Petit tour à vélo dans des départements du bout du monde août 2020

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LU
Le voyage pourquoi ? Chacun sa définition en fonction de ses envies et de ses aspirations. Le plaisir, le bonheur de la découverte, aller regarder les grandes merveilles du monde, dont on nous dit qu’il faut les avoir vues dans sa vie au moins une fois, un peu à la manière de la Rolex de Séguéla. Certes, au cours d’une interview plusieurs années plus tard, il a répondu que ce jour-là, il avait dit la plus grosse connerie de sa vie !

Le cyclo-voyageur ajoute une dimension particulière au voyage. En quelque sorte son déplacement constitue son voyage. Il ne se rend pas en un lieu pour le visiter, il pérégrine en recherchant les routes, les chemins ou les pistes les moins courues, et il en fait son voyage. L’itinéraire, lorsqu’on le parcourt à la force de ses mollets, on change l’esprit du déplacement. Bien sûr l’idée de challenge est toujours, plus ou moins, sous-jacente.

Ce type de réflexion, tout naturellement m’a conduit à envisager de partir à la découverte de la France profonde à travers les départements suivants, la Haute-Marne, la Meuse et la Meurthe-et-Moselle. Bien évidemment, nous sommes nombreux à y être passés, mais en voiture dans nos traversées browniennes, où l’on ne souffre pas le moindre retard, les yeux rivés sur le compteur, en essayant d’être toujours un peu au-dessus de la limite, à l’orée de déclencher les radars. Entre le compteur optimiste et la petite tolérance, sur route 90 affiché au compteur et 140 sur autoroute, généralement tout se passe bien. Mais les grands axes sont devenus une jungle, où toute notre attention est absorbée. Donc, même si nous avons traversé ces départements 52, 55 ou 54 que connaissons nous des campagnes profondes qui s’y cachent ? C’est justement à leur découverte, hors des voies habituelles du tourisme, que je veux m’aventurer quelques jours. Certes, les départements agricoles j’en ai une petite idée, ayant habité en Haute-Saône et ayant beaucoup parcouru à pied tout le sud-ouest de la France, en particulier le département du Gers, très impressionnant par ses moutonnements de terres cultivées qui se succèdent jusqu’à l’infini. Mais voilà, tous les départements ne se ressemblant pas, c’est donc plein de curiosité et aussi d’attentes que je me lance dans un « petit tour » de 400 kilomètres à partir de chez moi.

Je vais renouer avec le bikepacking, terme barbare qui signifie que l’on part avec un matériel allégé, avec des sacoches au look futuriste qui n’ont pas besoin de porte-bagages pour être accrochées. Bien évidemment la contenance en est moindre. Mais on se déplace toujours avec beaucoup trop d’affaires, qu’il s’agisse d’habits ou d’appareils électroniques en tous genres, sans parler des matériels de bivouac trop volumineux. Evidemment, ces derniers il en existe de poids et volume réduits, mais il faut oser passer le pas et mettre au rebus un équipement que l’on considère toujours efficace. Et puis, il faut s’adapter aux saisons et aux lieux. Cela conduit à avoir une tente pour l’été en Europe, une pour l’hiver, éventuellement celle de l’été suffit, mais pour les voyages lointains dans des pays au climat très hostile, là pas le choix du très costaud s’impose. Le voyage à vélo, afin de s’équiper de façon optimale selon les différentes options demande des moyens financiers.

Comme à chaque fois, que je pars pour un voyage engagé de longue durée sur un autre continent ou pour un petit tour de côté de chez moi, alors l’appel de la route s’impose. J’ai perdu l’habitude (à vrai dire je ne l’ai jamais eue) d’organiser mes affaires en bikepacking, il s’agit seulement de ma deuxième expérience, et de plus je pars dans l’euphorie de la première. En effet, j’avais effectué le premier jour 230 kilomètres, alors j’envisage avec un esprit tranquille mon étape initiale de 130 kilomètres. Quelle erreur ! 6h30, je prends la piste cyclable direction Remiremont. Les 25 premiers kilomètres sont rapidement expédiés. Les bosses apparaissent dès la sortie ouest de la ville et elles vont être nombreuses. Je ne serai pas en mesure d’en faire la somme des dénivelés cumulés, mon compteur va me lâcher aux environs des 80 kilomètres. Je prends la direction de Bains-les -Bains. Tout va bien, la forme semble bonne, la circulation est peu dense. Je me fais doubler au moment où je m’arrête par un couple de voyageurs équipés de vélos électriques. Evidemment je ne les rattraperai pas.

