Vers l'Orient dans les années 1970
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GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Tu ne peux pas savoir comme je suis content d'entendre que mon récit te captive autant! 🙂 C'est important de savoir que je ne raconte pas mon histoire dans le vide complet.

Il y a eu un tas de discussions sur VF sur le thème "C'était mieux avant - ou non". A l'époque du voyage que je raconte ici: - il n'y avait pas d'internet ni de portable; - on ne déposait pas ses demandes de visas sur le net; - les billets d'avion étaient des papiers aussi précieux que les passeports. Il n'était pas question de les perdre! - il y avait beaucoup, beaucoup moins de gens voyageant en avion; quand on allait à un aéroport, on n'était pas perdu dans des foules et des queues interminables; on avait encore l'impression de faire qqc qui sortait de l'ordinaire; - un pays comme l'Afghanistan ne s'était ouvert sur le monde extérieur que récemment, et il y n'y avait eu que de très rares visiteurs auparavant. - les routes terrestres vers l'orient s'étaient ouvertes après la deuxième guerre mondiale, mais dès la fin des années 1970 elles étaient devenues difficiloes d'accès, sinon complètement refermées avec l'invasion russe en Afghanistan, la révolution iranienne et toutes les angoisses politiques et militaires qui ont suivi dans cette partie du monde;

Je fais partie de ceux qui pensent qu'effectivement, c'était mieux avant. Je ne peux pas penser différemment, mais je comprends bien sûr qu'on puisse ne pas penser de la même façon.

J'ai encore quelques pages à écrire! 😉
TH Thevert7 Regular ·
2079 lectures, je pense que ton récit est apprécié

Je comprends ce que tu veux dire par " c était mieux avant " sans tomber dans le côté grincheux

j etais en Birmanie, l an dernier et c est après coup en rentrant et retrouvant ma vie parisienne speedée, accrochée à mon smartphone ( pour ne pas dire la marque 😉 ) , toujours en train de courir, que j ai compris ce que j avais aimé en Birmanie : le temps de prendre le temps, regarder les pêcheurs sur le Lac Inlé attendre la prise, regarder passer les paysans avec leur carriole et les buffles

On attend la fin de ton récit, c est vraiment passionnant , peut être pourrais tu le proposer à une revue de voyage ( ce type de récit est rare )

Djezubé ;)
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
J'ai beaucoup aimé la Birmanie aussi 🙂.

peut être pourrais tu le proposer à une revue de voyage ( ce type de récit est rare ) -- Si rare que ça? Je n'en suis pas sûr. Mais merci pour le compliment! J'ai déjà été effleuré par l'idée d'écrire "sérieux" un jour, mais vois-tu, je tiens à garder mon anonymat. Je me commets déjà pas mal et je laisse un peu trop de traces avec ce que j'ai déjà écrit sur VF (mes multiples vies 😉 dont certaines sont parallèles - va voir par exemple mes récits sur l'Asie du sud-est, région que j'adore). Par contre, j'aimerais bien me faire de nouveaux vrais amis, je pense avoir de bonnes choses à leur offrir! 🙂

J'ai aussi bien d'autres choses à faire!

Je me demande parfois si, en livrant ces quelques pages, j'arriverai un jour à "raccrocher" l'une de ces personnes que j'ai rencontrées dans le passé, qui se reconnaîtrait dans mes récits, ou à attirer l'attention de quelqu'un qui reconnaîtrait les personnes dont je parle. Ce serait intéressant.....

Djezubé ;) - --

Tu peux me traduire ça?
TH Thevert7 Regular ·
suis justement en train de lire des récits, je me régale tout comme j ai aimé ceux de Parvat ( mille mercis à elle )

effectivement, une vie riche et je te souhaite la même richesse pour le reste à venir ;)

anonymat ? un pourquoi pas un pseudo ? Pour Romain Gary , ça a bien marché ;)

en tout cas, je vais suivre tes ecrits avec bcp d impatience, j aurais aimé faire autant de voyages ( à 37 ans, je n ai pas l impression d avoir assez voyagé et le monde du travail prend tellement le pas sur notre temps précieux )

Djézubé ? merci en birman
TH Thevert7 Regular ·
tu ne connais pas le nom de famille des ces personnes rencontrées au hasard des routes ?

peut être que la magie va opérer et quelqu un sur vf se signalera ....
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Ah! Mon amie Parvat! 🙂 L'Inde et le Népal, quel pied! 😎

Un pseudo? Peut-être, mais pas question de passer à la télé alors, hein? Surtout que j'ai une fâcheuse tendance à ne pas aimer tout le monde, aïe aïe aïe! Tout le monde a ses défauts! 😕

Je comprends très bien qu'on puisse se morfondre dans une ville ou dans un petit bled au fin fond de la France. Et quand tu me parles du monde du travail, crois-moi, j'en connais quelque chose moi aussi! Mais il faut relativiser. J'ai vu tant d'expatriés vivre des vies tout à fait banales, voire médiocres, dans des pays géniaux. D'un autre côté, j'ai aussi connu pas mal de gens qui avaient des vies enrichissantes en Europe. Personnellement, et je n'engage que moi, le bouddhisme m'a énormément apporté, et le peu que j'ai pu en garder (car je suis un éternel pécheur!) me reste où que je sois.

Tu me demandais aussi pourquoi je n'avais pas les noms de toutes ces personnes que j'ai rencontrées dans le passé. C'est que les gens souvent ne disaient pas qu'ils s'appelaient "Jeannot Dubidon", que ce n'est souvent que plus tard qu'on se dit "eh mxxxx, on aurait dû échanger nos adresses", que quand on l'a fait ça ne suit pas forcément. La vie est bizarre et elle "avale" les gens, on se perd de vue. C'est plus facile maintenant qu'on peut s'écrire par courriel, les contacts restent et on peut toujours les ressusciter!
NA Namdreul Regular ·
Je te suis aussi avec attention et plaisir, j'ai tellement lu de récits de voyage de cet itinéraire pour l'Inde...Maintenant c'est vrai que les moyens de communication modernes aident à garder le contact plus facilement avec les gens rencontrés mais le pep de l'aventure n'a pas entièrement disparu. Le voyage restera ce que l'on en fait... Moi aussi je suis amoureuse du Népal...j'aime l'Inde. Le Bouddhisme c'est une grande partie de ma vie...

J'ai suivi aussi Parvat et j'ai beaucoup aimé ses pérégrinations...

Merci encore
namdreul
IL Ilivic Veteran ·
Considère que tu as un lecteur enthousiaste de plus. Avant même de te lire, je pensais à l'Afghanistan pour cet été deux mil onze ; tes écrits ne m'y incitent que davantage.
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Bonjour!

Je vois bien par ton pseudonyme vers où tes pensées se portent! 🙂 Connais-tu cette musique super belle "Om mani padme hum" (d'un CD "Musica Tibetana"), que j'ai entendue du matin au soir à Swayambunath il y a 2 ans, j'en avais l'impression de flotter dans l'air?

