South Asia (Indian subcontinent) · Inde
FR

Many threads here are in French, the community’s main language. English translations are added over time.

SU
Sunshine15 17 years ago · Loursin
Escale de sept heures à Delhi: faire une visite de la ville?
Bonjour à tous!

Je pars bien bientôt en Inde, dans le sud plus précisément, avec une escale à Delhi, l'objet de mon sujet. Nous resterons 7h à Delhi avant de reprendre l'avion pour Chennai, et je me demandais s'il était faisable de faire au moins une visite de la ville (le tombeau de Hayuman notamment), ou s'il valait mieux rester les 7 heures durant à l'aéroport, pour être sûre de ne pas manquer le vol!

Merci d'avance, et bon dimanche à tous🙂
Open
YK
Yksis 17 years ago · Tigrecobra
Téléphoner vers l'Inde au tarif local
La plupart des opérateurs ont revu leur tarif à la hausse (exit reductel coucoutel, telerabais, teleplanete…) et sont passé à 0, 09 ct/min. Le seul que j'ai trouvé en tarif local vers l'Inde (fixe et mobile) c'est ristournetel http://www.ristournetel.fr/rates.php

pour que ça vous aide à préparer vos vacances et avec une pensée pour tous ceux/toutes celles qui ont un ou une amie là-bas.
Open
NI
Nicopit 17 years ago · Elconcombre
Inde: Pahar Ganj devenu dangereux ou pas?
Bonjour à tous !

Je part le 7 février pour mon premier trip en inde (delhi-agra-mumbai-goa) ! Après lecture des différentes recommandations sur le forum ! j'ai resa dans un tit hotel de pahar ganj (j'arrive à 4 h du mat à delhi).

Seulement en m'égarant sur le site diplomatie.gouv (site du ministère des affaires étrangères) voilà ce que j'y trouve:

" Éviter les réservations de chambres dans les petits hôtels déclarés ou non de Paharganj et Nabi Karim, quartiers centraux de New Delhi, devenus dangereux (criminalité, drogue)."

Est ce représentatif de la réalité ??? ou est-ce complètement exagéré ? y'a t-il une recrudescence d'actes "chauds" dans ce quartier ? Mieux vaut-il crécher dans un autre quartier plus "calme" et se rendre à pahar ganj en journée ?

Je m'adresse plutôt à ceux qui y sont actuellement ou qui y sont allé très récemment...

Pour info, on sera deux mecs de 25 ans ...

Merci à vous
Open
CA
Carmenandern 17 years ago · Snowflakes
Extension de huit jours en Thaïlande: agence sérieuse sur Delhi?
Bonjour a tous.... Nous partons du 2 sept au 25 a 2 et souhaiterions faire 1 extension en Thailande (8 jours), notre question:Vaut-il mieux réserver de Delhi ou de France sur le Net et quel site?avez vous des infos...des bons plans et en Inde 1 agence sérieuse sur Delhi pour cette ballade(Avion et hotels)merci pour votre coup de pouce, Amis internautes du Forum.Merci
Open
DE
Deglisy 17 years ago · Ginette11
Recherche guide + chauffeur en Inde du Nord
Bonjour,

je voudrais partir 3semaines et je recherche un guide+chauffeur+hebergement tout compris pour faire l'inde du nord, et les tarifs

merci de vos réponses,

Cordialement
Open
MA
Manacara 17 years ago · Kailash35
Trains IRCTC en Inde: sièges côte à côte ou pas?
Bonsoir à tous,

Je viens de boucler ma premiere résa sur irctc... 😉 Après qqes difficultés, j'ai le e-ticket, avec les statuts confirmés. (j'ai booké pour deux personnes) Une petite question cependant : Voici nos statuts : Personne 1 : Confirm/A1/0028/UB Personne 2 : Confirm/A1/0025/LB

Si je comprends bien, on sera dans les wagons 28 et 25. Donc pas ensemble? Si oui, est ce que il y a moyen de changer et davoir des couchettes dans la meme "cabine" (on a réservé en 2A), ou est ce quil faut magouiller un peu sur le quai de la gare?

D'autre part, question pour les habitués : est ce qu'il vaut mieux prendre les couchettes du haut ou les couchettes du bas?

Merci de vos renseignements!
Open
CA
Cameroun 17 years ago · Lepiaf
Intérêt de Goa?
bonjour,

Nous comptons nous rendre en Inde à Pâques.

Mais pour une fois, nous optons pour un voyage reposant.

Alors on pense à Goa. La dernière fois que je m'y suis rendue c'était il y a 20 ans...

Est-ce que cette partie de l'Inde en vaut encore la peine ? Il y a-t-il encore des coins préservés du tourisme de masse ? Je vois plutôt une location d'une charmante petite maison dans la campagne, à l'intérieur des terres. Où on pourrait lire, suivre un cours de théâtre, de peinture, de cuisine.... Connaissez-vous des adresses ?

Enfin, reste-t-il encore un bout de plage préservé ? Je pense à Panolem par exemple ?

J'ai un peu peur d'être déçue. Mais nous avons vraiment envie de retourner en Inde, les enfants nous scient les côtes tous les jours ...mais bon mon mari ne peut se permettre des pirouettes pour le moment, santé oblige.

merci pour vos conseils.

Marie
Open
IS
Ishvara 17 years ago · Sylphora
Inde: prix des transports, repas et hébergements
Bonjour,

Après plusieurs recherche un peu partout, voici ce que j'en conclu pour un minimum :

* Pour le train = 1 rps par kms en "general class" (classe populaire) * Pour le bus = 0.50 rps par kms * Pour le ricksaw = 10 rps + 5 rps par km * Pour une chambre double (2 personnes) = 100 rps (pour quelque chose de tres simple) * Pour 1 repas = 50 rps

Qu'en pensez vous ?

Si vous avez d'autres informations n'hésitez pas à les ajouter !

Amicalement,
Open
MY
Myrtleford 17 years ago · Nalesnik
Portable en Inde?
Bonjour a tous, Nous partons a deux et je souheterai savoir si je peux emmener mon portable et adapter 1 carte Sim et ou en acheter sur place?qui a déja essayé, compliqué?facile ou impossible!!!merci pour vos réponses.
Open
LA
Ladyzepelin 17 years ago · Nalesnik
Entrer au Ladakh par la Chine?
Bonjour,

Je cherche a rejoinde le Bangladesh ou le Nepal par voie terrestre, a partir du Vietnam ou du Laos. Seulement la Birmanie separe le Laos du Bangladesh et on ne peut entrer en Birmanie que par avion. Est-ce une bonne idee si je decide de penetrer en Chine et de traverser l'Est du pays afin de rentrer a Ladakh, pour acceder au Bangladesh ? Connaissez-vous d'autres moyens, eventuellement ?

Merci de vos reponses 🙂 Amitie
Open
AL
Albalb 17 years ago · Badmarsh
Métro de Kolkata (Calcutta)
La dernière fois que j'ai été à Kolkota, on prévoyait de prolonger la ligne de métro jusqu'à l'aéroport international. Les travaux sont-il déja finis ? Alain
Open
HA
Hakinoda 17 years ago
Choix d'hôtels à Vârânasî
Salut à toutes/tous! Serai à Varanasi avec Myriam de VF du 10/11 au 13/11. Qui connaît et est allé dans les hôtels suivants: Hôtel Divya et Hôtel Ganges View? Ils sont tous les deux près de l' Assi Ghat et je les ai , trouvés ds Lonely PLanet mais votre avis m' intéresse( prix? possibilités réserver par Net, rapport qualité/prix, bref.....................). D' avance un grand merci à tous et Si vous êtes là bas en même temps que nous on peut se voir!!!Et manger un dhal!!! Merci A plus Susheela
Open
LA
Laurami 17 years ago · Ragamuffin
Taxi ou bus de Bundi à Kota?
Hello, Quelqu'un peut-il me dire comment aller prendre le train à Kota quand je serai à Bundi? Bus ou Taxi ? je crois que les 2 villes sont distantes de 40 km. Merci
Open
RO
Rootsartz 17 years ago · Badmarsh
Se promener à scooter en Inde et faire une traversée avec des mules au Zanskar?
Salut a tous les vagabonds !!!! Après plusieurs voyages dans la bulle indienne, a pied, en bus , a pédale ou a vapeur (chassant de cette expression son sens douteux ;), j'aimerais pour le prochain trip indien enfourcher un scooter et me promener dans un petit périmètre sympa, de verdure ou de plage ( Inde du Nord ou Sud --> mais pas Goa [évitons les troupeaux]).... Rien de bien difficile me direz vous, a part trouver l'endroit idylique, perdu et penard... Des Conseils d'endroit de location et d'itinéraire ???

Et pour les Mules au Zanzkar ??? Une aventure qui m'est arrivée aux oreilles et j'avoue que le décor campé m'a laissé reveur. Malheureusement je n'en sais pas plus sur les détails? Quelq'un en aurait déja t'il fait l'expérience ? ou chevaucher mes futures copines ? dans quelles conditions? connaissez vous les tarifs en ayant expérimenté ce genre de traversée??

Grand Merci pour vos futures réponses. Bien a vous!
Open
MA
Martok21 17 years ago · Geeksisters
Voyage de routard au Rajasthan
bonjour

j'aimerais avoir quelques info sur un voyage routard au Rajasthan info sur les divers possibilité de cette région

nous serons certainement deux mon frère et mois et nous aurons - de 600€ de budget total voyage + environ 800 euro budget total aviation ( donc environ 700€ chacun ... )

pour faire un petit tour fin septembre début octobre ( fin de la moussons ) 10-15j 2 destinations totalement différente nous on taper dans l'œil la thailand ou l'inde, et il sera dure de prendre une décision d'ici une semaine ...

nous aurions aimer quelques info sur la location véhicule + chauffeur

sinon ba nous contions visiter des vile comme New Delie, Jaipur, Udaipur etc et quelques monument comme Karni Mata, le Taj Mahal, le Palace Umaid Bhawan

, le Fort Kumbhalgarh etc et faire une balade dans le désert en dromadaire

j'ai un faible pour les temple animalier, est bien que loin de tout, Karni Mata ma toujours vraiment taper dans l'œil, si vous avez d'autre lieu de ce type, je suis preneur

je ne suis jamais aller en inde, en Asie non plus d'ailler je suis preneur de toute info y compris les désagréable, comme par exemple : - le risque lier au barbu du Pakistan ( terroriste etc ) - les voles, kidnapping, etc - les matraquage xénophobes - les problèmes de raquette policier - les problèmes de maladie, tourista, morsure de serpent, rage, scorpion etc - les problèmes administratifs - les problèmes lier au choque des cultures ...

ce qu'il faut connaitre absolument les coutume a respecté les budget imprévu à prévoir

sinon que me conseillez vous comme bon guide peut on planter une tente en toute impunité ?

je sait que c'est questions peuvent paraitre connes, mai pour des non initier, ceci peut être pertinent, et les livre sont loin d'être interactif comme un forum

autre info, malheureusement nous n'auront pas le budget pour aller jusqu'à a GOA ... quelle est la plage potable la plus proche de cette région ( Radja.) ?

cordialement
Open
NI
Nicodilo 17 years ago · Rafaelricote
Improvisation Nomade (7) Inde du Sud
Six heures du matin. Eau glaciale. Gros rat passe entre mes pattes. 7h00, départ. La route qui descend de Udhagamandalam (Ooty est le nom anglais) pour la vallée de Coimbatore, est vertigineuse. Le brouillard se dissipe juste à temps pour m’offrir le paysage. La musique du bus, la forêt tropicale, les singes, les Indiens nonchalants. Je suis au cœur du voyage. Il n’y a pas de mot pour décrire le sourire qui se dessine sur mes lèvres à chaque virage, à chaque image. J’ai les yeux grands ouverts sur ce monde que je traverse, courant d’air presque invisible et pourtant plus présent que le bus lui-même, tellement la sensation de saisir la vie dans son moment présent m’émerveille. La vie, la vraie vie, telle qu’elle vaut d’être vécue pour moi, passe dans ce bus qui descend dangereusement dans les vallées abruptes, les forêts profondes, les villes inconnues, les imprévus et les embrouilles diverses.