Pause-café, plutôt capuccino à Bains-les -Bains. Sur la terrasse on est autorisé à s’installer sans porter le masque. Sur mon vélo au milieu de la campagne déserte j’oublie rapidement la présence de la pandémie, mais dès que je pénètre dans une agglomération, les visages masqués me rappellent la situation que nous subissons à l’échelle mondiale. Sur cette terrasse, un homme m’aborde et me pose quelques questions sur mon périple. Il me donne une information intéressante concernant la piste cyclable qui longe le canal de l’est et qui passe à proximité. Je ne le savais pas et ma carte Michelin au 1/150 000ème couvrant les départements Haute-Saône et Vosges ne la mentionne pas.



Je vais la suivre une dizaine de kilomètres, parcours très agréable où je croise plusieurs voyageurs à vélo, dont deux familles lourdement équipées. Je rencontre aussi plusieurs bateaux, certains dans mon sens donc je les dépasse. J’éprouve toujours un grand plaisir à suivre les berges d’un cours d’eau ou d’un canal. Ce dernier insuffle la sérénité. Parfois la piste est cernée par l’eau. Mais tout a une fin, je reprends la route au village de Selle. En traversant des villages du bout du monde ou presque, tels que Regnévelle, Godoncourt ou Ainville je me dirige vers mon point de chute la ville de Montigny-le-Roy.



A vélo on passe rapidement de tout va bien à rien ne va plus. Mais il y a une explication à toutes choses. Sans doute l’absence d’entraînement depuis 18 mois, mais je ne me suis jamais entraîné avant de partir en balade. Peut-être l’âge ? mais plus probablement un mixte entre grosse chaleur et une très mauvaise gestion boisson nourriture. Il faut dire que dans ces coins durant les cinq jours de mon périple je ne rencontrerai quasiment aucun commerce ni bistrot. On a beau avoir une longue expérience en matière de voyage à vélo, les conneries de base on les fait encore parfois. Eh oui, cette idée de faire « seulement » 130 kilomètres m’a mis dans un état d’imprévoyance, m’imaginant que cela serait facile, et boum le coup de barre.

Je m’arrête dans un village asphyxié sous une chappe de chaleur, et à l’abri d’un mur, installé sur un petit carré de pelouse grillée je mange les deux œufs durs que j’ai pris la précaution d’emmener, ainsi que l’une des deux bananes que je possède. Je remplis mes bidons au magnifique lavoir.



Je sens la déshydratation assécher mon corps. En France, je n’avais jamais ressenti cela. Je ne crains pas le soleil, sans doute du fait de mon atavisme du sud de la Méditerranée, mais aujourd’hui je me sentirais presque en danger. Il me reste une trentaine de kilomètres pour boucler mon étape prévue. Généralement, je ne suis pas à cheval quant au respect de la planification, je peux sortir ma tente et m’installer dans le premier bosquet un peu à l’abri des regards. Mais aujourd’hui j’ai l’impression de cuire et je crains que sous la tente ce soit l’enfer. Donc je vais m’astreindre à rejoindre la ville afin de chercher un hôtel, en quête d’un peu de fraîcheur. Les derniers kilomètres sont un calvaire comme je n’en avais jamais connu. Les ultimes côtes, même pas très raides, je suis dans l’obligation de pousser mon vélo, bien qu’il soit en carbone et hyper léger, et même de m’arrêter sur le bas-côté et me vautrer dans l’herbe du talus à l’abri de l’ombre d’un arbre.

