Passagers pour Seattle, mont Saint Helens, Montana, Yellowstone, Idaho, Oakland, en voiture
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OL Oltean Regular ·
Sur le bord de l'autoroute, une immense pancarte retient mon attention. Elle figure le mufle criard d'un Tigre volant, l'un de ces avions de guerre emblématiques du combat contre la tyrannie. Un nom accompagne la fresque : Warhawk Air Museum, à Nampa. Renseignements pris, ça se trouve dans la proche banlieue de Boise. Autant dire trois fois rien. Me voici donc devant un vaste hangar flanqué de l'inamovible drapeau américain. Je salue au passage un type plongé dans les plates-bandes, sans doute le jardinier du musée, et pousse la porte de l'imposante baraque.

Warhawk Air Museum, à Nampa

La pancarte disait vrai : un authentique Curtiss P-40 décoré de la gueule colorée des Flying Tigers vous bondit dessus dès l'entrée. Sur ce genre d'appareils, dépassés techniquement, des aventuriers idéalistes allaient se frotter en Chine à l'envahisseur japonais. Jean-Michel Charlier comparait les Tigres Volants aux Brigades Internationales. Dans les deux cas, il s'agissait d'engagés volontaires, agissant hors de tout cadre officiel, vent debout contre la dictature - qu'elle soit incarnée par Franco ou Hirohito.

L’œil du Tigre

L’immense hangar

Les Tigres font évidemment songer à la série télé, bien médiocre dans mes souvenirs, intitulée Têtes Brûlées, où les Corsairs aux ailes pliées ont remplacé les P-40. Dommage que son titre n'ait pas repris celui des mémoires de Pappy Boyington, Baa Baa Black Sheep.

Armes des escadrilles de Tigres Volants et signatures des aviateurs

Le type des plates-bandes vient me saluer. "Where are you from ?" me demande-t-il selon la formule consacrée. "Ah, Paris. Vous savez, je parle français", me dit-il alors dans notre langue avec une prononciation impeccable. Je n'en crois pas mes oreilles. "Mais je parle français comme beaucoup d'Américains, non ?" s'esclaffe-t-il devant ma mine déconfite.

Il me serre la main. "Je suis le directeur de ce musée." J'ai l'air fin de l'avoir pris pour un jardinier. Sa carrure à la Buck Danny aurait dû me mettre la puce à l'oreille. Il cherche ses mots, mais quand il les trouve, il les dit sans accent tout en oscillant, en bon Anglo-Saxon, entre le tu et le vous. Ce colonel retraité de l'US Air Force a travaillé à Bruxelles pour l'OTAN et résidé quelque temps à Nancy, entre divers engagements militaires à travers le globe. En guise de faits d'armes, il me raconte la façon dont il épatait les officiels avec sa maîtrise du français. Il est vrai qu'il y a de quoi.

Beeson, a local hero

"Il y a peu de choses sur la France, ici. Mais attends, je vous montre quelque chose". Il m'amène devant la vitrine consacrée à Duane W. Beeson. "C'est un piloté né ici, à Boise. Il s'est engagé comme volontaire dans la RAF avant l'entrée en guerre des Etats-unis. Son uniforme anglais porte les ailes américaines, tu vois ?" En effet. "Et quand les Etats-unis sont entrés dans le jeu, il est resté en Angleterre, mais avec une tenue portant les armes des deux nations". Je n'y connais pas grand chose, mais le fait a l'air exceptionnel. "Il est devenu un as sur P-51C".

N'est-ce pas cet avion américain motorisé par Rolls-Royce que les Britanniques ont baptisé Mustang ?

"Oui, le Mustang. Viens, nous avons son appareil ici."

Il m’entraîne à grand pas à l'autre bout du musée où trône l'appareil de Beeson, le Boise Bee. Sous le cockpit, vingt croix allemandes noires sur fond blanc attestent la férocité de l'abeille de Boise.

La Boise Bee, terreur des Allemands

"On le distingue du P-51D grâce à la forme du canopy. Comment dites-vous en français ?"

Oui, canopy, je comprends. La verrière, quoi. Les deux Mustangs côte à côte sont parés pour le décollage. Ce n'est pas une image : les avions d'ici sont en parfait état de vol et un grand spectacle est organisé chaque année fin août.

Avant de prendre congé, le directeur me fait remarquer des skis sous l'avion de Beeson. "Il était prévu de déployer des chasseurs en Alaska, pour contrer une éventuelle attaque japonaise de ce côté-là". Il est vrai que l'Empire du Soleil avait attaqué Dutch Harbour, dans les Aléoutiennes, en 1942 - à ce que j'ai lu, une diversion pour éloigner la marine américaine de Midway.

Un Sabre rescapé du ciel de Corée



Brochure sur Dachau



Singe de l’espace

Coréen exploité par la Chine sous l’œil de Staline

Laissé à moi-même, j'explore le musée. Des jets de différentes époques, des Mig dont un porte les couleurs américaines, un Fokker de l'époque du Baron Rouge ; des véhicules où l'on note une Jeep semblable à celle qui écrabouille l'infortuné Chuck Willys à la seconde case de Matricule Triple Zéro.

