USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013.
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YE YeahMax Regular ·
Lundi 29 juillet 2013 : chez les cowboys de Jordan Valley, Oregon (2ème partie)

Le grand soleil de l’Oregon nous accueille à rayons ouverts en ce premier matin de la semaine. On se prépare sans tarder car le programme est chargé aujourd’hui : on veut explorer deux ravins, Leslie Gulch et Succor Creek, dont la visite m’a été conseillée par mon ami Alan Majchrowicz, un photographe de Bellingham, WA, avant d’aller passer la fin de l’après-midi et la soirée chez John et Bobbi. Nous assurons le ravitaillement chez Mrs Z’s, qui nous reconnaît désormais et sourit de voir quatre Français sillonner les environs de Jordan Valley… A 9 heures et demie, le Chevy s’élance en direction du nord sur l’US 95, l’une des rares routes bitumées dans le quart sud-est de l’Oregon. Une vingtaine de miles plus loin, nous bifurquons à gauche sur une portion encore asphaltée, qui serpente rapidement entre des hordes de pierres dorées. C’est le chemin de Leslie Gulch, sorte de parcours rocheux déchiqueté qu’on croirait directement échappé de l’Utah…



Comme la veille, on croise quelques troupeaux de chèvres des montagnes, même pas effrayées par le ronron du moteur. Elles nous regardent, semblent se moquer, avant de reprendre leur ascension de la pente vertigineuse.



Au bout d’une poignée de miles, le goudron disparaît pour céder la place à une piste ma foi carrossable, mais monstrueusement poussiéreuse.



Le Chevrolet flambant neuf a perdu son lustre du premier jour. On ouvre le toit pour le fun, sous un cagnard plombé. Il fait encore presque une quarantaine de degré à l’ombre, du moins lorsqu’il y a de l’ombre…



Par plaques, les versants se dénudent et des pitons orangés crèvent la croûte desséchée de la vallée.



Nous atteignons le lit supérieur du cours d’eau, où une esplanade a été aménagée en aire de pique-nique. Il est même possible d’y camper pour quelques nuits, avec l’autorisation des responsables du Parc. Bien entendu, nous sommes les seuls à grignoter la salade du Chef sur la table de bois brut, à l’abri d’une tonnelle en aluminium. Voici un avantage qui n’a pas de prix à nos yeux : pouvoir profiter sans frein et sans trouble de la magie de l’Ouest, comme si le Canyon était devenu nôtre, comme si le décor avait été planté là juste pour nous. Ah si, nous avons échangé deux mots avec le chef des Rangers qui assurait sa ronde quotidienne… Juste à côté coule doucement la rivière Owyhee.



Cet été, la sécheresse est sévère. Le niveau de l’eau a baissé dangereusement depuis le début du printemps, et les éleveurs du coin commencent à s’inquiéter pour de bon. John lui-même se demande si la récolte de foin sera suffisante pour affronter l’hiver. Jusqu’aux poissons qui ont déserté le cours supérieur de l’Owyhee…



Nous dégustons toutefois le silence et la beauté du site. Un couple de rapaces tournoie dans les airs. Notre 4X4 semble nain au pied des rocailles endurcies.



Dans la remontée, nous nous accordons un arrêt auprès de la cabane du pionnier. Superbe tableau.



Après être sortis de Leslie Gulch, on parcourt la mesa pendant un long moment, puis on tangente vers le nord sur une piste en piteux état. Montées, descentes, une barrière de ranch, enfin la plongée raide dans les entrailles de la vallée. Le filet d’eau trouble prend ici le nom de Succor Creek.



Ce qui est marquant à cet endroit, c’est la présence des arbres, bien verts, bien feuillus, alors que l’humidité n’est plus qu’un vague souvenir hivernal… Seuls au monde, pieds nus sur les mousses fraîches, nous buvons une bière glacée en écoutant le vent ronfler dans la cime des aulnes. Mais l’heure tourne !... Nous remballons le frichti et prenons la voie des hauts afin de rattraper l’US 95. En chemin, je ne peux m’empêcher de multiplier les arrêts pour admirer un petit canyon asséché.



Face à moi, le genre de paysage dont je ne me lasserai jamais. Rien à voir avec la splendeur charismatique des incendies rocheux de l’Utah ou de l’Arizona, je vous le concède, mais des couleurs tendres, ocres, grises, qui me ravissent. Et, par-dessus tout, la possibilité d’arpenter le lieu sans rencontrer le moindre étranger. Ici, on ne croise que des cowboys, des Américains, des malades du Grand Vide. On a l’impression, devant l’espace ouvert, de pouvoir soumettre les éléments à sa volonté, de détenir une des clés de la puissance, tout devient possible. En même temps, la majesté du paysage nous écrase, nous renverse, nous rappelle que l’on est rien, moins que rien, juste un grain de poussière que le vent du désert peut faire s’envoler à jamais dans l’éther…



En dépassant (très) (enfin pas trop) légèrement la vitesse maximale autorisée sur les routes de l’Oregon, on arrive chez John et Bobbi vers 17h 30. Ils nous attendaient avec impatience. Accolades, cris et rires sont de circonstance. Ils ont sorti les canons de fusils découverts sur leurs terres, un reste émouvant de la présence des premiers occupants du ranch, des gens venus de la Côte Pacifique pour bâtir leur rêve au milieu du brush. Bobbi nous confie alors que chaque membre de la famille possède son arme, y compris le jeune Joey. A ce propos, comme elle-même n’était pas très sûre de l’axe de tir de sa carabine, elle a fait venir récemment le sheriff afin qu’il examine l’arme ; ils sont allés ensemble s’entraîner au carton derrière la maison, sur des bouteilles en verre, et la conclusion fut rassurante : cette long rifle fonctionne à merveille, la cowgirl pourra défendre son domaine en toute confiance !...



Il fait encore chaud en cette fin d’après-midi. Nous entrons nous réfugier à l’intérieur de la maison, dans le cliquetis de la climatisation. Bobbi et John nous montrent de photos de leurs voyages en Californie et dans le Washington voisins, ainsi qu’en Alaska, pour le plaisir de la sauvagerie. Le vent se lève. On va diner sur la terrasse. Le bouchon saute : c’est un grand vin rouge de la Snake River, récolté dans l’Idaho, un peu plus à l’est. Menu special ranching : haricots-petits pois du jardin, maïs grillé, en épis entiers, purée maison, et surtout viande de bœuf élevée sur place, of course !...



Tout au long du dîner, John et Bobbi émaillent la discussion de souvenirs, de certitudes de cowboys, d’interrogations. On compare ce qui se passe en France avec le cas des Etats-Unis. On s’étonne souvent. On n’est pas d’accord sur tout, loin de là. Puis on s’amuse comme des fous d’une blague qui ramène les avis dans le bon sens : la dérision, sans laquelle la vie manque de sel, à coup sûr… Une fois le repas terminé, nous sommes attendus au milieu de la cour ouverte sur le domaine. Toute la famille est là. Ils tiennent à nous donner une leçon de lasso !... Le maître absolu, c’est Dwayne.



Nous tentons notre chance sur une vache en bois, à quelques mètres de distance. Evidemment, nous ratons la cible. On s’éclate comme des gosses, et nos amis rient à gorge déployée devant nos maladresses et nos contorsions imbéciles pour éviter d’enrouler la corde autour de nos bras. Les enfants, eux, savent manier le lasso. Ils s’entraînent chaque jour en vue du rodéo régional qui aura lieu dans deux semaines. Chaque passe de virtuose est ponctué de yiiiiiiiiiiiiaaaah ! tonitruants, comme dans les films… sauf qu’aujourd’hui, tout est vrai…



Le soleil bécote l’horizon. D’un coup la fraîcheur s’abat sur nous, c’est l’apanage du désert. Les tons s’adoucissent et les couleurs s’effacent. L’insolente beauté de cet âpre coin de l'Oregon est saisissante au moment où va mourir le jour… Insensiblement tombe la nuit sur le ranch de Pony Rock Road.



On cesse les jeux. Les voix deviennent graves. Chacun comprend que l’instant de se dire au revoir est arrivé. Demain, on doit reprendre la route pour Boise, dans l’Idaho, où un autre rendez-vous a été fixé avec des Américains depuis plusieurs mois. Sinon, il est évident que nous serions restés quelques jours de plus à Jordan Valley... Nous tombons dans les bras l’un de l’autre. Oui, c’est bête, mais les yeux sont noyés de larmes. On se promet le meilleur. Se revoir, bien entendu, même si personne n’est vraiment dupe, l’Oregon se trouvant tellement, tellement loin de la Champagne…

Dans le Chevrolet, pas un mot ne vient couvrir le bruit du moteur jusqu’au motel. Jim, comme chaque nuit, n’est pas encore couché. J’ai l’impression que Jim ne se couche jamais. Pour faire retomber la tension, je me promène seul dans les deux rues de Jordan Valley. Les étoiles parsèment la voûte par millions. Une maison attire mon regard. J’y vois un clin d’œil du Nouveau Monde, étincelle de vie dans le puits du Grand Vide. Sûr et certain, on a de sacrées chances de revenir un jour fouler le sol aride de ce petit enfer sur Terre...



… cette fois, le temps va me manquer pour écrire la suite de ce carnet. Soyez patients, je reviendrai vers vous et nous franchirons ensemble la barrière des Rocheuses, promis ! Objectif Yellowstone…
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
YE YeahMax Regular ·
Yaouh Liliane !

Oui, cette route des lacs est un joyau. Todd Lake, superbe !... Nous avons eu la chance de réaliser ce circuit sous un soleil de feu, et nous avons même pu nous baigner dans l'eau tiède du magnifique Elk Lake. Ceci dit, avec des paquets de neige comme on le voit sur ta photo, la région prend un autre charme. Non, franchement, y'a pas à dire : cette partie de l'Oregon est magnifique.

Et merci pour les encouragements autour de mon petit carnet de voyage !...
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
MA Maguiloma Regular ·
La suite est très belle. Les photos sont magnifiques, j'ai particulièrement aimé celles de la petite cabane et celles de Dwayne.
"De la France vers l'Allemagne en passant par les USA" http://maguiloma.blog4ever.com

L'Ouest américain autrement: de Seattle à San Diego : https://voyageforum.com/v.f?post=4511252;page=unread#unread
YE YeahMax Regular ·
Mardi 30 et mercredi 31 juillet, le retour en ville : Boise, Idaho.

Le soleil inonde Jordan Valley dès le lever du jour. Nous avons un peu l’esprit à l’envers en ce mardi matin de déménagement. Pendant que les filles passent chez Mrs Z’s chercher un sac de barres chocolatées pour la route, je vais faire le plein de regular à la station-service, histoire aussi de saluer Jim. J’apprécie ce type franc du collier. Après ce qu’on lui a raconté chaque soir, il s’attend à nous revoir bientôt dans les parages. Oh, j’aimerais tant qu’il n’ait pas tort !...

Bon, c’est bien mignon tout ça, mais il nous faut joindre la ville maintenant... Nous prenons l’US 95 en direction du nord. Au passage de l’embranchement de Pony Rock Road, nous avons un petit pincement au cœur, les images de John, de Bobbi, de Dwayne dansent sous nos yeux. On accélère et on monte le son : en avant vers de nouvelles aventures ! Nous atteignons Boise en début d’après-midi. On traverse Downtown avant de trouver le havre de Baggley Park pour pique-niquer sous les arbres, profitant d’une pelouse bien grasse fréquentée par deux familles en congés. Puis on contourne l’agglomération par le sud à la recherche d’un motel : ce sera le Shilo Inn, un établissement de chaîne, moyenne gamme, avec vaste chambre, piscine, spa, jacuzzi, salle de sport (immédiatement fréquentée par mon amoureuse), parfait pour deux nuits enchaînées.



On profite de la fin du jour pour envoyer les mails formels, régler les affaires courantes, acheter des bricoles au Walmart et dégoter quelques cds qui agrémenteront les trajets à venir… Soirée tranquille devant les niaiseries télévisuelles américaines, dont cette série débile qui met en scène un petit chien tenant un blog, mal joué et grossier, impensable que ça puisse marcher à ce point de ce côté des vagues !...

Mercredi matin, c’est carrément la fainéantise qui nous assaille. Il faut dire que nous avons le temps : aujourd’hui, on a opté pour le programme « ambiance ». Durant ces journées-là, nous laissons le lieu couler en nous. Nous nous asseyons sur un banc, entrons dans les boutiques, buvons un café par ici, abordons un passant par là. On laisse libre cours à nos envies, surtout on ne s’impose rien, ni visite, ni horaire. A la fin, on passe toujours de longues heures à discuter avec les gens, et ça finit parfois chez eux autour d’un repas improvisé…

Dès la sortie du motel, je croise deux camionneurs qui sont en transit pour Los Angeles. Ils viennent du Michigan. On cause highways et gros cubages. Ils sont tellement fiers de leurs monstrueux engins !...



Enfin nous lançons le Chevy dans le ventre de la cité. Capitale de l’Idaho, concentrant autour d’elle presque 600 000 habitants au total, Boise n’en demeure pas moins une ville au parfum provincial. On se gare dans la 3e Rue, juste derrière le Capitole. L’ambiance est détendue, la voirie n’en finit pas d’être large au milieu des immeuble bas…



On fait rapidement le tour du centre-ville à pied. Quelques immeubles en construction et des bâtiments originaux attirent mon regard, pour le bonheur des lignes.



Le midi, chez Five Guys, nous nous offrons un sac de frites mammouthéen. Nous rencontrons un jeune cadre commercial qui se fait un plaisir de nous décrire sa ville, ses travers, ses atouts. Il nous invite à visiter le quartier basque d’un autre œil. On repère des détails que nous avions zappés le matin. Et toujours ces murals qui animent les façades de toute ville américaine qui se respecte…



Plus loin, c’est la police qui attrape un jeune au sortir d’une arrière-cour.