Cette première journée me laisse un peu dubitatif. J’ai eu l’impression de pédaler dans quelque pays exotique. Les jours à venir ne seront pas plus cléments, les prévisions météorologiques annoncent des pics de chaleur encore plus importants. Bon, nous verrons bien. Première mesure essayer de continuer à rouler très tôt et puis limiter les étapes à 70 kilomètres. Voilà il faut s’adapter, le corps commande et surtout rester à son écoute, ce que je n’ai pas vraiment fait aujourd’hui.

J’ai plusieurs amis qui sont des spécialistes du déplacement à vélo de nuit, en particulier au moment de la pleine lune, ils en parlent avec des trémolos dans la voix. Ce serait bien le moment d’essayer, la configuration actuelle de notre satellite s’y prête. Mais dans un premier temps j’aspire à une bonne nuit et, surtout à réhydrater mon corps. Ma devise « toujours pisser blanc » est mise à mal, mes urines sont d’un jaune plus que prononcé malgré les 4 litres d’eau de la journée. Je ne me souviens pas avoir subi de telles difficultés à avancer, conjonction d’erreurs et de canicule. Toujours très intéressant d’aller assez prêt de ses limites physiques, je me rends compte qu’il ne faut pas grand-chose pour dérègler la machine.

De la terrasse de l’hôtel, je regarde vers le nord, tout est jaune, desséché. Cela est presque inquiétant, on pourrait se croire quelque part au sud de l’Espagne, mais non il s’agit bien de la Haute-Marne. Demain je vais me contenter d’une étape de 60 kilomètres en rejoignant Neufchâteau, qui se trouve dans le département des Vosges.



Après une nuit correcte, au réveil je constate que la journée d’hier a laissé quelques traces et, contrairement à mon habitude, je ne démarre pas au lever du jour mais vers les 9 heures du matin. Très vite, la ville située sur une bosse est quittée et devant moi s’ouvrent à l’infini des prairies et des terres agricoles grillées par la sécheresse et les rayons ardents du soleil. Prendre une carte IGN ou Michelin, qu’elle soit au 1/100 00, 1/150 000 ou 1/175 000 -ème et y tracer son itinéraire le long de départementales matérialisées par un trait blanc bordé de deux lignes noires, alors vous êtes certain du résultat. Vous vous lancez dans une belle aventure loin des voitures, mais proche d’une nature et d’une vie locale que l’on a tendance à ne plus voir. Cette incursion dans le département 52, va me conduire de minuscule village en minuscule village, qui s’égrènent, de bosses en creux, tout au long d’une terre ondulante. Je ne vais y voir pratiquement aucun des êtres vivants que l’on s’attend à rencontrer, ni homme, ni chien, ni chat. Si, une fois, dans l’un de ces hameaux apparemment abandonnés, je vais croiser un homme seul, et il me rappelle que nous sommes en pandémie car il porte le masque, le fameux masque qui fait couler tant d’encre et de salive chez les Gaulois récalcitrants.

A vrai dire je vais côtoyer de nombreuses vaches, qui lorsqu’elles le peuvent s’agglutinent à l’ombre d’un arbre de leur pâture. Elles sont comme de gros points blancs dans cet environnement couleur blond, couleur paille. Les ondulations permanentes de cette terre procurent des contrastes du plus bel effet entre le doré du sol et le bleu du ciel. L’une et l’autre des couleurs ne se mélangent pas comme sur une aquarelle, au contraire elles se maintiennent bien séparées par une ligne horizontale sans accroc. Cette matinée me fait une impression étrange. Ce décor de villages déserts alanguis dans un autre temps, de champs, de vaches, d’odeur de purin et de présence de traces de bouses un peu partout me remémore ma traversée de la Pologne par ses grandes plaines, il y a maintenant une dizaine d’années. Certes, en Pologne l’environnement, les habitations les matériels agricoles étaient plus vétustes, mais je m’y vois presque dans ces immenses plaines où les Allemands livrèrent de dures batailles avant de reculer devant le rouleau compresseur soviétique. D’ailleurs, ironie du sort dans ces hameaux de Haute-Marne, la présence humaine est surtout représentée par les monuments aux morts rappelant les soldats tombés au champ d’honneur pour la France.



