Une nuit dans le train Paris-Lisbonne
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Une nuit dans le Paris-Lisbonne le voyage, ca peut-être le train entre deux voyages. Parti pour une chatwinade début juillet, en repérage d'horizons et de compagnons de voyage nouveaux, coaché par une célèbre vfiste, hésitant entre l'avion, le train et la voiture, je me suis vu lesté d'un billet à 132 euros, couchette comprise, pour une nuit entre Paris-Lisbonne; on allait voir ce que l'on allait voir. D'abord, pour ne pas faire comme tout le monde, je décidai de prendre ce portugese-express, façon orient-express, à IRUN, qui, comme tout le monde le sait est le poste-frontière entre la France et l'Espagne. Comme j'avais des doutes sur les parkings espagnols et leur degré de sécurité, me voilà laissant mon auto sur le parking de la gare de Hendaye, pour attraper ce fameux PORTUGESE-EXPRESS, parti de Paris-Austerlitz à seize heures et transitant par IRUN à 22 heures. Les TGV PARIS-HENDAYE sont si fréquents que le guichetier de la gare me rassure, le dernier des TGV Parisien assurera la correspondance avec mon train mythique. Arrivé à IRUN, c'est un véritable passage frontière que subissent les passagers pour LISBONNE, comme si le PORTUGAL avait décidé de quitter l'Europe, en fait, il s'agit plutôt de sécurité, sauter de nuit sur une bombe d'AL KAIDA, quelle purée hispano_portugaise et quel dégât, les douaniers et les policiers sont sympas, il fait chaud et nuit sur IRUN. Surprise des trains couchettes: vous vous installez dans le couloir, face à la cabine qui vous est réservée et vous attendez de voir apparaître vos compagnons de voyage:en vrac: une dame d'une' cinquantaine d'années, portugaise depuis trente ans en France, vêtue de noir (j'apprendrai dans la nuit qu'elle se rend aux funérailles de sa soeur décédée) un couple d'andalou-portugais se rendant dans leur maison de vacances du côté de POMBAL(au sud de COIMBRA) un jeune homme bien sous rapport, regagnant sa famille après une année en Sorbonne, deux australiennes en tour du monde, soeurs à l'état civil, un peu farouches de prime abord, deux ados zurichois, façon boy-scout, parlant un anglais scolaire et un fort patois zurichois, deux admirables jeunes filles dont j'aurais l'occasion de faire la connaissance dans la nuit et qui s'avéreront mexicaines et s'offrant trois capitales européennes en I mois de vacances. Bien entendu, j'oublie Joao, Fernando et Julio, brésilien pour le premier et portugais pour les seconds qui seront aussi mes compagnons de voyage et d'aventure pour la nuit. Pour ceux qui, n'ont jamais pris un train-couchette de nuit en direction d'une capitale européenne, plusieurs observations sont à faire: - d'abord, repérer son compartiment et le numéro de sa couchette, - savoir que les compartiments de Ière ne disposent que de quatre couchettes, que les compartiments de seconde en comportent six, - mesurer la position de sa couchette dans l'espace du compartiment: souplesse pour la couchette du haut, désagrément pour la couchette du bas, souplesse aussi pour la couchette du milieu, - repérer le chef de wagon, à qui vous allez avoir à faire toute la nuit, aimable, sympa, bougon, alcoolique, polyglotte, désabusé, dragueur, les chefs de wagon procèdent de tous ces qualificatifs, j'en ai même vu un qui faisait son service en marcel, entre deux toilettes... - mesurer l'importance des bagages de vos compagnons de voyage, certes, il est tentant de coincer une valise ou deux sous les couchettes du bas, mais l'importance des bagages vous oblige bien vite à les chevaucher, alors, ne pas hésiter à aider les belles mexicaines ou la plus belle des australiennes à pousser son énorme sac (il doit bien y avoir le poids de deux kangourous dans chacun de leur sac) dans le sas destiné à cet effet (généralement au dessus des couchettes du haut, coté couloir, ce sas est merveilleux, je n'ai jamais compris comment il pouvait absorber autant de bagages...quand vous avez fait toutes ces observations, attendez de voir comment vont se comporter vos compagnons de nuit et surtout, soyez le dernier à équiper votre couchette. cette nuit-là, la plus jeune des australiennes, pourtant très souple, avait décidé de s'installer dans ma couchette, au niveau intermédiaire. je lui rappelais, avecmon plus bel anglais, que c'était ma couchette qu'elle avait équipée du drap de service, de l'oreiller de service, de la couverture de service, mais que sa couchette était celle du dessus, dommage pour moi et pour elle, elle m'avait préparé mon lit, mais du faire appel à toute sa souplesse pour équiper la sienne. le train partant à 22 heures, il vous faudra patienter au moins deux heures avant de vous coucher. une technique interessante pour brûler ces deux heures, n'hésitez pas à rejoindre le wagon restaurant, dans ces trains internationaux, la moindre des républiques européennes a l'intention de faire reluire ses rites gastronomiques et ses alcools de pays, là vous découvrez des mini-orients express, des serveurs en veste blanche servant sur des nappes blanches « en tissu » des bacalao frits à l'ail et à l'huile première pression, précédés du meilleur porto du monde. il ne manque qu'Agatha Christie comme compagnon de voyage, mes australiennes attirées par l'odeur du bacalao, renaclent à payer cette incursion au pays de Vasco de Gama, sans écorner leurs dollars, elles me gratifieront d'un sourire à la fois plein de regrets( on aurait bien aimé partager votre morue à l'ail) et plein de promesses ( à tout à l'heure dans la nuit de notre compartiment) du moins c'est ce que je croirais lire sur leurs lèvres charmantes... donc voilà une façon astucieuse de passer les deux heures qui précèdent l'extinction des feux du chef de wagon en marcel une autre façon de passer le temps est d'engager la conversation avec les gens comme vous qui hésitent à partager une intimité moite et grouillante avec de parfaits inconnus, et alors vous faites les rencontres les plus incongrus: JOAO, brésilien de son état, qui m'appelle « monsignore » allez-comprendre, et qui me demande de lui rédiger des textos en français, car il n'écrit pas le français, à destination de son ami de Lisbonne, qui ne l'attend pas et devrait pourtant l'attendre au LONDON HOTEL demain soir à 18 heures.comme je n'ai ni crayon, ni stylo, ni feuille de papier, je rédige les textos qu'il me dicte sur mon portable perso, puis il les recopie sur le sien, nos échanges seront fructueux, puisqu'il aura confirmation de son rendez-vous au LONDON HOTEL à 18 heures à LISBONNE. quand je lui dirai, avec humour, qu'il me doit une fortune d'honoraires pour le service rendu, il me proposera de me les rendre en massage et d'échanger nos adresses et numéros de téléphone, heureusement, FERNANDO et JULIO seront là pour le dissuader de pratiquer de telles moeurs avec moi. FERNANDO et JULIO sont deux entrepreneurs portugais qui ont des chantiers dans le pays basque et rentrent au pays entre deux missions. Ils parlent un français parfait, sans le redoutable accent brésilien de JOAO, accent pourtant si chantant, il y a du JOBIM dans cet homme. la merveille de la rencontre de ce train de nuit sera les deux petites mexicaines, fraîches, naives, prêtes à être croquées et faisant semblant de ne pas s'en apercevoir. J'espère qu'elles ne rencontreront pas un vilain loup-garou ou qu'elles disposent de fire-fox suffisants pour ce genre de situation. t- Elles ne doivent pas sentir de menace en moi, car, après avoir gazouillé, sorti des cartes d'Europe insuffisantes pour que je sorte les miennes, bien plus documentées, nous allons engager la conversation la plus agréable du monde. SUITE PORTUGAISE APRES PASSAGE FRONTIERE A VAL FORMOSA
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
TO Tomas3 Veteran ·
Une nuit dans le Paris-Lisbonne (2)