Nous sommes le 23 décembre. Il fait 34 degrés la nuit sous le ventilo. L’hôtel où nous devions nous retrouver avec Daoud est complet et sans lui. La ville est affreuse. Ma famille pense à moi et moi à elle. Seuls, les moustiques m’accueillent chaleureusement. Ce sont les moustiques du Kerala, minuscules et innombrables à cause des marécages. Dans la nuit, ils s’organisent en escadrilles, tentent des percées sous les draps, violent les traités de paix, résistent aux produits que le charlatan de Mysore m’a vendu une fortune, disparaissent dans la lumière, vous dévorent jusqu’aux mains où ils se posent en kamikazes quand vous êtes debout sur le lit en train de les chasser avec vos chaussures. Nuit affreuse où j’ai perdu la bataille et abandonné mes positions. Ils m’auraient tué en me rendant fou. Yeux gonflés et anéanti, je pars chercher une autre chambre avec mon sac sur le dos dans les rues brûlantes.

De la terrasse d’un petit resto, de l’autre côté d’une rue, j’entends bourdonner mon prénom. Avec un grand sourire, devant son petit déjeuner, Daoud m’a retrouvé. « Alors comment tu vas mon Daoud ? » « Bien, il me dit, malgré une partie de la nuit passée à suffoquer sous mon duvet, sur le quai d’une gare vibrante de moustiques, et après neuf heures debout, dans un wagon de train surpeuplé. Je suis parti hier de Mangalore, une grande ville sur la côte comme celle-ci, pour arriver ici cette nuit. » Pas beaucoup de temps en solitaire mais franchement contents de nous retrouver. Surtout pour les fêtes, bien tristes à passer tout seul. Enfin, on a le sourire et on se raconte nos petites aventures ainsi que les mésaventures qui se transforment comme par magie, avec le bonheur d’en parler ensemble, en heureux souvenirs. Daoud a trouvé un hôtel modeste et m’invite à demeurer près de lui. Ce sera une nuit de Noël où nous serons perdus tous les deux au milieu du monde. Épuisés et maigres, tôt dans la soirée, nous allons nous offrir un véritable vegetable fry rice dans un bouiboui crasseux, au coin de rues aux égouts à ciel ouvert, aux énormes cafards qui traversent les trottoirs et craquent sous les pieds, avant de retrouver les inévitables moustiques pour une nuit étouffante et fiévreuse. Arrivent des amis venus de France

Il n’y a que huit heures d’avion, c’est vrai, et le prix du billet même s’il n’est pas dérisoire permet de venir en Inde… Une semaine. L’organisation devra être précise si les loulous veulent repartir en heure et en temps. Attention aux aléas. Et d’aléas, en voici un de taille : il s’agit du tsunami. En vélo sur les chemins de l’île de Cochin, nous voulons rejoindre la plage. Pour cela il nous faut traverser un bras de mer en bateau et nous rendre sur l’île Vypeen. Sur le quai, les Indiens ne comprennent pas : depuis un moment, le courant emmène les bateaux s’écraser sur le bord… Mais les Indiens, comme à leur habitude, s’expriment d’une façon si nonchalante qu’il n’y pas raison de s’inquiéter. On ne peut pas passer ici alors on passera ailleurs. Il suffit de prendre un bus et de faire le tour par les ponts, entre le cœur de la ville et les différentes îles. Une heure après, notre bus s’élance enfin en direction de la plage. C’est déjà la fin d’après-midi et nous perdons encore du temps : un barrage de police empêche de continuer. Les sirènes rugissent, les ambulances déambulent. Impossible de passer le barrage. Un raz de marée a tout emporté. Nous étions donc sur les routes pendant la catastrophe. Nous n’avons rien vu et rien senti mais avons la chance de ne pas nous être trouvés sur la plage, même si, à l’ouest de l’Inde où nous étions, le tsunami n’a pas fait beaucoup de ravages. C’est seulement plusieurs jours plus tard, alors que nos familles s’inquiètent, que nous recevrons d’innombrables messages sur Internet et que nous apprendrons l’étendue de la catastrophe… Car, tôt le lendemain, nous partons dans l’arrière-pays, celui des cultures de thé et des réserves d’éléphants. Dernière ville à l’est du Karnataka dans les montagnes, Munnar n’entendra pas parler du tsunami avant une semaine. Pendant ce temps, nos deux petits touristes français s’adaptent à leur nouvel environnement. À la descente de l’avion, monter dans un rickshaw, les taxis mobylettes, à fond sur les routes surpeuplées, les a tout de suite mis dans l’ambiance. Ensuite un tsunami puis aujourd’hui les montagnes. L’environnement est plus calme mais quand ils ne se font pas agresser par des singes, ils descendent inconscients vers une maman éléphant avec ses petits en pleine nature sauvage. La maman commence à gronder dangereusement et eux continuent de s’approcher pour la photo. Les Indiens généralement indifférents s’agitent et crient pour que les blancs-becs déguerpissent avant de mourir écrasés dans une furie. On n’est pas au zoo. Pour se promener dans les cultures de thé, à travers les chemins de montagne et de jungle, le mieux est de louer des motos. Avec elles, on s’égare au hasard et on rencontre sur nos chemins des femmes, au dos voûté sous des sacs de jute remplis de feuilles de thé, des bouibouis crasseux sans eau courante et électricité où nous prenons nos repas, des lacs idylliques perdus dans des forêts de santals. Fin d’après-midi, le brouillard monte et s’épaissit, il est temps de rentrer car les nuits sont froides. Et puis ce soir, dans notre chambre d’hôtel, nous recevons des amies françaises que nous venons de retrouver après les avoir rencontrées dans la région d’Hampi, deux jours avant que Daoud ne tombe malade. Donc ce soir, c’est soirée avec blagues, musique et apéro à la française... Enfin, la semaine de vacances passe rapidement et nous sommes le jour de la saint Sylvestre. À 16 heures, je frappe à la chambre N°119 de l’hôtel Pathans à Trissur. Nous sommes arrivés dans une Ambassadeur, une vieille voiture de luxe, louée avec chauffeur. La classe non ? Bonjour Meriem… Champagne ! Torses nus sur la terrasse de notre grande chambre d’hôtel qui surplombe la place principale de la ville, nous fêtons dignement la nouvelle année… et les retrouvailles. À sept heures le matin, nos loulous doivent repartir pour la France. La tête qu’ils devaient avoir… Mais aussi les souvenirs de cette petite semaine en Inde leur resteront à jamais gravés. Lundi matin, ils se retrouveront au travail et, devant leur tasse de café, repartiront encore pour des randonnées en moto dans la jungle. Quelques jours pour oublier... N’a-t-on pas déjà entendu ça quelque part ?