Au village de Pompierre je m’arrête vers midi, la température a déjà largement dépassé les 30 degrés, et cela va continuer à monter jusque vers 15 heures. Allongé au bout d’un pont à l’ombre d’un arbre je savoure la brise très ténue créée par le cours d’eau pas encore asséché, mais qui cependant a des airs de moribond qui ne devrait pas tarder à rendre les armes. Un coureur, plus très jeune, passe à trois reprises, suant et harassé sous le soleil vertical le dardant sans pitié. Au troisième passage je l’interroge. Il me répond qu’il vient d’effectuer par 3 fois un parcours de 2,5 kilomètres. Chapeau, car à part l’ombre de mon arbre son circuit se déroule en plein champ. Il me donnerait presque de la vaillance. Après trois quarts d’heure de station allongée, je prends à deux mains, sinon mon courage, du moins mon guidon et j’accomplis les 11 derniers kilomètres qui me séparent de Neufchâteau.

L’ambiance dans les villes est quand même un peu étrange, tout le monde ou presque est masqué. Dès que je descends de vélo je dégaine le mien. Il fait tellement chaud que je n’ai même pas faim. Je me force cependant à ingurgiter les différents éléments du menu que fort gentiment le propriétaire de l’hôtel me propose alors qu’il est déjà 14 heures. En ce troisième jour je compte rejoindre la ville de Commercy dans la Meuse, encore un département très agricole. Vu les conditions de forme pas au top et les conditions météorologiques par contre au top de la chaleur, ce sera le point le plus haut de mon parcours pour une sortie de 5 jours. Dans mon euphorie initiale je me serais bien vu monter au moins jusqu’à la frontière du Luxembourg. Mais voilà, entre ce que l’on désirerait et la réalité, cette dernière gagne généralement.



Comme hier, la même campagne assoiffée se déroule de part et d’autre de mon chemin. Je traverse le village natal de Jeanne-d ’Arc, Domremy-la -Pucelle. Il n’a pas de privilège particulier, lui aussi crie à boire. Puis je traverse une route plus importante et reprends mon itinérance au gré de départementales confidentielles. Je vais croiser quelques voyageurs à vélo, deux solitaires et un couple à vélo électrique. Généralement lorsque je croise d’autres adeptes du voyage à vélo je les intercepte pour discuter. Mais aujourd’hui non, d’ailleurs le bikepacker, bien qu’il se traîne, est-il considéré comme faisant partie de la même tribu ? Le deuxième solitaire rencontré est terriblement chargé, quatre énormes sacoches. Où va-t-il donc, quelle est la durée de son périple ? Tel que je suis équipé, je pourrais continuer beaucoup plus que les cinq jours prévus. J’ai tout pour être autonome, même 250 grammes de riz en cas de bivouac improvisé à la dernière extrémité. Apprendre à être minimaliste n’est pas facile. Je garde en mémoire les conseils d’un camarade spécialiste des grandes traversées en courant, du style Australie ou autre immenses étendues hostiles. Son slogan « si tu oublies quelque chose tu t’en passes ». Je me souviens aussi de ce Chamoniard rencontré au nord de la Thaïlande, qui roulait depuis 7 mois avec deux petites sacoches. Nous avions fait route ensemble quelques centaines de kilomètres et j’avais pu observer son fonctionnement. J’avais beaucoup appris en quelques jours.



En fin de parcours je traverse la Meuse à plusieurs reprises. Non seulement la végétation manque d’eau, mais la rivière aussi souffre de la sécheresse. Son débit est faible, partout affleurent de grands bancs d’algues aux couleurs diverses, mais son eau reste claire. Des différents ponts sur lesquels je m’arrête j’observe des multitudes de poissons. Je n’avais jamais vu une rivière aussi poissonneuse. A mon regard se dévoilent des chevennes, gardons et autres ablettes. Mais s’ils sont si nombreux, à n’en pas douter les carnassiers, comme brochets, sandres ou perches voire truites sont tapis quelque part en attente de les dévorer.