Mais c'est vrai, des récits sur cette route, il y en a des tonnes.
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Bonjour Louis et bienvenue! Je te souhaite beaucoup de plaisir dans ton voyage. Mais ça doit être difficile d'y aller de nos jours, non?
IL Ilivic Veteran ·
Non ; les provinces du sud sont peut-être instables, mais ça s'est bien calmé au nord, à la frontière tadjike, du côté de Mazar. Quant au visa, possible de l'avoir à l'ambassade parisienne. En attendant, continue de nous faire rêver 😉 (j'ai aussi quelques chroniques en stock, vois mon profil)
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Je me retrouvais donc sur la route avec Muhammad Husseïn. Une route imprévue car au lieu de filer vers l’est pour atteindre l’Inde, je remontais maintenant vers le nord, vers les montagnes qui mènent aux Himalayas pakistanaises.

Etre sur la route m’a presque toujours mis dans une excellente disposition. On a beaucoup de temps pour penser et repenser quand on voyage. Bien sûr, je me retrouvais largué au milieu d’un pays dont je ne connaissais rien, sans papiers, avec un petit sac de rien du tout et très peu d’argent en poche. Il y avait de quoi être inquiet, mais d’un autre côté c’était la liberté totale. Je pouvais me laisser aller, n’ayant aucun plan, et je pouvais rêvasser à l’infini.

En voyage, les images s’engrangent en mémoire comme de bons crûs que l’on peut remonter de la cave, et dont on peut dépoussiérer les bouteilles le jour voulu. La route vers Band-e-Amîr défilait dans ma tête, le fond des vallées égayé par les petits champs de blé (« gandom ») mûrissant un peu partout et par les gamins afghans allant à l’école avec leurs petits sacs à dos. Les torrents bien gonflés par le dégel qu’il fallait passer à gué, les campements de nomades, les troupeaux et les chameaux, et la neige brillant sur les sommets de l’Hindu Kush.... 😎

La beauté à couper le souffle de tant d’endroits que j’avais visités me faisait oublier mes ennuis du moment. Je revivais l’arrivée à Band-e-Amîr, nom de Dxxx ! La route débouchait sur la falaise qui surplombe le premier lac. Les couleurs étaient étonnamment tranchées entre l’ocre aride et brûlant des montagnes et les couleurs du gouffre aquatique qui en surgissait sans transition. Sur une petite corniche au bord du lac, quelques familles vivaient au flanc de la falaise. Leurs maisons s’agrippaient aux rochers, autour de la tache verte d’une minuscule mosquée, et le lac passait majestueusement en leur caressant les pieds.

Je revoyais de nouveau ces figures qui m’avaient étonné, tel le changeur de monnaie Indien de Kaboul au costard lie-de-vin et au sixième doigt pendouillant à son petit doigt, ou l’Afghan à la stature noble, au magnifique turban et aux yeux faits au khôl, qui m’avait offert du « nasouâr » dans le bus.

Je pensais à des anecdotes parfois saugrenues. Au-dessus des toilettes de l’hôtel Payam à Kaboul, donnant sur Chicken Street, une prière était faite aux clients : « please don’t wipe your ass on our curtains ! ». Dans la salle commune de la tchaïkhâneh « Marco Polo » à Bâmyân, le guide de ce groupe de touristes Français s’inquiétait des maladies du coin, et affirmait que par contre « Nâder a l’air d’être en forme, par exemple ! » - Nâder, le jeune manager que le dit guide avait encxxé la veille !!! Car on a droit à tous les ragots quand on loge dans la salle commune, et je n’étais pas le seul à rigoler 😄

Il y avait aussi toutes ces histoires glanées au hasard des rencontres, certaines amplifiées et devenues des racontars – allez savoir ! On m’avait parlé des trafiquants du train de Zâhedân en Iran à Quetta au Pakistan, qui démontaient tout au tournevis avant de passer la frontière pour planquer …. des chewing-gums et des bouts de tissus qu’ils passaient en contrebande …. Et les douaniers Pakistanais qui tendaient un joint aux passagers!

Et encore, l’observation des petites manies que les voyageurs au long cours finissent toujours par acquérir. Comme ce Suédois qui demandait toujours son tchaï sans sucre, pour y ajouter lui-même le sucre qu’il avait dans un petit sachet acheté pour trois fois rien. Il économisait ainsi 1 afghani sur chaque théière, ce qui lui faisait une économie de 3 ou 4 afghanis par jour …. 150 à 200 francs par an !

Et si mon imagination tarissait, il y avait toujours la compagnie de Muhammad Husseïn. Quel bavard, celui-là ! Mais son attention était le plus souvent dirigée vers nos voisins Pakistanais. Je ne sais pas à quel point son Urdu était développé (il ne connaissait certainement pas beaucoup de Pashto), et peut-être sa discussion se limitait le plus souvent à échanger quelques formules de ferveur islamique qu’il ponctuait en se caressant la barbe. Car il faisait figure de sage bien sûr, malang qu’il était, et je voyais bien que cela attirait le respect des gens, certes teinté d’un certain amusement.
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Cool! Quel pays fabuleux, tu vas te régaler!

Je vois que tu as beaucoup voyagé déjà 🙂, j'irai voir tes récits!
TH Thevert7 Regular ·
Merci pour tes réponses Georges ;)

Je comprends également, pour le bouddhisme ....

As tu rencontré des confréries soufies au Pakistan ?
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
As tu rencontré des confréries soufies au Pakistan ? - -- Je devrais dire: patience! 😉 Mais je ne vais pas être cachotier: j'en ai entendu parler par des gens qui connaissaient le pays. J'avais quand-même d'autres chats à fouetter au Pakistan!
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Jamais auparavant je ne m’étais retrouvé allant tellement vers l’inconnu que ce jour où j’avais pris le bus pour quitter Rawalpindi avec Muhammad Husseïn. Nous avions quitté le Punjâb pakistanais et nous nous trouvions maintenant dans la NWFP – North West Frontier of Pakistan – cette province du Pakistan qui depuis a été rebaptisée « Khyber Pakhtunkhwa », avec ces « kh » gutturaux des dialectes pashto méridionaux (on dit « Pekhawar » par ici, et non « Peshawar »).

Là où nous étions descendus du bus, en fin d’après-midi, ce n’était pas vraiment une ville ou même un village. Il n’y avait que deux ou trois tchaïkhâneh au bord de la route poussiéreuse. Nous devions être quelque part au sud du barrage sur l’Indus de Tarbela et pas trop loin de Mardan. Nous avions dormi sur les tcharpaïs, en plein air et au bord même de la route. Gratis.