Quand on prend le PARIS-LISBONNE, il faut avoir dans l'idée qu'à l'aller, on verra peu du paysage de l'Espagne, puisqu'on la traverse de nuit, mais que l'on aura la chance de découvrir le Portugal dès l'aube.

Inversement, ce même train partant pour Paris de la Gare santa apolonia à seize heures le lendemain, le procédé s'inverse: on remonte doucement les paysages verdoyants du pays du Marquis de Pombal jusqu'à ce que la nuit tombe vers VIA FORMOSA, la frontière espagnole.

Ce tortillard a le charme des trains mythiques, il roule doucement le long du Tage, pour remonter vers FATIMA, COIMBRA, PORTO, s'arrêtant dans des gares datant de la Révolution mexicaine, sautant le TAGE et le DOURO, laissant au voyageur, par sa lenteur, le temps de s'imprégner de cette Lusitanie qui dort de l'autre côté de l'Espagne.

Mais revenons à notre compartiment 62, wagon 18, couchette 33: il a bien fallu se coucher vers minuit, le chef de wagon nous a retiré nos billets, vérifié le désordre de notre compartiment, l'attribution de nos couchettes, noté les voyageurs qu'il faudrait qu'il réveille pour des départs anticipés, pris soin des australiennes, car elles sont mignonnes et tendres.

Et nous voilà partis pour une nuit d'insomnie, où la vieille andalouse de la couchette du bas continue un dialogue-soliloque avec CAETANO, son vieux-mari amoureux:

«as-tu bien pris tes médicaments? veux-tu que j'aille te chercher de l'eau? peux-tu seule d'extraire de ta couchette? as-tu encore besoin de moi? »

on voit tout de suite que le vieil homme est attentif à sa compagne claudicante et arthrosée, qu'il a besoin d'être rassuré par elle et par les soins attentifs qu'i lui apporte.

La duègne n'est pas de ce bois là, son corps meurtri par des années de ménage à Boulogne l'empêche de dormir, on sent qu'elle souffre et qu'elle a bien l'intention de nous empêcher de dormir, malgré les rappels incessants de CAETANO:

« dolorès, pense à respecter le sommeil de nos voisins »

« Dolorès s'en fout et continue avec Maria une conversation à une voix où l'une écoute le long monologue de l'autre.

L'une, c'est Maria qui se rend aux funérailles de sa soeur: depuis quarante ans à Paris, elle n' a pas du faire trop d'effort pour sortir de sa communauté d'origine, son français est très portugisant: elle répond par des acquièsements au long soliloque de Dolorès qui jusqu'à une heure avancée de la nuit, poursuit, comme une pleureuse antique, son délire verbal.

Je finirai vers I heure du matin à surmonter cette pollution sonore pour sombrer dans ce sommeil si particulier des trains de nuit, rythmés par les glissements sonores du train, ses haltes et ses re-départs, les bruits des portières que l'on ouvre et que l'on ferme, ce long halètement de ces wagons qui souffrent, métal des boogies contre métal des rails, ponctué du rythme des rails.

les petites mexicaines doivent dormir innocemment dans le compartiment voisin, leurs rêves peuplés des beaux surfeurs de San Sebastian.
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
GL Glatch Veteran ·
Tomas3, le chatwineur (je n´ai pas dit le chatouilleur d´Australiennes)

Le train est lancé, ton carnet a pris une très belle vitesse de croisière avec cette deuxième partie.

Valent-ils vraiment le déplacement ces surfeurs de San Sebastian? je cherche un point d´ancrage pour mi-aôut...
Agathe
FA Fabricia Globetrotter ·
Les nuits en train : un sujet en or !

On a tous, en cherchant dans nos souvenirs parfois lointains, certaines anecdotes croustillantes à raconter, peut-être pas avec autant de talent que toi ! Un compartiment de six couchettes, cela fait une petite société très resserrée durant quelques heures en vase clos où chaque voyageur révèle un peu de lui-même...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
TO Tomas3 Veteran ·
Une nuit dans le Paris-Lisbonne (3)

En fait, mon sommeil ne va pas durer longtemps.

Orienté dans ma couchette « façon La Mecque », c'est-à-dire vers le soleil Levant, j'ai plus une vue sur la porte du compartiment que sur la fenêtre.

Et, vers deux heures du matin à ma montre CK, je suis réveillé par des éclairs répétés de lumière derrière le volet de toile de la porte du compartiment.

pas d'orage sur Burgos (on doit pas en être loin) ces éclairs m'intriguent et me forcent à lever avec la plus grande discrétion, sans réveiller Dolorès, ni Maria, ni Caetano, ni Jorge qui dort sur la couchette supérieure opposée.

Je descend délicatement de l'échelle, avec le moins de bruit possible, et je me glisse dans le couloir du wagon. Le spectacle est délicieux: dans la chaleur de la nuit, malgré les vitres baissées qui apportent un surplus de fraicheur, mes deux petites voisines mexicaines sont entrain de se photographier mutuellement.

Comme moi, elles ont du avoir du mal à trouver le sommeil, si elles l'ont trouvé, et, en désespoir de cause, au milieu de leur insomnie, elles ont décidé de fixer en photo leurs aventures du Portugese_Express.

l'une est blonde, en tee-shirt sans manche et lorsqu'elle se penche à la fenêtre ouverte côté voies, les avant-bras posés sur l'armature métallique de la fenêtre, le tee-shirt se tend sur des courbes appétissantes: elle s'appelle Amalia.

L'autre, brune comne un brugnon andin, est vraisemblablement d'origine indienne, très jeune, avec un visage rond et poupin, Ajuda se distingue de son amie par un pull très court qui ne lui couvre pas le nombril qu'elle a charmant. Elle en a d'ailleurs conscience, et tire régulièrement ce même pull pour cacher, mais a-t-elle envie de le cacher, ce nombril qu'elle a si rond.