Avant d’atteindre mon but je me perds et fais des détours dans le village de Sorcy-Saint-Martin qui me permettent quelques contacts intéressants avec les rares personnes qui osent affronter le soleil de tout début d’après-midi. Commercy, petite ville avec un centre qui rappelle la place Stanislas de Nancy. Ce soir va s’y dérouler un concert en l’honneur de Johnny. Le chanteur est très bon, on s’y croirait tout à fait. Le contrôle de la police sera effectif en matière de distanciation. En ce quatrième jour je pars à huit heures du matin. Après un kilomètre je passe devant une pharmacie, déjà 28 degrés, il faut s’attendre encore une fois à une grosse attaque de la canicule. Pour le moment il est très agréable de pédaler. Aujourd’hui encore l’eau reste présente sur mon itinéraire. Entre le canal et la Meuse j’ai tout loisir d’observer l’eau et bien évidemment j’y vois des poissons de toutes tailles. Mes lunettes de soleil polarisantes m’aident grandement du fait qu’elles font disparaître les reflets. Je suis comme un intrus voyeur, j’adore ! Les trois premières heures sont un véritable plaisir. J’effectue une cinquantaine de kilomètres. Puis vers les 11 heures la chape de plomb comme les jours précédents s’abat. La moyenne tombe, les efforts deviennent pénibles. Je ne passe pas très loin de la colline de Sion « la colline inspirée » de Maurice Barrès. Le détour à vélo, agrémenté d’une belle côte par une température frisant les 40 degrés, me semble surhumain. Je vais rejoindre rapidement et au plus court la petite ville de Charmes et aller me planquer au frais dans un hôtel un peu au sud. Le soir, discussion sur la terrasse d’une pizzeria avec une Hollandaise qui parcourt à vélo l’itinéraire d’Achern aux Saintes-Maries-de-la Mer. Elle effectue de courtes étapes de l’ordre de 30 à 40 kilomètres, mais elle affronte le bivouac, ce que je n’ai pas le courage de faire.



En ce cinquième et dernier jour, une matinée plus propice au vélo, car un ciel légèrement voilé protège un peu du soleil, par la route au plus court je rejoins Remiremont. De là par la piste cyclable empruntant l’ancienne voie ferrée en 25 kilomètres je remonte la vallée de la Moselotte. Au cours de ce périple qui avoisine les 400 kilomètres les bistrots auront pratiquement été absents du bord de la route. Pour me rattraper, alors que je ne suis plus qu’à 6 kilomètres de chez moi, je m’arrête à l’ancienne gare de Saulxures, transformée en bar-restaurant et je déguste deux panachés. Ce coin m’est particulièrement familier, car souvent j’y laisse ma voiture pour partir assouvir l’une de mes passions la pêche à la mouche.

Belle brochette de vaches vosgiennes en remontant la vallée de la Moselotte, retour chez moi

Cinq jours sur la route, j’ai beaucoup apprécié de me déplacer sur ces routes hors des axes de circulation et aussi un peu hors du temps, ma curiosité toujours aiguisée par ces coins de France déserts. Mais malheureusement, je n’ai pratiquement jamais eu l’impression de me sentir à l’aise, le grand plaisir des kilomètres qui défilent comme si je volais. J’ai toujours ressenti cette impression de forcer excessivement comparativement aux distances accomplies. Espérons qu’il ne s’agisse que de l’effet de la canicule !
CA
Mais es tu obligé d d'enquiller un kilométrage pareil... ? Je me pose la question. Ne peut on pas jauger des km à faire qu en fonction du plaisir qu on aura pris, tout bilan fait. ?? Si c est pas 130 c est 100, si c est pas 100 c edt 80 .... non ?

Mais jolie balade

Les bivouacs : c est génial et ça rajoute à la sensation de liberté. Et sur le bivouac je fais aussi de l ultra léger.
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LU
Bonjour tout est dit dans les premières lignes de mon texte.

Je développe:

tout est dans le mot plaisir. Nous ne cherchons pas tous le plaisir de la même manière. Dans certaines activités souffrance et plaisir sont liées, dans d’autres le danger justement est source de plaisir.