Il est 16 heures. Le soleil tape fort aujourd’hui. Nous nous approchons de la place centrale de Boise, une rotonde et sa fontaine à la fraîcheur bienvenue, appelée The Grove. C’est ici que nous avons rendez-vous avec Debbie, une journaliste qui habite un quartier ouest de Boise, dont je lis assidûment le blog depuis sa création en 2008. L’occasion était trop belle, nous avions décidé depuis le mois de janvier de nous offrir une soirée ensemble. Pourquoi ce mercredi 31 juillet précisément ?... Parce que c’est la date du concert de John Pisano, un folksinger local que j’apprécie beaucoup, et des Derailers, un groupe de rockers déboulés du lointain Texas. Je les avais tous contactés dès l’hiver afin que nous puissions préparer cette rencontre au mieux. Voilà, nous y sommes !

Au fil des minutes, à l’approche de 17 heures, la place se remplit, bientôt blindée de monde, des enfants, des ados, des mamans, des papas, des anciens, tous à rire et à parler fort en sirotant des bières locales.



Debbie nous trouve grâce à son grand panneau en carton, sur lequel elle a écrit notre nom de famille au feutre bleu pour nous identifier. On tombe dans les bras l’un de l’autre. Elle ressemble exactement à la femme que j’avais imaginée. Rieuse, dynamique, and so cool… Tout de suite le courant passe entre nous !... Elle est venue avec sa fille, son mari ne pourra nous rejoindre qu’un peu plus tard, après le boulot. John Pisano s’installe, je vais le saluer ; c’est toujours un instant de bonheur intense. Je lui souhaite un bon show. Et c’est parti !...



Après un set d’une heure, tout en douceur et tradition western maîtrisée, John laisse la place aux Derailers. J’en profite pour parler avec eux. On se tape dans les mains. Rock’n’roll will never die. Pendant le changement de scène, le speaker annonce au micro que cette soirée n’est pas comme les autres, car The Grove accueille aujourd’hui une famille venue exprès de… Champagne, France, et de citer notre nom comme il peut en tendant le panneau de Debbie vers la foule !... Les gens nous congratulent comme si nous étions des invités de marque : surprenant, troublant même, surtout émouvant… Alors le rythme infernal s’abat sur la place.



Sur scène, la puissance de feu des Derailers est étonnante. Si je connaissais leurs albums, si j’avais visionné quelques vidéos sur le net, je n’imaginais pas que leur musique en direct puisse ressembler à une telle tuerie, avec le son de la Stratocaster parfaitement adapté à ce country boogie fortement typé texan.



A la fin du concert, on salue les musiciens. Dwayne, le mari de Debbie, nous a rejoints. Tous deux nous proposent une visite guidée de Boise. Alors, comme par magie, nous voilà entraînés dans des ruelles que nous n’avions pas vues le matin, et qui pourtant étaient bel et bien là, à deux encablures des trottoirs que nous arpentions en tous sens… D’abord, la superbe alley entièrement taguée, version hip & pop.



On y trouve d’ailleurs le maître qui trône sur le mur principal, mélange de peinture à carrosserie et de bouts de miroirs éparpillés sur les briques.



Dwayne et Debbie nous entraînent ensuite dans les sous-sols de la ville, au fond du Space Bar, un établissement interdit aux moins de 21 ans qui leur sert de repaire plusieurs fois par semaine, bière, bornes Arcade et parties de flipper à l’avenant. Ah oui, Dwayne est un malade mental du flipper !... Pendant ce temps, nos trois jeunes restent assis sur le trottoir, ils discutent mangas et Japon, passions communes des deux filles.



On remonte les artères jusqu’au Capitole, tout en beauté dans le soleil de fin d'après-midi.



Deux drapeaux flottent au vent, les Etats-Unis et le fanion noir, pour ne pas oublier un otage originaire de la ville retenu au Moyen Orient.



L’heure de dîner arrive vite. Les Américains tiennent à nous inviter dans une brasserie à la mode où ils ont réservé une table. Devant l’établissement, un drôle de véhicule attend les clients : tu te promènes dans les rues en pédalant, et plus tu appuies fort, plus la mousse coule dans ta chope, un truc de dingue !...



On s’installe dans la grande salle, sorte d’entrepôt rénové, au centre même de la brasserie. Debbie et Dwayne ont choisi de nous faire goûter 20 bières, au fil d’un succulent repas, clams, petits légumes, pizzas, raviolis, sundaes magiques…



Nous discutons longtemps de nos vies. Ce couple aisé nous dévoile un autre visage des States, urbain, sportif, artistique, à des milliers de miles des cowboys de Jordan Valley. On parle économie, actualité, voyages, rêves, musique aussi. Oui, le rock’n’roll reste un puissant catalyseur des amitiés humaines, ça c’est certain !...

L’obscurité envahit Boise. On sort tard de la brasserie, et l’on a bien du mal à se quitter. Demain, Debbie et Dwayne se lèvent tôt pour aller travailler. De notre côté, nous reprenons la route pour avancer vers Yellowstone. Embrassades, les gorges se serrent un peu. On a l’habitude. Devant nous, le Capitole de l’Idaho prend ses aises pour la nuit…



A deux pas de l’aéroport assoupi, notre motel est plongé dans le silence absolu. Normal, il est une heure du matin... Nous n’arrivons pas à trouver le sommeil. C’est souvent comme ça après une journée riche de rencontres et d’échanges chaleureux. Décidément, l’Amérique s’acharne à nous attraper par le cœur !...

… La suite dès que possible… On traversera ensemble le sud de l’Idaho pour atteindre Yellowstone…
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
TR Trois14 Globetrotter ·
Hello

Boise, capitale du "Potato State" !

L'Idaho est bien champêtre et agricole, et disons-le paysan, conforme à son surnon. Par contre, je n'avais jamais vu ou imaginé Boise comme cela, doté d'une telle vie, riche et plaisante.

JP 3.14
De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
YE YeahMax Regular ·
Oh Jean-Pierre !

"L'Etat de la Patate" est effectivement champêtre et agricole, comme tu dis, avec une sorte de calme et une insouciance qui nous ont beaucoup plu. Boise n'est qu'un gros bourg en réalité. Mais chaque mercredi soir, en été, les concerts gratuits sur la place centrale attire une foule considérable, avec l'occasion de faire de belles rencontres. Nous avons vraiment apprécié cette étape : amitié, musique et ambiance mi-urbaine, un joli cocktail que nous gardons en mémoire pour toujours...

Merci pour tes commentaires !
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
LI Lilevis Veteran ·
Bonsoir Max

Encore une belle rencontre. C'est sympa de découvrir Boise avec des personnes de la ville.
Croisière Spitzberg - Groenland Nord Est - Islande https://voyageforum.com/discussion/croisiere-spitzberg-groenland-nord-est-islande-d7660320/ Carnets de voyages et croisières http://www.carnetsdelili.fr/
YE YeahMax Regular ·
Du jeudi 1er au samedi 3 août 2013 : de Boise à Jackson, WY, en traversant le sud de l’Idaho.

Cette fois nous avons un peu de route devant nous, sans forcer le rythme puisqu’il s’agit d’atteindre Jackson pour le week-end, à peine 400 miles en trois jours, avant de passer la semaine prochaine dans Yellowstone. Pourtant nous nous levons tôt. Mon amoureuse en profite pour faire du vélo dans la salle de fitness, tellement fort qu’elle peine à rester debout pour rejoindre la salle du breakfast, c’est trop bête !... De mon côté, je mange peu car l’excès de frites et de bières d’hier me secoue encore le paillasson…

On attaque l’US 21 en direction de l’est vers 9h 30. Très vite, le paysage devient alpin, au sens géologique du terme, même si les vallées sont infiniment plus larges que celles des montagnes du Vieux Monde. On fait un arrêt à Idaho City, désormais village famélique alors que 35000 habitants s’y pressaient dans les années 1860 au moment de la ruée vers l’or ! On s’occupe du ravitaillement dans l’unique épicerie du lieu, dont le patron est venu passer six semaines en France en 1969, il s’en souvient comme si c’était hier et nous raconte tous les détails de son périple, jusqu’à la coupe de Champagne bue à la table N° 12 du Moulin Rouge…



La journée s’écoule entre la forêt profonde, où nous passons plus de trois heures à pique-niquer en observant les oiseaux et les écureuils, et les crêtes survolées par les aigles. On décide de passer la nuit à Stanley, au croisement des routes, dans un motel à l’ambiance western. Là, pour la première fois depuis notre départ de Seattle, il y a 23 jours, l’orage nous rattrape et la pluie tombe enfin. Certes, pendant à peine quarante-cinq minutes, mais l’effet est radical : les couleurs explosent et le sol nous enivre de ses parfums capiteux. On passe le reste de la soirée à discuter avec la propriétaire d’une curieuse librairie-taverne-boutique de mode, avant de rentrer grignoter dans notre vaste chambre en regardant la télévision : ce soir est diffusée une drôle d’émission sur des types qui vont récupérer dans des hangars, de nuit, de petits avions privés volés par des pirates du ciel…



Vendredi 2 août. Le soleil éclatant a repris du service. On remonte la vallée de la Salmon River. Partout nous croisons d’immenses tapis de fleurs et des barrières en bois, c’est le pays des cowboys.



Au-dessus de nos têtes, le ciel immense comme nulle part ailleurs, chanté depuis toujours par les musiciens de la country music.



Au cours de l’ascension, la vue s’élargit sur l’ensemble de la vallée. Nous prenons le temps de nous poser sur un rocher pour contempler le spectacle.



Nous atteignons Ketchum pour le déjeuner. Il s’agit de la station huppée des Sawtooth Mountains, popularisée par Hemingway, le cadre est joli mais la fréquentation un peu trop forte à notre goût. On mange, on fait le tour de la ville et zou, on passe notre chemin. En sortant du massif, on retrouve vite les paysages plus secs que nous aimons tant. L’air sent le poivre et la chaleur nous étreint, génial !



Notre étape du jour s’appelle Arco. Un petit point noir sur la carte du vide, le genre de lieu qui m’attire à mort. On opte pour le DK Motel : la propriétaire nous propose une sorte d’appartement à deux chambres et trois lits gigantesques, équipé de 28 prises électriques, le choix royal ! Comme à notre habitude, nous nous sommes installés tôt afin de pouvoir arpenter les deux rues de la bourgade et discuter le plus longtemps possible avec les habitants que l’on croise. On se couche tard. La nuit est fraîche, étoilée, tellement calme…



Samedi 3 août. Je me lève vers 7 heures pour photographier les environs d’Arco. La douce lumière du matin magnifie les reliefs et les nuances de beige.



Puis nous prenons la route du sud sur quelques miles pour aller visiter le site de Craters of the Moon, un Monument National rarement mis en avant dans les guides touristiques. Et pourtant, quelle découverte exceptionnelle ! Il s’agit d’un champ de lave qui émerge du désert blond, avec des arbres, des fleurs par millions, des coulées telluriques infernales…



Nous arrivons dès l’ouverture du visitor center. L’affluence est quasi-nulle aujourd’hui. Nous enchaînons les loops les unes après les autres, ébaubis par le paysage qui s’offre à nos yeux.



On grimpe sur un cône, le panorama est époustouflant. Dans la descente, on se croirait sur la lune, effectivement.



Au bout du compte, comme ce parc nous envoûte, on décide d’y manger le midi. Un bouquet de pins, une table, le silence alentour, et l’angle qui s’évase en direction du nord.



La roche prend ici des teintes anormales. On dirait un festival pyrotechnique sur pierre grise et noire.



Il est 14 heures. Aucun de nous n’a le courage de quitter le site. Alors on repart sillonner l’étendue de lave jusqu’à Indian Tunnel, un rondin de vide étiré sous le magma refroidi, avec des cicatrices à cœur ouvert lorsque la voûte s’est effondrée sous son propre poids.



La luminosité est aveuglante, et le ciel de l’Idaho trop pur !



Bien au frais sous la terre, on parcourt le corridor naturel en marchant doucement. Nous sommes seuls dans cette obscurité éphémère. On ressort à l’air libre en empruntant un éboulis. Rien à dire, méchant coup de cœur !



En milieu d’après-midi, nous quittons à regret Craters of the Moon. La route est d’abord tracée dans une plaine écrasée de touffeurs, avec quelques mamelons volcaniques qui émergent ça et là.



Puis le paysage s’anime au passage de la Snake River. On s’arrête à nouveau pendant presque une heure. Trop beau, trop cool, cet endroit !



Derrière nous, de belles collines mises en culture. Devant, les contreforts des Rocheuses. Nous remontons par l’Idaho 31 la vallée qui conduit à Jackson. Nous avons le temps, la chambre du soir est réservée depuis des mois.