Parabikulam. 5h du matin

Mes yeux s’ouvrent. Je sens de douces caresses sur ma nuque. Je me serre contre son corps et blottis ma tête entre ses seins. Nos mains légères sous la couette encore chaude effleurent la peau. Le jour n’est pas levé. Gaspard frappe à la porte. Arriver ici n’a pas été une mince affaire. Aucune route du Kerala n’y mène. Devions aller dans une ville du Tamil Nadu pour changer de bus encore deux fois et être déposés à un carrefour entre deux pistes où une fois par jour, on peut monter au village par derrière les monts Cardamones, dans la fabuleuse réserve naturelle de plusieurs milliers d’hectares de Parabikulam, étendue entre trois immenses lacs dans les montagnes recouvertes de forêts épaisses. Sans compter sur les barrages des gardes frontières et forestiers, trois en tout, qui nous obligent à payer, à signer des papiers et à passer une nuit avec un garde armé, censé nous protéger... 5h30, les affaires de trekking gavées de morpions sur le dos, nous sortons prendre le thé. Les Indiens se lèvent également dans le petit village aux ruelles de terre battue et aux cabanes en terre cuite recouvertes de branches et de feuilles. Comme chaque matin, la musique du temple inonde le village et la forêt alentour puis les femmes nettoient à grande eau devant leur porte avant de réaliser le taman : œuvre mystique de poudre de craie qui les protégera du mauvais sort pour la journée. Une fois le soleil levé, les vaches, cochons et chèvres traînent, étendus à l’ombre, ici ou là. Au centre du village, sur une place où se termine la route, deux trois échoppes vendent des allumettes et du thé. En contrebas, un lac se cache dans les hautes herbes et s’étend sur plusieurs kilomètres de jungle impénétrable entre les montagnes. Dans la nuit, les bruits de la nature sont authentiques tout comme les insectes. Trois gardes en 4 x 4 se promènent toute la journée avec leur fusil et partagent notre maisonnette durant la nuit. Aucun touriste ne s’aventure jusqu’ici. Six heures, nous partons sur les talons de Gaspard. Son vrai nom tamul est Basquar, le guide improvisé du village devenu très vite notre ami. Il essaiera de tromper l’administration pour passer outre les permissions et les comptes rendus des heures durant lesquelles nous sommes autorisés à nous promener dans la jungle avec lui. La marche est rapide. Nous avons peine à le suivre. À notre droite, s’ouvre la première clairière dans la brume. Les arbres s’élancent dans le ciel et atteignent des hauteurs impressionnantes. Leurs feuilles sont grandes comme mes deux mains, chaque racine large comme un tronc. Des animaux invisibles, surpris, disparaissent dans les profondeurs de la végétation. Monter, descendre à vive allure réchauffe. Sept kilomètres plus tard, alors que le soleil pointe à la cime des arbres les plus hauts et sur les montagnes, nous débouchons au-dessus d’une immense prairie au milieu de la forêt. Dans les hautes herbes ruisselantes, les fientes d’éléphants et de buffles fument encore. Un troupeau de bisons apparaît de l’autre côté à la lisière de la forêt. 7h30, fin de permission. Nous devons déjà repartir. Légèrement frustrés d’avoir tant marché pour si peu de temps, nous prenons le chemin du retour que je me promets de ne pas oublier pour revenir ici un autre matin, encore plus tôt. Un groupe de buffles noirs, que nous surprenons, s’enfuit en arrachant tout sur son passage dans un fracas terrible. Gaspard récapitule l’ensemble de nos découvertes. Arbres, fleurs, feuilles, fruits, herbes et graines dont ils se servent dans leur vie quotidienne. Crocodiles, iguanes, bisons, buffles, éléphants, singes, scorpions, cerfs et daims que nous avons eu la chance d’apercevoir en quelques jours. De retour au village, Gaspard nous emmène à l’école pour nous présenter les professeurs et assister à la répétition d’un spectacle dans lequel joue sa petite fille. Dans la salle de cours, trente paires d’yeux loin d’être intimidées par notre présence, sont regroupées devant nous. Pieds nus, en chemise et en cravate, les enfants s’élancent dans la danse avec fierté. Une chorégraphie digne des films bollywoodiens, dans une musique disco des années 80, version indienne… Quel sourire ont les enfants indiens ! Quelle leçon de simplicité et de modestie, nous prenons dans ce village ! Humbles, ceux qui vivent ici sont rarement descendus à la ville. Une télévision, pour tout le village, leur permet de regarder les étrangetés d’un monde qu’ils ne connaissent pas. Ceux qui les imaginent « arriérés » se trompent. Ils savent autant de choses que nous et même davantage. Ceux qui les imaginent malheureux se trompent aussi. Il n’y a qu’à voir leur bouille et leur sourire de tous les jours. Quelques jeunes ont la curiosité de partir pour les études ou un travail à la ville. Souvent, ils ne reviennent pas, happés par les turbulences du monde. Pourtant, le village est un havre de paix qui sort de l’anarchie de la civilisation. Les choses évoluent plus doucement. D’autres n’ont pas besoin de changer. Un travail tranquille au rythme des saisons. Sachant exactement de quoi sont faites leurs terres et leurs forêts pour les utiliser sans les détruire. Tout ce qui est nécessaire pour vivre existe ici et même l’électricité fournie par les barrages. Une oasis où je serais bien resté plus longtemps. Mais pour nous, demeurer dans une réserve a un tarif et nous devrons bientôt nous jeter de nouveau dans le monde réel. Le dernier matin, je décolle à 5 h et m’enfonce seul dans la forêt et la nuit encore noire. Je ne risque pas de me perdre si j’ai bien enregistré les sept kilomètres qui mènent à la clairière magnifique et digne des grands reportages animaliers. Arbres et animaux dorment encore. Les feuilles sèches se froissent bruyamment sous mes pieds et troublent un silence parfait. Quelque deux cents tigres se baladent dans la réserve. Inconscience, folie sans doute, mais irrésistible. Les animaux de toutes sortes ont peur des hommes. Moi aussi car ils sont plus cruels. Loin de faire le malin cependant, j’ai tendance à me retourner souvent. La cadence qui m’emporte est plus soutenue encore qu’avec le guide. Sortant du sous bois dans une légère éclaircie, deux gros buffles noirs lèvent la tête vers moi. Je m’arrête net et recule doucement sans me retourner. Mais ces gros herbivores continuent leur chemin sans s’affoler. J’attends un peu avant de repartir que mon cœur s’apaise. Il me faut arriver avant le lever du jour à la lisière de cette immense clairière. Le soleil n’est pas encore levé mais il fait jour quand j’y arrive. En y allant seul et plus tôt, j’avais plus de chance de voir d’innombrables animaux et ce fut le cas. Me suis calé sur un tronc et suis resté plus de deux heures devant ce spectacle animalier à la taille réelle. Tout en rentrant tranquillement vers le village, j’imprimais dans ma mémoire les images que j’avais eues sous les yeux. Un bruit de moteur me fit me cacher et le 4 x 4 des gardes armés passa en trombe devant moi… Il y a peu de temps, j’ai compris, grâce à un article de presse international, pourquoi quelque chose nous échappait là-bas. L’article dénonce la culture en masse du cannabis dans cette région. Entre les montagnes, la jungle et les parcs nationaux protégés, des zones immenses ont été défrichées pour cette culture. Ce ne sont pas des villageois mais bien des hommes armés et spécialisés qui s’en occupent. Chargées dans des camions puis acheminées jusqu’aux ports du Karnataka dans des paquebots, des dizaines de milliers de tonnes de cannabis sont produites ici tous les ans et vendues en Europe. Ce commerce est protégé par des personnes haut placées puisque le gouvernement et la communauté internationale, hostiles à cette production, ne font rien. Perso, je ne pouvais pas imaginer une telle mafia lors de mon séjour et je n’ai rien vu, rien entendu, alors que nous avons pas mal tourné autour…

Tamil Nadu

Redescendre dans la civilisation et reprendre la route. Bus après bus, ville après ville. Quelle est notre destination ? Pourquoi pas au hasard d’un village ? Les voyageurs peu attentifs que nous sommes ont des difficultés à reconnaître les changements entre chaque étape. Après tout, une ville indienne en vaut une autre. Les traits que nous reconnaissons sont grossiers. Nous ne sommes même pas capables de différencier les langues qui sont pourtant, partout, différentes. C’est le moment de se poser quelque part tranquillement et d’y rester un peu plus longtemps pour découvrir, au rythme voulu, les petites choses qui font la richesse d’une région. Ne vaut-il pas mieux, en effet, se concentrer sur une partie plus petite plutôt que de survoler les régions comme nous le faisons ? Malheureusement, nous ne trouverons pas ce village où nous arrêter. Nous ne nous attacherons pas à une infime partie de la population qui nous ferait pourtant découvrir véritablement des traits de l’Inde tout entière. Nous continuerons d’être emportés par les flots de ce monde si mouvementé et dense, sans nous en approprier la richesse. La réalité imprègne l’esprit de sensations irremplaçables mais une série de documentaires sur ARTE nous en apprendrait davantage d’un point de vue culturel.

À Coimbatore, ville de deux millions d’habitants, nous sommes agressés par le bruit, la densité de la population et la pollution. Nous serions ravis de retourner dans la montagne mais, dans un quartier proche, une fête religieuse a lieu. Nous avons la chance en tant qu’étrangers, rares à s’égarer par ici à cause du manque d’intérêt touristique, d’être les invités d’honneur. Des centaines de femmes, entourées de musiciens, attendent leur tour pour donner leurs offrandes en échange d’une bénédiction qui consiste à saisir entre ses paumes un peu de chaleur et de fumée d’une bougie tenue par un brahmane. La foi est profonde, la musique lancinante, le temple improvisé de lumières et de couleurs, les offrandes de fleurs et de noix de coco s’entassent devant une représentation barbouillée de Visnou. Dans la rue, une purée de riz écrasé et sucré à la cannelle est distribuée gratuitement ainsi que d’autres mets dont je ne saurais dire la substance. Bientôt, les membres d’une famille nous introduisent chez eux pour nous offrir de nouvelles spécialités et boissons. Nous échangeons alors courtoisies et sourires avec les différentes générations. Sur nos genoux, se glisse le dernier-né. Il est déguisé en fille, comme la plupart des petits garçons en bas âge. Cela permettrait de tromper le mauvais œil. Les filles sont tellement peu de chose en ce bas monde. Pourtant si belles et si gracieuses, à ricaner bêtement entre elles en nous mangeant des yeux… Vite, partons avant de nous retrouver la corde au cou.

De retour à Ooty

Je propose à Daoud et Meriem de remonter sur les hauteurs pour trouver un peu de fraîcheur et de tranquillité. La petite station climatique d’Ooty m’a bien plu et une journée passée entre ses murs et ses montagnes est bien trop vite passée. L’hôtel retiré et discret où j’ai passé la nuit n’a pas bougé. L’endroit leur plait. Le lendemain, nous louons des motos pour commencer les balades aux alentours. Foulard noué sur la tête en guise de casque, nous serpentons les routes lacées, entre les lacs, les cascades, les forêts et les paysages gigantesques qui servent de décors aux films de Bollywood et aux photos de jeunes mariés. Vrai que la région n’a rien à envier aux images des films que nous connaissons dans nos pays et qu’elle renferme nombre de sites exceptionnels encore inconnus de nos projecteurs. Le parc botanique possède quant à lui de magnifiques spécimens dont un tronc de plusieurs milliers d’années. D’ailleurs, la balade montre une diversité botanique importante, sans que je n’en retienne malheureusement un seul nom. À pieds, sur le flanc d’une colline, en périphérie de la ville, nous traversons le taudis d’une tribu originaire de ces montagnes. Anciens bûcherons, éleveurs et chasseurs, les pauvres gens n’ont pas les moyens de bien se loger aujourd’hui dans la ville qui est venue se construire chez eux. Sur les pentes ruisselantes, des enfants déguenillés et morveux glissent sur des sacs en plastiques tirés par de gros chiens aux longs poils vermeils couleurs de la terre. Une semaine est passée de nouveau et il nous faut partir. Ce pays est immense et magnifique. Il n’y a qu’à voir notre itinéraire sur la carte depuis deux mois que nous sommes là. Ridicule ! Et pourtant nous avons déjà vu tant de choses différentes : Bombay, les plages de Goa, les sites historiques des civilisations disparues, les mystères de Mysore, les îles de Cochin, les cultures de thé du Karnataka et les forêts tropicales des parcs nationaux. De nouvelles journées de bus, interminables, serrés sur des sièges en bois, entre les villes poussiéreuses du sud de l’Inde, nous attendent encore. Hoggennakkal

La route devient piste et s’enfonce dans les collines arides à la végétation épineuse, avant de descendre dans une vallée verdoyante écartée des axes routiers. Inconnues des occidentaux, les chutes d’Hoggennakkal sont surtout fréquentées par les citadins de Bangalore qui viennent ici en week-end se détendre. La rivière se partage en mille ruisseaux scintillants dans la végétation luxuriante, se repose dans des piscines naturelles de sable et de pierres polies où sont pratiqués des massages corporels, avant de se jeter littéralement en cascades dans une gorge profonde et de se retirer au loin à travers les champs de coquelicots. Nous aussi, trouvons une piscine privée, rien que pour nous, avec deux arrivées en cascades dans l’eau claire et le fond sableux, d’où nous pouvons plonger. Une journée bien agréable. Plus loin les enfants du village, secs comme des allumettes, gagnent un peu de monnaie en impressionnant les touristes indiens avec un saut de l’ange de plus de quinze mètres de haut. D’autres, moins téméraires, se contentent de jeter leurs filets et de vendre leurs poissons grillés, le soir venu, sur le chemin du retour. Même si on se lave et se baigne dans la rivière, le village, comme tous les villages indiens, y déverse ses poubelles. Les femmes lavent le linge sur les pierres et la mousse glisse lentement dans le courant où les enfants jouent. En remontant la rivière, la nature reprend ses droits et offre un refuge exceptionnel pour un nombre considérable d’oiseaux et d’animaux. Sur une coque en feuilles de bananier tressées, au petit matin, nous traversons les eaux et disparaissons dans la nature. Fini de payer des hôtels, on plante la tente et on joue à Robinson. Le site est fabuleux et, pendant trois jours, des oiseaux inconnus et multicolores chantent autour de nous, pendant qu’on pêche, en caleçon dans la rivière, avec un bout de fil et un bout de banane accroché à l’hameçon. Un Indien nous a donné le tuyau et ça marche. Les poissons exotiques se pêchent à la banane. Par contre, ils sont pleins d’arêtes et le soir, à la lumière du feu, le temps passe rien qu’à les extraire pour les manger. Un après-midi, à l’heure de la sieste, une bande de singes curieux et voleurs se sont approchés discrètement et, des arbres où ils se trouvaient, sont descendus nous prendre nos réserves de pain et de bananes. Bien fâchés mais impuissants il nous a fallu rejoindre la civilisation ou mourir de faim. Le vieux rêve de Robinson terminé net avec en souvenir une photo de trois jeunes maigrichons bien bronzés et fiers devant leurs brochettes de poissons grillés sur des branches de saules.

