Le soleil se lève lorsque nous arrivons au célèbre pont U Bein à Amarapura, le plus long pont en teck du monde avec ses 1200 mètres.


Tout le long du chemin, tous les birmans qui ont un téléphone veulent être pris en photo avec nous. Quand ils sont cinq, il faut poser cinq fois. Des fois on veut juste madame, des fois seulement monsieur, des fois les deux. C'est le retour de baton pour madame la photographe et monsieur le filmeur mais bien sûr nous nous y prêtons de bonne grâce ( ce serait un comble ) et avec notre plus beau sourire s'il vous plait.

Le village de l'autre côté du pont est tout ce qu'il y a de plus authentique et il ne faut pas se priver d'y faire un passage. Au matin, c'est l'effervescence : des amis prennent leur petit-déjeuner au bistrot, les enfants arrivent à l'école, les petits commerces entament leur activité.

Nous arrivons alors seuls à la pagode Kyauktawgyi, que des gens du coin commencent à fleurir. Il y a de jolies et complexes fresques assez bien conservées au niveau de l'entrée principale, dont un calendrier astronomique au plafond.
On à peine à constater que le grand bouddha à l'intérieur est réalisé à partir d'un bloc unique de marbre tant les guirlandes électriques, qui lui font un soleil autour de la tête, clignotent. Au Myanmar, on use et abuse de cet artifice.

Quelques beaux objets sont disposés tout autour, dont deux shivas danseurs dorés, debout sur un boeuf et un buffle, avec un fin bouddha enchassé sur leur coiffe. Dans un coin, un peu dans l'ombre, un fabuleux reliquaire à étage.


Nous avons craqué à l'extérieur. Plusieurs gamines voulaient nous vendre de petits colliers de fleurs. Nous en avons pris un à chacune, pour toutes les contenter. Bien sûr, à la sortie, monsieur n'a pas pu s'empêcher de se décorer quelques instants avec les colliers autour des oreilles. Le regard consterné de Ko Phyo nous fait l'interroger; il nous dit : " Now, everybody thinks you're gay ". Ah, ça, on ne lui a pas expliqué que ce n'est pas grave et que chez nous c'est même très tendance. En Asie, évitons le compliqué.

De l'autre côté du pont, nous avons admiré la pagode Patodawgy, laquelle impressionne par la hauteur de son chedi et son blanc immaculé.



Les amateurs de kitsch feront un saut au temple en face, de l'autre côté de la voie de chemin de fer. Dans la chapelle principale, tous les bouddhas ont l'air en porcelaine, certains ont leurs ombrelles. Tout autour, on ne sait plus trop si c'est le temple ou le casino, entre le petit bouddha reposant sur son lit de billets, les spots et les guirlandes clignotantes. Il y a là comme un décalage...Finalement, quand on s'aventure derrière ce temple, on y découvre un bâtiment
beaucoup plus ancien, un peu style khmer et un monastère juste à côté.
Cependant, le temps passe et nous avons demandé à notre chauffeur de nous conduire avant 11 heures du matin à la Snake Pagoda à Paleik, village un peu au sud d'Amarapura.
La légende de ce temple ressemble au scénario d'autres légendes, dans d'autres pays : un jour, des moines ont décidé de construire un temple, deux grands serpents sont sortis de la forêt et se sont sentis si bien dans ce temple élevé à la gloire de Bouddha qu'ils y sont restés. Depuis, les habitants de la région vénèrent et nourrissent ces serpents.
Vous arrivez donc tranquillou dans le temple, pas un touriste, que des locaux. Dans une salle, un petit bouddha légèrement enflé à la feuille d'or dans un petit réduit qui semble être un évier réaménagé. Mais au fait, qu'est-ce donc, ces grosses choses de chaque côté du bouddha ? Eh ben, évidemment, rien de plus normal, sous votre nez sont tranquillement lovés deux pythons d'une longueur de 2 mètres.
Donc chaque jour à 11 heures tapantes, on les porte dans le patio couvert contigu à cette pièce, où on leur a aménagé leur baignoire et ils prennent un bain dans une eau propre agrémentée de quelques fleurs.

Vient ensuite la séance photo. Des birmans se présentent à tour de rôle, on leur met un python dans les bras puis ils reçoivent un ticket leur permettant de retirer la bonne photo. Il y a d'ailleurs dans le patio de mignonnes photos de bambins avec leur copain le gros serpent...

L'étape suivante consiste à sortir le python du bain, on le pose dans le patio et on le sèche avec des serviettes de toilette. Les deux hommes qui se chargent de cette tâche nourrissent ensuite les serpents : l'un les tient, l'autre leur ouvre la gueule et y glisse quelques poissons. Ils les tapotent un peu pour aider à la digestion puis le même manège reprend pour leur faire boire du lait.

Enfin, ils les posent par terre et les guident un peu pour qu'ils reprennent tout seuls le chemin de la niche.

