En octobre 2003, je suis parti en vacances en Corée du Nord, dans le cadre d'un voyage bien évidemment organisé qui a duré cinq ou six jours. Extrêmement dense, ce voyage fut étonnant à tous les égards, même si je n'ai évidemment vu que ce qu'on m'autorisait à voir. Ces visites, ainsi que la propagande omniprésente qui nous était assenée ont fait de ces quelques jours mon expérience de voyage la plus dépaysante: voyage dans un pays étonnant bien sûr, mais surtout voyage dans le temps. A quelques petits détails près, on se serait cru dans l'Europe de l'Est des années 60, et c'est bel et bien "une autre planète" que j'avais l'impression de visiter.
A mon retour, j'ai donc rédigé un carnet de route - ce que je ne fais en principe jamais -, tant que mes souvenirs étaient encore frais, et y ai noté presque tous les détails de ce voyage. Je l'ai posté sur le forum généraliste que j'ai l'habitude de fréquenter, et l'ai divisé en 27 chapitres. Vous le voyez, c'est plutôt long pour un voyage de même pas une semaine! Puisque je vois ici qu'on a l'habitude de poster ses carnets de voyage, je vais aussi vous en faire profiter, en vous demandant d'être indulgent pour les nombreuses maladresses de style et les idées parfois quelque peu extravagantes qui me traversent l'esprit. Je ne vais tout poster d'un coup, car il faut que j'épure le récit initial (pas mal de fautes à corriger, et des références à l'autre forum - réponses à des intervenants à supprimer).
Naturellement, vos commentaires sont les bienvenus.
Rendez-vous à l’aéroport de Pékin le 1er octobre à la première heure, pour faire connaissance avec les autres participants et se voir remettre visas et billets d'avion. J’ai eu la mauvaise surprise de constater que le vol ne serait pas direct mais qu’il faudrait d’abord aller à Shenyang (Mandchourie) avant de s’envoler pour Pyongyang où nous allions arriver en fin d’après-midi. Une journée de perdue donc…
Les 5 participants du groupe ont fait connaissance : nous étions tous européens, sauf un américain voyageant avec un passeport britannique (les américains n’ont pas le droit d’aller en DPRK). Nous avons donc récupéré nos visas et nous sommes précipités vers la photocopieuse de l’aéroport pour les immortaliser (ils sont confisqués à la sortie du pays et il n’y a aucun tampon coréen apposé sur les passeports). Nous avons aussi laissé nos téléphones portables aux anglais de Pékin qui avaient organisé le voyage, car il est strictement interdit d'emmener ce genre d'appareil en Corée du Nord, c'est une des règles avec lesquelles on ne plaisante pas.
Dans l’avion pour Shenyang, je potassais ma bonne vieille méthode de langue nord-coréenne, généreusement rapportée par un de mes amis qui y était allé un an plus tôt, en identifiant les expressions me paraissant les plus utiles et en essayant de les retenir ( « camarade hôtesse », « à bas l’impérialisme US », « l’impérialisme US est notre ennemi commun »). Une véritable démarche volontaire d’intégration!
Arrivé à l’aéroport de Shenyang (très moderne et agréable ceci dit en passant), je remarque « mes » premiers nord-coréens, aisément reconnaissables à leurs badges à l’effigie du Respecté Président Kim Il Sung. J’ai compris plus tard que tous les membres du Parti des Travailleurs doivent le porter, et que seuls ceux-ci ont le droit de sortir du pays. D’après mes calculs et observations ultérieurs, j’ai aussi réalisé que plus de la moitié de la population de Pyongyang devait être membre du Parti.
L’heure de l’embarquement approchant, je vois enfin notre avion, russe bien sûr, décoré aux couleurs de la DPRK, le drapeau du pays étant peint sur l'empennage. L’intérieur était plutôt avenant et sensiblement différent des appareils occidentaux. Nous étions les 5 seuls passagers occidentaux, au milieu d’une centaine de chinois et de quelques coréens. Une fois tous les passagers installés, on nous distribue des bonbons ainsi que le Pyongyang Times.
Féru de propagande, j’ai bien entendu parcouru le Pyongyang Times daté de l’an… 92. Explication : la DPRK adopte le calendrier Juche, dont l’an 1 est la date de naissance du Respecté Président Kim Il Sung (1912). La Une titrait sur un événement d’une importance inouïe: un ouvrage du Cher Leader Kim Jong Il (le fils du précédent et actuel chef de l’Etat) avait été traduit en roumain et distribué en Roumanie!!!!!! L’article correspondant était bien entendu d’un enthousiasme extraordinaire pour ce fait qui ne l’était pas moins. Je feuilletais ensuite les pages intérieures, et remarquais que la plupart des articles concernaient la guerre de Corée qui a eu lieu il y a une cinquantaine d’années. Apparemment, l’actualité plus récente était trop pauvre pour mériter de figurer au menu du Pyongyang Times…
Un peu plus tard, on nous distribue du « cidre ». Pour ceux qui sont déjà allés au Pérou, c’était en fait une variante de l’Inca Cola en moins dégueulasse, c’est-à-dire une boisson très sucrée au goût chimique qui ne ressemble à rien de connu.
J’ai remarqué pendant le vol que les hôtesses coréennes étaient d’une grande beauté, ce qui m’a décidé à faire usage du savoir que j’avais péniblement acquis le matin. Je profitais d’avoir fini mon verre de "cidre" et de devoir le donner à l’hôtesse pour l’interpeller en coréen: « Camarade hôtesse ! » Elle se retourna et vint vers moi. L’expression de son visage et le regard qu’elle me lança resteront sans doute longtemps gravés dans ma mémoire. Non pas tant en raison de sa beauté, qui aurait justifié à elle seule que je lui consacre quelques neurones, mais surtout en raison du mystère qui se dégageait de son expression. Un subtil mélange de surprise, de réprobation, d’admiration et de désarroi qui n’ont débouché que sur un silence et un sourire gêné. Je lui ai tendu mon verre sans rien dire et ma première tentative d’approche du peuple nord-coréen s’est arrêtée là. Sur un échec.
50 minutes après le décollage, nous atterrissions à l’aéroport international de Pyongyang, perdu dans la nature et apparemment loin de toute urbanisation. En descendant de l’avion, la première chose que je vis fut le portrait géant du Respecté Président Kim Il Sung et l’aspect imposant du terminal. En jetant un coup d’œil autour de moi sur le tarmac, je remarquais tout au plus une petite dizaine d’avions de la compagnie nationale Air Koryo, et un calme saisissant pour un aéroport. Le bus nous amena rapidement à l’immigration. L’intérieur de l’aéroport, vieux et misérable tranchait avec la superbe de la façade. Sans ordinateurs et dans de misérables cages en bois, les policiers coréens regardaient longuement les passeports avant de tamponner les visas et nous laisser passer.
Cette première étape s’est déroulée sans encombre. Restait la suivante : la douane. Notre guide, Monsieur Kim (rien à voir avec le leader, ils s’appellent presque tous Kim dans ce pays) nous attendait entre les deux étapes pour faire connaissance avec nous et nous assister en cas de problème. Nous avons d’abord confirmé que nous n’avions pas de téléphone portable puis avons passé le contrôle. Je passais le dernier des occidentaux, les 4 autres ayant franchi la douane sans encombre. Hélas, les policiers étaient semble-t-il équipés d’un équipement plus en pointe que leurs collègues de l’immigration, et ils pouvaient tout voir à l’intérieur des valises. Quelque chose ayant retenu leur attention, ils m’ont tout fait ouvrir.
Ils ont rapidement sorti mon caméscope et l’ont posé à part. Sachant que c’était un objet interdit, j’ai dû faire des efforts pour ne pas leur montrer mon inquiétude. Mais j’ai eu la présence d’esprit (je ne dis pas ça pour me vanter, mais je suis quand même assez fier de moi) de sortir d’une poche du sac à dos mon lecteur MP3 dernier cri que j’avais emmené avec moi. Objet totalement inconnu des coréens, il devait me servir à agrémenter les trajets en bus, mais également à faire diversion à la douane. "C'est sans doute ça que vous cherchez" ai-je lancé dans un anglais qu'ils n'ont sans doute pas compris. Les douaniers ont alors oublié le caméscope pour examiner le lecteur MP3 sous tous les angles, avant de me le rendre. Une fois qu’ils en ont fini avec lui, ils m’ont tout rendu et m’ont laissé passer.
Ca y est, cette fois j’étais vraiment sur le sol de la DPRK.
Dès la sortie de l’aéroport, nous avons été happés par notre deuxième guide, Monsieur Li, qui nous escorta vers notre minibus. En DPRK, tout groupe de touristes doit être encadré par au moins deux guides, et ceci pour deux raisons: un seul guide ne peut pas surveiller tout le monde à la fois, surtout avec ces étrangers diaboliques qui veulent toujours prendre des photos sans permission. Deuxième raison : les guides doivent aussi se surveiller mutuellement. Il serait en effet très dangereux de laisser un guide seul avec des touristes, ses idées pourraient se pervertir et il pourrait avoir de mauvaises pensées. Pire: il pourrait devenir complaisant à l’égard des touristes et leur permettre des choses qu’il ne devrait pas permettre. Les touristes individuels que nous avons croisés par la suite étaient eux aussi tous accompagnés de deux guides. En théorie, durant ce voyage de quelques jours, nous n’aurions pas dû adresser la parole à d’autres personnes qu’à Messieurs Kim et Li et aux autres guides locaux, le reste de la population nous étant interdit de parole. En pratique, ce fut un poil plus souple, mais effectivement, ces deux messieurs à l’anglais correct allaient être pour nous quasiment les deux uniques voix de la Corée. A chaque fois que je dirai « les coréens pensent que » ou « les coréens disent que », il faudra en fait comprendre « M. Li ou M. Kim dit que », en sachant que ces messieurs ont très probablement suivi une formation très longue et pointilleuse sur ce qu’il convient de dire et de faire savoir, sans heurter la ligne officielle.
Au cours du voyage, nous allions faire la différence entre ces deux personnalités fort différentes. Un Monsieur Li plutôt coincé, ayant passé quelques temps au Liban et en Europe de l’Est, « relativement » ouvert d’esprit et apparemment « relativement » peu porté sur le dogme. On avait même parfois l’impression qu’il ne croyait pas du tout à ce qu’il disait, mais ça, impossible d’en être sûr évidemment. Monsieur Kim pour sa part était plus détendu et rigolait plus facilement, mais le dogme était apparemment ancré en lui beaucoup plus profondément, et c’était de loin le plus hypocrite et le plus sévère des deux.
Le minibus mit une quarantaine de minutes pour rejoindre l’hôtel, ce qui nous a permis de traverser une bonne partie de Pyongyang avant qu’il ne fasse nuit. Nous avons tout d’abord suivi une route de campagne sur laquelle nous doublaient de temps en temps de vieilles Mercédès et quelques voitures japonaises un peu plus récentes. La première chose qui m’a frappée fut la quantité de piétons qui parcouraient cette route. La marche à pieds semble être le moyen de locomotion le plus répandu en DPRK, et la suite du voyage allait confirmer cette impression. Autre particularité : les coréens se déplacent beaucoup en nombre. Les employés d’une même usine rentrent ensemble du travail, de même que les enfants des écoles et les militaires. Troisième impression: la quantité impressionnante de militaires. J’avais été impressionné par le nombre d’uniformes lors de mes premiers voyages en Chine il y a quelques années, mais c’est sans commune mesure avec ce que j’ai pu voir en DPRK. Une estimation approximative me fait dire que c’est un mâle sur six ou sept qui porte l’uniforme dans ce pays, sans compter un nombre non négligeable de femmes et d’enfants (je ne parle pas des vieillards car on en voit très peu). Lorsque plus tard Monsieur Kim me dit que l’armée coréenne se compose d’un demi-million d’hommes, je ne peux pas y croire, le pays faisant 22 millions d’habitants. Il me semblait d'ailleurs avoir lu quelque part que les effectifs militaires de ce pays étaient estimés à 1.5 ou 2 millions de soldats, ce qui me semble beaucoup plus raisonnable. Quatrième impression enfin: les coréens sont maigres, mais cela, ce n'était pas une surprise.
La pauvreté du pays saute aux yeux lorsque l’on regarde le bord de la route. La Corée est beaucoup plus pauvre que la Chine (je parle de la Chine non développée). Mais la pire des pauvretés, c’est cette pauvreté psychologique (terme non péjoratif) qui se lit sur les regards sans joie des gens finissant leur journée de travail. Les coréens sourient peu, ils sont trop occupés à survivre.
Au bout d’un moment, nous arrivons dans les faubourgs de Pyongyang, les slogans politiques et portraits du Respecté Président Kim Il Sung se faisant alors de plus en plus denses. Nous finissons par pénétrer en zone urbaine, et là, le spectacle fut saisissant. Jamais je n’avais vu de ville aussi triste et inhumaine que celle-là. Je n’ai certes jamais voyagé en Europe de l’Est ni en ex-URSS, qui ne doivent pas être très différents, mais c’est en tout cas sans commune mesure avec ce que j’ai pu voir dans la Chine non développée ou dans d’autres pays dits pauvres. La ville est grise et entièrement vouée au culte du Leader. Quelques bâtiments et monuments gigantesques font parfois leur apparition au milieu de tours d’habitation uniformes et hideuses. Les avenues sont très larges mais totalement dénuées de commerces, de couleurs, de restaurants ou de toute fantaisie. Aucune vie dans la rue, ce n’est qu’un lieu de passage.
La population était plus dense que je ne l’imaginais, probablement car c’était la sortie des usines et des bureaux. Les uniformes étaient toujours aussi nombreux et les gens toujours aussi tristes. Quelques arrêts de bus attiraient de larges masses de travailleurs qui, eux, ne se déplaçaient pas à pieds. Peu de voitures dans les rues, des bus et des tramways poussiéreux, peu de vélos aussi, et bien entendu toujours autant de piétons.
Ce fut l’occasion des premières « blagues » de Messieurs Kim et Li. L’un des membres du groupe ne manqua pas de s’étonner à voix haute de la faible densité de la circulation automobile. Monsieur Kim répondit le plus sérieusement du monde que c’était la volonté du Leader de lutter contre la pollution urbaine et de ne pas tomber dans le travers de Séoul, et de ses embouteillages et autres pollutions automobiles. Un des deux guides, je ne sais plus lequel, ajouta que de toute façon « les coréens aiment marcher ». Soit.
Mine de rien, nous avons fait le tour de la plupart des monuments de la ville, que nous allions voir plus en détails les jours suivants. Le féru de propagande que je suis ne manqua pas de remarquer la très forte densité d’affiches de propagande partout dans la ville. Je dois reconnaître qu’elles sont belles ces affiches, encore plus belles que les chinoises, qui de toute façon ont été retirées du domaine public depuis belle lurette pour atterrir sur les marchés à touristes. Les affiches coréennes sont beaucoup plus grandes et violentes, la plupart montrant des soldats pressés d’en découdre, et des travailleurs enthousiastes, le tout sous le sourire bienveillant du Respecté Président Kim Il Sung. Très peu d’affiches du fiston Kim Jong Il en revanche, malgré quelques slogans « Vive Kim Jong Il, le Soleil du 21ème siècle » reconnaissables à mes yeux grâce aux chiffres occidentaux 21. Ces affiches et slogans sont les seules traces de couleurs dans la ville.
Un peu plus tard, nous arrivions à l’hôtel, bâtiment impressionnant de 47 étages, surmonté d’un restaurant panoramique, situé sur une petite île au milieu du fleuve, pour que les touristes étrangers ne puissent pas s’en échapper.
Nous avons logé dans un des deux grands hôtels de la ville. Celui du centre-ville (le mieux) est réservé aux chinois car leur potentiel de nuisance est moindre que celui des occidentaux. Tous les européens doivent descendre dans l’hôtel de l’ile, où descendent également de nombreux chinois d’ailleurs. Bonne surprise, l’hôtel est moderne, de catégorie quatre étoiles et dispose de la plupart des facilités qu’on puisse attendre dans un hôtel de ce genre. Le hall gigantesque abrite notamment une gravure immense d’une kimilsunia (une fleur créée en l’honneur du Respecté Président Kim Il Sung) et d’une kimjongilia (une fleur créée en l’honneur du Cher Leader Kim Jong Il). Des représentations de ces fleurs figurent un peu partout dans le pays, comme si les noms et portraits des leaders ne suffisaient pas.
La chambre ressemblait à n’importe quelle chambre d’hôtel international, à ceci près que le calendrier avait une touche plus « prolétarienne » que dans un palace français ou chinois. J’ai fébrilement allumé la télévision pour voir que la plupart des chaines étaient chinoises. Il y avait aussi une chaine taiwanaise, une japonaise et la BBC. Cette dernière consistait en fait en une image figée avec un sous-titre « signal satellite interrompu ». Comme par hasard… Il y avait enfin LA chaine de télévision nord-coréenne. C’est bien entendu sur celle-ci que je me suis précipité. Sans surprise, il n’y passait que des chants militaires et des opéras révolutionnaires. Tant mieux, j’adore ça! Vinrent ensuite les informations. Du jamais vu ! Un fond entièrement bleu, et un présentateur sinistre qui a constamment la tête baissée pour lire sa feuille de papier. Je ne comprenais bien entendu pas un seul mot, mais le rythme était uniforme, le débit assez rapide et le ton martial. De temps en temps, quelques reportages dans des usines venaient ponctuer ce monologue. Pas très passionnant…
Je retrouvais ensuite les autres ainsi que les guides dans le restaurant panoramique. Il ne tournait pas encore quand nous arrivions, ça viendrait un peu plus tard. De toute façon, Pyongyang la nuit ne brille pas. Certes, les tours d’habitations sont éclairées, mais la ville dans son ensemble est extrêmement sombre et sinistre. On ne voit évidemment aucun phare de voiture. Les guides nous expliquent que nous devons décider dès maintenant ce que nous allons manger les jours suivant (coréen ou occidental), en sachant que tout le monde devra manger la même chose. A l’unanimité nous choisissons la cuisine coréenne. Le diner que nous avons eu ce soir là fut franchement très bon. Bien meilleur que la cuisine coréenne que j’avais pu manger avant à Shanghai ou en Corée du Sud. En milieu de diner, le restaurant se mit à tourner sur lui-même. J’avoue que je ne me suis pas senti très fier à l’idée de savourer un bon diner dans un restaurant tournant, en sachant que dehors les gens crèvent de faim et que la production nationale d’électricité ne suffit pas à éclairer tout le monde. Si seulement les devises que j’apportais servaient à importer de la nourriture ou à fabriquer de VRAIES centrales électriques… mais j’en doute.
J’allais oublier le plus important : la serveuse. Quelle beauté! Encore plus ravissante que l’énigmatique hôtesse. Et en plus celle-là était toute souriante dans sa robe traditionnelle coréenne. Malheureusement, elle ne parlait ni anglais ni chinois, ce qui la rendait totalement inaccessible. J’ai quand même réussi à la faire rire en l’appelant « camarade » en coréen. Je n’aurais jamais cru que la terminologie communiste puisse être un jour mon seul instrument de drague ! En tout cas, je dois bien reconnaître que les femmes nord-coréennes m’ont fait une grande impression, contrairement à leurs homologues du sud que j’avais trouvé si laides un an auparavant. Difficile de croire qu’il s’agit du même peuple.
Nous sommes descendus ensuite au salon de thé du rez de chaussée pour mettre au point les détails du voyage avec les guides. A ma grande déception, il n’y aurait pas de spectacle militaire ou révolutionnaire comme je rêvais d’en voir. Nous sommes arrivés deux semaines trop tard ou une semaine trop tôt. Pas de chance. Je regrettais déjà de ne pas pouvoir assister au gigantesque spectacle Arirang qui met en scène 100.000 figurants dans le plus grand stade de la ville tous les printemps...
Monsieur Li nous dit ensuite que pendant ce voyage, il allait essayer de nous "convaincre", mais que si ça ne marchait pas, ce n'était pas grave du tout, que nous avions le droit de nous faire notre propre opinion. Tiens, depuis quand un guide doit convaincre et non expliquer, et depuis quand un voyage sert-il à se forger à une opinion, plutôt qu'à découvrir quelque chose?
Une fois libres, nous avons eu carte blanche pour visiter l’hôtel (vive la liberté !) après nous être fait répéter plusieurs fois que nous n’avions pas le droit de sortir sans guide. Certains s’y sont pourtant risqués de bonne heure le lendemain matin, mais ont vite rencontré des barrages de police à l’entrée des ponts qui permettent de quitter la petite île. De sucroît, des barbelés sur la rive empêchent toute tentative d'évasion à la nage de cet Alcatraz coréen. Mais revenons-en à cette visite de l’hôtel. Dans le hall, outre la kimilsunia géante et la kimjongilia géante, un panneau immense illustre la vitalité et les réussites du régime. Papa leader et fiston leader sont photographiés sous toutes les coutures en compagnie de travailleurs et de soldats. On voit également de nombreuses photographies de défilés militaires et de soldats joyeux en train de s’entrainer. Une photo de la soi-disant fusée spatiale coréenne a attiré mon attention. Malgré la légende trompeuse, il s’agit en fait d’un missile nord-coréen Taepodong que la DPRK avait à l’époque présenté comme un tir de fusée raté.
Un peu plus loin, je trouveais la librairie, seul endroit distrayant de l’hôtel. Propagande, propagande, propagande. Tous les livres possibles et imaginables sur Papa leader et fiston leader sont disponibles : albums de photos, biographies, morceaux choisis, tout y est. On trouve également des pin’s communistes, mais pas celui que les membres du Parti arborent: celui-là est réservé aux gentils membres et ne sont pas commercialisés. On trouve à profusion de la musique militaire, des livres d’histoires sur la guerre de Corée et des traités de politique et d’actualité contemporaine (c’est-à-dire sur l’impérialisme américain et sur les questions nucléaires). J’ai acheté ce soir là la chose la plus kitchissime et la plus ridicule que j’ai jamais trouvée : un album photo sur Kim Jong Il où on le voit à chaque page au milieu de soldats ou en train de visiter des usines. Les commentaires sont hélas en coréen, mais je peux facilement imaginer de quoi il s’agit. J’ai aussi eu la confirmation dans cette librairie que les deux monnaies ayant cours en DPRK en plus de la monnaie locale sont l’euro et le yuan chinois. Le dollar est effectivement interdit, même s’il me semble en avoir aperçu une fois dans un tiroir caisse. Le yen japonais est en revanche toléré.
Bien qu’il nous ait dit au revoir au salon de thé en disant qu’il rentrait chez lui, Monsieur Li fit une apparition remarquée dans la librairie, au prétexte de venir louer une cassette video (il a un magnétoscope ???). Plus probablement pour nous compter et vérifier que nous n’avions pas quitté l’hôtel et avions bien suivi ses instructions. Il fut rassuré en nous voyant tous, mais resta tout de même un bon moment, et repartit d'ailleurs bredouille, sans cassette video.
Une fois explorée la librairie, il ne restait plus que le sous-sol à visiter. Le fameux sous-sol… Tenu uniquement par des chinois et pour des chinois, bien que les occidentaux soient admis sans restriction. Les coréens sont en revanche interdits d’accès, ce qui fait de ce sous-sol le seul refuge pour les touristes qui ne peuvent pas supporter leur guide. Trois attractions au sous-sol donc : un karaoke, un casino (LE casino de Pyongyang) et un salon de massage. Je fis d’abord un tour au casino, en prenant bien garde de ne pas dilapider un seul eurocent. Le casino se résume en fait à une vingtaine de machines à sous sur lesquelles s’acharnent les touristes chinois, et à deux tables de baccarat (orhographe ?). Ne connaissant pas les règles de ce jeu, j’ai eu du mal à m’intéresser aux parties qui s’y jouent, mais ai remarqué quand même que la mise minimum était de 20 dollars (tiens ? ça a cours chez les chinois ça ?) et la maximum de 2000 dollars. Il doit donc se brasser pas mal d’argent ici chaque soir. Je jetais ensuite un coup d’œil au salon de massage, juste pour vérifier un détail : le menu. Et effectivement, c’est bien ce que je pensais : Massage = X euros. Massage + service spécial = Y euros. Malgré mes questions insistantes et mes clins d’œil, on refusa de me dire en quoi consistait le service spécial. Je me contenterais donc de l’imaginer…
En remontant dans le hall, je tombais sur des moines (???) et des touristes sud-coréens en pagaille. C’était en fait un des premiers, voire le premier, groupes sud-coréens, cette nationalité étant en principe interdite d’accès en Corée du Nord. A l’occasion d’une commémoration historique coréenne, des sud-coréens ont été autorisés à visiter le nord à titre exceptionnel. L’émotion dans la voix de ces sud-coréens était très forte, on peut les comprendre. Pour un européen ou un chinois, la DPRK c’est un cirque ou un zoo, pour un sud-coréen, c’est un peu son propore pays. Le sud-coréen avec qui je discutais m’a expliqué qu’il avait pris pour venir un vol direct Séoul-Pyongyang. Je crois que c’est la première fois qu’un tel vol commercial a eu lieu. Leur vol n’a duré qu’une bonne demi-heure (en comptant un contournement de la ligne de démarcation par la mer) mais quel vol historique!
C'était ce soir-là l'anniversaire de ma mère (enfin, à un jour près) et je ne lui avais pas dit où j'allais pour la bonne raison qu'elle m'avait interdit d'y aller (elle est volontaire chez Amnesty International). Malgré le coût exorbitant de la communication téléphonique - 4 euros la minute - je lui ai passé un coup de fil. Quand je lui ai dit où j'étais j'ai senti un gros malaise de l'autre côté, et mon père qui a grommelé "quel con" ou quelque chose d'approchant.
En me levant au petit matin et en tirant les rideaux, j’eus l’agréable surprise de constater qu’il faisait un temps superbe et que ma chambre donnait sur le fleuve, sur le Stade du Premier Mai, et sur la Tour du Juche (j’en parlerai plus tard). Petit déjeuner au restaurant panoramique et vue imprenable sur la ville. Pyongyang paraissait toujours aussi moche, mais cette fois son côté majestueux apparaissait au grand jour. L’intégralité de la ville est composée de tours d’habitations. Il n’y a pas de bâtiments bas, et plus rien d’ancien. Il faut dire que les américains ayant rasé la ville pendant la guerre, cela a laissé le champ libre aux architectes communistes pour tout refaire selon leur idéal. Le résultat est à la fois hideux et fascinant. Parmi toutes ces tours, des monuments gigantesques font prendre conscience de la nature terriblement mégalomane du régime et de ses leaders. La construction la plus impressionnante est un gigantesque hôtel pyramide de 105 étages dont le sommet est encore inachevé, le Ryoukyeung. L’immeuble est encore un chantier qui n’a pas bougé d’un iota depuis environ 15 ans. La Tour du Juche se détache elle aussi dans la brume, ainsi que plusieurs stades, palais et autres merveilles communistes. Des usines situées à la périphérie de la ville crachent déjà des panaches de fumée, tandis que la ville semble toujours déserte et figée. Le visage angélique de cette chère serveuse (elle s’appelle Kim comme tout le monde, mais j’ai déjà oublié son prénom, honte à moi) rattrappe heureusement largement ce panorama sinistre.
Il est temps de partir et d’entamer notre périple touristique. La première destination est le site de Mankyeungdai, dans la banlieue de Pyongyang. De ce qui est censé être un village, il ne reste plus qu’une maison, qui est celle où le Respecté Président Kim Il Sung est né et a passé son enfance avant de « partir faire la Révolution et libérer le pays » à l’âge de 14 ans. L’endroit est fort plaisant et un très grand parc a été aménagé autour de la maison – qui a probablement été refaite de fond en comble. Une guide locale nous explique tout ce que nous devons savoir sur le Grand Leader et son enfance, Monsieur Li se chargeant de tout traduire en anglais. Des photos de sa famille et des objets évoquant la vie rurale sont exposés dans les quelques salles de la maison. Tout doit évoquer l’origine véritablement prolétarienne du Respecté Leader. Vue l’heure matinale, nous sommes quasiment les premiers touristes, et seuls quelques coréens badgés sont déjà sur les lieux. Une fois la maison visitée, nous reprenons le minibus pour aller profiter de la vue du sommet de la colline. Monsieur Kim me demandant ce que j’ai pensé de Mankyeungdai, je me contente de sortir la méthode de langue et de pointer du doigt ce que je suis censé exprimer. Ce qui est formidable avec cette méthode de langue, c’est qu’il y a un chapitre par lieu à visiter. Celui sur Mankyeungdai est très bien illustré : « Le Respecté Président Kim Il Sung, grand leader de la Révolution est né le 15 avril 1912 à Mankyeungdai », « Mankyeungdai est le berceau de la révolution », « Mankyeungdai est le pays natal spirituel à nous tous », « la famille du respecté leader est vraiment une famille patriotique », « la famille du respecté leader est vraiment une famille révolutionnaire », « la famille du respecté leader est vraiment un grand type de la famille révolutionnaire », « je suis profondément ému », « j’ai beaucoup appris », « je reviendrai ». Ce n’était pas exactement mon état d’esprit, mais Monsieur Kim a beaucoup ri en voyant ça.
En haut de la colline, je me suis aperçu - ou plutôt Monsieur Li m'a fait remarquer - que notre guide locale qui ne payait pas de mine savait parler français ! J’ai vite déchanté en essayant de lui poser des questions simples et en réalisant qu’elle ne trouvait pas ses mots et ne pouvait pas tenir une conversation simple. Par contre, dès qu’elle a commencé à décrire le paysage et à parler des impérialistes US, son français est devenu parfait et fluide. Elle a parfaitement récité pendant plusieurs minutes l’histoire des ancêtres du Grand Leader, et notamment de son grand père qui en 1866 avait déjà vaincu l’impérialisme américain en coulant « le navire pirate américain Shermann ». Profitant de l’occasion, j’ai alors lancé en coréen ma fameuse phrase « midjé reul tha do ha dja » (A bas l’impérialisme américain). La guide ainsi que Messieurs Kim et Li sont restés morts de rire pendant environ une minute avant de me féliciter chaleureusement. Un peu plus tard j’ai ajouté « midjé neun ouri-i gongdong-i djeuk imnida » (l’impérialisme américain est notre ennemi commun). Re-rires et re-félicitations.
Nous sommes ensuites repartis vers le centre de Pyongyang et avons croisé en chemin une foule d'environ un millier de pèlerins (hommes en uniforme militaire et femmes en robes traditionnelles) qui se dirigeaient en rangs serrés vers Mankyeungdai. Grisant ! Notre étape suivante fut une station de métro. Ce fut aussi notre première immersion dans Pyongyang. La scène me parut beaucoup moins sinistre que mes impressions de la veille. La foule nord-coréenne a ceci d’unique par rapport aux foules européennes et chinoises, qu’elle semble orchestrée et suivre un fil invisible, chaque personnage semblant jouer un rôle dans une pièce de théâtre grandeur nature. Des hordes d’enfants défilant en rangs serrés. Des régiments de dizaines de soldats défilant au pas de tous les côtés. Des unités de travailleurs se déplaçant comme un seul homme. Des groupes de femmes en tenue traditionnelle. Tous ces groupes se croisaient sans se mélanger, suivant ce fameux fil invisible. La vue d’ensemble est impressionnante et je dois avouer que ça procure une sensation très curieuse de se retrouver au milieu de cette foule. On compare souvent la DPRK actuelle à la Chine de la Révolution Culturelle, mais il y a quand même une plus grande diversité dans l’habillement. Les hommes portent certes tous plus ou moins les mêmes vêtements marrons et gris, mais la tenue des femmes est assez diversifiée. Les tenues traditionnelles qui ont presque complètement disparu en Corée du Sud sont très courantes en DPRK. Les femmes habillées de façon plus moderne font elles aussi quelques efforts pour se rendre coquettes, même si nous sommes très loin de la mode occidentale. Pour comparer ce qui est comparable, le résultat est parfois plus positif que certaines horreurs qu’on peut encore voir en Chine.
Nous avons fini par nous engouffrer dans le métro. L’escalator semblait nous entrainer dans les entrailles de la terre. J’ignore à quelle profondeur se trouve le métro de Pyongyang, mais c’est sans commune mesure avec les métros occidentaux et chinois. Le trajet dure en tout cas plusieurs longues minutes. Arrivés en bas, la station est beaucoup plus sombre que je ne l’aurais imaginé. Sans doute pour des raisons d’économie d’énergie. La station est bien entendu grandiose, dans la plus pure tradition soviétique. Des fresques gigantesques représentant le Respecté Président Kim Il Sung ou des groupes de travailleurs tapissent toutes les parois. Le métro lui-même est plutôt vétuste et vraiment très sombre. Nous sommes montés dans la rame pour une station ou deux. A l’intérieur de chaque wagon, trônent des portraits du Respecté Président Kim Il Sung et du Cher Leader Kim Jong Il. Le métro est en tout cas tout sauf bondé. Ca change de Shanghai !
Dans l’escalator qui me remontait vers la surface, je profitais de l’éloignement de Messieurs Kim et Li pour essayer de faire des sourires aux gens que je croisais. A ma grande surprise, les coréens ne me regardaient pas du tout. Alors qu'à Shanghai où les étrangers sont pourtant légions, je me sens très souvent l’objet d’une curiosité parfois irritante, c’est tout le contraire à Pyongyang, malgré le très faible nombre d’occidentaux qu’on y voit. Je n’y vois hélas qu’une seule explication : les coréens n’osent pas nous regarder car ils savent que ça peut leur attirer des problèmes. Devant moi dans l’escalator, un enfant de cinq ou six ans m'a tout de même regardé. Je lui fis de grands sourires, et il finit par me les rendre au bout d’une minute. Ouf, il y a encore de l’espoir !
L’étape suivante devait sans doute être la plus importante du voyage. Elle aurait d’ailleurs dû être la première, mais notre arrivée tardive à Pyongyang la veille a bouleversé notre emploi du temps. Nous sommes en effet allés voir la statue géante en bronze du Respecté Président Kim Il Sung. Il fallait tout d’abord nous rendre sur une grande place voisine pour acheter des fleurs. On nous avait conseillé d'acheter les fleurs en Chine et de les transporter jusqu'à la Statue, en raison du prix excessif en vigueur à Pyongyang, mais personne dans le groupe n'avait suivi ce conseil. Les bouquets de fleurs à Pyongyang étaient tous les mêmes, et se composaient de quatre sortes de fleurs (non non, ni des kimilsunia, ni des kimjongilia) rouges, blanches, oranges et jaunes. Et finalement ça n’a coûté que deux euros.
Nous sommes ensuite passés devant le gigantesque Parlement avant d’arriver devant la Statue elle-même. Le site se compose d’une statute géante d’une vingtaine de mètres de haut, et de deux monuments guerriers gigantesques représentant des armées de soldats, ouvriers et paysans partant au combat. Monument typique des capitales communistes. On trouve le même genre de bas-reliefs – en plus petit – sur la Place Tiananmen à Pékin et je crois dans certaines villes d’Europe de l’Est.
Je commençais à sortir mon appareil photo et à viser la statue, mais Monsieur Kim m’a immédiatement arrêté et m’a passé un petit savon : « non non, ça ne se passe pas comme ça. D’abord du t’inclines devant la statue et tu prouves ton respect au Grand Leader. Ensuite seulement tu as le droit de prendre des photos. Ok ? » J’avais été prévenu et ne me suis donc pas formalisé. Outre le prix exorbitant qu’il faut payer pour aller en DPRK, il faut également accepter un certain nombre de concessions, dont justement l’acte de soumission devant la statue du Respecté Président. Comme tout le monde, je suis donc allé déposer mes fleurs au pied de la statue géante, ai fait demi-tour, puis me suis incliné respectueusement. Et ensuite j’ai mitraillé la statue avec mon appareil numérique!
Etrange site que cette statue géante. Ca me rappelle un peu la secte du Mandarom, ou dans un genre différent les statues du Seigneur des Anneaux. Juste après nous, des groupes de coréens, de chinois, et d’occidentaux sont venus à leur tour présenter leurs respects au Soleil de l’Humanité. Pendant ce temps-là, je faisais le tour des fresques et continuais à les mitrailler. Un peu plus loin, se dressait la statue de Cholima. Cholima est un cheval de légende dans le folklore coréen, capable dit-on d’atteindre des vitesse phénoménales au galop. Dans les années 50, le Grand Leader avait décidé de multiplier la production industrielle du pays, un peu comme la Chine quelques années plus tard avec son Grand Bond en Avant. Les succès exceptionnels enregistrés par le peuple travailleur ont alors été comparés au légendaire Cholima, et la statue a été érigée par la suite.
Nous primes ensuite à nouveau le bus pour une nouvelle destination. Monsieur Kim nous ayant donné l’autorisation de principe de prendre ce qu’on voulait en photo à Pyongyang, on ne s’est pas gênés et avons essayé de capturer toutes les images qu’on pouvait prendre. Bien sûr dans les faits, il y avait des exceptions et nous avons vu à plusieurs reprises notre enthousiasme bridé par la censure de Monsieur Kim. La liberté à la coréenne !
Nous sommes arrivés un peu plus tard au pied de la Tour du Juche, sorte d’obélisque géant de plus de 150 mètres de haut et surmonté d’une flamme rouge. Le Juche (prononcer Djoutché) est l’idéologie officielle de la DPRK. C’est un avatar du marxisme-léninisme, créé et développé par le Respecté Président Kim Il Sung. Grosso modo, c’est une idéologie qui met en avant l’auto-suffisance nationale en mati��re économique et politique, et qui proclame la totale indépendance du peuple révolutionnaire coréen. Rien de bien révolutionnaire en somme… Bien entendu je me suis abstenu de faire le parallèle auprès de mes guides entre le Juche coréen et le Duce italien, dont la ressemblance phonétique est frappante. Ou quand les fascismes finissent par se ressembler jusqu’à leur prononciation…
Au pied de la Tour du Juche, encore une statue géante, représentant un ouvrier, un intellectuel et un paysan (les trois piliers du régime) brandissant un marteau, un pinceau et une faucille (les trois composantes du symbole du Parti des travailleurs). A l’entrée de la tour, une juxtaposition de plaques offertes par tous les mouvements jucheistes de par le monde lors de l’inauguration de la tour dans les années 70. Parmi ces plaques, déplorons une très forte représentation francophone et notamment française. Certains sénateurs communistes français de l’époque ont publiquement manifesté leur soutien au kimilsungisme (si si, ça existe !). De même qu’une quantité impressionnante de sociétés jucheistes dont j’ignorais totalement l’existence. Et ainsi de suite pour tous les pays…
J’ai ensuite pris l’ascenseur pour le sommet de la Tour, d’où l’on a une vue sympathique, mais guère différente de celle du restaurant de l’hôtel (et en plus Mademoiselle Kim n’était pas là)
Après ces moments d’une portée idéologique inoubliable, nous sommes retournés au restaurant panoramique où cette chère Mademoiselle Kim nous attendait, toujours égale à elle-même. Toujours avec le noble dessein de renforcer les amicales relations franco-coréennes, je tentais à nouveau d’échanger quelques mots avec elle, en lui demandant ce qui flottait dans la soupe de tomates, et que je devinais être des croûtons. Elle répondit sans hésiter et sur un ton d’une grande fermeté « potato ! ». Surpris, j’essayais de lui faire comprendre que ce n’était pas le cas, mais elle répèta plusieurs fois « potato, potato », avant de glousser devant mon air consterné. Ayant vérifié que c’était bien des croûtons, je lui lançais « no potato, no potato », ce qui la fit à nouveau rire. Peut-être « potato » était-il le seul mot qu’elle connaissait en anglais ? Devant un succès aussi spectaculaire, je me dis que d’ici la fin du séjour, je devrais bien réussir à la convaincre de poser en photo avec moi. Hélas, il n’en fût rien car c’était la dernière fois que je la voyais, puisque nous ne sommes jamais retournés dans ce restaurant. Je n’ai même pas pu lui faire mes adieux.
L’après-midi, nous commençâmes notre visite par le Musée de la Guerre de Corée, haut lieu du révisionnisme historique et de l’anti-impérialisme. Notre guide, une femme d’une bonne trentaine d’années en uniforme de l’armée populaire coréenne, avait un visage très froid mais qui n’était pas désagréable à regarder. Impossible en revanche de lui faire décrocher un sourire. Elle commença par nous répéter les exploits du grand père du Respecté Président Kim Il Sung qui avait coulé un navire pirate américain, puis nous avons commencé enfin le long calvaire de l’exposé linéaire et enthousiaste sur la « victoire » de la Corée contre l’impérialisme américain de 1950 à 1953. Dans ce musée gigantesque dont nous n’avons visité qu’une petite partie, nous avons croisé de nombreux groupes de visiteurs en uniformes à qui on expliquait certainement les vertus de leur armée. La partie la plus intéressante du musée était la salle gigantesque consacrée aux prises de guerre. Tanks, avions abattus, casques, armes et articles américains en tous genres étaient entassés dans ce hangar, qui ressemblait plus à un parking immense qu’à une salle de musée. Lors de la visite, le hollandais d’une soixantaine d’années qui voyageait avec nous et qui connaissait sur le bout des doigts l’histoire de la guerre de Corée (et qui connaissait personnellement un des principaux généraux américains de l’époque) réussit facilement à démonter les mensonges qui nous étaient débités et a donné avec force détails le véritable déroulement des principales opérations et de quelques batailles. Comprenant qu’avec lui, le bourrage de crâne habituel ne fonctionnerait pas, la guide du musée s’est contentée d’un « mes connaissances historiques ne sont pas assez précises pour vous répondre, désolé ». Elle ne doit pas dire ça souvent ! Nous avons fini la visite par une immense géode où était reconstituée une des principales batailles de la guerre. Je dois reconnaître que techniquement, le résultat est une brillante réussite. On se tient au milieu d’une sphère sur laquelle est peinte en trompe l'œil et à 360° une fresque gigantesque de bataille, alors que des décors en relief sont disséminés tout autour des visiteurs. Impressionnant oui.