Bangalore.

Mégalopole hyper-dynamique et branchée, Bangalore rassemble universités et entreprises multinationales du secteur informatique. Dans les bazars de la ville, écrans plats et derniers camescopes numériques se négocient 15 à 20 fois moins chers que sur le marché français. Number one de l’informatique dans le monde et dans plusieurs autres secteurs de science moderne, l’Inde a fait naître une nouvelle population jeune et dynamique de classe moyenne qui représente 200 millions de personnes. Capitalistes et matérialistes, ils consomment, achètent les produits que nous utilisons, copient nos modes de vie, activent le marché du tourisme et bientôt arriveront en France pour prendre des photos de la tour Eiffel. Après les Japonais et les Chinois, viendront les Indiens. Cette évolution est peut-être le symbole de déplacements de richesses vers l’est, enfin seulement pour une maigre partie de la population. En attendant, toutes ces entreprises fleurissent à une vitesse incroyable. Alors qu’un développement anarchique et inconsidéré dans ce pays apportera une pollution catastrophique. Mais comment demander à des pays en voie de développement de limiter leur production et de respecter les lois coûteuses du respect de l’environnement alors qu’en Europe, nous commençons juste à les appliquer et qu’aux Etats-Unis, elles ne sont toujours pas d’actualité. Il n’y a déjà aucun respect de l’environnement en Inde, pas de poubelle dans les rues et les villes surpeuplées évacuent leurs déchets dans les rivières et les océans. Espérons qu’ils ne se jetteront pas dans une consommation abusive, comme la nôtre, et ne reproduiront pas les erreurs que nous avons faites, en développant, en plus, le nucléaire ! Dans le train

Les bus en Inde sont pratiques pour relier les villes entre elles, quand elles ne sont pas trop éloignées. En effet, à toute heure du jour et de la nuit, vous pouvez sauter dans les bus locaux qui ne coûtent rien, à la dernière seconde, quitte à monter sur les genoux des gens. Ou bien, ce sont les gens qui monteront sur vos genoux…dans les chemins tortueux, avec des arrêts à tous les villages sans pour autant que le bus ne désemplisse. Comptez trois heures pour faire 100 km. Pour faire 2.700 km, et ainsi remonter au nord du pays, nous ne prendrons pas le bus. L’express Bangalore Delhi ne met que 38 heures. Deux jours et une nuit pour nous retrouver dans la capitale. Un grand changement mais le temps passe, fin janvier, les deux tiers de notre temps en Inde sont écoulés alors nous voulons tenter de prolonger notre visa à Delhi, chose que nous n’avons pas pu faire en province. Plusieurs kilomètres de long, avec des milliers de personnes, la bête glisse hors de la ville et disparaît dans les plaines desséchées du centre de l’Inde. Il n’y a plus qu’à regarder le spectacle : En ville et à la campagne, c’est une tradition de venir faire sa grosse commission le long de la voie entre amis au petit matin et ce sont des rangées de fesses qui nous regardent, sans gêne. Un peu d’eau avec un carré de savon puis on reculotte le tout avant de faire coucou au train... Les vendeurs de thé passent dans l’allée toute la journée en criant d’une voix tout à fait ordinaire. Dommage que vous n’ayez pas le son ! Ils servent un thé noir au lait avec un mélange d’épices appelé massala dans des gobelets de terre cuite laissant aux lèvres un peu de rouge et que nous cassons ensuite en les jetant sur les rails… D’autres font le va et vient toute la journée entre les gares. Ils vendent les spécialités de leur région dans des assiettes en feuilles tressées, elles aussi jetables ou dans de l’alu et du plastique qui passe également par la fenêtre. Des gamins pouilleux montent dans le train sans billet, nettoient avec un torchon encore plus sale qu’eux sous les sièges et dans les allées, avant de mendier quelques roupies qu’ils seront obligés, bien souvent, de remettre aux contrôleurs... À Hyderabad, un groupe de musulmans pieux s’installe dans notre wagon. Quelques heures plus tard, ils ont construit une véritable forteresse, on ne peut plus close, avec de longs draps tenus par des cordes, où les femmes se dévoileront, à l’abri des regards pour le reste du voyage… À côté de moi, une jeune maman est incroyablement belle... La nuit s’écoule tranquillement sur notre couchette dans le bruit lancinant du frottement des wagons, des ronflements et de la prière de cinq heures. De plus en plus loin derrière moi, tu restes seule sans savoir, encore une fois, si nous allons nous revoir…

Petit grain de poivre

Coincé dans ma dent, Tu secrètes ton parfum, Sucré, salé, Ton venin.

Du bout de ma langue, Je t’effleure, Douce, brûlante, Profane saveur.

A ta sauce, Ma salade, J’ai composé,

Avalé, digéré, Je n’ai plus goût à rien,

Seul dans ce palais Sainte demeure De nos baisers

De l’effronté, le destin, Tes papilles ont scellé.
Open
NI
Nicodilo 17 years ago · Unity
Improvisation Nomade (5) Inde première partie
Pour une bouillie d’épices

Prendre l’avion et faire cinq ou six mille kilomètres, c’est comme… je ne sais pas, c’est pas possible, c’est inhumain, c’est nul car on ne se rend pas compte du changement. Je n’ai rien vu d’autre qu’une vidéo sur un écran. Un film indien de la méga production de Bollywood. L’ordinateur veut corriger ce mot, il me signifie Hollywood. Comme moi, l’ordinateur ne connaît pas le plus grand producteur de films au monde… Je ne regarde que d’un œil car dans le hublot, une grosse boule rouge est maintenant passée sous une nappe de moutons immobiles avant de se jeter droit dans la mer. La réalité réapparaît avec le petit plateau télé et une bouteille de rouge français. Je ne sais pas encore que c’est la dernière fois avant bien longtemps que j’introduis dans mon corps ce genre d’aliments. Le changement va être brutal et ce n’est rien de le dire. Bientôt l’avion me déposera là bas et il repartira. Tu l’as voulu, tu l’as eu… Je ne mangerai plus jamais « fade », je ne verrai plus jamais ce que je connais. Je me demanderai ce que je fous là, dans ce pays de fous. Qui sont tous ces gens ? Ils sont si nombreux. Toujours, toujours, toujours du monde, beaucoup de monde, du bruit, beaucoup de bruit, des gens, des gens, partout, par milliers, par dizaines de milliers, dans chaque rue, dans chaque pièce, dans chaque village. Je ne le savais pas, je ne l’imaginais pas. Ça n’avait pas fait tilt quand je lisais « …un milliard de personnes en Inde… ». Il faut le voir. Comme il faut voir pour savoir ce que peut être un autre monde, un monde où tout diffère, vraiment tout, un monde immense. En comparaison, la France est minuscule, insignifiante, ridicule, elle n’existe pas, elle n’existe plus, elle n’est que le centre de son nombril. Mais tout ça, quand je suis dans l’avion, la panse gonflée, je n’y pense pas. Je regarde ce film puéril, qui dure trois heures avec des chorégraphies qui n’ont rien à voir avec le scénario et auxquelles tous les acteurs participent avec de grands sourires. J’imagine nos acteurs français se mettre à danser comme ça… comme des enfants ! Allez c’est dit, l’Inde m’apparaît comme un monde d’enfants, un monde drôle et insouciant mais aussi singulièrement cruel comme le sont les enfants. Quand on descend d’un tel avion, fort d’avoir déjà parcouru une partie du globe, on prend la claque de sa vie. Et non, vous n’avez encore rien vu ! Vous débarquez en enfer et au paradis, vous avez traversé les nuages et vous vous êtes trompé de planète. La porte s’est refermée sur vous, votre cerveau va bouillonner, vos yeux pleurer chaque jour de rire, de pitié et, encore, chaque fois que vous mangerez. Chaque journée sera époustouflante, incroyable et fatigante jusqu’à ce que vous sortiez d’ici mais vous n’avez encore rien vu, vous ne faites qu’arriver ! 28 novembre 2004. 3 heures du matin. 26 degrés sous les tropiques. Les odeurs sont présentes, puissantes et mélangées comme une bouillie d’épices. Ça chie dans la rue… en discutant. À côté, dort en rang de draps blancs une famille, les jambes recroquevillées sur le trottoir. Derrière, en train de crever, un jeune avec une seringue piquée sous son pied. Son pied gonflé et noir de pourriture. Pas beaucoup l’occasion de voir de junkies indiens mais celui-ci je l’ai bien vu, le premier matin, au réveil, sous ma fenêtre. Bonjour l’Inde, bonjour Bombay ! Comment est-ce possible que vous existiez, je veux dire que vous existiez à ce point, et que je ne sentais pas la terre trembler de votre énergie chez moi dans mon douillet appartement. Bien sûr, en France, je vous ai vus à la télé ou dans mes livres de géographie… Je me souviens d’une photo d’une rue en ville bondée de monde. Mais chez nous aussi, ça peut arriver une rue bondée de monde, pendant la fête de la musique par exemple. Une photo de chaque rue, toujours aussi dense, dans mon livre de géographie, page après page aurait pu me mettre la puce à l’oreille. Tiens, ils font beaucoup la fête là-bas. Non, c’est tous les jours, c’est toutes les rues, c’est toutes les heures du jour et de la nuit que c’est bondé de monde. Comment l’imaginer avec un livre de géographie ?