En dehors du fait que nous avons assisté à une opération vraiment extraordinaire dans un cadre tout à fait ordinaire, nous nous demandons quel bazar ce sera lorsqu'un bon nombre de touristes aura eu vent de cette...attraction. Reconnaissons que nous avons été totalement scotchés pendant trois quarts d'heure.
Nous laissons le dernier mot de l'histoire à Ko Phyo : lorsque nous lui demandons ce qu'il en pense, il nous répond laconiquement " Ils seraient mieux dans la forêt ".
Il nous amène ensuite à un petit restaurant familial sur une aire de " l'autoroute ". Nous allons voir en cuisine ce qu'il y a de disponible, notre chauffeur passe la commande mais même lui a du mal à se faire comprendre. Nous avons donc en soupe ce que nous avions souhaité en plats frits. Les affres d'une désillusion culinaire sur notre séjour au Myanmar semblent se confirmer.
Un homme passe nous voir, qui est le propriétaire de tous les restaurants et boutiques sur cette aire. Il possède aussi des plantations et nous explique avec conviction que ses ananas sont les meilleurs du pays. Il nous en offre d'ailleurs un beau spécimen, que nous ferons découper le soir à l'hôtel. Néanmoins le cuisinier aurait pu avoir la présence d'esprit de rincer son couteau avant de nous trancher l'ananas. Vous avez déjà goûté de l'ananas subtilement parfumé à l'ail ? On vous le dit, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas...
En revenant vers Mandalay depuis Amarapura, on passe par la fameuse pagode Mahamuni. Ce lieu fait partie des incontournables, où l'on sait en y allant ce qu'on va voir et qui pourtant vous épatent quand même lorsque vous les contemplez.
Même le bermuda n'étant pas admis pour les hommes ( pour une fois ce ne sont pas les seules femmes qui sont ennuyées ), monsieur se fait revêtir d'un longyi, ce pan de tissu qu'on enroule autour de la taille de manière à ce qu'on ait l'air de porter une robe. L'une des deux préposées est bien obligée de me le mettre vu le peu de talent que je montre à le fixer correctement. Du coup, gênée, elle n'ose pas trop serrer et l'une ou l'autre fois quelqu'un viendra me remettre tout ça en place. J'ai eu un succès fou auprès des birmans et des birmanes. Pour une raison m'échappant tout à fait, ils y ont trouvé un grand effet comique. C'était certainement encore plus drôle en marchant, ma liberté de mouvement étant restreinte je me sentais comme une geisha à petits pas dans sa robe trop serrée.
Nous aurons longuement contemplé cet ineffable, somptueux et serein bouddha engraissé au fil des ans d'une couche de 20 centimètres de feuilles d'or. Durant notre visite, trois hommes y ont collé, pour d'autres fidèles, sans arrêt, de petites feuilles d'or. Des moines sont aussi venus le faire. La ferveur du peuple y est sensiblement encore plus importante qu'ailleurs.
Il m'a été permis de le filmer de près et même de faire le parcours qui consiste à monter sur une petite échelle, de son côté droit, pour accéder derrière lui puis de redescendre par l'autre échelle, de son côté gauche. En revanche, quelqu'un m'a interdit de le filmer de derrière.


Même à quelque distance, on est impressionné par la quantité de bijoux en or, de rubis et d'émeraudes dont sa coiffe est parsemée. Deux ouvertures latérales permettent de voir le haut de la statue par les côtés. Même cela en vaut la peine.

Dans la cour, près de l'énorme gong datant du 18ème siècle, est exposé un trésor : il s'agit des six seules sculptures khmères initialement installées à Angkor qui aient survécu aux péripéties des siècles passés. Les visiteurs s'en approchent tous avec frénésie, les touchent, les caressent puis se passent plusieurs fois les mains dans les cheveux.

Un grand bâtiment abrite le musée du bouddha avec une étonnante et vaste maquette de l'Asie du bouddhisme sous un plafond astrologique très coloré. Dans un autre bâtiment, nous avons pour notre part plutôt apprécié la longue série de tableaux relatant le transport de ce bouddha depuis le royaume d'Arakhan jusqu'à sa mise en place définitive au moment de la construction de la pagode.
Dans ces lieux, tout comme sur la colline de Sagaing, on vous taxera de 300 kyats si vous portez un appareil photo et de 500 kyats si vous avez une caméra. Malgré la pastille qu'on vous colle sur les vêtements, il ne semble pas y avoir de contrôle a posteriori et ceux qui laisseront leurs appareils dans les sacs s'exonéreront de la redevance. De plus, les préposés ne sont pas toujours présents ou attentifs.
« Tout le monde s'interroge sur comment laisser une meilleure planète à nos enfants, mais on devrait plutôt penser à laisser de meilleurs enfants pour notre planète. » Clint Eastwood