En sortant du Musée, je remarquais quelques centaines de gaillards tout de blanc vêtus assis par terre, en rang, semblant attendre quelque orateur invisible. Il me fut malheureusement interdit de les photographier, comme d'ailleurs tout regroupement de population, et on refusa de me dire ce qui se passait.
Nous avons filé ensuite vers le Monument des Martyrs de la Guerre de Corée, collection d’une bonne dizaine d’immenses statues en bronze représentant des soldats brandissant leur drapeau, ou des fresques de combattants. Toujours dans le même style révolutionnaire que ce que nous avions vu le matin, mais avec des proportions encore plus étonnantes.
Notre dernière visite de la journée était la fameux Palais des Enfants et des Elèves, sans doute une des attractions les plus tristes du voyage. Bâti pour illustrer l’adage selon lequel les enfants sont les rois du pays, ce bâtiment gigantesque accueille chaque jour des milliers d’enfants qui se livrent à un tas d’activités artistiques, sportives et idéologiques. Ce qui fut vraiment triste fut la manière dont on nous fit visiter l’endroit. Chaque salle que l’on nous montrait abritait une dizaine d’enfants qui, dès que des visiteurs entraient, se mettaient à sourire et à exécuter des programmes artistiques (musicaux ou chorégraphiques). Nous ne restions jamais plus d’une minute ou deux dans chaque salle avant de courir vers la suivante. Une vraie visite de zoo où nous étions invités à photographier sans relâche les petits prodiges. Comme j’aurais aimé pu lire leurs pensées… Bien entendu, dans chaque salle trônaient les portraits du Respecté Président Kim Il Sung et du Cher Leader Kim Jong Il. Nous sommes également passés par la salle informatique, dont un ami français qui était venu il y a un an m’avait déjà parlé. Il avait à l’époque demandé pourquoi le portrait du Grand Leader ne figurait pas en fond d’écran sur les postes, et s’était vu répondre cette explication incroyable: « oh mais monsieur, nos ordinateurs ne sont pas assez puissants pour cela ! » Je n’ai pas osé reposer cette question, de peur de perdre mon sérieux.
Après une bonne demi-heure de visite, nous avons rejoint la grande salle de spectacles du Palais des Enfants et des Elèves. Contrairement à toute attente, la salle était presque pleine. De touristes chinois et de quelque occidentaux bien sûr, mais également d’un bon nombre de coréens. Un cameraman de la télévision coréenne est venu nous interviewer pour juste nous demander de quel pays nous venions. Alors que nous construisions de petites phrases pour répondre, le cameraman nous a repris en nous demandant de ne dire que le nom du pays et rien d’autre. En moins de cinq secondes, nous sommes donc parvenus à tous nous présenter ! J’ignore si cette brillante performance télévisuelle a ou non été retransmise sur les écrans nord-coréens. J’en doute. Comme j’étais assis à côté de touristes chinois de Mandchourie, j’en profitais pour engager la conversation avec eux. Après toute cette journée de matraquage idéologique, j’avais besoin de me défouler et j’ai donc raconté toutes les conneries qui me passaient par la tête. Lorsque les chinois me demandaient ce que je pensais de Pyongyang, je répondais que c’était un merveilleux paradis communiste, qui valait bien mieux que la Chine décadente et embourgeoisée. Stupéfaits, ils me faisaient alors remarquer que les gens étaient tout maigres ici, ce à quoi je répondais qu’il valait mieux garder la ligne que devenir obèse comme le sont nombre de pékinois. Ils ont fini par comprendre que je plaisantais. Quelques minutes plus tard, le spectacle commença. Il dura une heure et demie. Une heure et demie de chants et de danses où des enfants joyeux exprimaient probablement des vertus patriotiques et révolutionnaires. En toile de fond, on voyait défiler les principaux monuments de Pyongyang ainsi que des dessins relatifs à la conquête de l’Espace. Les coréens sont obsédés par la conquête de l’Espace. C’est en tout cas ce qu’ils veulent faire croire. Tout ça pour justifier des essais de missile, c’est vraiment lamentable… J'ai même aperçu des desins de navettes spatiales arborant le drapeau nord-coréen, si si! Etonnant pour un pays dont on dit que la majorité de la population ignore que l'Homme (américain) a posé le pied sur la Lune. Il parait que la capitale recèle quelque part un "Musée de la Conquête de l'Espace" mais que celui-ci est tout le temps "en rénovation".
En tout cas, le spectacle des enfants était grandiose, et je dois reconnaître que les petits étaient très doués, ou au moins qu’ils avaient beaucoup travaillé. Mais combien d’entre eux avaient vraiment choisi d’être là?
Dès le spectacle fini, nous fumes invités à sortir du bâtiment, juste au moment où toutes les lumières s’éteignaient (les fameuses économies d’énergie). Notre minibus devait cette fois nous emmener à Kaesong, principale ville du sud du pays, située à quelques kilomètres de la ligne de démarcation d’avec la Corée du Sud.
Nous avons quitté Pyongyang à la tombée de la nuit et n’avons donc rien pu voir de la route qui reliait la capitale à Kaesong. Cette « autoroute » n’était pas du tout éclairée, et seuls les phares du minibus dissipaient cette obscurité. De temps en temps, des panneaux géants illuminés, représentant le Respecté Président Kim Il Sung, agrémentaient la noirceur de la compagne coréenne.
Nous n’avons rencontré en tout et pour tout que deux ou trois barrages militaires sur la route, qui ne nous ont pas retenu très longtemps. Bien entendu, nous n’avons croisé quasiment aucun véhicule. Cette monotonie fut donc l’occasion idéale de discuter de manière un peu plus approfondie avec nos guides. Messieurs Kim et Li se sont alternés pour répondre à mes questions qui au début portaient surtout sur leurs vies personnelles et sur la vie quotidienne des coréens. Monsieur Li rêvait de devenir diplomate en Europe, et le métier de guide était apparemment un passage obligé pour cela (avant de faire de la propagande dans la cour des grands, il faut s’entraîner sur des petits comme nous). Monsieur Kim pour sa part voulait devenir businessman. J’étais assez curieux de savoir ce que ce terme pouvait désigner dans un pays entièrement communiste, et Monsieur Kim n’a pas réussi à satisfaire ma curiosité. Apparemment ça consiste à être fonctionnaire au Ministère du Commerce Extérieur. Je n’ai pas osé demander si ça consistait à tamponner des factures, mais Monsieur Kim m’a tout de même dit qu’il voulait « innover » en la matière. Intéressant…
En Corée du Nord, les cursus linguistiques ne peuvent donc mener qu’à ces trois métiers-là : guide, diplomate et businessman. D’après les dires des guides, les étudiants seraient libres de choisir leur spécialité, et l’Etat attribuerait les emplois à la fin des études. Si c’est vrai, ce serait alors le contraire de la Chine où la plupart des étudiants ne choisissent pas réellement ce qu’ils étudient en raison de l’hyper sélectivité, mais choisissent leur métier relativement librement grâce à l’économie de marché.
Vint ensuite l’inévitable question sur la vie amoureuse des coréens. Monsieur Li m’assura que les mœurs s’étaient libérées depuis une dizaine d’années, et qu’il arrivait parfois à des étudiants de sortir ensemble. La mixité à même été introduite il y a dix ans dans l’enseignement secondaire. Toutefois, jamais au cours de mon voyage je n’ai vu un couple quelconque se promenant dans la rue. Les gens ne se déplacent que par groupes, et les relations hommes-femmes sont probablement réservées à l’intimité toute relative des blocs d’habitation. Même les couples mariés n’ont pas l’air de sortir deux par deux. J’insiste néanmoins sur cette question et demande ce que font les jeunes le soir lorsqu’ils sortent ensemble. Si par exemple il y a des endroits où sortir et s’amuser. Monsieur Li fut très gêné par ma question et ne sut pas y répondre. Il me dit seulement qu’il n’y a aucune discothèque et quelques très rares karaokés. Lorsque je demandais si au moins il y avait des restaurants, il me répondit avec beaucoup d’hésitation. Apparemment il y aurait deux ou trois restaurants à Pyongyang, mais en m’y rendant plus tard, j’ai vite réalisé qu’aucun coréen ne pouvait s’y rendre en raison des prix pratiqués, sans proportion avec les salaires moyens. La vie quotidienne n’est décidément pas très gaie dans ce pays.
Monsieur Li me donna en revanche des précisions assez surprenantes sur les codes sociaux en vigueur en DPRK, en ce qui concerne les rapports hommes-femmes. Il est apparemment impensable pour un couple de bâtir une relation s’ils « n’ont pas un niveau équivalent ». Interrogeant Monsieur Li sur ce qu’il entendait par là, il me répondit que par exemple un professeur ne se mettrait pas avec une ouvrière, car ils ne sont pas du même niveau social. Ciel ! Le dernier pays communiste au Monde pratique un cloisonnement social digne de l’Angleterre victorienne ! Je n’ai pas osé mettre le doigt sur cette contradiction, en sachant que c’est le genre de chose à ne pas dire, mais j’imagine maintenant à tête reposée que cette notion de niveau n’implique pas une réelle hiérarchie, mais tout simplement des cloisons étanches entre les catégories socioprofessionnelles. Le prolétariat est un et indivisible, mais on ne se fréquente pas !
Les guides m’apprenaient plus tard qu’ils gagnaient environ 20 euros par mois (sans les pourboires), ce qui constitue un salaire moyen en DPRK. C’est plus qu’un paysan, à peu près équivalent à un professeur, et très inférieur à un mineur du charbon qui gagne environ trois fois plus. Apparemment, le mineur du charbon est le symbole de la réussite sociale en DPRK et jouit d’un très grand prestige. Je n’ai pas demandé combien gagnait le Cher Leader Kim Jong Il, et n’ai pas non plus souligné qu’il était un des hommes les plus riches du Monde.
Après ces séances de questions, je sortais enfin mon lecteur MP3 pour entendre autre chose que de la propagande et savourais Vivaldi ainsi que quelques chanteuses chinoises. Cet objet insolite ne manqua pas d’attiser la curiosité de Monsieur Li à qui je donnais alors mes écouteurs. Je lui ai proposé ce qui était stocké sur mon lecteur, à savoir beaucoup de musique classique, de la chanson chinoise moderne, et des chants militaires nord-coréens (et oui, j’adore ça). O surprise, il ne choisit pas la musique nord-coréenne et me demanda si je n’avais pas de musique « anglaise ». N’aimant pas la musique occidentale, je n’avais évidemment rien de tel à lui proposer et il fut notamment déçu que je n’ai pas de « Michael Jordan ». J’ai fini par comprendre qu’il parlait de Michael Jackson. Ce qui l’intéressait n’était donc pas de la musique anglaise à proprement parler mais bien de la musique américaine. Toutefois, un nord-coréen ne pouvant décemment pas avouer qu’il éprouve le moindre commencement d’attirance envers les USA, son souhait fut traduit par le vocable « musique anglaise ».
Au bout de deux heures et demie de route, nous arrivions à Kaesong où nous logions dans le Folk Hôtel. Très bel endroit traditionnel coréen, certes aménagé pour les touristes, mais qui contraste avec l’urbanisme stalinien du reste du pays. Nous avons donc logé dans des petits pavillons coréens, dormant à même le sol, ce qui ne fut pas du tout désagréable. Quant au repas que nous avons dégusté ce soir-là, il était absolument divin. Tellement succulent que je classe dorénavant la cuisine coréenne parmi mes préférées, alors qu’auparavant elle arrivait en queue de peloton dans ma hiérarchie des goûts. Comme quoi il faut peu de choses parfois pour changer d’avis…
Ville de province, Kaesong est mal approvisionnée en électricité, et les coupures de courant furent très nombreuses, nous plongeant parfois dans une obscurité totale.
Avant d'aller me coucher, je jetais un coup d'oeil au ciel, pour découvrir une magnifique nuit étoilée, comme il est impossible d'en voir dans toute autre agglomération de par le monde. Kaesong était pourtant plus qu'un bourg. Je comprends maintenant pourquoi les photos satellite prises de nuit au-dessus de l'Asie du Nord-Est font apparaître une tâche noire au milieu des lumières chinoises, sud-coréennes et japonaises...
C’est donc dans cette atmosphère paisible que je sombrais un peu plus tard dans un profond sommeil, dont je ne fus tiré que le lendemain à 5 heures du matin par de joyeux chants militaires. Comme je l'ai déjà dit, je suis un grand amateur de ce type de musique, et cela ne m’a pas totalement déplu d’être réveillé de la sorte, même si je n’aurais pas vu d’un mauvais œil que cela eût lieu une ou deux heures plus tard.
Le petit déjeuner rapidement avalé, nous retrouvions notre cher minibus ainsi que les incontournables Messieurs Kim et Li. Le policier qui réglait la circulation à la sortie portait un uniforme blanc, contrairement à ses confrères pyongyangois (-ais ?) tout de bleu vêtus. Monsieur Li m’expliqua que le blanc était l’uniforme d’été et le bleu celui d’hiver. Ma surprise que la saison ne soit pas la même à Pyongyang et à Kaesong ne suscita malheureusement pas de réponse pertinente. Après ce fascinant dialogue, le minibus a enfin démarré...
Kaesong n’est pas une ville aussi laide que Pyongyang. Elle a été relativement épargnée par la Guerre, et certaines constructions anciennes ont subsisté. L’hôtel où nous logions était d’ailleurs une petite merveille architecturale. Les rues de Kaesong étaient de toute façon beaucoup plus colorées que l’horrible grisaille de la veille, et même la propagande semblait moins oppressante.
J'étais très excité à l'idée de circuler dans les rues de cette ville que j'avais pu observer en détails un an auparavant... dans l'objectif d'une longue vue installée dans un poste d'observation américain de l'autre côté de la frontière. Nous n'étions qu'à quelques kilomètres de là, mais dans un tout autre monde. La Statue de Kim Il Sung me fit un grand effet et je ne pus m'empêcher de lâcher un "je l'ai déjà vue il y a un an!"
Rapidement nous avons quitté la ville et avons enfin découvert la campagne coréenne. C’est avec une grande fébrilité que j’attendais de découvrir enfin cette Corée rurale dont la presse occidentale avait toujours dressé un portrait apocalyptique. Ma surprise fut à la hauteur de mes attentes. Le paysage était idyllique ! C’était la période des moissons et les champs étaient remplis de paysans s’activant à leur tâche. Les petites routes et sentiers étaient bordés de fleurs multicolores (et ce n’était ni des kimilsunias ni des kimjongilias !), tandis que les militaires toujours aussi nombreux déambulaient de hameau en hameau. Toujours à pieds bien sûr. Les inévitables portraits géants de Papa Leader décoraient toujours la plupart des embranchements, mais les flamboyants soldats qui devaient le mettre en valeur avaient décidemment bien du mal à ressembler aux âmes errantes toutes de vert foncé vêtues que nous croisions ou doublions en permanence.
Ce bref échantillon de la campagne nord-coréenne était beaucoup moins misérable que je ne l’imaginais. Certes, ce n’était pas l’opulence, mais les gens n’avaient pas l’air aussi affamés que sur les photos qui avaient pu sortir du pays pour atterrir dans la presse européenne. Bien au contraire, ces scènes rurales furent parmi les plus belles que j’ai pu voir de par le monde. La raison en est hélas très simple : la campagne coréenne d’octobre 2003 est à peu de choses près la même que celle d’il y a une cinquantaine d’années. Même la Chine rurale présente désormais des signes extérieurs de modernité totalement inconnus en Corée. Les quelques véhicules à moteur que nous croisions auraient pu parfaitement servir de décor à une reconstitution de l'époque de la Seconde Guerre Mondiale, tandis que les vêtements de la population et les uniformes verts-marrons des militaires étaient intemporels.
Il m’a malheureusement été quasiment impossible de prendre des photos, en raison de l’état de la route et des vibrations et secousses qui contrecarraient toute tentative de prendre des photos nettes. De surcroît, nos guides nous ont interdit de prendre des paysans ou militaires en photos car « ces gens-là sont sensibles ». Pas autant que vous messieurs, avais-je envie de rétorquer. Mais en hôte poli que j’étais, je ne l’ai pas dit.
Au milieu d’un charmant paysage de collines, nous fumes déposés devant une ancienne Tombre Royale, parfaitement préservée, datant du début du second millénaire, celle de Kongmin, Roi de Koryo. Comme un clin d’œil à cette Chine que je m’efforçais toujours de comparer à tout ce que je voyais, quelques vendeurs de souvenirs proposaient leurs trésors aux rares touristes de passage. Comprenant que je n’aurais peut-être plus l’occasion d’acheter des souvenirs non communistes, je fonçais m’acheter de jolies peintures sur soie représentant des coréennes en robe traditionnelle. Oui je sais parfaitement que j’ai déjà dit que je les trouvais fort charmantes, mais je n’ai pas peur de la répétition.
Nous sommes ensuite revenus sur nos pas, avons retraversé Kaesong, puis avons mis le cap sur la frontière sud-coréenne. Direction le site mythique de Panmunjom.
Au fur et à mesure que nous approchions de la ligne de la démarcation, quelques indices évoquant le formidable dispositif de défense nord-coréen commençaient à faire leur apparition. Contrairement à mes attentes, la présence militaire n’était pas plus importante que dans le reste du pays. (ceci dit, il est difficile de faire mieux !) Les patrouilles de soldats n’étaient pas plus impressionnantes que dans la capitale ou la campagne d’où nous venions. En revanche, un œil un peu exercé – et stimulé par les commentaires enthousiastes de nos guides – pouvait remarquer un certain nombre de détails intéressants.
Les collines tout d’abord. Bien que faisant partie du charmant décor champêtre décrit plus haut, elles présentaient de troublantes structures en béton à leur base. Peut-être étaient-ce les entrées de mystérieux bunkers ou de sites de lancement de missiles ? Ou peut-être est-ce moi qui voulais absolument voir le mal partout, puisqu’après tout, c’est bien le cœur de l’Axe du Mal que je contemplais. Un peu plus loin, je remarquais dans les champs plusieurs rangées parallèles de blocs rocheux, de quelques mètres de large, et qui semblaient s’étendre à perte de vue. Ces rangées de rochers disposées parallèlement à la frontière étaient probablement destinées à freiner l’avance de chars ennemis qui tenteraient une percée à travers champs. Enfin, le long des routes, il était possible de voir à intervalles réguliers des séries de blocs de béton d’une dizaine de mètres de hauteur, destinés à être dynamités en cas d’invasion ennemie pour bloquer les routes.
Un checkpoint plus sévère que ceux de la veille au soir nous arrêta environ une demi-heure. Nous étions à l’entrée de la zone démilitarisée. Une fois tous les papiers examinés, nous avons franchi le portique qui nous séparait de cette zone mythique. Deux soldats sont montés dans notre minibus « pour notre sécurité » ( ???), l’un d’entre eux devant nous servir de guide. Comme il parlait un peu chinois, il a été possible d’avoir un contact direct avec lui, ce qui n’a d’ailleurs pas tellement plu à nos chers guides, seul Monsieur Kim possédant quelques notions de chinois.
La zone démilitarisée inter-coréenne fait quatre kilomètres de large, deux de chaque côté de la ligne de démarcation, et traverse toute la péninsule coréenne d’est en ouest. Elle est totalement infranchissable, excepté à Panmunjom, unique point de contact entre les deux Corées, où a été signé l’armistice en 1953.
A ma grande surprise, je découvrais autour de Panmunjom les mêmes champs cultivés et les mêmes paysages de fleurs que dans la Corée non démilitarisée. Lors de mon passage en Corée du Sud un an plus tôt, les abords de la zone démilitarisée sud m’avaient paru extrêmement austères et entièrement voués aux infrastructures militaires, toute trace de vie civile étant proscrite. Je me doute bien que la Corée du Nord n’est pas du tout le pays pacifiste qu’il prétend être et que les abords de la frontière sont au moins autant militarisés que ceux de la Corée du Sud. Néanmoins l’illusion est réussie et nous avons tous été bluffés.
Nous avons tout d’abord visité le petit bâtiment où a été signé l’armistice, et avons commencé à discuter plus longuement avec le soldat qui nous faisait la visite – en présence bien entendu de Messieurs Kim et Li qui buvaient nos paroles. La conversation a rapidement évolué vers l’actualité internationale, et je dois reconnaître qu’il était assez savoureux de jouer le rôle d’une des seules sources d’informations de ces garde frontières, qui à l’instar de leurs compatriotes ne peuvent bien entendu pas compter sur l’information officielle.
Notre soldat ainsi que Messieurs Kim et Li nous ont fait part de la peine qu’ont éprouvée les coréens quand ils ont été classés dans l’Axe du Mal. Monsieur Bush Junior n’est bien entendu pas très populaire dans ces contrées, mais le discours qui nous a été servi était surprenant de modération. Sans doute ne parle-t-on pas aux étrangers comme aux nord-coréens. On nous demanda avec insistance, et avec une inquiétude non dissimulée, si nous pensions que Junior serait réélu en 2004. Nous avons tous répondu que nous ne le pensions pas, sans vraiement savoir ce qu’il en serait bien entendu. Puis nous fumes interrogés sur la crise nucléaire iranienne. Les coréens suivent bien entendu ce dossier de très près, mais il est difficile de savoir ce qu’on leur dit exactement. Nous nous en sommes tenus à la stricte vérité, à savoir que la crise n’en était qu’à ses débuts, et que ce n’est pas demain que les américains envahiraient l’Iran. Puis pour détendre un peu l’atmosphère, j’ai ajouté que l’Afghanistan c’était pour 2001, l’Irak pour 2003, l’Iran ce serait pour 2004, et en 2005 Bush Junior ne serait pas réélu, et la Corée serait donc épargnée. Ils ont apparemment apprécié cette réflexion. Ce fut alors le moment de lancer mes slogans anti-américains (les mêmes que la veille), et nous rigolâmes tous de bon cœur. Ce soldat était vraiment très sympathique, et je me suis surpris à ressentir une certaine tristesse à l’idée qu’il serait parmi les premières victimes en cas de guerre. Sans doute le savait-il aussi, ce qui justifiait son empressement à nous interroger.
Un peu plus tard, nous nous sommes rendus à la frontière à proprement parler. Un complexe aménagé au Nord comme au Sud, autour de quelques bâtiments centraux en préfabriqué, sur la ligne blanche elle-même, et un bâtiment principal de chaque côté. Nos guides nous ont donné l’autorisation de photographier sans restriction les bâtiments, comme les militaires. Surprenante autorisation lorsque l’on sait que côté sud, toute photographie est strictement interdite à plusieurs kilomètres à la ronde. J’ai alors souligné que la Corée du Nord était beaucoup plus libre que le Sud, ce qui bien entendu n’a pas manqué de faire rire Monsieur Kim, qui a certainement compris que c’était de l’humour à tiroirs.
Nous sommes rentrés dans les locaux en préfabriqué, et avons fait le tour de la table centrale, franchissant ainsi la frontière invisible plusieurs fois, et nous retrouvant en Corée du Sud pendant une minute ou deux. Naturellement la porte était fermée de l’autre côté, et pour ressortir du préfabriqué, il fallait repasser la frontière et revenir au Nord. Les touristes venant du Sud se livrent exactement au même rituel, mais en sens inverse. Les deux Corées se sont mises d’accord pour alterner les visiteurs du Nord et ceux du Sud, et faire en sorte que ceux-ci ne se voient et ne se croisent jamais. On imagine que des touristes se faisant coucou de la main de chaque côté de la ligne blanche, cela ne ferait pas très sérieux sur le site le plus tendu au Monde.
Une fois ressorti du bâtiment, nous avons pris de nombreuses photos des gardes frontières. Invraisemblable image que ces groupes de soldats ne se tenant qu’à un mètre ou deux l’un de l’autre, se faisant face jour après jour, sans jamais pouvoir se parler ou échanger un regard. Que j’aurais aimé pouvoir lire les pensées de ces soldats coréens se tenant à trente centimètres de la ligne blanche, pouvant la franchir en une seule enjambée et en moins d’une demi-seconde, soit suffisamment vite pour échapper aux balles de leurs collègues. Combien d’entre eux ont sérieusement pensé à le franchir, ce pas ?
Nous n’étions qu’à sept ou huit mètres de la ligne blanche, et quelques mètres plus loin, les soldats sud-coréens nous regardaient attentivement à la jumelle. Peut-être était-ce là du folklore, à moins que nous n’ayons été photographiés et envoyés dans l’ordinateur central de la CIA. Je le saurai si je présente un jour mes papiers dans un aéroport américain… A un ou deux kilomètres de là, un immense drapeau nord coréen faisait face à son équivalent sud coréen. C’étaient les deux villages de propagande (c’est comme ça qu’on les appelle au Sud) que j’avais aussi vu de très près il y a un an. Mais cette fois j’avais le droit de les prendre en photo.
Nous visitions les lieux avec quatre touristes nord-coréens. A ceux-là aussi j’aurais aimé demander combien de papiers ils ont dû remplir, et combien de garanties ils ont dû donner pour pouvoir se trouver là. C’était certainement des gens relativement haut placés, comme l’attestait d’ailleurs leur début d’embonpoint. Je tentais d’adresser quelques mots à l’une des membres de ce groupe : « bonjour, je suis français ». Hélas, mon accent coréen était trop mauvais pour être compris et elle me répondit dans un anglais si approximatif que je ne le comprenais pas non plus. J’ai alors retenté le coup du « à bas l’impérialisme américain » mais elle ne comprit toujours pas ! De toute façon Monsieur Kim coupa court à cette tentative d’approche non autorisée, et nous en sommes restés là. Nous avons quitté Panmunjom pour un poste d’observation nord-coréen dans la zone démilitarisée, situé non loin de là.
Un autre militaire, plus âgé, nous accueillit une fois là-bas. Il avait une très bonne tête celui-là aussi : jovial et souriant. Il nous fit regarder la zone démilitarisée à la jumelle, et nous avons très bien vu les postes d’observation sud-coréens et onusiens situés de l’autre côté de la ligne de démarcation. Cet officier nous assura que les sud-coréens avaient bourré leurs postes d’observation avec des armes, ce qui constituait une violation des Traités. Bien entendu, il nous fut assuré que les Nord-coréens n’en faisaient pas autant et qu’eux respectaient le droit international. Nous avons pu aussi regarder le mur de béton érigé par les américains et les sud coréens, destiné à empêcher une invasion nord-coréenne. Nos guides ne se trompèrent pas lorsqu’ils nous assurèrent que ce mur de huit mètres de haut était tenu secret au sud. Effectivement, il ne nous en a pas été fait état lors de ma visite du sud de la zone démilitarisée. D’après les nord-coréens, les américains auraient construit ce mur en secret pour ne pas se couvrir de honte et ne pas être accusés d’avoir construit eux-mêmes un autre Mur de Berlin. Ce mur existe bel et bien, je l’ai vu, et il se trouve effectivement du côté sud-coréen. Mais traverse-t-il réellement toute la péninsule ? Impossible de le savoir même si ça semble vrai. Il faudrait que je fasse mes recherches dès que j’en trouve le temps, et que je vérifie aussi s’il est vraiment secret, ou si j’ai été victime de la propagande nord-coréenne.
A midi pile, les hauts parleurs sud-coréens crachent de la propagande agrémentée de musique classique. Ne comprenant pas un traître mot de coréen, je demande à Monsieur Kim de me traduire. Celui-ci fronce les sourcils et fait mine d’écouter attentivement. Au bout d’une minute, il me dit que ce n’est pas très clair et qu’il croit qu’il s’agit de politique. J’ai été bien naïf de croire que Monsieur Kim allait me traduire de la propagande sud-coréenne ! Ceci dit, le son me paraissait parfaitement clair et d’une qualité excellente pour du son craché à deux kilomètres de là. Je demandais alors si les nord-coréens font la même chose vers le sud, et on m’assura que non. Je me souvenais pourtant de ce que les sud-coréens m’avaient dit il y a un an, lorsqu’ils affirmaient que chaque camp envoyait de la propagande à intervalles réguliers. Je reformulais ma question en demandant si au moins des ondes ne sont pas envoyées à destination du sud. Je me vis à nouveau opposer une réponse négative, mais cette fois j’avais en tête l’image très nette de ces émetteurs géants nord-coréens que j’avais vu du Sud. Mais je n’en ai pas parlé, ça n’aurait pas été poli.
Par contre j’ai parlé du tunnel que j’avais visité. Les sud coréens ont découvert quatre tunnels d’invasion pouvant déverser d’après les estimations plusieurs milliers de soldats nord-coréens vers le sud en une heure. On estime qu’une vingtaine de tunnels sont encore à découvrir. Le militaire nous assura que ces tunnels ont été creusés pendant la guerre, mais cela me paraît assez difficile à croire. Pourquoi creuser des tunnels pharaoniques lorsque la ligne de front est mobile ? J’ai beau ne pas être un expert militaire, cela me semble stratégiquement idiot. Au sud, il nous a été assuré que les tunnels avaient été construits après la guerre, ce qui me semble plus vraisemblable. Je leur ai fait part de cette version et me suis contenté d’acquiescer poliment à leurs explications. Nénanmoins, le militaire et Monsieur Li étaient très intéressés par ma description du tunnel, notamment en ce qui concerne sa profondeur et ses dimensions. Leur aurait-on caché ces détails ? Je n’ose y croire !!!
Vint ensuite le discours sur la réunification pacifique de la Corée, sur le modèle d’une fédération très décentralisée, ou pour reprendre la terminologie chinoise, en vertu du principe « un pays deux systèmes ». Ils avaient l’air d’y croire, mais c’est tellement irréaliste. Les tensions de chaque côté sont si fortes… Ce fut enfin le moment de se dire au revoir. Après avoir lâché mon « l’impérialisme US est notre ennemi commun » et avoir offert des cigarettes chinoises à l’officier bien sûr ! L’officier apprécia bien entendu, mais il ne refusa pas non plus les cigarettes américaines que d’autres lui ont offert !
J’avais encore en tête les paroles du premier soldat de la matinée qui nous racontait avec fierté que la Corée devait et allait bientôt être dotée de l’arme nucléaire car c’était son seul moyen d’éviter l’invasion américaine, et ne pouvais pas m’empêcher de penser qu’il avait raison le bougre. Il savait que l’Irak avait été envahi car il était faible, et que la Corée pouvait présenter une résistance beaucoup plus acharnée.
Mais sur ces joyeuses pensées, nous quittions la zone démilitarisée, toujours à travers champs, pour revenir à Kaesong. Je ne manquais pas de remarquer sur la route ces enfants travaillant dans les champs, et plus inquiétant, ceux portant l’uniforme. Ce sont sans doute des devoirs liés à la fonction de monarque dans un pays dans lequel les enfants sont les rois du pays…
A Kaesong nous avons visité le musée historique situé dans une ancienne école de philosophie, du même style que ce qu’on peut voir en Corée du Sud, et encore très bien conservée. C’était assez plaisant de pouvoir visiter un site dénué de propagande, bien que ce n’était pas pour cela que j’étais venu en DPRK. Après avoir avalé notre déjeuner, nous avons repris le minibus pour rentrer à Pyongyang. A nouveau plus de deux heures de route à tuer…
Mais cette fois-ci, c’était l’après-midi et on pouvait admirer le paysage. La route était une gigantesque ligne droite glissant parfois sous de longs tunnels obscurs, où je frémissais à la vue de ces masses de piétons qui seraient sans doute dans une situation très dangereuse si le trafic automobile était un poil plus dense. Mais ils ne risquaient à vrai dire pas grand chose. Parfois le long de la route des autostoppeurs tentaient de nous arrêter, en vain. C’est bien dommage car ils auraient un peu égayé notre voyage. Mais comme il nous était interdit d’approcher les gens humbles et encore plus de leur adresser la parole, nous n’avions aucune chance de voir ce souhait se réaliser.
Dehors, la campagne était toujours aussi belle et peu urbanisée. La Corée des grands espaces… Le paysage très coloré n’était cependant pas désert, et des armées de paysans s’affairaient toujours aux champs. Monsieur Kim nous répéta que nous pouvions prendre des photos des champs, mais pas des paysans car « ces gens sont sensibles ». De toute façon, prendre des photos nettes à partir d’un minibus lancé à plus de soixante kilomètres heure dépassait mes compétences et c’est malgré moi que j’ai obtempéré aux ordres. Et puis j'étais déjà dans le colimateur de Monsieur Kim qui m'avait surpris en train de filmer la route alors que j'étais censé ne prendre que des photos.
Au bout d’un moment, je ressortais donc mon lecteur MP3 et savourais la musique militaire nord-coréenne que j’avais téléchargée avant de partir. Quelques minutes plus tard, Monsieur Kim qui se trouvait en face de moi demanda à écouter et je lui passais donc mes écouteurs. Son visage d’ordinaire si souriant se transforma alors brusquement et il devint tout pâle et prit un air des plus inquiets. Après quelques secondes d’hésitation, il me demanda à voix basse et tremblante : « mais, mais tu écoutes la radio ??? » Il est bien entendu interdit d’emmener en Corée du Nord des radios, puisque celles qui sont disponibles ont leurs fréquences bloquées, de manière à empêcher le bon peuple de capter autre chose que ce que les sages leaders leur destinent. La règle est sans doute bien respectée, car les inspections inopinées, ayant lieu en moyenne tous les trois mois, veillent à s’assurer que les coréens n’ont pas trafiqué leurs récepteurs de radio et de télévision. Gare aux contrevenants !
Entendant de la musique nord-coréenne jaillir de mes écouteurs, Monsieur Kim en a déduit que ce que j’écoutais ne pouvait être que la radio, une radio d’un type inconnu dans le pays et qui ne pouvait donc pas être bloquée comme elle le devrait. Une telle infraction lui aurait sans doute attiré de gros problèmes si ça se savait, mais je l’ai rassuré en lui montrant comment fonctionnait mon lecteur, et comment il était possible de sélectionner non seulement des chants coréens, mais également du Vivaldi ou du Berlioz. Au bout de quelques minutes il eut l’air rassuré et me rendit mon appareil. J’ai alors sagement omis de lui montrer que ce lecteur pouvait effectivement passer en mode radio sur pression d’un seul bouton ! De toute manière, j'ai essayé, et je ne pouvais rien capter sur les fréquences FM.
A mi-parcours, le minibus se mit à ralentir et nous nous sommes arrêtés sur ce que j’appellerais par commodité d’expression une aire d’autoroute. Une quinzaine de marchands attendaient les rares véhicules de la journée, et les touristes étrangers étaient naturellement une aubaine. Comme de notre côté nous commencions à avoir faim et soif, l’aubaine fut partagée. Et comme certaines vendeuses étaient fort charmantes et n’étaient pas avares de clins d’œil, cet arrêt imprévu fut donc tout à fait agréable. En faisant le tour des stands, j’ai ramassé quelques boîtes de caramel coréen à offrir, ainsi que des biscuits chinois et de l’eau minérale pour la route. Il était temps ! Mon estomac et mes papilles commençaient à s’impatienter. J’ai aussi acheté un t-shirt sur le festival Arirang, d’une très mauvaise qualité, pour satisfaire la demande d’un ami.
Un groupe de touristes chinois s’était également arrêté en même temps que nous, et je remarquais que l’un d’entre eux parlait en chinois à une des vendeuses. Dès qu’il eut fini, j’en profitais pour engager la conversation, mais elle fit alors mine de ne pas comprendre ce que je disais. J’ai beau ne pas être parfaitement bilingue, je n’ai en général aucune difficulté à tenir une conversation, et j’avais remarqué que la demoiselle s’en sortait plutôt bien avec le chinois, ce qui ne manqua pas de m’étonner. Je demandais alors à Monsieur Li de lui demander en coréen si elle savait parler chinois et la réponse fut négative. Je lui reformulais la question en chinois et elle répondit « ting bu dong, ting bu dong » (« je ne comprends pas » en chinois). Elle avait donc au moins des notions. Ceci dit, lorsque Monsieur Li s’éloigna, son niveau de chinois se releva brusquement et nous avons pu un peu discuter et j’ai eu la confirmation qu’elle connaissait cette langue.
Après trois bons quarts d’heure d’arrêt (et oui), il était temps de repartir. En bon français que je suis, je refis donc la tournée des stands pour dire au revoir à tout le monde, et l’une des vendeuses m’a même envoyé un bisou avec sa main. Voilà, même dans ce pays, j’avais réussi à vendre le charme français. Mission accomplie.
En fin d’après-midi, nous avons aperçu au loin la pyramide géante qui nous annonçait que nous approchions de Pyongyang. Le passage sous un gigantesque portique marquait un peu plus tard l’entrée en ville.
Dès notre retour à Pyongyang, nous avons pris la direction de la Librairie Internationale afin de faire des emplettes. En chemin, je tentais de prendre en photo une de ces femmes policières qui, telles des automates, règlent la circulation au milieu de carrefours complètement déserts. Il est très populaire en Chine de débattre des métiers les plus tristes et répétitifs tant on en trouve d’incroyables. Mais femme policier à Pyongyang, c’est sans aucun doute à classer dans la catégorie des gagnants. Pauvres femmes, qui s’agitent dans tous les sens et gesticulent à toute vitesse pour canaliser des flots de voitures qui n’existent même pas, dans des tenues parfois totalement inadaptées au climat. Il paraît que l’uniforme d’hiver se met à dates fixes, quelles que soient les températures et les variations climatiques, comme si le régime prétendait commander le climat lui-même ! Ces femmes font ça toute la journée, sans quitter leur carrefour. Se livrer à ce manège pendant une demi-heure rendrait sûrement fou la plupart des gens et je n’ose imaginer dans quelle état sont ces femmes après plusieurs années d’exercice. Le plus malheureux, c’est qu’elles sont toutes si jolies, largement plus que la moyenne des coréennes. A croire qu’elles sont sélectionnées uniquement sur le critère de leurs frimousses…
Remarquant mon intérêt de plus en plus marqué pour les femmes en uniforme, Monsieur Kim m’assura qu’il y a une de ces policières à côté de la Librairie, et que j’aurais tout le loisir de la photographier. Puis il ajouta avec un sourire complice : « Tu aimes bien les femmes, hein ? » J’ai eu à ce moment-là très envie de répondre « oui bien sûr, je suis un homme. » Mais j’ai eu peur de le vexer voire de le blesser en répondant ça. Les coréens du Nord sont sans doute extrêmement frustrés de ce côté, surtout tant qu’ils ne sont pas mariés, et c’était donc inutile d’en rajouter. Je répondis donc tout simplement « oui bien sûr, je suis français. » Ma réponse eut l’air de le convaincre.
Une fois arrivés, nous nous sommes garés près d’une de ces innombrables façades en ravalement que l’on peut voir partout à Pyongyang. Il semblerait que les autorités veuillent mettre un peu de couleur dans la ville et remplacer le gris et le blanc par des teintes pastel et un peu plus gaies. Noble initiative. Ce travail de ravalement était assez fascinant, vu le nombre de personnes s’activant sur chaque pan de mur. Non seulement les ouvriers étaient installés à l’extérieur des façades, mais on pouvait en voir aussi sur les balcons ou derrière les fenêtres, tentant de gratter eux aussi ce qu’ils pouvaient sur les murs. J’imagine que de toute façon, les pyongyangais (ois ?) ont l’habitude de voir des indésirables débarquer chez eux.
Malheureusement, Monsieur Kim nous interdit de photographier ces scènes, malgré l’autorisation de principe que nous avions reçue la veille au matin. C’est donc sur cette pauvre policière que mon camescope jeta son dévolu.