Là-bas

En France, on dit : « Ah ! Là-bas, les gens sont pauvres, ils meurent. » Oui, on le dit mais ce ne sont que des mots. Il faut venir les voir les gens, pleurer se battre et mourir ! Se battre et mourir, j’abuse. Ce n’est pas la vérité. On ne meurt pas de froid en Inde… Mourir de froid, comme les sans abris des villes de France à Noël, oui c’est ce qu’il y a de plus horrible. Ce n’est pas parce qu’on est en guenilles en Inde, qu’on dort dans la rue, qu’on n’a pas d’argent dans la poche, qu’on meurt dans les jours qui suivent. On construit un bouiboui en terre et en tôle sur un carré de terre battue dans un bidonville qu’on reconstruira une fois que la mousson sera passée pour tout emporter. On achète quelques objets à revendre. On s’installe sur un trottoir et on reste toute la journée assis en tailleur pour gagner quelques roupies. Les enfants sont vite conscients de la réalité et, très jeunes, trouvent des solutions pour ramener eux aussi de quoi survivre. Merdes de vaches séchées qui serviront pour le feu qui cuira la nourriture. En campagne ou en ville : travailler pour subvenir aux besoins de la journée. On ne meurt plus de faim en Inde. On ne meurt plus de faim depuis que les progrès dans le domaine de l’agriculture avec les engrais et les pesticides permettent au pays de s’autoalimenter. Il y a un certain nombre de climats en Inde qui permettent de trouver les fruits, les légumes les plus divers et surtout du riz, base de l’alimentation. Le prix du thali, le plat commun, n’est pas très élevé : Entre 0, 20 et 0, 50 €. Il est constitué de riz, à volonté, que l’on peut agrémenter de sauce, différentes selon les régions et servies dans de petites coupelles. La plupart des Indiens sont végétariens et purs végétariens. Jamais vous ne trouverez un steak saignant dans votre assiette. Les vaches sont sacrées depuis toujours. Et leur lait permet de sauver les enfants lors des périodes de grandes famines. On meurt comme partout de maladie. Mais là aussi des progrès considérables ont été faits. Les pharmacies poussent comme des champignons. Le prix des médicaments est accessible. Il est donc maintenant possible de se soigner en Inde. Et cela depuis que les brevets protégeant les molécules de base des médicaments sont passés dans le domaine public. Ces molécules peuvent donc être exploitées et les médicaments produits et commercialisés ici à moindre coût pour tous les pays du tiers monde. Une situation qui ne permet plus à nos entreprises occidentales de garder le monopole mais tellement précieuse pour tous les pays du sud qui n’avaient le droit, jusqu’à aujourd’hui, qu’à nos dons et à notre charité ! Dans la rue

Les premiers jours à Bombay, dans les rues, sur les marchés du quartier de Colaba, on se demande quand même si c’est possible une telle précarité, une telle insalubrité, une telle misère. Poussés par je ne sais quelle idée, peut-être par pitié, nous passons nos journées à parcourir les rues les plus perdues, les plus pauvres, les plus sales. Les bidonvilles, comme on les appelle, ne manquent pas et la population est bien étonnée de nous voir là. Et nous, sommes étonnés surtout de voir que les enfants de ces quartiers ne mendient pas. Ceux qui se traînent en mendiant toute la journée autour des hôtels à touristes et vous tirent sans cesse par les manches sont de vrais acteurs pas plus miséreux que les autres. Dès la sortie de l’hôtel, ils vous sautent dessus et pleurent en s’accrochant à vous. Une toute petite fille vous attrape la main, marche dans vos pattes sans vous lâcher une seconde et vous parle, vous parle sans que vous ne compreniez rien, de son ton suppliant et de ses yeux larmoyants. Qu’est-ce que ça change pour vous, quelques roupies ? Rien. Qu’est-ce que ça change pour elle ? Rien non plus. Sa vie ne sera guère plus somptueuse. Elles sont des milliers avec leurs enfants, devant vos yeux chaque jour que vous les ouvrez, à vous demander du lait pour une gamine, minuscule dans leurs bras… Quand vous n’êtes pas préparé, quand vous devenez pour la première fois un portefeuille sur pattes, ça vous tue. Impossible d’être indifférent. Ok, ce n’est pas de votre faute, vous êtes né en France mais alors il fallait y rester. C’est déjà dur d’être indifférent devant la télé, ici c’est impossible. Colaba est le pire quartier mendiant de l’Inde. Les enfants ont appris à prendre le ton le plus suppliant possible pour vous faire culpabiliser et vous soutirer de l’argent. Beaucoup de touristes logent dans ce quartier quand ils arrivent dans le pays. Leur naïveté face à cette misère fait que la mendicité est devenue un marché lucratif. La mafia gère ces enfants. Ils peuvent les estropier afin que leur apparence vous inspire plus de pitié. Ne donnez pas d’argent. Pensez à ceux qui viendront après vous. De taudis en taudis, où des femmes d’une extraordinaire beauté, sveltes et colorées, lavent leur linge devant leur porte de chiffons. De ruelles en ruelles avec de minuscules places en terre battue où reposent des dizaines de vaches et de chèvres, on débouche sur un terrain vague, fait de monticules de déchets urbains accumulés, qui grignotent l’océan et où une dizaine de gamins jouent au criquet. Nous faisons sensation en arrivant. Les enfants courent vers nous, nous serrent la main rapidement, lancent des « Hello, what’s your name ? », avant de retourner jouer en riant sans attendre la réponse. Retour vers le marché. La même huile bout jour après jour dans les bains de poissons pourris recouverts de mouches. À petits jets d’eau croupie, on les éloigne, en vain. Une gamine mastique un bout de plastique en faisant caca sur le trottoir. Celui-ci lui échappe des mains plusieurs fois pour retomber dans le caniveau, mélange de merde, de détritus et de poussière. Ça donne du goût pour le remettre à la bouche... Nous n’avons pas les mêmes défenses immunitaires. Les chèvres et les vaches se servent en passant dans les sacs de jute, de céréales et d’épices. On les chasse en levant le bâton. Les malignes refont le tour du marché et, une nouvelle fois, discrètement, tentent de voler une autre bouchée. La lutte incessante pour survivre. Des millions sont pauvres et survivent. Quelques roupies permettent de tenir jusqu’au soir et le lendemain il faut recommencer. Une vie au jour le jour. La précarité absolue. C’est toute la vie, c’est depuis toujours, c’est normal et depuis longtemps accepté. Ce qui est incompréhensible mais beau : ça ne les empêche pas d’avoir le sourire, beaucoup d’humour et de joie de vivre. Résignés, oui, c’est le mot. Accepter sa condition, en Inde, pour cette vie, signifie la possibilité d’accéder, dans une vie ultérieure, à une condition meilleure. Voilà le secret de leur bonheur, la résignation… Mais n’est-ce pas un peu trop facile ? Croire en la réincarnation, je veux bien, mais est-ce que cela permet de se détacher à ce point des souffrances de cette vie-là ? Je ne peux le croire. Ne pas avoir le choix en Inde est un fait. Les Indiens ne sont pas maîtres de leur destin. Le rêve américain de réussite n’existe pas pour la majorité des gens. Mais comment ne pas nous jalouser ? Ne sont-ils pas touchés eux aussi par le désir d’accumuler des biens, de consommer ? L’insatisfaction existe-t-elle en Inde ? Ils sourient si sincèrement… Leur culture ? Oui, sans doute, l’hindouisme préconise la suppression du désir en soi comme moyen d’inhiber une grande partie de notre souffrance. C’est ancré dans les mœurs depuis deux mille ans… Une partie de la population, encore très répandue et très respectée, les sâdhus, montrent l’exemple en faisant vœu de pauvreté. Ils se promènent par monts et vallées, vivant de charité, dans la simplicité la plus extrême, l’harmonie avec la nature et l’ascétisme. Les chemins qui mènent, après une longue lutte contre soi-même au bonheur ultime, le nirvana. « Ils croupissaient dans l’illusion de bonheur qu’ils tiraient des biens possédés alors que le bonheur n’est que chaleur des actes et contentement de la création ». (Saint Exupéry) Entre philosophie et réalité, quand on ne sait pas lire… Restent la parole des anciens, le respect de la vieillesse, de la sagesse et surtout la foi. La foi, cette incommensurable énergie que je ne soupçonnais pas et qui, pourtant, nous suivra dorénavant partout où nous irons, en s’amplifiant même, tellement elle est l’essence des peuples, de leur solidarité et de leur fierté.
Open
SH
Shamseybert 17 years ago · SamSara2
Trek Padum Darcha au Ladakh envisageable à vélo?
bonjour, je prepart mon voyage en inde, je part dans deux jours pour le ladakh, avec mon velo. on est deux et bien motivé. j aurai voulu savoir si le trek padum darcha est envisageable a velo avec juste nos 15 kilo de sacoches. peut on le faire en roulant sans assistance? si oui combien de jour faut il prevoir, et quelle materiel? merci de vos reponse rapides!!! shams
Open
DA
Damino 17 years ago · Djilalindi
Lakshadweep (lanquedives - Inde)
Salut à tous,

Quelqu'un a-t-il des infos concernant ces îles :coût de la vie, possibilités d'hebergementspossibilités pour y aller, Affluence, et période, climat.

J'ai déjà récolté quelques infos mais uniquement sur des sites "officiels" donc pas très réalistes.

Merci 😛
Open
NI
Ninouchka 17 years ago · Entimenen
Delhi-Katmandou cet été
Bonjour à tous,

Nous arrivons le 7 juillet à Delhi et en repartons le 15 août, notre objectif étant en réalité Katmandou. Nous serons 3 ou 4 et un budget très serré.

J'aimerais savoir s'il est facile d'obtenir un visa Népalais en Inde (où et à quel prix) le(s) moyen(s) le(s) plus "sure(s)" en periode de mousson de rejoindre Katmandou Avoir une idée du prix que ça pourrait coûter pour nous 3 (ou 4). Avoir une idée du temps nécessaire (minimum)

Merci beaucoup d'avance!!
Open
BO
Bobz 17 years ago · Kailash35
Visa pour l'Inde en étant en Australie? (urgent)
Bonjour a tous, Je suis actuellement en australie a Cairns et j'ai pris un billet d'avion sur un coup de tete pour aller en Inde. Mon billet est pris pour le 6juillet mais je viens de voir qu'il n'etait que possible de faire la demande de visa pour l'inde par courrier ce qui risque de prendre du temps. J'etais pourtant sur qu'il est possible de demander le visa une fois a l'aeroport dans le pays. Que dois-je faire ? Est-ce que je pourrai demander un visa en arrivant a l'aeroport ? Que se passe-t-il si je prend mon avion sans visa ? est ce que je serai bloque dans l'aeroport a devoir acheter un billet pour la France ?

Merci de vos reponses!! Je suis en train de paniquer!
Open
XB
Xb34 17 years ago
Visite des Sunderbans en Inde ou Bangladesh?
Actuellement a Kolkata avec un visa pour le Bangladesh je me demande si la visite simple avec bateau (de 1 a 3 jours) des Sunderbans est preferable en Inde ou au Bangladesh??? Et ou est elle la plus avantageuse??

Merci a vous pour informations.
Open
NI
Nicodilo 17 years ago · Papao
Improvisation Nomade (8) Inde du Nord
L’or du cordon Delhi.

