

Conclusion:

Les Sultants batailleurs insulaires n´étaient pas de taille face a la politique FranceAfrique et leurs enfants en payent le prix.

Et la France paye le prix de ses choix politiques.
Heureux qui comme Ulysse.......
KA Kafouniet Regular ·
Pas que militaire . Malgré une superficie réduite qui la place au 47e rang mondial ainsi qu'un faible poids démographique (1% de la population mondiale), la France avec ses territoires d'outre-mer aux statuts variés offrent une ZEE (zone économique exclusive ) de onze millions de km2 plaçant le pays au deuxième rang mondial. Zone qui s'etend sur tous les continents Cela lui donne droit à un siège au G8, un siège au conseil de sécurité de l'ONU avec droit de veto, et autres places dans des organismes de décision . Ses km2 de territoires d'outre-mer lui permet d'influer bien au delà de sa position réelle.

Est ce que cela rend la vie de ses citoyens plus faciles, plus heureux ? pas sur
RE Renephilippe Regular ·
Je crois que beaucoup de choses sont orchestrées par la politique et le profit d'une poignée. Ce que je déplore c'est l'égoïsme de certains "nantis" mahorais qui ont bien su tirer leur épingle du jeu, qui ont vite oublié leur origine aussi bien comoriennes, malgache qu'africaine, les traitant de "ces gens là", phrase préférée aussi stupide que raciste qu'ils adorent citer. Ils ne se sentent pas plus français, et ne se cachent pas d'être français par intérêt. Les jeunes mahorais adoptent les vices des métros, tabac drogue alcool. Les vieux n'y comprennent plus rien. Bref, tout est raté.

Similar discussions

You might also like