A quand le retour ?

Gare aux fake news

Mais l'endroit est bien plus riche encore. De nombreux documents sont mis à la disposition des visiteurs, explorant des pans entiers de l'histoire technologique et militaire des Etats-unis. Je feuillette un rapport longtemps resté top secret sur les plans d'invasion du Japon en 1945. Les hypothèses qu'il soulevait, en terme de durée et de coût en vies humaines, ont certainement pesé dans la décision d'employer la force atomique.

Snoopers and how to blast 'em, 1943

Un autre document confidentiel, Snoopers and how to blast 'em (Les intrus et comment les descendre), de 1943, explique des techniques de combat aérien. Étonnant : ce fascicule très officiel est illustré de fort plaisante façon, du moins selon les critères de ces années de guerre féroce. Ces dessins comiques étaient sans aucun doute une façon de faire entendre le message en évitant le recours à des schémas trop arides.

Détail de Snoopers and how to blast 'em

Je découvre dans la même veine une collection de dessins signés Gus Roos, un natif de Boise.

Bien vu (et gonflé en temps de guerre)

La WAC sexy

Quelques illustrations et des strips bien dans leur époque, comparables dans l'esprit (sinon le talent) aux BD du célèbre Milton Caniff. De courtes histoires de Roos mettent en scène Winnie the WAC, membre des Women's Army Corps, bien entendu sexy et un peu sosotte, et sa brune alter-ego Cookie Jones. On se croirait dans un épisode de Pin-up de Yann et Berthet. Mais qui a donc jamais entendu parler de Gus Roos ? Je ne trouve quasiment rien sur internet.

Encore Winnie (pas l’oursonne)



Deux strips de Gus Roos

Je quitte cet endroit avec regret. Il propose bien plus qu'une simple exposition d'avions, telle que j'ai pu en visiter à Planes of Fame, au sud du Grand Canyon. Le musée de Nampa offre d'inestimables ressources documentaires à qui voudrait approfondir sa connaissance de l'histoire du siècle dernier. La chose n'est peut-être pas superflue à une époque où de nouveaux totalitarismes montent en puissance.

Au revoir Cookie
OL Oltean Regular ·


A l'ombre des couleurs

Plein sud direction Elko. Pourquoi Elko ? Parce que nous n'avons pas trouvé d'autre pied-à-terre à une distance raisonnable. Et puis, c'est aussi une "ville basque", au même titre que Boise.

De Boise à Elko

La route est presque déserte. Certains prétendent que la région que nous traversons est l'une des moins fréquentées du monde occidental.

Une présence sur la route

Elko terre de buckaroos

Elko est dans le Nevada. Ici, guère d'allusions au Pays Basque - il faut dire que nous arrivons trop tard pour le festival qui lui est consacré chaque début d'été - mais des buckaroos. Ça vous parle ? c'est une déformation de l'espagnol vaquero. Bref, c'est ainsi qu'on appelle ici les cow-boys.



Chapeaux !

Lassos à gogo

A deux pas de l'hôtel se trouve une boutique pour buckaroos. Pas un nouveau supermarché comme à Dillon, mais un vrai magasin d'artisanat : selles, lassos, couvre-chefs, chemises en tissus résistant, tout est à disposition pour mener le bétail à la rivière rouge au son de l'harmonica. Sauf peut-être la poudre-qui-soulage-le-derrière, mais il est possible qu'elle soit ici vendue sous un emballage moins explicite.

Cuirs en file

Pile à faces

Techniquement, c'est pas faux

Le Nevada, c'est aussi le pays des casinos. Nous logeons dans l'un d'entre eux. Pas grand chose à voir avec Las Vegas, l'endroit est modeste et peu achalandé. Un seul type de bandit manchot est proposé, sous différents habillages : celui où on doit aligner des symboles ésotériques pour former des combinaisons plus ou moins gagnantes. La machine avale des billets. J'enfourne des sommes de un dollar histoire de titiller le démon du jeu.

Notre hôtel-casino

La mécanique est prise d'un hoquet subit : son manège s'est arrêté sur une rangée de hiéroglyphes sibyllins. Voilà que le bidule s'emploie à clignoter frénétiquement telle une Tour Eiffel sous l'ère Hidalgo. Au cœur de son écran s'emballe un compteur à grande vitesse.

J'ai contre toute attente touché un lot pour avoir enfoncé un simple bouton "parier" ! Un pêcheur du dimanche ayant ferré un monstre marin ne doit pas ressentir autre chose.

L'engin poudroie sur un air de carnaval tandis que des nuées de pixels surgissent on ne sait d'où pour former des figures éphémères sitôt dissoutes dans un euphorique chatoiement. Des lignes se tracent toutes seules, surlignant d'un trait lumineux maintes combinaisons heureuses célébrant un hymne à la prospérité. La Fortune aux doigts argentés s'annonce-t-elle donc de la sorte à celui qui brave les aléas ?

Je me demande dans un éclair comment je ferai pour encaisser une somme d'un million de dollars. La Banque Postale accepte-telle les chèques américains ?