Meriem m’a écrit une bien triste lettre. Depuis que nous nous sommes quittés à Bangalore, son assurance s’est envolée et aux matins de cauchemars atroces, elle se fait emmerder par des hommes douteux. Elle espère rencontrer d’autres personnes pour continuer la route car elle ne se sent pas la force de continuer dans les bus et les villes toute seule ainsi tourmentée. Pourtant, l’Inde est un pays tout à fait tranquille et il suffit d’un peu de persuasion pour décourager les quelques dragueurs qui y traînent. Une semaine plus tard, je reçois une nouvelle lettre où elle m’explique qu’elle partage depuis peu la vie d’une famille. Accueillie comme une princesse dans leur maison, elle apprend ainsi leurs coutumes de la meilleure façon qu’il soit. Être une femme, ainsi seule en voyage, permet d’être aidée et accueillie avec une confiance et une solidarité que les hommes ne peuvent espérer. De notre côté, nous découvrons la capitale envoûtante où tous les peuples de l’Inde se sont rassemblés, avec chacun leur culture, dans un dédale de quartiers entre moyen âge et science-fiction. Main bazar, dans le vieux quartier de Paharganj où une ruelle sinueuse et sombre mène à notre hôtel, le Barjang. Deux trois étages fermés autour d’une cour intérieure d’où s’élance vers la lumière un figuier mince et stérile. Une terrasse sur le toit où le linge sèche au soleil sur les barres de fer de travaux inachevés et où, la nuit, le personnel joue aux cartes en pariant de l’argent, sur des couvertures en loques, avant de sombrer dans un sommeil fébrile et alcoolique. Un vieux coq grincheux toussote au matin pour donner le signal du départ. Une tourterelle est venue nous dire bonjour à l’intérieur de la chambre. Les heures passent, tranquilles, plongés dans les livres que nous n’aurions jamais lus si nous n’avions eu ce temps, ce temps pour nous, et si nous n’avions pas encore la diarrhée qui nous oblige à rester à l’hôtel. Entre deux maux de ventre, nous courons dans les ambassades et les administrations pour préparer la suite de notre voyage. Trouver un moyen de prolonger notre visa en Inde nécessitera trois déplacements, l’obtention de l’accord français et du visa pakistanais prendra une semaine. Enfin, l’ambassade d’Iran nous refuse catégoriquement l’entrée, de la même manière qu’à Istanbul. Nous aurons notre dernière chance à Islamabad au Pakistan pour l’obtenir, avant de changer d’option.

Pendant ce temps, les quartiers se laissent découvrir un à un selon notre humeur et notre force. D’abord New Delhi, à la mode coloniale, avec ses avenues larges comme des autoroutes entre les palais, les monuments et les ambassades, fermées, barbelées et gardées par des militaires. Ensuite, Road point autour duquel s’élèvent les buildings aux cinquante étages des sièges sociaux des entreprises. Enfin, les vieux quartiers de Old Delhi, les plus pittoresques, où grouille une multitude inimaginable de gens et de choses. Jamais vu un amas semblable. Des bouchons de gens sur des centaines de mètres dans l’avenue principale pourtant large mais encombrée de charrettes tirées par des chevaux et même parfois des bœufs où s’entassent des marchandises venues de l’autre bout du pays. Odeurs des épices, couleurs des étoffes, aliments de toutes sortes, cris des marchands, l’avenue enfin se sépare en une multitude de ruelles qui s’enfoncent dans le cœur de la ville toujours aussi intensément peuplée. Derrière une arcade insignifiante, dans le bordel de la rue, s’ouvre la cour tranquille d’une mosquée magnifique où coulent des fontaines et dorment croyants et pigeons. Un havre de paix inattendu et reposant avant de replonger dans la cohue. Vient l’heure de la prière à la mosquée principale dont la cour intérieure est plus vaste qu’un terrain de football. Puis l’entrée du fort sur l’un des bras du Gange.

Extenués, nous sautons dans un pousse-pousse et nous laissons guider dans la foule. Un moyen de locomotion que nous utilisons peu mais qui, finalement, nous promène plus tranquillement que les rickshaws, ces mobylettes présentes dans l’Asie entière auxquelles on a ajouté une cabine et qui se faufilent facilement dans le bruit des pétarades et la fumée épaisse. Nous donnons quelques roupies au courageux qui pédalait pour nous, avant de traverser la gare principale et ainsi rejoindre notre hôtel de l’autre côté de la voie. Vautré le long d’une grille, gît un petit garçon enroulé de toiles immondes, troué, dévoré, liquéfié par la lèpre jusqu’au bout des doigts, les yeux gonflés et purulents perdus dans sa gamelle vide. Puis la foule nous emporte loin de cette image, partie intégrante de ce petit paradis terrestre qu’est la péninsule. Combien de temps lui reste-t-il à vivre ? Pas assez pour aller plus loin. Pas de maison, en Inde, pour tenir cachés, comme chez nous, les gens âgés, handicapés mentaux, lépreux et autres plaies que nous portons. Les personnes atteintes de sida, de tuberculose et d’innombrables maladies de peaux, se promènent dans la rue, près de nous, dans les transports en commun et les restaurants. Comme les autres, il leur faut travailler pour vivre ou bien mendier. Ils sont nombreux évidemment et font partie de la vie de tous les jours mais ils ne choquent que les occidentaux comme nous qui n’avons pas l’habitude de voir le spectacle d’un unijambiste sur son vélo, d’un cul de jatte sur son skate-board. Et avec le sourire s’il vous plaît !

Dans les rues de Delhi encore en terre battue, comme celles de notre quartier, un amas de boue formé de poussière et de déchets, bouche les quelques égouts qui dégueulent des eaux noires et puantes depuis que la pluie s’est mise à tomber cette nuit. Dans les ruelles de la capitale, où se promènent habituellement les animaux de la campagne, c’est redevenu le Moyen Âge. Le lendemain, il fait beau quand je fais les magasins pour acheter et envoyer souvenirs et cadeaux. Pas aisé de négocier ici, les commerçants veulent que, comme beaucoup d’occidentaux, j’achète en gros pour revendre ensuite dans mon pays. Un peu plus loin dans la rue, un brouhaha se fait entendre. D’un seul coup, mon vendeur panique. Deux policiers arrivent et d’après ce que je crois comprendre, ils ont décidé de remettre main bazar aux normes, au grand désarroi des commerçants qui se sont étalés partout. Ils renversent, balancent, se fâchent, donnent des coups de bâtons. Je n’en reviens pas : deux petits bonshommes en uniforme font la loi, avec seulement un bâton, dans la multitude de badauds, et se font craindre et respecter totalement. Ils iront jusqu’à renverser fours et tables et à couper au couteau un tas de fils électriques, comme une pelote de laine, branchés au poteau par enchantement. Les commerçants, si prompt à rester assis toute la journée en tailleur sur leurs marchandises à attendre les clients, s’agitent d’un coup comme si des géants avaient donné un coup de pied dans une fourmilière. Une demi-heure après, les uniformes s’étant retirés, on replace exactement aux mêmes endroits, fringues, frigos et fritures des gargotes et on fait des nœuds aux câbles électriques, passés parfois avec raccords au-dessus de la foule, avant de les accrocher sur les lignes des poteaux d’où elles venaient d’être retirées.

Un peu plus loin, un jeune homme fier, au regard sérieux, maquillé et vêtu de son plus beau costume, traverse la foule sur un cheval revêtu de parures multicolores. Cachée sous un voile, avec un sari brodé de dentelles blanches, une femme marche derrière. Elle a ses deux mains liées par un cordon doré qui s’étend jusqu’à son nouveau mari. Autour d’eux, dansent femmes et enfants de la fête, dans une musique enivrante et gaie. Des hommes suivent la farandole. Au bout de leurs bras, au-dessus de la foule, ils portent des luminaires géants dont les câbles électriques sont branchés sur un groupe électrogène qui suit derrière sur la remorque d’un vélo. L’hallucination passée, chacun reprend ses occupations. Pour ma part, je sirotais un délicieux banana lassi, tout simplement, un lait caillé à la banane.

Les neiges de l’Himalaya…

Naïnatal, croissant de lac argenté autour duquel le village est construit, au-dessus de la vallée immense du Gange qui s’étend à l’horizon en une plaine fumante. Le gros Bouddha, assis sur son trône dans la position du lotus, garde les yeux contemplatifs et le sourire serein, au fond de son temple derrière des portes closes. Volent au vent, comme une sainte toile d’araignée multicolore, mille farandoles de drapeaux étendues tout autour dans les arbres les plus hauts. L’air est vif et froid. A l’horizon, montent dans les nuages, les chaînes de l’Himalaya. Les gens d’ici ont la peau du visage et les mains brûlés par la rigueur du climat. Ils ont déjà les traits asiatiques du Népal et de la Chine, cachés derrière ces cols pratiquement infranchissables dont les premières griffes acérées et glaciales débutent à Naïnatal. À 2.500 mètres d’altitude, un mètre de neige a recouvert les montagnes où un sommet nous offre un beau panorama. Dire que nous avons en face de nous la plus haute chaîne du monde, que nous pouvons la saisir de nos mains, l’emporter avec nous en images… Malheureusement, pour s’en approcher davantage, il faut compter encore quelques journées de jeep et ce serait bien inutile en plein mois de janvier. Disons donc que nous l’avons aperçue. Il faudrait revenir en été et faire les pèlerinages qui relient les temples entres eux, sur les plateaux à plus de trois mille mètres, sur les steppes où vivent les yacks, dans les gorges profondes où se cachent les ermites, rejoindre la grande vallée de Lhassa, remonter les sentiers abrupts des plateaux du Tibet en direction du nord puis de l’ouest, redescendre dans les plaines de l’Asie centrale, du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan avant d’arriver à Samarkand… Ce sera pour un autre voyage. C’est ce qu’inspire l’horizon avec le ciel, si bleu, au-dessus de tout, et l’espace devant soi. Maintenant redescendons sur terre, allons manger de bons beignets de légumes et boire un jus d’orange qui pourrait être délicieux si dans ce village, on n’y rajoutait pas du sel et du poivre. En chemin, nous croisons un petit groupe d’étudiants avec lequel nous faisons une bataille de neige. L’une des filles est pieds nus dans ses claquettes. J’en ai des frissons…

