Mon estomac faisant moins le malin après la dose que je viens de lui injecter, et surtout à cette vitesse, je reprends:
LaFleur:
Non, je n'ai pas mal mangé, et non je n'ai rien contre toi, et non, ce n'était ni du lion ni de la hyène. Et je suis désolé de commencer comme ça, mais voilà: ce que tu as écrit est un peu hors sujet. Tu ne décris pas vraiment un espace, à part quelques moments sur lesquels je reviendrai. La première partie, en particulier, bien que pleine d'émotion, n'est pas de la représentation spatiale. Tu ne décris aucun lieu, mais tu décris l'idée d'un pays (et un pays est un espace, cela, je te l'accorde). Tu décris surtout, dans cette partie, via des histoires de fractions ou de journaux télévisés qui te passent à dix mille kilomètres au dessus du crâne, à quel point tu es focalisée sur une seule chose, le Portugal, qui te manque tant et qui signifie tant pour toi. Mais je le répète, tu ne représentes, au sens de description, aucun espace dans cette partie.
Ensuite, il y a quelques descriptions parlantes, et comme par hasard, ce sont celles qui font appel aux sens (de toute façon, c'est le principe même d'une description).
D'abord des sons: ta langue. On imagine le bonheur. Puis le climat (vue et toucher principalement): le ciel est bleu, alors qu'à Paris, il était pâteux (en passant, je trouve que c'est une image forte, et c'est un adjectif qui ne se prête normalement pas à un ciel, cette figure de style porte un nom, que j'ai appris il y a peu, mais voilà, j'ai oublié). Et il y a cette odeur de bonheur. Pas la peine d'en dire plus.
la voiture saute dans tous les sens.....je suis heureuse. On imagine la scène où tu es heureuse d'être bousculée dans tous les coins, ce qui est normalement désagréable est tant chargé de signification que ça te rend heureuse (comme moi quand je sens l'odeur du soufre, ça me rappelle trop l'Indonésie et ses volcans, alors qu'objectivement, ça pue). Dans ce cas présent, on a donc une descrition sensorielle subjectivisée (et donc alterée) par ce qu'elle représente pour celui qui a ressenti ce qu'il décrit.
Enfin je mange local.....Mmmmm c'est trop bon....indéscriptible...... Dommage que tu n'en ais pas profité, justement, pour décrire le goût que tu as senti, à la manière, par exemple, de Zabinouk. C'est ce genre de choses que j'attendais!
j'entends des animateurs portugais.....les chansons fusent....j'ouvre la vitre pour sentir l'air de Porto me taper sur le visage..... Oui, là, on s'imagine bien. Son, toucher, et odorat se rejoignent en une seule sensation: le retour au bercail et tout ce qu'il veut dire. On sent que le vent dans les yeux n'est pas le seul facteur à les rendre aussi humides.
Dans tous les cas, merci d'avoir partagé une telle émotion, et.... bon voyage!
LePiaf:
L'oiseau a finalement volé au-dessus des cratères. Le contraire aurait été dommage. Merci à l'aéroclub de Saint Denis, donc. Il nous livre une description très visuelle de sa randonnée à pieds au Piton de la Fournaise. Parfois, s'agrègent des sons (absence de bruits, de cris d'oiseaux, dur pour le Piaf, hélicos) et des odeurs (absence d'odeurs, pour être précis).
Malheureusement, LePiaf ne nous décrit pas les sons et les odeurs qui s'échappent du cratère. Or, je doute qu'à ce moment là, il n'y avait pas d'autres sons que celui des zélicos (ou alors ils étaient vraiment très proches) et aucune odeur (voir mon commentaire à LaFleur). Plus généralement, autant il décrit la marche d'approche vers les cratères, dans la caldéra du Piton de la Fournaise, où l'absence de vie doit effectivement être fortement ressentie (ce qui transparait bien à ce moment du récit), autant il ne nous dit presque rien des cratères eux-mêmes, même visuellement (Plusieurs cratères s'offrent à nos yeux, nous passons de l'un à l'autre, je suis heureux.) Comment étaient-ils? A quoi lui faisaient-ils penser? dommage qu'il n'y ait rien de ce côté là, surtout quand on sait à quel point voir un cratère actif est une expérience forte, unique. La preuve, Lepiaf était heureux. Et quand on sait à quel point Lepiaf excelle à décrire un espace (voi autres messages de lui, il y en a quelques uns...).
Dis nous en plus, ami volant! C'est frustrant!
Alan... Maintenant...
Alan Alan Alan... Toujours aussi fort. A lui tout seul, il invente un nouveau sens: le sens de la nature. Tout n'est que communion avec cette magnifique entité. Presque jusqu'à la mort. C'est du concentré d'Alan, comme d'habitude.