Ceci fait, je suis entré dans la Librairie. La petite boutique des horreurs. Ce lieu mythique était un des buts principaux de mon voyage, tant on m’avait décrit les merveilles de propagande qu’on pouvait y trouver. Je fus malheureusement relativement déçu car le choix n’était pas si grand que ça. Vu le temps qui nous était imparti, nous nous sommes d’abord jetés sur les affiches de propagande peintes à la main. C’est le souvenir le plus populaire de Corée du Nord. Ces affiches sont très belles, et chacune d’entre elles a été soigneusement travaillée, ce qui explique les prix pratiqués : de 30 à 40 euros l’unité, soit de dix à vingt fois plus cher qu’en Chine. Mais en Chine, ces affiches sont beaucoup moins rares et ont été fabriquées à une échelle industrielle. A mon grand désespoir, l’affiche que je désirais était en rupture de stock. Je voulais absolument acheter cette superbe peinture d’un Taepodong, gigantesque missile coréen à longue portée, décollant sous les hourras d’une foule de travailleurs enthousiastes, et que mon ami français de Shanghai expose fièrement chez lui. Je dus malheureusement me contenter de deux scènes plus traditionnelles de soldats et de travailleurs. Ceci dit, ce n’est pas mal non plus.
Ceci fait, j’ai acheté deux CD de musique nord coréenne : un de musique militaire, et un de musique dite pop. C’est Monsieur Li qui me guida pour cet achat, en fonction de ses goûts personnels. Le choix était grand, et les prix relativement élevés, il fallait donc choisir judicieusement. Juste avant la fermeture, j’ai enfin pris le temps de jeter un coup d’œil aux livres, la plupart étant les mêmes qu’à l’hôtel. J’ai cependant choisi un énorme livre de photographies de Pyongyang, ainsi qu’un ouvrage plus discret intitulé « les Beaux Arts de Corée ». Les deux étaient en français, comme d’ailleurs la majorité des livres disponibles. Les ouvrages en français avaient en effet l’air de dépasser en quantité les anglais, les russes, et les chinois ! Tous les livres de la Librairie étaient bien entendu des ouvrages de propagande, et ces deux-là n’échappent pas à la règle.
Je ne peux pas résister au plaisir de vous décrire « les Beaux Arts de Corée ». C’est en fait une collection de peintures de style réaliste socialiste, l’ouvrage étant réalisé à l’occasion d’une exposition de 1978. Personnellement j’aime beaucoup ce genre et suis très satisfait de mon acquisition. La part belle est évidemment donnée au Respecté Président Kim Il Sung qui apparaît sur bon nombre de peintures. Je dois cependant reconnaître que certaines sont réellement de véritables pièces d’art dont il se dégage une émotion certaine. Mais ce sont les légendes et certains commentaires qui sont les plus intéressants. Voici pour exemple un extrait de la préface :
« […] L’exposition a révélé de façon éloquente que les beaux-arts de notre pays sont en plein épanouissement, qu’ils sont authentiquement populaires, conformes aux sentiments et au goût de notre peuple, et qu’ils sont des beaux-arts révolutionnaires servant les intérêts du Parti et de la révolution. Le plus grand succès de l’exposition a dû au grand nombre d’œuvres dépeignant respectueusement par des tableaux historico-documentaires la brillante carrière révolutionnaire du camarade Kim Il Sung, grand Leader, qui consacre invariablement sa vie à la liberté et au bonheur du peuple, et les traces infeffaçables et les récits émouvants jalonnant sa vie. Ces œuvres représentent des hymnes et des épopées de dévouement dédiés au grand Leader qui a ouvert et éclaire notre ère djoutchéenne grâce à sa perspicacité peu commune, à son éminent art de direction et à ses nobles vertus communistes […] etc
Voici également les explications de deux peintures : Pour « Apparitions et disparitions surnaturelles » : « Innombrables sont les méthodes de combat prodigieuses que le camarade Kim Il Sung, grand Leader et commandant prestigieux invincible à la volonté de fer, a créées à l’époque de la Lutte armée anti-japonaise dans les années 30 de notre siècle. Les combattants de l’ARPC se déplaçaient en grande unité en effaçant leurs traces dans la neige, ce qui jetait les agresseurs impérialistes japonais dans une panique folle. » Pour « Maman, je ne veux pas m’en aller » : « La clique fantoche sud-coréenne perpètre sans hésitation des actes criminels à jamais impardonnables sous le paravent de « l’exportation de la main-d’œuvre » en vendant à l’étranger non seulement des centaines de milliers de nos compatriotes mais aussi des enfants innocents. »
Après ce grand moment de propagande, et avant que la nuit ne tombe, nous nous sommes rendus sur la Place Kim Il Sung, qui rappelle un peu la place Tiananmen de Pékin. C’est là que sont de temps en temps organisées les gigantesques parades militaires qui rassemblent parfois jusqu’à un million d’hommes. Mais ce soir-là, le lieu était totalement désert, seule une ou deux dizaines de personnes arpentant cette place gigantesque. La Place Kim Il Sung est entourée du Palais pour les Etudes du Peuple, de quelques ministères et d’un musée révolutionnaire. On voit très bien la tribune d’où le Cher Leader Kim Jong Il acclame régulièrement ses troupes, mais le calme qui régnait sur cette place connue pour ses fastes était saisissant alors que la nuit commençait à tomber. Je vis alors mes premiers portraits de Marx et de Lénine, dont Monsieur Kim me dit que ce sont les seuls visibles en Corée du Nord. De l’autre côté, un gigantesque portrait du Respecté Président Kim Il Sung commençait à s’éclairer, de même que les fresques révolutionnaires qui entouraient la Place. La gigantesque flamme rouge de la Tour du Juche située de l’autre côté du fleuve fut elle aussi allumée, rajoutant au kitch de la scène, si cela était encore possible. Quelques instants plus tard, l’obscurité commençait à envahir la ville.
La nuit fut rapidement noire comme en rase campagne. Difficile de croire que je me trouvais dans une capitale de plus de deux millions d’habitants. Certes, de nombreuses fenêtres illuminées permettaient de deviner les contours des immeubles d’habitation, mais l’impression générale que donnait Pyongyang la nuit était extrêmement obscure. Les rues semblaient cette fois totalement désertes, les quelques piétons qui finissaient de rentrer chez eux étant de toute façon invisibles en raison de l’absence d’éclairage public. Seuls quelques portraits éclairés du Respecté Président Kim Il Sung rompaient les ténèbres.
Mais on pouvait toutefois voir de temps en temps une timide source lumineuse aux carrefours : une faible lumière rouge qui remuait dans tous les sens. C’étaient les femmes policières qui continuaient à s’agiter en tenant leur bâton qui la nuit devient lumineux ! Quelle horreur ! Quelle vie horrible ! Comment peut-on imposer une tâche aussi ingrate à un être humain ? Comment peut-on forcer quelqu’un à passer ses nuits à mimer un automate en agitant un bâton rouge au milieu d’une rue totalement déserte?
C’est cette réflexion qui m’occupa durant le trajet qui nous amena au restaurant. L’un des seuls de la ville. L’endroit n’était naturellement fréquenté que par quelques occidentaux et des chinois, accompagnés par leurs guides. Quelques décors lumineux tentaient d’égayer ce restaurant qui partout ailleurs aurait été considéré comme sinistre. Mais c’était le cœur de la vie nocturne de Pyongyang. Il fallait l’accepter. Nous allions de plus avoir l’insigne honneur de dîner en compagnie de Messieurs Kim et Li qui jusque là ne s’étaient jamais joint à nous.
Je reconnais que la nourriture était bonne. Nous étions dans le restaurant de canard dont Monsieur Li m’avait confié l’existence la veille lorsque je l’interrogeais sur les mœurs nocturnes des coréens. Grands buveurs comme la plupart de leurs compatriotes, Messieurs Kim et Li nous ont présenté avec fierté un alcool local, guère différent en fait de ce qu’on peut trouver en Chine. Un rapide coup d’œil à la bouteille qui n’indiquait que 35° d’alcool me soulagea car je m’attendais au pire. J’avais déjà subi largement pire que ça en Chine et avait plus ou moins appris à tenir le coup. Je pouvais donc enchainer les toasts sans trop m’inquiéter. Comme les chinois, les coréens adorent faire « ganbei » (cul sec). Et comme la plupart des membres du groupe étaient des européens de Chine et avaient l’habitude de cette pratique, nous pouvions faire honneur aux bouteilles qui nous étaient servies. Une petite différence toutefois : un coréen ne peut pas se servir lui-même en alcool. Ca ne se fait pas, ni en Corée du Nord ni en Corée du Sud, comme on me l’a confirmé plus tard lorsque j’étais de retour à Shanghai. Monsieur Li à côté de qui j’étais assis me demandait donc constamment de lui servir à boire, puisque je n’avais pas encore pris le pli.
Pendant tout le dîner j’alternais donc les ganbei et les morceaux de canard. Monsieur Li et l’américain avaient un ganbei d’avance, car ils avaient trinqué avant les autres, et je prenais soin de ne pas combler mon retard. Ma capacité à boire a tout de même des limites, que j’avais ce soir-là fixées à 9 verres (chiffre de la longévité en Chine). Monsieur Li ne m’autorisa toutefois pas à en rester là et me remplit d’office mon verre : il fallait attaquer les nombres à deux chiffres. J’ai réellement senti que j’approchais de la limite vers le douzième verre. L’américain à ma droite n’en menait pas très large non plus et voulait s’arrêter. Mais Monsieur Li ne l’entendait pas ainsi. Les coréens savent très bien boire.
Nous nous consolions en nous disant que dans ces conditions, on pourrait peut-être faire dire des choses à nos guides qu’ils n’auraient pas dites à jeun, mais nous avons échoué. Ils tenaient trop bien l’alcool. Bien au contraire, ce fut moi qui commençais à approcher des limites de la décence… verbale. Mes souvenirs ne sont pas très clairs sur ce qui s’est alors dit, mais j’ai malheureusement l’impression d’avoir trinqué à la santé de Saddam Hussein. J’espère me tromper bien sûr, mais il y a de fortes chances pour que j’ai vraiment fait ça. L’antiaméricanisme exacerbé qui régnait alors, combiné à une bonne douzaine de verres d’alcool blanc ont eu raison de toutes mes convictions et de la retenue dont je fais preuve en général. L’américain qui lui aussi commençait à faiblir eut toutefois un sursaut de lucidité et réagit à mon toast en me demandant de ne pas aller trop loin. Je crois que j’ai obtempéré.
J’ai définitivement arrêté à mon quatorzième verre car je savais que là, c’était le confort de la suite du voyage qui étaient en jeu. A mon grand soulagement, j’étais encore capable de me lever et de marcher droit, signe qu’a priori je ne passerais pas ma nuit aux toilettes.
Lorsque nous étions sur le départ, Monsieur Li nous présenta à la patronne du restaurant. Peut-on d’ailleurs employer ce mot dans un pays communiste ? Je crois que Monsieur Li la qualifia en fait de manager, ce qui est plus politiquement correct. Messieurs Li et Kim me pressèrent alors de scander mes slogans anti-américains, ce que je fis naturellement. La « manager » rit aux éclats et me félicita chaleureusement en levant le poing. Avait-elle seulement compris que je ne pensais pas un mot de ce que je disais ? J’aimerais le croire, mais j’en doute.
Nous reprimes le minibus pour une dizaine de minutes de trajet jusqu’à l’hôtel. La nuit était toujours aussi noire, et les fenêtres toujours aussi faiblement éclairées, telles des tâches de lumière dans l’obscurité. Difficile toutefois de distinguer les formes des immeubles tant ces lumières étaient faiblardes. Une vision de cauchemar à l’échelle d’une ville entière…
De retour à l’hôtel, nous sommes tous allés refaire un tour à la librairie, pour encore une fois compléter nos collections. Même le plus récalcitrant des touristes consommateurs ne peut pas résister à la folie du shopping lorsqu’il est à Pyongyang. C’est beaucoup plus fort que dans des villes comme Hong Kong, Paris ou New York, où il n’est pas difficile d’être blasé par l’abondance et la diversité. Ici, le moindre livre, le moindre timbre, le moindre pin’s peut devenir un objet de collection inestimable, que l’on pourra pourra montrer avec fierté à ses petits-enfants lorsque tout le monde aura oublié la signification–même du mot de communisme.
Avant d’aller me coucher, j’ai croisé la française du groupe avec qui nous avons échangé pendant une heure et à l’abri des indiscrétions nos impressions sur le pays. Cela ne faisait que deux jours que nous y étions, et nous ressentions irrésistiblement le besoin de nous lacher, de décrire à n’en plus finir les aberrations que nous avions vues, de rire aux éclats à propos du moindre mot de nos guides, de souiller de la manière la plus immonde la mémoire du Detesté Président Kim Il Sung. Malgré ma difficulté à trouver mes mots et à ne pas m’effondrer (l’alcool était encore là, quelque part, dans mes veines), la conversation dura une bonne heure et fut pimentée de bon nombre de fous rires. Il le fallait, c’était physiquement nécessaire. On ne pouvait pas rester sérieux après avoir vu et entendu tout ce qu’on nous avait montré pendant ces 48 heures.
Ma raison a finalement repris le dessus, et je suis rentré dans ma chambre où je me suis rapidement effondré dans un profond sommeil. Mon intuition s’est révélée exacte, puisqu’effectivement je ne suis pas allé une seule fois aux toilettes de toute la nuit, et que le lendemain matin je n’avais quasiment pas de gueule de bois.
Ce n’est plus dans le restaurant panoramique de Mlle Kim que nous prenions désormais notre petit-déjeuner, mais dans un modeste restaurant du rez de chaussée, sans charme ni intérêt particulier. De toute manière, nous pensions à la longue journée qui nous attendait à nouveau. Cette fois, c’est plus au nord que nous devions nous rendre, au cœur du pays, dans les Monts Myohyangsan. Le trajet en bus de deux ou trois heures se passa une fois encore à admirer la campagne coréenne qui s’étendait à perte de vue. Tandis que je feuilletais les livres achetés la veille, Monsieur Kim pointa du doigt la gigantesque photo d’un défilé d’un million de personnes sur la Place Kim Il Sung, et me dit en souriant qu’il était « à peu près là » en désignant une tâche rouge (une partie de la marée humaine) vers l’arrière-plan de la photo. Cela ne m’étonne pas : un pyongyangais (ien ?) sur deux devait participer à cette « fête ».
Une fois arrivés sur les lieux, nous avons entamé notre première visite, qui allait s’avérer être le lieu le plus ridicule qu’il m’ait jamais été donné de voir : le Palais des Expositions des Cadeaux à Kim Jong Il, et le Palais des Expositions des Cadeaux à Kim Il Sung. Ces deux gigantesques bâtiments abritent dans des dizaines et des dizaines de salles l’ensemble (c’est du moins ce qu’on nous a dit) des cadeaux offerts aux Leaders par leurs amis du Monde Entier.
De gigantesques groupes de soldats en rangs serrés convergeaient de tout le pays pour admirer cette débauche unique de propagande, dont le but avoué est de prouver aux visiteurs que la Corée du Nord est parfaitement intégrée dans le concert des nations et que ses Leaders sont universellement admirés. Papa Leader et Fiston Leader ont chacun leur Palais. La visite dura au total trois ou quatre heures, car rien ne nous fut épargné. Il fallait tout voir, et dans le détail !
Une fois déposés nos appareils photos à l’entrée et enfilé nos chaussons (il ne faut pas salir le sol du Palais !), nous avons pénétré dans le cœur du bâtiment. Nous allions faire la visite avec un groupe d’une vingtaine de chinois de Macao. Je regardais autour de moi la foule de soldats qui allait devoir aussi se farcir la visite, et que bien entendu nous ne pourrions jamais approcher. Les nombreux guides du Palais veillent à ce que les touristes étrangers et les soldats ne se mélangent pas. Les régiments étaient mixtes, et la moyenne d’âge n’était pas très élevée. Les femmes soldats dont l’âge ne devait guère dépasser vingt ans se tenaient la main, parfois par le petit doigt, comme de véritables gamines ou collégiennes. C’est un fait social très répandu dans toute l’Asie, mais voir des filles en uniforme se comporter comme cela, c’est par contre tout à fait exceptionnel. En tant que bon mâle français, je tentais d’adresser quelques sourires à ces énigmatiques soldates, mais elles ne me répondirent malheureusement pas. C’eût sans doute été un blasphème dans ce saint des saints !
Retour au groupe donc. Les chinois de Macao parlaient cantonnais entre eux, et je devais donc renoncer à épier leurs conversations et commentaires. Dommage, ça aurait sans doute été intéressant. Mais soudain, je tombais nez à nez sur leur guide. Le choc !!!! C’était le parfait sosie du Cher Leader Kim Jong Il !!! Mêmes cheveux, mêmes lunettes, même costume et même taille. Il était juste un peu plus jeune que le Cher Leader. Je suis resté hébété pendant quelques secondes avant d’alerter les autres européens, qui avaient eu exactement la même réaction que moi. Nous avons alors tous éclaté de rire et avons fait part de notre amusement à Monsieur Li. Celui-ci n’a pas nié la ressemblance, même s’il n’a pas osé rire de bon cœur avec nous (gare au blasphème). Ceci dit, il n’a pas pu s’empêcher de sourire. Ma décision était prise, j’allais tout faire pour poser en photo avec ce sosie.
Nous avons alors commencé la visite du Palais des cadeaux de Kim Jong Il. Dans la première salle, une statue du Respecté Président Kim Il Sung accueillait les visiteurs. Emporté par un zèle improbable, notre américain s’inclina respectueusement devant la statue. Un coup pour rien, puisque ce n’était pas obligatoire, à mon grand soulagement. Nous avons ensuite passé en revue les cadeaux. Il devait y en avoir des milliers, voire des dizaines de milliers, de toutes origines et de toutes sortes. La guide coréenne explicait tout ceci avec enthousiasme, tandis que Monsieur Li nous faisait la traduction en anglais, et le sosie du Cher Leader, traduisait en chinois mandarin pour les gens de Macao. Rapidement, voyant notre évident manque d’intérêt pour cette énumération hystérique de commentaires grandiloquents, Monsieur Li renonça à traduire. Il ne restait donc plus que la version chinoise, que je faisais semblant d’écouter pour pouvoir fixer à loisir du regard le sosie du Cher Leader.
Et il y en avait des cadeaux. Un grand nombre provenait de sociétés d’import-export de Hong Kong et de Macao, ce qui ne manqua pas de nous étonner. Monsieur Li se contenta de rétorquer que le Cher Leader Kim Jong Il avait beaucoup d’admirateurs là-bas, dans ces sanctuaires du capitalisme. Une explication bien plus probable et moins avouable consiste en fait dans les sombres opérations de blanchiment d’argent se déroulant à Hong Kong et Macao. L’espagnol qui voyageait avec nous nous apprit plus tard qu’une thèse avait même été réalisée sur les circuits de blanchiment d’argent nord-coréen via ces sociétés d’import-export hongkongaises. Etant donné les quantités d’argent brassées, ces sociétés d’import-export pouvaient effectivement se permettre de remercier les Leaders en leur offrant ces quelques cadeaux, dont certains avaient d’ailleurs sans doute une grande valeur.
Tous les pays communistes d’Europe, d’Asie et d’Afrique ont offert aux deux Leaders des quantités astronomiques de cadeaux. Dans les pays non-communistes, ce sont des associations, des particuliers ou des parties politiques d’extrême gauche qui ont envoyé leurs contingents de cadeaux. Je classerais tous ces trésors en deux catégories : les objets d’artisanat ou à valeur historique locaux (exemple : des peintures chinoises ou des antiquités indiennes) et les objets typiquement communistes (c’est-à-dire des sculptures ou peintures réalistes socialistes, ou des affiches de propagande locales, et parfois même des représentations locales des Leaders coréens). Amusante au début, la visite devint rapidement ennuyeuse en raison du caractère répétitif des salles et des commentaires.
Cette gigantesque caverne d’Ali Baba était à la fois impressionnante et ridicule, en raison des trésors d’énergie et de folie qui ont été déployés pour mettre tout cela en valeur et créer l’illusion d’un Monde entier dévoué aux Leaders Coréens, et de l’universalité de l’idéologie du Juche.
Il y a quand même eu de grands moments lors de la visite. Comme par exemple le ballon de basket dédicacé par Michael Jordan et offert par Madeleine Allbright lors de sa visite au Cher Leader Kim Jong Il il y a quelques années. Et puis il y eut ces innombrables cadeaux en provenance du Proche Orient. Syrie, Palestine, Iran, Irak… et Emirats Arabes Unis étaient particulièrement bien représentés. Les iraniens ont même offert un fusil en or, tandis que les syriens se sont contentés d’une arme de poing dans le même métal. Un festival de mauvais goût et une belle illustration de ces liens douteux que certains régimes ont entretenu et entretiennent encore avec la Corée du Nord. Plus ces liens étaient étroits, plus les cadeaux étaient nombreux ! Sans surprise, l’Amérique du Nord n’était quasiment pas représentée, à deux exceptions près : celle citée plus haut, et puis un pasteur américain dont le nom m’échappe, mais que les nord-coréens placent sur un piédestal en tant que « grand leader religieux des Etats-Unis ». Personne parmi nous, l’américain compris, ne le connaissait.
Vers la fin de la visite, ce sont des téléviseurs géants et des ordinateurs personnels en provenance de Corée du Sud qui ont attiré mon attention. J’imagine que contrairement aux autres, ces cadeaux ont en fait été offerts en double exemplaire : un pour le musée, et un pour le Leader lui-même.
🏴☠️ ..... là, je calle .... je reprendrais la nuit prochaine ce marathon coréen et mes yeux vont se fermer en songeant à la beauté des femmes coréennes qui ne sourcillent qu'à peine au charme français ...... il va peut être falloir que j'y fasse un saut ...... 😉
Passionant en tout cas ce récit sur un pays que l'on croit tellement fermé, passionant mais un chouia long ......
Une fois finie la visite du Palais des cadeaux du Cher Leader Kim Jong Il, nous avons attaqué celle du Palais des cadeaux du Respecté Président Kim Il Sung, où nous avons redéposé nos appareils photo et remis nos chaussons. Je n’avais toujours pas réussi à approcher le sosie du Cher Leader, mais avais entre-temps demandé à Monsieur Li si je pouvais poser en photo avec lui. Celui-ci fut très amusé par ma surprenante requête, et n’osa pas refuser. Mais il ne voulait pas la répercuter auprès du sosie. Il fallait que je fasse mon approche moi-même, ce qui m’était autorisé, puisque le sosie, en tant que guide, avait le droit de parler aux étrangers. Sans doute Monsieur Li croyait-il que je n’en aurais pas le cran : il se trompait.
Je profitais de l’absence de traduction en anglais pour poser des questions au seul guide encore actif, et qui n’était autre que le sosie du Cher Leader. J’ai donc posé une question sur un cadeau qui m’avait intrigué, et ayant posé ma question en chinois, les touristes de Macao ainsi que ma « cible » rirent de bon cœur. J’avais réussi mon approche. J’ai donc pu par la suite engager la conversation avec le sosie. Celui-ci avait appris le chinois à Pékin, et il maîtrisait très bien la langue. Apparemment mieux que Messieurs Li et Kim ne maîtrisaient l’anglais. Ce sosie était en fait fort sympathique et nous avons eu une conversation tout à fait intéressante. Il s’appelait Kim Yongkun (encore un Kim !!!).
La guide coréenne nous ayant dit qu’en raison du trop grand nombre de salles, nous ne pourrions pas tout voir, je formulais la requête de visiter la section des cadeaux offerts par les européens au Respecté Président Kim Il Sung. Les chinois de Macao rigolèrent, et les guides accédèrent à ma demande. Monsieur Li qui avait remarqué mon manège me demanda si mon projet avançait, et j’eus le plaisir de lui donner une réponse positive. Cela l’amusa décidémment beaucoup.
Sans surprise, l’écrasante majorité des cadeaux européens provenait d’URSS et des anciens pays frères d’Europe de l’Est. Monsieur Li commenta un portrait de Staline en me disant que l’année dernière un groupe de touristes russes fut très ému de trouver hors de leurs frontières un portrait de leur cher grand leader. Apparemment il subsiste encore pas mal de frapadingues dans ce grand pays !!!
Nous sommes enfin arrivés à la section des cadeaux d’Europe de l’Ouest, qui était en fait la seule qui m’intéressait vraiment. Dans cette salle, le France était hélas de très loin le pays le mieux représenté. Les vitrines françaises étaient dominées par une énorme photo de François Mitterrand serrant la main au Respecté Président Kim Il Sung. La légende indiquait que cette rencontre avait eu lieu avant que Mitterrand ne soit chef de l’Etat Français. Ce bonhomme cultivait décidemment des amitiés troublantes… Des certificats offerts à des nord-coréens par des sociétés juchéistes françaises décoraient également les vitrines. La Mairie de Montreuil était elle aussi plutôt bien représentée. Mais mon regard se porta rapidement sur une Tour Eiffel, exactement du même genre que ce qu’on peut acheter pour deux ou trois euros dans les boutiques de souvenirs parisiennes. Juste à côté, c’est une assiette peinte avec une Tour Eiffel qui trônait fièrement. Je me suis alors demandé qui pouvait être le sombre crétin qui avait pu oser offrir des cadeaux d’une telle médiocrité au Respecté Président Kim Il Sung. Et mon sang ne fit qu’un tour lorsque je réalisais que je connaissais cette personne. C’était…. mon ancien professeur !!!! Ce professeur qui cultivait ses amitités avec Khadafi et Kim Il Sung. Lorsque j’étais étudiant, ce personnage atypique alimentait un grand nombre de rumeurs, et autant son amitié khadafiesque était étayée par de nombreuses preuves, autant son amitié kimilsungiesque était mystérieuse et non avérée. Mais ça y est, j’avais enfin la preuve. Et je pouvais la divulguer à tous mes anciens amis dès mon retour dans le Monde libre. Mon voyage en Corée du Nord était donc une réussite ! Les guides furent d’ailleurs fort impressionnés par le fait que je connaissais personnellement l’auteur d’un cadeau offert au Respecté Président Kim Il Sung.
Vers la fin de la visite, nous sommes entrés dans une dernière salle, au milieu de laquelle trônait une réplique en cire grandeur réelle du Respecté Président Kim Il Sung, placée judicieusement dans la reconstitution d’un décor bucolique paradisiaque. Sur les murs, des affiches de propagande communiste africaines francophones donnaient une touche finale à cette scène kitchissime. C’est vers une de ces affiches que je me dirigeais lorsque Monsieur Kim (l’anglophone) me passa mon deuxième savon du voyage : « non non non, arrête toi ! Va d’abord t’incliner devant la Statue du Leader, prouve lui ton respect, et ensuite tu as le droit de regarder le reste ». Je me suis exécuté de mauvais cœur, ai prouvé mon « respect » au Leader, puis me suis tourné vers les touristes de Macao et leur ai lancé quelques conneries en chinois sur ce foutu Leader. Les chinois ont éclaté de rire, et Monsieur Li, qui ne comprend pas un mot de cette langue, courut vers moi. La française du groupe m’apprit par la suite, que Monsieur Li a en fait traversé toute la pièce en courant dès qu’il m’a vu parler aux chinois. Il me demanda donc ce que je venais de dire, d’un ton assez inquiet, et je me suis contenté de botter en touche : « non non, rien de spécial ».
La visite était enfin terminée. Nous sommes montés sur la terrasse du Palais, une fois récupérés nos appareils photos. Le paysage était réellement très agréable puisque nous étions situés au milieu de collines boisées, dont le Respecté Président Kim Il Sung lui-même était tombé amoureux, ce qui le décida à placer ici son Palais des Expositions. De la musique militaire agrémentait également la scène qui s’offrait à nous. Monsieur Li me glissa alors discrètement que c’était le moment de tenter ma chance pour la photo avec le sosie du Cher Leader.
Je me suis donc exécuté et ai demandé au sosie de poser avec moi, ce qu’il accepta de bon cœur. Hélas, la photo est malheureusement ratée et à contre-jour. Qui plus est, la ressemblance frappante de ce guide avec le Cher Leader est beaucoup moins évidente que dans la réalité. Réussite mitigée donc. Je me suis quand même senti un peu désolé de faire tout ce cirque juste pour poser en photo avec lui, sans même qu’il ne s’en doute. Il était très sympathique après tout… Mais pour qu’il ne se doute vraiment de rien, j’ai aussi demandé à poser en photo avec la guide coréenne dans sa belle robe verte (elle, pas moi !) Je ne me suis en revanche pas plié au jeu de la signature du livre d’or. Je n’avais rien d’intéressant à écrire, et ne voulais pas me compromettre en louanges dythyrambiques.
Une fois ma mission accomplie, je discutais un peu avec les touristes de Macao. Je ne les ai toutefois pas interrogés sur la nature des relations privilégiées qu’entretient l’ancienne colonie portugaise avec cette dictature stalinienne. Mais il y a pourtant de quoi s’interroger. Macao fait partie des rares villes dans lesquelles est implanté un consulat nord-coréen, et fait aussi partie des villes encore plus rares desservies par un vol direct vers Pyongyang, et assuré par la compagnie Air Koryo. Ajoutons à cela le casino de Pyongyang qui affiche fièrement à l’entrée des photos de Macao, les cadeaux des sociétés d’import-export de Macao, et ces histoires de blachiment d’argent, et nous obtenons un puzzle qu’il n’est pas très difficile de reconstituer…
Parmi ces touristes de Macao figurait un européen d’une soixantaine d’années. Nous avons fini par engager la conversation, et j’ai vraiment regretté de ne pas l’avoir abordé plus tôt. C’est un des oiseaux rares que je recherchais depuis si longtemps, en vain. Ce portugais était né dans la concession française de Shanghai en 1940 et avait fui la ville avec sa famille en 47, avant la prise de la ville par les communistes, pour s’installer à Macao où il passa toute sa vie. C’était la première fois que je rencontrais un européen qui avait « connu » le Shanghai des concessions ainsi que l’occupation japonaise, même s’il n’était qu’un très jeune enfant à l’époque. Hélas, il ne conservait que peu de souvenirs de cette période et peinait à me donner des détails. De son côté, il s’intéressait beaucoup à ma description du Shanghai du 21ème siècle, qui n’avait strictement rien à voir avec la ville de son enfance. Il y était tout de même retourné une fois brièvement il y a quelques années, et nous avons échangé notre déception de ne pas pouvoir mettre la main sur une carte de l’époque (un article que je recherche en vain depuis plusieurs années, et qui semble réellement introuvable). Quel dialogue surréaliste entre deux amoureux de Shanghai, incapables de mettre en relation deux descriptions si différentes de la même ville ! Toutefois, lorsque je citais les quelques anciens noms français des rues de la ville qui me venaient à l’esprit, cela lui fit quelque chose et raviva apparemment beaucoup de souvenirs en lui.
Hélas, Messieurs Kim et Li nous séparèrent rapidement, car nous devions reprendre notre itinéraire. Je n’ai même pas pu échanger mes coordonnées avec ce portugais, car les guides m’assurèrent que je le reverrais plus tard à l’hôtel. C’était faux et vraiment très dommage.
Après le déjeuner, il nous fut donné le choix entre nous en tenir au programme d’origine, à savoir faire un peu de marche en montagne, et retourner à Pyongyang pour visiter une école modèle et assister à un autre spectacle d’enfants. J’ai beau aimer la montagne et souffrir de son absence à Shanghai, je suis quand même venu en DPRK pour prendre un bain de communisme et aurais donc préféré suivre les gens de Macao qui allaient visiter l’école. Je fus hélas le seul dans ce cas, et les autres européens préférèrent prendre un bain de nature. La démocratie en Corée du Nord ne m’a décidemment pas porté chance !
Avant de continuer la suite de mon récit de voyage, je vais prendre la liberté de raconter ce que je n’ai pas vécu mais aurais eu la chance de vivre si le groupe avait choisi l’autre option. Un ami l’avait fait l’année dernière et m’a raconté l’incroyable visite de cette école. Outre l’image modèle du régime socialiste qui était présentée aux étrangers, ces derniers avaient en plus la chance de pouvoir visiter la petite usine qui était accolée à l’école. Dans cet atelier, une machine savamment protégée par des chaînes et soigneusement mise en valeur s’offrait au regard curieux des visiteurs. Les guides enthousiastes expliquaient alors que cette machine avait une importance historique de premier ordre pour les coréens car le … 17 mai 1978 (date donnée au hasard), le Respecté Président Kim Il Sung inspecta les lieux et … toucha la machine, qui devint aussitôt une relique sacrée. Et je dois reconnaître que je brûlais d’envie de voir ce phénomène et surtout de profiter de cette explication que je connaissais déjà par cœur avant même de l’avoir entendue. Le communisme est bel et bien une religion, cela se confirmait de jour en jour, d’heure en heure. Mais tout ceci n’arriva pas, et notre minibus nous conduisit au pied d’un sentier de montagne.
Je reconnais toutefois que ce paysage était très agréable, d’autant plus que le climat était alors idéal. Comme en Chine, il est strictement impossible de sortir des sentiers de montagne, non pas pour des raisons politiques, mais parce que ces sentiers sont délimités par des barrières au-delà desquelles il serait réellement dangereux de s’aventurer. Surtout avec les chaussures de ville que je ne pouvais malheureusement pas remplacer. Monsieur Kim, arguant de son âge avancé (30 ans) ne souhaita pas nous accompagner, et pour la première fois nous fumes donc lâchés seuls… avec un seul guide. Une liberté dont je comptais bien profiter, puisqu’en montagne, chacun marche à son rythme.
Vers le début du chemin, je remarquais des écritures géantes gravées dans le roc, à flanc de montagne, et bien que je me doute de leur signifiaction approximative, je demandais des explications à Monsieur Li. Je ne me trompais pas. Il était bien écrit que le Grand Leader était une sorte de grand soleil dans le cœur du peuple coréen, et que la Révolution était grosso modo une réussite triomphale. Que c’est beau la nature, quand c’est aménagé par l’Homme…
Chacun marchant à son rythme, il m’est arrivé à plusieurs reprises de me retrouver réellement seul, ce qui est un luxe d’une valeur inestimable en DPRK, surtout quand on est étranger. Impossible malheureusement de profiter de cette liberté pour engager la conversation avec d’éventuels promeneurs locaux, car à cette heure-ci, tous redescendaient la montagne alors que nous étions quasiment les seuls à la grimper. Toutefois, contrairement à leurs compatriotes demeurant à Pyongyang, les promeneurs n’hésitaient pas à nous regarder, ce qui est impensable dans la capitale car trop dangereux. Certains se risquaient même à dire hello !
De temps en temps, lors des haltes, nous dépassions des touristes chinois, facilement reconnaissables à leurs vêtements plus voyants et à la mode, et surtout à leurs raclements de gorge si caractéristiques. Certains de ces touristes chinois représentaient même à cet égard particulièrement bien leur pays, tant et si bien que j’ai failli leur brandir ma carte de Président de l’AARRCC (Association Anti Rots, Raclements et Crachats en Chine). Mais je me suis retenu et me suis contenté de les regarder de travers. Les coréens du nord raclent et crachent peu, à l’exception notable de certains militaires qui n’ont pas grand chose à envier à leurs voisins chinois de ce point de vue. Apparemment par contre, les civils ne sont pas autorisés à se livrer à cette pratique barbare.
On croisait aussi des groupes de pionniers qui dévalaient la montagne à toute allure. Les pionniers, comme dans tout pays communiste, sont ces enfants privilégiés qui portent l’écharpe rouge, et ont déjà un pied dans le système politique. Mais comme tout enfant, ceux-ci couraient en chahutant et en riant de bon cœur. Ca faisait tout de même plaisir à voire et contrastait grandement avec la sinistrose générale de la population nord-coréenne.
Le chemin était beaucoup plus long que je ne l’imaginais et ne semblait en fait pas vraiment avoir de fin. Au lieu de l’heure d’ascension que nous avions prévue, nous avons dû marcher environ deux heures. Monsieur Li aurait apparemment bien voulu rebrousser chemin et retourner au minibus, mais nous avons pris goût à ce petit coin de nature et avons insisté pour grimper plus haut que prévu, en sachant qu’il nous serait de toute façon impossible d’atteindre le sommet des monts Myohyangsan. La ballade dura finalement trois bonnes heures, descente comprise, et c’est plutôt satisfait de cette expérience que nous avons retrouvé Monsieur Kim en bas.
Sur le chemin, Monsieur Li me demanda s'il était exact, que quelques mois plus tôt une dizaine de milliers de français avaient péri durant la canicule (de l'été 2003) et comment c'était possible. Pour une fois, ce fut à mon tour d'être embarrassé par les problèmes de mon pays. En tout cas ça montre que, dans certains cas, on parle quand même de ce qui se passe à l'étranger.
Nous avons ensuite mis le cap vers un grand temple bouddhiste qui se trouvait dans les environs. Hélas, nous sommes arrivés à l’heure de fermeture et la "garde rouge" (son uniforme resemblait vraiment à celui d'une garde rouge de la révolution culturelle chinoise) qui surveillait l’entrée nous a dit de rebrousser chemin. Nous reviendrions donc le lendemain matin avant de rentrer à Pyongyang.
Il ne restait plus comme destination que l’hôtel local où nous allions passer la nuit. Cet établissement d’un standing étonnamment correct pour un hôtel de montagne était en fait un grand complexe perdu dans la forêt. Il fut inutile de nous répéter l’interdiction de sortir seul car de toute façon nous n’avions nulle part où aller, l’hôtel se trouvant loin de toute habitation. Les guides pouvaient donc dormir en toute tranquilité.
Il n’y avait bien entendu pas grand chose à faire le soir dans cet hôtel, sinon regarder inlassablement les livres que j’avais achetés la veille. En achetant des bricoles (assiettes et verres made in DPRK), je tombais une fois encore sur des touristes chinois, de Mandchourie cette fois. Ils m’expliquaient que l’objet de leur visite se limitait à ces régions montagneuses et qu’ils n’allaient pas à Pyongyang. Ils voyageaient sans visa, ce qui est possible quand on est chinois et qu’on ne se rend pas dans la capitale. Les choses changent toutefois, car il y a encore un an, les chinois pouvaient se rendre à Pyongyang sans visa. Les relations entre les pays socialistes frères s’érodent donc lentement mais sûrement.
Il ne restait plus qu’une seule chose à faire dans cet hôtel : aller au karaoke. Cette distraction qui a contaminé tout l’Extrême Orient n’a pas complètement épargné la Corée du Nord et j’avoue que même si j’ai la plupart du temps le karaoke en horreur, je n’ai pas pu résister à la curiosité de voir ce qui pouvait bien se chanter ici. De sucroît, c’était le seul endroit où il était possible de déguster une bière pour passer le temps.
Je m’y suis donc rendu en compagnie du hollandais et de l’incontournable et inépuisable Monsieur Li. La salle était plutôt grande mais presqu’entièrement vide. Lorsque nous sommes arrivés, seules une table de touristes chinois et une autre de coréens étaient occupées.
Seul le personnel du karaoke, un homme et une femme, chantaient afin de mettre un peu d’ambiance. Les touristes chinois ont fini par partir, et les nord-coréens restaient entre eux, dans un coin. La demoiselle du karaoke vint nous distribuer le « menu », c’est-à-dire la liste de toutes les chansons disponibles. Le répertoire était bien entendu essentiellement chinois et coréen, mais proposait aussi quelques chansons en langue anglaise.
Le hollandais et moi-même avons fermement refusé de chanter quoi que ce soit. En ce qui me concerne, il s’agit d’une règle très stricte qui ne souffre que de rarissimes exceptions : j’abhorre chanter, et en suis de toute façon parfaitement incapable. Les rares fois où il m’est arrivé en Chine de mettre les pieds dans un karaoke, c’était pour accompagner des amis et les écouter. Rien d’autre. Monsieur Li refusa lui aussi de chanter, et la demoiselle n’insista donc pas et retourna chanter. A la plus grande joie de Monsieur Li, les chanteurs se sont mis à interpréter « My Way », dont Monsieur Li m’a soufflé qu’il existait aussi une version coréenne. Mais ce soir-là, c’est la version anglaise qui était à l’honneur.
Ceux qui ont déjà eu l’occasion de passer une heure ou deux dans un karaoke asiatique (chinois, japonais, coréen, malais, thailandais ou autre) savent exactement à quoi ressemblent les sempiternelles chansons à l’eau de rose qui déchainent l’enthousiasme des foules dans ces contrées. De la musique mièvre et des paroles qui ne le sont pas moins, servent de bruit de fond à des images de jeunes couples prétendument romantiques qui se tiennent la main dans des paysages de rêve. C’est assez amusant la première fois, mais devient déjà assomant à la deuxième.