Bénarès

Le nom de la ville est revenu à ses origines : Varanassi. Mais, c’est toujours la même gare dégueulasse où pullulent vaches et mendiants, les mêmes taxis qui essaient de vous gratter de l’argent, les mêmes rues sales et bondées, les mêmes hôtels peu chers avec des lits en cordes, les sharpaïs, dont les draps ne sont jamais lavés, les mêmes chiottes immondes et la douche, un seau d’eau. La ville ne nous apparaît pas extraordinaire au premier coup d’œil. Seulement un dédale de ruelles profondes qui ne voient pas le soleil et où se croisent difficilement deux vaches mais qui s’ouvrent parfois sur des places et des fontaines agréables et silencieuses puisque que les voitures ne peuvent pas circuler dans le vieux centre. C’est sur la terrasse de l’hôtel, dominant ces murs et offrant la lumière et l’espace, qu’on est saisi par la mysticité de cette ville et du Gange, immense et adulé, qui s’étend sur une mer sauvage de brousse rougeâtre et sableuse à l’infini et d’où survient, chaque matin, par enchantement, un soleil apocalyptique. Plus bas, fument et brûlent des cadavres encore humides de leur dernier plongeon sacré. Ils se consument sur un bûcher avant d’être balancés à l’eau avec leurs cendres, et sont remplacés aussitôt par un autre cadavre, arrivé sur les épaules de la famille, sans pleur ni remords. Autour, des prêtres en grande robe psalmodient dans leur barbe, des chèvres frivoles volent les fleurs des défunts et les grignotent fièrement. Enfin, des enfants se chargent de veiller à ce que les corps soient entièrement brûlés. Regarder un tel spectacle est assez suffocant car, en plus de l’odeur particulière, l’air contenu dans la boîte crânienne a tendance à faire éclater les os après que le cerveau s’est écoulé en un jet putride des narines. Les touristes dubitatifs se promènent le long du fleuve sur des barques et s’amusent et crient à voir remonter parfois des membres pas tout à fait consumés et des os dans la lumière trouble des profondeurs du fleuve. Ils prennent des photos des croyants à moitié nus dans l’eau qui les ignorent tant ils sont profondément plongés dans la prière, l’extase ou la méditation. Le fleuve est si sacré qu’on l’adore et l’embrasse, qu’on parcourt des lieux pour y venir mourir et ainsi abréger le cycle de sa renaissance sur notre éprouvante planète. Enfin, après être venus sur les rives de ce fleuve et s’être laisser absorbés par toute la divination de ce spectacle, je pense que chacun voit sa vie autrement. Elle est plus légère à porter peut-être. Elle a goût à la fois d’insignifiance et d’infinité… Ne sommes-nous qu’une poignée d’éléments organiques devenant cendre ou poussière ? Dans le ciel de Bénarès, la danse des pigeons dressés dans les couleurs éternelles du coucher du soleil est un spectacle si joli. Ils s’élancent, se mêlent entre eux par centaines, se divisent sans jamais ni se perdre ni se mélanger, et enfin retombent comme des feuilles d’automne sur le chant de leur maître. Si la vie n’est qu’un instant, ce sera pour moi cet instant, celui de la danse multicolore des oiseaux dans les rayons tièdes d’un azur tropical.

Un peu plus de sable

Orchha. Andhra Pradesh.

Égaré dans la campagne avoisinante, je m’étais endormi à l’ombre d’un roncier, bercé par le ronronnement des abeilles. Quand j’ouvris les yeux, un Indien se tenait assis près de moi sans bruit et fumait un bidi qu’il avait taxé dans mon paquet pendant que je dormais. Puis, se leva et m’invita à le suivre sur ses terres et dans l’enceinte de sa ferme : une misérable cahute de bois sur un talus derrière lequel tombait une cascade. Après une petite heure passée avec sa famille, il m’indiqua le chemin du retour en m’ayant fait promettre de revenir manger le lendemain avec ma femme. Un peu plus loin, la flûte au bec, je sifflotais quand un gamin m’invita à m’asseoir sur son lit de paille surmonté d’un toit de feuilles sans mur mais qui était sa maison, au milieu des arbres et des champs. Grignoté avec lui et son chien quelques fruits amers avant qu’une autre bande de morveux m’en tire et que je les suive à travers les chemins poussiéreux et bordés d’épines en direction du village. Bien avant le dernier ravin, deux gamines prirent le relais en dansant et chantant avant de m’abandonner aux premières maisons. Je rentrai voir ma femme, gai et nonchalant comme un vrai Indien, sans lui dire mot. Le lendemain, elle découvrirait ces chemins, ces prairies qui entourent l’orgueilleuse demeure du prince de ces lieux. Un maharadjah avec son harem, ses paysans, ses dieux, ses soldats que nous pouvons encore admirer car ils sont peints sur les murs, quand l’érosion n’a pas effacé à jamais ces merveilles, vieilles de 500 ans.

Namaste, Inde, le 23 février 2005

Je suis dans un petit village qui borde une rivière. Dans les alentours, sur les collines, s'élèvent des temples où jadis, Rama venait voir son amoureuse. Nous étions sur une de ces collines hier soir, clignant des yeux sur le coucher de soleil. Un coucher tel qu'on ne peut en voir qu'ici : majestueux et béni des dieux. De l'autre côté la Lune, pleine, montait doucement comme pour mieux rassembler les éléments de notre 'honey moon' comme aiment à commenter nos amis villageois. Avec mon châle qui pend comme une cape du Moyen Âge, ma flûte et ma barbe, on me nomme Baba. J'ai à mon bras my wife who seems like the more beautifull indian girl, parée de tous ses bijoux sur sa peau brune et sous son voile transparent, et que tous les Indiens gardent en souvenir de cette nuit divine où tous et moi compris étions en transe, fixant interminablement son sari qui tournait au rythme envoûtant des tablas. Dans la matinée, je me rends sur le marché avec quelques bidies et sweet que je partage. Le temps qui semble arrêté. Surtout ne rien faire, mollement chasser les mouches en rongeant des carottes. Faire de la musique ou plutôt tripoter deux bouts de ferraille qui font glig glig, un bout de bambou et une peau de chèvre qui fait boum boum. Une femme se lève et chante en fermant les yeux. Elle répète inlassablement des lala lalala lala. Puis elle tombe et une autre prend le relais. Comme la vie peut être revenue à sa simplicité originelle. Il semble qu'il n'y ait besoin de rien de plus pour la laisser couler. Khajurâho

Je n’avais pas envie de quitter Orchha mais, à quelques heures de bus de là, se déroulait un autre festival de danse, dans des lieux saints : Khajurâho et les temples aux sculptures très connues du Kama Sutra. Dieu sait pourquoi, il y a mille ans, des hommes ont construit ces temples en pleine brousse, au milieu de nulle part, si ce n’est de l’Inde. L’Inde fut ensuite ravagée par des invasions mais qui épargnèrent cet endroit. Il n’y a rien ici à part le soleil. Et puis, dans le ciel, des avions : Ils déposent et ramènent les touristes. Khajurâho, pauvre village avec des hôtels de luxe. Les quelques Indiens de la région sont obnubilés par l’argent et escroquent les touristes trop crédules. Ils utilisent par exemple le prétexte d’une école qu’ils vous font par ailleurs visiter. En réalité, tout est factice comme dans une pièce de théâtre. Les professeurs, les élèves et surtout les documents qu’ils vous feront signer pour confirmer votre don ! Combien se sont fait avoir ? Il n’y a pas de villageois ici qui ne soit envieux de l’argent provenant des retombés de l’exploitation de ce patrimoine national. Les temples témoignent de l’apogée de l’amour sans tabou, libre mais décent, vulgaire mais d’une grande finesse comme ce pénis sculpté levé et raide le long d’une femme aux formes savoureuses et au regard épanoui, depuis un millénaire. Dans la soirée, nous prenons donc place pour le spectacle. Notre entourage est âgé et aisé, qu’il soit indien ou occidental. La nuit tombe, les musiciens s’accordent, la danseuse apparaît, le silence se fait et le spectacle débute. Il ne faut qu’un instant à la musique pour nous transporter, nous faire ressentir l’essence du peuple qui l’anime. Ainsi, toute l’Inde est dans sa musique. Rien ne sert de visiter les temples, de lire les livres, d’errer dans les montagnes ou les steppes. Elle dessine ses paysages : splendeur, richesse de sa nature, raconte l’histoire de son peuple, le tumulte de leurs passions, leur foi, leurs doutes, leurs joies, leurs souffrances et nous berce dans les délices de la beauté, la sensibilité et la poésie. L’émotion m’envahit progressivement et s’intensifie à mesure que le corps, dans toute sa souplesse et sa dextérité, s’identifie à la subtilité de la mélodie. Les mouvements de la danseuse sont si proches de la musique qu’ils semblent être la forme vivante des notes dans l’espace. Son corps tourne et vole sur la scène, d’une suavité et d’une finesse qui surplombe l’art indien. Enfin, l’orage est tombé sur nous avec, en quelques minutes, une pluie diluvienne. Les gens restaient pourtant figés sur leur tabouret. Les musiciens ne s’arrêtaient pas non plus et la danseuse ouvrait ses bras à la pluie en continuant de tourner dans un délire que le bruit de la foudre rendait plus incroyable. Et puis les gens ont commencé à courir pour se réfugier dans tous les sens comme si le spectacle les avait rendus fous. Mais, la plaine était nue et la boue s’épaississait. Finalement la musique s’étouffa et tout le monde reprit ses esprits ou alors seulement moi qui l’avais perdu. Je me frottai les yeux ruisselant sous les lourdes gouttes d’orage. Nous reprîmes, tremblants, le chemin qui nous avait amenés ici. Je repartais avec, dans le ventre, une sensation, une énergie qui m’avaient tout abasourdi.

Rajasthan

Avec 5 jours de retard sur Daoud et après une longue nuit de bus sans dormir, nous arrivons, Meriem, une amie et moi, à Agra pour y découvrir le Tadj Mahall, chef d’œuvre de l’architecture moghol. Un palais de marbre blanc, incrusté de pierres précieuses, construit en souvenir d’une fiancée défunte dont le mausolée repose à l’intérieur. Une jolie preuve d’amour qui ruina une dynastie mais qui est devenue une des merveilles du monde.

De nouveau sur la route, nous visitons Jaipur, la ville ocre puis Jodhpur la ville bleue qui, du fort surplombant la ville, colore les dunes du désert de Thar. Ce désert qui a abrité durant des siècles des guerriers invincibles et fiers dont les légendes courent encore : les Rajputs dont le visage est enturbanné d’un bandeau de cinq mètres de long au-dessus de leurs yeux clairs comme le sable, et qui arborent à la ceinture un sabre courbé, décoré de diamants. Les descendants de ces guerriers ont gardé les mêmes yeux et le même turban mais ont rangé leur sabre et leur vanité. Comme tous les Indiens de la péninsule, ils sont bruyants et tchacheurs mais toujours gentils, souriants et inoffensifs. Ce qui n’est pas négligeable quand on promène deux demoiselles. En Inde, il faut avoir de l’assurance, rire avec les gens, se moquer d’eux et de soi, élever la voix quand ça ne va pas, ne pas se laisser monter sur les pieds, les envoyer promener avec un shalow shalow quand ils sont trop insistants et tout va bien. Quant à eux, ils ne se fâchent jamais mais gardent toujours l’espoir de vous prendre un peu d’argent. Les négociations sont toujours longues et souvent il faut partir, les faire courir, négocier de nouveau. Il faut avoir la forme puisqu’on a affaire le plus souvent aux commerçants, aux conducteurs de taxis et aux hôteliers qui, tous, sont des rapaces. Difficile de rencontrer des gens qui n’auraient rien à faire de notre argent. Ceux qui gardent leur orgueil, leur suffisance, saupoudrés d’un peu de mépris. Ceux-là, je les estime plus que ceux qui nous flattent. Quelquefois il y en a qui sont prêts à vous aider, vous offrir quelque chose, vous accueillir sans intérêt mais franchement, c’est rare. Route de Khuri

Plus en s’enfonce dans le désert, moins il y a de villages. Les routes sont recouvertes de sable, les visages plus sévères. Les femmes se cachent davantage derrière leur voile et sont moins nombreuses à se montrer dans les rues. Une dernière journée de transport doit s’achever dans un endroit perdu d’où sortent quelques cabanes d’anciens nomades pas encore tout à fait sédentarisés. Ces nomades rejoignaient à dos de chameau le Pakistan de l’autre côté du désert. Les contrebandiers se sont organisés depuis et c’est en camion qu’ils font le trajet de nuit.