Ayé, nous y voilà. Il est 20 heures. On peine un peu à trouver le Motel 6. C’est un gros cube de plusieurs centaines de piaules à faire du dollar, comme le reste de la ville blindée de touristes. D’un coup, la fréquentation est multipliée par vingt, par cent, par mille ! On s’installe dans notre chambre. Propre, mais minuscule. Chère aussi. Rez-de-chaussée intérieur, face à la petite piscine pourrie de jeunes qui crient leur joie d’être ici, dans toutes les langues. Pas encore la nôtre. Depuis que nous avons quitté l’aéroport de Seattle, il y a 25 jours, nous n’avons pas rencontré le moindre voyageur français ! Magie du Northwest. Enfin là, c’est cuit : nous savons que dès demain matin, le parler du bon Monsieur de Voltaire ne nous échappera pas. Il nous reste à espérer que la splendeur des lieux compensera ce retour à la foule qu’on apprécie peu…

… Dès que l’occasion va se présenter, je prendrai le temps de vous conduire avec nous dans Grand Teton National Park…
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
YE YeahMax Regular ·
4 août : un dimanche à la découverte de Grand Teton National Park

Cette fois, nous sommes dans le nid. Il y a des touristes partout, devant, derrière, avec une nouveauté qui n’est pas étonnante finalement : les hordes de Chinois. Colorés, appareils-photos greffés sur les paumes, rieurs et coupés du reste des humains, ils viennent juste consommer le paysage, comme on achète un paquet de donuts. Le Motel 6 de Jackson résonne du bruissement de tous ces voyageurs en transit vers Yellowstone. Nous quittons la chambre vers 10 heures sous un soleil radieux.

Aujourd’hui, nous avons inscrit le célèbre Parc de Grand Teton à notre programme. Nous avons décidé d’emprunter la petite entrée qui se trouve sur la route 390, plutôt en mauvais état, celle qui frôle Teton Village au milieu des étendues de graminées. D’un coup, la chaîne nous saute au visage.



On a beau l’avoir vu mille fois dans les guides, dans les livres, à la télévision, ce paysage reste très impressionnant lorsqu’on le contemple pour de vrai. En outre, la chance est avec nous : le ciel est clair, l’affluence réduite au bout du compte. Sur une aire de repos, notre fille sympathise avec un duo de bikers californiens hors normes...



Au fur et à mesure du trajet au long du parc, ponctué d’innombrables arrêts, on trouve des angles de vue charmants, les sommets alentour se reflétant dans l’eau vive des étangs.



On monte jusqu’à Colter Bay, où les Indiens Soshone sont mis à l’honneur durant tout le week-end. Cela nous permet de faire la connaissance de Debbie LaMère, une artiste qui sculpte de jolis bijoux dans des plaques d’argent et de cuivre brut. Demi-tour vers le sud pour aller pique-niquer sur une plage du Jackson Lake. Il fait chaud maintenant, et le lieu est désert : ça, c’est une surprise !



Puis nous musardons par les chemins. On grimpe même jusqu’à Signal Mountain, d’où la vue porte sur des dizaines de miles à la ronde.



En remontant dans le Chevy, on tombe sur notre première famille de touristes français et on discute un instant avec eux. Au bout de 26 jours de voyage, l’effet est curieux… Dans la descente du promontoire, de belles images surgissent au rythme des virages.



On explore aussi un ensemble de marigots envahis par les nénuphars.



Arrivés à South Jenny Lake, on embarque sur la navette qui traverse le lac. Vingt-huit dollars à quatre pour cinq minutes de traversée, ils ne doivent pas trop perdre d’argent... En contrepartie, l’arrivée au pied des montagnes s’avère splendide.



On enchaîne sur une randonnée forestière qui nous conduit à notre point de départ en longeant la rive orientale du lac. Des larges ouvertures dégagent régulièrement la vue sur l’ensemble de la région.



Les mule deers nous accompagnent, bien entendu.



On flâne au bord de l’eau. On se trempe les pieds. Au final, alors que nous craignions de devoir marcher en procession au milieu des visiteurs, nous sommes seuls. Oui, seuls dans le Parc de Grand Teton le premier dimanche du mois d’août !...



En fin d’après-midi, nous rallions Jackson. Visite de la ville, infiniment moins fréquentée que la veille au soir. Les façades expressément western style sont belles, mais surfaites. Ici, tout est fabriqué pour (ac)cueillir les voyageurs des quatre coins du monde. Les prix sont supersoniques.



Et les cowboys n’ont qu’à bien se tenir !



Nous rentrons au Motel 6 à la mort du jour et nous mangeons la Pizza Domino sur une table en plastique du patio intérieur. La piscine est presque vide aujourd’hui. Nous nous couchons tôt, ratatinés par cette journée de promenade en altitude, au grand air et sous le soleil cuisant. La nuit va être réparatrice… Mais là, partout, à chaque étage, on entend des gens qui s’interpellent en français...

… Maintenant Yellowstone ne se trouve plus qu’à un jet de pierre. Nous sommes parés pour une semaine complète de festival naturel. Je vous en parle dès que je trouve une fenêtre dans mon planning…
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
IT Itat Globetrotter ·
Hello

Superbes photos de Grand Teton, ma favorite étant celle que tu as prise au point de vue de Oxbow Bend.

Et maintenant place au Yellowstone 😉
YE YeahMax Regular ·
Merci, Thibaud, je ne suis pourtant pas un grand spécialiste de la photo, tu sais. Je fais de mon mieux, mais je suis plus à l'aise avec les mots qu'avec les images pour exprimer ce que je ressens, même si rien n'est jamais gagné d'avance...

D'ailleurs, me voilà bien embêté pour parler de notre petite semaine à Yellowstone. Y'a déjà tellement de sublimes carnets qui mettent le lieu en valeur, dont le tien (celui qui retrace ton parcours de 2012)... Je crois que je vais faire un résumé sommaire, agrémenté seulement de quelques clichés, juste balayer les sensations générales pour ne pas faire redite avec les guides, les livres, les sites, les reportages des autres Voyageforumers !...
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
DA Danfranc ·
Non, non, je ne suis pas d'accord pour un résumé sommaire.

C'est vraiment très agréable de lire votre prose illustrée par de belles photos et je pense que nous sommes nombreux, silencieux, à attendre une suite détaillée de votre aventure dans le nord ouest américain.

A vous lire longuement, donc.
Danielle
MA Maguiloma Regular ·
Bonjour Max,

Je me joins à Danielle pour une suite détaillée !
"De la France vers l'Allemagne en passant par les USA" http://maguiloma.blog4ever.com

L'Ouest américain autrement: de Seattle à San Diego : https://voyageforum.com/v.f?post=4511252;page=unread#unread
IT Itat Globetrotter ·
Tu fais comme tu le sens, mais le ressenti de chacun est différent. Et ton récit très agréable à lire 😉
PE Peggy16 Globetrotter ·
Bonjour Max,

Je me joins à Danielle pour une suite détaillée !

+ 1
LI Lilevis Veteran ·
Hello Max

Merci pour la suite, très belles photos de Grand Térons NP. Comme tout le monde j'attends maintenant la suite sur Yellowstone
Croisière Spitzberg - Groenland Nord Est - Islande https://voyageforum.com/discussion/croisiere-spitzberg-groenland-nord-est-islande-d7660320/ Carnets de voyages et croisières http://www.carnetsdelili.fr/
CA Calisson94 Veteran ·
Bonsoir Max,

Voilà ce que c'est de nous régaler d'un magnifique carnet, nous attendons tous un peu plus qu'un résumé sommaire du Yellowstone ... Par contre, je suis curieuse de voir comment vous avez navigué dans la foule Yellowstone, vous les amoureux des étendues désertes ....
YE YeahMax Regular ·
Du lundi 5 au samedi 10 août : une petite semaine dans le parc de Yellowstone.

Rien à faire, Yellowstone c’est le mythe absolu. Gamin déjà, j’en rêvais en feuilletant Tout l’Univers, je veux dire la première édition, celle où chaque illustration était dessinée à la main. Puis nous avons accumulé les voyages aux Etats-Unis sans jamais prendre le temps de pousser l’itinéraire jusqu’à ce coin fantasmé du Wyoming. Il faut dire que le parc se trouve isolé, loin de tout, enfin loin de toutes les autres grandes attractions naturelles de l’Ouest. Cette année, nous avions conçu le trip avec Yellowstone dans la ligne de mire : ce qui fut dit fut fait... Et sacrément bien fait : bon sang, comme ça vous retourne la tête, un engin pareil !... Reste que je ne vais pas présenter la merveille avec mes pauvres photos, quand tant d’habitués du Forum ont déjà réussi à nous envoûter par leurs récits détaillés, illustrés en splendeur et pétris de conseils affutés. Non, j’ai opté pour une évocation thématique, en fonction de ce qui nous a le plus touchés.

1) L’INSTANT DE GRÂCE : la rive nord du Lac Yellowstone et la Buffalo Bill Scenic Highway.

Avouons qu’une crainte nous étreignait à propos de Yellowstone en plein été : l’affluence. Autant le dire tout net, il y a du monde, beaucoup de monde, trop de monde sur la plupart des sites. Nous le savions par avance. Mais nous avons réussi à éliminer la vision des cohortes de touristes enchapeautés en nous concentrant sur l’essentiel, à savoir la féérie naturelle de la place. Et puis, mine de rien, nous avons passé une journée exceptionnelle sur l’US 20, celle conduisant à Cody, et sur les sentiers qui la bordurent. Une journée presque seuls au monde, le vendredi 9 août.

Devant le ciel menaçant du petit matin, on a préféré ce jour-là ne pas trop nous éloigner de notre base du Canyon Campground, direction la rive nord du Lac Yellowstone. En quelques minutes, à mesure que nous avancions vers le sud, le ciel s’est dégagé, mêlant de grosses nuées noires à d’étincelantes plaques de bleu argenté. Le paysage prit immédiatement des teintes irréelles qui nous accompagnèrent jusqu’au soir. Dès notre arrivée au bord de l’eau, après Mary Bay envahie par les canards, nous étions débarrassés des visiteurs. Le pacage des roseaux prenait le pli du Canada, sans un bruit, sans un cri.



Nous avions le lac et ses berges rien que pour nous, l’air était doux et de lourds parfums de violette flottaient sur les versants. Nous avons passé deux bonnes heures à écouter le clapotis des vaguelettes contre la plage de graviers, évaporés, perdus, ici et ailleurs en même temps.



Après le pique-nique, le ciel à nouveau s’est chargé de nuages sombres. Un orage explosait au loin, tout près, pas encore sur nous. Dantesque sur le plan visuel, mais sans vent, étrange et fascinant, le paysage nous a happés vers la sortie Est du Parc, par la Buffalo Scenic Highway. Dans la montée du col, impossible de faire autrement : stopper le Chevy, descendre, emprunter le premier sentier venu, fouiller le ventre de la forêt, un immense moment d’émotion forte. Très forte.



Au bout du compte, la pluie a refusé de nous rattraper. Nous avons dégusté la haute vallée, seuls sur les chemins, jusqu’à la tombée de la nuit. Au retour le lac Yellowstone scintillait des milles reflets de l’astre, ses rives mordorées piquetées de fumerolles bouillantes, quelle classe !...



Avec le recul, toute la famille s’accorde à dire que cette journée fut le point d’orgue de notre semaine yellowstonienne. L’association du ciel infernal, des odeurs pimentées, des plages de rêverie, de l’eau vive, et surtout du calme, loin de la foule et des files de voitures, tout ça nous a bouleversés. Comme au plus profond d’un film en Technicolor.

2) LE FESTIVAL DES COULEURS, JUSTEMENT !

Question couleurs, notre ami Le Spartiate attestera jusqu’à la mort que la roche rouge de l’Utah constitue le Graal du passionné de l’Ouest. Je veux bien le suivre sur le plan du dépaysement radical, mais pour avoir sillonné les rives du fleuve Colorado pendant des semaines et des semaines, je ne peux m’empêcher d’évoquer l’effet doublon : au bout de quelques mois dans le Southwest, la pierre et la poussière et l’orangé risquent d’engendrer la monotonie, aussi éclatantes que soient les teintes. Tandis qu’à Yellowstone, le sublime réside dans l’arc-en-ciel et l’éphémère.



Du sang jusqu’à l’os, de l’encre au vermillon, de l’herbe à l’azur, c’est le carnaval perpétuel, tu passes de la vie à la mort en un battement de cil.



J’ai souvent eu l’impression, durant cette semaine dans le parc, de ne plus percevoir la réalité telle qu’elle existe. Les trois dimensions de notre univers ne suffisaient pas en quelque sorte. Comme devant ce gouffre béant qui réinterprète le ciel dans les entrailles de la Terre…



Il s’agit bien là de la force unique de Yellowstone, ce pouvoir de nous plonger dans les songes d’un simple coup d’œil. A chaque arrêt, je profitais de ma sidération pour prendre des notes, au cas où. Je suis convaincu d’une chose : ce genre d’instants ne doit pas être pris à la légère. A Mammoth par exemple, la forêt incendiée se tient debout, les pieds dans la neige. Or aucun arbre n’a pris feu et la montagne n’a pas reçu le moindre flocon. Tout est faux, tout est vrai. J’adore ces lieux qui tirent à bout portant sur nos certitudes.



Plus loin, un tapis de velours apaise la rétine. Une demi-heure, pffff, trop court pour profiter des berges du torrent voyageur…



Bien sûr, mon propos n’a rien d’original. Tout visiteur du parc répète la même chose en contemplant les terrasses pétrifiantes ou l’insondable mystère des eaux multicolores. Car ici, c’est indéniablement la lumière qui règne en maîtresse tyrannique.



3) LA HARGNE DE LA NATURE.

Yellowstone nous a permis aussi d’éprouver la puissance infinie de la planète. On sent, non, on sait que le Diable est là, tapi sous la cendre, tout près de nous. Alliance du souffle et du sérum, fumées claires, eaux cristallines, la vie carbure à pleins poumons sous la semelle de nos godillots.