J’espérais donc que la production nord-coréenne serait à la hauteur de mes espérances et de mon goût pour la musique militaire et révolutionnaire. Il n’en fut rien et à ma grande surprise le karaoke nord-coréen ressemblait comme deux gouttes d’eau au chinois, qui ressemble au taiwanais, qui lui-même ressemble au japonais… Aucune sonorité militaire ou patriotique ne transpirait de ces chansons d’amour coréennes. Nul besoin de comprendre les paroles pour imaginer ce qui se chantait. Encore et toujours des couples, ou des jolies femmes en tenues colorées, qui devaient donner l’impression d’un bonheur parfait. J’étais assez stupéfié de constater que la Corée du Nord pouvait produire ce genre de choses. J’ai même cru que tout cela venait de Corée du Sud, mais Monsieur Li m’assura que non. J’ai fini par le croire, lorsqu’au détour de quelques images j’apercevais des rues qui ne peuvent exister qu’en Corée du Nord, ou quelques drapeaux à étoile rouge. Une des scènes les plus risibles fut une déchirante scène de séparation entre deux amoureux à l’aéroport de Pyongyang… Non seulement celui-ci semblait fabriqué de toutes pièces et n’avait strictement rien à voir avec le vrai, mais le panneau d’affichage des vols faisait apparaître des destinations totalement fantaisistes. Pour information, Pyongyang n’est reliée par avion qu’à Pékin, Shenyang et Macao en Chine, Vladivostok et Khabarovsk en Russie, et Bangkok en Thailande. Mais ici, Mexico, Berlin et Le Caire avaient miraculeusement fait leur apparition. Tout ce qu’il y avait de vrai dans cet aéroport, c’étaient les avions de la compagnie Air Koryo, reconnaissables au drapeau nord-coréen peint sur leur queue. Tout cela était donc vraiment surréaliste.
Au bout de quelques chansons, le demoiselle revint à la charge pour nous faire chanter, et comme par hasard c’est sur moi qu’elle s’acharna. J’avais beau lui répéter dans un anglais qu’elle devait comprendre que c’était hors de question, elle insistait encore et toujours. Elle a même proposé de m’accompagner ! Hélas au bout de quelques minutes, je n’ai pas pu résister à son sourire et, sans savoir ce qui m’a pris, j’ai accepté à sa grande satisfaction. J’avais toutefois deux conditions : je n’acceptais de chanter qu’en chinois et elle devait m’accompagner. Je suis bien entendu incapable de chanter le moindre mot en coréen, et je trouve la musique anglo-saxonne d’une laideur incommensurable. Il ne restait donc plus que le chinois. De surcroît, puisque quelle que soit la langue dans laquelle j’allais chanter, je serais forcément des plus ridicules, le fait de chanter en chinois pouvait au moins me servir d’excuse : il est moins honteux de se planter dans une langue qu’on n’est pas censé connaître sur le bout des doigts qu’en anglais, même si en fait la chanson chinoise m’est beaucoup plus familière et abordable que l’occidentale.
La demoiselle accepta ma condition et me pointa un titre du doigt. Ne le connaissant pas, j’ai refusé, au cas où elle serait trop difficile. En feuilletant le menu, je remarquais un certain nombre de chansons qui m’étaient familières voire connues car elles figuraient sur mes CD de musique révolutionnaire et patriotique chinoise. J’ai donc choisi celle que je savais être la plus facile : « Caoyuan zhi ye » (une nuit dans la steppe). La demoiselle n’eut pas l’air très satisfaite, et sans que je comprenne vraiment pourquoi, je me suis retrouvé tout seul un micro à la main, la demoiselle étant retournée au comptoir en pouffant de rire. Toutes les mêmes…
C’est donc seul que j ‘ai affronté cette très douloureuse épreuve, qui a coûté beaucoup plus cher à mon amour propre que lorsque je me suis incliné respectueusement devant la statue du Respecté Président Kim Il Sung. Les trois minutes qui suivirent furent parmi les plus dures que j’ai connues. Malgré le faible nombre de témoins, je m’en veux encore de m’être à ce point ridiculisé en public, et d’avoir souillé une chanson qui est pourtant si belle lorsqu'interprétée par de vrais artistes. Mon seul soulagement est de ne pas m’être entendu chanter, mais vu ma lamentable performance, peut-on encore appeler ça « chanter » ?
Toujours est-il que la table de nord-coréens m’a chaleureusement applaudi, et j’ai alors constaté avec stupéfaction que deux occidentaux se trouvaient parmi eux. Sur leur invitation, je les ai donc rejoints. Ces deux messieurs étaient des italiens d’environ cinquante ans que j’ai d’abord pris pour des touristes un peu farfelus. L’un d’entre eux parlait un très bon français, mais je me suis quand même forcé à formuler quelques phrases dans l’italien scolaire que j’avais appris il y a longtemps et dont il ne me restait quasiment plus rien. L’un des coréens me répondit alors dans un excellent italien auquel je n’ai malheureusement su répondre qu’en anglais. La suite de la conversation allait se dérouler uniquement avec l’italien moustachu et en français.
J’ai rapidement remarqué que cet italien était badgé. Pas avec un de ces pin’s que les touristes peuvent acheter pour un demi euro et qui représentent des drapeaux nord-coréens ou des statues révolutionnaires. Non non, celui-là portait le badge des nord-coréens ! Et pas n’importe lequel ! Alors que la plupart des gens portent sur le cœur un petit portrait de Kim Il Sung, celui-là portait le plus rare : le double portrait de Kim Il Sung et de Kim Jong Il. Une vraie pièce de collection, interdite au commun des étrangers. Cet italien était donc forcément « un ami de la Corée du Nord » pour avoir le droit de porter cet insigne. La suite de la conversation allait confirmer mon impression.
Les deux italiens n’étaient donc pas des touristes, mais des techniciens travaillant à Pyongyang. Il y a je crois environ deux cents occidentaux vivant à Pyongyang, et je suis donc tombé sur deux d’entre eux. Mais alors que la plupart de ces occidentaux y sont plus ou moins contre leur gré et uniquement en échange de primes mirobolantes, ces deux-là étaient des volontaires qui apparemment se plaisaient très bien dans ce pays.
Le moustachu me déroula alors son CV qui était réellement impressionnant. Il a d’abord roulé sa bosse en Yougoslavie communiste puis dans quelques pays d’Europe de l’Est (avant la chute du rideau de fer). Puis il s’installa successivement en Algérie et en Libye, toujours en tant que technicien. Notre homme parlait donc couramment, d’après ses dires, le yougoslave et l’arabe. Puis ce fut le tour de l’Iran et de l’Irak, dont il gardait apparemment d’excellents souvenirs. Après de brefs passages en Chine et en Birmanie, cet incroyable italien a donc échoué il y a quelques mois à Pyongyang, où il travaille dans une usine de pièces détachées automobiles. Une usine italienne (et oui). Son séjour était pour une durée indéfinie, et il avait l’air prêt à y passer un certain temps. « Pyongyang, quelle ville magnifique et agréable» me glissa-t-il alors que je n’arrivais plus à contenir mon air ahuri. Il était bien sympathique cet italien, mais qu’est-ce qui pouvait bien trotter dans sa tête ??? Certes il venait de la région de Bologne (bastion communiste) mais là quand même, c'était mieux qu'une caricature!
Alors qu’à mon tour je lui déroulais mon modeste CV qui se limitait à des contrées bien moins exotiques que les siennes, et que je lui faisais part de mon amour pour la Chine, il répliqua « oui, c’est comme moi. Je suis italien mais mon cœur est coréen », dit-il en portant la main sur son badge avec les deux leaders. Impressionnant.
L’autre italien, lui aussi badgé, avait entre temps confié au hollandais, que les conditions de travail et de vie n’étaient pas aussi merveilleuses que ça à Pyongyang. Aussitôt arrivés dans l’usine, ils se sont rendus compte que rien n’était possible, que tout manquait, et qu’il a d’abord fallu faire importer un container de Singapour, pour disposer des outils de travail les plus rudimentaires.
Vers minuit moins le quart, on nous mit dehors, et une fois seuls, nous nous sommes regardés avec le hollandais, et avons éclaté de rire.
Le matin, en sortant du petit déjeuner, nous avons revu les deux italiens qui nous ont bien entendu reconnus et salués, mais n’avons cette fois pas engagé la conversation, car pour changer, une longue journée nous attendait.
Nous sommes d’abord allés au temple dont on nous avait refusé l’entrée la veille. La garde rouge était toujours là, immobile et commençant une nouvelle passionnante journée de travail. Ce n’est (mal ?)heureusement pas elle qui nous fit faire la visite, mais une dame d’une bonne trentaine d’années toute de rose vêtue. Par chance, nous étions quasiment les seuls touristes sur les lieux, étant arrivés bien avant les bruyants troupeaux de chinois et de coréens. On l’a en fait échappé belle, car au loin, on entendait se rapprocher des cohortes de soldats chantant à tue-tête, que nous avons croisés sur la route après avoir quitté le temple. Ils étaient vraiment très nombreux, mais mon petit doigt me dit qu’ils n’allaient pas faire un pèlerinage.
Ce temple dont j’ai hélas oublié le nom était un véritable havre de paix, à l’image du reste du Pays du Matin Calme (la Corée). Beaucoup plus spacieux et aéré que les temples chinois qui sont de toute manière tellement noirs de monde que l’on a bien de la peine à apprécier leur taille réelle. Les nombreux pavillons et mini-pagodes se fondaient très bien dans les paysages de fleurs et au milieu d'arbustes et buissons finement travaillés. En y regardant de plus près, l’un de ces buissons avait même exactement la forme de la péninsule coréenne réunifiée ! Il fallait bien que les cocos laissent une trace quelque part, et il faut bien reconnaître que celle-ci était plutôt discrète et pas vraiment gênante.
Au sortir d’un pavillon, la guide me regarda furtivement et se mit à glousser quelque chose en coréen avant de pouffer de rire. Surpris mais me doutant quand même plus ou moins de ce qu’elle avait pu dire, j’interrogeais Monsieur Li qui me confirma que la guide me trouvait « smart ». L’ayant remerciée, j’en profitais pour lui poser quelques questions sur la vie religieuse en Corée du Nord, toujours par l’intermédiaire de la traduction certainement très fidèle de Monsieur Li. La dame m’affirma donc qu’il existait bien une vie bouddhiste en Corée du Nord, même si celle-ci n’était pas très développée. Il y aurait même des moines en activité dans le temple, mais ils étaient comme par hasard invisibles ce matin car occupés à étudier la doctrine bouddhiste.
A vrai dire, j’avais déjà été surpris par les références bouddhistes de Monsieur Li dont les réponses sur le mode de vie des nord-coréens s’inspiraient parfois plus du passé bouddhiste de la Corée que de son présent juchéiste. J’eus toutefois confirmation que comme en Chine, il n’est pas possible d’être à la fois croyant et membre du Parti des Travailleurs.
Nous avons profité de cette incartade spirituelle pour interroger Monsieur Li sur le niveau réel de croyance des coréens. Et pour cela, le meilleur moyen était de l’interroger sur les mystères de la vie après la mort. La réponse le gêna apparemment beaucoup, et il ne parvint pas à répondre clairement. Pour le mettre sur la voie, on lui expliquait que la plupart des religions du monde promettaient une vie après la mort, ou bien un cycle de réincarnations. Apparemment à court d’arguments, Monsieur Li rétorqua que tous les coréens croyaient au Juche (l’idéologie marxiste à la sauce du Respecté Président Kim Il Sung pour ceux qui auraient oublié). Devant notre scepticisme sur les applications spirituelles du Juche, Monsieur Li répondit tout simplement que cette Pensée était en fait d’un grande complexité et embrassait tous les aspects de la vie et donc de la mort, mais que de toute façon, tout cela était hors de portée d’occidentaux comme nous. La discussion philosophico-spirituelle s’arrêta donc là.
Un peu plus loin, c’est une façade décorée avec de l’écriture sanskrite qui attira mon attention, et au risque de paraître quelque peu ignare, je dois confesser mon grand étonnement de trouver cette écriture dans un temple bouddhiste situé si loin du sous-continent indien. Je ne fus d’ailleurs pas le seul à m’en émouvoir.
Mais cette brève quête spirituelle s’acheva et nous avons quitté le temple, sous le regard toujours impassible et immobile de cette étrange soldate qui décidemment avait une bien étrange fonction. Il était d’ailleurs grand temps, la horde de soldats coréens approchait dangereusement et il aurait sans doute été pénible de faire la visite avec eux. De même qu’avec les cars de touristes chinois qui arrivaient juste derrière.
Les heures suivantes se passèrent sur la route, en direction de Pyongyang. Comme c’était notre dernier jour en DPRK, nous en avons profité pour poser la plupart des questions qui nous travaillaient, bien que certaines d’entre elles, trop sensibles, n’aient finalement pas été posées.
Alors que nous foncions sur l’autoroute déserte, Monsieur Kim nous expliqua fièrement que dans la Corée socialiste, les gens avaient droit à un jour de repos par semaine. Nous aurions certes pu facilement rétorquer que c’était le cas dans l’immense majorité des pays du monde, et que dans de nombreux pays, la semaine de travail ne durait que 5 jours, voire 4 ! Oui, nous aurions pu répondre cela mais personne ne l’a fait, c’eût été trop facile, et nous avons appris pendant ces quelques jours à ne pas soulever certaines évidences, et à jouer le jeu des propagandistes. Malheureusement pour les guides, le jour de repos des coréens est le dimanche, et il se trouve que par une très heureuse coïncidence, nous étions justement un dimanche. Nous allions pouvoir contre-attaquer !
Regardant les foules de paysans qui labouraient les champs, nous n’avons pas manqué de nous étonner du fait que ces gens-là travaillent le jour où les coréens sont censés se reposer. Première exception à la règle : Monsieur Li nous répondit gêné que pour les paysans c’était en fait différent, et qu’ils n’avaient droit qu’à un jour sur dix en période de moissons. Apparemment, le communisme coréen a une orientation plus ouvrière qu’agricole !
Un peu plus tard dans la journée, une fois rentrés à Pyongyang, Monsieur Kim commit la stupide erreur de nous affirmer que les policières ne travailleraient pas ce jour là, car nous étions dimanche. J’ignore ce qui lui a pris, car moins de deux minutes plus tard, nous retrouvions ces mêmes femmes-automates aux carrefours, en train de gesticuler de la même façon que deux jours plus tôt. Et cette fois, malgré les règles de la politesse, je n’ai pas pu m’empêcher de le faire remarquer. Monsieur Kim n’en menait pas large et n’osa pas répondre. Pire, il s’enfonça encore plus en nous faisant remarquer que la circulation automobile était beaucoup plus fluide que les jours précédents car le dimanche, on interdit aux véhicules à moteur de circuler à Pyongyang. Pour des raisons de pollution !!! Et pour inciter les coréens à marcher (souvenez-vous, ils aiment ça) Or, non seulement nous étions à bord d’un minibus lorsqu’il nous dit cela, mais en plus nous n’étions bien entendu pas les seuls à circuler dans les rues, et ce n’étaient ni les autobus ni les trolleys qui manquaient. Quant au trafic automobile, il n’était ni plus ni moins dense qu’auparavant, et était donc remarquablement fluide. Monsieur Kim ne sut que nous répondre que nous bénéficions d’une des « dérogations » grâcieusement accordées aux invités de la DPRK. Inutile de l’enfoncer davantage, il s’était suffisamment couvert de ridicule pour la journée à ce sujet.
Mais je referme cette parenthèse urbaine pour revenir dans la matinée et sur l’autoroute qui traversait la Corée du Nord du Nord au Sud. Il était temps de prendre une petite leçon d’écomie socialiste. Monsieur Kim nous expliqua fièrement que l’impôt n’existait pas en Corée, ce qui bien entendu fit tendre l’oreille aux pauvres occidentaux accablés d’impôt chinois que nous étions. Le gouvernement n’a pas besoin de percevoir l’impôt pour bâtir immeubles et infrastructures : la main d’œuvre est répartie en fonction des besoins du régime. Système intéressant mais dont les résultats visibles sont peu convaincants.
Monsieur Li condéda d’ailleurs que l’économie nord-coréenne n’était pas dans un état très brillant et fit même allusion à la famine qui eut lieu il y a quelques années, et dont on dit en Occident qu’elle est loin d’être terminée. Saluons tout de même l’effort de reconnaître que des problèmes existent. Monsieur Li nous expliqua que l’économie nord-coréenne était en moins bon état qu’il y a dix ou quinze ans. Trois raisons à cela : la mort du Respecté Président Kim Il Sung en 1994, la chute des régimes socialistes frères et des inondations et catastrophes naturelles qui ont ruiné l’agriculture dans la seconde partie des années 90. Au premier argument, je répondis que ce n’était pas si grave que ça puisque le Cher Leader Kim Jong Il avait habilement repris les rênes du pays. Mais Monsieur Li ne répondit pas à cela. Loin d’être présentée comme une tragédie, la chute des régimes communistes en Europe de l’Est fut présentée comme la conséquence naturelle de la corruption qui avait gangréné ces pays frères. Le fait que la Corée du Nord tenait toujours debout était d’ailleurs la preuve de sa fidélité au véritable socialisme et de l’absence de corruption. Toujours est-il que la fin du communisme en Europe et en Russie eut pour conséquence d’étouffer économiquement la Corée du Nord qui malgré l’idéologie du Juche n’était pas si indépendante que ça. Très justement, Monsieur Li nous expliqua que la DPRK ne pouvait plus bénéficier du système de troc qui prévalait alors entre pays socialistes, et que la Russie et l’Europe de l’Est ayant adopté l’économie de marché et le commerce en devises fortes, la Corée ne pouvait plus suivre. Ces explications étaient étonnantes de sincérité, et on ne peut objectivement qu’y souscrire.
Mais vint alors l’inévitable et redoutable question du commerce extérieur de la DPRK. Pour Monsieur Kim, tout était très simple : la Corée du Nord n’avait besoin d’importer que du pétrole et tout le reste (produits agricoles, industriels et biens de consommation) était produit en quantités suffisantes en Corée du Nord. Nous avons alors demandé avec quoi la DPRK pouvait payer tout ce « pétrole » et il nous fut répondu que la DPRK exportait des « matières premières ». Malheureusement et comme par hasard, Monsieur Kim fut incapable de nous dire de quelles matières premières il s’agissait. Mais comme il n’était pas si bête que ça et avait un esprit de répartie sur-entraîné, il ajoutant en rigolant « des matières premières… et des missiles », sachant que c’est la réponse que nous voulions entendre. Mais il n’attendait pas la question suivante qui portait sur le trafic de drogue institué par les plus hautes autorités de l’Etat (suivez mon regard). Monsieur Kim nia en bloc et se braqua : aucune drogue n’est produite ni vendue en Corée du Nord. Pour information, ce trafic est de notoriété publique, et la dernière crise bilatérale avec le Japon (qui dure encore) a pour origine le trafic de drogue organisé grâce au navire nord-coréen qui faisait la navette entre les deux pays, et dont les autorités japonaises ont interdit l’accès aux ports de l’archipel en raison de la drogue qui avait été trouvée.
Un peu plus tard, Monsieur Kim nous signala en nous montrant un panneau indicateur que nous étions à la hauteur de la sortie d’autoroute de Yongbyon, lieu situé à 14 kilomètres de là. Lorsque quelqu’un demanda en riant ce qu’il y avait de spécial à Yongbyon, Monsieur Kim rigola à son tour en disant « mais rien du tout, voyons ». L’un d’entre nous avait en fait demandé à l’avance à Monsieur Kim de nous signaler le moment où nous passerions à côté de ce site, que nous avions repéré sur la carte. Il savait évidemment que Yongbyon n’est pas un site anodin et qu’il y avait quelque chose de « spécial » là-bas, et il savait bien entendu aussi que nous le savions. Dialogue de sourds, personne n’étant dupe. Yongbyon est en fait pour ceux qui l’ignorent le nom du principal réacteur nucléaire nord-coréen, celui à partir duquel la crise nucléaire a été déclenchée récemment lorsque les inspecteurs onusiens ont été expulsés du site, les scellés détruits et l’activité nucléaire redémarrée. C’est sur ce site que sont braqués les satellites espions de toutes les puissances mondiales, et ce serait là-bas que tous les progrès de la Corée du Nord en matière de construction de l’arme nucléaire seraient accomplis.
Une bonne heure plus tard, la forme familière de la pyramide de Pyongyang se dessinait au loin. Nous approchions à nouveau de la capitale.
La première chose que nous avons vue une fois de retour à Pyongyang fut un palais aux proportions absolument gigantesques, en apparence totalement désert, mais gardé par nombre de soldats immobiles. Une photo du Respecté Président Kim Il Sung occupait le centre de la façade principale : il s’agissait de la seule « fantaisie » de ce bâtiment uniformément gris et stalinien. Il s’agissait du lieu probablement le plus saint de toute la Corée du Nord : l’ancien palais présidentiel du Grand Leader, devenu son mausolée après sa mort. D’après Messieurs Li et Kim, cet extraordinaire édifice a été totalement vidé à la mort de son illustre occupant, et seule sa momie y est conservée. Le Respecté Président Kim Il Sung est en effet un des quatre leaders communistes du vingtième siècle à avoir accédé à cette forme peu enviable d’immortalité. Après Vladimir Lénine, Ho Chi Minh et Mao Zedong, le corps du Respecté Président Kim Il Sung a lui aussi été embaumé pour être offert au regard ému et admiratif des fidèles.
Mais tout le monde ne peut pas voir le corps du Respecté Soleil Coréen de l’Humanité. Il faut obtenir une autorisation qui n’est paraît-il pas hors de portée, même pour un touriste occidental. Il faut seulement réserver quelques jours à l’avance, ce qui dans notre cas n’a malheureusement pas été fait, ce qui nous déçut tous très profondément. Si seulement nous avions été prévenus à l’avance ! De surcroît, nous étions dimanche, l’un des deux seuls jours de la semaine où l’on peut admirer le macabée, the fat guy (le gros bonhomme), comme dirait l’anglais qui organise le tour.
Nous avons donc dû nous contenter de faire le tour du bâtiment, dont nous avons fini par voir sortir des foules de militaires et de femmes en robes de cérémonie. Quels veinards…
Qu’à cela ne tienne, on nous réservait encore d’autres surprises. La première sur la liste fut le Monument aux Martyrs de la Guerre de Résistance contre le Japon, situé sur une colline d’où on peut jouir d’une très belle vue sur Pyongyang. Comme pour la Statue géante du Respecté Président Kim Il Sung, nous avons dû acheter des fleurs pour les déposer devant le monument. Une fois sur place, c’est comme à l’accoutumée les proportions gigantesques de la structure qui nous frappèrent. En plus des quelques sculptures révolutionnaires auxquelles nous commencions à être habitués, c’est cette fois un immense carré parsemé de bustes à l’effigie des martyrs qui s’offrait à nous. Construit sur une colline, le monument se présente comme un gigantesque plan incliné qui se visite de bas en haut. En bas, nous avons dû déposer une première gerbe de fleurs et nous incliner respectueusement à la mémoire des martyrs. Ces héros coréens ayant par définition succombé sous le feu de la Seconde Guerre Mondiale, ils n’ont pas pu être complices des horreurs qui ont émaillé le pouvoir communiste nord-coréen par la suite. Il était donc moins désagréable et humiliant de s’incliner en leur mémoire que devant le Grand Leader.
Bien que nous soyons dimanche, le lieu était totalement désert : nous étions les seuls visiteurs. Les coréens se moqueraient-ils de la mémoire de leurs héros ou étaient-ils trop occupés ce jour-là à s’incliner à qui mieux mieux devant les diverses statues de feu leur Respecté Président ? Après tout, les monuments du centre ville accueillaient tous des foules de nord-coréens tirés à quatre épingles qui posaient pour des photos plus ou moins officielles.
Après avoir admiré les centaines (ou sont-ce des milliers ?) de bustes, tous différents, et tous à l’effigie d’un martyr, ainsi que la biographie abrégée de chacun d’entre eux, nous sommes parvenus au sommet du monument, où nous avons été priés de redéposer une gerbe de fleurs et de nous incliner à nouveau devant une dizaine de bustes encore mieux mis en valeur que les autres. Parmi ceux-ci, la fameuse épouse du Respecté Président Kim Il Sung et mère du Cher Leader Kim Jong Il, morte peu après la Guerre mondiale des suites d’une maladie. Elle aussi avait décroché le titre de Sainte communiste.
Une fois redressé après m’être incliné, je grommelais entre mes dents mais à haute et intelligible voix : « Ilbon goungoukdjouyi reul tha do ha dja » (A bas le militarisme japonais). Monsieur Kim a bien entendu apprécié cette nouvelle démonstration de ma maîtrise de la dialectique nord-coréenne.
Dans l’après-midi, nous nous sommes rendus auprès du navire américain Pueblo amarré le long de la rive du fleuve Daidong, en plein cœur de Pyongyang, là où selon l’historiographie officielle, un navire américain, le Shermann, aurait été coulé en 1866 par le grand père du Respecté Président Kim Il Sung. Le Pueblo fut capturé un siècle plus tard, à la fin des années 60, par la marine nord-coréenne, alors qu’il naviguait dans les eaux territoriales de la DPRK à des fins d’espionnage.
Le gouvernement américain avait d’abord nié ces activités d’espionnage, avant de les reconnaître un peu moins d’un an plus tard et de présenter une lettre d’excuses officielle à la Corée du Nord, en échange de la libération de l’équipage américain. L’USS Pueblo accueille aujourd’hui les visiteurs nord-coréens et étrangers. Notre guide locale était une dame en uniforme d’environ cinquante ans, dont les explications en coréen étaient infatigablement traduites par Monsieur Li.
Nous avons d’abord regardé pendant un quart d’heures un film de propagande, en anglais, qui racontait l’épisode de la capture du Pueblo et la crise diplomatique qui a suivi. Je ne qualifierais pas ce film de documentaire historique, tant les commentaires virulamment anti-américains étaient poussés au paroxysme du ridicule. Certes les américains ont eu le mauvais rôle dans cette affaire, et leur insistance à nier l’évidence confinait au ridicule, mais les commentaires du film en rajoutaient vraiment. Le parfait accent anglais du speaker, digne des grandes heures de la BBC, ajoutait au charme du court-métrage. Une telle voix énumérant à l’envi les tirades contre « the american imperialists », c’était vraiment savoureux !
Une fois le film terminé, nous fumes invités à visiter le navire et notamment les nombreuses preuves de ses activités d’espionnage. Point n’était besoin de nous convaincre, les faits ont été établis, avérés et reconnus par tout le monde il y a déjà bien longtemps. Des cercles rouges sur les parois, marquant les impacts de balles, témoignaient de la vivacité des combats qui avaient eu lieu lors de la capture du navire. Il s’agissait de mettre en valeur ce haut fait d’armes de l’armée nord-coréenne !
Alors que les guides et les commentaires écrits insistaient sur le caractère inadmissible et scandaleux de l’espionnage américain, j’aurais bien été tenté de leur mettre sous le nez les activités hautement condamnables et largement plus scandaleuses des services secrets coréens, mais je me suis abstenu. Toujours par politesse. Pourtant il y avait de quoi dire : destruction d’avions de ligne en plein vol, assassinats de dignitaires sud-coréens, enlèvement et déportation de civils sur le territoire japonais, et j’en passe. L’intrusion d’un navire américain dans les eaux nord-coréennes semblait bien dérisoire par rapport à tout cela.
Vers la fin de la visite, Monsieur Kim me confia que la dame en uniforme parlait français. Pensant qu’elle aurait le même niveau que sa consoeur faisant visiter la maison natale du Grand Leader, je lui posais des questions très simples en articulant bien. A ma grande surprise, cette dame avait réellement un bon niveau de français et pouvait tenir une conversation élaborée. Sans avoir bien entendu jamais quitté son pays, ni sans doute fréquenté beaucoup de français. Sa performance était donc tout à fait admirable, ce que je n’ai pas manqué de faire remarquer à Monsieur Kim. Celui-ci me répliqua donc que c’était à mon tour de lui prouver que je pouvais parler coréen. Je savais quoi faire et ai donc lâché pour la énième fois un « A bas l’impérialisme américain ! » en coréen.
La dame répondit alors en français, en levant le poing et avec un grand sourire : « Nous allons détruire les impérialistes américains ! » Emporté par l’enthousiasme et commençant à allumer mon camescope, je lui ai demandé si elle accepterait de répéter la même chose devant la caméra. Après un instant d’hésitation elle a malheureusement refusé, et tout ce que j’ai pu obtenir c’est une photo à côté d’elle.
Je fus également complimenté sur le pin’s que j’avais épinglé au niveau du cœur : une petite reproduction d’un monument militaire, que j’avais acheté l’avant-veille à la libraire de l’hôtel. J’avais en fait acheté huit pin’s communistes, mais qui n’égalaient ni en taille ni en kitsch le portrait du Grand Leader que toute la population arborait. Le hollandais avait donné l’exemple la veille en épinglant un drapeau nord-coréen sur sa chemise, ce qui m’avait décomplexé. Et puis après tout, je m’étais déjà incliné à plusieurs reprises devant des statues du Respecté Président Kim Il Sung, avais proféré les slogans anti-américains les plus primaires, et avais trinqué à la santé de Saddam Hussein. Je n’étais donc plus à cette compromission près.
Il nous fallait presser le pas car nous avions pris du retard les jours précédent, et il restait encore des choses que nous devions voir absolument. Comme tout d’abord la boutique philatéliste où les collectionneurs et simples amateurs peuvent admirer une impressionnante collection de timbres nord-coréens, et satisfaire leur boulimie d’achats. Bien que n’étant pas du tout philatéliste, je n’ai pas pu résister à un petit album de quelques dizaines de timbres très rouges, constituant un panorama assez représentatif de la propagande coréenne. Des albums beaucoup plus importants étaient bien entendu disponibles, et je reconnais que l’un d’entre eux, associant timbres et images de propagandes m’avait tapé dans l’œil. Mais je me suis abstenu.
La Chine était à l’honneur dans ce magasin car de nombreux timbres en vente commémoraient l’inébranlable amitié sino-coréenne, la vie de Mao Zedong et de Deng Xiaoping, l’aventure spatiale chinoise et les rétrocessions de Hong Kong et Macao. On devine à qui s’adressaient tous ces timbres, mais pour une fois les inévitables touristes chinois étaient absents. En lieu et place, un petit groupe de jeunes nord-coréens du Japon jetait un œil peu intéressé à l’exposition. Le Japon abrite une importante communauté nord-coréenne, qui envoie régulièrement de l’argent frais à la mère patrie. Certaines familles sont installées depuis deux ou trois générations et certains n’ont d’ailleurs jamais mis les pieds en Corée du Nord. Toujours est-il que ces étranges lycéens habillés à la dernière mode japonaise, parlant japonais entre eux, et arborant l’indétronable pin’s du Respecté Président Kim Il Sung, étaient bel et bien là. Que pouvaient-ils penser de « leur » pays, eux qui savent ce qui existe à l’extérieur ? Difficile à dire, d’autant plus que nos tentatives de dialogue ont échoué faute de compétences linguistiques. Leur anglais était balbutiant, et notre coréen et notre japonais trop rudimentaire. De toute manière Monsieur Li buvait toutes nos paroles. Je n’ai donc pu que répéter la seule phrase en coréen que je maîtrisais à peu près bien, et dont je vais pour une fois vous épargner la répétion puisque vous devinerez sans peine de laquelle il s’agit. Les nippo-coréens ont apprécié !
Cap ensuite sur un site où j’avais personnellement demandé que l’on s’arrête. Sur le bord d’une rue, non loin de la Statue de Cholima et de la Statue géante du Respecté Président Kim Il Sung, et surtout au pied de trois gigantesques affiches de propagande absolument superbes. L’une d’entre elles, représentant trois poings écrasant un missile américain et un homme occidental avait particulièrement retenu mon attention et a fait notre unanimité. Ce fut aussi l’occasion d’un quasi bain de foule, puisque de nombreux piétons passaient par là. Nous étions naturellement toujours aussi invisibles. La plupart de ces piétons portaient naturellement le fameux pin’s, mais également des casquettes blanches toutes identiques. Je demandais donc à Monsieur Li la raison de la popularité de ce couvre-chef. Nouveau dialogue de sourds : « c’est pour protéger du soleil.» « mais pourquoi portent-ils tous la même casquette ? » « non, ils ont le choix entre le noir et le blanc » « mais pourquoi choisissent-ils tous le blanc ? » « les coréens aiment le blanc ». Il y avait certainement une autre explication, mais je n’ai pas réussi à l’obtenir.
Après ce bain de foule, on nous emmena à l’Arc de Triomphe sous lequel nous étions déjà passés à plusieurs reprises. L’Arc de Triomphe de Pyongyang ressemble beaucoup à celui de Paris dans sa forme générale, mais son architecture est bien entendu plus moderne et il fait deux ou trois mètres de plus en hauteur. Des sculptures révolutionnaires sont gravées sur chaque flanc, et les paroles du Chant du Général Kim Il Sung figurent au sommet. Je vous en livre un extrait : « Dis tempête de neige de la plaine de Mandchourie ; Dis nuit interminable de la forêt épaisse ; Qui est le partisan sans égal dans l’Histoire ; Qui est le patriote sans pareil dans le Monde. O, notre Général, cher est son nom ; O, Général Kim Il Sung, brille son nom. » Ce chant révolutionnaire est incontestablement le plus connu en DPRK et on l’entend relativement souvent en musique d’ambiance dans des musées ou sur des lieux touristiques. Il est également assez connu en Chine.
Les dates 1925-1945 sont gravées à mi-hauteur. Il s’agit des dates marquant le début de l’engagement du Respecté Président Kim Il Sung dans la Résistance anti-japonaise et la libération du pays. Je m’étonnais auprès de Monsieur Li du choix de ces dates, puisque j’imaginais que la résistance coréenne n’avait sans doute pas attendu le Grand Leader pour se développer. Monsieur Li me confirma qu’il existait bien une résistance avant 1925, et je lui ai alors demandé pourquoi c’est malgré tout 1925 qui avait été retenue. Réponse évidente : « ce monument ne commémore pas la résistance, mais le combat du Général Kim Il Sung ». Oui évidemment… Sympa pour ceux qui ont versé leur sang avant 1925 ! Plutôt que d’écouter la propagande qui nous était servie pluri-quotidiennement, j’ai moi-même joué au guide en faisant état de mon savoir – assez limité – sur l’Arc de Triomphe parisien, ce qui a beaucoup interessé les guides coréens. Surtout la présence du Soldat Inconnu !
Contrairement à son homologue parisien, l’Arc de Triomphe de Pyongyang peut sans problème être photographié du milieu de l’avenue qui le traverse. Aucun risque de se faire écraser ou de provoquer un accident puisqu’il ne doit passer qu’un ou deux véhicules par minute ! L’un d’entre nous a fini par demander à Monsieur Kim pourquoi les gens ne nous regardaient pas, contrairement à ce qui se passe en Chine. Là aussi la réponse fut sans appel : « les coréens sont habitués à voir des étrangers, ils n’ont donc aucune raison de vous regarder. » Pas très convaincant…
Ce fut enfin le temps de notre dernière visite, et pas des moindres : le Monument de l’Edification du Parti des Travailleurs. Une gigantesque horreur représentant trois poings tenant une faucille, un marteau et un pinceau (toujours le même triptique). Des lycéennes en uniforme posaient devant le monument pour des photos officielles, et lorsqu’elles eurent fini, nous avons pu nous rapprocher de la structure. Curieusement, ces lycéennes nous firent de grands gestes amicaux, apparemment encouragées en cela par leur professeur. Nous n’étions donc pas des gens si communs que ça !!!
Pour cette énième visite sous le signe de la propagande, nous ne jetions plus que de vagues coups d’œil en écoutant d’une oreille discrète la traduction de Monsieur Li. Ce Monument avait été construit par le Cher Leader Kim Jong Il juste après la mort de son père. Cela ne nous fut pas dit, mais ce monument est à ma connaissance la seule contribution architecturale de Kim Jong Il, tout le reste de la ville ayant été bâti du temps de son père. Mais alors que nous ne pouvions plus cacher notre lassitude, le hollandais nous interpela soudain et nous demanda de nous placer à un certain endroit et de regarder dans une certaine direction. L’un après l’autre, nous avons tous éclaté de rire et ne pouvions plus nous arrêter. Vu sous un certain angle, le poing tenant un pinceau ressemble exactement et à tous les détails près à une main serrant un pénis en érection. La ressemblance était extraordinaire et les proportions hilarantes, mais notre guide locale ne comprenait pas pourquoi nous étions tellement amusés par « le monument de la masturbation prolétarienne ». De retour dans le minibus, je montrais fièrement à Monsieur Li la photo que j’avais prise, sous le bon angle. Devant l’hilarité générale, Monsieur Li ne put pas s’empêcher de sourire et je suis même quasiment sûr qu’il s’est retenu d’éclater de rire à son tour. Pour seul commentaire il me lança « ça représente quoi cette photo ? ». Et je répondis avec le plus grand sérieux « juste un monument, ça ne se voit pas ? » Nouveau sourire amusé de Monsieur Li : il avait compris !
Pour tuer le temps avant le dîner, on nous emmena dans un grand magasin d’Etat. Certainement le plus sinistre qu’il m’ait jamais été donné de voir. Très sombre, sans clients et avec un nombre impressionnant de vendeuses qui ne savaient pas quoi faire pour tuer le temps. Le rayon alimentation était réellement déprimant. Aux autres étages, quelques produits de consommation étrangers se mêlaient à des produits plus typiquement coréens. Au milieu des téléviseurs je remarquais toutefois un camescope numérique, apparemment assez peu perfectionné, mais dont la mise en vente m’étonnait dans un pays où ce type d’objet est théoriquement interdit lors du passage de la douane. Ceci dit, cela n’empêche pas les meutes de touristes chinois de filmer tout ce qu’ils peuvent, tandis que les occidentaux qui ont été plus strictement mis en garde n’emportent en général avec eux que des appareils photo. Ce n’est pas le seul paradoxe hi-tech qu’il m’ait été donné de constater, puisque dans l’hôtel de Myohyangsan j’ai aperçu deux nord-coréens en train de se servir de téléphones portables. Une fois de retour en Chine, quelqu’un m’a dit que la Corée du Nord faisait des « essais » pour cette nouvelle technologie.
Quant à ce grand Magasin d’Etat, il était évidemment vide de tout client coréen.
Quatre jours de propagande et de frustrations, ainsi que le fou rire lié au « Monument de la Masturbation Prolétarienne » nous avaient mis en conditions pour affronter notre dernier dîner en Corée du Nord. Celui-ci allait se passer dans un autre des rares restaurants de la ville, toujours fréquenté naturellement par des touristes chinois.
Fort heureusement, Messieurs Kim et Li, ainsi que le chauffeur nous accompagnaient à table. A côté, une grande table de touristes chinois bruyants nous a servi de rodage pour la suite. Sans vouloir apparaître comme un horrible xénophobe, je dois reconnaître que le comportement des touristes chinois de base à l’étranger est assez savoureux, puisqu’en fait il ne diffère guère de leur comportement naturel de chez eux. Je me demande ce qu’en pensent les nord-coréens qui de toute façon n’ont pas le droit de faire des remarques, mais les occidentaux trouvent en tout cas cela plutôt comique. Ca hurlait, ça raclait sa gorge, ça crachait par terre à tout-va, enfin bref ça prenait du bon temps comme n’importe où en Chine. Pour eux, la Corée du Nord n’est qu’un pays pauvre qui leur prouve à quel point la Chine a eu raison de s’engager sur la voie des réformes. Ce restaurant était un barbecue coréen, c’est-à-dire que l’on fait cuire soi-même sa viande et ses légumes dans une marmite individuelle. Nous avons été assez estomaqués en voyant les chinois d’à-côté sortir de leurs sacs des nouilles instantanées pour les faire cuire dans leur marmite, au milieu de ce que les coréens s’étaient décarcassés pour leur préparer. J’ai personnellement trouvé cela très choquant et méprisant, bien plus que ces horribles crachats. Messieurs Kim et Li ne réagirent cependant pas lorsque nous leur avons exprimé notre dégoût pour ce genre de pratique.
L’autre attraction du dîner, c’était la télévision qui pendant la majeure partie du dîner diffusait le spectacle d’une chorale militaire. Mais j’y reviendrai plus tard. Au cours du dîner, certains d’entre nous ont eu besoin d’extérioriser tous les commentaires désobligeants qu’ils avaient gardés pour eux pendant le voyage. L’américain et le hollandais ouvrirent le feu en tentant de se faire expliquer les subtilités de l’idéologie du Juche. Comme d’habitude, devant l’incompréhension générale, Monsieur Kim se contenta de dire que de toute façon tout cela nous dépassait, était hors de notre portée. Afin de calmer le jeu et de lui offrir une occasion de sauver la face, je demandais à Monsieur Kim quelle avait été l’attitude de la Corée du Nord lors du divorce sino-soviétique des années 60. Trop tard, Monsieur Kim était déjà braqué et répondit tout simplement « je t’ai déjà dit qu’un des piliers du Juche c’est l’indépendance politique. Nous n’avons choisi aucun camp ». Point final.