Mon arrivée, sortant de mon compartiment à 2 heures du matin, va les rendre très gaies: elles continuent à prendre des poses de figurantes pour leur magazine perso, sans que ma présence ne les gêne. on dirait même que çà leur donne de l'audace.

Elles ont chacune à la main leurs trousses de toilettes, signe qu'elles ne sont pas sortie de leur compartiment sans arrière-pensées, et se bombardent de flashs en prenant des poses lascives.

Je suis aux premières loges et je goûte, avec un certain plaisir, l'incongruité de la situation et le côté « train de nuit », surprise-surprise », les petites nymphes qui comparaient mes cartes et les leurs, il y a deux heures à peine, sont déchaînées. Est-ce ma présence qui les déchaîne ou les rassure?j'aurais droit à un festival à la David Hamilton d'une grande fraîcheur: voulez-vous nous prendre en photos toutes les deux? auriez-vous la gentillesse de tenir nos trousses de toilettes ? savez-vous ou se trouvent les bath-rooms? vous habitez Paris ? croyez vous que nous allons trouver à nous loger de façon cheap à paris? je commence presque à mordre à leur hamecon charmant: « je suis sûr que vous allez trouver facilement, par « le relationnel », je leur répond, j'aurais tellement envie de leur donner mon adresse et mes clés, mais il ne faut pas que j'abuse de la situation. Le nombril d'Ajuda parle de plus en plus à mon imagination, le tee-shirt d'Amalia me fait des clins d'oeil, il est deux heures du matin, dirait Dutronc et le contrôleur du wagon dort d'un profond sommeil.

Mes fantasmes courent entre Burgos et Leon, et même plus loin encore: partager le bath-room d'acier au fond du couloir, fermer la porte de l'étroit réduit pour continuer ensemble ce délicieux reportage avec ces petites mexicaines délurées, me voilà désormais complètement réveillé, et pas près du tout, mais alors pas du tout à rejoindre Dolorès, Maria, Caetano, Jorge, et partager leurs ronflements alternés.
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
VE Venezia Regular ·
Comme je préfère ce Thomas Là ! Celui de la Martinique, bien trop sérieux! Merci

Ces deux belles jeunes filles nous rendent le Thomas d'autres aventures !!!!!😉 et vite la suite !

Lors d'un trajet de nuit en Chine et voyageant à quatre couples, nous avons opté pour la nuit la séparation . Un compartiment quatre hommes et l'autre les quatre femmes ..Super, nos étions redevenues ados en colo.....et pas de gêne !! et une nuit réparatrice ..
""Le bonheur, ça n'est pas grand-chose, madame, c'est du chagrin qui se repose." Léo Férré
TO Tomas3 Veteran ·
Bonjour Venezia,

je suis heureux de te retrouver dans mes fidèles lectrices, le Paris-Lisbonne change des cimetières où nous nous complaisions il y a quelques mois dans une autre discussion. Et puis tes encouragements me vont droit au coeur. Hélas pour toi, ce carnet s'interrompt le temps d'un arrêt "en gare du Touquet"

Ton diariste préféré est allé s'aérer l'esprit sur le sentier des douaniers du côté du TOUQUET PARIS-PLAGE. Il ne devrait pas retrouver ses petites mexicaines avant jeudi matin, si la nuit de mercredi est favorable à la poursuite de ses aventures.

Il est plaisant de retrouver un groupe de fidèles supporters le long du temps, des discussions, de certaines "odyssées". Sur les plages de la mer du Nord, les aventures mythiques prennent un tout autre relief...
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
TI Timouss Globetrotter ·
Bonjour Tomas,

Après Tomas dans le train Paris-Lisbonne, il faudra écrire "la véritable aventure de Tomas au Touquet". Si c'est aussi passionnant, quel beau mois d'août nous allons passer.

Timouss
MA Mamina64 Veteran ·
Si cela te fait tant plaisir de compter tes fidèles lectrices-supporters-fan de... alors ne m'oublie pas ! Un bien bon moment que ces souvenirs ferroviaires qui me rappellent un Moscou-St Pétersbourg épique... En attendant la suite, bonne balade normande,
La liberté, c'est un cadeau qu'on se fait à soi-même - (L.Gauthier)

mon blog : http://lesvoyagesdemamina.blogspot.com/
GI Gitanita Regular ·
Hola tomas3, Je profite d'avoir maintenant un acces illimité a l'internet depuis la maison oú j'ai posé mon sac pour quelques temps (tout pres de l'ocean pacifique) pour revenir un peu sur le forum. Ton récit est vraiment croustillant! Cela me rappelle mes nuits en train entre Paris et Lourdes, avec le réveil chanté avec l'accent du sud ouest par le chef de train, les premieres lumieres du jour dans la nature verdoyante des Pyrénées...

Ici au Pérou j'ai eu l'occasion de faire quelques voyages de nuit, mais seulement en bus (les lignes de chemin de fer sont quasiment inexistantes). La cabine c'est pas avec 5 personnes que tu la partages mais avec 50, ainsi il y a plus d'animation! Dernier voyage en date, Lima-Trujillo, route réputée dangereuse question banditisme. Ainsi la plupart des bus font le trajet direct et ne s'arretent pas en chemin pour ramasser les voyageurs comme cela se fait la plupart du temps, de peur de se faire assaillir par les pirates de la route. J'ai eu aussi l'honneur, peu aprés avoir pris place dans le bus, de me faire filmer comme tous mes compagnons de voyage, au cas oú..! Puis j'ai eu droit á un petit encas, emballé dans du cellophane, quelques galettes salées, un jus de fruit et du chocolat... Pour occuper les insomniaques la plupart des bus sont équipés de télévisions, nous avons donc pu profiter d'un des derniers films du box office américain sous titré en espagnol. J'avais choisi une place panoramique á l'avant du bus (histoire de profiter de la vue au lever du jour), étonnée qu'elle n'aie pas été prise d'assaut. J'ai compris en partie pourquoi, mon siege etait défoncé, heureusement que la place d'á coté était vide, j'ai pu ainsi tenter de trouver une position a peu pres adéquate pour la nuit. Et autre fait important, qui peut expliquer pourquoi les places panoramique étaient boudées, tres mauvaise visibilité sur la télévision (il faut savoir que la télévision ici est un objet sacré)! Pour une fois la nuit a été trés trés calme, hormis le bruit du vent passant au bas de ma vitre dont le joint avait disparu, et ce satané siége qui n'a pas ménagé mon dos! Avec le lever du jour, j'ai découvert dans un paysage semi désertique les champs de canne a sucre, puis l'activité bouillonnante de Trujillo... Pas de rencontre marquante á relater dans ce bus, hormis ce charmant couple derriere moi, un jeune homme péruvien tout fier d'emmener sa maman en voyage, lui expliquant comment fonctionnent les choses en dehors de la ville qu'elle semble n'avoir jamais quittée jusqu'alors...

