De l'Alsace à l'Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan) en été 2007
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OP Opai Veteran ·
30 et 31 Juillet 2007 : Alichur, lac Yashil Kul

On rencontre habituellement des gens dans les bus, au café ou dans la rue... C'est oublier les toilettes communes qui se trouvent dans les villages pamiris. Un cabane de bois perchée sur une fosse, au milieu du quartier. A l'intérieur, des trous alignés contre la paroi de planches. J'ai beau attendre qu'il ny ait personne, le matin, il y a embouteillage! Et si je suis seul, je ne peux pas interdire de venir à l'homme que je vois arriver. Accroupis, ça discute, ça papote. Je suis gêné mais tout le monde s'en fiche, évidemment!

Retour prêt du feu allumé dans la cuisine. Nous discutons en anglais avec la maîtresse de maison. Elle est souriante. Ses deux filles, adolescentes, ont préparé la pâte pour le pain. La petite dernière, qu'on appelle "Sugar" a peut-être deux ans. Elle est irrésistible, autant pour sa mère que pour les voyageurs qui passent par là. Au menu, crème, beurre, un bol de lait frais chaud, riz au lait, confiture, raisins secs, galettes de pain. Je mange sans arrêt pendant trois quarts d'heure. Mon bol vide est immédiatement rempli. Je retourne m'allonger quelques instants après ce petit déjeuner qui n'a de petit que le nom.

Le premier matin, Simon et moi accompagnons notre hôte et son neveu à la recherche de combustible. Nous marchons une heure dans un maquis peu dense. Il n'y a que des caillasses et de temps à autre une touffe d'épineux secs (tersken). Les deux tadjiks plantent une barre de fer dans le sol pour arracher la plante avec ses racines. Ils font des petits tas et, après une demie heure, remplissent deux grands sacs extrêmement lourds qu'ils portent jusqu'à la maison. Plus de deux heures et beaucoup d'efforts pour pourvoir se chauffer pendant une seule journée! En voilà qui ne se posent pas cent mille questions sur ce qu'ils ont à faire aujourd'hui : le vital, l'indispensable, occupe leurs journées. Mais il reste aussi du temps pour le repos. Après la corvée de tersken, on mange puis tout le monde se repose.

Le village est coupé en deux. Une moitié est réservée à la communauté tadjik et l'autre à la kirghize. Un espace vide où coule un ruisseau sépare les deux groupes. D'après mon hôte, il n'y a pas de problèmes entre eux. Mais les mariages mixtes n'existent pas car ils n'ont pas la même religion (sunnites et chiites). Par ailleurs, ils ont des écoles séparées où l'on étudie soit en kirghize, soit en farsi.

La voisine et sa fille tissent des tapis. Devant leur maison, un métier rudimentaire et un peigne suffisent à réaliser, lentement, des mètres et des mètres d'un ouvrage rouge et noir. La mosquée se trouve du côté kirghize (les ismaëliens prient chez les membres de la communauté, à tour de rôle). Tout y est en travaux, les tapis de prière sont étalé entre les sacs de béton. Du haut du petit minaret rouge, le regard porte sur tout Alichur.

Je suis très poussiéreux, pas douché depuis une semaine. Mes cheveux sont emmêlés, j'entreprends de les peigner. Une des filles passe dans la chambre. Elle est aussitôt prise d'un fou rire. Lorsque je rejoins toute la famille dans la cuisine, je tombe sur les deux filles complètement hilares. Elles pleurent, elles sont pliées en deux, au sens littéral du terme. La mère rit aussi, elle m'explique que ce n'est pas une habitude locale de se soigner comme ça pour un homme. J'en rajoute, fais mine de me pomponner... Lorsqu'on demande où on pourrait se laver, on comprend que ça va être difficile. Je crois que la toilette se résume ici à se rincer le visage et les mains. Je me trompe peut-être. Dans tous les cas, il n'y a pas d'endroit prévu pour ça, dedans ou à l'extérieur.

Nous partons avec Simon et Matthias, armés d'une serviette et d'un savon. Après une heure, nous ne voyons plus le village et nous nous installons au bords d'une rivière. L'eau est glacée. Les pieds hésitent entre les pierres, mais un peu de courage suffit à nous faire y entrer tout entiers. On se savonne rapidement, on plonge la tête sous l'eau mais sans s'éterniser. Nos muscles s'engourdissent tellement c'est froid. Je me sens bien vivant, cette claque me fait un bien fou. Je ressors avec une nouvelle peau et m'allonge sous le soleil. Il fait bon, j'écoute le courant, je vois quelques yaks. Ils doivent se marrer en voyant trois vers blancs allongés dans leur territoire!

Le lendemain matin, nous rejoignons le lac Yashil Kul. Du village, nous suivons une piste qui s'élève à flanc d'une montagne ocre. On ne court pas, nous sommes à près de 4000 mètres et l'altitude se fait sentir pendant l'effort. Nous voyons le chemin monter devant nous et à chaque fois, nous sommes convaincu que dans quelques mètres, nous pourrons contempler le lac. Mais non! Le chemin tourne, ou continue de monter. Derrière nous, en contrebas, le petit village de Bulunkul est posé entre des petits pâturages verts et jaunes, et l'immensité minérale de ce désert.

Finalement, le voilà, trois cents mètres en dessous de nous. Il est bleu, tantôt sombre et profond, tantôt turquoise. Le lac dort entre les hautes montagnes. Il est entouré de pics blancs. Je pars seul sur la droite pour escalader un monticule. Au fur et à mesure que j'avance, le sommet recule. Impatient d'être en haut, je vais trop vite et fais des pauses fréquentes, à bout de souffle.

Après une demi heure d'efforts, je découvre un panorama à 360 degrés. Le vent gronde en rafales. Je marche sur des pierres multicolores. Il y en a des noires, des roses, des oranges, des vertes... Je m'assois et ferme les yeux. J'inspire profondément. J'ouvre les yeux, le paysage est toujours là, encore plus vaste. Un moment de grâce. Je prends quelques photos, sachant d'avance qu'elles ne pourront rendre ce que je vois en ce moment. Le paysages ne se regardent pas uniquement, ils se respirent et ils s'écoutent.

Je crois voir Simon sur le sommet d'un monticule en face de celui ou je me trouve. Il me fait des signes avec les bras. Je dévale la pente et remonte celle d'en face. Essoufflé, je ne trouve pas mon ami mais un panneau de métal! Je redescends vers le lac. On s'y était donné rendez-vous pour manger. Je ne vois personne, décide de longer la berge vers la droite. Il y a des petites vagues, l'eau est transparente. Des groupes de canards ou de poules d'eau s'envolent. Les animaux ici ne doivent pas être dérangés souvent. J'approche à quelques mètres des marmottes énormes. Parfois, il est impossible de suivre la berge. Deux solutions s'offrent à moi, soit aller dans l'eau, soit escalader les rochers de la rive pour retrouver un chemin dix mètres plus haut. J'alterne les deux solutions.