Cinquante mâles debout, à deux mètres, les yeux fixés sur nous qui sommes assis par terre au bord de la route. Un croisement, un ou deux bouibouis crasseux, quelques cactus et le désert à perte de vue. Après quelques secondes de silence, une boutade en ourdou laisse éclater de rire tous les joyeux compères indiens, musulmans et camionneurs… Je vais au bouiboui boire un tchai. Verrai ce qui se passera avec les filles. De temps en temps, je jette quand même un coup d’œil pour regarder le spectacle : cette bande de frustrés, et sûrement puceaux la plupart, avec deux occidentales perdues dans le désert. La réputation des occidentales en Inde et dans beaucoup de pays musulmans est très simple : ce sont des salopes. Il arrive qu’une personne avec qui vous avez fait connaissance finisse par vous demander si vous faites des films pornographiques. Surtout pour les filles. Une situation explicable par le fait que le commerce du porno a souvent été réalisé par des occidentaux et avec des femmes blanches. Et comme le porno est une des plus grosses entreprises commerciales à l’échelle mondiale, les petits Indiens et musulmans de tous pays dégottent, à prix bas, les copies de copies de journaux ou vidéos avec les seuls Blancs qu’ils aient jamais aperçus. On comprend pourquoi la civilisation occidentale est considérée comme décadente quand on s’aperçoit que les rares informations qu’ils possèdent sur nous reposent sur ce genre d’activité. Dans des pays, des régions où la condition des femmes et leur émancipation n’a pas changé depuis un millénaire, où le mariage est encore arrangé en famille, où la chasteté est respectée et l’adultère puni de mort, les films pornographiques sont des bombes atomiques… Le cercle se resserre autour des filles. Se resserre encore. Bientôt, elles disparaîtront… Voilà, je ne les vois plus. Un instant. Un instant seulement avant un cri très fort. Un cri de femme, strident, enragé. Un cri terrible. Et, comme un départ de course : la bande de trous du cul se sauve en courant. Meriem s’est levée. C’est elle qui a crié. Un des mâles a osé toucher ses cheveux. Elle s’est levée pour le gifler mais ils sont partis trop vite. Au loin, ils rient. Ils pleurent de rire ces nigauds mais restent à distance. Puis, de nouveau, le cercle se reforme. Les filles n’ont pas l’air angoissé. Juste méfiantes. Elles savent qu’elles ne risquent rien tant qu’elles ne se laissent pas faire. Le gars du bouiboui parle quelques mots d’anglais, on rit ensemble de la situation. Cinq mètres, le cercle se rapproche. Ça va recommencer. Mais là, ça va m’agacer, je vais y aller ! J’y vais. Trop tard. Le bus arrive en klaxonnant. Il n’y a plus de place dedans. On monte sur le toit. Il démarre. C’est parti ! En route pour Khuri, le village perdu du désert où Daoud a trouvé refuge et nous attend pour un nouveau départ...

Arjun family

Sous un soleil de plomb, dans ce village du désert, seuls passent des dromadaires avec leurs grognements affreux pendant que dorment les ânes, les chiens, les chèvres et les vaches, à l’ombre de quelques arbustes épineux. Dans les maisons de sable et de branches recouvertes de chaume, on tente de garder un peu de fraîcheur de la nuit passée en fermant les portes de bois déteintes et les minuscules fenêtres avec des chiffons mouillés. C’est la sieste. Le silence. Enfin le silence. Intact comme le soleil. Le silence de mort du soleil de midi. Le paysage se défend d’être vu tant il brûle les yeux. Ce blanc que projettent les rayons ardents sur le sable des dunes. De plus haut, tout semble prêt à brûler avec ces ondulations, ces ondes de chaleur que l’on voit au-dessus d’un feu. On pourrait entendre, si on prêtait l’oreille, gémir et craquer ce petit arbuste recroquevillé sur lui-même, tant la chaleur est mauvaise. Ici, tout est couleur de sable, les chemins, les animaux, les enfants, les dunes et les murs des maisons. Tout, sauf ces petites fleurs dont le rouge étincelle. Ces petites fleurs, de ce même petit arbuste brûlé et chétif. Tout est couleur de sable. Tout, sauf ces petites fleurs et les femmes qui ressemblent aux petites fleurs, quand elles vont chercher l’eau des puits, l’eau tiède et gorgée de sable et de larves de moustiques.

Nous prenons la route des dunes au matin sur le dos des dromadaires où s’entassent couvertures, eau et vivres pour le voyage. Sur la route, dans le tintement des cloches, s’écartent les troupeaux avec les enfants qui les gardent, les antilopes et les chiens du désert. Puis, nous voilà sous les étoiles. Des millions d’étoiles, tant le ciel est pur et le noir de la nuit impénétrable. Autour, le silence, profond, infini. Les flammes mouvantes du feu qu’inspirent les rêves. La voix d’un homme. Il chante les chansons d’amour de son peuple éternel avec deux cordes de notre guitare. Nous sommes tous, joints aidant, plongés dans ce désert de dunes et d’épines qui a forgé cette voix. Un homme du désert, une voix, un voyage, celui d’une nuit… comme la première, où c’était ma voix que tu écoutais. Tu l’écoutais danser. Elle ne chante pas ma voix. Elle danse. Elle danse avec les mots. Suffisamment pour que tu viennes danser avec elle, cette nuit-là et toutes les autres jusqu’à aujourd’hui, peut-être demain, quelques heures. Un homme du désert, une voix, un voyage, celui d’une nuit… Un peu plus de sable, sur ces dunes, où notre sablier a choisi de s’achever…
Open
MA
Martouza 17 years ago · Baillon
Délai réel du visa tourisme pour l'Inde en été
Bonjour, nous sommes le 29 juillet 2009 et n'habitant pas à Paris, je ne pourrai me rendre à VFS que vendredi 31 à la première heure pour obtenir un visa tourisme pour l'Inde. Ils indiquent que le délai pour l'obtention est de 3 à 5 jours ouvrables si c'est sur place. Mais je prends l'avion le mardi 11 au matin. Comptant dans les jours qui restent les 2 week-end, j'ai peur que mon visa n'arrive pas à temps. (il faudrait que je puisse le récupérer le vendredi 7 ou le lundi 10 au pire. Les personnes d'expérience pourraient-elles me dire si ce délai est respecté, surtout en cette période, ou s'il vaut mieux que j'engage une procédure d'urgence? merci!
Open
DA
Dauclair 17 years ago · Baillon
Les dauphins du Gange
Bonjour,

j'ai découvert au fil de mes lectures l'existence de ces dauphins d'eaux douces que sont les dauphins de gange. J'ai très envie d'aller à leur rencontre mais ils semblent rares et je ne sais pas si c'est possible. Quelqu'un a-t-il une expérience à faire partager à ce sujet?

Merci d'avance !!
Open
TR
Trabuc 17 years ago
Hôtel Broadway à Kolkata, trajet vers Howrah et Orissa
Bonjour

A mon arrivée à Kolkata, je pense passer une nuit dans cet hôtel; quelqu'un l'a déja testé ?

Broadway Hotel 27A Ganesh Chandra Avenue Kolkata-700013

Je repars au petit matin à 7h25, en train (réservé et confirmé) pour l'Orissa. Combien de temps faut-il compter pour se rendre de BBD Bagh à HWH? Embouteillages à cette heure là ? D'aprés mon plan, ce n'est pas très loin et accessible en métro.

D'autre part, quelqu'un a-t-il déja réservé en ligne, une chambre dans les Panthanivas de l'ODTC Orissa ? Le paiement par CB ne fonctionne pas... et je ne comprends rien aux autres modes de paiement ! 😎

Merci.

Bons voyages Bernard
Open
AN
Angele7 17 years ago · Aneja007
Voyage pour deux femmes en Inde du Nord
bonjour, je nous partons dans quinze jours ma soeur (17 ans ) et moi même (21 ans). Je suis déjà parties l'an passée en inde du sud néanmoins j'ai quelques questions concernant ce voyage dans le nord et le fait de voyager a deux femmes. notre itinéraire est le suivant delhi pushkar, jaisalmer, jodhpur, mont abu, udaiûr, bundi, agra , varanasi, kajurao, orcha, gwalior, delhi. 1) L'an passé lors de mon voyage dans le sud nous avions vu très peu de touriste et cela été très agréable, le rajastan semble très touristique est-ce "supportable"? hormis agra existe t-il des des lieux trop touristique a evité! 2) voyez vous des modifications a apporter a notre itinéraire?

3) en outre, l'an passé nous avions pour habitudes de voyager en train de nuit, certains deconseille les trains de nuit pour les femmes seuls quel est votre point de vue?
Open
MA
Marolubo 17 years ago · Michel46
Circuit de deux semaines en Inde avec une agence
Bonjour,

Je dois partir avec Nouvelles Frontières au mois de septembre pour effectuer un circuit de deux semaines point de départ Delhi puis direction Chandigarh, Dharamsala, Amritsar et reour Delhi. J'ai parcouru de nombreux forums pour me renseigner sur l'habillement et sur l'argent à emporter mais à chaque fois c'était surtout des baroudeurs ou des voyageurs individuels qui posaient ou répondaient aux questions, donc pour le circuit qui me concerne je n'ai pas trouvé les explications que j'attendais. C'est pourquoi j'aimerais savoir si il y a des personnes qui ont déjà fait ce type de voyage organisé celui là ou un autre et si ce pays est très différent des autres circuits que j'ai effectués comme au Vietnam, en Chine, en Egypte entre autre. Merci d'avance pour vos réponses.
Open
GU
Guigui000 17 years ago · Aleabis
Bière locale et bon restaurant au Rajasthan?
Bonjour, Vu le prix des resto en Inde par rapport a la France, on c dit qu on pourrait s en faire un "classe" ( je parle en terme de qualite et non d aspect meme si je me doute que le premier va generalement de paire avec le second, l inverse n ai pas forcement vrai!😛) et cela meme si il faut faire sauter le budget bouffe pour un repas, en restant tout de meme en dessous de20-30 euros le repas pour une pers.

Donc ma question: Connaissez vous ce genre de resto au Rajasthan et à Delhi?

Et ensuite quelles sont les bieres locale du Rajasthan si il y en a? Leurs prix sont ils meilleurs marcher que celles des grandes marques?

Merci a vous
Open

Recommended for you

Previous Page 390 of 681 Next