Sur ce, bises á tous/toutes!
PO Pondy Veteran ·
Bonjour à tous,

Pendant que certains se baladent au Touquet, où dans le –Paris-Lisbonne- ou dans les bus péruviens, y’en a d’autres qui se baladent en tram, comme moi. C’est très exotique aussi. Comme tu te permets de nous faire attendre, j’me suis fais plaisir à écrire ce qui suit. C’est du « vécu » tout frais ! Interlude au milieu de ton carnet, je m'en excuse et même qu'on pourra faire supprimer si tu es fâché!

Tram A 20 h.

J’ai couru et grimpé dans la dernière voiture juste avant la fermeture des portes. Ca sent la bière et sur le sol collant rigole une canette brisée. Une bande de jeunes gars rigole en même temps et m’apostrophe. Ben voilà, j’ai la trouille, pffuu tout le trajet comme ça, j’ai pas fini. « T’as pas une clope », sourire : non je ne fume pas (menteuse, j’ai mon paquet intact pour la nuit qui s’annonce) Je m’assois à côté d’une jeune femme dont les yeux sont rivés sur son chien. Je fais de même. Ce chien est une vrai mocheté, elle a du le ramener d’Inde, ils sont pareils, le poil ras maronnasse, pas très haut sur pattes, une oreille flétrie et surtout, ce qu’on voit d’un seul coup d’œil c’est son zizi rouge, turgescent et ridicule. Il tente d’y donner des coups de langue et reprend sa pose, fixant droit devant lui. Je ne sais quel fantasme traverse sa cervelle. Devant lui dans la rame vide, il n’y a qu’une énorme dame, le regard impavide, bien sanglée dans un pantacourt élasthane blanc et dont le ventre déborde en larges plis souples. Entre ses pieds un grand sac carrefour en plastique vert, d’où jaillissent trois pains sous cellophane, tout ramollis. Le chien halète hypnotisé. Sa jeune maîtresse ne cesse de claquer les doigts, un p’tit geste du pouce et du majeur : « assis Oscar, assis », le chien s’en fout et elle appuie sur l’arrière train pour qu’il obtempère. Il pose vingt secondes sa truffe humide sur le jean de la jeune femme et reprend sa posture droit sur ses quatre pattes, suivant l’ondulation du tram pour ne pas perdre l’équilibre, son désir visible et intact. Malgré les brumes des bières ingurgitées les jeunes ont eux aussi repéré l’excitation de l’animal et les remarques lourdes, grossières se succèdent. La jeune femme rougit. Elle entoure la corde de la même couleur que ses joues et qui ressemble bien plus à une drisse qu’à une laisse, autour de son poignet, tire sur le collier rouge aussi pour attirer le chien à ses pieds. Rouge et marron, aucune faute de goût mais son chien reste aussi laid et pitoyable. « Le clébard, vient là, amène toi, on va te faire du bien », les jeunes braillent, le rap qui se déverse du mince fil planté dans leurs oreilles me râpe les tympans, le chien se couche dans la flaque de bière, aplatit son museau sur ses pattes et gémit. Les doigts de la jeune femme sont crispés sur la corde et les articulations ont blanchi. Un de la bande, donne des coups de baskets dans la croupe de l’animal.

- La Bruyère- annonce la voix enregistrée. Voilà mon arrêt au milieu de la jungle de béton qui n’a jamais vu ni une touffe de cette plante qui sait offrir un terreau si fertile, ni l’homme du même nom qui avait comme ces jeunes beaucoup de Caractères.

La jeune femme sort elle aussi du tram, les portes soufflent de soulagement en se refermant. Je lui souris et elle me le rend, son Oscar contre sa jambe, la corde tenue courte et lui tirant comme un beau diable. « Il est bien dressé, il m’aurait défendu » me dit –elle fièrement.

Un vrai molosse l’Oscar, sûr, elle est bien protégée....

Dom.
MA Mamina64 Veteran ·
C'est bien de se faire désirer... le plaisir n'en est que plus grand ! et que d'aventures même au coin de la rue !
La liberté, c'est un cadeau qu'on se fait à soi-même - (L.Gauthier)

mon blog : http://lesvoyagesdemamina.blogspot.com/
WA Wapiti74 Veteran ·
Cet interlude de notre Pondy chérie est aussi goûteux que les aventure franco-portugaises-mexicano-... de ce cher Thomas3 ! 🙂

Mais dis-nous Pondy, c'est ce soir-là que tu as croisé Djamel pour la première fois ? à l'époque où il faisait encore les 400 coups avec ses potes "Les Reubeus"... Heureusement qu'Oscar ne lui a ôté un morceau de mollet... 😛
"Nous méritons toutes nos rencontres ; elles sont accordées à notre destin, et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer." Mauriac
TO Tomas3 Veteran ·
Une nuit dans le Paris-Lisbonne (4)

il était déjà deux heures du matin, et aucune des deux jouvencelles n'avaient l'intention d'aller se coucher. Ni moi non plus d'ailleurs. Le corridor du wagon était rafraichi par les fenêtres semi-ouvertes, qui obligeaient Amalia et Ajuda à dresser très haut leurs avant-bras pour aspirer l'air des sierras traversées. Nous échangions des propos légers de noctambules, coincés entre la vigilance de Augustinho, le chef de wagon, prêt à surgir en marcel de sa cabine, et les deux entrepreneurs portugais du compartiment voisin, et Joao, le voyageur brésilien perdu entre deux sms.

Quand Amalia décida d'aller se refaire une beauté aux toilettes, je me retrouvais seul avec Ajuda, le petit brugnon mexicain, et la conversation se transforma en confidences nocturnes d'une voyageuse insomniaque.

Je devais avoir l'air inoffensif, pour qu'elle me raconte avec autant de détails sa vie d'aventurière du Portugese-Express.

Amalia et elle avaient décidé de s'offrir un break dans leurs vies sentimentales. Ajuda me raconta sa vie: boursière de la Fondation Frida Kalho, elle a vait eu la chance de poursuivre des études d'économie à l'Université de Phoenix(Arizona)

Diplomé de finances internationales, elle avait été recruté par un cabinet d'agent de change new_yorkais.

C'est là qu'elle avait rencontré son beau gringo, tous les deux derrière les écrans d'un desk financier de la 33ième rue.

L'amour les avait réuni, leur avait donné un petit garcon qui venait d'avoir huit ans. Mais les onze ans passés ensemble avaient terni leur belle passion.

Certes le sourire d'Angelo, leur petit garcon, leur donnait l'illusion de fonctionner encore ensemble, mais des bleus à l'âme s'étaient installés entre eux.

Si bien qu'Ajuda était partie un mois à courir les capitales européennes pour faire le point sur leur couple.

Pourquoi racontait-elle de telles confidences intimes à un voyageur anonyme dans le Portugese-Express ? nul ne pourrait le dire, sans doute cette espèce de sentiment de lost-translation que l'on vit dans les avions ou dans les trains, où les autres vous paraissent plus proches, et où l'on vit des histoires intimes qui nous rapprochent.