Je n’avais jamais vu de geysers de ma vie. Il y en a des petits, des gros, des violents, des teigneux, des souples, des ridicules. La déception, finalement, ce fut peut-être Old Faithful. Tout y est cadré, la foule parquée sur ses rangées de bancs en bois, les parkings sont surdimensionnés, avec le marketing outrancier, même si le jet prend des allures versaillaises, évidemment…



On n’oublie pas le canyon éponyme, « pierre jaune », que nous avons beaucoup aimé. Rive nord, rive sud, son visage est un peu partout le même, mais le panorama reste somptueux. On dirait qu’un peintre impressionniste est venu installer son chevalet sur la tenture terrestre et hop, qu’il s’est lâché sans réfléchir !...



4) LA VIE DES ANIMAUX.

Impossible de quitter Yellowstone sans avoir en tête l’image de l’élan, du bison, de l’aigle, de toutes ces bestioles chez qui l’on vient de séjourner. Nous y avons croisé la gamme complète des grands mammifères d'Amérique du Nord. Sauf l’ours, voilà notre micro-regret formel… Enorme avantage que de pouvoir s’inviter ainsi à la table de la faune originelle. Jamais chassés depuis un siècle et demi, les animaux ici ne craignent pas l’homme. Ils nous observent sans broncher et se glissent tranquillou entre les voitures.



La silhouette de l’antilope se découpe sur le ciel du Wyoming, comme si elle guettait le clic-clac de mon appareil-photo.



Les grands cerfs se reposent dans les hautes herbes en attendant le coucher du soleil.



Jusqu’au loup qui fait le malin en sortant du bois, seul au milieu de la clairière…



5) DORMIR, BOIRE, MANGER, ET FRÔLER PLEIN D’HUMAINS…

Ayant convenu de camper durant cette semaine à Yellowstone, nous avions réservé un emplacement au Canyon Campground dès le mois de décembre 2012, en précisant le nombre de tentes et les dimensions du véhicule. Nous avons été servis comme des princes : le site était vaste, doté de deux replats sous les arbres, isolé des voisins mais pas vraiment, avec une grande table et le firepit habituels.



Question matériel en revanche, heureusement que nous sommes équipés de bons duvets et de pyjamas polaires : 2°C au lever du jour, ça ne pardonne pas si tu dors dans une pelure d’oignon. Pour le reste, aucun souci technique ni météorologique, sacré coup de bol !... Ah si, juste un orage qui s’est abattu sur le camping en plein milieu de la journée alors que nous visitions la Vallée de Lamar, le jeudi 8 août, et qui a noyé nos vieilles tentes par le fond, les tapis de sol hors d’âge étant devenus tout poreux. J’ai poussé quelques gros (enfin énormes) mots en découvrant le carnage à notre retour, et nous avons dû foncer à la laundry faire revenir nos duvets à la douceur en les passant dans le sèche-linge, acheter des couvertures de survie en catastrophe, puis manger ce soir-là sous le auvent du General Store pour éviter les rafales glacées descendues des sommets… Rien de grave, évidemment, une bonne bordée de blagues nous a redonné le moral en un coup de cuillère à pot !

Sinon, le ravitaillement ne pose aucun problème dans le parc, qu’il s’agisse de nourriture ou de carburant. Sans oublier les bars, les restos. Mais les prix brûlent les yeux et fatiguent le porte-monnaie.



Pour finir, il faut évoquer la fréquentation de Yellowstone. Fort d’une réputation hors norme, situé tellement haut dans le pays, obligeant les touristes à se fixer sur place, ce parc est nécessairement bondé durant la période estivale. Nous n’avions pas l’habitude de croiser autant de monde pendant six jours d’affilée. Certaines promenades ont même perdu de leur attrait à cause des hurlements de groupes déchaînés. Là, pour le coup, la langue française redevient naturelle, on avance en chœur avec nos compatriotes vers la cascade ou le geyser de la mort qui tue… Au final, nous l’avons bien vécu car le parc propose un dernier atout qui atténue l’impression de surpopulation : l’immensité. Avec une surface totale de presque 9000 km2 et 1300 miles de sentiers de randonnée, le flot des visiteurs se fluidifie dès que l’on sort des spots de catégorie mondiale. Ainsi, chacun peut trouver son petit éclat de bonheur, quels que soient ses goûts et ses couleurs préférés.



Le bilan est facile à tirer : MO-NU-MEN-TAL ! Yellowstone est entré en nous comme la vie coule sur les pentes des rocheuses. Visiter ce carré de sauvagerie est une expérience inoubliable, que nous renouvellerons volontiers dès que l’occasion se présentera. Car on s’y est senti trop bien, libres et minuscules, perdus, retrouvés, comme à la maison, et pourtant presque plus sur la Terre…

… Maintenant, nous allons rebrousser chemin vers l’ouest pour regagner Seattle et la Côte Pacifique en douze jours, un trajet ponctué de deux rendez-vous importants avec d’autres Américains. Promis, juré, je vous raconte la suite dès que possible, as usual…
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
DA Danfranc ·
Et voilà ! Merci 🙂.
Danielle
PE Peggy16 Globetrotter ·
Très bien écrit, comme toujours ! Après un tel bilan, j'ai encore plus hâte 🙂
KI Kinousam Veteran ·
Eh oui... en en plus de l'écriture qui est un délice, les photos n'ont pas grand chose à envier à celles d'autres carnets 🙂
- http://kinouworld.free.fr - http://kinouworlds.blogspot.fr/ : Californie-Oregon 2014 / Southwest Loop 2016 / Four Corners 2018 et plus encore
IT Itat Globetrotter ·
Superbe et si bien raconté!

Que Spartiate puisse te lire 😏
LE LeSpartiate Globetrotter ·
Salut ITATstone,

Superbe et si bien raconté!

Que Spartiate puisse te lire 😏

On me cherche, on me trouve 😛

Je viens de commencer le carnet : trop de vert 😏

@+ le spartiate
Tout ce qui ne vous tue pas , vous rend plus fort !!
IT Itat Globetrotter ·
Commencer? T'es pas au Yellowstone encore alors. Il n'y a pas que du vert là-bas 😛
LE LeSpartiate Globetrotter ·
Il y a beaucoup à lire et à contempler. De plus, je suis en train repérer un trail qui n'est pas facile à mettre au point, car beaucoup de contradictions et d'infos à croiser. Je ne mets pas de photos ici, car je suis au milieu de la secte des grands adorateurs du Yellowmachintoovert 😛

T'es pas au Yellowstone encore alors. Il n'y a pas que du vert là-bas

Non, je garde le pire pour la fin 😛

@+ le spartiate
Tout ce qui ne vous tue pas , vous rend plus fort !!
LE LeSpartiate Globetrotter ·
Salut Max,

Belles photos d'endroits méconnus et un beau récit , je dirais même: une belle narration !

Bravo !

@+ le spartiate
Tout ce qui ne vous tue pas , vous rend plus fort !!
IT Itat Globetrotter ·
Salut Max,

Belles photos d'endroits méconnus et un beau récit , je dirais même: une belle narration !

Bravo !

@+ le spartiate

Ahhhhh tu vois quand tu veux 😛 😉
LE LeSpartiate Globetrotter ·
Salut ITATstone,

Attends ! Je ne suis pas arrivé au Yellowmachintoovert 😛

Mais il faut être honnête: C'est un beau carnet ! mais bien trop vert pour moi !

@+ le spartiate
Tout ce qui ne vous tue pas , vous rend plus fort !!
YE YeahMax Regular ·
Du samedi 10 au lundi 12 août : de Yellowstone, WY à Spokane, WA.

Ce samedi est un jour symbolique : pour la première fois depuis un mois, nous allons suivre la boussole vers le couchant. Oui, le retour se profile bel et bien sur les îles du Puget Sound… Après avoir fait traîner le remballage du matériel, on a décidé de s’offrir un dernier pique-nique dans Yellowstone, tous les quatre allongés sur l’épaisse pelouse du Visitor Center de Mammoth pour profiter du soleil éclatant. Puis on attaque la route. Peu d’arrêts sont prévus jusqu’à Seattle, excepté Spokane et Wenatchee auxquelles on a réservé deux journées complètes, mais on se laisse tout de même le loisir d’étirer le temps si un lieu nous surprend et veut nous retenir. On a choisi d’emprunter l’autoroute 90, la classique des classiques, qui nous pousse de Bozeman à Butte, l’incroyable ville née des mines de cuivre au XIXe siècle. Nous poursuivons notre chemin, avec Drummond dans le viseur, le genre de bourgade inconnue bien tentante pour passer la nuit. Il est 18 heures, le bon moment quand tu cherches un motel. Un samedi soir : ça, nous ne l’avions pas intégré !... Trois établissements, évidemment tous pleins, archi-pleins… Et comme le ciel est devenu menaçant, que la prochaine ville se trouve loin et que les minutes défilent à la vitesse du vent fou, on va camper. Direction le Drummond City Park, de l’autre côté des voies ferrées. Il s’agit d’une vaste esplanade herbue, avec des emplacements gigantesques taillés sous de grands arbres. Tu t’installes où tu veux, comme tu veux, tu glisses 10 $ dans le nourrin, que l’employé municipal viendra relever au début de la nuit. J’ai toujours adoré la simplicité et le parfum du camping aux States. Ce soir, trois lots sont occupés : des personnes du Dakota du Nord en visite familiale, un couple de cowboys qui se rend à un rodéo, pis nous.



On discute un peu avant de filer manger « en ville ». Enfin, dans le seul resto de la place, The Wagon Wheel, installé sur Mainstreet. Cette affaire est tenue par des filles. Accueil grandiose pour les Frenchies à l’accostage, au milieu des gens d’ici : les steacks de poulet sont larges comme des pneus de tracteurs, tendres et parfumés, arrosés d’une bière glacée et suivis de l’incontournable tarte aux pommes, plus moelleuse et plus goûteuse que celle de Caroline Ingalls ! J’adore ces endroits qui te font sentir comme à la maison, où tout est facile, naturel, joyeux aussi. Bonne franquette, nappes cirées, décor sobre, bref de quoi apprécier l’essentiel et le fondement du voyage : la chaleur humaine, tout simplement.



Fidèles à notre habitude, nous arpentons ensuite les deux rues de Drummond dans le noir. Rien à voir en fait. L’ambiance est sinistre, mais prenante. Mmmmhh, ça sent trop bon l’Ouest du fin fond… Nous rentrons nous coucher. Demain, objectif Spokane.

Dimanche 11 août. La nuit fut plutôt mauvaise, hachée par le va-et-vient incessant des trains de l’Amtrack qui sonnent et qui sifflent à tout bout de champ… On plie sous un étrange ciel plombé, chape de nuages anthracite piquetée seulement, en filigrane, par le disque rosé du soleil.



Le breakfast est vite avalé à la station-service de Drummond, et zou !... Nous voici sur la Highway 90 West. On s’accorde une première pause matinale au Gift Shop de Silver Dollar, une grosse arnaque à pimpins, puis une seconde pour déjeuner dans le parc public de Kellog, face à la piscine municipale, jouxtant le monument érigé à la mémoire des morts au combat pour l’honneur des States, pour la liberté et pour la paix, un carré de gazon orné… de quatre répliques de missiles nucléaires intercontinentaux !... J’aime quand l’Amérique ne voit même pas qu’elle patauge dans ses propres contradictions… Au début de l’après-midi, nous atteignons le but : Spokane. L’installation au Motel 6 est vite réglée, accueil vaporeux, service basique, entretien à la va-comme-je-te-pousse, mais il faut avouer que c’est vraiment bon marché ! On peut donc sortir en ville…



La skyline du centre est dominée par les deux cheminées de briques d’une ancienne usine donnant un p’tit côté Pink Floyd, période Animals, à l’ambiance générale. Sans avoir l’air d’y toucher, l’agglomération de Spokane concentre tout de même 210000 habitants sur les berges du fleuve, ce qui en fait le deuxième ensemble urbain de l’Etat du Washington.



Immédiatement je me suis senti bien dans ces rues, patchwork de vieux et de moderne, de brique et de béton, d’eau et de verdure. Tous les cinquante mètres s’ouvrent des perspectives sur les alleys que j’affectionne tant.



Les murals rappellent que la musique a sa place dans la cité. Blues. Rock’n’roll. Jazz aussi.



Plus loin, on croise la marque des studios d’enregistrement, puis les boutiques de déstockage où je vais passer des heures à chercher la pièce rare…



Sinon, on ne peut pas dire que Spokane soit une jolie ville. Presque personne ne vient la visiter. Peut-être est-ce la raison pour laquelle nous l’avons tant appréciée. Dans la foulée, on a décidé d’y rester toute la journée du lundi 12 août… Pour admirer la façade du Davenport, un must de l’hôtellerie de luxe, considéré comme l’un des établissements les plus cotés de la façade Pacifique des Etats-Unis. Un ensemble hors-norme sorti de terre en 1914 sous la houlette de l’architecte local Kirtland Cutter. Remarquez, le bestiau a de l’allure !...



Pour faire aussi quelques achats compulsifs dans l’immense centre commercial dressé sur huit niveaux, dont les verrières mettent en scène le sud du Downtown.



Les concepteurs ont jeté des passerelles de plexiglas entre les immeubles, et ça brille, et ça fleure bon l’urbanité qui veut rester dans le coup, après l’honneur fait à la cité d’accueillir l’Exposition Universelle de 1974 !...



Il reste de cette gloire passée des jardins de sculptures qui égaient les lacs et les croisements d’avenues.



Même les gosses s’y retrouvent en s’amusant sans retenue dans des structures géantes.



Spokane offre deux autres attraits : les espaces verts, très étendus en plein centre-ville, et la présence de l’eau, mais attention, de l’eau sauvage comme celle d’un torrent dévalé des hautes crêtes !...



Un monstrueux incendie a ravagé l’ensemble des immeubles en 1889. Vite rebâtis, les plus anciens d’entre eux arborent toujours les habituelles descentes d’escaliers d’urgence en acier, côté arrière-cours.