Je marche, complètement grisé par la nature et par la faim qui me tenaille. Je ne trouve pas mes deux compagnons, je n'ai aucune notion du temps, je fais demi tour. Je les découvre sur une petite plage, non loin delà où nous nous sommes séparés. Ils m'apprennent qu'ils m'attendent, moi et mes boîtes de thon depuis trois heures! Nous repartons en fin d'après midi. Au moment de basculer de l'autre côté de la montagne, je regarde une dernière fois le lac comme pour imprimer son image dans ma mémoire. C'est vain. On se souvient des émotions et des ambiances mais après quelques minutes, les images s'effacent déjà.



paysage autour d'Alichur



la rivière : le bain public!



lac Yashil Kul
MÉ Mékong Globetrotter ·
quelle superbe région ce Pamir !!! en tout cas merci de nous faire partager ton périple
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
LE Lesroubac ·
Génial ton voyage ! Et ta façon de le raconter est top...



Merci beaucoup !!!
http://entilisie.over-blog.com
SE SeniorCH Globetrotter ·
Bonsoir,

Je l'avais lu par morceaux, là je suis en train de l'imprimer pour le lire en entier tranquillement. Si vous ne le savez pas, je vous informe qu'il y en a une trentaine de pages (sans les photos), et pas un moment d'ennui !

Merci pour ce pur plaisir.

Danielle
A man, a plan, a canal, Panama - palindrome, auteur inconnu
OP Opai Veteran ·
1 et 2 Août 2007 : D'Alichur à la frontière kirghize en passant par Murghab

Dernier festin lacté dans la chaleur de la maison d'Alichur. Derniers mots pour remercier. On demande le prix de cet accueil : ce que l'on veut donner. Toute la famille est là : le père et le cousin, tous deux prêts à partir chercher du tersken, la mère, les deux filles adolescentes et Sugar, encore ensommeillée mais les joues toujours roses.

Je n'ai pas vu beaucoup de circulation sur cette route, la Pamir Highway. Il ne faudrait pas se méprendre : Highway ne signifie pas dans ce cas autoroute mais simplement qu'elle parcourt de hautes altitudes! Elle est principalement empruntée par quelques camions chinois et des camions citernes venant de Osh. Il passe souvent quelques camions le matins. L'après midi, la route est déserte.

Assis depuis seulement un quart d'heure dans la caillasse qui borde l'asphalte noir, je vois arriver la maman de Sugar. Elle veut absolument nous faire rentrer, nous offrir du thé pour nous réchauffer. Devant notre refus, elle nous fait promettre de manger chez elle à midi si nous ne trouvons rien. Elle repart, nous ne la reverrons plus.

Je sors mon lecteur MP3 pour la première fois depuis mon voyage en train, il y a un mois. J'écoute le deuxième livre des Préludes pour piano de Debussy. Brouillards, Feuilles mortes, Ondine, Feux d'artifice... Cette sensualité discrète et contenue se pose bien sur le paysage vide qui m'entoure. Mais ce serait impossible et absurde de trouver des correspondances. J'écoute une musique vivante, tout en détail, en suggestion, en douceur, dans un environnement sec, des espaces immenses et bruts. Il y a un décalage, un choc même entre ces deux mondes. Ca me rappelle quand, couché dans mon hamac, j'avais été réveillé un matin par une ouverture de Wagner au milieu de la forêt guyanaise!

Je me sens mal. Depuis hier soir, j'alterne entre le froid et le chaud. Le soleil est là, et pourtant, je suis gelé. Mal au ventre, à la tête. Je ne bouge pas, je me couche, enveloppé dans tous mes habits. Deux camions citerne arrivent et acceptent de nous emmener jusqu'à Murghab. Matthias se retrouve seul dans un camion, moi et Simon dans l'autre. On monte, on fait quelques mètre puis les moteurs sont coupés. Les chauffeurs passent voir des amis, mangent, achètent et vendent des petites choses. Nous attendons trois heures dans l'odeur infecte d'essence. Nous n'osons pas trop nous éloigner car nous craignons de louper le départ. De toute façon, pendant ce temps, absolument aucun véhicule ne passe sur la route.

Je transpire à grosse gouttes, j'ai des sueurs froides, je sens un gros poids dans mon ventre. Tous ces produits laitiers étaient délicieux mais j'en ai mangé trop pendant trois jours. Je n'en mange presque pas en France, mon ventre se révolte contre ce brusque changement de régime. Je me lève, ma tête tourne, je m'éloigne de mes compagnons de route, je suis plié en deux avant qu'un spasme ne me libère. Mainenant, ça ne pourra aller que de mieux en mieux. Nous partons enfin. Pause de nouveau après une dizaine de kilomètre. Une heure pour manger dans une yourte et échanger de l'essence contre de la viande. Moi, je reste dans le camion et m'endors, étalé sur la banquette. Je me sens un peu mieux et profite des paysages.

Dernier contrôle policier et nous voilà à Murghab. Des gamins nous guident vers l'hôtel Murghab. On tape sur la porte, on appelle... Au bout d'une demi heure, un gars vient nous ouvrir. Il n'a pas l'air pressé de faire des affaires. Il nous mène au premier étage de ce grand hôtel de type soviétique. La chambre coûte un peu plus de deux euros. On choisit celle où les fenêtre ne sont pas complètement cassées. La moquette rouge et les matelas semblent neufs. Ils sont encore emballés dans du plastique. Par contre, les chauffages ont été arrachés, de même que les interrupteurs. Pas de lumière ici. Les fils électriques et les tuyaux de plomberie sortent des murs. La douche et les toilettes, il ne faut même pas y rêver. On m'indique le terrain vague derrière l'hôtel! A ce prix là, je ne demande qu'un peu de propreté, et c'est très propre.

Nous sommes en début d'après midi. Avec Simon, nous allons faire un tour au bazar. Je l'imagine très "Asie centrale", j'ose espérer que les nomades de la région lui donne un peu de cachet. Que des bricoles chinoises, des pâtes, des produits ménagers et de l'alcool. Le lieu est sinistre : sous un soleil qui vous ferait fondre, nous ne trouvons qu'une succession de conteneurs, tous identiques. La citerne à demi enterrée d'un camion fait office de bar-restaurant. Pour protéger les marchandises du soleil, on tend quelques bâches. J'ai l'impression d'être dans une serre. Comme dans beaucoup de petits bazar, tous les marchands vendent exactement la même chose. Je me demande comment ils survivent. Il y a énormément de jouets en plastique qui sont à la vente.

Cette visite finit de m'achever! Je tiens à peine sur mes jambes et décide, sagement, d'aller me reposer. Je me réveillerai le lendemain matin, à six heures. En fin de journée, Simon est venu me tenir informé : vu qu'il est hors de question que nous restions dans cette ville plus d'une nuit, il a fait le tour des pensions et a trouvé deux cyclotouristes en partance pour Sary Tash. Nous louerons ensemble un véhicule si je suis remis.