J'aimais déjà Ajuda, ses formes androgynes, son sourire, cette façon d'ironiser sur les relations homme-femme, la simplicité de sa mise avec son col en V et ses jeans 36. derrière cette apparente féminité, on sentait un personnage plein de rigueur et de doutes.

Une petite chèvre mexicaine venue valider la profondeur de ses sentiments pour le père d'Angelo. Elle avait des idées très arrêtées sur l'éducation des enfants: pour elle, un père et une mère étaient nécessaires à l'équilibre de l'être en devenir, elle était prête à sacrifier sa vie de femme pour donner l'illusion d'un bonheur factice au petit homme qui était son fils.

Je n'osais la détromper, lui dire que l'on a qu'une vie, et que les fleurs se fanent vite, que les rails de l'un ne vont pas toujours de façon rectiligne avec les rails de l'autre, que si l'amour est une illusion, le couple l'est bien plus encore. Elle était difficile à convaincre dans l'ambiance nocturne du compartiment 33.

Augustinho, le chef de wagon, pouvait surgir à tout moment et nous prêter des sentiments ou des attitudes que nous n'avions pas, mais peut-être que nous aurions aimés avoir.
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
TO Tomas3 Veteran ·
Une nuit dans le Paris-Lisbonne (5)

Amalia était revenue des toilettes sans qu'Agostinho, le chef de wagon lubrique, ne sorte brutalement de sa cabine entre 2 et 3 heures du matin. Ouf, elle nous avait rejoint et Ajuda avait cessé ses confidences intimes à mon grand regret.

Elles avaient repris leurs crises de fou-rires, je craignais qu'elles ne rameutent JOAO et ses deux compagnons du compartiment voisin, je voulais les garder pour moi, ces petits brugnons d'outre_atlantique, que ma nuit, qui s'annoncait blanche soit sous le signe de Salma Hayek et de pénélope Cruz, mes brunes préférées.

On était entré au Portugal à VAL FORMOSA, mais on était encore loin de l'aube, on ne devinait rien des sierras portugaises, sinon l'odeur des pins, des eucalyptus, de plus en plus fréquents, des masses noires de forêts profondes. Mes petites mexicaines babillaient comme des abeilles.

J'avais oublié JORGE, de la couchette supérieure, face à celle de la petite australienne, AMMERSEE. JORGE ouvrit doucement la portière de notre compartiment, il devait être 3 heures du matin.

Beau comme un dieu lusitanien, 18 ans d'âge, il revenait d'une année d'études en SORBONNE, et comble des curiosités de voyage, il était un parent très proche de l'actuel président du conseil de la communauté européenne, Manuel BAROSO. Il allait m'étonner dans quelques heures par son goût des langues, ses visions pertinentes du fonctionnement de l'université francaise, et du fonctionnement de nos élites, mais pour le moment, seul le bruissement des abeilles mexicaines, qui l'avaient réveillé, l'interessait.

L'arrivée de JORGE, sorti comme un demi-dieu de son compartiment, avait vraisemblablement troublé AMALIA, dont la trousse de toilettes et son contenu, se répandirent dans le couloir du wagon. Les deux tourtereaux, à genoux et mêlant leurs rires et leurs souffles, rivalisaient à récupérer la brosse à dents, les flacons de parfum, le dentifrice, les peignes, les coton-tiges épars, les lingettes intimes, ce qui ne semblait troubler ni Jorge, ni Amalia.

nous nous regardions, Ajuda et moi, et nous regardions JORGE et Amalia à genoux et à quatre pattes courir après les objets de toilettes, et nous avions presqu'envie de nous offrir un « coup de foudre ».

Je pensais à des propos lus récemment, sans doute dans un forum de voyage ou dans mon hebdo préféré, sur le « coup de foudre »

« le monde est peut-être divisé en deux partie: il y a ceux qui rencontrent quelqu'un et se disent: « coup de foudre ». Et ceux qui rentrent chez eux et se disent : « et si je m'offrais un coup de foudre? » ces derniers peuvent choisir de répondre par oui ou par non.

je pensais jusqu'à lors faire partie de cette dernière catégorie.
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
TO Tomas3 Veteran ·
Une nuit dans le Paris-Lisbonne (6)

Je pense à mes lecteurs fidèles qui attendent avec impatience de savoir si JORGE a vraiment rencontré l'amour de sa vie, mais aussi à tous les autres, « les démonte-pneus » qui sont venus là chercher la dimension d'une barre de désensablement ou le numéro de la clé à pipe de chez Hotchkiss, je ne pourrai hélas ne leur donner que les tarifs du restaurant du PORTUGESE-EXPRESS, 20 euros, vin et apéritif compris.

Pour les autres, le restaurant est aussi un lieu très convivial, où l'observation, la rencontre, les clins d'oeil de voyage, sont permanents.

Qu'ils ne s'attendent pas au confort de l'Orient Express, celui qui passe tous les matins sous les fenêtres de mon appartement de la Cité des Sciences, non, mais la simplicité du personnel, sa gentillesse vous donne un avant-goût de ce que vous allez trouver au Portugal dans les « Residencial » et les « tascas ». Et puis quel bonheur de manger sa première « bacalhau cozido » sous l'oeil envieux des australiennes.

Mais oui, au fait, je ne vous ai pas encore parlé d'ABERDEEN, ma voisine de compartiment du haut(pont supérieur) qui m'avait volé ma couchette. Et bien, il n'y a rien à en dire. dans certains voyages, certain personnage n'imprime pas votre rétine ni votre mémoire, à part l'incident de l'erreur de couchette( car ami lecteur qui croit que tout ce que je raconte sort de mon imagination, il n'en est pas question: toute ressemblance avec une personne ou un lieu rencontrés est bien réelle dans ce récit, tu vois ce que je veux dire, mon bon Raymond) et bien la petite ABERDEEN, séparée de sa grande soeur, elle, dans le compartiment voisin, dormait du sommeil de l'enfance pendant que JORGE et moi, échafaudions de »jolis romans vécus ».

La soeur d'ABERDEEN, ARABELLA, dans le compartiment voisin avec JOAO, le brésilien et les deux entrepreneurs portugais, rejoindra sa soeur au petit matin pour entreprendre avec les deux ados zurichois, des échanges polyglottes de MP3, avec fils et oreilles à quatre têtes: vous prenez quatre ados australiens et zurichois dans une train international, au petit matin, après quelques fous-rires et échanges de banalités langagières pour vérifier l'état de leur compréhension mutuelle, ils n'auront de cesse d'échanger leurs petites oreillettes et de les partager, et ce n'est pas BASHUNG ni BIOLAY qu'ils échangeront, mais bien plutôt du CAMILLE.

AH, CAMILLE in LIVE le 14 juillet, on ne peut plus écouter un chanteur comme avant CAMILLE.