C’est qu’il n’était pas question de voyager dans le luxe avec Muhammad Husseïn. En tant que malang, il était habitué à vivre chichement. J’étais également rôdé à un confort précaire. Déjà, en Afghanistan, je dormais presque toujours dans les salles communes des tchaïkhâneh. Si je payais 10 afghanis (1F50 de l’époque) pour la nuit, c’était bien le maximum, et cela me faisait économiser sur les 25 afghanis d’une chambre que j’aurais de toute façon eu à partager. J’avais poussé le vice à ne même pas dépenser les 10 afghanis requis pour monter dans la tête de l’un des grands Bouddhas de Bâmyân ! Il faut dire que j’ai toujours eu une pointe de snobisme pour éviter ces fameux « incontournables ». Je me suis toujours méfié d’eux, qui me donnent l’impression parfois de n’être là que pour remplir les albums-photos de touristes pressés. J’avais vu et vécu d’autres choses dans la belle vallée de Bâmyân, qui avaient bien rempli mon temps.

Quand je dis « salle commune », je précise, il ne s’agissait pas de dortoir avec lits etc. Non, il s’agissait bien d’une salle commune où tous les voyageurs s’asseyaient pour boire du thé, manger, passer des heures à discuter avec les étrangers de rencontre, voire fumer avec eux. Tables et chaises étaient inconnues, mais les nattes posées sur le sol et les coussins alignés le long des murs donnaient bien suffisamment de confort dans leur sobriété. Et s’il y avait un groupe plus important pour manger, on leur étalait un « sofreh » sur le sol, comme je l’ai déjà décrit dans mon passage sur Band-e-Amîr.

Allongé sur le tcharpaï, n’ayant comme couverture qu’un « langi » (pagne) que j’avais acheté à Rawalpindi, je n’étais pas malheureux. L’air était bon, j’évitais peut-être d’être dévoré par la vermine infestant les « chambres » de la tchaïkhâneh, et je pouvais admirer un merveilleux ciel étoilé. J’étais aussi libre que dans La Bohème de Rimbaud :

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées



J'allais sous le ciel ……

….................................. Mon auberge était à la Grande Ourse.

Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.

Et je les écoutais, assis au bord des routes …….
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Le lendemain matin, un autre bus.... Muhammad Husseïn n’a pas reconnu à temps l’embranchement pour Pîr Bâbâ. Il devait être endormi ou (plutôt !) en plein bavardage avec ses voisins. Nous avons donc dû poursuivre notre voyage jusqu’au terminus, à Mingora ("Mîngûra"), important carrefour routier à l’entrée de la Swât.

Nous tombons dans la rue sur un bâbâ du Sindh, un « malang » ami de Husseïn. Quelle gueule, avec ses immenses lunettes de soleil et un sourire qui épanouit son visage cuit et buriné par le soleil ! Nous allons prendre un tchaï et des galettes aux tomates délicieusement épicées dans un boui-boui. 😛 Husseïn et le malang parlent d’un vieux bâbâ qui est en prison pour raisons politiques et que nous allons voir à Pîr Bâbâ. La discussion passe, d’un ton badin, sur le sujet du « tcharss ». Avant de nous quitter, nous fumons un autre joint. Arrive alors Masul, le patron de la « tchaïkhâneh», un ami, qui nous offre un tchaï. Il porte un pistolet impressionnant à la ceinture, mais à le voir on sourirait plutôt, tant il a l’air débonnaire. Husseïn me dit qu’un de ses frères a tué 5 ou 6 hommes, il y a quelques années … à la mitraillette ! 😠 Et depuis, le patron ne se sépare plus de son arme. Fait courant de la vie dans les montagnes locales où les vendettas sont fréquentes….. Le port des armes est interdit depuis peu au Pakistan, sauf dans les zones tribales et dans les régions quasi-tribales de la Swât et de Buneïr.

Le minibus qui nous emmène jusqu’à Pîr Bâbâ, petit village paumé dans la vallée de Buneïr, entre Mingora et Mardan, nous fait découvrir des paysages extraordinaires. Nous devons franchir un col pour passer la montagne d’Ilam, d’où nous surplombons toute la vallée de Buneïr avant d’y descendre. Sur les bords du chemin pousse le tcharss sauvage qui embaume fortement et agréablement l’air ! 😎

La vallée de Buneïr fait partie du « Pakhtunkhwa de Khyber », connu auparavant comme la NWFP (North West Frontier of Pakistan). Le village de Pîr Bâbâ tire son nom du grand saint soufi Hazarat Syed Ali Shah Termezi Gaus-e-Bunair Pîr-e-Khurasan, connu communément sous l’alias de Hazarat Pîr Bâbâ R.A. (« Rahmatullahi Allaih »), qui vécut entre 1502 et 1583 de l’ère chrétienne. « Pîr » en fârsi (persan) désigne le sage que l’on rencontre dans bon nombre de petits villages en Iran, Afghanistan et certaines parties du Pakistan. Bâbâ désigne un personnage respectable, souvent d’âge mûr sinon vieux. Appeler quelqu’un « Bâbâ », c’est lui marquer son respect et son affection. À la limite, tant le mot est employé, c’est une marque de familiarité comme dans le « va donc, eh ! Papa ! » du Parigot.

Le village n’est en fait que quelques dizaines de masures de part et d’autre d’une rivière et un mausolée à la rénovation duquel Husseïn dit avoir participé. Beaucoup de gens viennent rendre visite à ce mausolée car il abrite la tombe de Hazarat Pîr Bâbâ R.A. ainsi que celle de son fils Hazarat Syed Habib Shah Termezi R.A., situé au cœur du village, pour rendre hommage à ce saint très respecté et lui demander sa bénédiction. Le Pîr partit de Termez pour joindre l’armée de Bâbâr et aller prêcher l’islam en Inde, puis revint de Delhi au Punjâb et enfin à Buneïr. Il arrangea le cours d’eau qui coule encore de nos jours et qui est localement réputé pour aider à guérir de la lèpre. Les gens dissent “Allons à Pîr Bâbâ, il est si grand que nos vœux seront exaucés dès que nous nous mettrons en route ! ».

Je suis Husseïn qui se dirige tout droit vers le mausolée, et j’imite autant que possible ses gestes de vénération, « pour faire comme », bien que je ne sois pas trop sûr de me fondre ainsi dans le décor plutôt que de choquer les gens et de me ridiculiser ! Nous sommes d’ailleurs tous les deux accoutrés d’un langi, un pagne ceint autour de la ceinture, ce qui ne semble pas du tout être l’usage local. Ici, on porte le shalwar kameez (pyjama pakistanais). Je ne peux pas ne pas remarquer les regards curieux des gens.

Puis nous rendons visite à Abd-er-Rahman, un yougoslave qui s’est construit sa maison, ou plutôt qui se l’est creusée à moitié sous terre, sur une petite hauteur à l’écart du village, et qui y vit depuis plusieurs années déjà. J’apprends que le bâbâ que nous venions visiter a été accusé d’avoir placé une bombe à Pîr Bâbâ au nom de l’Awami Party, qui envoie des terroristes depuis Kaboul depuis qu’il a été déclaré illégal au Pakistan. Il y a eu un enfant de tué. L’Awami Party est un mouvement autonomiste pashto. Pas étonnant qu’il ait été généreusement accueilli par les Pashto afghans, d’autant plus que les Russes, bien implantés en Afghanistan, doivent se réjouir à encourager des désordres au Pakistan. Ce qu’ils ont en tête, c’est d’obtenir un débouché sur l’Océan Indien par l’intermédiaire d’un Béloutchistan ou d’un Pushtunistan qui ne soit pas trop acquis au gouvernement d’Islamabad.

