Bon, ça en fait du courrier à répondre… Je réponds donc à tous en même temps !
Pour toi JC El Che Gringo
Tu es toujours mon invité et tu repartiras avec tous tes cheveux, c'est promis !
Pour Jean-François
Je suis allé dans pas mal d'endroits complètement ignorés du GDR ou du PF. A commencer par le Paraguay, tiens ! Aucun guide francophone ne traite de ce pays, il paraît qu'un PF est en préparation, mais la parution en est sans cesse repoussée.
Oui, mais là tu triches, qui va s'intéresser au Paraguay qui n'intéresse même pas les Argentins les Chiliens, les Boliviens ni les Brésiliens, sauf pour y faire du business ?
Curieusement c'est un pays attachant, dans son côté Far West. Les gens ont la même mentalité et les mêmes réactions qu'en 1890. N'oublie pas ce que dit le guide du routard sur son site Web :

Il est sympa ton village... C'est sa proximité d'Asunción qui le rend aussi dangereux, ou c'est un juste un exemple parmi tant d'autres ?
Ben oui, mais que veux-tu, c'est le nouveau monde ou pas ?
Non, c'est juste parce que j'habite à Tukson-Aregua au Far West et que la seule chose qui intéresse les Guaranis (en dehors du foot) est de connaître les potins du coin, et qui s'est sauté qui, car ça c'est très important, sujet de discussion noumbère ouanne.
C'est un pays dans lequel il n'y a quasiment pas d'Arabes ou si peu, mais je peux te dire qu'il y a un téléphone arabe qui décoiffe !
Tu as raison, c'est un exemple, mais j'imagine qu'il y a plein de bleds (et pas qu'au Paraguay) dans lesquels il se passe des choses de ce type. Mais il faut comprendre, il y a aussi la loi du silence : les policiers sont Guaranis et les délinquants aussi. D'ailleurs ce sont souvent les mêmes, heureusement les policiers ont des uniformes qui permettent de les différencier. Quand il y a un homicide, c'est souvent quelqu'un de la famille ou un ami qui y est mêlé (le fils ou le cousin d'une amie de la soeur de la femme d'un copain) là, tout le monde se tait et la police ferme les yeux, surtout dans les endroits louches des grandes banlieues. En province il en est tout autre. Les Guaranis sont totalement différents, ils te donneraient leur chemise et tu y seras en toute sécurité. Un peu comme en France, quand on compare Stains et un village perdu de la Lozère.
Ça va peut-être faire sauter Chegringo comme un cabri
Claro que no, je le connais l'animal, tu ne lui feras pas bouger un poil d’un sourcil !
Pour Pélicanos
Je comprends tout à fait ce que tu veux dire et les motivations qui te poussent à lancer des "avertissements" de sécurité aux jeunes intrépides et téméraires (dont j'ai fait un temps partie lorsque j'étais plus jeune) !
Je me rappelle qu'un jour lorsque j'avais 23 ans, j'ai dû rallier Bastia à Porto-Vecchio, mais la route côtière était coupée et j'ai dû passer par le centre de l'île pour redescendre par la forêt de Vizzavone. J'avais une Lancia fulvia coupé comme certains jeunes cons de l'époque, et mon système d’éclairage ne fonctionnait plus, il fallait donc que j'arrive avant la nuit.
J'ai pris de tels risques dans mon inconscience de grand dadais semi-terminé que lorsque j'y repense aujourd'hui je me collerais des baffes. Cette histoire me revient très souvent en mémoire et je me demande encore comment j'ai pu être aussi inconscient, aussi con. Pardon pour la grossièreté, mais c'est le mot qui convient.
Mais j'avais 23 ans et à cet âge là, on se pense immortel et rien ne peut nous arriver !
C'est pour cela que je fais ces mises en garde…
Cette prise de conscience de situations potentiellement dangereuses où l'on peut parfois se sentir sur le "fil du rasoir" m'a en même temps repoussé et attiré ! Ce comportement que l'on semble avoir en commun peut paraître étrange n'est-ce pas ?