A mon réveil, Simon, me demande si ça va... Je suis en grande forme ce matin! Pour lui, il était hors de question de partir seul et de me laisser seul ici, malade. Le voilà rassuré, nous partons. Avant cela, je pars à la recherche d'un employée. N'en trouvant pas, je vais directement à la cuisine et rempli ma tasse de thé avant de retourner dans la chambre. Quand nous y retournons pour en reprendre, l'employée est là mais elle refuse de nous donner, ne serait-ce que de l'eau chaude! Etrange. Dans la pension où logent les deux cyclotouristes, on nous offrira un beau petit déjeuner. Une des fille de la maison parle allemand assez bien. Nous quittons l'hôtel et laissons sans regrets Matthias qui dort encore...

La femme cyclo est suisse allemande tandis que son concubin est hollandais. La femme se remet après avoir été malade pendant une semaine et demie. Ils n'ont pas roulé autant que prévu. Nous partageons aussi la mashrutka avec une famille kirghize.Les enfants ont les dents ravagées. Elles sont noires, poreuses et se réduisent parfois à un moignon, un petit triangle pourrissant. J'ai tout le temps d'étudier la dentition du jeune garçon qui sourit pendant tout le voyage.

Nous ne traversons aucun village. Parfois, nous apercevons un campement de yourtes. Sur des dizaines de kilomètres, nous longeons une très haute clôture. Nous sommes à la frontière avec la Chine. Imaginez l'importance de la frontière entre l'ex-URSS et la Chine. Aujourd'hui, il y a des barbelés et des poteaux de bois qui semblent bien entretenus, mais pas de gardes. A intervalles réguliers, il y a des portails. Je souris lorsque j'en vois un grand ouvert.

Je crois que les républiques d'Asie centrale ne pourront pas faire grand chose contre leur énorme voisin. La colonisation commence par le commerce et dans ce domaine là, elle est déjà bien avancée. Les chinois construisent des routes pour pouvoir inonder la région de leurs produits. Ils se servent aussi en matières premières. Les deux partis, pour l'instant, semblent y trouver leur compte mais ce sera sans doute bientôt déséquilibré.

J'arrive au point culminant de mon voyage : le col Ak-Baital, 4655 mètres. J'imagine que la lune a des paysages comparables. Le sol est gris foncé, comme des cendres. La montée a été douce. Le haut plateau du Pamir étant déjà très haut, les montagnes que l'on voit, semblent modestes, même si elles frôlent les 5000 mètres.

Repas de midi sur les rives du lac Karakul. Ce nom signifie lac noir. Pourquoi? Je ne vois que le bleu turquoise posé sur le gris clair du plateau. En certains endroits, une végétation verte pousse sur les rives. Le maison sont des cubes blancs dont les portes sont peintes de la même couleur que celle du lac. On se dirait sur une île grecque! Pendant, que tout le monde boit le thé, je pars sur les rives du lac. On dirait un village fantôme, je ne croise absolument personne et n'entends d'autre son que celui du vent. Quel beauté indescriptible. Je ne la décrirai pas, c'est impossible tant à cause des couleurs inconnues ici que de la profondeur et de la dimension du paysage. On se dirait dans un paysage en image de synthèse tant les couleurs sont vives. Au bord de l'eau, un crâne de mouton Marco Polo et ses longues cornes est posé non loin de la carcasse d'une voiture.

Le lac Karakul est le dernier délice que m'offre les Pamirs. La mashrutka s'arrête en haut d'un dernier col. On fait tamponner nos passeport dans une petite cabane. Je demande à l'agent si je peux photographier cette frontière. Il refuse, me dit de le faire de l'autre côté, au Kirghizistan. J'insiste un peu et il accepte, à condition que je me tourne vers l'autre côté. Finalement, il se marre et me laisse faire ce que je veux.

Je fixe le panneau où figure les lettres GBAO : initiales de la traduction russe de "région autonome du Gorno Badkhchan" (Pamir). Je lui tourne le dos et je quitte la région dont j'avais tant rêvé. Elle ne m'a pas déçu et je suis triste que cette rencontre se termine déjà. Comme toujours en voyage, la tristesse de la séparation est le prix à payer pour la joie de nouvelles découvertes.



col Ak Baital



lac Karakul



frontière Tadjikistan-Kirghizistan
BE Belza Regular ·
Bonjour Opai . Je viens de te découvrir, je n'ai que l'excuse de ne pas être venu depuis trop longtemps, j'étais sur la route au loin. Je suis partie moi aussi un jour de novembre il y a longtemps maintenant, je revenu en Alsace pour un mois et demi et il m'aura fallu 15 mois de plus pour reprendre mon sac, ce qui en soit n'est pas vraiment important .. Ce qui l'est en revanche c'est ta voix intérieur rythmée d'une musicalité douce, j'ai du l'entendre moi aussi alors que j'étais dans ce train au milieu de nulle part, ou dans ce bus bruyant et chaotique au goût du bout du monde ... Dis moi Opai tu as remarqué comme on écrit mieux au centre du bruit ? Merci d'exister
souriez vous êtes Heureux ....
OP Opai Veteran ·
Dis moi Opai tu as remarqué comme on écrit mieux au centre du bruit ?

A vrai dire, j'écris une fois de retour de voyage, au calme. J'aime bien me replonger dans mes souvenirs. Pendant l'action, je regarde, je sens et j'écoute. Je n'écris pas.

Merci d'exister

Je n'y suis pour rien, mais merci quand même! Je passe le message à mes parents...
MÉ Mékong Globetrotter ·
salut Opai

encore une délicieuse tranche de voyage que tu nous fais goûter. ça fonctionne bien...en un instant je me suis projeté avec vous sur les pentes de l'Hindu Kuch.
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
OP Opai Veteran ·
3, 4 et 5 Août 2007 : Sary Tash et Osh.

Nous nous levons tôt et retrouvons les deux cyclotouristes suisses rencontrés la veille au soir à Sary Tash. La fille a poussé des cris de joie quand je lui ai appris que je voyageais avec un de ses compatriote. On a passé la soirée ensemble, en suisse-allemand non sous titré, autour d'un plat de vieilles pommes de terre. De temps en temps, des chauffeurs kirghizes saouls venaient dans l'épicerie-restaurant.

Esther et Daniel voyagent à vélo depuis plus de trois ans! Un beau couple. Nous les regardons partir, à la suite des deux cyclos avec qui nous avons partagé la Mashrutka depuis Murghab. Ca fait beaucoup de vélos dans la région!

Nous nous promenons dans Sary Tash alors que le jour vient de se lever. Il fait froid, il pleut. Un cheval attend dans la benne d'un camion. Il y a beaucoup de chevaux ici. On voit au loin un mur bleu, noir et blanc. Ce sont les hautes montagnes des Pamirs que nous laissons derrière nous.

Lorsque le taxi collectif en direction de Osh arrive, il est déjà plein. J'arrête quelques camions chinois, ils refusent de me prendre, ils n'ont pas de place. Je cours après une mashrutka bien remplie pour essayer d'y monter. Ils acceptent de nous prendre, Simon et moi. Je suis assis sur la banquette en simili cuir. A ma gauche, un vieux énorme couvert d'un manteau et coiffé d'un chapeau. Il a les cheveux et les yeux gris. Lorsqu'il me parle, je ne sens que l'odeur de la vodka.