Mais d’après Husseïn et Abd-er-Rahman, le seul mal que ce bâbâ ait vraiment fait, c’est de jouer du rebâb avec Wali Khan !
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Wali Khan était un des plus intéressants personnages de la politique pakistanaise. Lui et son père s’étaient opposés à la partition entre l’Inde et le Pakistan et avaient critiqué les Britanniques pour avoir démantelé le « Râj ». Ils avaient au contraire milité pour la création d’une nation pakhto indépendante, le Pakhtunistan. Ce qui les avait rendus extrêmement impopulaires avec les autres courants de la politique pakistanaise. Wali Khan avait également objecté contre la répression des mouvements autonomistes du Bangladesh (alors le « Pakistan Oriental »).

On pourrait écrire des pages sur la politique mouvementée et souvent malheureuse de ce pays déchiré. Le régionalisme tribal est l’un des multiples facteurs qui rendent le Pakistan tellement difficile à gérer. Il y a quelques années encore, paraît-il, Swât et Buneïr étaient encore un « royaume » indépendant, par exemple. En fait, l’état princier de la Swât a été dissous en 1969.

« Pashtunistan” ou “Pakhtunistan” signifie “Le pays des Pashtouns". C’est un terme moderne qui désigne la région habitée par les Pashto / Pakhto depuis au moins le 1er millénaire avant J.C. Depuis peut-être le 3-ème siècle après J.C., cette région a été connue sous le terme d’«Afghanistan », et par les peuples du sous-continent indien sous le nom de « Pathanistan » (le pays des Pathans, le terme indien pour désigner les Pashtouns). La région a été divisée en 1893 par la fameuse « ligne Durand », établissant une frontière disputée et imprécise entre l’Afghanistan et l’Inde occupée par les Britanniques.

Depuis la dissolution de l’Inde Britannique (le « Râj ») et la création du Pakistan, les nationalistes Pakhto ont proposé la formation du Pakhtunistan comme état souverain. L’Afghanistan, sans aucun doute aiguillonné par des puissances étrangères, avait appuyé les Pashto du Pakistan pour utiliser ces tensions séparatistes. En 1969, le gouvernement afghan avait même publié un timbre postal montrant clairement un "Pashtunistan" ("sh" plutôt que "kh" dans les dialectes du nord) incluant toutes les FATA (Federally Administered Tribal Area = Zone d’Administration Tribale) de la NWFP (North West Frontier of Pakistan). Inutile de dire que cela n’avait pas du tout fait plaisir au gouvernement du Pakistan !

Dans les années 1970, le gouvernement de Zulfikar Ali Bhutto avait réprimé les nationalistes Baluch et Pakhto et le Pakistan prit sa revanche contre le gouvernement afghan en donnant son appui à ses opposants islamistes, incluant des futurs leaders des mouvements Moudjahiddin tels que Gulbuddin Hekmatyar et Ahmad Shah Massoud. Cette opération fut couronnée de succès de sorte qu’en 1977, donc après mon séjour involontaire au Pakistan, le gouvernement afghan de Mohammed Daoud Khan (« le colonel Daoud » qui avait déposé le roi de l’Afghanistan, son cousin, quelques années plus tôt) se déclara prêt à régler les contentieux avec le Pakistan. En échange, le Pakistan devait mettre terme à la répression de l’Awami Party et devait garantir l’autonomie des Pakhto. Car bien que cette autonomie ait été inscrite dans la constitution du Pakistan, le gouvernement de Bhutto en avait fait peu de cas.

Voyez l’image de ce timbre postal émis par l’Afghanistan montrant l’étendue supposée du Pashtunistan, sur la jpeg ci-jointe. Le deuxième timbre montre la carte de l’Afghanistan et on voit clairement que la version afghane du Pashtunistan s’imbrique sur le côté oriental de la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan. En d’autres mots, le gouvernement afghan avait exclus de ce supposé Pashtunistan les régions très importantes du territoire afghan qui étaient (et sont toujours) dominées par les Pakhto / Pashto. Cette omission n’avait fait que rendre plus cinglante l’insulte faite au gouvernement pakistanais.

Ces timbres sortaient de l’ordinaire des multiples séries de timbres afghans illustrant la faune et la flore, ou d’autres sujets inoffensifs tels que ….. la fête des mères (troisième timbre)! Et en Français en plus, comme il était encore d’usage dans ce pays il y a quelques dizaines d’années. On peut lire en haut à droite, en rouge-brun, « Afghânistân post » dans l’écriture locale, mais c’est le « Postes Afghanes » en grandes lettres qui saute aux yeux ! Cette écriture locale est en fait du « fârsi » (Persan), avec le « p » initial qui n’existe pas en Arabe, et cette mode de simplifier les trois points (« noqta » en Arabe) du « shin » en un petit cercle, ou d’escamoter le « sin » entre le « nun » et le « te » de « pashtûnestân ».

Et que dire du fameux drapeau du Pashtunistan, montrant les cimes enneigées de l’Hindu Kush sur fond rouge et noir, couleurs typiquement pakhto ?

Enfin, pour tout mettre ensemble sur une même carte, la dernière jpeg montre en bleuté toutes les régions occupées principalement par des tribus pakhto / pashto, aussi bien en Afghanistan qu’au Pakistan. Le bleuté inclut même le Balûchistân au sud-ouest du Pakistan, et on peut se rendre compte de ce que la moitié au moins de ces deux pays cause de sérieux problèmes autonomistes. La ligne rouge est la fameuse « ligne Durand » qui est devenue la frontière entre les deux pays. D’une manière typique aux Britanniques, ils avaient tracé une frontière coupant en deux les territoires occupés par le même groupe ethno-culturel. Diviser pour mieux régner, telle était leur approche aux problèmes coloniaux.
MÉ Mékong Globetrotter ·
Salut Georges je reprends le fil de ton récit d'aventure. Toujours aussi passionnant. Merci pour les d'infos sur cette époque (super les timbres !). j'aime bien la description de la salle commune à l'afghane qui démontre la tradition prononcée d'hospitalité de ce pays et de ses habitants. Continues donc à nous émouvoir

ps : pour répondre à ta question oui je prévois de repartir en Indonésie prochainement en espèrant faire un crochet par le Pakistan entre autres
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Bonjour Eric!