Ne pas hésiter à emmener un CD de CAMILLE au Portugal, il y a dans la musique portugaise des sonorités, des dissonances, des clés, que l'on retrouve chez CAMILLE.
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
BE Beatrices Regular ·
J'aime beaucoup ce récit. Il est sans fioritures, sans égo déplacé au niveau de l'écriture, plein de toi, plus vrai que ce que j'ai pu lire jusqu'àlors, je peux sentir qui est JC qui s'offre ici dans sa dimension toute simple d'humain... enfin... c'est ce que je ressens en te lisant. J'espère qu'il y aura une suite avant mon départ en vacances mercredi.

Béatrice
TO Tomas3 Veteran ·
bonjour, Béatrices,

ca fait une paye depuis le Yukon, j'espère que tu n'es pas revenue trop cabossée de ces territoires inhospitaliers, enfin, tu vois que tes amis du peuple étrange voyagent toujours, et que la bande des Fabrizia, Venezia, Gitanita, Mamina, Wapiti est toujours là à voyager dans ce long courrier. Je te dédicace la suite tronquée des aventures de JORGE.

Une nuit dans le Paris-Lisbonne (7)

Il est difficile de rendre l'ambiance d'une nuit dans un express international, sans évoquer l'état des draps, des oreillers, des couvertures à partir de deux heures du matin. Ces accessoires de voyage, aimablement prêtés par la RENFE, propres et bien ensachés à l'ouverture du wagon, deviennent très rapidement des instruments ajoutant au « bordel ambiant ». Soit vous décidez de vous en faire un rempart pour vous isoler des autres et vous isoler vous-même, le drap par exemple peut vous servir de cloison, soit vous décidez de vous en passer, si la chaleur du compartiment vous dissuade de la couverture. De toute façon, quelle que soit l'éducation ou le savoir-vivre de vos compagnons de voyage, il va falloir lutter contre leur empilement, leur désordre, leur utilisation détournée. D'ailleurs, Augustinho veille au grain: les ados avaient tendu une couverture pour occulter la vitre coté voie, le chef de wagon intervient dans la langue de son pays et me voilà traduire les injonctions portugaises en anglais pour les dissuader de continuer de transformer notre compartiment en bastion retranché.

3 heures avaient sonné dans la nuit portugaise, à nos montres avancées d'une heure (méridien de Greenwitch) nous avions, JORGE et moi, à nos corps défendant, regagné notre compartiment, sans réveiller ni DOLORES, ni MARIA, ni AMMERSEE, ni CAETANO, nous êtions presqu'assurés de pouvoir nous reposer à défaut de trouver le sommeil.

les fantasmes de JORGE devaient avoir la couleur des miens, sans avoir le même prénom, Mexico, les belles aventurières du compartiment voisin, leurs parfums d'arroz doce, de nata, de toucinho do ceu.

il nous restait trois heures dans le noir de la SIERRA ESTRELLA avant le jour pointé du côté de COIMBRA.

C'était sans compter avec DOLORES, notre étonnante DOLORES, l'épouse aimée de CAETANO, qui avait bercé le compartiment de ses mélopées andalouses avec MARIA jusque vers minuit, et qui, dès cinq heures du matin, repris avec acharnement ses soliloques.

Dans la fatigue d'une nuit sans sommeil, on tend d'abord l'oreille de façon distraite à la conversation qu'ont repris les deux femmes, et puis l'on s'abandonne à la curiosité.

Et l'histoire de DOLORES valait son pesant de curiosité historique: elle avait le profil et l'allure de ces vieilles andalouses, brunes aux traits durcis par le soleil, elle en avait l'histoire teintée de judaîsme: descendante de juifs inféodés aux almoravides, ses ançêtres avaient quitté l'espagne lors de la grande Reconquista.

Emportant leurs coutumes et leurs traditions, ils avaient rejoint leurs conditions de dhimmi en terre d'Islam et s'étaient installés de l'autre côté du détroit de Gibraltar, près de casablanca.

Jusqu'à l'âge de 23 ans, elle avait respecté les traditions familiales, mais son histoire et son tempérament la portaient à retrouver l'Andalousie de ses ancêtres et elle avait regagné toute seule Séville.
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
TO Tomas3 Veteran ·
bonjour Glatch,

la surfeuse de glacons dans le Paris-Lisbonne? on te fait une petite place dans le compartiment 33, serre-toi près de JORGE, à côté d'Ammersee, pour écouter DOLORES, c'est notre SHEHERAZADE andalouse.

Une nuit dans le PARIS-LISBONNE (8)

il était six heures du matin, les couchettes inférieures et intermédiaires avaient été rabattues, nous avions tous retrouvés nos banquettes, même AMMERSEE et JORGE des couchettes supérieures, et nous écoutions fascinés DOLORES.

Elle qui nous avait tant fait c.... avec ses délires nocturnes et surtout empêcher de dormir, s'était transformée en une conteuse des mille et une nuits. Autant Maria, qui lui donnait la réplique, autant CAETANO, le mari fidèle, autant Jorge et la petite australienne de la couchette supérieure, nous écoutions ravis l'histoire de la petite juive andalouse.

A un moment de son récit, je me surpris à lui dire qu'elle était une vraie SHEHERAZADE. Je ne vous infligerai pas la saga de DOLORES, ce n'est pas le propos, ni le lieu, sachez que si vous passez par POMBAL, si vous vous y arrêtez, prenez un taxi pour Praia da Vieira, et une fois arrivé, demandez » la maison de DOLORES et CAETANO. Les deux vieux vous y accueilleront les mois d'été, le reste de l'année, ils résident à Boulogne Billancourt et Caetano a été décoré de la médaille du travail par jean-pierre FOURCADE.

Curiosité des curiosités de voyage, hasard de la lost-translation, DOLORES, dont je m'étais fait une amie, DOLORES, choyée et bercée par son fidèle CAETANO (encore un peu d'eau ? Dolorès) (as-tu pris tes médicaments du matin ?) veux-tu un coussin pour reposer tes jambes ?) et le pauvre CAETANO de tourner et de retourner auprès de sa DOLORES, oui et bien DOLORES l'aimée, la trop aimée, me confia à l'oreille avant de descendre à POMBAL cette phrase brûlante qui en dit long sur le couple:

« je ne l'ai jamais aimé » (parlant de CAETANO) (sic)

je pensais à Ajuda et son Gringo, je pensais à Abélard et Heloise, je pensais à Aragon et Elsa, à Sartre et beauvoir, à tous ces couples chien et chat qui peuplent l'histoire des couples. Faut-il avoir peur de la solitude pour continuer à marcher en claudiquant? le besoin de respirer est-il si intense que l'on traverse l'atlantique pour respirer un peu ? les histoires parallèles et éphémères suffisent-elles à ravauder ces barques qui tanguent?

dans ces couples marathons qui font illusion, et DOLORES et CAETANO nous avaient illusionné toute la nuit par leur amour de vieillards, les histoires en parallèle qui ont aidé à vivre DOLORES marquent-elles encore sa mémoire?

car DOLORES, la DOLORES de mon train de nuit, fut sans doute il y a quarante ans une merveilleuse Ajuda, au nombril rond, au sourire plein d'âme. derrière ses rides et son visage marqué, la petite vieille se souvient sans doute qu'elle fut aimé par de beaux surfeurs sur les plages de praia da Vieira, des amants au goût de pierre à fusil, à la peau chargé de sel du cabo MONDENGO.