Nous voyageons ou pratiquons des activités tous selon nos propres aspirations, qui sont très différentes selon les individus. L’alpiniste qui remonte de nuit de la caillasse croulante pour être au pied d’une grande paroi juste au lever du jour, bien souvent il est plongé dans ses pensées en se remémorant ceux qui se sont tués dans cette paroi qu’il va affronter. Il passe dans sa tête tout ce qui pourrait le tuer, chute de pierres, prise qui casse, erreur d’itinéraire, mauvais temps, foudre. Il en a même la boule au ventre. Il peut lui revenir en mémoire des visages connus qui y ont laissé leur vie. Mais il avance, sentiment très difficile à décrire, cependant il vit une grande jouissance. C’est son câblage intellectuel particulier qui le lui permet.

Le cyclo qui traverse un grand désert c’est dans l’aléa et la difficulté de son entreprise qu’il trouve un intérêt duquel découle le plaisir. Dans les belles entreprises on sait que l’on va souffrir, on en ressent une transcendence.

Dans une petite balade comme celle que j’ai effectuée sans préparation particulière, et que je viens de décrire, j’en profite pour étudier mon corps dans un certain niveau de contrainte. Ici en France on décide d’arrêter et on s’arrête, mais dans certaines conditions le long d’itinéraires engagés pour différentes raisons on ne peut pas s’arrêter. Donc ce genre de petits voyages représentent aussi des tests bien utiles dont je me souviendrai au cours de périples beaucoup plus exigeants.

Mais même si je ne l’exprime pas dans le texte que j’ai écrit, cette fatigue qui me force à marcher, parfois à me vautrer sur le talus, me procure du plaisir. Le cerveau est d’autant plus actif que les muscles sont en difficulté. Les sens sont en alerte, le cœur ne s’emballe-t-il pas, la température du corps en particulier de la tête peut-elle mener au coup de chaleur, j’en suis où en matière de déshydratation ? Pour beaucoup la difficulté est une grande motivation pour le voyage à vélo, parfois aussi le danger et le risque sur des itinéraires loin de tout. D’ailleurs, ce n’est sans doute pas un hasard que parmi les femmes et les hommes avec lesquels j’ai fait de grandes traversées engagées à vélo nombreux étaient alpinistes avant d’être cyclistes.

On pourrait discuter des heures ou écrire des pages sur les motivations qui nous poussent à voyager. Pour nombre de mes camarades comme pour moi, la difficulté, le risque, les différents dangers, l’engagement loin de tout, pousser les limites de nos corps sont des moteurs puissants pour déclencher l’envie de partir et pour éprouver du plaisir.

Luc
CA
Aucun souci. Je comprends bien ça. Un monde sans aspérités serait un monde ou on se fait ch...le plaisir ne vaut que par l effort consenti. Apres, chacun choisit le domaine ou ca va s appliquer pour soi-même. [;)]

Bonnes routes
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TC
Hello Luc,

en parlant de plaisir, cela faisait longtemps que je n'avais pas eu celui de te lire. Il est revenu grâce à ce post et a été couplé à l'émergence de souvenirs personnels de cette région (l'année durant laquelle j'ai vécu à St Dizier et parcouru/découvert cette région )

Je me dis quand même que tu n'as pas forcément choisi la meilleure semaine (au niveau des températures) pour effectuer ton périple. Mais comme tu l'écris, une partie de ton plaisir a probablement été généré par les difficultés liées à cette canicule et aux efforts que ton corps a dû faire pour y résister.

Bonne continuation

Thierry
Thierry

On dit souvent "Fermez la porte, il fait froid dehors !" Mais une fois la porte fermée, il fait toujours aussi froid dehors.
SA
on ne peut pas dire comme l an dernier que la canicule s'emballe
Toujours une fois. Au moins.
LU
Bonjour Thierry merci pour le petit mot. Effectivement c'est sans doute cela le miracle du voyage à vélo, tous les coins sont superbes à traverser. Je dois dire que ces régions de Haute-Marne et Meuse m'ont procuré beaucoup de plaisir et un dépaysement certain. La France est le pays au monde qui a le réseau routier le plus dense, et une multitude de petites routes qui sont des trésors à parcourir.