A la fin, j’aime Spokane. J’y ai trouvé ce que je cherche dans la ville : une âme. Ce mélange coloré qui allie le normal, la routine, la laideur du pragmatisme à l’américaine, des flashes de fulgurance esthétique, un goût prononcé pour la nonchalance, des hommes et des femmes ouverts à la nouveauté. Et le bastringue des locomotives qui déferlent au milieu des rues, comme en apesanteur…



Quand le jour luit sur le bitume, les clichés sautent aux yeux du visiteur qui sillonne les bouts de la ville à l’abandon. Superbes.



En discutant avec des clients américains, on a découvert l’existence d’un lieu à l’écart, cependant très proche du motel : Le Finch Arboretum. Il s’agit d’un immense parc, îlot de fraîcheur coincé entre la Highway 90 et Sunset Avenue, avec des pelouses taillées au cordeau, des végétaux en provenance de toutes les contrées tempérées, des espaces sauvages, des arbres de taille cyclopéenne. Très belle surprise. Seuls au monde, évidemment.



Après avoir moissonné quelques Cds supplémentaires dans la banlieue nord, avalé l’ultimate omelette chez Denny’s, nous avons tenu à revenir sonder le centre à la tombée de la nuit.



Les constructions et les bruits prennent un visage neuf dès que le soleil a disparu. Il fait chaud ce soir. Si le ciel noir de jais est débarrassé de ses étoiles, l’électricité de son côté veille au grain.



Nous rentrons dans nos appartements vers minuit. Transfert des photos du jour sur le petit ordinateur de voyage. Une brindille de lecture. Les comptes à tenir, bah, de très loin... Toute la famille aurait aimé rester ici un peu plus longtemps. Notre fille évoque un éventuel retour, un jour, bientôt, dans le cadre de ses études. Les rues sont obscures. Il y a du vide, des pauvres hères qui quémandent un dollar au coin de Riverside Avenue. Il y a des bars bondés d’où sourd la musique rock. Spokane à demie-éclairée, pourtant prête à donner la vie.

… Demain, nous avancerons à nouveau vers l’ouest, direction les plaines à grains du Washington et les abords de Wenatchee. Rendez-vous dès que possible, comme d’habitude...
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
DO Dolma Globetrotter ·
Bonjour,

Un carnet sur les USA en photos (jusque-là rien d'original 😏) mais aussi et surtout un "carnet en mots" ne peut que me ravir ! Et là, je suis ravie. C'est un vrai plaisir de découvrir ce voyage sous ta plume. Une écriture qui me parle 🙂. Merci beaucoup.

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
YE YeahMax Regular ·
Merci, Dolma. Moi non plus je n'ai jamais conçu le voyage sans l'écriture, même à deux pas de la maison. La route, le paysage, l'orage, un ciel de traîne, les bruits du marché, les gens tout autour, voilà des millions de sensations que j'aime transcrire en mots. Pas toujours bien choisis, pas toujours élégants, boiteux ou malmenés, ils sont là. Je viens de lire quelques uns de tes textes sur ton blog, c'est pile ce que j'adore !... Hop, épinglée en favorite la petite Vagabonde !... A bientôt...
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
PA PapJ59 Globetrotter ·
Hello Max,

Pour nous c'était en 2012 (sur les conseils de l'Ami Zitounet...) avec un long détour qui se mérite !

http://blogs.crespel.me/usa2012/2012/08/14/

Et le même arbre déplumé, son cousin, et un contorsionniste en PJ.

Bien impatient de te lire à propos du Yellowstone. Cordialement. Jean.





4 fois en Camping-car: Parcs US - NewMex - Yellowst - Louisiane. http://blogs.crespel.me/usa2009/ http://blogs.crespel.me/usa2011/ http://blogs.crespel.me/usa2012/ http://blogs.crespel.me/usa2013/ Andalousie, Bretagne, Corse, Provence, Sicile, Toscane, villes d'Italie. sur : http://blogs.crespel.me/
PA PapJ59 Globetrotter ·
Hello,

Depuis tout à l'heure j'ai eu le temps de lire "ton" Yellowstone.... et c'est du même tonneau (normal... La Champagne !).

Quel chouette récit.

Dans un autre style, si tu as zappé mon bonus 2013 (murals), le voici:

http://blogs.crespel.me/usa2013/annexes/bonus-fresques-et-decors-muraux/

à + Jean.
4 fois en Camping-car: Parcs US - NewMex - Yellowst - Louisiane. http://blogs.crespel.me/usa2009/ http://blogs.crespel.me/usa2011/ http://blogs.crespel.me/usa2012/ http://blogs.crespel.me/usa2013/ Andalousie, Bretagne, Corse, Provence, Sicile, Toscane, villes d'Italie. sur : http://blogs.crespel.me/
YE YeahMax Regular ·
Yeah Jean !

Merci pour les clichés complémentaires de Craters of the Moon. En ce qui concerne tes photos de murals, je les avais déjà regardées sur ton blog. J'aime beaucoup la façon de mettre en scène les musiciens sous ces couleurs tranchantes. Tu as compilé là une bien belle collection !...
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
YE YeahMax Regular ·
Mardi 13 et mercredi 14 août : la traversée des plaines du Washington, de Spokane à Wenatchee.

Tiens, le soleil brille encore : c’est notre copain câlin depuis trente-cinq jours mine de rien, si l’on excepte les deux heures de pluie reçue à Stanley dans les montagnes Sawtooth. On convient que visiter le Northwest dans ces conditions s’apparente à un coup de bol extraordinaire !... On en profite pour charger le Chevy par la fenêtre de la chambre, le coffre collé direct au pied des pistes. A neuf heures tapantes, on grimpe dans l’auto et je mets le contact. Puisque nous ne sommes pas pressés, nous avons choisi, pour rallier Wenatchee, de délaisser l’autoroute au profit de la vieille US 2. Bien sûr tu ne peux pas dépasser le 55 à l’heure sur ces nationales désuètes, mais au moins le terroir et les gens y sont à portée de main. Dès la sortie de Spokane, le paysage change : la plaine mamelonnée s’étale jusqu’à l’horizon, des parcelles, des parcelles gigantesques à perte de vue, dans toutes les directions, qui prennent parfois des faux-airs de notre Champagne céréalière. Cependant, à bien y regarder, certains signes ne trompent pas, comme cette carcasse de camionnette qui rouille en plein champ à une encablure de la tôle surchauffée des silos à grains.



Notre découverte du jour, c’est Davenport. Siège du Comté de Lincoln, à peine 2000 habitants en comptant les animaux domestiques, c’est la bourgade rêvée pour le chasseur de vide. On gare notre véhicule sur le parking poussiéreux du Cowboy Café : au premier abord, on croit être arrivé devant une machine à remonter le temps !...



Nous faisons le tour du bâtiment, garni comme un mémorial du Wild Wild West. Il y a des pièces de collection partout, devant, derrière, sur les côtés, des carrioles, de la vaisselle, des meubles, des outils du siècle d’avant, entassés pêle-mêle sous le patio de bois. Un antique modèle de Chevrolet lance un clin d’œil malicieux à notre Equinox tout droit sorti des chaînes de montage.



Nous entrons enfin dans le refuge des cowboys. L’intérieur nous ramène d’un bond à l’époque des pionniers, lorsque cette partie du Washington n’était encore qu’une lande informe couverte de boules de sauges et d’épineux hostiles. Nous sommes accueillis par Kimberly, propriétaire du lieu avec son mari. Souriante, volubile, elle nous montre un à un les objets plus ou moins rares qui envahissent les salles de leur établissement. C’est une collection exceptionnelle qui fait de ce bar une rotonde hybride, à mi-chemin entre le road café traditionnel et le musée régional. Bien installés au frais, tout en discutant avec Kim, nous sirotons une sucrerie et passons finalement deux bonnes heures à évoquer le passé de Davenport.



La conversation est ranimée sur le pas de la porte en compagnie des anciens de la ville. Ils ont connu les années de gloire de l’après-guerre, les crises du surendettement, le yoyo des prix du blé, le temps de la machine à bras et maintenant la mécanisation à outrance du travail de la terre. Une fois de plus, nous sommes pris au piège de la vraie vie. Nos interlocuteurs sont intrigués. « Vous devriez descendre plutôt à Grand Canyon, il n’y a rien à voir ici ! » Vous voulez rire !... Nous sommes obligés de leur dire qu’ils se trompent. On argumente, on explique d’où l’on vient. Ils nous montrent la rue, large comme un fleuve, les cubes de plastique dans lesquels ils vivent. Le soleil cogne comme un malade ce midi. Leur plaine devient un enfer, les couleurs nous fascinent, les mots se font plus tranchant, plus durs, plus profonds aussi. Pour conclure ils avouent leur fierté d’être de Davenport. Alors nous rions ensemble de tout et de rien.



Nous relançons le Chevy vers Wenatchee, au milieu des cultures de froment et de tournesol. La monotonie des platitudes nous gagne, têtue, obsédante, altérée seulement par les changements de teintes. Blond, vert, ocre, bleu. De place en place, on comprend que cet espace a parfois bousillé les hommes, même les plus valeureux. Un jour vivant, le lendemain tu es mort.



Ici, c’est un autre settlement abandonné qui attire notre regard sur le bas-côté de la nationale. Nous stoppons la voiture pour nous imprégner des odeurs d’autrefois. Oui, ça sent le labeur, l’espoir infini, la violence de l’échec, le départ. Pour toujours.



Au-dessus de nos têtes, le ciel apaise l’esprit. Les défricheurs du Farwest ont perdu la partie, mais les copeaux de leur rêve composent une toile impressionnante pour les visiteurs naïfs que nous sommes…



Il est tard, après-midi bien entamé, lorsque nous nous arrêtons à la marina de Coulee City pour pique-niquer. Tout à coup la plaine est derrière nous, l’eau sous nos yeux, tandis que le vent se lève et charrie des langues de poussière beige entre les arbres.



Dans la rue principale on découvre un autre beau mural sur le bâtiment attenant aux bureaux de la poste. Un vieil homme m’a aperçu en train de prendre la photo : il s’arrête à ma hauteur et me propose d’aller rencontrer le peintre qui a réalisé l’œuvre, il habite au coin du bloc. Cette fois, nous déclinons l’offre car on veut atteindre Wenatchee avant ce soir…



En chemin nous descendons au fond d’une vallée à sec, taillée dans une mesa grandiose.



Plus loin, il n’y a plus que du ciel. Quelques nuages perdus. La terre surchauffée. Comme dans un tableau surréaliste qui mettrait en scène un monde soulagé des humains.



Nous atteignons la vallée de la Columbia en fin d’après-midi. La température ne veut pas retomber, flirtant aujourd’hui avec les 35 degrés. Mon amoureuse et moi retrouvons en quelques secondes les sensations de notre jeunesse, lorsque nous parcourions cette route à vélo il y a tout juste dix-neuf ans. Les mêmes coloris intenses, la même odeur de foin et de sol calciné, âpre et douce à la fois, le même rideau de fraîcheur vaseuse remontant par moments des berges du fleuve.



Nous entrons dans Wenatchee un peu avant 18 heures. En franchissant la Columbia, les souvenirs jaillissent de toutes parts. Le pont articulé n’existe plus mais l’atmosphère de la ville n’a pas changé. Regardez, oui, regardez ce passage à l’ancienne et à bicyclette : c’est une photo d’archive prise en août 1994…



On choisit une chambre à l’Econolodge installé Downtown, avec sa piscine frontale qui regarde le boulevard. On se promène dans les rues à l’aveuglette, reconnaissant ici un bâtiment, là-bas une placette. Toutefois dans le détail plus rien n’est pareil. Même ce coin perdu du Washington, autoproclamé « capitale mondiale de la pomme », s’en voudrait de ne pas prendre part à la grande fuite en avant de l’Amérique !...



Les alleys de Wenatchee me réservent de belles surprises. Les fils électriques tendent leur toile au tympan de la ruelle, abouchant les murs de briques à ce fond d’écran laiteux. Je me laisse porter par l’accord des tons et des formes.



Les berges de la Columbia sont désormais aménagées sur des miles et des miles, on peut s’y balader à pied ou à vélo sur des sentiers qui serpentent entre les saules et les fleurs. Le cours d’eau présente d’ailleurs une largeur respectable à l’aplomb de l’agglomération.



Nous nous couchons tôt ce soir. La route, la chaleur, l’émotion nostalgique et les rencontres du matin nous ont un peu retournés. A 23 heures, tout le monde dort déjà, c’est pour dire !...

Mercredi 14 août : nous avons consacré la journée à la (re)découverte du Lac Chelan, sous un ciel grisouille qui sentait l’orage. On a acheté des fruits sur les stands qui s’égrainent au bord des routes. On a visité le cœur de la petite station touristique, sur la rive sud de la nappe d’eau. On s’est promené sur les trails qui longent les plages, jusqu’aux pontons flottants.



On a fait la sieste sur les pelouses d’Old Mill Park, encerclé par des mouchonnées de bécasses en goguette.



Puis nous sommes rentrés au motel pour régler les détails pratiques de nos deux derniers rendez-vous. En fait, ce fut un mercredi de glandouillette comme on les aime de temps en temps, une journée « ambiance » à prendre le pouls de la cité et de ses environs. Je suis passé au magasin dans lequel j’avais repéré la veille une poignée de disques pas chers, mais alors vraiment pas chers du tout ! Donc je n’ai eu aucune retenue…



Ce retour à Wenatchee nous a fait beaucoup de bien. Nous avons pu montrer à nos enfants des lieux auxquels nous sommes attachés depuis longtemps. D’anecdote en découverte, on a apprécié les rives de la Columbia à leur juste mesure : des paysages en demi-teinte, une authentique douceur de vivre, un mini-magma urbain sans prétention, des instants de repos à parler de la Boule telle qu’elle tourne avec les gens du pays.