Pendant que nous escaladons les lacets du col de Taldyk, il me parle de la seconde guerre mondiale. Il s'est battu en Europe de l'est et en Allemagne. Il avait quinze ans. De nombreux jeunes de la région ont été enrôlés dans l'armée rouge. Il y a eu en tout un million et demi de centrasiatiques mobilis��s. Plus de la moitié ont déserté. Nombreux sont ceux qui sont passés du côté allemand pour combattre l'oppression stalinienne.

Sur le siège d'en face, deux garçons à casquette ne cessent de fixer Simon. Lorsque celui-ci regarde ailleurs, ils lui tape sur l'épaule. Simon est assis par terre, sur son sac. Il a eu le malheur de leur montrer des centimes d'euros. Ils les veulent. Pour avoir la paix, Simon passe un pièce à chacun. Ca ne change rien ils le harcèleront pendant une bonne partie du voyage.

Sur la banquette arrière, quatre femmes discutent ou somnolent. La tête dépassant d'un sac en plastique, un chèvre est brinquebalée de l'avant à l'arrière. Paniquée, elle pisse partout. De temps en temps, un coup de pied la remet à sa place entre les sacs! Les jeunes hommes transportent des bidons de koumis, le lait de jument fermenté. Régulièrement, ils soulèvent le bouchon pour laisser s'échapper les gaz issus de la fermentation. Inévitablement, un peu du breuvage s'étend sur le sol. Tous les hommes fument, fenêtres à peine entrouvertes. Dans le coffre, des bidons d'essence suintants diffusent leur odeur. Un mélange vite irrespirable. Le voyage ne sera pas confortable! Après deux heures, Simon commence à avoir mal à la tête. Je prends mon mal en patience mais les huit heures de trajets passent lentement, je n'arrive pas à dormir. Le temps est lourd et il pleut par intermittence.

Nous traversons des montagnes rouges couvertes d'herbe grasse. Des chevaux se promènent en semi-liberté entre les yourtes. La route est en construction, nous empruntons une piste parallèle ravinée par la pluie. Qui construit la route? Les chinois bien sûr! Ils règlent aussi la circulation, avec des gestes autoritaires. Nous passons devant un campement d'ouvriers chinois : des préfabriqués derrière des clôtures et des barbelés. Est-ce pour se protéger des sauvages kirghizes ou pour éviter les désertions d'ouvrier?

On arrive dans les faubourgs d' Osh, enfin. On pense en avoir fini et on rêve déjà du repas qui nous attend. Mais non, il faut encore patienter! La mashrutka se gare au bord d'un ruisseau et c'est parti pour le grand nettoyage. Les véhicules doivent être propre en ville. Ca dure une demie heure. Nous sommes enfin arrêtés à un poste de contrôle, le chauffeur verse quelques soms au policier, et nous repartons, pour les derniers mètres.

En marchant le long des avenues boisées, nous parlons de viande, de salade, de bière, de douche et d'internet. Nous rêvons d'une guesthouse confortable, où se reposer pendant quelques jours. Deux semaines seulement loin du confort urbain et je fais les grands yeux lorsque je vois des brochettes de viandes ou des bonbons à la cerise. Il y a même de la glace!

Traversée du bazar de Osh, encombré de piétons et d'automobiles. C'est étrange, toutes les camionnettes, et il y en a beaucoup, viennent d'Allemagne, de Suisse ou de France. Les kirghizes n'ont pas pris le temps d'enlever la publicité pour tel chauffagiste de Francfort ou pour tel fleuriste d'Avignon. Je me demande comment ces centaines de véhicules sont arrivés jusque là.

On trouve notre guesthouse. C'est à droite après le tas d'ordure. Toute la rue empeste. Cela se trouve dans un HLM soviétique, au second étage. Il n'y a que deux chambres. Pas un seul client. Le jeune réceptionniste se barre en nous demandant d'attendre son retour et d'accueillir d'éventuels clients. Ca ne me plaît pas ici. Malgré tout, la douche me procure un plaisir immense. On redécouvre les joies simples en voyageant!

Nous sortons après l'avoir attendu. Au programme : manger. De la viande, des légumes, de la bière... On est comme des gosses! On se trouve un petit restaurant sympa, on s'installe sur les banquettes et on commande. Ce soir, on ne compte pas. On fête la grande réussite de notre traversée des Pamirs! On descend de la montagne, on va se refaire une santé. Salade de tomate, brochette de poulet, de boeuf et d'agneau, riz, bière. On se gave. Et c'est bon, j'en ai presque les larmes aux yeux! On attend la facture avec une petite appréhension... Trois dollars chacun!

En cherchant un café internet ouvert la nuit, je mange encore des bonbons à la cerise. Ce goût sucré me manquait. Je crois qu'en voyage, ce qui dépayse le plus, ce sont les saveurs. Après un certain temps sur les routes, ce qui manque le plus, ce sont les goûts familiers. Nous croisons pas mal de gens complètement bourrés dans la rue. L'un d'eux est couché inconscient sur la route, un filet de sang coule de sa tête.

Sur la route de l'hôtel, nous croisons par hasard le jeune homme qui est censé y travaillé. Il nous file la clé en nous disant qu'il va à la mosquée. Manifestement, il se fout de nous. Impossible d'ouvrir la porte avec cette énorme clé sans être initié! On attend une heure dans la cage d'escalier de l'immeuble. Finalement, Simon réussi à ouvrir. Lorsqu'il revient tout sourire, je m'énerve un peu sur le réceptionniste. Le lendemain matin, l'eau est coupée. C'est la goutte d'eau (ou plutôt son absence) qui nous poussera à partir. Je lui promets d'écrire à Lonely Planet pour faire part de ma mauvaise expérience! Il me supplie de ne pas le faire car il risque sa place. Cette Guesthouse est décrite dans le guide comme la meilleure adresse bon marché. Le propriétaire (anglais, je coirs) absent, les employés font n'importe quoi.

En partant, nous croisons René qui arrive. Ce milanais a un sac énorme. Il nous suit et nous trouvons ensemble un hôtel agréable en face du bazar.

Pendant ces trois jours à Osh, nous nous promenons, nous mangeons et nous dormons. Je découvre une pâtisserie turque où je mange chaque matins de nombreux Bakhlava. On teste différent plats de Laghman (nouilles). Un délice.

Quel bonheur de s'asseoir le matin dans une échoppe du marché pour boire un thé en regardant les marchands et les clients. Le bazar est vaste et on y trouve de tout. Il y a le quartier des pièces automobiles, celui du maquillage, celui des vêtements etc... Au milieu du marché un restaurant affiche fièrement une banderole Mac Donald. On entend continuellement une femme parler avec monotonie dans les haut parleurs. Dans une cour intérieure, des hommes jouent au billard sous un plafond de vignes d'où pendent d'énormes grappes de raisin.