Petit point noir, cette sécheresse qui est angoissante. Dans les Vosges les forêts souffrent terriblement et de nombreux arbres meurent. A cause de ce problème de manque de pluie ma commune l'année dernière pour la première fois a été déficitaire sur la filière bois, et pourtant nous avons des kilomètres carrés de forêt.

Deux autres voyageurs à vélo qui étaient sur la route en France à cette période de début août m'ont dit qu'ils en avaient particulièrement souffert de ce coup de chaud, et qu'ils se sont traînés avec des moyennes journalières moitié de ce qu'ils ont l'habitude de faire.

Fin juin début juillet dans les Cévennes, il faisait chaud, mais je n'ai pas eu cette sensation. Mais comme je l'ai écrit, rouler dans ces conditions cela permet de mieux connaître son corps et de surveiller ses réactions, ce qui représente une bonne instruction pour des voyages plus exigeants à l'autre bout du monde. Bonne journée Luc
TC
on ne peut pas dire comme l an dernier que la canicule s'emballe

Non, tu as raison, ce n'est probablement pas cette année que nous avons le plus de jours de canicule. Mais raison de plus, puisque ce sont durant ces quelques journées que Luc est allé faire sa balade pour noter qu'il n'a pas eu les températures les plus clémentes de cet été.
Thierry

On dit souvent "Fermez la porte, il fait froid dehors !" Mais une fois la porte fermée, il fait toujours aussi froid dehors.
PO
Bonjour Luc,

Je viens de lire toutes tes balades estivales à vélo. Celle des Cévennes et celle là Je suis complètement ébahie par ton énergie qui semble inépuisable.

Si j’aimais faire du vélo, je serai jalouse mais là, je suis admirative. Est-ce qu’il arrive que, de temps en temps, tu restes les orteils en éventail ? As-tu le sentiment de te dépasser ? Est-ce de là que vient le plaisir ?

Et rentrer dans une tente inconfortable à quatre pattes me semble insurmontable, comme le supplice de pédaler sous une chaleur écrasante.

Bravo, bravo, bravo.
LU
Bonjour Dom,

c'est rigolo que tu me répondes ici. Hier j'ai lu ton carnet de vacances et je me tatais, à savoir si je te répondais par le mien, dans le fond je vais sans doute le faire. Tu verras qu'à part quelques minuscules escapades buissonnières 9 et 5 jours, je suis le pire des casaniers dans mon village.

Je te parlerai de mes copains chats, les sauvages, les dédaigneux, les collants et le particulier que je croise au gré des soirs dans ma balade de la journée avec mon épouse, balade qui fait à tout casser entre deux et trois kilomètres. Aussi réouverture de la maison après le covid, la famille et les copains à partir du 15 juillet, mes escapades seul dans mon torrent secret devant chez moi où je ne vois jamais personne sauf ce jour où une magnifique naïade nue sur son rocher au milieu du torrent, belle plante dans la quarantaine épanouie, pas effarouchée fut beaucoup moins gênée que moi. A vrai dire, il m'a semblé qu'elle ne l'était pas le moins du monde gênée. Pour ma part, la pudeur et la bienséance m'ont interdit de la regarder, cependant ce n'est pas l'envie qui m'en manquait en lui parlant!!!

Et puis la fin des vacances marquée par un événement dans notre village et mes carnets pas de vacances mais d'école, que l'on m'a distribués, car les activités reprennent en septembre. Je te détaillerai cela dans mon carnet de vacances d'un retraité à la vie paisible et bien réglée.

Cependant je vais répondre à tes trois questions hors cahier de vacances: 1) pieds en éventail: presque tout le temps sur 90 jours d'été, 14 jours de "vacances buissonnières", c'est dérisoire.