Ici l’Amérique à l’écart, à vous les studios !...

… Demain, on franchira la Chaîne des Cascades pour rejoindre la banlieue nord de Seattle. En faisant les comptes, il ne nous reste plus qu’une semaine de voyage dans le Northwest…
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
PA PapJ59 Globetrotter ·
Hello Max...

Ce 13 août est encore une journée à garder !

bien sûr que pour une "première fois" il faut avoir vu les incontournables de l'Ouest, mais ensuite (pour ceux qui peuvent et veulent remettre le couvert...), cette plongée dans le fin fond de l'Amérique est un régal (bien loin de tous les clichés surfaits et les certitudes !).

Ton récit est un régal, un témoignage qui chavire...

à + Jean.
4 fois en Camping-car: Parcs US - NewMex - Yellowst - Louisiane. http://blogs.crespel.me/usa2009/ http://blogs.crespel.me/usa2011/ http://blogs.crespel.me/usa2012/ http://blogs.crespel.me/usa2013/ Andalousie, Bretagne, Corse, Provence, Sicile, Toscane, villes d'Italie. sur : http://blogs.crespel.me/
YE YeahMax Regular ·
Alors là, Jean, je suis entièrement d'accord avec toi : pour une première fois, les "incontournables de l'Ouest" sont bien nommés. Grand Canyon, Monument Valley, Bryce, Death Valley & so on... Même si, de mon côté, j'avais pris contact avec les States par l'Etat du Washington, les berges de la Columbia et deux mois à sillonner la Côte Pacifique entre Seattle et Vancouver. D'où, sans doute, mon attachement viscéral au Northwest...
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
YE YeahMax Regular ·
Jeudi 15 et vendredi 16 août - une semaine à Mukilteo, part one : place au Blues !

C’est un jeudi qui naît en splendeur, dans un bouquet de rayons de soleil étincelants. Si la réception du motel est exiguë, on s’y délecte des gaufres au sirop d’érable, accompagnées de pommes croquantes, forcément, des céréales multicolores, des tranches de pain de mie tout droit sorties de l’épicerie de Gulliver. A 10 h 30, le Chevy ronronne sur le parking, prêt à faire fondre l’US 2 pour franchir la Chaînes de Cascades. On tape une pause à Leavenworth, un pastiche grossier de Tyrol et de Bavière au carrefour des vallées, agglutinat de mauvais goût comme seule l’Amérique peut nous en inventer !...



Quick, quick, fuir les germaniaiseries de pacotille pour escalader le Stevens Pass, où la grisaille du Northwest nous rattrape enfin !... Dans la descente, il se met même à pleuvoir pour la deuxième fois du séjour et la température chute de 15°C en 20 miles. On déjeune au Taco Bell de Monroe, souvenir, souvenir, nous étions déjà passés ici, sur Mainstreet, en 1994… Sous les gouttes froides, cette avenue sans âme ne nous dit rien qui vaille. On repart rapidement pour atteindre notre studio réservé depuis des mois à Mukilteo, dans la banlieue nord de Seattle. C’est un choix calculé : nous avons rendez-vous dimanche avec un couple qui habite juste à côté, et vendredi soir avec un guitariste qui donne un concert à une demi-heure de route. La résidence est propre, spacieuse, occupée presque exclusivement par des travailleurs, des cadres commerciaux qui s’affairent chez Boeing ou ses sous-traitants disséminés dans les environs. Le ciel fait un effort pour nous accueillir gentiment et le vent de mer souffle sur les nuages au moment où nous atteignons la plage. Merci les Dieux du Pacifique !



Les ferries sont lancés dans un ballet incessant qui nous rappelle de trop bons souvenirs. Pour le coup rien n’a changé à Mukilteo. Nous reconnaissons les moindres détails, jusqu’au muret de béton contre lequel nous avions adossé nous biclounes il y a presque vingt ans avant d’embarquer pour Whidbey Island, située juste en face des quais asphaltés.



J’adore l’ambiance de ce minuscule port de transit. Il fait doux désormais, alors des familles de bottes et de cirés vêtues vont et viennent sur la promenade qui longe la mer. Les pêcheurs ne sont pas en reste, accoudés aux rambardes, debout, attentifs, les pieds dans l’eau claire, tandis que les propriétaires des petits bateaux de plaisance font le tour des pontons.



Le port a son phare. La cabane du gardien exulte de blancheur immaculée, avec ses massifs fleuris de frais et son cube futuriste qui dort la tête à l’envers.



A la tombée de la nuit, la vue se dégage sur les monts d’Olympic Peninsula, noyant la voûte sous une vague orangée. On se plante à la fenêtre de l’appartement pour observer les avions qui décollent en direction du Canada voisin.



C’est comme dans un rêve. Les grands sapins jouent à brandir leur ombre devant l’étoile qui s’éteint…



Flottent tout de même sur le studio des arômes de fin de vacances... On passe faire quelques courses chez Anderson’s, sans conviction, puis on achète des brownies à la station-service. J’aime faire des emplettes à la station-service, on y rencontre toujours quelqu’un prêt à discuter de l’air du temps. On grignote en regardant les étoiles s'allumer les unes après les autres. Tiens, on fait même tourner une machine à la laundry histoire d’avoir du linge qui sent la fraise et la banane. Quand les aiguilles de l’horloge se fondent en une seule, on ferme les yeux.

Vendredi 16 août. C’est la journée réservée à Snohomish, jusqu’à point d’heure. « Snohomish » ?... Oui, il s’agit d’une petite ville que nous aimons beaucoup, située au pied des montagnes, réputée pour ses antiquaires et son art de vivre aux flancs de l’histoire. Nous y avons rendez-vous ce soir avec Sammy Eubanks, un guitariste qui vit dans la corne nord de l’Idaho, dont je suis le parcours artistique depuis longtemps. Lorsque j’ai découvert à l’automne dernier qu’il était programmé sur le festival « Taste of Music », je l’ai contacté sans tarder et nous avons mis au point cette rencontre. Avant lui joueront deux groupes que je ne connais pas du tout. Nous musardons ce matin, la tête dans les draps, avant de prendre la route un peu avant midi. Nous arrivons à Snohomish à l’heure du déjeuner. Il fait beau, chaud, l’ombre épaisse est bienvenue au bord de la rivière.



Nous passons la journée à déambuler dans les rues. Nous écumons les boutiques de vieilleries et les vend-tout qui regorgent de diableries inutiles. On mange une crêpe « à la Bretonne ». On s’assied sur un banc pour observer la vie qui zébulonne autour de nous. A 18 heures, nous franchissons l’enceinte aménagée sous les platanes pour accueillir la scène. Les organisateurs sont ponctuels et le show peut commencer avec le CD Woodbury band. Gros son, entre blues et jazz, technique et pointu, époustouflant.



La section rythmique est calée au millimètre sur les écarts du patron. Le public conquis s’entasse autour des tables. Il va me falloir le dernier disque de ces rudes gaillards !



Place ensuite à Kevin Selfe & The Tornadoes, un chanteur élégant, bourré d'humour, maniant avec fougue son harmonica et sa guitare. Je suis scotché par la maîtrise technique des garçons qui délivrent ce soir un blues percutant, novateur, avec de splendides soli qui décoiffent !...



Et puis je l’avoue, Kevin a sorti l’une de mes guitares préférées, la Gibson ES 335, finition Sunburst s’il vous plaît, un son velouté comme seules les demi-caisses électriques savent en produire…



Je profite de la pause pour aller féliciter les musiciens et je me procure de quoi travailler en rentrant au pays. De tels talents ont aussi le droit de bénéficier d’une ouverture sur le marché français, non mais sans blague !... Arrive mon ami Sammy Eubanks. Je le rejoins au pied de la scène, on se reconnaît et il m’attrape dans ses bras de bûcheron. Quel plaisir de rencontrer dans le vrai monde des gens que l’on côtoie depuis si longtemps via les ordinateurs !... Le show reprend, version plus rock’n’roll, avec des glissades vers le country-blues cher à mon cœur.



Entre deux morceaux, Sammy explique au public pourquoi quatre frenchies se retrouvent noyés dans la masse des rockers du Washington : nous voici devenus d’un coup les copains de Snohomish, et nous recevrons les sourires et les clins d’œil de tous jusqu’au bout de la soirée… Question musique, le groupe fait monter la pression en accélérant la cadence au fil des prises. On danse comme des dingues sur l’esplanade en ébullition.

Pour ceux d’entre vous qui aiment, j’ai compilé ci-dessous quelques photos de cette prestation de Sammy dans un diaporama de 3 minutes et 20 secondes, agrémenté d’une de ses compositions personnelles. A visionner en qualité HD 1080 points, et à écouter bien fort au casque par exemple…

http://www.youtube.com/...pBTxQoWErxw1MVX1IyNw

Nous nous retrouvons après le show. Sammy nous présente ses amis, dont Oogie, le célèbre animateur d’une importante radio musicale de Seattle venu à Snohomish pour la circonstance. Depuis, on ne se lâche plus d’une semelle via internet et les téléphones cellulaires, vive le génie de l’homme !...



Les lumières s’éteignent sous les arbres. Des grappes de fans discutent ici et là en glougloutant des bières fraîches. Dernières accolades, derniers rires qui fusent dans le noir. On quitte la ville la tête pleine de bon blues, les poches emplies de CDs, en se promettant des retrouvailles de folie, à Paris ou dans le Northwest !...

… Demain, c’est samedi, on va aller ravauder les rues de Seattle. Je vous en toucherai deux mots dès que possible…
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
YE YeahMax Regular ·
Samedi 17 août - une semaine à Mukilteo, part two : Seattle à cœur ouvert !

Seattle était pour nous un souvenir vaporeux de l’été 1994. Nous avions à l’époque frôlé la pieuvre urbaine par sa banlieue nord, à vélo, en évitant soigneusement le centre-ville. Pas le temps, car il nous fallait gagner sans trop tarder l’île de Vancouver avant de prendre un avion pour Paris. Cette fois, nous allons pouvoir sonder le ventre de la bête en toute quiétude, sans contrainte ni pression. Hier soir on s’est renseigné sur les horaires des trains qui partent de Mukilteo et desservent le Downtown en longeant la côte au plus près, mais l’affaire a été vite étouffée : ils ne circulent jamais le week-end. Nous irons donc en voiture, tant pis pour les tournicotons interminables avant de dégoter une place de parking... Enfin, c’est ce que les guides touristiques déplorent dans cette imposante capitale économique du Northwest, l’impossibilité de garer les véhicules…

Nous quittons notre studio sous un ciel gris. Toutefois le plafond est haut, pas de pluie en vue. On décide d’aborder la ville par les boulevards. J’ai repéré deux ou trois rues bien situées sur le plan général fourni gratuitement par notre motel. Le damier amerloc favorise grandement le repérage, et voilà qu’on coupe le contact du Chevrolet dans Ward Street, à l’angle de la 5ème Avenue, certes en pente vertigineuse mais la place de parking y est gratuite. Top moumoute et trop fastoche de circuler en bagnole dans Seattle !... C’est partiiiii pour une journée de bitume au milieu du dioxyde de carbone !...

On arrive en quelques minutes au pied de Space Needle, le symbole des symboles popularisé par Microsoft et son fond d’écran seattlïte en diable. Amusante soucoupe volante toisant le sol de ses 185 mètres d'altitude, la tour est ouverte au public. Hum, vingt minutes d’attente devant les ascenseurs et 80 $ pour quatre personnes, on va continuer la promenade, d’autant plus qu’on nous a vivement conseillé de choisir le panorama du Columbia Center, plus impressionnant et bien moins cher.



On plonge vers le cœur du cœur en suivant le monorail aérien. Les couleurs s’éclaircissent car le soleil commence à déchirer le manteau nuageux, illuminant par instants les devantures ajourées. Au premier abord, la ville n’offre pas un visage de rêve dans ce quartier mixte, même si les toits-terrasses s’amusent des correspondances entre les formes et les teintes…



Tout à coup, après Olive Way, les tours de bureaux du CBD nous encerclent. Du verre, du ciment, de l’acier, ainsi que des immeubles anciens, plus bas, ouvragés à la méthode de Chicago, voilà une grille qui a de la gueule, au fond de laquelle il fait bon déambuler sans but précis. Les rues s’animent, emplies des coups de klaxons et des hurlements des sirènes de la police. La ville américaine reprend ses droits, comme dans les films.



Nous tournons à droite pour atteindre le front de mer. Tout le monde nous a dit d’aller voir Pike Market Place. Le lieu est décrit dans la Bible du voyageur comme le marché à l’état pur, version XXL, incontournable « avec ses étals colorés de produits régionaux ou d’artisanat, la foule mouvante, les cris, les odeurs de marée, les bouquinistes et les brocanteurs »… On ne peut pas rater le panneau d’entrée, énorme, en lettres rouge sang qui se découpent sur la toile des altostratus. Il y a une poissonnerie devant laquelle attend une foule de touristes, il parait que les types font décoller les saumons d’un bout à l’autre du stand ; c’est vrai, j’ai vu des vidéos de la scène dans plusieurs carnets de voyage. On attend. Il ne se passe rien. Pourtant les gens ont l’air content de patienter là. On fait trois pas à droite, quatre pas à gauche, pour ne voir que des boutiques d’attrape-couillons sans aucun intérêt, bondées de surcroît. On essaie de repérer les deux niveaux extraordinaires dont parlent les spécialistes de la ville. En vain. On s’énerve, le ton monte, mon amoureuse et les enfants se moquent de moi. «Oh, le joli marché de papa avec ses poissons volants !...». Je demande mon chemin à un commerçant mi-américain mi-thaïlandais, sa réponse est incompréhensible. De rage, j’entraîne la famille dans un escalier en pente raide, nous voici arrivé sur le Waterfront… Merde alors, on n’a pas réussi à trouver Pike Market Place à Seattle, ça c’est du balaise !... Qu’importe. L’air est doux au bord du Puget Sound. On se détend sur les bancs publics en riant aux éclats de notre balourdise…



La grande roue projette son immense cercle de balancelles dans le ciel. Les deux Affreux iraient bien faire quelques tours de manivelle, puis se ravisent. Pas moi, je sais que je vomis direct dans ces machins là !