Oui, c'est tout un monde, toute une atmosphère. Pour moi qui connaît très bien la culture iranienne (persane), tout ça est imbibé des bonnes manières de faire persanes, pleines de courtoisie et d'une certaine nonchalance. On retrouve cette influence persane jusqu'en Inde, apportée par les Moghuls. Il n'y a d'ailleurs qu'à voir le nombre important de mots arabo-persans en hindi ou en urdu. Même les plats bien connus de l'Inde du nord ont des noms persans (alu gosht, roghan gosht, dopiaza etc).

Est-ce moi qui t'ai donné envie d'aller au Pakistan? 😉

Quant à ton voyage plus loin en Asie, je serai moi-même basé a Kuala Lumpur à partir de fin avril, donc si jamais tu as l'occasion de passer par KL, fais-moi signe, j'y serai le "roi du pétrole"! 😎
MÉ Mékong Globetrotter ·
j'ai séjourné au Pakistan en décembre 2007. Sur la route c'est fort probable que je repasse par la Malaisie et KL, je te ferai signe
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
super les timbres ! - -- 🙂

Oui, on n'y pense pas trop souvent pour illustrer les récits. Il y en a un autre qui m'avait vraiment impressionné, je ne me rappelle plus si c'était en Afghanistan ou au Pakistan. Il représentait un personnage de la mythologie musulmane sur un cheval piétinant sous ses sabots l'étoile de David .... waow! 😮 J'aimerais bien le retrouver celui-là.

J'ai quelque part une belle collection de timbres iraniens des années 1980, les "belles" années de Khomeïni. Attention les yeux! Bombes tombant du ciel, mitraillettes, poings ensanglantés et tout le toutim. Si un jour je les retrouve, je mettrai quelques scans sur VF.
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Le Bouddhisme c'est une grande partie de ma vie... - -- --

As-tu vu mon récit sur le « Bouddhisme du côté de Bâan Nâawk » ? Ça pourrait t’intéresser.

http://voyageforum.com/...search_string=B%E2an;
NA Namdreul Regular ·
Oui, je viens de lire ton intéressant récit. Je connais mieux le bouddhisme zen ou tibétain (donc le Mahayana ou le Vajrayana) que le hinayana, le bouddhisme "suivi" par les thailandais, mais la base étant les sutras...je l'ai étudié aussi.

Je suis allée au Japon il y a longtemps et c'est l'atmosphère des temples zen qui m'avaient remuée beaucoup, ensuite les récits d'Alexandra David-Neel et surtout la proximité d'un centre bouddhiste tibétain pas trop loin de chez moi qui ont fait que j'ai pris refuge dans les trois joyaux...depuis pratique de la méditation, voyages au Népal...et de plus en plus de détachements donc moins "d'aspirateur" lol...je suis de plus en plus zen...
namdreul
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Cool! J'ai aussi pratiqué le bouddhisme tibétain (nyingma). Je ne vais pas en faire un plat ici, mais suffit-il de dire que c'est très, très bon! Et s'il y a des différences entre la pratique d'un pays à l'autre, etc.... que cela ne donne pas l'impression de différences fondamentales car il n'y en a pas.
TH Thevert7 Regular ·
toujours aussi passionnant

merci ;)
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
J’ai cru bon de faire un résumé de la place particulière du pays pakhto / pashto au Pakistan et en Afghanistan, et des problèmes politiques qui y sont attachés. Mais revenons à notre visite chez Abd-er-Rahman, dans le petit village de Pîr Bâbâ perdu dans la vallée de Buneïr, dans l’Hindu Kush pakistanais. Pour permettre de se repérer un peu, je donne une carte régionale où mon « triangle d’or », là où j’ai pérégriné au Pakistan, est indiqué en rouge. Les points jaunes sont un nombre de points remarquables tels que Kaboul, Lahore, Quetta etc. …. et dans le « triangle d’or » Peshawar, Rawalpindi et Mingora. La deuxième carte montre la vallée de Buneïr au sud-est de Mingora.

Après nous avoir fait écrouler de rire en nous racontant la vie amoureuse de son coq et de ses poules, Abd-er-Rahman nous explique qu’il y a quatre sortes de fakirs (faqîr, mot d’origine arabe : pauvre, derviche mendiant, Sôufî mendiant). Il parle évidemment des quatre « tasawwuf » ou ordres spirituels (« tarîq ») du sôufîsme. Le mot « tasawwuf » est dérivé de l’arabe « sûfî », d’où vient bien évidemment le mot « sôufî ». Le sôufî, ou derviche, est le pratiquant du tasawwuf. Voici donc ces quatre ordres tels qu’ils nous ont été racontés par Abd-er-Rahman:

- Les sarwari qui travaillent sur la musique et le souffle, et pratiquent un dhikr (ou zikr) « violent ». Le dhikr est la répétition de certaines louanges de Dieu, souvent avec musique et danses. Un ami Syrien m’a dit plus tard que le même mot désignait en Égypte des orgies privées avec danseuses, strip-tease etc….. 😮 comme quoi la religion …… passons !

- Les qâdri qui sont droits, forts, magnifiques, et qui travaillent certaines postures. (el qâdriyyah : école théologique de l’Islam d’origine, affirmant la libre volonté de l’homme ; qadr : avoir le pouvoir).

- Les tchishti qui sont en relation avec les « qalandars » pakistanais, dont le mouvement est originaire d’Iran. Un « qalandar » est derviche ascétique sôufî vagabond. A la base, il y avait un homme venu à Lahore où il avait fait beaucoup de disciples. La plupart des malangs (terme presqu’homonyme) actuellement suivent ce mouvement. (En fait, cette fraternité a été fondée par un Syrien au 10-ème siècle dans la ville de Chisht, près de Hérat). C’est sans doute pour cette raison qu’Abd-er-Rahman les appelle des « malangs doux ». Il nous explique leur façon de voir : « Dieu est à Saïdou (Saïdou Sharif, petite ville proche de Mingora, plus haut dans la vallée de la Swât), on peut aller à lui en bus, comme tout le monde, en suivant les voies toutes tracées. Mais si on est assez fort, on va avec le faqîr, directement à travers la montagne, au lieu de faire un important détour». Comme beaucoup d’ordres ou fraternités mystiques musulmanes de l’Asie du Sud, les tchishti pratiquent une méditation calme.

Il nous parle de Shah Abdul Latîf Bhittai, un mystique sôufî et poète du Sindh, qui s’était enfermé dans un arbre creux au milieu d’un marécage, et qui était ami avec les moustiques. Les historiens du Sindh lui attribuent l’invention du tambura, une sorte de luth.

- Enfin, il y a les naqshbandi, les héritiers de l’écriture, qui séjournent dans les mosquées. « Naqj » vient de la racine arabe désignant l’inscription, la gravure.