Qu’à cela ne tienne, nous allions donc parler d’économie. Et là, le businessman hollandais se déchaina en parlant des réussites économiques de la Chine grâce notamment à son ouverture aux capitaux étrangers. Monsieur Kim contre-attaqua en répondant que la DPRK avait de son côté elle aussi tenté de s’ouvrir aux investissements étrangers mais qu’en raison de l’arrogance des sociétés étrangères et de leur ignorance et de leur manque de savoir faire, tous les projets avaient échoué. Notre hollandais repassa à l’attaque en démontrant que si les Joint Ventures coréennes avaient échoué c’était tout simplement parce que les coréens leur avaient mis tous les bâtons dans les roues, notamment en fermant totalement le marché. Une société qui produit mais n’a pas le droit de vendre, ça finit par faire faillite, c’est normal ! La colère contenue de Monsieur Kim devenait de plus en plus perceptible, mais il réussit malgré tout à garder son contrôle et à clore le débat par un « Je n’aime pas parler de politique. Parlons d’autre chose ! » Cette réplique provoqua un fou-rire parmi nous, Monsieur Kim n’ayant justement pas arrêté de parler de politique pendant tout le voyage. A ce moment-là du dîner (vers le milieu), l’ambiance était de plus en plus chaleureuse et rigolarde entre les européens, mais les coréens étaient de plus en plus figés et grimaçants. Nos rapports avec eux s’étaient très nettement détérioriés pendant ce laps de temps !
Mais le pire était encore à venir. Puisque Messieurs Kim et Li ne nous parlaient plus, c’est alors vers la télévision que nous nous sommes tournés. Fort opportunément, la chorale militaire mit un terme à son spectacle, et ce fut le grand moment des informations internationales. Tout était bien sûr en coréen, mais les images devaient parler d’elle-même.
Contrairement à ce que j’avais vu le soir de mon arrivée, ces informations-là donnèrent la part belle aux reportages de terrain, le speaker étant quasiment absent. Bien entendu, c’est la Guerre en Irak et la crise du Proche-Orient qui monopolisaient l’actualité. On s’est alors tournés vers Monsieur Kim pour lui demander quelle était la position officielle de la DPRK sur la guérilla irakienne contre l’occupation américaine. Nous avons eu droit à une réponse posée « qu’est-ce que vous croyez ? Qu’on applaudit à chaque fois qu’un américain meurt ? Et bien non, détrompez-vous, nous sommes totalement neutres, tout cela ne nous regarde pas. » Admettons. « Et l’attaque du WTC il y a deux ans, vous en pensez quoi ? » rajoutai-je. Même réponse : « De nombreux innocents sont morts, bien sûr que non on n’approuve pas ça. » Cette fois Monsieur Kim était peut-être sincère, mais j’ai quand même un doute sur la guerre d’Irak. Cette haine anti-américaine est tellement forte en Corée du Nord, que j’ai du mal à croire que la presse n’applaudit pas lorsqu’un GI se fait tuer. D’après Monsieur Kim, l’information qui était donnée était parfaitement neutre. Je ne peux malheureusement rien faire d’autre que le croire sur parole, ne comprenant pas un seul mot de coréen.
Les actualités continuaient, et l’espagnol lâcha soudain « hey ! mais j’ai vu les mêmes images il y a deux semaines sur la BBC ! ». L’américain ajouta une minute plus tard « Oui, et moi j’ai vu ça il y a dix jours à la télé chinoise ! ». Pour des images d’actualité, ça la fout quand même mal, et nous avons ri de bon cœur. Messieurs Kim et Li restèrent à nouveau impassibles. Mais nous avons soudain vu apparaître sur l’écran des carrés gris et noirs qui cachaient une partie de l’image. Cette fois c’était trop, le fou-rire fut général et on ne put plus s’arrêter d’éclater de rire en voyant que cette forme si archaïque et grotesque de censure était largement pratiquée en DPRK. Il fallait en effet cacher toute indication du fait que les images avaient été réalisées par des télévisions étrangères et à une date… pas très fraiche. Toutes les insertions CNN, BBC ou CCTV (télévision chinoise) étaient donc savamment cachées, ainsi que les commentaires écrits qui devaient probablement figurer en bas de l’écran, comme la forme allongée des caches gris nous le suggérait. C’était vraiment à pisser de rire, et nous avons hurlé toutes les blagues stupides qui nous traversaient à l’esprit à ce moment-là. « ça leur arrive d’avoir un écran entièrement gris ? » ou bien « ils devraient vraiment remplacer le poste de télé dans ce restaurant ».
Messieurs Kim et Li restèrent cette fois totalement muets et grimaçants jusqu’à la fin du repas et dans le trajet en minibus. Nous avions fait ce qu’il ne fallait pas, mais comme ça avait eu lieu à la fin du voyage, il n’y aurait aucune conséquence. D’après les rumeurs, les groupes de touristes « méchants » (c’est-à-dire qui font tout le temps ce qu’on a fait pendant ce repas, à savoir contredire les guides, et rire de la propagande) se voient supprimer de nombreuses visites, et on leur gâche sciemment leur voyage. Une fois de retour à l’hôtel, les guides allaient toutefois à nouveau nous adresser la parole.
Malgré l’affront du dîner, je reformulais à Monsieur Kim la demande que je lui avais faite le matin, à savoir me procurer un journal coréen autre que le Pyongyang Times. On m’avait dit que les journaux coréens grouillaient de photos du Cher Leader Kim Jong Il, et je voulais absolument en avoir le cœur net. Quelques minutes plus tard, Monsieur Kim revint souriant en tenant le précieux bout de papier à la main. Je fus hélas déçu de constater qu’aucune photo du Leader n’apparaissait. Mais de qui se moque-t-on ??? Je demandais tout de même où se trouvaient les pages internationales, mais Monsieur Kim me déçut une nouvelle fois en m’informant que ce journal ne comportait que des informations nationales. Toutefois, en parcourant ces pages, une lueur traversa l’œil de Monsieur Kim. Il nous annonça avec un grand sourire que la Corée du Nord venait de franchir un pas important dans l’élaboration de l’arme nucléaire en transformant je ne sais quel résidu radioactif en matière fissible. Comment pouvions-nous bien réagir à une nouvelle de la sorte ? Et bien en le félicitant tout simplement : « bravo, vous devez être très fier de votre pays ». Et oui, il en était fier le bougre. Apparemment il nous avait bien dit la vérité – ou du moins il nous avait fidèlement retranscrit ce qui était écrit dans le journal - puisque le soir-même, la télévision taiwanaise confirmait l’annonce. D’après le journal télévisé taiwanais, les américains avaient d’ailleurs annoncé en même temps qu’ils étaient certains que la DPRK possédait en fait l’arme nucléaire.
Après ces « bonnes » nouvelles, il fallait encore s’occuper. La librairie de l’hôtel où nous voulions tous effectuer nos derniers achats était malheureusement fermée. « C’est dimanche » s’exclama fièrement Monsieur Li, comme pour donner raison aux affirmations de la matinée selon lesquelles les coréens ne travaillent pas le dimanche. Cap donc sur la salle de bowling que nous n’avions pas repérée les jours précédents. Mais là encore, Monsieur Li courut dans notre direction en piaffant « non non, désolé, aujourd’hui c’est dimanche. Les coréens ne travaillent pas. Donc pas de bowling. » Ah il était content le bougre, il avait raison et pouvait, enfin, apporter un peu d’eau au moulin de sa propagande.
Direction donc le bureau de poste où j’ai envoyé les quelques cartes postales que j’avais rédigées. Deux pour la France, deux pour la Chine (dont une pour moi). Il faut dire que je ne suis pas très cartes postales… Je n’avais pas écrit de bêtises sur ces cartes, car je savais qu’elles seraient lues, et que les propos « méchants » ne sont pas autorisés à quitter le pays. J’ai donc juste écrit des banalités, sauf sur l’une des cartes chinoises où je faisais un éloge exagéré – en chinois – des prouesses du régime nord-coréen et de son Cher Leader. Ces cartes allaient-elles arriver à destination ? J’avais un doute. J’attends toujours celle qu’on m’avait envoyée un an et demi plus tôt…
Le lendemain matin, nous avions en théorie une vingtaine de minutes entre l’ouverture de la librairie et le départ. Il fallait donc faire vite pour acheter : un extrait des œuvres choisies de Kim Jong Il, un gros livre sur l’histoire de la Corée du Nord depuis sa fondation à nos jours, et un VCD sur le spectacle géant annuel « Arirang » qui a lieu dans le gigantesque Stade du Premier Mai, et qui rassemble 100.000 participants (plus les spectateurs bien sûr). N’ayant pas vu le spectacle, il fallait au moins que je me procure le film ! Je voulais aussi m’acheter encore toutes les petites bricoles que je pouvais trouver : une véritable boulimie !
Hélas, mille fois hélas, la librairie n’ouvrit pas. « C’est lundi » ai-je failli dire, mais je n’ai pas osé. On avait déjà dit assez de conneries comme ça la veille. En attendant, Monsieur Li nous présenta le chef de l’agence de voyages coréenne qui était de passage à l’hôtel. Un coréen parfaitement francophone ! J’avoue avoir été impressionné par son niveau de français, auquel je n’ai pu répondre que par mon malheureux et désormais fameux « A bas l’impérialisme américain » qui l’amusa beaucoup. Au moment de se dire au revoir, il me donna sa carte de visite sur laquelle figurait… une adresse e-mail !!! Ciel ! Un nord-coréen avec un e-mail, voilà qui est vraiment hors du commun dans un pays où internet est strictement interdit. L’adresse était en silibank.com. Lorsque je demandais ce qu’était cette mystérieuse institution, l’inénarrable Monsieur Li répondit en riant que c’était une banque stupide (silly bank). Je n’en sus pas davantage, mais on m’a tout de même fait comprendre que cette adresse était partagée par tous les services touristiques nord-coréens. Une adresse pour tout le monde. Pour tout le pays peut-être même, ai-je imaginé. Mais je me suis rappelé que le Cher Leader Kim Jong Il, passionné d’internet, en avait une lui aussi, et qu’il avait même demandé à une Madeleine Allbright stupéfaite d’échanger leurs mails.
Preuve qu’ils nous avaient pardonné l’affront de la veille, Messieurs Kim et Li suggérèrent d’aller dans l’autre hôtel de la ville pour pouvoir effectuer nos emplettes, puisque la librairie de notre hôtel ne voulait décidément pas ouvrir. Le temps était réellement compté et nous avons eu droit à environ cinq-dix minutes dans la librairie de l’hôtel pour chinois. Tout y était sauf hélas le VCD que je voulais tant acheter. Cette fois, je devais me faire une raison.
Il était tout juste temps de nous rendre à la gare ferroviaire toute proche où nous attendait le train pour Pékin. Le quai était noir de monde, digne d’une gare chinoise et à ma grande surprise, nous n’avons quasiment pas été contrôlés avant de monter dans le train. La présence militaire n’était pas non plus à la hauteur de ce que j’imaginais, même si bien entendu les uniformes étaient légions.
Ce fut le moment de faire nos adieux à Messieurs Kim et Li – et de leur donner leur pourboire. Permettez de moi de faire un retour en arrière sur un épisode du dîner que j’ai oublié de mentionner plus haut. Nous discutions ce soir-là aussi de l’échelle des salaires coréens et de la comparaison de ceux-ci avec le prix d’un repas au restaurant. Comme il était évident qu’aucun coréen ne pouvait se permettre une telle folie, l’un d’entre nous osa dire à Monsieur Kim qu’en tant que guide, il était en fait dans une situation extrêmement privilégiée par rapport à ses compatiotes. Cette réflexion lui déplut au plus au point et il ne répondit qu’en grimaçant « si vous le dites… »
Je ferme cette parenthèse pour en revenir aux pourboires, qui sans être exorbitants, multiplient par dix ou quinze le revenu des guides, et en font donc probablement des hommes très riches. Oui, Messieurs Kim et Li sont bel et bien des privilégiés, même si leur souligner cette évidence porte un coup très dur à leurs "inébranlables" convictions communistes.
Naturellement, nous avons invité Messieurs Kim et Li à venir nous voir à Pékin et Shanghai si jamais ils avaient l’occasion d’y passer. Après tout, cela n’est pas totalement impossible, puisque les nord-coréens se rendant en Chine ne sont pas si rares que ça. J’avoue que ce n’est pas sans un plaisir malsain que je me verrais bien guider à mon tour Monsieur Kim dans les rues luxueuses de Shanghai, ville où l’abondance et la débauche de consommation n’ont que peu d’égales dans le monde. Nous avons dit au revoir à Pyongyang, mais pas encore à la Corée du Nord. Contrairement à ce que je craignais, l’aventure allait se poursuivre dans le train…
Une chance pour ce trajet de 24 heures, c’est en wagon couchettes molles que nous allions voyager. Les trains nord-coréens ressemblent aux chinois, avec ses « classes » couchettes molles, couchettes dures et sièges. Les couchettes molles sont réparties dans des compartiments de quatre lits. Toutefois, le train coréen donnait une impression d’exiguïté bien plus prononcée que ses homologues chinois. Il faut dire que nous n’étions pas seuls dans ce wagon. Outre le petit groupe d’européens que nous formions, nous avons également retrouvé un voyageur irlandais qui avait fait seul la même chose que nous durant ces quelques jours. Ceci dit, bien que « seul », il était en fait accompagné de deux guides et d'un chauffeur. C’est bel et bien la règle. Il y avait aussi avec nous un groupe de chinois : pas des touristes cette fois, mais apparemment des hommes d’affaires qui voyageaient avec une quantité impressionnante de gros sacs pleins à craquer de ce qu’on allait nous présenter plus tard comme des vêtements. Quelques coréens enfin, tous badgés bien sûr, les compartiments jouxtant le mien étant d’ailleurs occupés par l’équipe nationale nord-coréenne de kung-fu qui partait à Pékin pour une compétition internationale.
Au moment du départ, les chinois étaient toujours en train d’encombrer les couloirs avec leurs sacs et il était difficile de se frayer un passage. Une fois arrivé à hauteur de mon compartiment, je regardais par la fenêtre et tombais nez à nez avec une militaire d’une bonne quarantaine d’années, dont les traits du visage n’exprimaient pas vraiment la joie de vivre ni la bonne humeur. Comment donc allais-je réagir face à cette rencontre imprévue… par fenêtre interposée ? Elle était là, immobile sur le quai, attendant sans doute le départ du train pour retourner à des occupations plus gratifiantes. Il fallait donc que je la distraie en attendant. J’ai alors commencé à la fixer droit dans les yeux, en prenant les mêmes traits figés et grimaçants qu’elle. Son visage s’est alors d’autant plus crispé et sa grimace s’est accentuée : elle avait remarqué mon manège. Qu’à cela ne tienne, une petite voix me disait de continuer ce cirque. Mon attitude ne produisant aucun effet significatif, je lui ai alors fait quelques sourires discrets, ce qui apparemment ne lui a pas du tout plu : la tension commençait à monter, c’était perceptible. Mais à mesure que je souriais de plus en plus, elle finit soudain, ô miracle, à sourire elle aussi. Victoire ! Mais son sourire fut de très courte durée et sa discipline reprit rapidement le dessus, son sourire laissant alors la place à la même grimace que juste avant.
Le train démarra alors et nous vimes défiler les uns après les autres les monuments de Pyongyang avant d’atteindre rapidement la campagne. Toujours la même campagne colorée, avec ses armées de paysans. Le train était d’une lenteur exaspérante : la pénurie d’électricité l’obligeait à de nombreux arrêts en rase campagne et nous avons pris deux ou trois heures de retard sur notre itinéraire. Dans les petites gares que nous traversions, les sempiternels portraits du Respecté Président Kim Il Sung rivalisaient toujours avec les slogans « Kim Jong Il est le soleil du 21ème siècle » pour attirer notre attention. Des convois de tanks ainsi que des trains à vapeur donnaient une touche assez exotique à ces petites gares, dont nous aurions d’ailleurs bien volontiers examiné les alentours si nous en avions eu le droit : ce n’est pas le temps qui manquait ! La bonne nouvelle, c’est que Messieurs Kim et Li n’étaient plus là pour nous interdire de prendre des photos, et que personne ne les remplaçait.
C’est d’abord avec les chinois que j’engageais la conversation. Ceux-ci fumant comme des pompiers, le wagon était presque irrespirable et je n’ai pas pu m’empêcher de crier sur un ton accusateur « tai kepa !! » (effroyable !) Le chef des chinois, un type d’environ cinquante ans et le parfait archétype du businessman de province, en profita alors pour discuter avec moi. C’était en fait un brave type, ce genre de gars avec qui on devient pote au bout de deux minutes de conversation, et qui ne peut plus s’arrêter de parler. Il vit à Dandong (la ville chinoise à la frontière coréenne) et se rend en Corée du Nord pour affaires trois ou quatre fois par an. Il fait du commerce de vêtements de sport (d’où les sacs) entre une usine sud-coréenne de Pyongyang (il faut croire que ça existe) et… l’Europe occidentale. D’après lui, ses vêtements de sport se vendent particulièrement bien en Allemagne, et il m’a d’ailleurs dit que tous ses produits étaient vendus en Europe avec l’étiquette Made in DPRK. J’ai un peu de mal à le croire, mais je n’ai pas alors cherché à creuser plus loin. Il m’a expliqué choisir de s’approvisionner en Corée du Nord, non pour des questions de coûts, équivalents aux coûts chinois, mais pour des questions de qualité, les ouvriers nord-coréens travaillant selon lui mieux que les chinois.
Après les chinois, c’est vers les sportifs nord-coréens que je suis allé. L’un d’entre eux bredouillait quelques mots d’anglais et avait l’air très demandeur de contact avec les occidentaux. Nous allions pouvoir enfin parler avec un nord-coréen sans la présence de Messieurs les censeurs Kim et Li. L’équipe était bien entendu chapeautée par le Vice-Président de la Fédération de kung fu, mais l’homme était totalement ivre mort dès le début du voyage, et il n’a pas fallu moins de deux sportifs pour le trainer péniblement jusqu’à son compartiment où il s’est effondré, non sans avoir auparavant proféré quelques jurons en anglais à notre encontre. Le sportif avec qui nous parlions s’appelait … Kim, comme la plupart de ses compatriotes. Kim Pyongham pour être exact. Agé de trente ans, c’était apparemment le doyen de l’équipe, et malgré les grosses difficultés de language qui empêchaient toute conversation élaborée, il nous a donné l’impression d’être un chic type. Il venait d’ailleurs d’être papa, et nous racontait avec beaucoup d’émotion comment il aimait se lever la nuit pour tenir son bébé dans ses bras quand il gémissait. Je n’ai pas pu alors m’empêcher de penser à cette chanson des années 80 « Russians » où je ne sais plus quel artiste américain (Sting?) chantait que les russes aussi aimaient leurs enfants. Mais tout à coup, profitant d’un blanc dans la conversation, notre nouvel ami ne put s’empêcher de nous faire une déclaration : « je suis convaincu que mon pays sera bientôt réunifié. Nous avons une armée puissante et nous écraserons les américains. » Silence gêné dans le compartiment après ces propos qui tranchaient avec le personnage que nous avions cru cerner. Puis la conversation reprit rapidement un tour plus normal. Chassez le naturel et il revient au galop. Mais où était le naturel cette fois ?
A midi et quart, mon estomac m’indiqua qu’il était déjà l’heure de déjeuner, et un autre nord-coréen du wagon, sinopohone celui-là, m’indiqua où se trouvait le wagon-restaurant. Il se proposa même de m’accompagner, ce que je n’ai pas refusé, un interprète coréen-chinois pouvant se révéler fort utile. Les wagons que nous avons alors traversés étaient beaucoup moins avenants que le notre. Outre les sempiternels portraits de papa leader et de son fiston, c’est la crasse et la fumée qui m’ont frappé. Mais nous sommes arrivés sains et saufs dans le wagon-restaurant… où il me fut dit qu’il ne restait déjà plus rien. Tout était vendu, il aurait fallu venir plus tôt ! Très très mauvaise nouvelle pour le grand mangeur que je suis, et qui déteste sauter des repas. Il m’a donc fallu retourner dans mon wagon et annoncer la triste nouvelle à mes compagnons de voyage et d’infortune. Les chinois et les coréens, plus prévoyants, avaient tous en fait pris des provions avec eux, et le wagon était alors empli d’odeurs de nourriture. Mais nous, les européens, n’avions pas fait de même car non seulement nous ne savions pas à quoi nous attendre, mais de toute manière nous n’avions pas eu une seule occasion de nous approvisionner en nourriture. Il faudrait donc tenir jusqu’à la Chine que nous devions atteindre en début de soirée. Voyant nos mines désespérées, les sportifs nous proposèrent spontanément de partager leur repas, ce que nous avons eu beaucoup de mal à accepter. Non qu’il soit honteux de recevoir l’aumône de nord-coréens, mais parce que nous ne voulions surtout pas leur enlever le pain de la bouche. Mais à force d’insister, ils ont fini par nous faire avaler quelques sushis et des pommes. « Les pommes coréennes sont bien meilleures que les chinoises » nous affirma notre ami Kim, à qui nous n’avons pas osé répondre que les fruits chinois étaient en tout cas certainement plus nombreux que les coréens. De toute façon ajouta-t-il, il fallait que tous ces sportifs perdent du poids afin de se battre dans la catégorie qui leur soit la plus favorable. Le nombre de kilos qu’ils devaient perdre en quelques jours était vertigineux !
Kim était déjà sorti une fois de Corée du Nord. Pour aller à Khabarovsk, en Sibérie russe, qui est à mon humble avis une ville au moins aussi lugubre et sinistre que Pyongyang, les monuments en moins. Ceci dit je ne suis jamais allé à Khabarovsk et me trompe peut-être. Kim se doutait-il que Khabarovsk était la ville natale de son Cher Leader Kim Jong Il, dont la propagande mensongère affirme qu’il est né dans les montagnes frontalières sino-coréennes ? La propagande ne pourrait bien entendu pas laisser imaginer que le Respecté Président Kim Il Sung ait deserté la Corée occupée par les japonais pour aller se réfugier en Sibérie. Ce serait une hérésie !
En revanche, un autre sportif, parlant beaucoup mieux anglais, avait eu l’occasion de visiter beaucoup plus de pays, mais bizarrement notre contact ne semblait pas l’intéresser. Nous allions donc continuer la conversation avec Kim, qui n’avait pas l’air particulièrement excité à l’idée de découvrir de nouvelles contrées. Se doutait-il de ce qui l’attendait à Pékin, ville aujourd’hui presque aussi débridée que la fastueuse Shanghai ? De toute manière, nous confia-t-il, il n’aurait pas le temps de visiter la ville, puisque son bref séjour devait être consacré à l’entrainement et à la compétition. Décidément, tout semblait être fait pour que ces éminents représentants de la Corée du Nord en voient le moins possible sur l’extérieur.
Après d’interminables pauses en rase campagne, le train a fini par arriver à la gare de Sinuiju, la ville faisant frontière avec la Chine, en face de Dandong, de l’autre côté de la rivière Yalu. L’instant tant redouté était donc enfin arrivé. Ce qui me faisait peur n’était pas bien entendu le terrible désespoir qui devait m’envahir à l’idée de quitter peut-être pour toujours le Paradis des Travailleurs. Non, ce qui m’inquiétait vraiment, c’était les contrôles réputés terriblement stricts et tatillons qui attendaient tous les voyageurs avant le passage de la frontière.
Ma plus grande crainte était de voir mes précieux achats saisis en raison de l’absence de facture. L’excitation sans borne qui me faisait perdre la tête lors de l’acquisition de chaque article a fait que je n’ai pas toujours eu la présence d’esprit de demander ces précieux bouts de papier, sans lesquels on n’a en principe pas le droit de sortir les articles du pays. Le matin, en catastrophe, j’avais demandé à Monsieur Li de me faire établir des fausses factures dans la librairie où j’allais faire mes dernières acquisitions. L’ironie du sort a en effet voulu que dans ce pays si délirant politiquement parlant, où chaque mot, chaque geste peut constituer le pire des crimes, mon seul délit ait été de faire usage de fausses factures.
En gare de Sinuiju, la police nord-coréenne nous a distribué des papiers, que nous devions selon les instructions que l’on nous avait communiquées avant le départ, remplir le plus honnêtement possible. Il fallait déclarer absolument tout ce que nous avions, objets comme argent. Dans ce genre de situation, ma réaction naturelle consiste à faire un excès de zèle, et à réellement TOUT déclarer. J’ai donc absolument tout rempli : mes livres, mon camescope, mes slips, mes chaussettes, mon tube de dentifrice, etc. Quant à mon argent, j’ai donné au centime près l’état de mes finances en euros et en yuans. J’ai toutefois volontairement omis de déclarer mes quelques billets nord-coréens, au cas où leur exportation serait interdite.
Quelques instants plus tard, la police est venue ramasser nos copies, ainsi que les passeports et visas. Une demi-heure plus tard, un autre policier est venu procéder à l’inspection. A mon grand soulagement, celle-ci fut extrêmement succinte et se limita à un rapide coup d’œil à l’intérieur de nos sacs. Finalement, la douane ferroviaire ne fut pas à la hauteur de sa réputation ! Il faut dire que nos douaniers avaient beaucoup mieux à faire que de trier les slips des touristes : ils avaient une cargaison entière de businessmen chinois à vérifier. Et là, il y avait de quoi s’en donner à cœur joie ! Tandis que je m’apprêtais à descendre sur le quai pour me dégourdir les jambes, je vis que mon « ami » chinois du matin avait des diffcultés. Non seulement il avait déclaré des dollars américains, ce qui n’est pas censé circuler en DPRK, mais en plus, dans la case « montant », il avait simplement écrit « indénombrable ». Et ça, le douanier coréen n’a pas manqué de le remarquer et de lui en tenir rigueur. Mais notre homme était un vieux de la vieille, il est apparemment arrivé à convaincre le douanier qu’il ne recommencerait pas. Qu’à cela ne tienne, il restait les sacs de vêtements pour le coincer.
Le quai de la gare de Siniuju ne présentait bien entendu pas le moindre intérêt, sinon les quelques figures de kung fu qu’exécutaient nos amis qui ne perdaient jamais la moindre occasion de s’entraîner. Leur entraîneur qui avait entre temps en partie désaoûlé avait réussi à se trainer hors du train et même à faire quelques pas. Mais il eut tôt fait de regagner l’intérieur du wagon. La plupart des wagons avaient été détachés du train, seuls quatre ou cinq devant poursuivre leur voyage vers la Chine. Tout d’un coup, en regardant par la vitre, j’aperçus notre ami irlandais discutant avec le douanier : il était apparemment en difficulté et il fallait intervenir, car il ne parlait pas chinois et ne pouvait donc pas s’expliquer avec les autorités coréennes, qui pour les besoins de la cause devaient maîtriser cette langue à défaut de l’anglais. Lorsque j’entrai dans son compartiment, il me demanda d’expliquer au douanier que la collection de billets de tous les pays asiatiques qu’il trainait avec lui venait du fait qu’il faisait un tour de ce continent et aimer conserver un billet de chaque pays. Le douanier comprit mes explications, mais ne les accepta pas. Se déplacer avec de la monnaie d’autant de pays, ce n’est pas interdit, mais ce n’est pas commun non plus. Et les autorités coréennes n’aiment pas du tout ce qui sort du commun, même si c’est le fait d’étrangers. Après de longs palabres, le douanier finit toutefois par le laisser tranquille sans rien saisir.
Plus tard, il me raconta que lui et la française s’étaient vus demander ce qu’ils avaient aimé en Corée du Nord. La française - qui ne pouvait réellement pas supporter toute cette propagande - ne sut que répondre, et finit par avouer que les montagnes lui avaient plu. Cette réponse ne plut pas au douanier, qui attendait apparemment quelque chose de plus révolutionnaire. Sentant son impatience monter, l’irlandais finit par dire, par interprète interposé, qu’il avait été très impressionné par les monuments. Cette réponse le contenta et il repartit pour de bon.
Pendant ce temps, le hollandais nous raconta en riant comment la douanière, qui n’était plus toute jeune, lui avait mis la main aux fesses en le poussant dans le wagon. Comme les autres, l’anecdote m’a bien entendu beaucoup amusé, mais j’ignorais à ce moment-là que le même sort m’attendait quelques minutes plus tard. Elle aussi m’a mis la main… dans le bas du dos pour me pousser. Et je ne peux pas vous cacher que j’aurais largement préféré que ce fût Mademoiselle Kim du restaurant, où l’une des charmantes policières qui réglaient la circulation, qui fit ce geste, l’idée de me faire tripoter les fesses par une douanière nord-coréenne en pré-retraite n’étant guère du genre à réveiller ma libido.
Alors que le train redémarrait, après que l’on nous ait rendu les passeports sans les visas, le chinois me confia qu’il avait dû laisser de côté une bonne partie de sa marchandise, qui suivrait quelques jours plus tard. Je ne veux même pas savoir ce qui a pu se négocier entre lui et les autorités…
Il faisait déjà nuit lorsqu’après environ deux heures et demi d’arrêt, le train traversa le pont qui séparait les deux pays. Tandis que d’un côté on pouvait admirer l’ancien pont, à moitié détruit par un bombardement américain pendant la guerre de Corée, c’est en fait de l’autre côté que se situait le véritable spectacle. Au milieu du fleuve, on avait une vue imprenable sur la Corée du Nord et la Chine : deux villes, deux pays, si différents l’un de l’autre. Alors que seules quelques timides lumières émergeaient de la sinistre Sinuiju, l’autre côté du fleuve était illuminé par des néons et des publicités géantes, sans oublier bien sûr l’éclairage public et le trafic automobile de Dandong, ville pourtant considérée comme pauvre et peu développée selon les standards chinois. Mais jamais des lumières ne nous avaient paru aussi belles. Jamais des publicités pour du matériel électroménager ou des sites internet ne nous avaient semblé tellement porteuses d’espoir. Après cinq jours dans l’obscurité, les premiers phares de voiture, les premiers dot com, les premiers néons nous firent réellement quelque chose au cœur. Je ne peux imaginer ce que pouvait ressentir un coréen voyant ces merveilles pour la première fois, après avoir passé toute sa vie dans ce que je peux maintenant appeler sans hésiter un autre monde. Mais nos amis sportifs étaient totalement impassibles et ne semblaient guère intéressés par ce qui se passait de l’autre côté de la fenêtre.
Mais nous avions encore, nous les européens, au moins deux autres motifs de satisfaction. De retour dans le monde libre, nous allions enfin pouvoir dire à voix haute ce que nous n’avions pas le droit de dire jusque là, sans craindre les reproches et crispations de nos anges gardiens. Mais surtout, nous allions enfin pouvoir manger à notre faim. La nourriture coréenne c’est bon, mais les portions qui nous étaient servies ne pouvaient pas satisfaire mon appétit. Et cette journée de quasi-jeûne m’avait mis dans un état second.
Il ne fallut que moins de dix minutes pour aller de la gare de Sinuiju à celle de Dandong. Deux heures d’arrêt étaient prévues, mais en raison du retard accumulé en DPRK, nous allions passer beaucoup moins de temps à Dandong. Inutile donc de penser sortir du train pour aller faire un tour en ville, et essayer d’acheter les pin’s Kim Il Sung de contrefaçon, dont l’existence nous avait été révélée en Chine. Monsieur Li nous avait assuré que cela était rigoureusement impossible car un tel sacrilège entrainerait de très graves conséquences diplomatiques entre la Chine et la Corée du Nord. Il ignorait réellement tout des réalités du marché chinois. Tout y est copié, et lorsqu’un nouveau produit apparait sur le marché, ou est demandé par ce dernier, il est immédiatement fabriqué puis vendu. Les petits malins qui aiment fabriquer ce genre de gadgets par milliers ou millions se moquent d’ailleurs éperdument des improbables incidents diplomatiques qui pourraient résulter de leurs fantaisies.
Vu le temps qui nous était donc imparti, seule une chose nous intéressait à Dandong : la nourriture. Nous étions réellement affamés, il fallait manger quelque chose. Mais le contrôle des passeports s’éternisa à bord du train. Les policiers chinois de l’immigration étaient certes très sympathiques et souriants, mais ils n’en étaient pas moins inefficaces, et nous ne pouvions que faire les cent pas dans l’étroit couloir du train en essayant de repérer par la fenêtre les éventuels vendeurs de nouilles et de fruits qui arpentent en général les gares chinoises. Après les visages grimaçants en uniforme que nous avions croisées en Corée du Nord, les policiers chinois faisaient figure de joyeux déconneurs et je crois m’être laissé aller à quelques familiarités à leur endroit, alors qu’ils ne voulaient qu’une chose, en finir avec la besogne ingrate du contrôle des passeports.
Et soudain, au bout de trois quarts d’heure, l’heureux événement se produit. On nous rendit nos passeports tamponnés. Nous avions donc le droit de descendre du train et de fouler la terre de Chine. Un quart d’heure nous était alloué pour faire le plein de nourriture. C'est en ces termes que j’ai chaleureusement remercié le policier qui me remit le précieux document: « oh merci, merci infiniment. Nous allons enfin pouvoir manger. Vous savez, là-bas, il n’y a rien à manger, c’est vraiment terrible. » Le policier éclata de rire, de même que tous les chinois des environs. Aucune réaction bien entendu des coréens qui de toute façon étaient trop loin pour entendre et ne parlaient pas chinois. Il m’a été dit que les occidentaux revenant de Pyongyang en avion se laissent également aller à ce genre d’effusions lorsqu’ils passent l’immigration à Pékin, et les policiers chinois approuvent souvent « oui je sais, ce sont des fous là-bas. Des fous furieux. » avec un clin d’œil complice.
Mais j’avais assez parlé comme ça. Il fallait piquer un sprint en direction de l’unique échoppe qui vendait un peu de nourriture sur le quai. Curieusement, les vendeurs ambulants étaient totalement absents. Etant le plus rapide, je suis arrivé le premier devant la vendeuse, une dame d’une cinquantaine d’années à l’accent impossible et qui me regardait avec des yeux tout ronds tandis que je dévalisais ses maigres réserves. Après avoir pu mettre de côté des cacahuètes, des nouilles instantanées, boissons, biscuits et autres friandises, les autres européens arrivèrent à leur tour, de même que quelques chinois. Cette nourriture extrêmement bas de gamme que nous prenons en général soin d’éviter était un véritable eldorado pour nous. Nous aurions dévoré n’importe quoi. Mais tandis que nous nous adonnions à cette frénésie d’achats, un nord-coréen entra à son tour discrètement dans l’échoppe. Il n’acheta rien et se contenta de nous regarder avec des yeux tout ronds, bouche béée. Si c’était effectivement la première fois qu’il quittait son pays, le spectacle de clients agitant des billets de banque pour acheter des fruits et des biscuits devait être tout à fait exceptionnel pour lui. Mais n’ayant pas les précieux indispensables yuans chinois, il ne put malheureusement rien acheter.
De retour dans le train, nous avons commencé à dévorer nos emplettes, non sans avoir bien entendu proposé de les partager avec nos amis sportifs. Ceux-ci déclinèrent poliment l’invitation, car ils avaient prévu tout ce qu’il fallait. Une fois rassasié, j’ai proposé à Kim d’écouter un peu de musique. Il comprit très rapidement comment faire fonctionner les menus déroulants du lecteur MP3 et me demanda si je n’avais pas de musique occidentale. Comme ce n’était bien entendu pas le cas, son choix se porta sur une chanteuse chinoise qui était d’ailleurs arrivée par accident dans mes répertoires, car son style très occidental me déplait beaucoup. Mais c’est sur elle que Kim jeta son dévolu. A tel point qu’il me demanda de lui prêter pour toute la nuit. Je n’ai pas compris ce qu’il expliqua à ses collègues, mais mon petit gadget avait vraiment l’air de beaucoup lui plaire et il voulut le présenter à tout le monde.
N’ayant décidemment rien à faire avant d’aller dormir, je faisais mes cent pas dans le couloir. Monsieur le Vice-Président de la Fédération de Kung-Fu de Corée du Nord s’était entre temps à nouveau bourré la gueule et était retourné s’effondrer dans son compartiment. Il avait laissé la porte entrouverte, et il nous était possible de le voir à plat ventre en train de se faire masser par les membres féminines de l’équipe. Un peu plus tard, un jeune homme, le benjamin, se joignit à cette équipe de massage avant que la porte ne soit brusquement refermée, lorsqu’il s’aperçut que nous l’espionnions. Le communisme dans toute sa splendeur…
Peu de temps après avoir passé la frontière, il était temps de dresser un bilan du voyage. L’espagnol nous avoua qu’il n’était pas l’employé de bureau qu’il nous avait annoncé être, mais qu’il était en fait journaliste pour l’agence espagnole de presse, en mission en Corée du Nord. Les journalistes n’ayant pas le droit d’entrer sur le territoire de la DPRK, il dut donc user de ce stratagème pour se mêler à nous. Sans doute avait-il peur que l’un d’entre nous ne soit un agent double pro-coréen, et ce n’est donc qu’une fois hors de Corée du Nord qu’il nous avoua sa félonie.
Nous avons ensuite interrogé notre « ancien », le hollandais qui avait connu l’Europe de l’Est des années 60, et notamment la Bulgarie et la Roumanie qui à l’époque n’étaient pas les plus joyeux des pays. D’après lui, la Corée du Nord actuelle ressemble beaucoup à ce qu’était l’Europe de l’Est à cette époque. Même degré de propagande et mêmes visages sinistres dans la population. Toutefois, les gigantesques monuments de Pyongyang étaient bel et bien uniques et sans équivalent dans l’Europe de l’Est. Ni d’ailleurs en Chine. Mais s’il fallait comparer la DPRK à quelque chose, ce serait certainement à cette partie la plus pauvre de l’Europe stalinienne, plutôt qu’à la Chine maoiste.
Après une nuit de sommeil plutôt confortable, et après avoir traversé la Mandchourie, c’est dans les faubourgs de Tianjin (grande métropole voisine de Pékin) que je me suis réveillé. Au petit matin, après une toilette que l’état des pièces d’eau ne pouvait rendre que rapide, il était temps de ranger mes affaires, après avoir fauché un magasine gratuit nord-coréen qui trainait dans un coin. Mon dernier souvenir du pays. Kim me rendit mon lecteur MP3 et me proposa de venir le voir à son gymnase la prochaine fois que je passerais à Pyongyang. Savait-il que les visiteurs étrangers n’ont pas le droit d’avoir des amis en Corée et de leur rendre visite ? Il avait décidemment beaucoup d’illusions sur son pays.
Tandis que le train entrait dans Pékin et que le spectacle d’une grande métropole riche et moderne s’offrait à nous, je ne quittais pas Kim du regard. Allait-il enfin regarder par la fenêtre, allait-il s’émerveiller de ce qu’il lui suffisait de tourner la tête pour voir ? Des gratte-ciels de verre, des autoroutes urbaines, des centres commerciaux, des publicités géantes, de belles voitures, des gens habillés à la dernière mode. Tout cela représente pour certains une vision plutôt négative de ce qu’est la modernité, mais lorsque l’on voit cela pour la première fois, j’imagine qu’on doit être plutôt impressionné. Le syndrôme « un indien dans la ville » transposé en Asie du Nord-Est. Mais Kim ne tourna pas la tête et ne vit donc pas tout cela. Il allait garder ses œillères jusqu’au bout.
Une fois en gare de Pékin, il était temps de faire nos adieux aux sportifs, le temps tout de même de poser en photo avec eux. Monsieur le Vice-Président de la Ligue des Alcooliques Communistes de Pyongyang, qui avait à nouveau plus ou moins dessaoulé, refusa toutefois de poser sur la photo, même s’il consentit à me serrer la main lorsque j’ai souhaité bonne chance à son équipe. J’aurais beaucoup aimé aller assister à cette compétition d’arts martiaux, mais elle devait avoir lieu quelques jours plus tard, et je devais être le lendemain matin à Shanghai pour retourner au travail.
Après avoir ensuite dit au revoir aux européens, je suis allé retrouver l’organisateur anglais dans son bureau, pour récupérer mon téléphone portable que je lui avais laissé, en raison de l’interdiction d’en amener en DPRK. Puis j’ai mis le cap vers la Place Tian’anmen en compagnie de l’autre française du groupe. Puisqu’il ne nous avait pas été possible de voir le corps du Soleil de l’Humanité Coréen, je voulais me consoler en voyant au moins le Soleil de l’Humanité Chinois, le Président Mao. Malheureusement il était en réparation à ce moment-là, et je ne pus donc pas lui rendre hommage.
La Place Tian’anmen était noire de monde en cette fin de congés de fête nationale. Les gens parlaient, souriaient, riaient, se prenaient en photo, dépensaient leur argent, faisaient du bruit, mangeaient, grignotaient, crachaient. En d’autres termes, ils étaient heureux. Les plus anciens avaient connu les années sombres. Ils avaient connu l’équivalent de ce qu’endurent encore les coréens du nord. Mais eux avaient pu y échapper par la grâce de l’Histoire. Ayant vu la veille à quoi cela ressemblait, j’ai pour la première fois compris le pourquoi cette débauche de consommation, ce grand bond en avant vers l’inconnu, ce passage trop rapide à l’ère moderne, qui fait de la Chine moderne un pays totalement désorienté et des chinois un peuple à cheval entre un passé archaïque et un futur qui ne leur ressemble pas. Tout était clair désormais. Comment leur reprocher de fuir à grandes ejambées l’horreur stalinienne ? Comment pourrait-on reprocher aux nord-coréens de tenter de rattraper à toute vitesse leur retard si jamais le régime stalinien s’écroulait ? Ce voyage en Corée du Nord s’est avéré être une formidable leçon d’histoire, et c’est d’ailleurs bien dans cette optique que j’y étais allé. Ce saut de trente ans dans le passé m’a effectivement aidé à y voir plus clair dans la Chine du Troisième millénaire.