Nous escaladons le trône de Salomon. Il s'agit d'un rocher qui domine la ville. Un jeune femme arrive. Lunettes de soleil Chanel, petit sac de marque, démarche sûre et habits très chics. Elle est accompagnée de deux kirghizes. Je l'interpelle, lui demande d'où elle vient. Elle est finlandaise et travaille pour l'ONU à Bishkek. Arrivée il y a six mois, c'est la première fois qu'elle quitte la capitale. Elle s'étonne que l'on puisse voyager seul en transport en commun au Kirghizistan. Elle me demande si ce n'est pas dangereux. Je suis atterré! Elle fait l'excursion en une journée : arrivée en fin de matinée avec une voiture, un guide et un chauffeur, elle repart en avion dans la soirée.

Je lui fais part de mon étonnement face à sa vie coupée du pays qu'elle est sensée étudier. Elle m'avoue ne fréquenter presque que des expatriés. Elle m'explique son rôle : faire une enquête préliminaire pendant un an qui servira de base pour des études et des rapports ultérieurs. En gros, du vent... Je m'étonne naïvement de l'aspect très abstrait et spéculatif de son travail. Je lui demande ce que cela a comme conséquences concrètes pour les kirghizes... Vos villas et vos grosses voitures servent donc à cela? Elle se lève et part, un peu fâchée, amer qu'un petit con tente de lui gâcher sa journée de découverte du Kirghizistan! Je ne me fais aucun souci, elle oubliera très vite notre discussion, vautrée dans son confort indécent, ne fréquentant que ses semblables.



Sary Tash



mashrutka entre Sary Tash et Osh



marché de Osh
OP Opai Veteran ·
6 et 7 Août 2007 : Suusamyr, Koshkor.

Nous prenons un dernier petit déjeuner ensemble et puis voilà, on se sépare déjà. Simon repart aujourd'hui en Ouzbékistan et moi, je continue ma route au Kirghizistan. Pendant cette douzaine de jours, nous nous sommes vraiment bien entendus. La réussite d'un voyage dépend aussi des partenaires que l'on trouve en chemin.

Je quitte Osh avec René. On tourne deux heures pour trouver un bus à destination de Bishkek. Sans succès! Au mieux, on nous propose une place à l'avant de grandes camionnettes transportant des légumes. Mais le départ est toujours programmé pour l'après midi et je veux partir au plus vite. Le taxi qui nous promène d'une gare routière à l'autre, de garages en parkings mérite une éloge! Il tourne dans toute la ville avec nous, il parlemente avec les chauffeurs potentiels et il est tout sourire. Il précise immédiatement qu'il fait tout ça pour rendre service. C'est à peine s'il accepte que je lui paie la course.

Finalement, on décolle dans une voiture privée. Une mercedes dont le chauffeur doit se rendre à la capitale pour affaire. Voulant amortir le trajet, comme beaucoup d'autres particuliers, il est sur un parking à chercher des passagers. Il y a des chauffeurs professionnels aussi. Très agressifs, insupportables! Ils proposent des prix ahurissants et s'entendent tous pour ne pas les baisser.

C'est à toute allure que nous roulons vers le nord. Il y a beaucoup de circulation comparé au Tadjikistan. Mais c'est une des routes les plus fréquentée du pays. On s'arrête de temps en temps pour acheter du miel ou du koumis directement chez le producteur. Je bois un bol de lait de jument fermenté. Le goût n'est pas dégoûtant bien que le breuvage sente fort la paille et le cheval! La routes est en parfait état. On dit que le Kirghizistan est la Suisse de l'Asie centrale. C'est vrai pour certains de ses paysages : praires vertes, forêts de sapins...

On discute avec René et c'est au tout dernier moment qu'on dit au chauffeur de s'arrêter au niveau d'un croisement. Je n'ai aucune envie d'aller jusqu'à Bishkek. Sur la droite, la route part vers Koshkor. Cette route est en piteux état et déserte, c'est pourquoi tout le monde nous a conseillé de passer par la capitale. Tant pis, on prend le risque, on a le temps. Le chauffeur se marre, insiste pour nous emmener avec lui jusqu'à Bishkek. Finalement, il repart et nous voilà sous une pluie fine à attendre une hypothétique voiture. Nous sommes en fin d'après midi. Je suis assis au bord de la route, sous un monument de l'époque soviétique. Un peu rouillé, il est cependant toujours debout : un marteau et une faucille jaune et bleue de dix mètres de haut.

Quelques voitures s'engagent dans la petite route. La troisième s'arrête et un homme seul nous accepte à bord. Il roule très vite pour survoler les trous. Au bout de quinze kilomètres il crève dans Suusamyr, petit village désert. On l'aide à changer la roue avant de partir à la recherche d'un endroit où dormir. Il fait presque nuit. Un homme nous indique un bâtiment ayant fait office d'hôtel. C'est sordide, en ruine. Tout est fermé. Un jeune nous explique que l'employé de l'hôtel, qui est le seul à en avoir la clé, a déménagé du village. Il a emmené la clé avec lui et depuis, il n'y a plus d'hôtel dans le village! Il nous dit d'attendre et revient quinze minutes plus tard pour nous inviter chez lui.

Il a dix sept ans et vit avec sa mère. Son père, professeur de sport est à Bishkek pour quelques jours. Aussitôt arrivé, on nous offre des fruits secs, de la confiture, du beurre et de la crème. Il y a aussi des délicieux petits beignets. Ils ont le même goût que ceux que l'on fait frire en Allemagne pour le Carnaval. Pendant le repas, je vois un kumuz accroché au mur. C'est une sorte de petite guitare à trois cordes, l'instrument des nomades kirghizes. Notre hôte joue et chante après le repas. Je me couche très impressionné par la virtuosité et le jeu très visuel du kumuz, avec dans les oreilles des sons évoquant des épopées équestres.

Réveil le lendemain matin avec le soleil. Je découvre le village. Dans le prolongement de chaque rues, des montagnes enneigées se dressent au dessus d'une fine couche de nuages. Notre jeune hôte musicien nous confirme qu'il y a très peu de circulation sur la route. On se prépare à attendre, mais je suis confiant en ma chance! Pendant que René fait des photos, je sors mon harmonica. J'improvise des petites choses dans la fraîcheur humide du matin. Un vieux traverse la route sur son cheval, devancé par de nombreux moutons.

Après deux heures d'attente délicieuse, une grosse camionnette blanche déboule au fond du village. Elle s'arrête à notre niveau. Maya est au volant. Elle et son copain sont parti de Pologne voici cinq semaines et ils rentrent dans un mois. Rapide, en un peu plus de deux mois, ils font l'aller retour Europe - Asie centrale. Assis par terre à l'arrière, ramassant les objets mal rangés dans les étagères qui me tombent dessus à cause des trous et des bosses de la route, je les écoute me raconter leur histoire. Maya est photographe et a travaillé dans une bibliothèque universitaire de Poznan. C'est là que son futur compagnon l'a rencontré. Ils ont échangé quelques mots qui ont suffi à ce qu'il en tombe fou amoureux. Il est retourné plusieurs fois à la bibliothèque mais elle n'y était pas. Il a fait des recherche pendant plusieurs mois pour retrouver son nom puis son adresse internet.