Et la conversation avec Abd-er-Rahman, très communicatif bien que d’apparence mûre et posée, se poursuit longtemps ! Nous nous divertissons beaucoup, tout en fumant chiloms et pipes à eau, au sujet d’Alice au Pays des Merveilles, de Lovecraft, de son shoot de speed à Rawalpindi il y a quelques années. Le type avec lequel il partageait une chambre au Rainbow s’était préparé une dose de cheval d’amphétamines mais était parti en coup de vent en apprenant qu’on lui avait trouvé de la morphine, laissant la seringue pleine sur la table. Un autre compagnon de chambre et Abd-er-Rahman s’étaient regardés l’un l’autre, perplexes, puis ils se l’étaient fixée moitié-moitié, l’un après l’autre. Il n’avait pas dormi de toute la nuit, vibrant d’une activité chaude et lumineuse (les premiers "fixes" de speed sont tout à fait enchanteurs), et avait fait son autoportrait avec un rebâb sur les murs de l’hôtel. Du coup, je lui offre une « pill de Peshawar», dont la vente était libre en pharmacie à Peshawar et dont j’avais acheté tout un flacon avant de partir pour Rawalpindi.

La nuit va tomber. Husseïn me conduit chez un autre ami, Sami Djan, directeur d’un dépôt de tabac, qui nous offre le repas dans la cour de sa maison. C’est là que nous passons la nuit, dormant sur des tchârpaï en plein air.
TH Thevert7 Regular ·
re merci mais cette fois pour cette leçon sur le soufisme, je connaissais pas tous ces "ordres"
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Il n'y a pas de quoi! Mais ne prends pas ça comme parole d'Evangile non plus (si je peux me permettre 😉). J'ai noté ça sur le vif et j'ai bien pu faire des fautes de transcription. Disons que cela donne une idée générale de ce monde assez extraodrinaire du soufisme et des vagabonds religieux au Pakistan.
TH Thevert7 Regular ·
tu peux te permettre ;)
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
« Thik hae bâbâ ! » Nous éclatons de rire. Reham Del, un petit vieux, nous a gentiment pris en charge alors que nous rendions visite au dépôt de Sami Djan, en pleine campagne. Il nous prépare un tchaï tout en fumant la pipe à eau avec nous. Dois-je encore le préciser ? Ce n’est pas le tabac du dépôt que nous fumons. « Thum majnoûn ! » me répète-t-il, ce qui je crois veut dire « Tu es fou ». Il m’a visiblement pris en grande sympathie. Il ne me reste que quelques bribes de notre conversation sur le Kâfiristân, où le pakhto et l’ourdou se mélangeaient. Ou s’agissait-il du Faqîristân, un pays mythique de mon invention où vivraient les fakirs (« faqîr ») ?

Husseïn et moi sommes allés voir la « milla » (foire) à quelques kilomètres. C’est que nous sommes en plein Faqîristân, tous les deux, la tête dans les nuages, et ne parlons pas de notre accoutrement ! …. Un chameau au loin sur la route poussiéreuse…. L’air bourdonne à mes oreilles …. Je suis en plein rêve ….. 😎😇😉

Nous sommes maintenant de retour chez Reham Del qui nous accueille avec un « bil kul tik tak, bâbâ ! » résonnant de gaîté. Il nous offre des dattes. Offrir des dattes, c’est offrir le bonheur. « Zoma mour ! » (« Ma mère ! »), je suis bien défoncé et Reham Del est bien pété lui aussi. Nous n’arrêtons pas de nous fendre la gueule. Quelle équipe ! « Sengalé ? Tak haè, zeder khaéma ! ». « Comment vas-tu ? Bien, très bien ! ». Et il y a de quoi !

Reham Del doit aller travailler (?) dans deux heures, ce qui nous donne le temps d’allumer un autre chilom en attendant. Avant de tirer chacun à notre tour sur le chilom, nous lançons les salutations d’usage : « Marsi parsi kapina marsiiii ! » (ou quelque chose dans le genre), et d’autres adresses aux « qalandar », dont je ne savais trop qui ils étaient au juste, à l’époque, mais peu importait ! Nous toussons et nous crachons tout ce que nous pouvons dans la petite cabane de Reham Del, où il fait une chaleur moite insupportable dans l’état où je suis.

Ces salutations dévotionnelles sont équivalentes au « Boum Shankar » qu’on entend en Inde, et d’autres salutations que les étrangers ont vite fait d’adopter et ne manquent pas d’en faire des démonstrations sonores avec toute une gestuelle qui parfois frise le ridicule ou la prétention. Et va-z-y que je te porte le chilom bien haut au front, comme si on était le sâdhu le plus spirituellement achevé de la place ! 😇😉

Nous prenons le bus pour Pîr Bâbâ. À l’avant du bus, il y a une femme d’une beauté incroyable ! Et sur la première rangée, un véritable seigneur est installé avec ses quatre femmes toutes jeunes et leurs gosses. Quel pays étrange : le tcharss borde les routes, on voit des fillettes blondes et des gamins rouquins avec des tâches de rousseur et des yeux verts ou bleus.
LE Leucateplage Veteran ·
salut georges

j avais loupé la premiere partie en 2009 et je viens de me rattraper 😉merci , vraiment super ton histoire , pour un peu on pourrait en tirer un bon scenario😎 c est sur que c est plus roots que ton TDM queen elisabeth😊 c est con la perte du passeport ..mais d un autre cotés cela ta permis de vivre une aventure différente🤪 je vais attendre la suite avec plaisir et surtout vraiment une bonne mémoire le jojo😎 benoit
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Bonjour Benoit,

Sympa d'entendre l'appréciation d'un lecteur jusqu'ici inconnu de moi 🙂. Tu as un profil imressionnant. Je vois Belize entre autres, j'y ai passé quelques semaines extra en 1981 / 82 😎😉

pour un peu on pourrait en tirer un bon scenario😎 - -- hahaha! mais attends la fin, c'est presque Midnight Express! 😎😉

Et tout à fait d'accord, le vol du passeport m'a secoué hors d'un voyage qui aurait sans doute été sympa autrement, autres expériences et autres rencontres etc, mais je n'aurais pas vécu le Pakistan. Comment peut-on savoir en fin de compte, mais je n'ai pas de regrets! Quant à la mémoire, je revois encore des endroits où je suis allé comme si je pouvais te dire, là, dix pas plus loin après la boutique de nippes, tu tournes à droite sous le porche etc....
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
De Pîr Bâbâ, nous avons continué sur Mingora, sur le toit d’un minibus. C’était grisant, mais j’étais assis sur une roue de bicyclette et malgré mon langi replié et posé sous les fesses, ce n’était vraiment pas confortable ! 😐 À Mingora, tous les hôtels sont pleins et nous avons tout le mal du monde à nous trouver deux tchârpaïs minables, complètement détendus et crevés, sur le toit du Green Hotel, pour deux roupies (une roupie valait 0.40 à 0.45 Franc). On y trouve du monde qui redescend de Madian. On parle de police, d’hépatites virales etc… 🤪

Nous avons passé la soirée dans la chambre de trois Italiens qui vont sortir en Afghanistan pour obtenir un nouveau visa pour le Pakistan. L’un d’eux vient juste de sortir de l’hôpital, il a l’hépatite virale. Un autre Italien, Robin, dit être sur la route depuis 20 ans ! Ce qui n’est pas tout à fait impossible, je lui donne bien plus de 35 ans. Il ne voyage pas sans la Sainte Bible, traduite en français sous la direction de l’École Biblique de Jérusalem (Éditions du Cerf, 29 boulevard Latour-Maubourg à Paris – j’avais pris note !). Énorme livre noir qu’il nous brandit avec insistance sous le nez en disant qu’il y a dedans des commentaires très intéressants. Je feuillette et y vois effectivement des explications que je n’ai pas trouvées dans d’autres éditions – mais je ne n’ai jamais été particulièrement branché sur la Bible et suis loin d’être un expert.