Et cette Chine ne m’avait jamais paru aussi belle que ce jour-là. Ces milliers de familles découvrant les congés payés, tandis que leurs lointains cousins coréens se morfondent encore dans un univers quasi-concentrationnaire, cela faisait bien sûr chaud au cœur. Comme si je devais rattrapper ces quelques jours de mutisme forcé, j’adressais la parole à tout le monde et m’incrustais sur toutes les photos de famille, au grand bonheur des intéressés qui, eux, avaient le droit de parler aux étrangers.
Pour déjeuner, j’ai retrouvé un ami pékinois journaliste qui m’a emmené dans un délicieux restaurant de canard laqué. Comme s’il fallait enfoncer encore le clou des retrouvailles avec le monde moderne et opulent. Ce journaliste faisait d’ailleurs partie de ces chinois qui ont pu se rendre à Pyongyang sans visa il y a un an. Il avait toutefois lui aussi dissimulé sa qualité, même si les règles sont moins strictes pour les chinois. Il avait vu exactement les mêmes choses que moi, et dans les mêmes conditions. Tandis que nous dégustions le canard, il me demanda si les coréens m’avait parlé de l’accident qu’avait subi la femme du Respecté Leader Kim Jong Il. Celle-ci avait eu pendant mon séjour un grave accident de voiture et s’était retrouvée dans le coma. Non, je l’ignorais. Messieurs Kim et Li ne m’en avaient pas parlé. Cela aurait pourtant pu illustrer leur propos sur les méfaits de l’automobile…
Difficile de se réhabituer à sa vie quotidienne après cinq jours de Corée du Nord. La réacclimatation a dû en fait me prendre deux semaines, deux semaines pendant lesquelles j’avais véritablement la tête ailleurs. Et pendant quelques semaines, les événements allaient vraiment me poursuivre. La Corée du Nord me suivait partout !
Tout a commencé le lendemain de mon retour à Shanghai, pour mon premier jour de travail. En allumant mon ordinateur et en vérifiant les mails qui s’étaient accumulés pendant les vacances, j’ai découvert avec étonnement un mail de cet avocat allemand que j’avais rencontré peu de temps avant mon départ et qui m’avait promis de m’envoyer les coordonnées d'un juriste influent de Pyongyang. Il me les avait en fait envoyées, et dans les temps ! Mais par une extraordinaire malchance et un odieux caprice des nouvelles technologies, ce mail a mis deux jours entiers pour me parvenir. J’étais en fait déjà en Corée du Nord lorsqu’il est arrivé dans ma boîte aux lettres ! C’était extrêmement rageant, mais en même temps je me demande vraiment quelle aurait pu être la réaction de Messieurs Kim et Li si je leur avais demandé d’organiser un tel rendez-vous. A la réflexion, j’aurais sans doute eu extrêmement peu de chances de le rencontrer, même si j’avais eu ses coordonnées.
Le soir même, je me replongeais dans le bain nord-coréen en écoutant les CD que j’avais achetés là-bas. Quelle merveilleuse musique, quel rythme, quelle puissance ! J’ai vraiment été hypnotisé par quelques unes de ces chansons, et c’est d’ailleurs ce que je suis en train d’écouter au moment où je tape ces lignes. Tout ce que j’arrive à comprendre des paroles, c’est « mansé, mansé Kim Jong Il » (Vive, vive Kim Jong Il). C’est peu, mais j’aurais au moins appris quelque chose pendant ce séjour.
A ceux qui me demandaient comment était la Corée du Nord, j’avais deux réponses à fournir. La courte : « c’est tous des malades » et l’autre : « ah la Corée du Nord, les femmes sont belles, on y bouffe bien et ils ont vraiment le sens de la musique ». Tout dépendait de mon humeur et de mon interlocuteur. En général, la deuxième réponse surprend beaucoup !
Au bout de quelques jours, je revoyais mon ami français qui avait fait la même chose que moi un an plus tôt. Je lui ai amené mes livres de propagande pour lui montrer, et nous avons décidé d’aller déjeuner dans un restaurant coréen près du bureau. Dès que nous avons commencé à feuilleter l’album photo de Kim Jong Il, une des serveuses s’est précipitée vers nous et nous a arraché le livre. Tandis qu’elle le collait contre son cœur, elle nous suppliait de lui en faire cadeau. Cette serveuse, comme toutes ses collègues était une chinoise d’ethnie coréenne, originaire de la province frontalière avec la Corée du Nord. Mais elle était avant tout chinoise. Il fut très difficile de lui reprendre le livre, tant elle insistait pour le garder. Elle avait presque la larme à l’œil lorsqu’elle nous expliquait que « ce livre est très important pour moi. Mon sang est coréen, ça me fait quelque chose de voir ça ». Stupéfait, je lui ai alors demandé si elle trouvait beau le Cher Leader Kim Jong Il. « Oui, il est si beau et si intelligent » répondit-elle devant nos airs ahuris. Elle était déjà allée une fois en Corée du Nord, il y a dix ans, ajouta-t-elle. Et lorsque je lui ai demandé si elle préférait la Corée du Nord ou du Sud, c’est sans la moindre hésitation qu’elle répondit préférer celle du Nord. « Ils ont un leader brillant et intelligent » ajouta-t-elle. Rapidement tout le personnel du restaurant se joignit à elle : ils étaient tous contaminés par la propagande nord-coréenne… Bien entendu, j’ai profité de l’occasion pour scander tous mes slogans politiques nord-coréens, ce qu’elles ont eu l’air d’apprécier énormément. J’ai dorénavant mon petit succès à chaque fois que je passe devant ce restaurant !
Quelques jours plus tard encore, j’ai assisté à un ballet nord-coréen en représentation à Shanghai, dans mon théâtre préféré. Je n’avais pas pu assister à un tel spectacle en Corée du Nord, mais ce manque allait enfin être comblé. Hélas, ce ballet n’était pas du tout révolutionnaire. C’était certes très beau, mais uniquement traditionnel. La Révolution coréenne était quasiment absente de leur répertoire, à part une garde rouge dansant au milieu des anges lors de la scène finale (la lutte finale ?) Grand motif de déception : le spectacle était adapté à la sauce chinoise et une chanson sur deux était en fait une chanson chinoise (parfois révolutionnaire) afin de contenter le public. Mais c’était tout de même une belle expérience.
Tandis que je commençais à oublier la Corée du Nord et que j’étais au bureau, l’esprit absorbé par un casse-tête juridique, mon téléphone sonna soudain. Une étrange voix en chinois me posa une question incompréhensible. J’ai d’abord cru que c’était le partenaire chinois d’un de nos clients, dont j’avais déjà repéré le fort accent campagnard, mais ce n’était finalement pas lui. J’ai cru qu’il s’agissait d’une erreur et lui ai demandé avec insistance à qui il voulait parler. « Je voudrais parler à l’avocat De » (ça c’est mon nom chinois). Lorsque je me suis identifié, il me demanda ensuite si j’étais bien allé en Corée du Nord deux semaines plus tôt. Et là j’ai réellement été étonné et suis resté silencieux quelques secondes avant d’acquiescer. « Rappelle-toi, c’est moi, Kim, tu as posé en photo avec moi au Palais des Expositions ». Oh nom de Dieu ! C’était le sosie de Kim Jong Il à qui j’avais effectivement donné ma carte de visite, et qui était le seul coréen que j’ai rencontré maîtrisant le chinois ! Jamais je n’aurais imaginé un seul instant qu’il me contacterait un jour ! Il ajouta alors qu’il m’appelait de Chine. Bon sang, mais que se passait-il ? Avait-il fait défection ? Etait-il un nouveau réfugié coréen parmi tant d’autres ? Non, rien de tout cela, Kim me précisa qu’outre son métier de guide, il était également businessman et se rendait à Dandong environ une fois par mois pour faire de l’import-export. Malheureusement aucun voyage à Shanghai n’était prévu mais je l’ai bien entendu chaudement invité à venir me rendre visite lorsqu’il en aurait l’occasion. En retour, il m’invita aussi à le contacter lorsque je repasserais à Pyongyang, et à lui envoyer tous mes amis qui s’y rendraient. « Je pourrai les emmener au casino » ajouta-t-il. Comme quoi, on peut être communiste et avoir le business dans la peau.
J’aurais certes bien envie de maintenir le contact avec lui, par fax, mais ce ne serait sans doute pas très prudent. Il est à peu près certain qu’un coréen surpris à entretenir une correspondance avec un étranger s’exposerait à des problèmes que je peux deviner. Ne souhaitant pas le mettre dans l’embarras, je m’abstiendrai donc de le contacter. Peut-être viendra-t-il un jour à Shanghai après tout…
Tandis que je grignotais mon sandwich dans le parc pendant la pause déjeuner un peu plus tard, c’est cette fois mon téléphone portable qui sonna. Cette fois, c’était l’irlandais du train qui m’appelait ! Toujours dans le cadre de son périple asiatique, il était de passage à Shanghai, et m’appelait du lobby de ma tour en fait. Nous sommes donc allé prendre un verre ensemble. Il était resté quelques temps à Pékin après la Corée du Nord, et avait donc pu rendre visite aux sportifs coréens à leur hôtel, et lors de la compétition. Il me confirma que les sportifs n’avaient rien visité de la ville et n’avaient pas eu l’occasion de découvrir cet autre monde. Ils ont obtenu la médaille de bronze, derrière la Chine et le Vietnam, et ce résultat eut l’air de beaucoup les décevoir. J’espère qu’ils ne finiront pas en camp de concentration comme cette équipe de football coréenne qui avait laissé passer un but italien lors d’un Mondial des années 60.
Mes cartes postales arrivèrent dans des délais raisonnables tant en France qu’en Chine. Les caramels achetés en DPRK se révélèrent tout juste mangeables, et mes livres impressionnèrent tout le monde.
Je ne pourrais pas dire que je suis nostalgique de ce pays, mais ayant un goût très prononcé pour la bizarrerie et les anachronismes, je ne peux pas cacher que le souvenir de ce pays est encore très présent en moi. Par provocation, il m’est même arrivé de me rendre à des soirées en arborant un pin’s aux couleurs nord-coréennes, ce que d’ailleurs très peu de gens arrivaient à identifier.
Comment de toute façon transmettre l’expérience relatée dans ces 27 épisodes sans la faire lire dans son intégralité ? C’est ce que j’ai essayé de faire, avec un style souvent maladroit, en pêchant fréquemment par la longueur, en donnant une foule de détails sans intérêt, et en omettant d’autres anecdotes qui m’avaient échappé à un moment donné. Je pense toutefois avoir été relativement exhaustif, tant en ce qui concerne ce que j’ai pu voir que ce que j’ai pu ressentir.
Ceux qui ont eu le courage de tout lire, ainsi que les autres sont les bienvenus pour me poser toutes les questions qui leur passeraient par la tête. Et pour les accros, il y a plus de 300 photos sur mon site, elles aussi le plus exhaustives possible.
J'ai tout simplement dévoré ton récit ! Merci d'avoir partagé ce voyage avec nous.
J'ai une question technique : comment fais-tu pour inclure autant de détail ? As-tu pris des notes sur le moment ou bien as-tu écrit ce carnet juste à ton retour ?
Et bien j'ai tout écrit dans les deux ou trois semaines qui ont suivi mon retour, tant que c'était encore frais. D'ailleurs en me relisant hier, je me suis remémoré des anecdotes qui avaient déjà disparu de mes souvenirs.
Je n'ai pas pris de notes pendant mon voyage car ça aurait été suspect (j'aurais ressemblé à un journaliste), et bien évidemment les ordinateurs portables étant interdits, ça n'aurait pu être que des notes manuscrites brouillon.
Je ne rédige en général pas de carnet de voyage, et me contente des photos et des souvenirs impérissables qui restent gravés dans ma mémoire. Mais là, tout détail me paraissait tellement "précieux" que j'ai préféré tout mettre par écrit.
Fini ..... ce voyage en Corée du Nord, et tout bonnement incroyable d'avoir retranscris tout celà de cette manière, et je ne peux m'empêcher d'établir un parralèle entre cette façon d'écrire scrupuleusement toutes ces anecdotes de voyage aussi précisément, et cette débauche dans la caricature de tous ces bâtiments et représentations de l'effigie de ce " Cher Leader Kim Jong Il " ou plus précisément de son cher père ......
Ma foi je suis surpris également par cette attirance par les musiques militaires de ce pays, je ne la comprends d'ailleurs pas mais pourquoi pas ...... et peut être peux tu nous expliquer de ou te vient cette passion .....
Etant français également ..... 😉 comment se fait il que les coréennes du Nord soient si belles, alors que tu dis que celles du Sud ne sont pas vraiment terribles ...... existe il donc différentes ethnies ( est ce le bon terme ? ) au sein de la population coréenne .... ?
Comment se fait il également que des serveuses d'origine nord coréennes, et habitant Shanghai donc bénéficiant de multiples avantages, peuvent elles être aussi enthousiastes à la vue de documents traitant de ce pays ? elles ont pourtant conscience de la différence de niveau de vie ........ ?
J'ai passé deux nuits sur ton voyage et celà m'a beaucoup appris sur ce pays, mais franchement je ne ressens aucun besoin particulier d'aller dans ce pays et la seule chose qu'il m'intéresserait de savoir serait l'état de la population de tigres de Sibérie dont on dit qu'elle est encore substantielle mais sans en connaître exactement le nombre ..... fait elle partie d'une des richesses naturelles de ce pays ou les gens n'ont que faire des beautés naturelles de leur pays ..... ? drôle de question je sais, mais c'est comme les marches militaires .......
Le parallèle entre l'abondance des détails et l'omniprésence de la propagande ne m'était pas venu à l'esprit, mais effectivement il est intéressant. C'est en tout cas un fait que j'ai voulu retranscrire toute cette débauche de propagande - qui est quand même le fil conducteur du voyage - et que par conséquent cette abondance apparait dans le récit.
La musique militaire nord-coréenne? Oui, j'adore! J'en écoute très souvent. J'ai notamment trouvé beaucoup de titres sur le site suivant:
C'est hélas uniquement en coréen, mais on peut les repérer par leurs numéros: j'adore particulièrement la 35, la 89, la 58, et bien sûr la 01 (le chant du Général Kim Il Sung). Mais elles me plaisent quasiment toutes de toute façon. Je regrette de ne pas en comprendre un traitre mot, même si "changun" (général) et les noms des leaders reviennent souvent. Comment ça m'est venu? Par hasard, je suis passionné de chants révolutionnaires chinois (voir mon site) et sur un site chinois, je suis tombé un jour sur quelques éléments nord-coréens qui m'ont tout de suite plu. J'ai donc cherché à approfondir et ai été séduit.
Un dicton dit que les femmes sont belles au nord, et les hommes beaux au sud. Il s'agit pourtant de la même ethnie, mais je ne sais pas, les femmes du nord dégagent vraiment quelque chose de particulier. C'est peut-être leur côté inaccessible qui veut ça. Et peut-être que tout simplement, je n'ai pas rencontré les bonnes personnes au sud.
Les serveuses de Shanghai n'étaient pas d'origine nord-coréenne, mais chinoises d'ethnie coréenne. Les sino-coréens viennent de la province du Jilin, frontalière de la DPRK, et apparemment sont majoritairement pro-nord (cinquante ans de communisme chinois n'y sont sans doute pas pour rien). J'ai eu l'occasion de rediscuter avec le personnel du restaurant mais également avec d'autres sino-coréens, et la plupart respectent la DPRK, qu'ils voient comme leur mère-patrie et ont donc tendance à idéaliser. La fameuse serveuse du restaurant était en tout cas intarrissable, et déteste les sud-coréens (méchants) et les japonais (grimace). Et puis, argument imparable "quand on est malade en DPRK, les hôpitaux sont gratuits, tandis qu'au sud, c'est très cher". Oui certes, mais je pense que la qualité des soins n'est pas non plus équivalente.
Les nord-coréens sont fiers des beautés naturelles de leur pays, et c'est vrai qu'il y a de quoi, il est très beau. Je ne saurais malheureusement te parler des tigres de Sibérie qui me sont autant étrangers que la musique militaire pour toi ne l'est. Je sais par contre que la région frontalière du nord, et notamment le Mont Paektu, est accessible aux touristes étrangers, et il parait que c'est superbe. C'est d'ailleurs je crois le seul "symbole" du pays qui ne soit pas communiste (quoi que, d'après la légende, Kim Jong Il y serait né et son premier sourire aurait provoqué un arc-en-ciel).
J'ai tout lu avec grand intérêt et j'ai souvent ri à l'évocation de scènes décrites avec un humour décapant ! C'est un voyage très étonnant au coeur d'un pays que peu d'entre nous ont visité. Chroniques quotidiennes des journées-marathon sous la double houlette des guides vigilants qui n'ont pratiquement jamais lâché leurs précieux clients.
Beaucoup de passages très drôles, notamment la soirée des "toasts" à répétition, la visite du Musée des cadeaux, le karaoké et l'unique prestation musicale de Shanghaipat, les prosternations obligatoires devant les statues du Grand Homme et un retour en train en compagnie d'une équipe sportive menée par un entraîneur un peu (trop) porté sur la dive bouteille !..
Récit captivant sur le dernier bastion stalinien du monde. Félicitations! Je ne savais pas que ce genre de visite était possible dans ce pays.
J'aimerais connaître les modalités pour se rendre en Corée du Nord, doit-on s'adresser au gouvernement nord-coréen ou via des agences de voyage? Y a t'il des restrictions pour aller en Corée du Nord ou quiconque ayant l'argent peut s'y rendre? Merci.
On peut s'adresser directement aux ambassades nord-coréennes mais je crois que les chances d'avoir un visa sont assez aléatoires. Par agence, comme je l'ai fait, c'est plus facile, en sachant que peu d'agences évidemment proposent ce genre de voyage. Le seul côté exotique, c'est qu'il faut fournir une attestation de son employeur confirmant qu'on fait bien le métier qu'on a déclaré, ceci afin d'éviter que des journalistes ne rentrent incognito (mais ça marche pô, n'importe quel journaliste peut avoir un certificat bidon). Messieurs Kim et Li m'avaient dit qu'ils estimaient à un millier le nombre de touristes étrangers se rendant annuellement là-bas, sans compter bien sûr les chinois qui sont dix fois plus nombreux.
Ca coûte évidemment cher, les guides et hôtels n'étant pas donnés. Si on est seul, il vaut vraiment mieux passer par une agence, sinon c'est hors de prix.
Les américains, sud-coréens et israéliens n'ont pas le droit d'y aller, mais il y a quand même des exceptions de temps en temps.
Je n'ai pas lu mais car c'est trop long j'ai pas le temps en ce moment mais je me reserverai une petite soirée pour tout lire car la corée du nord m'enchante vraiment, il y a un voyage cet ete et je me tate vraiment, il faut envoyer un chèque le 15 février et c'est cela que me fera peut etre loper ce voyage car les sous se font rare.
Je suis en train d'ecouter les musiques que le site que tu as donné et je m'éclate, j'adore les musiques militaires (surtout de l'armée rouge).
Le prix est de 2100 euros tout compris bruxelles-pekin puis 3 jours a pekin libre apres 10 jours en corée du nord et retour, quand penses-tu? Le dernier voyage organisé etait en 2003 par la délégation nord coreene française et belge!
Le prix ne me parait pas exorbitant, meme s'il doit y avoir moyen de s'en sortir pour moins cher en separant le trajet vers Pekin du voyage en dprk a proprement parler.
Je me suis bien amusé à lire ce récit de voyage. Merci de faire résonner ces rencontres et ces découvertes.
Et cet homme de 60 ans qui a grandi à Shangai, vous avez pu retrouver sa trace ?
Aujourd'hui à l'heure du déjeuner, un gros navire marchand nord-coréen circulait sur le fleuve Huangpu à Shanghai. Il avait fière allure le Ryong Gang, en passant devant les façades du Bund. C'est dommage que je n'ai pas eu mon appareil photo avec moi, la photo aurait été sympa et insolite: un gros drapeau nord-coréen avec en toile de fond les symboles du vieux capitalisme shanghaien...
un recit sensationel, un voyage a la decouverte d'un peuple, un tableau fascinant, une sensibilite et une intuition bien francaises, de la perspicacite et un humour irresistible. Merci beaucoup pour ton texte que j'ai lu avec beaucoup d'interet.
La Coree me passione. Je vis aux Etats Unis depuis trop longtemps et mon projet est d'aller vivre en Asie et c'est la Coree qui m'interesse le plus. Je n'ai jamais ete en Asie et c'est au contact de la communaute coreene des etats unis que c'est fait ce rapprochement.
D'accord pour dire que tu n'as pas du rencontrer un echantillon representatif des coreenes du sud, j'en connais un assez grand nombre dont on ne peut oublier la beautee apres les avoir vues ne serait ce qu'une fois. Peut etre aussi en effet que les Coreene du Nord ont de plus cet attrait de l'inaccessible et de ne pas avoir eu a compromettre leur identite historique face a une modernite envahissante basee sur un model occidental.
Avant de te lire, j'ai lu un recit similaire d'un americain. Fabuleuses ses photos du festival Arirang. + de 100000 personnes! Des experiences tres similaires. Notament dans un cirque (un vrai cirque) ou il tente de demarrer (sans reussir) une conversation avec une classe d'ecoliers et leur maitresse.
Here we go with this second travel journal dedicated to the American West! It’s a must when you love it! 😊
We had left off in the charming town of Bisbee, which once thrived thanks to its copper mines. Today, mining is a thing of the past, and the town seems a bit sleepy.
Unfortunately, I didn’t dig deep enough on-site to answer all the questions my observations raised. Guess I’ll have to *dig* into the subject a bit more... no pun intended! 😊
Let’s hop back in the car and head a little further south to check out the esplanade that offers a view—if you can call it that—of the impressive open-pit mine.
Then, it’s off to the Lowell neighborhood.
Preserved almost exactly as it was, this area must’ve been bustling in its heyday. The vintage cars are still around, storefronts and signs look like they’re straight out of another era, and the whole place has a pretty amazing vibe. You’d almost think you were on Route 66!
Here, we’re not just discovering an old neighborhood—it’s a little slice of American history. And, a detail that’s great for my physical health: the area isn’t too spread out.
Lucky me! 😊
I won’t post too many photos here since I think I can turn them into a future photo exhibit. Between these and some shots from Route 66, I should have more than enough material! So, let’s keep a few under wraps... to preserve the surprise. 😊
Hi everyone, I’m Patrick, 67 years old, a seasoned traveler (already 22 trips outside Europe).
In autumn 2025, I took my first 3-week trip to Japan, with stops in Tokyo, Kamakura, Matsumoto, Kamikochi, Takayama, Kanazawa, Kyoto, Nara, Osaka, Koyasan, Tokyo again, and Nikko.
I wanted to go back in May 2026 and explore some lesser-known places to complement my first trip.
Last year, there were four of us traveling together to discover Japan (a fairly classic itinerary). This time, I’ll be traveling solo for part of the trip and with a couple of French friends for the rest.
The weather was gorgeous in May, averaging around 25°C, with two very hot days in Kyoto and only two rainy days.
As usual, I organized everything myself, gathering plenty of information from various sites, including this one.
Transportation:
An ICOCA card is essential.
I got a 5-day Kansai-Hiroshima pass because I took the shinkansen between Hiroshima and Osaka three times, and it paid for itself quickly.
Accommodations:
Mostly through Booking. No issues at all. Average cost was 46 € per night.
Meals:
For breakfast, I alternated between buying food at a konbini to eat in my room or on the train and grabbing something at local cafés.
For lunch and dinner, I tried to vary my meals as much as possible—lots of sashimi, sushi, and ramen.
Okonomiyaki in Osaka and Hiroshima.
Oysters in every form (raw, grilled, fried) in Onomichi and Hiroshima.
A variety of seafood (shrimp, shellfish) in Hiroshima and Matsumoto.
Fish whose names often escaped me, but notably mackerel and eel (unagi).
Tempura and gyoza.
Chicken skewers (yakitori) and one teppanyaki meal.
One omakase meal (9 different dishes).
In the end, not much meat aside from a few yakitori skewers. No splurges on super expensive wagyu or Kobe beef.
Average dinner cost: 4,800 yen, drinks included.
The Itinerary:
Day 1: Departure from Brussels
Day 2: Arrival in Osaka
Day 3: To Himeji, then Kurashiki
Day 4: To Fukuyama, then Tomo no Ura, then Onomichi
Day 5: Cycling the Shimanami Kaido
Day 6: To Takahara, then Hiroshima
Day 7: To Kyoto to attend the Aoi Matsuri parade
Day 8: To Miyajima
Day 9: Hiroshima, then Kyoto
Day 10: Southern Kyoto
Day 11: Northern Kyoto
Day 12: Final day in Kyoto, then to Nagatsugawa
Day 13: Start of the Nakasendo Trail (Magome to Tsumago)
Day 14: Second day of the trail (Kiso Fukushima)
Day 15: Third day of the trail (Narai), then Matsumoto
Day 16: To Mt. Fuji (Kawaguchiko)
Day 17: To Tokyo
Day 18: Excursion to Enoshima and Kamakura
Day 19: Flight home, with a 10-hour layover in Hong Kong
Day 20: Arrival in Brussels
Off to Southern Africa again! This time, the trip wasn’t just about wildlife—it was also about the local cultures and the breathtaking landscapes Mother Nature has to offer. It was an emotional rollercoaster in every way, as you’ll see.
We visited two countries: Zambia, known for its reserves, and Malawi, which is less well-known but absolutely worth a visit. Our flight landed in Lilongwe, Malawi’s capital, where our vehicle was waiting—though with a 3-hour delay. It was a 4x4 without the rooftop tent this time, since we stayed in lodges (prices are very reasonable in Malawi). Just a heads-up: don’t exchange money at the airport or banks—the official rate was 1,750 Malawian kwacha to $1. On the black market, the rate was between 3,000 and 3,500 kwacha, making the cost of living much cheaper.
With that out of the way, our first stop was South Luangwa National Park in Zambia. The first hiccup came at the Malawi-Zambia border: we were missing a document the rental company had forgotten. After some back-and-forth, they sent it via WhatsApp ($20 to get it validated by the police). But things got worse—the car’s chassis number was off by one digit from the registered one. I thought our trip was over before it even started! After what felt like forever, we got through with a "tip" of $200. Total border crossing time: 3 hours, costing nearly $400. We arrived in South Luangwa after dark.
Thankfully, the next day made up for it with an incredible day in the park (check out the photos).
We spent two full days in South Luangwa before heading to Katete for the Kulamba ceremony.
Kulamba is an annual event held at the end of August, celebrating the Chewa people, who live across Zambia, Malawi, and Mozambique. The Chewa king attends, and representatives from neighboring nations bring offerings. Thousands gather for dances, speeches, and a massive market. There are few tourists, making it a truly authentic experience.
After a few days in Zambia, we returned to Malawi (the border crossing this time was smooth—just 45 minutes). Next stop: Lake Malawi.
Lake Malawi covers over 20% of the country and stretches 580 km. It’s home to a family of fish called cichlids, some of which are endemic to the lake. I recommend taking a day trip from Cape Maclear for snorkeling and to watch the fishing eagles swoop down to catch fish.
We hit the road again to visit Liwonde Reserve, where we had a few surprises. The lodge was on the other side of the river that borders the park, and the elephants didn’t seem to care. On the way from reception to our rooms, elephants blocked our path, and one even charged just before the stairs leading to our treehouse-style rooms.
To top it off, monkeys ransacked our rooms, tearing through plastic bags for food. A mixed experience, but no real harm done.
Next up: the mountains, specifically the Mulanje Massif. This is where Malawi’s tea is grown, and it’s also a great spot for day hikes or multi-day treks. The scenery is stunning, though sometimes the mist rolls in and hides it.
After the mountains, we visited another reserve: Majete. The park is growing and now has more wildlife. We saw lions and even caught a fleeting glimpse of a leopard. And of course, the elephants got involved again—this time giving us a real scare.
During the morning game drive with a guide, we stopped to watch a herd of elephants feeding. Everything was fine until, for some reason, a female got spooked—probably for her calf—and positioned herself in front of us on the track. After a few minutes, we thought the elephants would move on, but then a young one started provoking us. The problem? We had females and calves in front of us, but also two large adult males—one behind us and one to the side.
We were trapped, and even our guide looked nervous. After what felt like an eternity (though it was only a few minutes), the herd finally moved on, freeing the track. That afternoon, we did a self-drive safari and—you guessed it—we had zero interest in running into elephants again.
The next day, we headed back to Lilongwe for our flight home. It was a fantastic, varied trip with some intense moments (sometimes *too* intense). Malawi offers amazing opportunities for those who want more than just wildlife reserves.
I’m sharing a little recap of this new 4-week trip to China—nothing fancy, just my experience.
We’re taking advantage of the extended visa exemption to return to China for the 4th time. I loved last summer’s trip so much that I’m a bit worried about being disappointed this year. Plus, I’ve had a few hiccups before this departure: my WeChat account got blocked, and I couldn’t recover it (luckily, Alipay still works fine); I couldn’t verify my 12306 account for weeks; Trip.com failed to book our second train; and I’ve got an injury that’ll slow me down during the trip... Ugh, I hate starting a trip with these kinds of issues. Then, oh surprise! Just before leaving, my 12306 account got verified! Super easy to use from that point on—I could book a few train tickets without fees.
We’re sticking with Free’s e-SIMs, which work great in China.
August 2–3
Anyway, on the morning of August 2nd, we took the RER to CDG. As usual, we couldn’t check in online. It’s always a bit frustrating, especially since we didn’t have any checked luggage. We flew with Air China. We arrived at the check-in counter at 9:50 AM, 2 hours and 40 minutes before the flight. The line for our check-in stretched 300 meters across the airport in both directions. What a joke!! We spent 1 hour and 45 minutes in that line just to reach the counter and get our boarding passes. By then, it was 11:35 AM, and boarding had already started at 11:20 AM. The screens showed a 25-minute walk to our gate—on the other side of the airport, of course—plus we had to go through passport control and security... Long story short, the plane didn’t leave without us 🙂 We boarded among the last passengers, and we took off at 12:30 PM. We’d flown Air China four times before, but this time, it felt *really* low-cost. The check-in chaos, the cramped seats (12 seats per row), no music by artists known outside China, mediocre food, and a boarding area at Beijing Airport with only 10 seats—worthy of Ryanair or EasyJet. And yet, the price was sky-high. Again, D.’s vacation requests were denied outside of July and August, so we’re traveling from August 2nd to 30th. We couldn’t have picked a worse time for inflated prices, and with the situation in Iran, we got hit with a 390 € fuel surcharge. I’ve never paid so much for flights—I felt like I’d bought business class, but nope, far from it!!
We landed in Beijing around 4:15 AM. It was 28°C with thick fog. We drove and drove and drove for 20 minutes, as usual in Beijing. Then we went through a first check, a second check, a third check, and waited for our connecting flight at 6:40 AM. A small Airbus A320, but way more space than in the Boeing 777 from the first flight. We landed in Kunming, Yunnan, around 10:15 AM in the rain.
We headed to the subway. You can’t pay at the machines with Alipay here either, so we set up the transport QR code directly in Alipay to scan at the subway gates. The process is a bit long the first time if you haven’t entered your info before, but once it’s done, it’s *so* much easier! We took Line 6 to the terminus for 6 yuan each.
We’d booked a hotel nearby, on the 16th floor. It’s actually studios on different floors of a huge residential building. The view’s pretty nice from here. We settled in quickly—back to those wooden beds, or rather, mattresses as hard as wood, which we *hadn’t* missed...
Then we went out for our first bowl of noodles of the trip and wandered through the shopping streets of the old town.
It was crowded, and the weather was cool—around 19–20°C. We tried a local specialty: milk skin, thick, dried, then grilled with rose jam. Yeah... we won’t be having that again. The taste and texture of the milk skin... no thanks.
We saw a lot of wild mushroom hotpot too. It’s on our list for later. We also passed through the Jinma and Biji gates, where I played with reflections in puddles. I *love* doing that 🙂
At the end of the day, we headed to a temple advertised as open 24/7 on Amap. Of course, when we got there, it was closed. We’ll go back tomorrow. That was the first of many disappointments with Amap this trip—I hadn’t had that issue on previous visits.
We were exhausted after that sleepless flight. Night was falling, and we decided to grab a quick bite without much appetite. We shared a delicious vegetable fried rice for 12 yuan—we even left half of it. The portions are *huge*.
After a couple of small purchases, we headed back at 9 PM, wiped out, after walking 17 km between the airports and these first steps in Kunming. I expected to see quite a few Western travelers here, but we didn’t spot a single one. Instead, we met lots of curious Chinese people, many of them super friendly and helpful—almost *too* eager, like when they’d run to serve us as fast as possible. It’s a bit much, but it’s great to be back!
"So, my little wanderers, back at the decks? What’s this mystery destination you’ve got in store for us at the start of the year?"
Yes, the schoolyard bell’s ringing again! We’re hitting the road... or rather, the skies! At first glance, our destination might surprise more than a few. First off, simply because I was here exactly twenty years ago, and I don’t usually like retracing my own footsteps. Secondly, because the name of this place screams mass tourism—basically the opposite of what Flo and I look for.
Despite that, in this land of backsheesh, I’d promised myself I’d come back one day to experience it my way. And since Flo told me, during our wanderer chats, that this destination straddling Africa and the Middle East was in her top 2 travel dreams, the stars aligned for this roots-style trip to quickly make it onto our pharaonic festivities program! Unless you’re totally clueless in general knowledge, you’ve probably guessed by now—we’re off to Egypt! Of course, a few classics will be on our itinerary, but above all, we want to soak up a culture that can’t be appreciated in four-star resorts or on a Nile cruise boat. And let’s be clear, these next two weeks won’t be a walk in the park—neither for our two daughters who are joining us, nor for our bodies!
And that’s clear from the get-go: after our first flight, eight hours of trying (and failing) to sleep on Milan airport’s metal seats, our second flight, landing, passport stamps, our Uber ride, and our first Cairo kilometers, we finally drop our exhaustion at the little guesthouse we booked in Giza. Doesn’t all that energy deserve a little reward?
Oh, absolutely! And here it is: a full-on slap in the face for everyone! But just look at this view from our hotel terrace? For 20 € a night for four, even with this incredible view, I figured the room must be pretty shabby, right? Nope... Is the staff rude, then? Nope... Okay, so what’s the catch? You’re gonna tell me breakfast is included too? Well, yes! Honestly, this Egypt trip is off to a great start.
And the rest of the afternoon, spent rubbing shoulders with locals, only confirmed this vibe. After digesting our pyramid view, we dove into the hustle and bustle of our neighborhood with the goal of exchanging money, eating at street stalls, and testing the hospitality of the locals. Ten out of ten!
Eight little sun breads with baba ganoush and falafel? 80 pounds, or 1.5 €. A dozen Middle Eastern pastries? Same! 80 pounds! Two hawawshis, those little pita breads stuffed with meat and spices? 10 pounds each, or about twenty cents! Not to mention all those smiles and free "welcomes" left and right!!!
What a welcome! We end this first day with a sunset over the three sisters of Giza—where we’ll obviously be gawking tomorrow...
Preamble:
Africa was calling to me, so a year ago, with our usual travel companions, we decided to return to the continent we love so much.
Where to go?
Uganda quickly caught our attention—wildlife we’re used to seeing, plus gorillas and the shoebill we missed in Zambia.
We got in touch with Paul, who’s been mentioned several times on the forum back in September, booked our flight tickets, secured the gorilla permits, and by early October, the most important things were done.
We still had plenty of time to hold our "prep meetings" for the final itinerary.
Three days before departure, I sprained my ankle (my weak spot, as you’ll recall from our Colombia trip).
I wasn’t in great spirits, but after a year of waiting, nothing was going to stop me.
We’d see how it goes!
Off we went for our new adventures
After as many weeks as I have fingers on my right hand, we're hitting the road again, fully recovered from our pharaonic adventure. Back in France to drop off our daughters (sorry, girls!), this time it's just the two of us, ready to be welcomed by a new destination. They say it offers one of the richest cultural heritages in the world for those willing to put in the effort. It's the land of the ancient Silk Road, where we'll follow a journey steeped in history and discoveries straight out of *One Thousand and One Nights*. A former Soviet bloc region independent only since 1991, we'll be walking in the footsteps of Genghis Khan, Tamerlane, Alexander the Great, Marco Polo...
Another fun fact about this country: it's strictly forbidden to import porn on your phone. True story. The same goes for painkillers! Unless it's about sodomy—though the two don’t seem connected, that’s just how it is. Don’t ask me why! Anyway, I’m getting off track. Here’s the big question: Where do you think we’ve just landed?... To give you a hint, the locals are known for being incredibly welcoming. No sooner said than done—our first taxi driver, proud to transport French travelers, refused to let us pay for the ride. Great vibes for these two weeks ahead. So, any guesses?
Uzbekistan!!!
So, a new year has begun. It’s time to reconnect with the VF buddies and wish you all my best for 2026—a year I hope is obviously full of travel, since, as I just made up:
"If travel’s good, everything’s good" 😄.
To celebrate, I’m inviting you into my new "travel journal," the one from our latest trip in November 2025, a little two-week adventure.
This time, we headed to The Gambia, a tiny country tucked right in the middle of Senegal, before making our way to Casamance.
The Gambia is English-speaking, Senegal is French-speaking, but the locals? They couldn’t care less—because in this part of the world, they mostly speak Wolof, Fula, Jola, or Mandinka.
Hence the title: Senegambia 😉.
As usual, I’m sharing the live updates I sent to friends and family—super casual, of course.
I know this isn’t the kind of destination that draws crowds, but if you love adventure, laughter, and emotion, it might just be your thing 😊.
Alright, this year, we're heading back to South America!
The initial plan was to retrace the route we imagined in the summer of 2020: a trip to northern Argentina starting from Córdoba.
Unfortunately, the flight to Córdoba no longer exists, and airfares to Javier Milei’s country are both outrageously priced and involve multiple layovers.
So, I tweaked Google Flights every which way and finally found a flight within my budget—departing from Clermont-Ferrand!
Not to Argentina, though...
Our transatlantic flight will cross the snow-capped Andes, landing in Santiago, Chile, with a return from Lima!
In between, two domestic flights and a big road trip loop starting from the coastal city of Arica to explore the treasures of northern Chile.
Our mode of transport: a pseudo 4x4 that won’t take us through sand dunes or devilish tracks but will let us tackle the entire secondary network, including unpaved main roads, while still being insured.
Is the suitcase packed with all-season clothes?
Are the driver’s license and passport ready?
Bank cards and a few euros too?
Off we go for just over 3 weeks of southern wanderings!
--/--
To keep all my esteemed readers on track, here are a few maps outlining the Arica-Arica loop!
1- From Arica to San Pedro de Atacama via Pica and the Salar de Huasco
2- Around San Pedro
3- From San Pedro to Cariquima
4- From Cariquima to Putre
5 - From Putre to Arica
Gas stations in this part of Chile are located in Arica, Iquique, Pozo Almonte, Pica, Calama, and San Pedro de Atacama.
I hope this travel journal might interest some people, but since we were completely self-sufficient (tent, sleeping bag, pot, cooking over a wood fire…) almost every day, I don’t have many hotel addresses or great restaurant tips to share! Sorry!
We used the Maio map at 1:50,000 scale. It’s part of the Boa Vista/Sal/Maio map. Bought on Amazon, but currently unavailable as of the latest news.
The people of Maio are extremely welcoming and warm, and we were always more than well received in the villages where we pitched our tent!
We’re usually big hikers, but since Maio is a beach island (gorgeous ones, at that!), we alternated a few hours of walking in the morning with some relaxation in the afternoon: beach, reading, fishing, resting…
1 euro = 110 escudos
Day 1 (Friday) Transfers by plane: Fogo-Praia-Maio
We opted for the plane to save some time on transfers, as the boat connections between Fogo and Praia take a while, and those between Praia and Maio are almost nonexistent.
You should budget around 40-50 euros per flight per person.
There are 2 flights per week between Praia and Maio—on Tuesdays and Fridays when we were there (January 2016), but currently on Mondays and Fridays.
A bit of a delay leaving Praia, but we arrived on Maio without any problems around 4 PM.
We took an *aluguer* (shared transport, 200 escudos per person) to the center of Vila do Maio, but it’s totally doable on foot with a backpack.
Since it was already a bit late, for this first night, we dropped our bags at Big Game Maio. A standard European-style hotel run by a very nice Italian family. It’s a bit pricey for us (5500 escudos for 2 people with breakfast), but after our 2 weeks in a tent on Fogo, we were happy to find a little comfort. And the breakfast is ultra-generous, with fresh products (cured ham, fruit, cheese, bread) and top quality. The hotel restaurant offers dishes that are a clever mix of Italian and Cape Verdean cuisine. Excellent!