Nous avions décidé depuis plusieurs jours d’aller manger chez Ivars ce samedi midi. Ici c’est une institution, le temple du fish’n’chips. On réserve une table, l’hôtesse d’accueil annonce un petit quart d’heure d’attente et nous remet un bipeur électronique : cela permet au client de continuer à se promener dans les parages et, lorsque la place se libère, l’engin émet de la musique en clignotant tout bleu pour te dire que tu peux passer à table. Cool !... On nous installe dans de grosses banquettes rembourrées de moumoutine en cuir, le service est impeccable et le poisson d’une fraîcheur exceptionnelle. Là, pour le coup, on ne s’est pas fait avoir.



Lorsque nous sortons dans la rue, le soleil est de retour, fidèle compagnon de notre été américain. Cette partie de la ville est très animée, avec presque une centaine de quais aménagés pour la balade et le commerce. En revanche, l’autoroute construite le long d’Eliott bay est une monstruosité visuelle, quand bien même l’entrelacs des couleurs et des formes a tendance à me plaire.



Nous obliquons vers l’est pour entrer dans le nœud historique de la cité, autour de Pioneer Square. L’art du mélange atteint son paroxysme dans ce quartier. De vieux immeubles côtoient les buildings modernes et les tours de parking sans apparat.



Il y a beaucoup de monde ce midi dans les rues. L’ambiance est détendue, la guitare est partout à l’honneur, des groupes s’installent au pied des halls d’entrée pour entonner des airs pop-rock indémodables. Et comme il se met à faire franchement chaud, Seattle fait la fête aujourd’hui !



On s’installe à la terrasse d’un café italien. Le père et la fille assurent le service, sans un sourire, à la Sarde, mais leur expresso est d’une violence rare. Ah, cela nous change des baquets d’eau marron que les diners servent habituellement le long de la highway !... On reste longtemps vautrés dans les fauteuils en rotins, à regarder passer les gens. Face à nous, une façade centenaire attire mon regard. J’aperçois un gars, une fille derrière les vitres, ils ont l’air de bosser. Je trouve que les briques beiges et rosées de leur bâtiment sont du plus bel effet, avec ces fenêtres cintrées un peu du genre roman…



Oh, le curieux équipage !... La fille est superbe. Son sac à dos semble mille fois trop lourd pour elle. Un chaton juché sur le paquetage lui caresse la nuque avec sa queue. Elle s’arrête pile devant notre table pour vérifier son maquillage dans le reflet d’une portière de voiture. Jeune et libre, volontaire, rêveuse. Avec un sacré caractère, je l’ai compris au coup d’œil qu’elle m’a lancé en reprenant sa marche.



Le café des cousins nous a requinqués. On remonte l’avenue jusqu’à la Smith Tower. Très élégante d’ailleurs. Il s’agit du plus vieux gratte-ciel de Seattle, construit en 1914, et qui fut longtemps le plus haut bâtiment érigé à l’ouest du Mississippi, grâce à ses 42 étages.



Cherry Street grimpe en pente raide jusqu’au Frye Art Museum. Peu de gens viennent visiter ce petit musée situé à l’écart des circuits touristiques. L’entrée y est gratuite et les collections exposées offrent de vraies surprises, tant en art contemporain que dans le domaine de la peinture américaine « classique ». Comme il y fait frais et que l’accueil est super sympa, on reste longtemps dans cette jolie bâtisse, d’autant plus que d’intrigants montages temporaires envahissent les passages entre les salles.



Clou du spectacle dans le soleil légèrement déclinant : la montée au 73ème étage du Columbia Center, la plus grande tour de l’agglomération qui humilie Space Needle du haut de ses 285 mètres.



Par le jeu des ascenseurs express, on atteint la plate-forme d’observation en quelques secondes. Le vue sur Seattle est bouleversante. On regarde vers le sud.



On regarde vers l’ouest, à contre-jour. Un navire revient au port. Les montagnes d’Olympic Peninsula barrent l’horizon de leur masse sombre.



Puis on regarde vers le nord, Downtown sous nos yeux, sous nos pieds même, comme si les hommes étaient réduits à l’état d’insectes inoffensifs… Ce qui n’est pas le cas…



Le truc génial aujourd’hui, c’est que nous sommes les seuls à prendre Seattle de haut. Personne d’autre dans l’immense espace du 73ème niveau, on peut profiter du panorama comme si nous étions les rois du monde !...



Après avoir bu un thé brûlant sur les canapés moelleux de la plate-forme climatisée, tout en admirant d’un coup d’œil le délire urbain, nous redescendons sur terre. Les lumignons ne vont pas tarder à éclairer les rues. J’adore la silhouette des gratte-ciel lorsque les ombres envahissent les façades.



Pour finir la journée en beauté, les filles se lancent dans un shopping battle infernal. Gus et moi leur emboîtons le pas aux rayons « homme » de chez Macy’s, magasin tentaculaire, presque à ne plus choper la sortie… Nous trouvons tout de même la force de remonter à pied la 5ème Avenue jusqu’à notre Chevy. Au passage, l'aiguille de l’espace vient d’allumer ses lanternes.



Sur les rotules nous sommes. Le conseil de famille tranche en dix secondes : on rentre dîner au studio. Programme sobre, deux tranches de cheddar dans du pain de mie, un yaourt, une Golden. OK. On emprunte l’Interstate 5 pour faire simple. A 22 heures, nous atteignons Mukilteo.

Au final, Seattle nous en a mis plein les mirettes. Active, oui. Charmante, pas partout. Mais l’atmosphère détendue, les parfums de liberté et d’innovation, le flonflon des rues, les contrastes des bâtiments, tout conduit à penser que nous ne laisserons pas l’affaire en plan. Il y a encore beaucoup à découvrir et à déguster ici. Oogie me le répète déjà au téléphone alors que je le connais depuis hier soir seulement… « Dis-moi, quand reviens-tu ? »… Je ne sais quoi lui répondre pour l’instant, mais les idées ne vont pas manquer de m’empoigner, ça c’est sûr !...

… Demain dimanche, c’est notre dernier rendez-vous : on doit rencontrer Sherry et Mike chez eux, à Mukilteo. Puis nous disposerons de trois jours entre les îles à explorer et les bagages à boucler. Je vous raconterai ces ultimes instants de voyage dès que possible…
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
PO Pong Globetrotter ·
Merci pour cette visite en détail de Seattle, que je ne connaissais visiblement que trop peu à travers Grey's Anatomy ! 😊 😇 La saison a l'air d'avoir son importance... Quelle chance d'avoir un soleil fidèle avec vous ! 😎
Conseils pour circuits dans l'Ouest américain : https://voyageforum.com/forum/conseils_etablir_son_circuit_dans_ouest_americain_resume_D5303777/
YE YeahMax Regular ·
Oui Pierre, tu as raison, nous avons eu une chance incroyable pour cette visite du Northwest : quatre heures de pluie seulement en 45 jours de voyage, c'était inespéré. Les Kways et les vêtements chauds n'ont presque servi à rien, et personne n'a prévu de s'en plaindre !... Je pense d'ailleurs que sous le soleil ou dans la grisaille, Seattle mérite largement le détour. Ceci dit, je ne suis peut-être pas objectif quand je parle de la Cité d'Emeraude puisque c'est avec elle que j'ai commencé mon apprentissage de la ville américaine, il y a une vingtaine d'années...

Merci beaucoup pour ton message !
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
IT Itat Globetrotter ·
Merci pour cette escapade découverte dans Seattle. Moi j'avais atterri là en 2012, mais sans prendre la peine de visiter cette ville 😊, attiré par la Nature 😛, mais je n'avais que 3 semaines sur place.

@++
YE YeahMax Regular ·
Du dimanche au mercredi 21 août - une semaine à Mukilteo, part three : cette fois, c’est la fin…

Ce dimanche est une journée très particulière pour moi : je vais enfin rencontrer Sherry, depuis tant et tant d’années qu’on s’écrit et qu’on échange via nos ordinateurs. Et puis ce qui s’est passé avec cette fille est un truc pas comme les autres. Elle est devenue il y a quatre ans, grâce à ses phrases et surtout grâce à une photo d’elle, l’un des personnages secondaires de mon premier roman. Là, dans une heure, la réalité rattrapera la fiction, le héros n’existera plus, l’héroïne choisira ses propres mots et l’on sait déjà que l’émotion nous froissera le ventre. C’est ainsi.



La voûte d’azur est si pure ce matin qu’on a l’impression de se réveiller sur les versants de notre Cap Corse chéri. Mais non, il s’agit bien du Northwest, USA, le royaume de l’habituelle grisaille qui ne veut pas nous montrer son vrai visage !... 10 heures. L’instant du rendez-vous approche, je suis un peu tendu au volant du Chevrolet. On arrive sur les lieux, je m’engage dans la rue mais je n’arrive plus à me souvenir du numéro de la maison. On tourne en rond. Je suis obligé d’appeler Sherry, qui nous guide par téléphone jusqu’à son jardin. Je l’aperçois. Bon sang, elle lève les bras au ciel. Moi aussi. Voici le genre d’instant qui marque une existence pour toujours. En un éclair, le courant passe : cette fille est le double, en mille fois plus poignante, de ma Sheryll de papier… On passe la fin de la matinée à discuter sous la tonnelle en attendant Mike, son compagnon, employé chez Boeing, derrière les arbres qui barrent la vue vers l’est. Ce-dernier arrive à 14h 30, alors que nous finissons de manger une délicieuse salade de pâtes et de haricots noirs. Accolades, sourires, grande chaleur dans les mots et les gestes. On part tous ensemble en voiture pour une destination inconnue : ils veulent nous montrer un petit coin magique qui se trouve à une heure de route de chez eux. On s’arrête en chemin dans un stand de fruits et légumes, les glaces y sont pantagruéliques et les produits de qualité supérieure. Mike fait les courses pour le repas du soir. Nous arrivons à La Conner, un minuscule port bordé de maisons anciennes, début XXème siècle pour la plupart, qui s’étirent sur les rives de la Skagit River juste avant qu’elle ne se jette dans les eaux salées du Puget Sound.



Nos hôtes ont raison, le lieu est envoûtant. Une douce atmosphère règne sur les quais de bois dépoli. De nombreux artistes sont installés dans les boutiques de la rue principale. L’un d’entre eux, Aleksandr Kargopoltsev, nous accueille à bras ouverts : russe, passionné de culture française, il fonce dans sa réserve chercher un Cd de Patricia (Kaas, cela va sans dire !) qu’il fait tourner sur sa platine pendant qu’on parle de ses inspirations kaléidoscopiques entre la Mère Patrie et le Nouveau Monde. Gé-nial ! Mais le temps roule à la vitesse de l’éclair… Le jour perd des couleurs, il nous faut rentrer à Mukilteo. Lorsqu’on arrive, il fait presque nuit. Sherry s’active dans sa « cuisine américaine », comme on dit en France…



Dehors, on prépare le saumon avec Mike. On dresse la table dans le jardin, on allume le feu, on n’oublie pas de huiler les grilles du barbecue. Repas simple, copieux, magnifié par le bien-être de se trouver là. J’ai l’impression de connaître ces deux-là depuis toujours, un peu comme si l’on était des amis d’enfance qui se rejoignent après des années de silence. Puisque le froid commence à nous chairdepouler la peau sur la terrasse, on termine le dîner à l’intérieur autour d’une bouteille de Piper Heidsieck Tradition que j’ai achetée à Seattle pour l’occasion. « King of Wines, Wine for Kings », importé depuis chez nous… On ne pouvait faire moins tout de même !



La nuit est étoilée. Il faut maintenant quitter Sherry et Mike. Nous avons beaucoup de mal à mettre le moteur en marche. On trouve encore une chose à dire, une autre encore, puis d’autres encore… Retour au studio. Les paupières se ferment enfin, il est lundi matin bien entamé, mais les émotions fortes de la journée m’empêchent de trouver le sommeil. So flies the heart over the rainbows…

Lundi 19 août, on a décidé de s’offrir un nostalgia trip sur Whidbey Island. Nous avons découvert cette île du Puget Sound en 1994 lors de ce fameux voyage de deux mois à vélo dont je vous ai déjà parlé, et nous voulons voir ce qu’il reste des sensations de l’époque. On arrive à choper le ferry de midi. Il fait désespérément beau. Gus rêvasse en plongeant tout cru dans les gerbes d’écume qui giclent des flancs du navire.



Whidbey Island n’a pas pris une ride en deux décennies. Langley a même retrouvé sa tranquillité : quand nous étions venus ici, la préparation du rodéo et des logging shows battait son plein. Aujourd’hui, les totems fixent de leurs yeux blancs les maisonnettes dans un silence olympien.



On mange sur la plage. Repas troublé seulement par un couple de mouettes et le passage de quelques habitants. L’eau clapote doucement à nos pieds. Je note des tas de trucs sur mon cahier d’idées. Oh, comme il doit faire bon être écrivain ici, entre le ciel, le souffle du vent et la mer !...