Il y a avec nous un Français, André, au visage doux et fatigué exprimant une profonde inquiétude, encadré par de longs cheveux blonds qui lui donnent un air de jeune animal blessé. Et Robin, qui semble très bien le connaître, l’écrase de ses conseils et le poursuit avec des idées qui me semblent empreintes d’égoïsme. Il est tellement sûr de lui et négatif dans sa prétention de diriger André spirituellement que je me sens obligé de l’interrompre en contrant l’une de ses déclarations où il parle de « sentir la présence du Saint-Esprit » - rien de moins ! – ce qui engage entre nous une longue lutte passionnée sur l’interprétation des textes ésotériques. Il arrive même à me menacer d’un miroir qu’il sort de son sac, en prétendant que j’aurais peur, comme lui-même, de m’y regarder. 😮 😠 J’aurais bien pu me laisser impressionner, surtout dans la pénombre coupée par deux ou trois maigres bougies. Mais qu’est-ce que c’est que ces histoires ? De la vraie superstition ! Évidemment, je m’y regarde dans ce miroir …..

Et la discussion s’arrête là. Silence. L’atmosphère est tendue. Curieusement, personne ne nous a interrompus pendant tout ce temps, même les deux autres « fidèles » de Robin, toute l’attention portée sur cette discussion étonnante. André ne dit pas un mot. Il reste comme suspendu à l’espoir d’être aidé par de bons conseils. Doute-t-il de Robin maintenant ? Je crois intercepter un regard où perce la sympathie….

J’étais bien jeune alors et une victime impressionnable de tout un fatras de théories abracadabrantes dites « spirituelles », héritées des mouvements des années 1960, hippies ou révolutionnaires de tous poils. Il devait bien avoir des choses intéressantes dans le tas, mais je me suis bien rendu compte plus tard de la crétinerie extraordinaire qui se manifestait un peu trop souvent dans ces mouvements. L’explosion simultanée de l’usage de drogues puissantes n’avait fait qu’aggraver la situation. Beaucoup de gens se sentaient perdus dans la vie et ne savaient pas vraiment à quel saint se vouer. De tous les gens qui avaient pris la route de l’orient pour soi-disant trouver de nouvelles valeurs spirituelles, combien se faisaient beaucoup plus de mal que de bien ? Par la suite de ce séjour forcé au Pakistan, il m’est encore arrivé d’observer l’avidité des uns à se trouver un « maître », et l’arrogance des autres, véritables vampires spirituels, à se poser en « maîtres ».
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
c est sur que c est plus roots que ton TDM queen elisabeth😊 - -- C'est marrant, tiens, je vais te dire: ayant vécu maintenant un bon tiers de siècle hors de France, je coince sur un nombre de mots et d'expressions qui n'étaient pas d'usage "à mon époque". "Roots", par exemple, je ne savais pas trop ce que ça veut dire! Amusant aussi de voir que ce terme anglais n'est jamais employé ainsi dans le monde anglophone. 🙂

Quant au TDM sur le QE ou autre, très peu pour moi, ce genre de truc ne m'a jamais fait bander. Je laisse à d'autres le plaisir!
MÉ Mékong Globetrotter ·
salut Georges

amusante ta description sur ces voyageurs ! où sont les femmes ? 🙂
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
où sont les femmes ? 🙂 - -- Attends, on va y arriver! Mais tu dois le savoir, le Pakistan n'est pas trop le genre de pays pour aventures amoureuses! 😕
MÉ Mékong Globetrotter ·
oui mais je pensais à celles qui voyagent.
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Je sais qu'il y a une page pour ce genre d'annonce, mais puisque j'y suis, je vais placer ça ici:

je serai de passage à Paris entre le 6 et le 8 avril, avec pas mal de temps libre, avant de repartir pour l'Asie (et je ne compte pas revenir avant longtemps). Si ça dit à l'un / l'une de mes lecteurs / lectrices de prendre un verre ensemble, ce serait sympa 🙂😉.
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
J'avais bien compris! Il y en aura quelques unes dans la suite, mais disons que mon impression, maintenant que j'y pense, c'est que les filles ou les femmes voyageuses avaient tendance à ne pas trop traîner dans des villes aussi bordéliques que Peshawar ou Rawalpindi, et encore moins sur les routes en pleine pampa au Pakistan! Pas trop cool pour des femmes seules ..... Mais c'est mon impression personnelle.
LE Leucateplage Veteran ·
salut georges

je ne suis ni une femme ni a paris entre le 6 et 8 avril, mais encore en asie aprés le 9 avril alors ok pour partager un verre ou un chilom

benoit
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Thailande du 10 au 17 puis après KL. OK pour un bon verre, plus ça dépend de l'endroit!

Et ne t'inquiéte pas, je ne suis pas porté sur les mecs, hahaha!
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Les moustiques m’ont beaucoup gêné cette nuit. Dormir en plein air, c’est bien beau, mais ce n’est pas toujours la meilleure solution ! Nous sommes partis le matin pour Madian où, sitôt arrivés, nous nous rendons à « la maison de Robin » au bord-même de la rivière Swât. Le long du chemin, en y descendant, j’ai l’impression d’y aller comme si j’avais emprunté ce même chemin des milliers de fois auparavant.

Nous y retrouvons les deux autres « Muhammad », car ils forment avec Muhammad Husseïn, mon compagnon de voyage, un trio bien connu par ici : Muhammad Ali, que je connaissais déjà, l’ayant rencontré à Peshawar le jour du vol de mes affaires (je l'ai déjà introduit, voir Message 41), et Muhammad Hassan. Hassan, encore un Français, est un grand gaillard à l’air bien plus costaud que ses deux « frères ». Ils repartent tous trois le jour-même pour Sukkur - « la fournaise » disent-ils - dans le Sindh, pour une histoire de visa. D’après leurs noms, il m’est maintenant évident que la fraternité de malangs à laquelle ils appartenaient était chiite et non sunnite.

Deux Françaises, deux sœurs, Martine et Catherine, occupent la maison. Martine est brune et assez avenante, peut-être juste un peu potelée. Quant à Catherine, elle est blonde et plus maigre.