En réponse à
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
TO Tomas3 Veteran ·
Bonjour Timouss,

merci pour ton clin d'oeil(souvenir d'un post d'il y a quelques mois).

J'espère que tu apprécies les aventures du wagon 18, compartiment 62, le train va bientôt arrivé a santa Apolonia à Lisbonne, normalement dimanche matin à 11 heures, heure locale. Il y encore une place pour toi, les australiennes ayant quitté le compartiment pour rejoindre leurs copains zurichois. Pour ce qui est du road-book au TOUQUET, on en reparlera le 9 août, je disparais encore une fois en France profonde. Mais sur ce thême, il faudra que tu choisisses: chic, branché, écolo, sportif, amoureux, culturel, camping, westminster, champagne, moules-frites, char à voile, équitation, ornithologie, musées, expositions, gastronomie, orageux ou ciel dégagé. il y a le choix.(pas de mexicaines, mais beaucoup de "biroutes" chez les chtis) à bientôt à te lire sur ce post. je ne pourrai pas traiter tous les thèmes à la fois
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
TI Timouss Globetrotter ·
Bonjour Tomas,

Si maintenant on peut choisir .... Alors, pour moi ce sera : sportif, amoureux, camping, moules-frites, char à voile, équitation, ornithologie, orageux et ciel dégagé. Si tu peux ajouter aussi le cerf-volant !!!

A bientôt dans le Paris-Lisbonne et au Touquet 😎😎😎

Timouss
TO Tomas3 Veteran ·
Ola Gitanita de la pampa,

il y a un bail depuis le tarmac de l'aéroport d'Orly-Ouest, donne nous de tes nouvelles plus souvent, on parlera des rencontres de ce peuple qui voyage, on t'a fait une place entre JORGE, MARIA et moi dans le compartiment 33:

Une nuit dans le PARIS-LISBONNE(9)

Certains lecteurs ont l'impression que je me suis trompé de forum et que je ferai mieux d'envoyer mes épreuves à feue « Francoise VERNY ». Je REITERE: tous les personnages de ce carnet existent dans la vraie réalité, les discours de DOLORES, d'AJUDA sont bien réels. D'ailleurs, je n'ai aucune imagination et je ne sais pas où j'irais prendre des descriptions vécues, du bon « vécu de chez vécu ».

Certes, il y en a qui doivent se demander comment on fait pour vivre tous ces événements en l'espace de 16 heures, le dieu des hasards, il n'y avait plus ni mexicaines, ni JOAO, ni australiennes, sur le chemin du retour, même billet, même trajet, le chef de wagon avait changé, le film se déroulait à l'envers.

Mais revenons à notre compartiment, déserté par les australiennes qui sont allées jouer avec les ados boutonneux et zurichois de la cabine d'à côté.

La perle du voyage, cerise sur le gâteau, fut sans doute JORGE qu'Amalia regretta. JORGE LOBO, fils d'Eduardo et de Lucia, né le 23 novembre 1990, à Lisbonne, dans le Baixa, calle san Fernando.

Je ne l'avais pas remarqué au début du voyage, sinon sa gentillesse et sa courtoisie, lorsqu'il avait chargé les sacs emplis de kangourous des deux australiennes dans le sas situé au 3ième niveau.

Il était à la fois souple, courageux, serviable et discret, qualités essentielles pour un compagnon de voyage.

Ce n'est qu'au fur et à mesure que le PORTUGESE-EXPRESS déroulait ses kilomètres dans les sierras que je me surpris à l'observer différemment.

D'abord, je l'avais pris pour un compatriote, il parlait mon français, un peu soutenu, sans affectation, et puis peu à peu, je l'entendis échanger en portugais avec MARIA, la dame en deuil de sa soeur, avec DOLORES, la vieille juive andalouse, en anglais avec les ados zurichois, et je le regardais d'un autre oeil.

Sur la couchette du pont supérieur, face à AMMERSEE, il pianotait le clavier de son ASUS EEEPC série S, du moins pour la première partie du voyage.

Je vous passe l'épisode d'AMALIA ou vous renvoie notice 5 (épisode torride) et ne vous conterai pas leur disparition au delà de la cabine d'Augustinho, le chef de wagon, là où les bath-rooms sont en inox brossé...

je ne saurais jamais ce qui s'est passé entre Amalia et Jorge entre 2 heures et 3 heures du matin, vous non plus d'ailleurs. Peut-être dans le PARIS-LE TOUQUET au mois d'Août ?

il ne me l'a jamais dit non plus, ses yeux brillaient pourtant d'une étrange lueur, on aurait dit qu'il avait « respiré plus profondément », quand il regagna le compartiment vers 3 heures du matin.

Quand DOLORES commenca la chronique de sa vie, il fut comme moi, attentif, posant des questions, relancant, curieux, et lorsque les deux vieux descendirent à POMBAL en nous laissant leur adresse et nous invitant sur le chemin du retour, il fut comme moi le plus touché du monde.

Nous n'étions désormais plus que 3 dans le compartiment dévasté, MARIA, la femme en deuil, JORGE et moi.

Il me brancha très vite sur la politique intérieure francaise, MARIA, silencieuse jusqu'à lors rentra dans le jeu, et nous échangeames(pas mal ce passé simple et de plus en plus inusité) des propos que le Canard Enchainé ne reproduirait pas ni même Charlie-Hebdo depuis SINE;

Et là, JORGE me bluffa, il venait de terminer une année en SORBONNE et avait décidé d'interrompre ses études françaises: ses études avaient été très perturbées par les grèves successives des étudiants français, ses démarches très ralenties par le fonctionnement de la bureaucratie universitaire francaise, et, faisant fi des conseils de sa famille(proche du président du conseil de la communauté euroéenne) il hésitait à les poursuivre soit aux Etats-unis, soit à LONDRES et n'avait pas encore fait son choix.

JORGE partit alors dans une description du fonctionnement des institutions francaises et de la france en général, digne d'un journaliste averti, il faisait aussi sciences po parallèlement.

J'eus droit, en français et en anglais, à un apercu judicieux de la présence et de la perception qu'ont les élites internationales de la France en général, digne d'un TED STENDER.

Il termina en me sortant un numéro du TIMES où il me forca à lire une chronique politique (en anglais) relevant la principale faiblesse de notre hyper-président...