Une poignée de miles plus au nord, les baraques sur pilotis donnent un charme désuet à la bourgade de Coupeville. On constate avec satisfaction que l’endroit est resté à l’écart des flux touristiques.



Un bar et une boutique vend-tout animent l’extrémité du ponton. La brise de mer nous caresse le visage et le soleil nous chauffe le carafon. Quelle quiétude une fois de plus !...



Nous quittons l’île par le nord-est en franchissant le pont métallique de Deception Pass. Là, le vent se lève et les gargouillis de l’eau, si loin plus bas, donnent le vertige.



Mais en levant la tête, le regard s’évase sur les autres îles du détroit. Au fond, Olympic Peninsula, le Pacifique et, beaucoup plus loin, si tu as le courage de ramer, la Chine et ses mystères…



Sur le chemin du retour, nous faisons un crochet pour revoir La Conner. Mon amoureuse a repéré hier soir un joli Tshirt dans un magasin qui venait de fermer ses portes. On arpente à nouveau la grand’rue sous un soleil de plomb et j’en profite pour examiner les façades en détail. Comme toujours, le graphisme des coins d’immeubles me plaît. A mort.



On rentre au studio assez tard. Un dernier passage à la laundry nous permettra d’avoir du linge propre pour le retour en France. ’Tain, le retour en France… On commence à décompter les heures en regardant bêtement la télé, grignoti-grignota, hamburgers et puis s’en va !

Mardi 20 août. On peut appeler ça le dernier jour. Lever 7h. Breakfast en chœur, sans musarder. Chargement du Chevrolet. Départ pour le Boeing Tour réservé la veille sur internet. Alors là, sans déconner, c’est une belle visite. Des bus nous emmènent jusqu’aux ateliers qui se trouvent dans le bâtiment industriel le plus volumineux du monde. La guide nous conduit dans des tunnels interminables, des ascenseurs géants nous hissent sur des plates-formes qui surplombent les chaînes de montages du 787 Dreamliner. Je trépigne comme un gamin devant les grosnavions !... On fait ensuite un tour complet du site, rasant les hangars de peinture, empruntant l’unique pont routier du monde qui supporte le poids des Jumbo Jets.



On traîne dans le magasin de souvenirs et le petit musée Boeing, le temps pour les parents de dégoter quelques sweatshirts, pour les enfants de faire semblant dans la cabine de pilotage du mythique 727.



Incapables de quitter Mukilteo, nous profitons du soleil radieux une dernière fois. On pique-nique sur les pelouses qui bordent le phare, Fish’n’ships et Chicken’n’ships achetés dans l’annexe Ivars installée sur le port. Vers 15 heures, on ne peut plus reculer : en avant pour la traversée de Seattle, objectif Sleep Inn Seatac où nous allons passer notre ultime nuit américaine. Plus un mot dans l’habitacle du Chevy. Seulement la voix suave de Shawn Colvin qui nous entraîne dans les méandres de ce voyage hors des cadres…



On s’installe au motel. La pression monte. Gus commence à colmater les brèches dans le barda pendant que nous allons chercher trois babioles au Walmart, faire le plein de regular et laver le véhicule à l’Eléphant Bleu. 20h – 23h, préparation des valises. Aie aie aie, l’affaire est dans le sac...

Mercredi 21 août : clap de fin.

Rien à faire, ça remue les tripes de devoir quitter un lieu qu’on aime tant après un mois et demi de liberté. Et c’est encore plus dur avec les messages qui tombent en cascade sur le portable. Tour à tour Debbie, Dwayne, Bobbi & John, Sammy, Oogie, Sherry & Mike nous souhaitent un bon retour vers le Vieux Monde. Les gorges se serrent un peu, beaucoup, passionnément. On charge le Chevrolet Equinox qui brille sous les coups de langue du soleil de Seattle. Puis le rythme s’accélère. Retour rapide du véhicule chez Alamo, un jet de Shuttle jusqu’au Terminal Sud, enregistrement des bagages, avec une inévitable surtaxe pour poids excessif : il faut dire que nous rentrons au pays avec une cargaison inimaginable de jeans, de Tshirts, de gilets, de livres, de disques, de quoi emplir une valoche entière, et pas des plus menues avec ça !... On enjambe les portiques de sécurité. Voilà. Il n’y a plus qu’à patienter en regardant la java des zincs par la verrière.



Sur notre gauche bruisse le Boeing 767 qui va nous ramener en ligne directe à l’aéroport Charles De Gaulle. Derrière le hall d’entretien scintillent les lambeaux de glaciers du Mont Rainier.



L’embarquement débute pile à l’heure prévue. On marche lentement dans l’entonnoir articulé qui sent le kérosène. Les ailes des avions font la fête, nous les saluons à travers l’encadrement du hublot.



Timing respecté, décollage parfait, montée en puissance vers la frontière canadienne. Trente mille pieds sous nos semelles, il y a les Rocheuses presque débarrassées de leur neige d’été.



Cette fois, ça y est. Dans la carlingue l’air chuinte doucement. Très vite, la nuit s’abat sur l’appareil qui se rue vers l’Europe. Mon amoureuse et les enfants dorment déjà. Je ferme les yeux sur notre fabuleux voyage. Seattle-Seattle via Yellowstone, la grande boucle. J’attends que le rêve me rattrape, jusqu’à ce que Tout Devienne Souvenir.

… Eh bien voilà, notre tour dans le Northwest est terminé. Il ne reste plus qu’à tirer un petit bilan de tout ça. Les plus, les moins, les regrets, les réussites. Je m’y collerai dès que possible…
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
PO Pong Globetrotter ·
Quelle chance de rencontrer des locaux ! 🙂 Ils connaissent toujours des coins qui sortent des sentiers battus, et les découvrir avec eux c'est encore mieux ! 😇 Merci pour ce partage et ce beau ciel d'azur qui fait rêver... Avant le bilan final, je crois que je vais recommencer le carnet depuis le début... 😉
Conseils pour circuits dans l'Ouest américain : https://voyageforum.com/forum/conseils_etablir_son_circuit_dans_ouest_americain_resume_D5303777/
PE Peggy16 Globetrotter ·
Cela se lit toujours comme un roman et c'est superbement illustré. Merci pour ces moments de voyage avec vous, cela donne vraiment envie de découvrir le Northwest, mais il est certain que vous avez eu beaucoup de chance avec le temps. Ça joue aussi 😉
YE YeahMax Regular ·
Une fois de plus je suis d'accord avec toi, Pierre. Rencontrer les gens sur place a toujours été et restera l'objectif principal de nos voyages. Bien sûr il y a la beauté du monde, les paysages, les lieux étonnants, mais rien ne transcende autant les émotions que l'échange avec les humains. Sortir des sentiers battus, comme tu le dis, c'est avant tout prendre le temps de vivre un instant, même un tout petit instant de rien, au milieu des autres...
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
YE YeahMax Regular ·
Merci, Peggy ! Et si cela peut faire naître quelque envie de découverte, tu me vois content pour le Northwest et ses habitants. En revanche, je suis bien conscient de la chance qui nous a accompagnés tout au long de ce voyage : soleil, soleil, soleil, parfois des nuages, mais seulement quatre heures de pluie, c'est loin d'être toujours le cas dans ce carré tout en haut à gauche des Etats-Unis !....
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
DO Dolma Globetrotter ·
Bonjour,

Un p'tit mot puisque c'est la fin du voyage...

Voilà bien les vagabondages qui me plaisent tant ! Entre les musiques, entre les rencontres, entre les images et puis et plus encore entre les mots, tu te promènes et nous emmènes au milieu de nulle part ou bien aux coins des rues d'une ville ou d'un village avec un tel plaisir gourmand ! C'est un régal, c'est un enchantement. Vraiment !

Je suis fan. Définitivement...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
YE YeahMax Regular ·
Merci beaucoup, Dolma !

Mais tu sais, mes photos et mes phrases sont peu de chose au regard de toutes les occasions de rêver que nous offre Voyageforum, inépuisable source d'évasion... Je dois aussi convenir que notre périple familial au Northwest 2013 nous a beaucoup marqués tous les quatre, surtout en raison des rencontres faites sur place, quand bien même nous les avions programmées longtemps à l'avance...

Dernier coup de pouce de ce carnet : il m'a permis de découvrir les mots sucrés-salés, les songes d'ailleurs, les clichés de la petite Vagabonde, et c'est pas rien, ça !...
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.
YE YeahMax Regular ·
NORTHWEST TOUR 2013 : LE P’TIT BILAN GENERAL.

Chaque voyage est un monde en soi. Celui-ci laissera des traces profondes en nos mémoires. D’abord parce qu’étant donné l’âge de nos deux Affreux, 18 et 15, et leurs projets personnels à moyen terme, il risque d’être le dernier grand tour familial américain de notre vie. Nous avons pu en profiter à fond les ballons pendant un mois et demi, sous un ciel éclatant d’azur presque tous les jours : amazing ! Deuxio, le périple s’est déroulé sans un accroc, pas l’ombre d’un ennui technique, pas le moindre bobo de vacance ni la plus petite erreur dans les réservations, ce qui ne s’était jamais produit jusque là. Troisio, nous avons pu honorer tous les rendez-vous pris depuis la France, un pari qui ne semblait pas gagné d’avance… Voilà déjà de quoi être comblé.



Northwest a rimé cette année avec variété optimale. Nous avons parcouru un peu plus de 5000 miles, soit 8200 kilomètres, entre les rives de l’Océan Pacifique, le désert gris de l’Oregon, les volcans enneigés des Cascades, les geysers et les animaux des Montagnes Rocheuses, les plaines à blé du Washington, les îles du Puget Sound, les gratte-ciel de Portland et de Seattle, les trous perdus de l’Ouest, les lignes droites infinies, la poussière beige des pistes. Nous avons vu tant de paysages différents qu’au bout d’un moment, l’impression d’avoir effectué plusieurs voyages en un seul a réussi à nous envahir, l’idée que la ville d’avant, c’était une autre année, il y a longtemps, longtemps… Dans la majorité des cas, nous étions les seuls étrangers sur les lieux, avec une fréquentation quasi-nulle et des espaces ouverts à tous les vents. Calme absolu, méditation, sourire, volupté. Fidèles à notre habitude, nous n’avions pas réservé beaucoup de nuits de motel ni de camping, excepté celles qu’imposaient nos rendez-vous et la visite de Yellowstone, évidemment. Il en est ressorti une liberté totale d’organisation, et surtout la possibilité d’étirer les journées sur les sites qui nous ont charmés. C’est ainsi qu’on se laisse le loisir de déguster les States pour de vrai.



Northwest a rimé cette année avec aventure humaine. Nous avons pu vivre en direct des instants de grâce au contact de femmes et d’hommes qui partagent nos passions. Les concerts auxquels nous avons assisté et les échanges qui ont suivi, jusqu’à l’instant où j’écris ces mots, nous ont vraiment bouleversés. Et le fait d’être accueillis chez les gens, cowboys de l’Oregon, urbains de Boise, artistes de Mukilteo, a encore renforcé cette sensation de découverte en profondeur, avec des émotions très fortes et non feintes des deux côtés des vagues. Des liens se sont tissés entre la Champagne et le Nouveau monde. A ce propos, il faut rendre hommage à la technique d’aujourd’hui : longue vie à internet ! Car sans les mails, sans les sites, sans les blogs, sans les téléphones portables, impossible de mettre au point de telles rencontres.



Northwest a rimé cette année avec désir de retour. Je l’ai déjà évoqué en introduction de ces quelques pages, le choix de visiter cette partie des Etats-Unis n’était pas innocent : il s’agissait de montrer à nos enfants des lieux que nous avions adorés presque vingt ans en arrière. Si les paysages ont parfois changé, le parfum et l’ambiance sont restés les mêmes. On a retrouvé, avec une puissance inouïe, la douceur de vivre des campagnes, la surexcitation des villes, les outrances et les contradictions de l’Amérique. Nous avions un peu peur d’être déçus, il n’en a rien été, bien au contraire !... Evidemment, dans le détail, certaines parties du voyage laissent une impression de semi-raté, ou un goût de bof-bof. Par exemple il n’aurait pas fallu aller à Canon Beach. Portland n’a peut-être pas l’âme que tous s’accordent à lui prêter. L’hyper-fréquentation de Yellowstone écorne la magie des visites. Nous aurions dû camper plus souvent au lieu de nous vautrer dans les lits Queen Size de certains motels…



Northwest a rimé cette année avec carnet de voyage. Pour la première fois, avec beaucoup de plaisir, j’ai essayé de retranscrire fidèlement et de partager ce qui nous a touchés au fil de ces quarante-cinq jours, dans un coin des States qui ne fait pas franchement recette auprès des touristes. Au final, ce carnet est bien peu de chose : cinq pages sur le Forum, contre les deux cents écrites sur place dans mes cahiers, 302 photos mises en lignes, contre les 3500 prises là-bas... Mais si cela peut donner des idées d’escapades à certains d’entre vous, eh bien tant mieux ! Si d’autres veulent obtenir de plus amples renseignements sur tel ou tel truc, qu’ils le fassent sans hésitation ni chichi, je suis là pour les aider, dans la mesure de mes (petits) moyens.

Oui, vous pouvez tenter l’aventure au Northwest : inoubliable, à coup sûr. Vous y verrez la Terre dans sa beauté originelle, les cowboys, les Indiens, les miséreux, les vainqueurs, les croqueurs de rêve, toutes celles et ceux qui font l’or de l’Amérique qu’on aime !...
Max, depuis le Pays Du Vin Qui Bulle.

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