Bien sûr, c'est très visuel, un peu sonore, mais surtout, ce récit fait sans cesse appel au sens de la transcendance. Il ressent quelque chose en ce lieu qu'il ne ressentira jamais ailleurs et qu'il n'avait encore jamais ressenti. Cette envie de ne faire plus qu'un avec le site. Cette communion complète entre lui et la nature.
on se sent irrésistiblement attiré par ce nuage en transe, et on a envie de pénétrer à l'intérieur pour y disparaître à jamais et rencontrer ce que l'on croit être les esprits ....... féérie des couleurs, comme l'autoroute qui doit vous conduire au bonheur ...... plonger à l'intérieur d'un gouffre sans fond et qui voudrait vous y entraîner ..... féérie, puissance non contenue, je n'en peux plus d'émotion et je me met à pleurer par tant de beauté et de force projetée, je recherche une communion plus intense avec cette nature .... qui m'enmène si loin dans mes rêves devenus d'un coup réalité ...... c'est magique et incontrôlable de bonheur, et celà dure le temps que dure les rêves ..... car les rêves existent, j'ai trouvé la porte d'entrée .... là au bord de ces chutes à taille de géant et il ne me manque plus que les ailes pour me projeter définitivement dans un ailleurs ....... vais je enfin sauter et franchir le pas de l'ultime bonheur .......j'ai côtoyé les dieux et
plus jamais je n'ai retrouvé autant d'émotion à clamer .......
Ici j'ai réuni tout ce qui touche à cette notion de transcendance, voire de trance, et à la communion entre Alan et l'espace dans lequel il évolue. J'irai jusqu'à oser dire que c'est extrêmement érotique. Alan fait l'amour avec les chûtes. C'est rempli de sensualité, notamment:
je monte sur ce rocher au bord du chemin et là face aux chutes, j'enlève ma cape de pluie, arrache presque mon tee shirt et me met torse nu face aux éléments, et je me met à crier de toutes mes forces en ouvrant la bouche pour aspirer goulûment. vais je enfin sauter et franchir le pas de l'ultime bonheur ....... je suis trempé d'émotion (là, particulièrement!!!) et je ruisselle de bonheur .....
Pourtant, certaines perceptions sensorielles ne sont pas décrites. Dans des lieux aussi forts, les odeurs et les goûts ne doivent pas manquer. Mais non, peut être est-ce volontaire, le sens du sacré l'emporte de loin sur tous les autres, et tellement que les odeurs et les goûts sont dillués.
Je me permets une parenthèse. Je reviens tout juste d'Iguaçu, oú j'étais il y a trois jours. Là bas, j'ai pensé à ce texte d'Alan que j'avais lu avant, et maintenant que je le relis (et pas relie, je ne suis pas fou, contrairement à ce que peut parfois prétendre Lepiaf), je repense à ce que j'ai vu. J'ai ressenti des choses à peu près similaires. Je vais bientôt m'occuper des photos et les mettre sur mon site. C'était énorme, et effectivement, les goûts et les odeurs étaient littéralement noyés par le sentiment de puissance des chûtes, et d'impuissance de notre condition. Et je me disais que sauter là dedans et y finir était sans doute quelque chose de fort, de beau, de complet. Une union, un retour aux "sources". Et mes soucis emportés avec moi depuis mon départ de Tucumán se sont dillués tout autant dans ces chûtes immenses et folles. Je suis ressortis du site lavé, purgé. Et je n'ai pas sauté...
Ailleursland:
Ailleursland nous décrit finement son arrivée en avion de ligne sur les Maldives, dans un exercice de style intéressant et palpitant. "Mais de quoi parle-t-elle?" se demande-t-on au début, puis au milieu. Seulement vers la fin, on commence à comprendre de quoi il est question, et tout le jeu de la description se met en place d'un coup à la lecture de la dernière ligne.
La description est purement visuelle. Et pour cause, c'est une vue à travers un hublot, de loin. L'espace n'est pas à proprement parler investi, il est juste apperçu de loin, mais déjà l'émotion et l'esthétique l'emportent. Ailleursland nous décrit l'espace à la manière d'une photo aérienne, voire satellitale. Ce n'est donc que visuel. Et, tout comme les photos aériennes, on met du temps à comprendre de quoi il s'agit. D'abord à cause de l'échelle inconnue (voire, dans ce cas présent, variable à cause de la descente), et ensuite parce que notre oeil (ou nos yeux??) n'est pas habitué à voir la planète d'en haut, d'où les choses sont si différentes. Et tout comme une photo aérienne, c'est beau. La nature est la plus grande artiste jamais connue. Ailleursland le sait, et nous le fait savoir... artistiquement.
Conclusion:
De belles descriptions, qui, souvent, rendent bien les espaces décrits. Ce fut un plaisir de vous lire, tous mes sens sont pleins d'informations, juste par ce que mes yeux ont lu et envoyé au cerveau pour qu'il projette mentalement une interprétation. Tel est le pouvoir de l'écriture pour représenter l'espace. Un pouvoir énorme. On peut même décrire des lieux imaginaires de manière précise, émotionnelle, et artistique, comme un des grands maîtres dans ce domaine... Tolkien. Voilà, ça, c'était plus pour ouvrir le sujet. Ceux qui veulent décrire des lieux imaginaires de la même manière que dans cette discussion, qu'ils s'y donnent à coeur joie!
Geantropie, Vivre l'espace
http://geantropie.free.fr