Little tip: We didn’t try it, but Big Game Maio offers big-game fishing trips, diving, and quad rentals.
The hotel is 2 minutes from Vila’s beautiful beach, and we went for a dip at sunset and took a stroll around town. They’re redeveloping the waterfront with pretty sidewalks and light stone walls.
Vila beach
Sunset behind Santiago
Day 2 (Saturday): rest day + fishing
After 2 weeks of hiking and since Vila is such a peaceful place where it’s nice to take your time, we decided to spend an extra day there. We took the path heading south along the coast to reach Ponta Preta beach in 20 minutes. The path isn’t very pretty because there’s quite a bit of construction going on, which prevents you from really walking along the shore. Lots of real estate agencies, especially Italian ones, have taken over the land. But Ponta Preta beach is a stunning black-sand beach where we had the whole place to ourselves. We decided to go fishing from the rocks.
At 1 PM, the sun was blazing, so we headed back to Vila and dried the fish for the following days.
At 6 PM, we went fishing again, but this time at night from the rocks at the end of Vila beach.
8:30 PM: back to shower and eat at the restaurant.
The rocks and sea at Ponta Preta
Day 3 (Sunday): from Vila do Maio to Calheta de Baixo, via Monte Batalha (path 101) Hiking time: 5h
Since there aren’t many “summits” on Maio, we decided to head to Calheta de Baixo but via Monte Batalha. We left at 8:20 AM and somehow made it to Monte Batalha by 11 AM (2h40 of hiking). But the path is really hard to find in the middle of the dry grass and acacia trees. We kind of cut through randomly, aiming for the summit. Even though it’s not very high (around 300 m), the view is amazing—you can see all of Maio at 360°!
Short 30-minute break. The descent through the “forest” of acacias is even worse for finding your way. We oriented ourselves a bit by the sun to find the road connecting Vila to Calheta. We arrived around 1:30 PM at Calheta de Baixo. A very pretty little seaside village with colorful houses. An idyllic beach, a newly renovated square, and super-friendly people. We pitched our tent facing the sea on the terrace of an abandoned house (after asking the locals for permission).
We cooked some of the dried fish we’d caught the day before, along with fresh beans we’d brought from Fogo (and were still carrying!).
At the summit of Monte Batalha
Calheta
Calheta de Baixo
Day 4 (Monday): From Calheta de Baixo to Morrinho on foot. Hiking time: 3h. Then hitching a bus to Cascabulho, and a car to Pedro Vaz.
We left around 9:30 AM heading north (path 201), following the coastline where the beaches just keep coming—each one wilder and more beautiful than the last: Praia de Soca, Calheta Braca, Ponta de Pau Seco, Calhetina. We reached the dunes of Baia de Santana. There’s no real path, so you have to follow the coast, then go around the dunes, and when you spot the 3 coconut trees, head east toward them to find the track leading to Morrinho. Again, we discovered a village with a Wild West vibe, with colorful houses lined up on either side of a paved road. Just enough time to accept a drink offered by a local before jumping onto the passing school bus that took us to Cascabulho. There, we waited for a ride. A political delegation of 10 cars drove right past us without stopping. Luckily, one of the cars had a flat tire and came by 30 minutes later—and that one, thankfully, gave us a lift! They were heading to the inauguration of a water pump in Pedro Vaz. So that’s where we stopped too. After getting permission from the school principal, we pitched our tent in front of the village school… and became the attraction for all the kids who kept us company until nightfall! A woman gave us 2 jugs of water, but with all that company, it was tough to take a peaceful shower!!
Dinner: pasta with beans.
We were woken up by rain during the night and had to rush to bring all our stuff inside the tent!
The beaches just keep coming...
The dunes
The 3 coconut trees, a landmark to find the track
Day 5 (Tuesday): Rest day and fishing at Boca da Ribeira beach
We packed up at 8 AM because the kids had school. We filled the 2 water jugs that the woman lent us and headed down to camp at Boca da Ribeira beach, which is a bit further east of Pedro Vaz. It took less than an hour to get there. This time, we really were alone in the world! We pitched the tent and spent the day fishing, reading, playing, and swimming regularly because the sun was beating down hard!!! We caught a nice fish that we grilled over the fire in the evening. With the crabs and shellfish we gathered, we made a seafood rice! Yum! What a feast!
That night, once the tent was zipped up, we felt something like rain on the tent fabric. I decided to go out and gather our things, and then—shock!!! It wasn’t raindrops we were feeling and hearing, but bugs attracted by the light!! Not just a few bugs—a huge swarm of them!!! Thousands of bugs covering the whole tent, the ropes, slipping into the seams and hems! Everywhere! The blue tent had turned green!!! After that, it was a real struggle to get back inside without letting any in! A real challenge, and there were always 3 or 4 that managed to sneak in anyway. Total war!!!
Boca da Ribeira beach
Day 6 (Wednesday): From Boca da Ribeira to Ribeira Dom João. Hiking time: 3h30
We woke up leisurely and waited for the sun to dry our things, damp from the dew. A man passed by, and we gave him the water jugs we’d borrowed, which saved us a trip back to Pedro Vaz to return them to the woman.
We left around 10 AM. We followed the sea to Alcatraz, then headed toward Pilão Cão. The path runs alongside the small hills on our right, and we passed above Lagoa Cimidor. The terrain is arid, and the path is hard to find among the many goat tracks.
After 3h30 of hiking, we reached Ribeira Dom João with 2 young people we’d met along the way.
Since it was a public holiday in Cape Verde, the kids didn’t have school, and with the principal’s permission, we pitched our tent in the kindergarten. She even kindly opened the school toilets for us. The neighbor gave us the water we needed to wash up and cook. We cooked beef steaks on charcoal. A nice change from fish!! Charcoal is a widespread artisanal product on the island. People almost never cook directly over wood but always with these big chunks of charcoal.
The hills on our right
Ribeira Dom João
Day 7 (Thursday): From Ribeira Dom João to Vila do Maio. Hiking time: 3h30
We woke up at 6:30 AM to clear out of the school by 8 AM. The neighbor made us coffee to save time. It took us 2 hours to reach Barreiro, another Wild West-style town! Since we didn’t want to walk on the road, we took the old track and reached Vila do Maio in 1h30.
Last night before taking the plane back to Praia the next day.
Barreiro
The old track
The church in Vila do Maio
That’s where this trip ends!
Maio is truly a magical island! A remote, isolated place with incredible, wild beaches and villages with a Wild West feel—colorful houses on either side of well-paved, well-maintained, and decorated streets. And the locals are so warm and welcoming.
Even for hikers like us, it was a great discovery, and we were able to alternate hiking and relaxation with great pleasure! Too bad the area around Vila do Maio is being overrun by real estate construction—ongoing, unfinished, abandoned…
And we still haven’t seen everything!
Before setting off for new horizons at the end of this year, it’s time for me to share my trip to Cape Verde this summer 2025.
I particularly love these spontaneous trips, and our stay in Cape Verde is one of those because it was only at the beginning of April that we decided on this getaway, which had been catching our eye for a while, given our love for the mountains.
As always—well, when it’s open—I turned to VF, and I want to immediately thank Marie, aka ptitortue, who helped me a lot in planning this trip through her travel journals and our exchanges!
Because Cape Verde is both small and vast! We decided not to rush from one airport to another, to enjoy the places and the people, but also to relax, since the work backlog from being stuck in May (see my previous travel journal 😅) had to be caught up on in June.
So, 4 islands will be our winners from 06/28 to 07/19:
Santiago first for logistical reasons, as round-trip flights from the capital Praia were the cheapest (650 €/person from Lyon via Lisbon with TAP, still!)
São Vicente, because it’s the gateway to the next one but ultimately more than that...
Santo Antão, pretty much the main goal of the trip since Marie (and the photos) had really sold it to me.
And finally, Sal Island, for some rest—a non-negotiable condition for my other half—and we’ll see that I should’ve listened to Marie...
That said, what a chatterbox I am—buckle up, flight attendants at the doors, off we go on new beautiful escapes! (Thanks to Sophie for the easy loan)
Last note for my eager fan club 😏: yes, there will be alcohol—how could there not be in the land of grogue!
Hi everyone, we're back from a DIY USA road trip we organized from July 31, 2026, to August 26, 2026.
The destination: The Southwest USA, including Texas, Arizona, and New Mexico. Roughly 7,000 kilometers covered.
The car: A Chevrolet Equinox for two, rented through BSP Auto and Avis. Inside, we had 2 suitcases, a travel bag, two carry-on bags, a Walmart cooler, photo gear, and water bottles (a 40-pack).
The route: Dallas DFW, Fort Worth, Houston, Austin, San Antonio, Alpine, El Paso, Tucson, Sedona, Albuquerque, Amarillo, and back to Dallas to finish with a departure from DFW.
The travelers: Two seniors well advanced in years (73 and 75) but still active (nothing too physically demanding—to stay alive and fund our trips), fully independent physically, though a bit less so mentally. Big USA fans, a country where anything is possible. More walkers than hikers, preferring 3-star hotels over roadside motels, Italian restaurants over US food, frequent stops for photos, museums over nothing, naps over forced marches. Not too whiny, just enough to stay French in the land of the "great Satan," as they say.
Not great with languages—street English (but handy), and my Spanish is non-existent except for: "Hola! Una cerveza por favor!" That’s about it. My wife understands everything but refuses to speak.
The cost of the road trip: Around 12,000 €, including AF flights, the car, gas, gifts, visits, and everything else. Well managed, since we’d budgeted 13,500 € initially.
The positive side: A delight, with those endless open roads. Museums to discover. The realization of the Hispanic presence and its important history in this part of America. Lovely locals. Tourists who were more or less friendly. A terrible Texan accent that was hard to understand. Gas stations that were like real stores, with prepared food, alcohol sold in Arizona and New Mexico, and employees who were always up for a laugh!
The negative side: The heat throughout the trip... 43°C in Dallas at the end. Impossible to walk the streets. Lots of homeless people in downtown Dallas. Hotel breakfasts that were always the same. You get used to it.
So, it was positive overall, but the concept is starting to wear us out. We might rethink the DIY road trip model for next time. If the man upstairs grants us more time.
Next up, we’ll wait for the first batch of sorted photos to go through the wringer.
It was winter, a winter with beautiful weather,
A season that only exists in the southwest of America,
I remember very well what I told you that morning
A month ago... A century ago, an eternity ago...
We’ll go... wherever you want, whenever you want...
Well, yeah, back from our adventure in our enchanting American West just a month ago, we’re already taking a bite out of one of its lesser-known competitors. "Flo, if you had to pick just one reason to justify your love for the U.S., what would it be?" The greasy, dripping burgers? No, I don’t think I’m going out on a limb by saying it’d be the wide-open spaces... And that’s exactly what our new quest is taking us to—a land on the other side of the globe where the horizon also seems endless, where silence tastes like salty wind and sand, where freedom is measured in kilometers of desert tracks, where the GPS is mostly there to confirm you’re lost in the middle of nowhere... Add to that magic formula the fact that you’ll see more zebras, giraffes, wildebeest, and elephants than people per square kilometer, and you can imagine us setting foot in Southern Africa for the first time, more precisely at the small airport in Windhoek, capital of... of...? Brush up on your geography, damn it! We’re landing in Namibia!!!
To be honest, Namibian landscapes have been flirting with me for ages. So how did I resist this island of temptation for so long? First, the budget. Let’s just say that for the same amount of effort (and kidneys), the bank lets you choose two other adventures almost anywhere else on the planet. Then there were my girls. Yeah, back then, they were too little to dose up on Malarone, the only malaria remedy at the time... Long story short, ten years later, all the planets have aligned. First, I won the Euromillions! Well, almost... Let’s just say my girls are now old enough... not to take Malarone, but to stop following me on all my adventures! Jackpot! "Flo, how about a little two-person caprice, just the two of us, tackling the Namibian tracks?"
As we landed on the runway, first wow effect: The horizon is immense. It’s flat as can be, incredibly flat... So much flat space! Did I mention it was flat?... Looking into the distance, it feels like your gaze could circle the Earth without hitting a single obstacle—until you end up staring at your own backside. "Oh, what a nice view!" Well, it’s the first time I’ve seen my butt from this angle! Touching moment... Sorry, I’m rambling—must be the exhaustion from the three-flight marathon we just powered through via Ethiopia and South Africa... And yet, no time to philosophize about my anatomy. As usual, we want to rack up our first kilometers to be front and center at dawn tomorrow. After wrapping up the tedious Namibian immigration formalities and meeting the 4x4 that’ll be our companion day and night for the next fifteen days, we’re off! We’re not exactly fresh, but we’re ready to tackle the next five hundred kilometers in night mode, cruise control set due south! Just outside Windhoek, the local wildlife—a jackal—welcomes us with a smile: "Welcome to Namibia!" That’s what it said! Honest... Okay, first endless straight road, first flaming sunset, first corrugated dirt track, first Milky Way with zero light pollution... You get it—it’s definitely the day of firsts... First night camping, too, in the big trunk of our Toyota Fortuner parked by the side of the track... The real adventure, the kind that smells under the arms, can finally begin...
Traveling with just one spare pair of underwear, considering a hot shower a miracle, never staying in the same place too long by sleeping wherever night catches us, taking whatever local, improbable, and rickety transport we can find—this is the DNA of us wanderers. Except this time, the script for our movie is going to be a whole different genre. On paper, the destination doesn’t exactly scream epic adventure: Réunion! And what’s more... we won’t be two, or four, or even ten. We’ll be a solid thirty. All from the same family. Yes, thirty. At this point, it’s not just a trip—it’s a summer camp on the move! Why inflict this on such a peaceful island? Because my brother decided to get married there with his lovely bride. A great idea, you might say... especially when it involves relocating the equivalent of a small Ardennes village 10,000 kilometers from home for three weeks! So who’s stepping up to be the guide and wave the little flag?
So, for an exceptional trip, exceptional stories! Don’t worry, the debates at the supermarket over whether to choose plain chips or roast chicken chips, the beach picnics washed down with ti’ punch, and other rougail sausages to digest by the pool will only make it into the family archives. Here, I’ll stick to the tales of our beautiful escapes, the ones where we explore the wild corners of this little volcanic rock planted in the middle of the Indian Ocean. So where exactly are we headed?
For the first week—the subject of this first installment—we’re taking it easy. We’ll start by rediscovering the coastline, from the Souffleur in Saint-Leu to the Hermitage lagoon, before a little trip to the Cirque de Cilaos and its legendary road with 400 turns, just to get our legs warmed up.
"How about a Christmas market this year, huh? A little romantic weekend getaway...
- Yes! That’d be cool! Strasbourg? Colmar?
- Feels a bit déjà vu, doesn’t it? Plus, slim chance of snow there... And I’d love something a bit more exotic with a touch of originality..."
"Okay, Google, give me the list of the five most beautiful Christmas markets in Europe.
- In fifth place, the Christmas market in Vilnius, the capital of Lithuania.
- Save your breath! Lithuania, here we come!"
We wanted cold, and cold is exactly what we got the moment we set foot in this new, unknown land. As for landscapes, forests and lakes stretch as far as the eye can see across this vast plain, its vegetation scorched by the frost of a winter that’s clearly already well underway here.
Lakes, in fact, set the scene for our first visit to Trakai Castle, whose brick-red towers and walls rise proudly against the azure sky of our first day. Lakes, because this castle was built on an island and is only accessible on foot via a series of walkways spanning half-frozen lake offshoots. I couldn’t have picked a better spot to build my castle! Translation: We’re totally sold! Proof is we spend two hours hiking around the area, alternating between forests, reeds, and cozy houses tastefully decorated for Christmas.
With my girlfriend Christelle, we’ve chosen South Africa for our first trip to Southern Africa, focusing on safaris—after a long debate with a Cape Town/Kruger combo.
But that would’ve meant cutting out St Lucia, which would’ve been harder to fit into another trip.
And St Lucia—thanks to Michel and all those travel journals—we really wanted to go there.
So our 11-night itinerary ended up like this, mostly shaped by school holidays:
- 3 nights in St Lucia
- 1 night in Hluhluwe
- 1 night at Mkhaya Game Reserve (Eswatini)
- 1 night at Hlane Royal National Park (Eswatini)
- 3 nights in Kruger (Berg en Dal / Satara / Tamboti)
- 1 night at Shindzela Tented Camp in the Timbavati private reserve
- 1 final night in Kruger at Lower Sabie
All of this in the off-season and rainy season, just a month after catastrophic floods that killed over 150 people and seriously damaged Kruger’s infrastructure.
I’ll jump straight to St Lucia and skip the loooong journey to get there (with a layover in Frankfurt, landing in Johannesburg, a domestic flight to Durban, and the rest by rental SUV—First Car Rental, perfect, no complaints).
To motivate readers—especially some familiar faces here—I’ll drop in a first photo.
This travel journal is therefore intended solely for my photos, to present a consistent style.
All the shots were taken with a simple Samsung Galaxy smartphone and with whatever was at hand.
All stays combined, I’ve spent the equivalent of three years at most in Thailand, and I’m not a big expert on the country.
However, after many trips, lots of reading on VoyageForum and other sites, and conversations with many locals as well as expats, my view of the country is becoming clearer, though it’s constantly evolving. You never stop discovering and learning.
I guess I wanted to piece together a puzzle, mainly for those who want to get an idea of the country here and for those who miss it.
I don’t know if this minimalist sharing will interest anyone, but it’ll do me good to put it together. After so many months without traveling and then these other long months with VF closed, there’s plenty of material available.
There’ll be a mix of places, periods, and subjects, but it might well be intentional.
I suspect many Thais have dogs because they make excellent guards for the home. Nothing better to deter burglars or to signal the presence of a snake. You’ll often see Thais tapping the top of their dog’s head, but don’t be fooled: it’s a sign of affection from them. Judging by the dogs’ reactions, they’re used to it.
Thailand is one of the countries on the planet where rabies is still present, so keep that in mind. It’s not just bites that can be dangerous, so don’t let just any dog lick you. Especially on a wound, of course.
Even though dogs often fear humans—this dangerous and unpredictable predator—we still need to stay cautious.
Be careful when walking into alleys because the dog will defend its master’s big property, be careful at night, and be careful when they’re in packs.
It sometimes crosses our minds that Thailand isn’t really made for walking around, and dogs are one of the reasons.
That said, it’s not uncommon to see them chasing bikes or scooters. Cars, though, are much rarer—they’re too big.
It seems Thais prefer to give their dogs freedom by not locking them behind gates. Though sometimes the gate is closed, the little side door is wide open. Oh, and sometimes there’s no gate in front of the property, or it’s been broken for years.
You’ll often see dogs sleeping on the side of the road, sometimes right on the road. When you arrive, they move aside nonchalantly—or not at all. It’s less funny when they suddenly appear from thick vegetation, which reminds visitors not to drive too fast. As a result, you’ll notice that dogs with injuries or missing legs aren’t that rare.
Since they believe in reincarnation and respect for all forms of life, they don’t chase dog packs away too much, and they don’t sterilize them enough. Seeing a small pack roaming freely in the countryside, you might think it’s best not to cross paths with them at the edge of a field.
A darker side of this is that euthanasia isn’t often practiced. Twice, we saw dogs at temples on the brink of death, enduring terrible suffering. No one did anything about it. The image (and the smell) of one of them, dying and emitting the stench of death, still comes back to me sometimes.
Some of you may have seen the YouTube vlog of a French woman living in Phuket who was given a little pig by her Thai friends. The well-fed animal quickly became a happy, enormous beast with its own garden. Yet, it didn’t take long for it to fall seriously ill and become incurable. In her video, the French woman described how difficult it was to find a vet willing to perform euthanasia.
You’ll often see bowls by the side of the road. Thais leave food and water in them for stray cats and dogs. Overall, they have a big heart for animals.
If you ever pop into a shopping mall, you might see people pushing their small dogs in strollers. It’s not a gimmick—it’s just that these strollers are provided for customers to put their pets in, otherwise you can’t bring them inside. It looks a bit odd when you expect to see a baby.
When we started looking for a summer destination a few months ago, our first criterion was to avoid extreme heat and heatwaves. We had already been to Norway two years ago and are considering going back in the future for other occasions. So, we had some fun asking ChatGPT which destinations enjoyed a mild climate during the summer without going too far. Among the list provided by the AI were the Canary Islands... The idea of a place we wouldn’t have thought of first, both not too far away and exotic enough, appealed to us: “Hmm, why not?”
This destination had never really attracted me, though Magali was a bit more interested. Five years earlier, COVID had caused a short break in my professional activity, and I had planned a trip because the flight price was attractive, and I was looking for a destination different from what usually appeals to me, more than out of deep interest. From a distance and with a social judgment I acknowledge (it’s not great, but it’s not completely wrong), I had the image of a destination for party-goers enjoying the sun without the slightest interest in local culture, with concrete coastlines and denatured landscapes—everything I detest the most. Still, I had done some quick research on the different islands and spotted Lanzarote for its beautiful volcanic landscapes, hiking trails, beaches, and the impression of a good balance between activity and fewer crowds than Tenerife or Gran Canaria. Then I dropped the idea of going, without ever reconsidering traveling to the Canaries...
Until now! Because we started researching the different islands of the archipelago to see which ones might appeal to us the most. It was La Gomera, the third smallest island of the archipelago, more praised for its hiking trails and preserved nature than for its beaches, away from mass tourism (fifty times fewer tourists than Tenerife) but still a bit more developed than its wild neighbor El Hierro, that caught our attention. Contrary to what might be suggested later, I’m not at all addicted to AI, but I use it from time to time to synthesize quick research or simply for experimentation. Since ChatGPT had started anticipating my tastes lately as if it had become my buddy (often successfully, sometimes off the mark), I asked which Canary Island would suit me best for a trip with my family. The tool answered first with... La Gomera. So, I tested it and teased it a bit to see if this suggestion was well-founded, as the method sometimes makes it contradict itself. But no luck: “You’d appreciate the wild nature of El Hierro, but with family, you’ll find little activity for the kids. You won’t like the touristy vibe of the big islands like Tenerife, Gran Canaria, Lanzarote, and Fuerteventura. You could consider La Palma, but it’s really La Gomera that will suit you best, based on your interests and the criteria given.” So, we dug deeper into our research and were convinced without a shadow of a doubt that this island was the one waiting for us.
Without knowing it, we had Canarians in our circle who revealed their origins when they heard about our travel plans. One from Tenerife insisted we’d be better off choosing Tenerife (obviously...) because it also has preserved spots and that La Gomera, “you can explore it in two or three days, you’ll get bored quickly...” The other, a colleague from Gran Canaria who had never visited La Gomera, still recommended it without hesitation because it turned out her parents had just gone there on vacation: they loved it and had encountered few tourists. She also tended to think this destination was usually the subject of short stays, but according to what her parents told her, taking your time there was also a great idea. However, in our research, the idea that La Gomera is an island you can explore in three or four days max kept coming up. So, we considered combining its visit with La Palma or El Hierro, the other two that caught our eye. But hopping between islands by ferry represents a significant budget for non-Canarians, even more so for a family of four. Then, scrutinizing Google Maps, it seemed obvious that two weeks were too short to discover two islands as they deserve, and that there seemed to be plenty to see in La Gomera, given its very unique culture. After all, we read that some people spend several months a year there, others never even leave... Finally, these landscapes and this atmosphere, which seemed to us a mix of Europe, North Africa, and Latin America, tempted us. So, it would be two weeks in La Gomera, deal!
La Gomera is therefore the second... well, the third smallest island of the Canaries since La Graciosa was recently recognized as a fully inhabited island. It has the shape of a rough circle about 20 to 25 kilometers in diameter and has just over 20,000 inhabitants, half of them in its capital, San Sebastián de la Gomera, the only real town. Like its Canarian sisters, La Gomera is a volcanic formation that rose about 10 million years ago. The island is very mountainous and rugged, covered with red and black rocky landscapes. Geological activity has shaped, between the sprawling massifs that end in steep cliffs in the ocean, six coastal valleys with tropical vegetation that have favored human settlement. They divide the island like slices of a cake; from the north clockwise: the agricultural Vallehermoso, the rustic Agulo, the green, humid, and fertile Hermigua, the sunny capital San Sebastián de la Gomera, the southern and isolated Alajeró-Santiago, and the seaside Valle Gran Rey. They constitute the six municipalities (more like cantons to our French understanding) of the territory.
The large solidified magma massifs that shape the heart of the island have created a large depression more protected from the sun at its center, allowing the growth of a vast laurel forest, today grouped within the Garajonay National Park, La Gomera’s green lung, which has earned it the status of a World Biosphere Reserve. Its completely European appearance contrasts sharply with the rocky and tropical landscapes of the rest of the island. Thus, the climate varies greatly from one point to another on the island: in summer, you can quickly go from a dry and sunny valley at 35°C to a humid forest area at altitude at 18°C.
La Gomera was populated late. As with the rest of the Canaries, human presence is thought to have begun about 2,000 years ago. Groups of animist Berbers, probably fleeing persecution, gradually populated the archipelago, especially the western islands and La Gomera, becoming its small aboriginal population: the Guanches (or later Gomeros). The animist and pastoral civilization of the Guanches thrived until the Spanish takeover in the 15th century, which, after a short period of harmony and mixing with the indigenous people, suddenly ended in bloodshed... La Gomera later became the “Columbus Island” after Christopher Columbus’s stopover, increasing the blending of populations. In the 20th century, many Gomeros emigrated to Cuba and other Latin American countries in search of a better life, bringing back a mix of cultures and traits quite palpable in today’s Gomeran culture. It is, however, in La Gomera that the vestiges of Guanche culture seem to have left the most traces, in the language, gastronomy, social practices... Moreover, most Gomeros, especially in remote villages, have a particular identifiable type and proudly claim their ancestral roots, even making La Gomera a bit exotic in the eyes of other Canarians.
Perhaps that’s why it has never really wanted to develop its tourist infrastructure too much. If we set aside the tourists who visit for the day by bus or boat from Tenerife on a marked itinerary (and whom we ultimately rarely encounter), La Gomera has remained a hidden gem, a destination focused on nature discovery that attracts hikers, nature-loving divers, and scientists for its fauna and flora, and to a lesser extent, beachgoers who don’t seek overly developed coastlines. Tourist activity is therefore limited. Roughly speaking, you’ll find a majority of Spaniards, including a substantial number of residents from other Canary Islands, many Germans who have a particular fondness for La Gomera and spend long stays there or own second homes, to the point that the German cultural footprint is clearly noticeable in some places (it’s said to be Angela Merkel’s favorite holiday spot), and still quite a few French. The presence of other nationalities seemed negligible to us. Most travelers come mainly for hiking, but it’s also a prime spot for whale watching. Additionally, the seaside resorts of La Gomera—San Sebastián, Santiago, and especially Valle Gran Rey—are well-known destinations for hippies, especially German ones, ranging from chic boho hippies to old-school hippies who’ve been there for decades, quite similar to those you’d meet in India in Goa, Rishikesh, or Paharganj. Thus, practices like naturism, vegetarianism, and local organic production are quite well established in some areas.
Some practical info:
- The round-trip flight from Paris to Tenerife cost us 365 € per person (outbound with Transavia, return with EasyJet), including checked luggage and three seats reserved side by side.
- We chose two bases to explore the island: one week in Valle Gran Rey, reputed to be the most pleasant of the three seaside resorts, and one week in Hermigua, more mountainous and close to the natural park. We booked two houses with balconies and views: the first at 120 € per night, the second at 99 €.
- The round-trip ferry between Tenerife and La Gomera cost us 270 € with the company Baleària Canarias, including discounts for children aged 4 and 12, but I don’t have the exact details. It was a bit cheaper than with the other company, Fred Olsen.
- Finally, we rented a car through the agency Cicar for 360 € for 16 days, which comes to 22.50 € per day.
- Apart from that, we didn’t plan anything and decided the day before or even the morning of what we wanted to do. We didn’t invest in any paper guide on the Canaries, as information on La Gomera was scarce, but we used the very comprehensive site La Gomera Travel, a travel guide published by the Canary Islands Tourism Council, a real goldmine of almost exhaustive information on the island.
Alright, off we go for 16 days of adventure discovering La Gomera!
If I close my eyes and think of the Sultanate of Oman, I first smell a light scent of incense, feel the warmth of a sunbeam on my skin, before sand slips through my fingers. I taste the sweetness of a date, a real candy, then the flavor of coffee with a hint of cardamom and rosewater... I hear the desert wind whistling in my ears, the distant call of a muezzin, then the murmur of water. I open my eyes to see smiles, welcoming gestures, a turquoise sea, rocks ranging from ochre to purple, deep wadis where torrents burst forth, orange dunes, white sandy beaches where tiny crabs scurry at full speed. I see incredible oases emerging between arid mountains. I see abandoned villages that I’d dream were full of life, imposing fortresses overlooking valleys, and lively souks where offers are delicate and negotiation is a mutual courtesy.
All that, and so much more.
This is what I tried to capture in my illustrated travel journal, which I’ll fill in here and there with photos.
I drew this journal “cold,” after my return (actually, I made it this summer, while our trip was last winter). It’s a pretty special format—I bought it in Japan without really knowing what I’d do with it. Well, it found its purpose! Below is a photo of this accordion-style journal: here, it’s only partially open, because when fully unfolded, it’s 5 meters long!
For drawing enthusiasts: The accordion format is both a constraint (each sheet is 9 cm x 27 cm) and a freedom (you can create a fresco). The paper is also a bit special: it doesn’t allow for fine lines, but it takes ink well (liner pen). However, everything has to be done almost in one go (with a very light pencil sketch) because it erases poorly. It absorbs too much water for coloring with markers or watercolors (unless you avoid soaking it), but it works well with oil pastels and their use with a brush and solvent. Since it’s yellowish, it allowed me to create contrasts even with white pastel.
On the right, the "welcome marker"—those dates offered everywhere as a sign of hospitality. On the left, a tribute to those stunning doors worn by time, admired all over the old quarters, including the abandoned ones.
Oman is one of the world’s largest producers of frankincense resin. Incense burners are everywhere, from the simplest clay ones to the most precious handcrafted silver ones...
Hospitality will often lead you to accept a small coffee, an "Omani coffee," very light, subtly flavored with cardamom, maybe a touch of saffron, and occasionally rosewater.
Here, I’ve depicted a man in the common everyday attire of Omanis: the dishdasha, mostly white (during the week and daytime; colors are more common in the evening or on Fridays and Saturdays). While you’ll see some men dressed in Western clothes, they’re very few. The white dishdasha is truly the shared attire of all men. The dishdasha, which has no hood, is distinguished by a small pom-pom attached to the collar, the furakha, which is soaked in perfume. And believe me, Omanis go overboard with it! "It smells like the pom-pom" is an expression that’s now part of our shared language, my husband and I.
Another must of men’s attire is the kuma, a small round head covering, usually white with brightly colored patterns. The keffiyeh is also worn (but without the cord called an agal in Arab countries), and it’s mostly worn by those with roots in the desert, from what I understood.
And what about the women, you might ask? Some are veiled, some in full black (but not a burka—more like a chador + abaya), due to the influence of Saudi Arabia and the United Arab Emirates, whereas the traditional outfit used to be a layering of very colorful dresses. Most of the women we saw wore neutral clothing, a plain veil over their hair, but with their faces uncovered. We also saw many saris and colorful veils—don’t forget that 40% of the population consists of Indian, Nepalese, and Bangladeshi immigrants, who work a lot in tourism, hospitality, restaurants, services, and construction.
Just to clarify, as a tourist, there’s no pressure to wear a veil, and never any disapproving looks. Of course, you’ll save the mini shorts, plunging necklines, bare shoulders, and midriffs for the hotel terrace—but I’d say that’s the same for men and women, and with the sun being strong, it’s better for your skin too.
Here’s the introduction! In the next post, I’ll tell you about my itinerary, and we can dive in!
My buddy Christian and I (Patrick) are off for 28 days in Argentina in March.
We’ve already shared several trips as a duo (Bolivia Peru, Namibia, Laos, Costa Rica).
Since we’re starting from the idea that at our age (65) we won’t be coming back here—there are just too many other corners of the world to discover—we did the "grand tour" of Argentina, with 6 domestic flights to make the most of our 28 days.
Here are our stops:
1) Departure from Brussels to Buenos Aires via Madrid
2) Arrival and first contact with Buenos Aires
3) Early morning flight to Ushuaia. Boat trip on the Beagle Channel
4) Ushuaia: hikes in Tierra del Fuego National Park
5) Ushuaia: last hike and flight to El Calafate
6) El Calafate to El Chaltén by bus. First hike
7) El Chaltén: hike
8) El Chaltén: hike
9) El Chaltén: hike and bus back to El Calafate
10) El Calafate: Perito Moreno Glacier
11) Flight to Bariloche. Car rental and surrounding areas
12) Seven Lakes Region
13) Nahuel Huapi National Park region
14) Flight to Salta. Car rental
15) To Tilcara
16) To Humahuaca
17) To Purmamarca
18) To Jujuy via the salt flats
19) To Cafayate
20) Around Cafayate
21) To Cachi
22) Back to Salta
23) Flight to Iguazu
24) Waterfalls on the Argentine side
25) Waterfalls on the Brazilian side and flight to Buenos Aires
26) Buenos Aires
27) Return flight
28) Morning arrival
Happy reading!..
We landed in Victoria Falls, Zimbabwe, and headed straight to Kasane in Botswana to pick up our car.
Our vehicle is a 4x4 because in Zambia, it's practically impossible to use anything else, especially in the national parks. I’ve already had the pleasure of visiting South Luangwa National Park—it’s one of the reasons for this trip, the main one being to travel in Africa with one of my sons.
First stop: Livingstone on the banks of the Zambezi River. Along the way, we discovered a lovely restaurant at Socrates with a super-friendly owner (we’ll actually stop there again on our way back). We spent our first night in the rooftop tent after a stunning sunset, accompanied by the grunting of hippos in the river.
The next day, we set off early, heading to Kafue NP. In fact, we’ll always leave early—waking up between 5:00 and 5:30 AM and hitting the road an hour later. Kafue is a lesser-known park, mostly forested, and the animals are skittish because they’re not used to human presence. We crossed the park from south to north and came across various antelopes. Near Lake Itezhi-Tezhi, there are plains where wildlife is easier to spot.
After Kafue, we headed to South Luangwa. This journey requires stops in Mumbwa and Petauke. Two pleasant stops where we found lodges (a nice change from the rooftop tent) at affordable prices and met welcoming people.
For me, South Luangwa is Zambia’s most beautiful park—the river is stunning, the landscapes are gorgeous, and there’s a wide variety of wildlife, including, of course, big cats. A tip for those, like us, who aren’t with a guide: if you’re staying near the park for several days, don’t hesitate to do a "game drive" to scout out where the animals are so you can return the next day with your own vehicle. Of course, in the dry season, you’ll want to focus on waterholes to see the animals—and you’ll need a bit of luck too. The elephant population is growing, and we were lucky enough to see around sixty elephants crossing the Luangwa at dawn, spread across several groups. South Luangwa is the westernmost point of our trip, and we’re now heading east to Lower Zambezi.
Lower Zambezi is Zambia’s side of Mana Pools on the Zimbabwe side. We took a boat ride on the Zambezi to see elephants, hippos, crocodiles, and a multitude of birds living along the water and on the river’s islands. The sunset there is also magnificent.
To explore the park, we followed the waterways parallel to the Zambezi, mostly on the western side (see our route). Lower Zambezi is the last park we visit, and the final leg of our trip will be Victoria Falls.
Victoria Falls—or Mosi-Oa-Tunya ("The Smoke That Thunders")—are truly impressive, even during the dry season. We saw the falls from both countries: in Zambia for the overall view and the bridge that serves as the border, and in Zimbabwe to get as close as possible to the most spectacular parts of the falls.
This marks the end of our trip, which, despite a blown tire on the road, went off without any major issues. Zambia is a beautiful country that immerses you in wild, still-preserved nature.
The latest travel journal about Turkmenistan dates back to 2019. Here’s a quick update on this vast desert country, which is now a bit easier to visit than before.
This is my first travel journal. If you have any questions, don’t hesitate to ask. The country is slowly opening up, but it’s still possible to visit sites where you’ll be completely alone. In five days, I saw two Hongkongers, a few Germans, and a Chilean at the crater, ten Chinese people in a capital bazaar, and that’s it!
It’s possible to visit Turkmenistan from Uzbekistan. The easiest and most economical way is to take a taxi to the border from Bukhara. The trip takes a little over an hour.
Crossing the border takes quite a while because many Turkmen bring back items bought in Uzbekistan to resell in Turkmenistan. For example, diapers, baby products, or beauty products.
It took me over 2.5 hours to cross the border. To visit Turkmenistan, it’s mandatory to have a guide and go through a travel agency. British agencies often offer three-, five-, or seven-day trips for over 1,500 or 2,000 €.
But if your budget is more limited, you can contact a few Turkmen agencies directly by email, and they’ll make you an offer between 700 and 1,300 € for three to seven days. I took a five-day trip from Turkmenabat in the northeast of the country to Dashoguz in the north. The goal was to visit the main UNESCO-listed sites, including Merv, and archaeological sites like Nisa or Gonur Tepe.
Your guide will also be your driver. They’ll pick you up at the border. The formalities are very long because customs officers have to stamp multiple documents, and obtaining the visa you previously requested from your travel agency requires several checks. But the process goes relatively smoothly, even if each step takes a while.
Once on the other side, the first surprise is the brand-new highway all the way to Turkmenabat. A very long line of trucks stretches for several kilometers on the Turkmen side to cross the border into Uzbekistan. According to my guide, Turkmen trucks transport gas and cotton (though not this season, since the harvest is in September), but they mainly fill up their tanks because fuel is much cheaper in Turkmenistan. A full tank for a car costs about 3 €, which is unbeatable.
From the Farap border post, the goal is to reach the city of Mary, which is home to the UNESCO-listed site of Merv in its suburbs, about thirty kilometers away. This city is known as a foundation by Alexander the Great in the 4th century BC under the name Alexandria of Margiana. Several fortresses are visible.
After more than three hours on the road, we have lunch at a Turkish restaurant called Aladdin. Several quotes from the president are visible along the highway, but the road is in good condition, and we move along easily. This will be by far the best road in the country—things will get much worse later.
Roundabouts are particularly interesting because they feature emblems of Turkmen culture, like the dog, a carpet, the Ahal Teke horse, or Muslim symbols, even though the presence of Islamic artifacts is quite limited.
This time, I landed in Monastir on a direct flight from Nice, again with Tunisair. We left about ten minutes late, and the flight lasted around 1 hour 30 minutes. A meal was served on board (cucumber salad with Edam-like cheese, carrots, and two small portions of dishes I couldn’t identify—semolina with peppers, olives, and parsley, two small rolls, a square of processed cheese, and a chocolate cake). It’s worth noting because it’s not common on flights this short.
In February, France and Tunisia were in the same time zone, but now Tunisia is one hour behind. This time difference and the flight duration work perfectly for a short 15-day trip since it takes me a few days to adjust to jet lag.
Luckily, I’d asked my hotel about the taxi fare from the airport because the drivers (there were several around me) didn’t hesitate to quote outrageous prices. The actual fare is 20 dinars, but one asked for 120 dinars. I refused, and another offered 60 dinars. I replied, "That’s too expensive—I’ll take the metro!" (Having tried the Tunis metro, I had no desire to repeat the experience in Monastir with a suitcase!). I started walking toward the metro, and one of the drivers caught up with me, saying, "20 dinars is fine!" I’ll skip the details, but the negotiation took a little while.
When I arrived at the hotel, I told the receptionist someone had asked for 120 dinars. He put his hands to his head and said, "They’re awful!" He remembered our phone call two days earlier when I’d booked (he’s the one who told me I could take the metro).
The Mezri Hotel isn’t expensive. I got a sea-view room for 75 dinars (22 €). (I’d booked a balcony room for 90 dinars but wouldn’t have had time to enjoy it.) It’s well-located but noisy because there’s no double glazing.
The receptionist is a very kind older gentleman. He called a friend whose wife is from Tozeur to find out if I should take a bus or a *louage* tomorrow and what time.
I arrived at the hotel around 7:00 PM and had time to stroll along the corniche to the ribat. Despite some run-down buildings, the seaside seemed livelier and cheerier than Sousse’s.
Monastir is the hometown of former president Bourguiba. I passed his mausoleum by taxi. There are Tunisian flags along the avenue by the sea because every year on April 6—the anniversary of Habib Bourguiba’s death—the president of the Republic visits the Bourguiba Mausoleum in Monastir to pay respects.
The taxi driver mentioned other Tunisian presidents. He complained about rising prices and insecurity, blaming President Kaïs Saïed (I’d already heard that security was better under Ben Ali).
At the end of my stay, I’ll take time to explore Monastir, but tomorrow morning, I’m off to Tozeur—a long bus ride awaits me.
Here we go!!!