Il avait pourtant passé une heure dans l'intimité avec AMALIA et en voulait toujours à la FRANCE, il n'avait que I8 ans, celui-là, on le reverrait dans quelques années, nos élites mangeraient leur chapeau...

i
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
TO Tomas3 Veteran ·
Bonjour Mamina,

Ô combien de voyageuses d'autres voyages se retrouvent sur cet express lusitanien. Il paraît, je l'ai su de vive voix d'une amie qui t'est très chère que votre rencontre VF d'Annecy débordait d'émotions et de reblochons (Wapiti, suivez mon regard) j'ai eu droit à un compte-rendu au 40 ième étage de la Tour Stylo du Crédit Lyonnais à Lyon, hélas, la voyageuse court dans la pampa (voir plus haut)

Mamina, la reine du stylo à plume et du clavier bien tempéré, je te dédie l'ultime billet d'un voyageur fatigué qui a bien besoin d'aller dormir pour oublier ses "arrière-pensées",

Une nuit dans le Paris-Lisbonne (10) suite et fin

Le train entrait dans le' Parque das Nacoes », Augustinho nous avait rendu nos billets qu'il nous avaient confisqués au départ, comme s'il avait voulu nous garder dans son wagon, il avait quitté son « marcel » de nuit, revêtu son bel uniforme des Caminhos de Ferro Portugueses (tel.808.208.208) www.cp.pt

l'ordre régnait dans son wagon, ses yeux lorgnaient avec regret les belles étrangères qui allaient le quitter à santa apolonia.

Jorge et moi, on réfreinait nos pensées, on les enfouissaient sous nos cartes et nos sentiments:

« avec Ajuda, on s'était aimé l'espace d'une nuit, au-delà de la banquette du compartiment, on avait nagé dans le grand tout, on a eu tout entre 2 et 3 heures du matin, jusqu'à cette liberté de faire l'économie de vrais sentiments... »

« avec Amalia, qu'est-ce qu'il ne faut pas que je fasse pour la tuer dans ma mémoire? » pensait JORGE

le regard d'Ajuda me répondait qu'elle ne s'était jamais fait d'illusion, , mais qu'elle se remémorerait ce Paris-Lisbonne en tremblant, tout en voulant l'oublier pour reprendre sa vie.

Et je pensais à ces mots de Salwa El Mehdi:

« plus tard, des semaines après, j'ai compris que chacun de nous a une petite mexicaine qui l'attend quelque part dans un train de nuit pour le révéler à lui-même, pour l'aider à déployer ses pouvoirs, pour aller plus loin dans son labyrinthe intérieur. »

définition de la SAUDADE: « un mal qui fait du bien, un bien qui fait du mal, Luis de Camoes (I524-I580) un sentiment qui pour beaucoup caractérise l'âme portugaise: le fado exprime parfaitement le sentiment contradictoire qui constitue la saudade: une mélancolie joyeuse, la douceur d'exprimer une douleur, une souffrance qui se contente et se satisfait d'elle-même... PROIBIDO FUMAR FORA DA ZONA RESERVADA

CONSERVAR ATE AO FIM DA VIAGEM

BILLETE MAS RESERVA

PRECIO DE MERCADO

SALIDA/DEPARTURE HENDAYA

LLEGADA/ARRIVAL LISBOA S.A

TREN 00310 COCHE 031 LITERA 063

LITERA CLIMATIZADA MEDIA/MIDDLE
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
FA Fabizan Regular ·
J'ai beaucoup aimé ce récit qui a fait remonter pleins de souvenirs de voyages passés dans d'autres wagons-lits français cette fois.

Pour ma part je pense que l'on y fait bien plus de rencontres qu'en voyageant en avion, à cause du trajet plus long pour les mêmes distances, les paysages que l'on découvre au petit matin et la promiscuité dans l'espace réduit.
Fabienne
TO Tomas3 Veteran ·
merci Fabizan,

si ces petits billets t'ont permis de voyager un peu, c'est vrai que les trains de nuit sont à eux seuls des voyages, encore faut-il que le hasard s'en mêle.

Mais le voyage n'est-il pas dans ce que l'on cherche et que l'on trouve parfois?
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
TO Tomas3 Veteran ·
chère Timouss, voilà le premier envoi du superbe trek!

Bonjour Tomas,

Si maintenant on peut choisir .... Alors, pour moi ce sera : sportif, amoureux, camping, moules-frites, char à voile, équitation, ornithologie, orageux et ciel dégagé. Si tu peux ajouter aussi le cerf-volant !!!

A bientôt dans le Paris-Lisbonne et au Touquet

Timouss
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
TO Tomas3 Veteran ·
bonjour Timouss,

le trek au Touquet-Paris-Plage qui devait commencer le 9 août a finalement débuté le 6, je ne t'ai pas encore aperçue à la terrasse du Westminster, en face de chez Flavio, près de la place de l'Hermitage...
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
LA Laptitmarie Veteran ·
Ha oui, tu m'a fait remémoré mes trains de nuit vers le sud de la France ou la Suisse. A l'époque, dans le train vers l'Espagne, je ne sais pas si cela existe encore, il y avait un resto-bar et une discothèque. C'était le foutoir dans les cabines et, tout au long de la nuit, nous restions à papoter et faire connaissance dans les couloirs sans jamais gagner nos couchettes. C'était incroyable, en quelques heures, entre Bruxelles et Gérone, nous avions plein d'amis et nous échangions nos adresses.
Balades autour de la boule : Inde, Bangladesh, Turquie, Népal, .. Récit Bangladesh Récit Inde 2001
TO Tomas3 Veteran ·
Ha oui, tu m'a fait remémoré mes trains de nuit vers le sud de la France ou la Suisse. Petite Marie,

sais tu qu'un autre carnet (trek au Touquet-Paris-Plage) a repris les mêmes personnages et les fait vivre entre Le Crotoy et Boulogne sur la Côte d'Opale, ?

Rejoins la bande des chris, des fabizan, des patrizia, des glatch, des flaflu, des mamina, des timouss qui suivent le feuilleton de l'été., c'est pas triste...

Avec Pablo, Jorge, Caetano, Dolorès, Ajuda, Amelia, Angelo et bien sûr Harold en premiers rôles...

Ha oui, tu m'a fait remémoré mes trains de nuit vers le sud de la France ou la Suisse.
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
MA Marco33 ·
Pour info, et ceux qui voudraient prendre ce train, le Irún Lisbonne s'appelle le Sud Express. Surexpresso en espagnol Sud expresso en portugais. 😉
AR Arrawak Globetrotter ·
😉Ben tiens je retrouve ce texte de ton voyage en train de nuit Paris Lisbonne............; Un plaisir de le remettre aujourd'hui. çà va te rappeler des bons souvenirs.

dommage le Larzac a fermé!!!!!
Tout vient à point pour qui sait attendre

Bonjour à tous ARRAWAK
AR Arrawak Globetrotter ·
😉Je connais aussi le moyen de faire des rencontres agréables dans le train suffit d'aller au wagon restaurant. Que de bons souvenirs dans toutes ces années antérieures et que de voyages pour moi en 2008. Prochaine destination le maroc
Tout vient à point pour qui sait attendre

Bonjour à tous ARRAWAK

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