Il lui a alors envoyé ce simple message : " Il est temps de réaliser ton rêve". En fait lors de leur courte entrevue, elle lui avait fait part de son rêve de découvrir le Kirghizistan. Pourquoi ce pays ? Elle avait un quart de sang kirghize. Sa grand mère réfugiée dans le sud de la France pendant la seconde guerre mondiale avait épousé un déserteur kirghize passant par là! Ils ont vécu ensemble et ont eu un enfant, la mère de Maya. Après deux ans, l'homme est rentré chez lui. Il y a eu quelques lettres, puis, plus rien. Maya veut donc retrouver cet homme, ou, à défaut, sa trace et sa famille.

Et les voilà au Kirghizistan, ensemble! J'écoute cette histoire très romanesque en écoutant les bandes originales des films de Tony Gattlif. Tout ça fait terriblement "road moovie". On s'arrête tous les dix kilomètres pour regarder les paysages. Des gamins viennent, nos deux chauffeurs leur donnent des plaquettes vantant le patrimoine culturelle de Poznan. En polonais s'il vous plaît! Le gars me dit combien il est heureux : il a un peu plus de quarante ans. Dans sa jeunesse il se voyait condamné à rester éternellement vivre dans la Pologne communiste. Il a fui au Canada puis en Australie quand il avait vingt ans. Pour lui, tout ce qui arrive depuis la chute du rideau de fer, est au delà de tout ce qu'il avait osé rêver dans sa jeunesse. Dans la camionnette il y a une joie de vivre intense. D'ailleurs, avec ses longs cheveux blonds et son sourire, l'ami de Maya semble avoir arrêter de vieillir. On lui donne trente ans tout au plus.

En route, on prend deux autre français en stop... Ils descendent du lac Song Köl. Lionel est un converti au vélo couché. Je vais le harceler de question pendant tout le temps qui nous sépare de Koshkor. Il achève de me convaincre, il ne reste plus qu'à essayer. Je suis de plus en plus tenté par l'aventure de voyager à vélo.

Avant de nous déposer à Koshkor, le couple polonais tient à nous préparer un repas. On prend un chemin qui descend dans un pré. Nous sommes six à manger comme des princes. Il y a même du vin rouge. Un gamin approche de nous à cheval et descend lorsqu'on l'invite à partager notre repas. Il mange une bouchée puis repart. C'est sans doute plus important pour lui de raconter tout ça à ses copains plutôt que de partager un repas avec nous. Ils reviennent à trois sur leurs chevaux et font des allers- retour au galop devant nous. Il font la course avec la camionnette quand nous repartons puis, nous les perdons de vue.

Voyager au Kirghizistan est aisé : le CBT s'occupe de tout! Nous sommes dans le local du CBT pour organiser notre périple à cheval au lac Song-Köl. C'est plein de français. Beaucoup râlent : un famille a attendu trop longtemps un guide, une autre veut plus de confort dans sa pension... Je ne fais pas exception : j'embête la responsable pour faire baisser les prix du transport qui me semblent très exagérer. J'y prends d'autant plus de plaisir qu'elle n'est pas très aimable.

Un énorme bruit sec me fait sursauter pendant que je bois une bière avec les deux randonneurs français. Un camion vient de se renverser. Il est sur le toit, sa marchandise éparpillée. L'air de la rue devient orange : ce sont les derniers rayons du soleil qui traversent le nuage de poussière.

Nous trouvons notre pension en pleine nuit après avoir frappé à toutes les portes de la rue. Nous laissons le hurlement des chiens pour l'ambiance de chalet alpin. Les lits sont moelleux, la moquette épaisse et l'eau est chaude. On est bien ici!



Suusamyr



route entre Suusamyr et Koshkor



au bord de la route
OP Opai Veteran ·
8 au 11 Août 2008 : Lac Song-Köl.

La propriétaire de la pension est là quand nous nous levons. C'est dur de sortir du lit, tellement il est confortable. La vieille dame a mis le chauffe eau en route pour que nous trouvions de l'eau chaude dès notre réveil. Quand je sors de la salle de bain, elle est en train de préparer des crêpes! C'est confirmé, je suis de retour dans un pays qui veux séduire les touristes qui viennent d'ailleurs de plus en plus nombreux. Au cours de la conversation on arrive à parler de vin. Elle nous explique qu'elle fait un alcool à base de mûre avant d'aller chercher la bouteille. On en boit chacun un bon verre, sucré et assez bon. Il est 7h30.

Nous retrouvons nos chevaux et notre guide à une trentaine de kilomètres de Koshkor. Les chevaux sellés, nous partons vers le lac Song-Köl. Deux jours dans la verdure. Les paysages sont doux, tout en rondeur, en arrondis. Je m'entends tout de suite bien avec mon cheval, et je crois que c'est réciproque! René par contre a quelques problèmes : son cheval refuse d'avancer. Le guide lui donne alors un coup de cravache qui le fait détaler. René s'accroche, secoué, prêt à tomber. Puis le cheval ralenti, trotte, marche, s'arrête pour brouter. Le guide redonne un coup et c'est reparti!

Durant cette première journée, nous croisons quelques cavaliers et passons devant quelques fermes en pierre. Nous passons des gués, remontons calmement des vallées avant de redescendre en douceur. Nous traversons des pâturages couverts d'Edelweiss. En milieu d'après midi nous arrivons déjà à la yourte du CBT. Je me couche et observe le ciel par l'ouverture du toit en feutre. Je regarde passer lentement les nuages et je m'endors...

Je suis réveillé par le couple autrichien rencontré dans notre pension. Ils sont venu à pieds. L'homme, la trentaine, physique de boxeur est professeur de philosophie des religions à Manchester. Il a un air généreux et passionné. Nous allons nous promener ensemble à la recherche d'Edelweiss et je lui pose une multitude de questions. Il est passionnant et me donne des conseils de lecture! Pour lui, il n'y a rien d'inquiétant à ne rien comprendre chez certains philosophes. Il m'explique que souvent, il faut plusieurs années pour comprendre leur langue, leur vocabulaire. Après seulement, on peut essayer de saisir leurs pensées.

Les trois yourtes se trouvent au pied d'une montagne. Derrière celles-ci se trouve le lac Song-Köl. Je me fais toujours avoir. D'en bas, la crête semble accessible. Puis elle s'éloigne, de plus en plus. Pendant plus d'une heure, je croise des troupeaux de chevaux en liberté. J'avoue avoir claqué des mains pour les voir courir. Et je ne le regrette même pas car c'était magnifique. Arrivé à la crête, je ne découvre pas le lac, mais juste une autre montagne, encore plus haute. Je m'assois, je regarde le soleil se coucher et je photographie des fleurs. Rien d'agressif dans ces montagnes.