Robin est un monstre d’égoïsme, me disent les « frères Muhammad », ce que me confirme encore l’une des filles avec qui je vais faire la vaisselle dans un torrent qui rejoint la Swât à quelques mètres de nous. On sent sa présence grondante. 😮 La Swât en amont de Mingora n’est certainement pas une rivière au sens d’une tranquille rivière de la campagne française. Il s’agit plutôt d’un énorme torrent qui dévale violemment de l’Hindu Kush vers les plaines du sous-continent indien. Gare à qui y tomberait, il n’y aurait aucun espoir de pouvoir en ressortir !

Je crois que c’est là, avant de partir, que Muhammad Ali m’avait tendu …. mon billet d’avion ! 😮🙂 Il avait tenu la promesse qu’il m’avait faite à Peshawar d’aller à la recherche de Carlos, mon voleur, pour voir s’il pouvait arranger quoi que ce soit. Il m’expliqua qu’il n’avait pas eu trop de mal à convaincre Carlos qu’il serait bien trop dangereux pour lui d’utiliser ce billet et qu’il ne pouvait pas le falsifier. Par contre, me dit Muhammad Ali, mon passeport avait déjà subi des modifications qui le rendaient complètement inutilisable pour moi. Mais quelle bonne surprise tout de même ! 🙂
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Je crois qu’il serait bon, avant d’aller plus loin, que j’explique un peu plus ce que je charriais comme idées et l’état d’esprit général dans lequel je me trouvais à cette époque. Comme j’y ai déjà fait allusion, j’en étais à trouver mon chemin à travers toute une panoplie de sources spirituelles. Beaucoup le savent et l’ont dit, il faut éviter de se disperser car on se perd et on finit par se faire du mal, spirituellement et psychologiquement parlant. Il vaut mieux se trouver une voie à laquelle on se sente vraiment attiré, y adhérer pour de bon et persévérer.

Ça, c’est la théorie, mais j’ai toujours été curieux et éclectique. J’avais déjà « reniflé » autour de pas mal de doctrines, et poussé en profondeur dans certaines directions. J’avais beaucoup lu sur l’alchimie, l’astrologie et sur la magie (! 😇), par exemple. J’avais pratiqué le rosicrucianisme pendant quelques années (j’avais vu des bougies bien avant de rencontrer Robin ! 😉). Et j’avais abandonné des sources que je qualifierai d’«ésotérisme rase-mottes» sans aller dans les détails pour ne pas heurter ceux qui y trouvent leur bonheur. En fait, je commençais à sortir du sensationnel facile mais faussé de l’ésotérisme pour me concentrer sur des voies plus classiques – plus pures et plus claires - telles que l’hindouisme. Les commentaires de Sri Aurobindo sur la Bhagavad Gîta et quelques upanishads m’avaient fortement impressionné, entre autres.

Qu’on aille s’imaginer que j’étais un « doux illuminé », je le comprendrai ! 🙂 Mais il y avait bien d’autres courants qui se télescopaient dans mon esprit juvénile. Je m’intéressais aussi à la politique et, que cela ne soit pas une surprise, toute ma sympathie allait aux anarchistes. Dans ma perspective personnelle, Proudhon, Kropotkine et Bakounine étaient à la froide et terne « ligne communiste » ce que les religions orientales étaient au monothéisme judéo-islamo-chrétien. Je suis conscient que c’est là un parallèle osé, et que je ne rends pas justice à tout le monde. Sans vouloir faire la liste exhaustive de mes lectures de jeunesse, je me rappelle avoir lu, entre autres, ce que Georges Politzer, un philosophe communiste Français, avait écrit sur la dialectique et j’avais trouvé ça d’une étroitesse d’esprit affligeante. C’est pour dire que mes territoires de chasse intellectuels et spirituels étaient assez variés !

J’étais en tout cas déterminé à expérimenter ! Les pensées asiatiques commençaient à poindre sur mon horizon spirituel et c’est ainsi que me retrouvai, dans cette maison de Madian, à « tirer » le Yi King avec 3 pièces de monnaie (la face gravée est yin = 2; l’autre face est le yang =3). Je lance les trois pièces en l’air et la somme des chiffres « tombés » donne 877-878. C’est Tsing, Le Puits, formé des trigrammes Souen - le doux, le vent, le bois – sous K’an – l’insondable, l’eau. Et voici un extrait des commentaires sur cet hexagramme :

« Au-dessous le bois, au-dessus l’eau. Le bois s’enfonce dans la terre pour faire monter l’eau. »

C’est l’image des puits de l’ancienne Chine mais aussi des plantes qui font monter l’eau dans leurs fibres. C’est une image de nourriture inépuisable. Le puits est aussi le symbole de l’organisation sociale satisfaisant les nécessités vitales élémentaires. On voit le tableau idyllique des champs bien répartis autour du Puits, qui alors est aussi le symbole du Seigneur. De même que le bois imite l’action du puits et procure le bien de toutes les parties de la plante, « l’homme noble » (concept clé) ordonne la société humaine de telle sorte que, tout comme dans un organisme végétal, ses membres coopèrent au bien de l’ensemble. Mais le seigneur est aussi plus prosaïquement l’exploiteur tout autant que le protecteur : on retrouve l'ambigüité entre le bien et le mal…

L’hexagramme s’applique tout aussi bien aux individus. Tout homme peut puiser à la fontaine inépuisable de la nature divine qui est l’essence de l’homme. Étais-je ce jour-là un « Homme-Puits »?
TH Thevert7 Regular ·
une expo , le 7 avril ? en fin de journée ( 16H30 / 17H ), ça te dit ?
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Pourquoi pas? Ça me semble être une bonne idée. On s'échangera nos numéros en mp. 🙂
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
Un lecteur m’a courtoisement avisé de ce que mettre des mots en gras comme je l’ai fait jusqu’ici peut être « pédago-agaçant ». 😊😕 Ce n’est pas bien sûr le but que je recherche. J’ai mis des mots en gras pensant que cela permettrait de trouver des repères (et à commencer, pour moi-même !), vu le nombre de pages que je continue à envoyer. C’est un peu comme les petits cailloux blancs du Petit Poucet. 😉 Maintenant, je me demande si cela peut effectivement fatiguer les lecteurs, auquel cas ce serait sympa que vous me le signaliez, et j’arrêterai cette pratique. Si personne ne se signale là-dessus, j’en déduirai que vous vous en brossez !
TH Thevert7 Regular ·
ça ne me derange pas, attendons l avis des autres lecteurs

ps : mp envoyé
DA Davek Veteran ·
pédago-agaçant?kézako? laisses tomber georgesOZ on s'en brosse !😄
GE GeorgesOZ Globetrotter ·
bon, merci! 🙂 mais ce n'est pas grave, c'était aimablement dit et je comprends aussi le sens de la remarque qu'on m'a faite. On voit tant de messages sur VF qui sont pénibles à lire parce qu'on y met toute la sauce pour bien se faire remarquer, le pire étant les textes en majuscules. 😐

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