2) se dépasser et le plaisir: oui cette sensation de sentir le corps, la bête qui fonctionne et la pousser un peu aux limites, une belle expérience, mais ne pas aller trop loin. Et puis c'est, comme je l'ai dit, une bonne instruction physique et surtout morale dans le cadre de voyages beaucoup plus engagés envisagés en particulier avec des Martiennes comme Brigitte (pas gagné, mon épouse ne veut plus entendre parler de disparition durant des mois au fin fond de je ne sais où, sniff! Et puis à la soixantaine passée ce genre de petite virée te donne l'illusion que tu as encore 20 ans.

3) inconfort de la tente pourquoi ? Je pourrais écrire un livre, d'ailleurs avec du bon matériel ce n'est pas vraiment l'inconfort.

La camaraderie à plusieurs, ce plaisir immense un peu avant le soir à chercher l'endroit idoine , paf on se pose. Cet esprit un peu sauvage, comme dit si bien Brigitte "je vais t'apprendre à voyager avec des sauvages".

Très vite les contingences de notre vie de tous les jours on s'en affranchit, ne pas se laver à part un verre d'eau pour les endroits stratégiques, cela devient naturel et normal. Essayer d'appliquer ces mesures minimalistes dont on parle. Se sentir faire corps avec la nature. Nourriture juste ce qu'il faut, même si parfois la bière coule un peu trop. Après une vie sociale, privée et professionnelle, remplie à satiété de réceptions et de grosses bouffes le bienfait de cette vie simple est vraiment appréciable, je dirais une délivrance du corps et de l'esprit.

Hors camaraderie, le bivouac en solitaire permet un petit retour sur soi du meilleur effet à refaire le monde tout seul dans sa tête à écouter le bruit des bêtes autour, à prendre le temps de ne s'occuper que de soi. Le meilleur des bivouac en solitaire ce n'est pas sur le bord de la route ou de la piste, mais en montagne dans des coins engagés, mais mon épouse m'interdit de reprendre l'alpinisme en solitaire, et moi bon toutou j'obéis, mais ça me manque terriblement, j'ai une assurance vie quoi crotte!!

Pédaler sous la chaleur, oui cela peut faire un grand plaisir. Parfois on sent son corps qui domine la chaleur et c'est génial, on se croit à l'égal de Zeus bravant les éclairs du soleil. Parfois on sent que l'on va être terrassé, alors s'engage un combat d'évitement par à-coups en se planquant à l'ombre d'un arbre. Aussi le moment de répit, un petit moment de bonheur au frais, en traversant une forêt avec une chute de la température de 10 degrés. Enfin quoi tout ce développement pour dire simplement se sentir vivre et se sentir proche de ces bêtes à poil qui elles vivent et dorment dans les prairies et les forêts. Voilà ce que m'inspire tes interrogations. Bonne journée Luc
TC
...mais mon épouse m'interdit de reprendre l'alpinisme en solitaire, et moi bon toutou j'obéis, mais ça me manque terriblement...

Tout n'est pas perdu ! Il ne te reste plus qu'à trouver un compagnon (une compagne) de cordée [:P]
Thierry

On dit souvent "Fermez la porte, il fait froid dehors !" Mais une fois la porte fermée, il fait toujours aussi froid dehors.
LU
Bonsoir Thierry, dans mon propos je parlais du bivouac en solo et de l'immense plaisir que j'éprouve à me trouver seul à dormir dehors en haute montagne. La montagne et l'alpinisme avec des compagnons c'est un autre jeu et là je n'ai aucun problème à trouver des personnes, et mon épouse dans ce cas là n'est pas morte de trouille, par contre le solo ça la plonge dans une vraie anxiété. D'ailleurs comme je l'ai dit parmi mes compagnons de vélo de grandes bambées, nombreux sont des alpinistes, souvent passés au vélo de voyage parce que les gros sacs ou les grosses chutes en paroi ont laissé des séquelles articulaires. Bonne soirée Luc
TC
Bonsoir Luc,

alors j'ai la solution. [:)]

Pars avec des compagnons, mais... ...isole toi lorsqu'il s'agira d'aller dormir [:P]
Thierry

On dit souvent "Fermez la porte, il fait froid dehors !" Mais une fois la porte fermée, il fait toujours aussi froid dehors.

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