Le soleil couché, je redescend en courant. Chacun de mes pas me transporte de trois mètres, j'ai l'impression de voler. J'arrive à la yourte quand le repas est servi. On m'a attendu. Nous regardons les étoiles puis nous nous couchons sous plusieurs couches de couverture. L'autrichien sors une petite bouteille de Vodka de son sac et nous offre à chacun un verre. Traitement prophylactique dit-il. Je ne sais pas contre quoi mais en tous cas, je m'endors avec un large sourire en écoutant les animaux et le vent.

Nous reprenons le chemin le lendemain matin avec deux autres guides et deux touristes français. Ca commence vraiment à faire caravane! Heureusement, on n'est pas tenus de se tenir en file indienne. Chacun va où il veut et la place ne manque pas. La montée n'est pas facile pour les chevaux. Ils glissent sur les cailloux. Je sens toute la puissance de cet animal que j'apprécie beaucoup. Tout en haut, il y a un large plateau et au loin, un étendue bleue foncée flottant entre le vert de la steppe et le bleu pâle du ciel.

Un des guides me chante une chanson puis nous nous séparons. De ce plateau, la descente est très douce vers le lac. Il paraît tout proche mais il faudra encore quatre heures pour l'atteindre. Je galope comme un fou dans cet espace immense. Parfois, mon cheval en a marre. Alors, on s'arrête, je descends, je m'assois dans l'herbe, prends quelques photos, m'extasie devant un parterre de fleurs. Puis, quand il a bien manger, c'est reparti!

Nous sommes accueillis dans le grand campement de yourte du CBT! C'est bien pratique mais on sent déjà que tout ça pourrait mal tourner. La dame ne nous accueille pas chez elle : elle nous reçoit car c'est son métier. Et elle n'est pas sympathique du tout. Le tourisme a grande échelle pourrit tout. Quand les choses belles sont découvertes et exploitées, elles cessent souvent d'être intéressantes. Mais c'est légitime pour un pays de vouloir exploiter ses ressources touristiques. Pourvu que cela se fasse intelligemment. Mais c'est rare car on ne résiste pas à la tentation du profit.

Dans notre yourte, je discute avec deux jeunes gens venus aussi à cheval. La fille n'arrête pas de se plaindre. Le garçon a l'air triste. Elle veut absolument écourter le séjour au lac. Partir ce soir si possible ou demain matin. Pour elle, c'est crade. Pas de douches, des conditions d'hygiène douteuses. Je lui indique le lac pour se laver. Elle écarquille les yeux. Je plains le jeune homme de tout mon coeur!!

Je pars me baigner dans le lac. L'eau est froide mais ma salle de bain du jour est magnifique! L'eau est transparente et les galets laissent vite la place à du sable fin. Je ressors tout tremblant mais vite réchauffé par le soleil. C'est délicieux. Après le repas, je prends mon cheval et passe une heure sur les rives du lac. Le guide me laisse partir seul. Je croise des troupeaux de vache et de chevaux rentrant à la maison!

La fin de mon voyage approche et j'en ai conscience! Je savoure d'autant plus chaque instant, chaque couleur, chaque son, chaque bouffée d'air. Je me balade sur mon cheval, je lui parle même. Je suis extrêmement serein après ce magnifique voyage.

Nous partons le lendemain pour Koshkor. Dans le minibus qui nous ramène, je discute pendant une heure avec un kirghize de mon âge. Il ne me parle que kirghize. Je lui parle en anglais, français et même un peu alsacien. Nous nous montrons des objets et disons leurs noms, nous nous chantons des chansons. Ensuite, on enchaîne les sons appris et chacun parle dans une langue fictive, faisant semblant de discuter, de se répondre! Ce se termine en franche rigolade. Les deux autrichiens pleurent de rire à l'arrière. Un grande expérience surréaliste ou dadaiste.

Après une nuit à Koshkor nous partons vers Karakol. Dans le minibus, un homme ivre mort. Il ne tient absolument plus debout et ses yeux sont incapable de fixer quoi que ce soit. Sa femme et sa fille le soutiennent. Ce doit être comme ça tous les après midi! Il s'assois derrière René, lui parle avant de s'endormir sur son épaule.

Karakol est une ville au bord du lac Issik Kul et elle n'a à priori plus rien de plaisant. C'était une station balnéaire à l'époque soviétique. Il reste beaucoup de russe et de kazakhs viennent encore en vacance ici. Mais ils préfère la côté nord, plus à la mode. René et moi partageons notre chambre avec une dame hongroise très étrange. Elle est arrivée de Bishkek le soir même et repars vers Bishkek tôt le lendemain. Elle ronfle incroyablement fort mais je m'endors malgré tout grâce au traitement prophylactique que nous nous décidons à prendre avec René avant le couché! Demain, je repars en montagne...



sous la yourte



edelweiss dans le couchant



sur les rives du lac Song Köl
OP Opai Veteran ·
12 au 17 Août 2007 : Les derniers jours - Karakol, Svetov Dolina (vallée des fleurs), Bishkek.

Il fait encore nuit quand les ronflements de la femme hongroise me réveillent. Enervé, ne pouvant me rendormir, je me lève dès que le jour se lève. Il pleut beaucoup. Je sors sans savoir trop où aller. Je ne connais même pas exactement l'heure. Je décide finalement de me diriger vers le mémorial Przewalski. Je trouve un très vieux bus. Il est occupé exclusivement par des vieilles russes semblant vraiment misérables emmitouflé dans des gilets de laine rose ou bleu pâle.

Je me fais déposer au carrefour. Tout le monde ici connaît le mémorial. L'explorateur russe Przewalski a sillonné toute l'Asie centrale avant d'être enterré ici, à Karakol. Je me trouve donc devant la grille de grand parc, sous une pluie battante. Des chiens qui aboient lorsque je secoue la grille. Un jeune kirghize vient m'ouvrir. Il m'accompagne dans le petit musée qui regroupe des objets personnels de l'aventurier. Il y a aussi des cartes et des animaux naturalisés, dont le cheval auquel Przewalski a donné son nom. Dans une vitrine, je découvre une lettre de la société française des explorateurs.

Je passe quelques instants sur la tombe, éclipsé par le grand monument qui la jouxte. Sur la pierre grise sont posés des roses et des pièces. Tout est très fleuri. C'est sans doute joli sous le soleil. En contrebas du mémorial se trouve une multitude de grues rouillées et de docks en ruine. Cette zone était réservée dans le passé à la recherche sur les torpilles.

Je rentre en stop à Karakol. Dans le marché couvert il n'y a que deux stands : ils vendent de la nourriture Dungan. Les Dungans sont des chinois musulmans réfugiés au Kirghizistan depuis la fin du 19ème siècle. Je goutte leurs pâtes baignant dans un bouillons épicé et froid. J'accompagne cela de beignets de pommes de terre. J'en reprends plusieurs fois avant de demander l'heure. Il n'est que huit heures et je suis en vadrouille depuis au moins deux heures.