I left home at 4 AM on October 31st and headed to Barcelona. Driving through Barcelona on the ring road stresses me out a bit, but at 6 AM the traffic is smooth, and I arrive at the airport without any issues. I call the valet, who quickly comes to pick up my car. He takes photos of it from all angles before letting me go.
Baggage check-in hasn’t started yet, and there are already several of us waiting.
Once free, everything happens very quickly. The flight to Abu Dhabi is on time and goes smoothly. I’ve never had any problems with this airline, which I’ve been using for several years.
The flight to Bangkok arrives at 7 AM as scheduled. This is my first time in Thailand and Bangkok. I’m used to traveling in India, and I notice that everything here is well organized—the customs process is quick, and the luggage is already on the carousel.
I booked a taxi on Booking. All I have to do is find the right exit and door based on the agency’s instructions. A large sign with the names of people who booked is posted on a wall. A hostess greets me and calls the taxi, which arrives 5 minutes later. I booked one night at the Lost Inn BKK hotel in the Phra Nakhon district, and we arrive at 9 AM. The welcome isn’t warm, and I have to wait until noon, sitting on a chair, before I can check into my room. I’m exhausted, and sleeping sitting up isn’t ideal. Noon finally arrives—the room is small but clean, which is fine for one night. I quickly take a shower to wake up because I plan to spend the afternoon visiting the Grand Palace. First, I need to exchange some money, and the banks are all close together on the same street, which is very convenient. When I enter one, a hostess gives me a ticket and invites me to sit down. There are about twenty counters, and I wait quietly until my number is called. The exchange is quick, so I can head out to find the Royal Palace. It’s actually very easy, and the walk is pleasant.
Entry to the Royal Palace (500 baht).
It’s magnificent and grand, and there are quite a few of us visiting. The sky is gray, it’s very humid, and a shower interrupts the visit. It’s a vast complex of temples and palaces. The buildings are colorful and sparkling, with a great sense of serenity (without the tourists, of course). I quietly enjoy the place and try to take photos without tourists, which isn’t easy.
Very close to the Grand Palace is Wat Pho, one of the oldest Buddhist temples in the capital.
It’s very famous for its 46-meter-long reclining Buddha statue.
Walking around the temple, you can see different representations of Buddha, all covered in gold leaf.
Inside the temple, on one side, monks recite their prayers, while the other side is reserved for tourists who come to meditate in silence.
Before returning to the hotel, I have dinner at an Indian restaurant. I go to bed early because tomorrow’s wake-up call will be very early again.
Saturday, November 2nd
Wake-up at 4 AM, departure from the hotel at 4:30 AM. The taxi I booked via Booking is waiting for me and takes me to the airport. The trip is fairly quick—he takes small roads, and at this hour, there’s no traffic.
The flight to Phnom Penh is on time. Before boarding, I realize I left my fleece jacket on the carousel, but it’s too late to go back for it.
The flight goes well, and customs is quick.
At the exit, I take a tuk-tuk to Julieka’s GH near the museum. The welcome is friendly. I won’t be able to check into my room until noon, so I take the opportunity to exchange some euros on the market street. The street is lined with restaurants, and I’ll have my first meal there.
The museum is right across the street, so I don’t waste any time visiting it.
The representations of Hindu deities are very different from those in India, and I don’t recognize them. Many beautiful Buddhas are on display.
The museum is very pleasant, and there aren’t too many people, which is a plus.
At the exit, I return to the GH, settle into my room—which is decent and clean.
The Royal Palace is 1 km away. I walk along a garden, and at the end of the street is the Tonlé Sap, but I turn right. I arrive at a large esplanade and see the buildings with tiered roofs and glazed tiles. The entrance to the palace is a little further away.
At the entrance, I notice there isn’t the same crowd as at the one in BKK.
Khmer architecture is magnificent. The complex consists of gardens, palaces, pagodas with golden roofs, and slender spires.
The Silver Pagoda houses the small Emerald Buddha, which is actually made of jade. The silver flooring is covered with carpets. Photos are not allowed.
The walls surrounding the pagoda are covered with frescoes depicting scenes from the Ramayana.
My partner and I traveled from Sunday, July 5, 2026, to Wednesday, July 22, 2026.
We spent a long time debating whether to rent a car or use public transportation. In the end, after reading so many posts about travelers getting scammed by police or rental companies—even those recommended by blogs and reviews—we decided to stick with public transport. It worked out really well. Sure, we had a little less freedom to go where we wanted, but it was way less stressful for us.
Sunday, July 5:
Arrived at Cancun Airport. Withdrew cash from the ATM in the terminal just before exiting. The ADO bus counter (they pronounce it "A-Jee-O") is right behind you when you're facing the ATM. Bus to downtown Cancun cost 145 pesos per person.
Stayed at "Rose 5," booked on Booking. The studio was super clean and perfect for one night. The owner’s instructions for accessing the place were very precise, with photos included. Check-in was self-service with a code. The ADO bus terminal isn’t far, and there are shops and restaurants nearby. We really appreciated that the AC was already on when we arrived. By the way, I’d recommend always booking places with AC—it’s *really* hot in Mexico.
Monday, July 6:
Bought a SIM card with data from a TELCEL store. My partner, who’s on Free Mobile, was able to use her regular plan. Just so you know, I found the network pretty unstable. As soon as we left the cities, neither of us—me with TELCEL or her with Free—had any signal.
Another thing to watch out for: roaming charges. I had to turn my SIM back on for less than 30 seconds to get a bank SMS code, and my phone apparently connected to the internet—resulting in an 8-euro roaming fee.
Left on an ADO bus to Chiquila for 278 pesos per person. During our trip, ADO buses were always on time, comfortable, and clean. The AC is *cranked* though, so bring something to cover up with—it gets cold. Some routes were fully booked even in the low season, so try to reserve 1 or 2 days in advance either via the app (when it works) or at the counter.
When we arrived at the ADO terminal in Chiquila, the ferry company counters were right next to it. Ferries leave every 30 minutes, alternating between companies, so no need to book ahead. Just take whichever one is leaving next (330 pesos per person).
When we got to Holbox (pronounced "Hol-bosh"), we’d booked a place via Booking called "Casa de Nana." It was a huge studio with a fridge, cooking plate, and utensils. The best part? The *location*. It was 100 meters from the beach and 200 meters from a Chedraui supermarket. They provided bath towels and beach towels, and the AC worked perfectly. There’s a key box so you can leave your keys inside when you go out. The only downside was that no one was there to let us in when we arrived, so we had to wait a while. The Wi-Fi was good, which was lucky because during our 4-day stay in Holbox, the phone network *never* worked. According to locals, that’s pretty common in Holbox, along with water outages.
Luckily, I’d had the good idea to download an offline map, which helped us find our way back to the place more easily. You can walk there from the dock.
The restaurant next to our place (La Barracuda) was great if you like seafood—I’d recommend their octopus dishes.
Tuesday, July 7:
We did a kayak tour in Holbox’s mangroves at 6 AM. We were looking for a sunrise kayak tour with a French-speaking guide. That’s exactly what we got with "Kayaking Holbox," where Diego, the owner, speaks English and French. He was joined by Gustavo, another guide.
We’d booked for a group tour, but we were the only ones. Diego still went ahead with it instead of canceling due to lack of participants, so we got a private tour at the group rate—really professional of him. They showed us this amazing ecosystem for over 3 hours. We saw all kinds of birds: pink flamingos, pelicans, egrets, frigatebirds... rays, a horseshoe crab, and a little crocodile that was *so* well hidden. Diego and Gustavo have a real eye for spotting animals—I could’ve passed by the crocodile 100 times and never seen it, it blended in so well. Their explanations about the flora and fauna were super interesting. We also got a little break where we tasted mangoes and bananas that taste *nothing* like the ones in France. A real treat—those little Mexican yellow mangoes! I’d definitely recommend Diego and his agency for a French-language kayak tour (1000 pesos per person).
In the evening, we walked to Punta Coco to see the bioluminescence. No need for a guided tour—if you really don’t want to walk, you can take a taxi. At Punta Coco, you have to pass the beach bar/restaurant and then go left into a kind of inlet that forms a lagoon. You have to wiggle your feet or move your hands in the water to create movement, which makes the light appear. Just don’t expect the kind of photos you’ve seen online—they’re all edited! It’s fun to see, but you won’t be dazzled by the light...
Wednesday, July 8:
Whale shark tour with "My Holbox Tours." Why recommend this agency over others for swimming with whale sharks? Simply because Valérie surrounds herself with top professionals to make your experience unforgettable. We were with Captain Fernando, who does everything to position the boat perfectly and make your swim easier. In the water, we were with Humberto, who also goes above and beyond to make sure you have an incredible time. He doesn’t just "supervise" like some guides from other companies who leave you on your own. No, Humberto reads the whale shark’s trajectory and guides you—all you have to do is follow him. He really puts in the effort, even holding your hand to guide you through this quick but intense encounter. Humberto also films the moment and will offer to show you the videos and sell them to you. His footage is really high quality.
Fernando and Humberto also prepared food for us. Special mention for their guacamole! Valérie is there to make sure everything goes smoothly on the boat and to answer your questions in French, English, or Spanish about these animals. If you choose My Holbox Tours, you can be sure you’ll get a top-notch experience.
About the tour itself: before you go, you should know that the sharks can be *really* far away. The day we went, it took 3.5 hours by boat to reach them. The boats are small, and let me tell you—on the way there, when we weren’t going with the waves, it was *rough*. Out of 9 passengers, 4 got seasick. But once you’re face-to-face with the shark, you forget all about that. Even if swimming with a whale shark isn’t exactly a walk in the park—they swim pretty fast, so you need some endurance to keep up. You’ll usually get 2 turns. Our first swim lasted a little over 4 minutes, and the second about 2 minutes because the shark was moving fast and we were still tired from the first swim. It might seem short, but when you’re swimming, it feels *long*. Either way, it’s an experience you *have* to do—but choose your company wisely. On the way back, there’s a stop at Cabo Catoche. Honestly, the snorkeling is pretty disappointing if you’ve done it elsewhere in the world. But the lunch stop at Cabo Catoche is really nice for relaxing (white sand and hammocks).
Thursday, July 9:
Short morning walk to Punta Mosquito at 6 AM. Really nice.
Ferry to Chiquila (330 pesos per person) + ADO bus to Valladolid (300 pesos per person).
In Valladolid, we booked "Casa Lucia" via Booking. The hotel is gorgeous, with a colonial style, and very close to the ADO bus terminal and downtown. It’s super quiet and clean. There’s a shared kitchen you can use with a fridge, microwave, and water dispenser, plus a big table by the pool and a nice indoor terrace. Breakfast was simple but included. The only small downsides were the tiny room and bathroom, no mirror in the room, and a noisy fan.
Friday, July 10:
Not far from the ADO bus terminal is the colectivo station for Chichen Itza. They offer a round-trip to Chichen Itza with an option to stop at Ik Kil cenote on the way back and then drop you off in Valladolid for 370 pesos per person (Ik Kil entrance included).
For the Chichen Itza visit, we’d booked a tour with a guide often mentioned in groups—his name is Juan Pat. He’s a Maya who lives near the site and speaks excellent French. He reserves spots in advance for you and queues up to be the first on-site. It cost 500 pesos per person + entrance fees. His tour lasts 2 hours and focuses mainly on the main pyramid and the ball court. He’s passionate and fascinating, even if some of his claims, as a Maya, might be a little biased. I think it’s *really* important to have a guide—otherwise, you’ll miss so much. You can contact Juan Pat on WhatsApp at +52 985 121 2381.
Afterward, we went to Ik Kil cenote (showers and life jackets mandatory, lockers available). It’s *very* crowded, but still really beautiful with its lush vegetation.
Saturday, July 11:
Since we didn’t have a car but still wanted to visit other cenotes that seemed hard to reach by public transport, we decided to book a taxi for the day. We agreed on 1200 pesos to take us to 3 different cenotes and wait for us at each one. (To find taxis, just look where they park near the ADO bus station.)
He picked us up at Zaci cenote, which we’d walked to. We got there at opening time and were the first ones there—had the place to ourselves for a while! 150 pesos per person. A pretty cenote in the city center with lush vegetation. It’s a bit like Ik Kil but without the deep cylindrical effect.
Cenote Xcanahaltun: the most beautiful cenote we visited. Entry 250 pesos per person. It’s a closed cenote with a hole that lets light in—a cave-like setting. You can kayak inside. There are little fish at the edge that nibble dead skin off your feet. Since it’s closed, the water is *freezing*!
Cenote Palomitas: entry 250 pesos per person. Another stunning closed cenote, even more enclosed than Xcanahaltun. The hole in the ceiling is smaller, so it was pretty dark when we arrived—kind of an eerie vibe. But when the staff turned on the lights, it looked like a "Gothic cathedral" full of bright stalactites.
Cenote Sac Aua: entry 290 pesos per person. The ticket includes a guided cave tour (tip-based). This cenote is really unique with its central island and way less crowded than Suytun. Just so you know, the water is *really* cold in cenotes. In these three, in July, we had the place to ourselves for a while and never saw more than 2 families at once—so peaceful!
Sunday, July 12:
ADO bus to Bacalar (536 pesos per person).
In Bacalar, we stayed via Airbnb with a host named Luli, who offers several rooms with shared bathroom and kitchen.
The room is nicely decorated in a pleasant setting. It’s ideally located near the lagoon and downtown. The shared kitchen is handy. The mosquito net over the bed is useful because there are *a lot* of mosquitoes in Bacalar. Luli provides a water jug, which is really nice. The only big downside is the lack of water pressure in the shower—we had to rinse off by filling a bucket. Also, there’s no real door separating the room from the bathroom. We never met Luli in person, but she was very responsive via messages. The terrace in the middle of the vegetation is lovely.
From the ADO terminal to the place, we took a taxi for 40 pesos. Since this driver was honest about the price (we’d checked beforehand), we decided to use him every time we needed a taxi in Bacalar. Here’s his WhatsApp: +52 983 184 3585.
Monday, July 13:
We did a boat tour on the lagoon with "Bacalar Francophone Activities." Since we were just the two of us, it cost 3500 pesos. If we’d managed to be 4 people, it would’ve been 1000 pesos per person.
We had a private 4-hour tour on the lagoon with Steeve and his very comfortable boat. He’s from Quebec, so his French is perfect. During those 4 hours, Steeve showed us the lagoon’s iconic spots *and* places other boats don’t go. He told us about the lagoon’s history and gave great tips on where to go and where to eat. As a little bonus, he gave us a video taken with his drone during our swimming break.
Tuesday, July 14:
We went to Los Rapidos by taxi (400 pesos round trip) and entry was 225 pesos per person. It’s *very* touristy but really beautiful. You can eat there (expensive), relax, and go down the "rapids" as many times as you want. It’s worth it if you spend a few hours there. You can’t bring in food or drinks—you leave them at the entrance and pick them up on the way out.
Wednesday, July 15:
On Wednesdays, navigation is banned on Bacalar Lagoon, so we’d planned another excursion.
Visit to Calakmul from Bacalar with ABCtours (WhatsApp +52 983 319 8359).
This agency organized a trip from Bacalar to Calakmul with a French-speaking guide. Communication beforehand via WhatsApp was smooth. Mr. Checo, the driver, and Fernando, the guide (who spoke great French), picked us up on the day. Mr. Checo drove very carefully on the long road and always made sure we were comfortable. Fernando is passionate about flora and fauna—he’s a biologist with a degree in ornithology, so he knows *everything* about animals. The slightest sound or song, and he knows what it is. He’s got an eye for spotting them, from the biggest to the smallest.
During the trip, we stopped at km 27 for a short forest walk, then went to see the two main pyramids on the site. On the way back, we stopped at the bat cave for the magical spectacle of millions of bats flying out at dusk. In the end, we saw or glimpsed (some briefly) spider monkeys, howler monkeys, a toucan, 2 tapirs, turkeys, 2 deer, and lots of birds. If, like us, you’re more into flora and fauna than archaeology, I’d *highly* recommend this agency and tour with Fernando.
It’s not cheap, but the road between Bacalar and the site is *long* (3.5 hours). Price: 3900 pesos per person for 2 (3500 for 3, 3200 for 4).
Thursday, July 16:
ADO bus to Playa del Carmen (614 pesos per person).
In Playa del Carmen, we stayed in an Airbnb. The building is on the town hall square, next to the casino.
The best thing about this place is the *location*—super close to Fifth Avenue (La Quinta). The kitchen is pretty basic, but the fridge works well. There are supermarkets nearby. The rooftop pool is really nice. The two big downsides, though, are the soundproofing (you can *hear* the neighbor’s alarm and all the events on the square) and the *total* lack of water pressure in the shower. We had to fill a trash can with water to pour over ourselves. When we told the owner, he said it wasn’t normal and someone would come fix it, but we never heard back. Based on previous reviews, this seems to be a known issue that never gets resolved.
Playa del Carmen is *very* touristy on Fifth Avenue, but in a fun, musical vibe—we never felt unsafe. There are *tons* of little souvenir shops for tourists on this street. There’s a beautiful monumental sculpture on the beach (the two figures meeting in the air), next to which you can see the Voladores show (men climbing a pole, tying themselves with ropes, and descending headfirst while "flying" around the pole). The show is tip-based and happens several times a day. In our opinion, Calle 38 is prettier than Fifth Avenue—it’s lush, green, and quieter, with the sea at the end. Great for an early evening stroll. We had really good meals at great prices at "El Tio Noy" tacos, just a few meters from Fifth Avenue in a side street.
For souvenirs, we’d recommend going to Walmart instead of Fifth Avenue—you’ll find skulls, tequila, mezcal, keychains, mugs, glasses... at good, fixed prices.
Friday, July 17:
We did the excursion to Isla Contoy. Isla Contoy is an uninhabited, highly protected island. Only 200 people are allowed to land per day on a rotating basis, so only a few companies have permission to dock there. Most agencies subcontract the day to a third-party company.
We booked through VRM (Viviendo Riviera Maya), but it was Ocean Tours Mexico that handled the tour. Contoy is a little paradise. We were accompanied by multilingual guides, including French speakers, throughout the day. Steffy gave us info about the island during a short walk on the marked trails, and Leño Tlatemoa kept the mood up on the boat rides with music and dancing. Isla Contoy is *truly* stunning, and the lunch was delicious: grilled fish and chicken, guacamole and tortilla chips, rice, fruit, drinks (everything is brought and taken back by the guides). The snorkeling part was pretty disappointing if you’ve done it in Cozumel, though. The stop at Isla Mujeres isn’t very interesting either—it’s too short to explore, and the island is *extremely* touristy. Still, the excursion was very well organized, and we had a great day (2970 pesos per person).
Saturday, July 18:
We wanted to go snorkeling in Cozumel but thought the prices from French-speaking agencies were too high. Plus, for snorkeling, we figured we didn’t *need* a French-speaking guide.
So we found a much cheaper solution by taking the ferry from Playa del Carmen ourselves and choosing an agency in Playa. The round-trip ferry cost 663.50 pesos per person. Then we took a taxi to the snorkeling boat (100 pesos). The agency we chose is called Mystic Snorkel—they don’t have a physical office. The tour cost 1400 pesos per person. It was a small boat, but that day we were the only ones, so we got a private tour at the group rate. We stopped at 4 different sites, all very different and beautiful. We saw all kinds of fish, corals, a nurse shark, and turtles. El Cielo, with its huge starfish, is *exceptional*. If you’re going snorkeling in the Yucatan Peninsula, this is *the* tour to do—the other sites are pretty "poor" in comparison.
Sunday, July 19:
Morning dive with Triton Diving. I chose the Cozumel dive option. Great experience.
Booking via WhatsApp was easy. On the day of the dive, Selene, who speaks French, was our guide. She’s *very* attentive to the group’s safety. The briefings are clear and precise. In Cozumel, we did 2 very different sites: the first was a drift dive with lots of life—beautiful corals and fish. The second was a wreck, the C53, a 56-meter boat you can enter. Not much marine life, but a beautiful wreck intentionally sunk for divers—still in great condition. An unforgettable moment. Selene even took videos during the dive, which the club sends you for free afterward. I’d *highly* recommend this club.
Just so you know, in Playa del Carmen, the beaches were full of sargassum during our stay, despite barriers and daily cleanup. Locals told us the problem is getting worse and the sargassum is arriving earlier in the season. Tourism has taken a *big* hit this summer, and they’re wondering if tourism can even survive the sargassum season anymore. A lot of tourists are heading to the islands—Isla Mujeres and Cozumel—to enjoy the beaches, as the west side of those islands is sargassum-free.
Monday, July 20:
Colectivo to Puerto Morelos. First, a colectivo toward Cancun that drops you off between Puerto Morelos town and Puerto Morelos beach (40 pesos per person), then another from that junction to the beach (10 pesos per person).
In Puerto Morelos, we’d booked a room via Airbnb at "Piedra del Caribe." *Best* place we stayed in Mexico. It’s an aparthotel. Our room was ready before check-in, so they let us in early. The place matched the description—spacious, with a comfortable king-size bed. The shower had *great* pressure, which isn’t a given in Mexico. The staff was super friendly and welcoming. They let us use the pool, restrooms, and rooftop shower after check-out while we waited for our ride to Cancun Airport. They even kept our luggage. I *highly* recommend this place.
In Puerto Morelos, there was *way* less sargassum than in Playa del Carmen—it was actually swimmable.
We did the snorkeling tour with the fishermen’s cooperative for 450 pesos per person for 2 hours. The reef is close to the beach (you’re not allowed to swim there), so the boat ride is short. It’s not as pretty as Cozumel, but it’s nice and affordable. On Puerto Morelos’s page, you can also access a small, not-very-well-preserved reef. There’s also a cenote in the sea where fresh water mixes with saltwater—the water is murky there. We had a great dinner and excellent cocktails at "La Choza del Puerto."
Tuesday, July 21:
Wandered around Puerto Morelos (check out the church and read everything—it’s entertaining!), relaxed by the hotel pool, and left for Cancun Airport by taxi (400 pesos) booked via InDrive to head back to France.
Our highlights:
- Holbox
- The whale shark tour
- The cenotes
- The local flora and fauna (so present!)
- Isla Contoy
- Cabo Catoche (except for the snorkeling)
What we liked least:
- The bioluminescence (barely visible despite good conditions)
- The food—we found it not very diverse in taquerias
- The constant tipping
- The lack of water pressure in showers (fixed, wall-mounted, no hose or showerhead)
Don’t hesitate to ask if you have any questions while it’s still fresh in our minds.
Here we go—finally, the big day has arrived! A trip the whole family (my two kids, my husband, and me) had been looking forward to for so long.
To keep it short, we left from Nice, arrived in Namibia on June 25, 2025, and left again on the 21st—four weeks later.
We used an agency for all the camping reservations, activities, and the car rental. At least that side of things was taken care of. Michaël was our contact throughout the planning and the trip itself.
We spent our first night at Londiningi BB. A bit out of the city center but very quiet. The rooms were spacious and clean, and we could eat on-site that evening. Perfect for recovering from the flight.
This travel journal is our second on VoyageForum, following last year’s where we recounted our four weeks in Vietnam.
The goal remains the same: since some members on this site share tips, experiences, and great deals that help us prepare for our trips, we do the same after returning—both to give back a little and in the hope that our experiences might be useful to others in some way.
Our route was as follows: Bangkok, Siem Reap, Krabi, Suratthani, Koh Phangan, Koh Tao, Chumphon, Bang Saphan, Prachuab Khiri Khan, Sam Roi Yod, Hua Hin, Phetchaburi, Bangkok.
Beyond rediscovering Bangkok, our objectives were the long-held dream of seeing Angkor and exploring southern Thailand, much of which isn’t overly touristy.
A quick big thank-you to Barbot, who took the time to answer several of our questions.
12/07/2013
The cheapest flight we found earlier this year was a Paris-Bangkok route with a layover in Moscow for 1440 €, total for two people.
So, this time we tried Aeroflot. Airbus A318 for the first leg, A330 for the second. Nothing particularly annoying to report—the passengers were very calm, the cabin temperature was comfortable, and we had enough legroom.
That said, the quality of the meal trays was pretty mediocre, and the flight attendants weren’t exactly comedians.
We’d like to remind everyone that it’s best to exchange as little money as possible at the airport upon arrival, since the rate is about 5% worse than at city banks.
Of course, we made sure to take the airport exit where you can catch official taxis to avoid getting scammed. So, we queued up, a little lady gave us the ticket, and off we went with the driver.
Generally, this system works well because these drivers are registered, know their duties, and the risks they face if they break the rules. Except that day, right off the bat, we got the scammer of the day. His first move was to snatch the ticket from my wife’s hands—the one you’re supposed to keep in case of a complaint. My husband saw it, but after a full day of travel, we were a bit out of it, and honestly, there was no reason to be suspicious. But once we started driving, the guy refused to turn on the meter. We insisted more and more firmly, but nothing. So, I used the famous method of opening the door and starting to step out of the car. At 40 km/h, that scares the driver more than the passenger. He finally turned on the meter, but that didn’t calm him down—quite the opposite. For the next half-hour, he ruined the ride by demanding extra fees here and there. Having dealt with several scam attempts last year in Vietnam, this wasn’t exactly new, and we were proud of ourselves for staying pretty zen. Still, this guy was a little scary—he was completely wired and aggressive. Honestly, it was hard not to think he was on something. He’d be perfect for a *Scarface* remake. When we finally arrived at the hotel, he followed us to the entrance. We paid the two tolls (25 and 45 baht), gave him the usual 100 baht extra for the ride, and stayed polite but firm. So, meter: 245 baht + 100 baht + 25 and 45 baht for tolls—we paid the exact amount, no way we were tipping this guy. He left furious, but he was already like that before picking us up... Anyway, avoid Mr. Chartree Chidchen, number 089 826 7308, car E2663!
We were so relieved to finally settle in at Feung Nakorn Balcony hotel in the temple district. 42 € per night, great reception, all the staff is friendly. The AC works fine, the bed seemed hard at first but turned out to be comfortable. The hotel is quiet, away from the nightlife, but at this time of year, many places are less crowded than in high season. Even with a nice fish pond and outdoor breakfast area, it’s a decent hotel, though we felt we could’ve found something better.
After a night on the plane, the first afternoon is always a bit of a slog. We napped for a few hours, and when we woke up—guess what—we were starving. We visited a temple across from the hotel (nothing special) and then decided to take the Chao Phraya Express, the river shuttle that serves many piers along the river. It was a really enjoyable experience. The steel gangway wobbles when you board and disembark, the boat sits low in the water, and sometimes you get splashed. During peak times, you’re packed in like sardines, but most of all, there’s that exotic urban landscape passing by, especially the temple rooftops.
At that exact moment, the boat was packed. We didn’t see a ticket booth at the pier, and we tried in vain to pay the few baht for the ride. The cashier on the boat was too busy, and another employee we called didn’t have time to help us. Oh well, we weren’t going to force the issue. Still, this mode of transport is super practical for avoiding traffic, and at the piers, the lines with station names are clearly marked, with colors matching the flags on the boats. Combined with a map like the *Routard* guide, it’s easy to navigate.
We easily made it to the restaurant *Harmonique*, located near one of these piers. It’s a unanimous favorite on this forum, and let us tell you—it’s well-deserved. What a wonderful experience that evening! We only saw the outdoor gazebo because there was no way we were dining inside. It’s not flashy, so those looking for a luxurious setting should look elsewhere.
That night, the staff was a bit slow, and we had to track them down several times to move things along. But oh, my friends—what a feast on the plate! Start with the appetizer platter for two at 250 baht, featuring four specialties, each more tempting than the last, followed by their famous crab curry for 200 baht. There’s *so much* crab in there! The dish is so delicious and rich that when you finish, you feel—how to put it—like it was almost *too* good, to the point where you’re almost put off eating for days. And also, oh yes, we *will* be back. Their satay chicken is just as amazing, and it would be a crime not to mention their generous dessert with ice cream, warm banana, and chocolate, plus their *excellent* almond milkshake.
Later, we took a taxi to Kao San Road, mainly to book a Ko Tao-Chumphon trip for 600 baht per person at the Lomprayah counter. In hindsight, we should’ve booked all three of our trips there right away.
Kao San Road is *ultra*-touristy—better for younger crowds, but it’s still worth seeing. There’s rock ‘n’ roll, hippies, and crowds everywhere.
We walked back to the hotel, and when we got a little lost near a canal, a really nice older Thai man spontaneously appeared out of the night to kindly point us in the right direction.
Finally, a real long night of sleep ahead—we cranked up the AC. Sweet, the vacation has begun!
Hi there,
I just got back from a trip to Sri Lanka from December 18th to January 1st with 2 adults and 2 kids (12 years old).
If it helps, here’s my itinerary.
We left on December 18th from Madrid with Qatar Airways. No complaints. I booked my tickets back in March for 800 € per person. (I flew from Madrid because I live near the Spanish border and was too worried about strikes in France.)
We arrived on December 19th at 4 PM (local time). Before leaving France, I’d booked a taxi through MyTransfer for 59 € to Sigiriya. A van was waiting for us at the airport exit.
A never-ending 3-hour drive to Sigiriya. We stayed at Samana Guesthouse—very simple, clean, with a pool and an excellent Sri Lankan breakfast. Shower and straight to bed.
Friday, December 20th: Beautiful weather, but very humid and hot. We visited Lion Rock (36 € for adults) and then Pidurangala.
I loved both sites—they’re a must-do in my opinion.
Spent the late afternoon by the pool.
Saturday, December 21st: Another gorgeous day. The guesthouse manager offered us a free 2-hour tuk-tuk tour. We first visited a lake, rice fields, the temple, and the Sigiriya market, plus the usual tourist trap—the botanical garden (no pressure to buy anything at the end).
Then we took a tuk-tuk to Dambulla Temple, the Golden Buddha, and the wholesale market.
Sunday, December 22nd: Still beautiful weather. I’d booked a taxi for 8 AM. We did all the long trips by taxi to save time. I’d ask for prices from 2 or 3 WhatsApp taxi agencies 2 days or the day before—super responsive, always got replies within 5 minutes. We headed to Ella (4-hour drive) for 22,000 LKR.
Arrived in the afternoon at Rest Full Homestay—a small, family-run guesthouse. Clean, cozy, and an amazing Sri Lankan breakfast.
In the afternoon, we went to Nine Arches Bridge. It was a Sunday, a Sri Lankan holiday, so it was *packed*—mostly locals and very few white tourists! Even though it was crowded, it was cool because it was all Sri Lankans. We waited an hour for the train. It’s worth seeing, but honestly, I didn’t think it was that amazing.
Then we headed to the station to check if we needed to book tickets for the train to Haputale—turns out, no.
Monday, December 23rd: Beautiful weather. We hiked Ella Rock—a gorgeous trek. The final stretch is steep but shaded, so it wasn’t as tough as I’d read. The whole hike is stunning from start to finish. We saw the train pass twice (one blue, one red) and lots of women picking tea.
After that, we did Little Adam’s Peak. It’s not hard, but it was *packed* with tourists—meh. Luckily, at the top, you can walk a bit farther (down one side and back up) to get some space to yourself.
What I *didn’t* like was the commercial vibe at the big café/restaurant with a pool at the entrance of Little Adam’s Peak. Loud music, all that money being made right next to little souvenir stands run by Sri Lankans or tea-picking women. Felt off.
Ended the day buying souvenirs at one of the few shops we found during the trip.
Tuesday, December 24th: Beautiful weather. Took the train to Haputale. We got to the station 30 minutes before the 9:30 AM train. We could’ve taken 2nd or 3rd class—I went with 2nd (160 LKR per person).
It was crowded, but we managed to get seats—first 2, then 3. Only a 1-hour ride, but I *loved* it—windows and doors open the whole time.
Arrived in Haputale around 11 AM, and the mist was already rolling in.
We walked to our guesthouse, The Mist Holiday Bungalow. Simple but clean, with a great view of the tea plantations. The owner’s wife is Vietnamese and used to work for French tour operators, so her French is still pretty good—helpful for us since our English is terrible. They booked us a tuk-tuk for 4:45 AM the next day (2,000 LKR) to Lipton’s Seat.
Spent the afternoon wandering around Haputale. Not much charm, but there’s a nice fruit and veggie market and a short walk through the tea plantations.
Wednesday, December 25th: Beautiful weather. The tuk-tuk was on time to take us to Lipton’s Seat. We were the first ones there—the sky was just starting to turn pink. In the end, only about ten of us watched the sunrise. The guesthouse had packed us breakfast, and we walked back down (half on the road, half through the plantations). Didn’t see any tea picking since it was Christmas, but the walk was still incredible. We took detours through villages full of kids.
After that, we visited the tea factory. The tour was really interesting, and we took the bus back down to Haputale. Such a great moment—whole families were heading to mass, dressed up and made up. All so beautiful.
At noon, we left for Udawalawe National Park. Taxi for 14,000 LKR. Stayed at River Inn Safari Cottage. *Warning*: It’s the same place as Eagle Safari Cottage. I don’t recommend it. We’d always stayed with families before, but here it was just staff—totally different vibe. The pool was nice but not very clean (water was murky). The bungalow was big and fine, but it was brand new—so new the asphalt floor wasn’t fully dry. It’s in the middle of nowhere, so we had to eat on-site. Couldn’t leave a review on Booking because they never confirmed we’d stayed, and they canceled our reservation the next day.
Thursday, December 26th: Beautiful weather. I’d booked a safari through the hotel for 5:30–10 AM for 54 USD. Honestly, yes, there are a lot of jeeps, but it was great. The kids loved it—we saw everything there was to see.
Left by taxi at 11:30 AM for Welligama (12,000 LKR).
We didn’t stay in Welligama city but at Coconut Beach, between Welligama and Midigama. *Total crush* on the guesthouse: Sky Mountain Café with View. Such a lovely family. The mom makes amazing meals at reasonable prices. The view from the hill over the sea is unreal.
Spent the afternoon walking along the beach.
Friday, December 27th: Beautiful weather. My kids are surfers. Unfortunately, there weren’t any boards their size to rent at Coconut, so we took a tuk-tuk to Welligama Bay (1,000 LKR). They surfed from 8 AM to 5 PM—rental was 5,000 LKR for the day. Meanwhile, we walked the beach and swam. Water was 29°C.
Saturday, December 28th: Beautiful weather, rain from 4 PM until midnight. Same surf day. They were so well-behaved the whole trip, so this was their reward.
Sunday, December 29th: Beautiful weather. Beach day at Coconut. *Warning*: It’s a reef break. For surfers, there are three spots (Coconut Left, Middle, and Right). The boys bodysurfed (with fins) all morning, and at 1 PM, we took the bus to Hikkaduwa.
Stayed at Hotel Universal Beach. Nothing special—right on the water, but the rooms were dark even though they were clean. The manager was super nice, but the rest was meh, and breakfast was mediocre compared to what we’d had before (2 eggs and 3 slices of toast). Plus, it was late—8 AM.
First impression of Hikkaduwa wasn’t great—way too many Russians for our taste.
Monday, December 30th: Beautiful weather. Spent the whole day exploring. Turtle Beach, then the other side of the beach (toward Galle) near the fishing port. The beach there is much wider, with scattered hotels and super quiet. It’s beautiful—I should’ve booked somewhere in that area. Ended up having a great day away from the crowds.
Tuesday, December 31st: Overcast, then beautiful, rain at 4 PM. Had to end the year (and the trip) with some surf. Rented boards for the kids (3,000 LKR per board for the day). Bad luck—the waves were on a reef break but small. Not great for them, but no big deal. They still got out of the water by 2 PM. Walked the beach (which is gorgeous), had a juice, and went for a swim. Then back to surfing in the rain at 4 PM.
Wednesday, January 1st: Left by taxi at 5 AM (18,000 LKR). Flight at 10 AM. Arrived in Madrid at 8 PM.
I could have titled my travel journal like Carmen: "Some trips are born twice." Indeed, we had considered this destination back in February 2020. However, an honest tour operator advised us against traveling at that time due to the climate. So, we gave up and opted for Guatemala instead (see "On the Mayan Lands" on this site).
So, why this title? When I was in primary school, over 65 years ago, the illustrations in my history books (Machu Picchu) and geography books (Lake Titicaca) made me dream, and those images stayed in my mind. It took until 2026 to finally make this dream come true!
We prepared our trip with Tout Pérou, a French-speaking "agency." Everything was handled via email and WhatsApp exchanges with our contact: Laurent, who was both competent, friendly, and full of good advice.
For 200 €, Tout Pérou provided us with drivers and guides whenever we wanted, helped us buy our domestic flights (cheaper when purchased in Peru), booked shuttles between airports and hotels, and got us a discount on the train ride to Aguas Calientes, as well as on the buses between Chivay and Puno and between Puno and Cusco. In short, Laurent took care of all the logistics and the Machu Picchu tickets. It was up to us to book our hotels. Tout Pérou provided a list, but we weren’t obliged to follow it. Another advantage of the package: we didn’t have to pay in advance; we paid the service providers directly day by day.
We didn’t meet Laurent in person because he was on vacation in Europe. Before his departure, he gave us a briefing, provided a summary table with the entire program, the service providers, their phone numbers, their fees, the schedules, and gave us plenty of advice (money, exchange, safety, etc.). After returning at the end of our stay, he kept checking in on us.
Lastly, we had also gathered information from Arnaud Lagadec, who runs a hotel in Cusco and offers tours of the region. He gave us a lot of useful information. Another contact: Thomas Montaigne, very friendly, who runs an agency in Arequipa (Agence Pérou Exclusif).
Day 1 – Paris to Lima
Foreword
I’ll share our trip without any pretension—I don’t have the talent of some contributors on this forum—and I’ll illustrate it with a few photos (taken with an ordinary smartphone). My comments are personal and only reflect my own views. So, please be kind! Feel free to comment on my story as you like, but let’s avoid pointless debates.
Even though we live in the south of the Paris region, true to our habits when the flight is in the morning, we chose to spend the night before our departure in a hotel near CDG and parked our car in a parking lot in Garches. This way, we avoid the stress that often comes with traveling around Paris (accidents, roadworks, traffic jams, etc.).
Check-in and border control went smoothly on that Sunday morning. Our Air France flight was uneventful. In Lima, border control took a particularly long time, and for the first time, we didn’t get an entry visa stamped in our passports.
As planned, a driver took us to the Miraflores district, where our hotel was located. We were surprised by the numerous signs about possible tsunamis, having forgotten that Peru is prone to such events and regularly experiences earthquakes. We’d see the consequences of these during our journey.
Exhausted from the early wake-up, the 13-hour flight, and the 7-hour time difference, we had dinner at the hotel before a restful night.
Note that this day was Peru’s presidential election day. As a result, we weren’t served beer—the sale of alcohol was banned that Sunday.
We did the Langtang trek (hike) from September 10th to 17th, with the first and last days being the trip from Kathmandu and back—so 6 days of actual walking. It’s a fairly well-known trek but certainly not as famous or crowded as those in the Annapurna or Everest regions, which is why we chose it.
In theory, it’s mandatory to have a guide for this trek. In reality, it seems there are ways to bypass the regulations: we met at least two people hiking without a guide—a South Korean, a New Zealander, and possibly also a couple of English women and an American couple, though we’re not sure if they had a guide.
The agency we booked with had told us it was an affordable trek for relatively older people in good shape—which is our case (I’m 72 myself). I have to say upfront that we found it quite challenging, maybe because we didn’t have good weather—it was the end of the monsoon season. To be clear, no matter your fitness level, I’d say doing this trek in the middle of the monsoon season would be suicidal.
Day 1 – Journey from Kathmandu to Syapru Besi
On Monday, September 8th, there had been violent protests in Kathmandu against the government, which had, among other things, blocked access to social media and been accused of nepotism and corruption. There were 19 deaths. The situation was very tense on the day of our departure, Wednesday the 10th. The agency warned us that public transport was very unreliable. So, we decided to take a jeep, at an additional cost of $100 ($160 minus what was already budgeted for the bus).
We left a little before 7 a.m. and it took us a good hour just to reach the outskirts of Kathmandu. Along the way, we saw several houses and vehicles set on fire by protesters.
The road to Syapru Besi is only 120 km, but it’s frankly awful. It’s always narrow, winds through endless mountains, and the shoulders range from bad to confusing to nonexistent. Several sections are just dirt tracks. We didn’t regret opting for the jeep, as we could stop several times at our convenience—if only to let Y (my Thai partner) throw up everything she had. She’d taken her usual motion sickness medication, but the constant turns, accelerations, and braking eventually made her terribly carsick.
In Nuwakot, we stopped for breakfast at a nice little restaurant, Jimbu. It was around 8:30 a.m., and we’d barely covered 60 km. The restaurant has a lovely garden overlooking the Trishuli Ganga, the river flowing down from Syapru Besi. First photo: the river in the bottom right corner, mist and clouds over the mountain on the other side.
An hour later, my second photo: the hills along the Trishuli Ganga. You can see the different crops—lush green rice paddies in the lower right and corn, already yellowed and likely harvested, in the foreground on the left. And of course, the mist and clouds through which you can glimpse the mountain on the other side of the river.