Oui, c'est étrange, comme je le disais on se sent vivant, je ne sais pas pourquoi… J'avais déjà ressenti ça quand je m'étais fait attaquer dans la rue dans la Zone 1 de Guatemala City, près de l'hôtel colonial, par un groupe de 5 jeunes qui sniffaient de la colle.
"qu'il ne vaut mieux pas poser de questions indiscrètes en certains endroits, sous peine d'avoir de sérieux problèmes",
Par exemple en zone franche de Ciudad del Este, tu peux demander "j'ai besoin d'une Kalachnikov" mais il ne faut surtout pas demander d'où elle vient.
Si tu discutes de politique dans un bistrot, ne demande pas comment le parti politique élu se procure l'argent pour financer ses campagnes, ni ce que sont devenus les ronds de l'aide alimentaire internationale qui avait été envoyée par X ou Y. Surtout si tu as une caméra à la main. Il y aura toujours un sympathisant et nostalgique de l'ancienne dictature (même un jeune) qui se demandera ce que tu es réellement venu faire ici et si tu n'es pas venu enquêter déguisé en touriste. La suite tu la connais…
C'est ce qui aurait pu arriver aux deux filles, sauf que vu leur âge, ça ne cadre pas, car comme le disait si bien XX (je ne me souviens plus, mais voir plus haut) l'UNESCO ne confie pas des enquêtes à des gamines de cet âge-là.
En Amérique latine, on n'aime pas les curieux.
Pour Faby FDB
Oui on relâche la garde avec le temps, mais je fais toujours attention avec qui. Je vais avoir certaines conversations avec certaines personnes que je n'aurai pas avec d'autres, d'autant que la qualité de mon espagnol ne me permet pas des moduler mes expressions comme je le voudrais, et que je peux dire quelque chose maladroitement qui pourra être compris dans son contraire. C'est pourquoi je reste très prudent.
Maintenant pour ce qui est d'en agacer plus d'un, sûrement, et de lui donner de mauvaises idées, sûrement aussi ! Ce que je redoute le plus c'est le muchacho bourré à l'alcool de canne à sucre un samedi soir ou dimanche soir (c'est systématique) qui pète un câble et qui veut «se faire son étranger» qu'il voit comme une banque sur pattes.
C'est pour cela que j'ai mon fusil toujours à portée de main le samedi et le dimanche soir, mais je n'ai pas peur, c'est une simple prudence, c'est tout. Disons que ce sont deux soirs de la semaine où je suis plus sur mes gardes. Je pense que je n'ai pas d'ennemis, je m'entends bien avec tout le monde, mais va savoir…
En général les vols sont organisés par le personnel de maison. La petite femme souriante qui te fait le ménage va prévenir ses potes et organiser le cambriolage de son propre patron avec une partie de sa famille. Ca, ce sont les informations du chef de la sécurité de l'Ambassade de France d'Asunción.
Il m'a dit aussi que si je voulais prendre un garde armé (c'est la mode en Amérique Latine) de faire très attention, car il arrive que les employés s'arrangent entre eux pour te délester de tout ce que tu as.
Moi je m'en fou, je n'ai pas de garde, je trouve qu'avec les policiers corrompus et les muchachos bourrés, il y a suffisamment de risque comme ça pour ne pas en rajouter en prenant un garde perso qu'on ne connait pas.
Je ne dis pas que si j'arrive à monter mon petit business, je n'en prendrai pas un, mais plus tard, et un gars que je connaîtrai bien.
A part cela, je viens de voir le journal de 20h de France2, qu'est-ce qu'on est bien ici, loin de la bourse, avec nos chevaux, nos arcs, nos flèches, nos winchesters et nos serpents à sornettes !
Mais non... je blague ! Franchement, j'ai l'air inquiet et malheureux ?