De retour à l'hôtel, je pars avec deux voyageuses hollandaises au célèbre marché aux animaux de Karakol. On y trouve des moutons, des vaches et des chevaux. Certains sont de vrais commerçants. Mais la plupart des vendeurs sont là avec un veau au bout d'une corde. Des femmes russes maquillées et habillées de manière voyante sont là, les talons dans la boue. Sur le chemin du retour, je vois de très nombreux dépôt où l'on vend et achète des consignes de bouteilles en verre. Pour beaucoup, ramasser les bouteilles est le seul moyen de subsistance.

Je visite une mosquée Dungan. C'est une pagode bleue qui ressemble fort aux temples bouddhistes. Un chance de pouvoir la visiter. Les soviétiques ont rasés la plupart des lieux de cultes. Je rentre dans l'église orthodoxe juste après la messe. Elle a été restauré à la chute de l'URSS. Elle a servi d'entrepôt puis de boîte de nuit. Des femmes de tous âges courent à petits pas vers le jeune pope. Une longue barbe, l'air arrogant et suffisant, il bénit ces femmes courbées en deux pour lui baiser une chevalière. En conversation avec un homme, il ne s'interrompt pas lorsqu'il donne sa bénédiction. Il ne tourne même pas la tête, ne jette aucun regard. C'est détestable.

Je traverse un quartier de HLM. L'herbe a envahi la route de béton. Tout à coup, deux chevaux déboulent à un croisement. Des vaches broutent entre les barres d'immeubles. Je commence à apprécier cette ville où l'esprit des nomades, leurs animaux et leur mode de vie se mélangent à la structure urbaine. Cela donne des scènes décalées.

Dans l'après midi nous partons vers la vallée des fleurs. Nous montons entre des falaises rouges, à travers une forêt de sapins. Plus nous montons, et plus la rivière devient un torrent. Nous passons de nombreux ponts. La voiture peine à monter et le chauffeur tente naturellement de nous lâcher bien avant notre destination.

On arrive dans un paysage très alpins. Otez-y juste les autoroutes et les grands complexes hôteliers en bétons! Dans une large vallée, nous recherchons une yourte qui voudra bien nous héberger. C'est un lieu de vacance prisé des kirghizes. Certains sont venu là en tracteur depuis les villages. Les nombreuses yourtes accueillent aussi les touristes kazakhs qui viennent faire une visite éclaire aux cascades au dessus du campement.

Le lendemain matin, nous partons vers ces cascades. Nous croisons un couple de jeune kirghizes en voyage de noce. A notre descente, c'est un immense groupe de touristes kazakhs. Les hommes exhibent leurs muscles tandis que les femmes exposent tout ce qu'elles peuvent de richesse : lunettes, bijoux, sac et vêtements de grandes marques. Des vrais sapins de Noël. Je les imagine escalader la montagne dans ces accoutrements. Une heure plus tard certaines redescendent pieds nus, les talons aiguilles dans la main.

Dans l'après-midi, René et Franck, un français de Rennes, décident de redescendre vers Karakol. Je préfère rester seul encore une nuit. Je me promène, je fais une sieste dans un champs qui offre une vue sur un glacier et sur des pics à plus de 5000 mètres. Des hélicoptères passent dans le ciel.

La nuit, je regarde le ciel. En quelques minutes, je vois passer une vingtaine d'étoiles filantes. Je vois aussi des satellites qui se déplacent et clignotent régulièrement. Je comprends le terme de voie lactée : une large traînée blanche traverse le ciel sans lune. Je n'ai jamais vu tant de lumières en levant la tête. C'est vertigineux. Je rentre et passe une dernière nuit dans une yourte un peu trop grande pour moi tout seul.

Tout s'accélère en ces derniers jours de voyage. Comme à la fin d'un film où le dénouement à lieu pendant les dernières minutes.

Après une dernière nuit à Karakol, je pars vers Bishkek. La côte nord du lac Issyk-Kul est défigurée par des stations balnéaires. Je retrouve un grande ville et profite de quelques bons restaurants. Tout est illuminé à l'occasion du sommet asiatique. Poutine, le président chinois et leurs homologues centre-asiatiques nous regardent depuis les innombrables banderoles qui traversent les avenues.

Je visite le musée historique de l'état, ex-musée Lénine. Après quelques expositions archéologiques et la présentation des cadeaux faits au jeune pays indépendant, on arrive au troisième étage : un sanctuaire dédié à Lénine et à la révolution. Un vrai cours de propagande avec des grandes statues de bronze, des fresques de travailleurs etc... De l'art réaliste soviétiques. On a l'impression que le temps s'est arrêté. Il y a quelque chose de jubilatoire à voir tous ces objets. La presse internationale est aussi de la partie. Gros titre en première page de l'Humanité : Lénine est mort. Le bâtiment ressemble à ceux que j'ai vu à Minsk six semaines plus tôt. D'une capitale soviétique à l'autre, la même architecture, la boucle est bouclée!

Il ne me reste que quelques heures avant de quitter le pays. le retour se fera en douceur grâce à dix jours passés en Turquie. Assis à une terrasse, René interpelle deux touristes rencontrés deux mois plus tôt au Kazakhstan. Ils sont français. Laure est alsacienne et vient d'un village à quelques kilomètres du mien. Nous fréquentons les mêmes lieux et nous sommes sans aucun doute déjà croisés. Nous avons plusieurs connaissances communes. Le monde est petit, vraiment petit.

Dans la voiture qui roule vers l'aéroport, le gérant de la Guest House me fait part de son bonheur d'accueillir des touristes. Il a ouvert il y a seulement quelques mois, et déjà, il est presque complet tous les soirs! On est arrêté à un contrôle de police. Le chauffeur discute, marchande, puis il glisse un billet au policier. Un quart de ce que je paie pour la course. En partant, il me regarde en hochant les épaules.

Du temps passé à l'aéroport, il ne me reste aucune image. J'étais déjà plongé dans mes souvenirs. Le voyage se vit trois fois : pendant la préparation, au cours du voyage et aussi après le retour. Je repense aux paysages, aux rencontres. Des expériences sont peut-être idéalisées, d'autres disparaissent avant de refaire surface. On construit mentalement un déroulement cohérent, fini. Une oeuvre d'art dont la forme se confondrait avec les espaces traversés et l'esthétique serait la manière de voyager. Chaque voyage constitue une vie en soi.



au marché aux animaux de Karakol la tombe de N. Przewalski



mosquée Dungan de Karakol



campement de yourtes dans la vallée des fleurs



Cube soviétique : le musée historique de Bishkek
OP Opai Veteran ·
Voilà... C'est fini pour ce carnet et ce voyage! Merci encore à tout ceux qui l'ont lu et à ceux qui ont écrit des commentaires. Ca fait toujours plaisir!

Opai

MÉ Mékong Globetrotter ·
bonsoir Opai C'est nous qui te remercions de nous avoir offert ce magnifique récit en altitude.... J'avais rencontré un type à Dogubayizit, Bastien et il m'avait parlé du Kirghizistan...le pays des chevaux sauvages.
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
NA Narotcho Regular ·
Dommage que ça soit fini, c'était passionnant ! Ton récit donne des idées de voyage, merci. Christophe
tripsandshoot.com

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