La machine infernale se fige au pinacle de son tintamarre et annonce le gain : treize dollars et quarante-et-un cents.

Bon. A défaut de finir millionnaire, j'aurai au moins préservé le budget familial en rentrant dans mes frais. Je vais échanger le ticket gagnant contre des dollars sonnants et trébuchants auprès d'un caissier blasé.

Je comprends mieux les mères de famille et les quelques types affairés à pianoter une touche "bet", sortant à intervalle régulier de nouveaux dollars pour assouvir leur bécane qu'ils fixent d'un air halluciné. Que ne donnerait-on pas pour revivre le moment sublime où tout étincelle, se précipite et s'achève dans la révélation du gain ? La petite mort a bien des appâts.
RI Risiol Regular ·
Je découvre ce carnet ce matin et j'adore. Serait-ce devenue "fan" après avoir lu Nord et Sud : de Chicago à la Nouvelle-Orléans? Je crois bien que oui. J'aime toujours les routes qui mènent on ne sait trop où et qui nous font découvrir autre chose que ce que nous disent les guides touristiques. L'humour que tu y mets me fait bien rigoler... J'ai reçu à Noël dernier un cadeau tout simple, imprimé maison qui disait:

"Suivez vos rêves, ils connaissent le chemin"

On peut avancer sans tout planifier à la découverte de la vie ailleurs et autrement Belle écriture! Je vois pourquoi je préfère lire que d'écrire.

bon je retourne réviser mes notes de voyage en Irlande et démêler mes photos.
Le bonheur et les voyages sont des choix que chacun fait à sa guise. C'est une question d'attitude...
OL Oltean Regular ·
Je découvre ce carnet ce matin et j'adore. Serait-ce devenue "fan" après avoir lu Nord et Sud : de Chicago à la Nouvelle-Orléans? Je crois bien que oui. J'aime toujours les routes qui mènent on ne sait trop où et qui nous font découvrir autre chose que ce que nous disent les guides touristiques. L'humour que tu y mets me fait bien rigoler...

Heureux de te lire ici, Hélène. Il y a assez peu de commentaires dernièrement et je me demandais s'il restait des lecteurs...

J'ai reçu à Noël dernier un cadeau tout simple, imprimé maison qui disait:

"Suivez vos rêves, ils connaissent le chemin"

On peut avancer sans tout planifier à la découverte de la vie ailleurs et autrement Belle écriture! Je vois pourquoi je préfère lire que d'écrire.

bon je retourne réviser mes notes de voyage en Irlande et démêler mes photos.

Oui, oui, très juste, on peut planifier assez loin tout en laissant une part de liberté pour appréhender l'imprévu. Les Etats-unis se prêtent bien à ce petit jeu.
SI Sissi57 Globetrotter ·
Heureux de te lire ici, Hélène. Il y a assez peu de commentaires dernièrement et je me demandais s'il restait des lecteurs...

Je savoure tes textes, même si c'est silencieusement derrière mon écran et je vais noter ton trajet, j'aime beaucoup ces bourgades , concentrés de cette Amérique profonde qu'on adore traverser, mais où on ne songerait pas à rester, incarnations de nos rêves américains, perdues au milieu de ces immensités, qui elles aussi nous fascinent, tant d'espace libre ayant disparu de notre vieille Europe
Je n'aurai pas le temps...
OL Oltean Regular ·
Butch Cassidy (qui y est)

Certaines destinations, a priori, promettent peu. De ce point de vue, Winnemucca est une splendide réussite : il n'y a rien à y faire. L'endroit possède une petite renommée pour avoir été le témoin d'un hold-up perpétré par Butch Cassidy et sa bande. C'était en 1900. On pensait trouver une évocation de cette légende de l'Ouest, une statue, une plaque commémorative, des porte-clefs en plastique certifié. Que dalle. Pourtant, Robert Redford avait revisité la légende de l'outlaw dans les années 1970. Rien n'y fait : Cassidy est déclassé, et rien sur Robert. Sauf un bar, dont la façade glauque nous dissuade d'en pousser la porte.

Un lien avec Sundance Kid ?

Trucks en stock

Nous sommes encore en pays basque

Elko, Winnemucca, Reno, South Lake Tahoe

Telle est la vie du voyageur impromptu, traçant son voyage au fil d'étapes négligées par les grands circuits. La méthode peut avoir du bon - sans quoi nous n'aurions visité ni le Montana, ni Elko - mais comporte son lot inévitable de déchet. Et sans vouloir être désagréable pour les gens de Winnemucca, cette dernière localité répond parfaitement aux critères du tri sélectif.

Reno centre

Massif

Reno aussi a une sale réputation. Ce serait pour le coup un autre Las Vegas, mais en plus miteux. Est-ce justifié ? Une simple pause déjeuner dans cette ville ne nous en donne pas l'impression. Les ors clinquants des grands casinos sont bien là, accueillant joueurs dans une atmosphère éthérée et, selon la rumeur, saturée d’oxygène pour maintenir tout ce beau monde dans une douce euphorie. Quoi qu'il en soit, cela fonctionne et possède un charme certain qui rend la fréquentation fugitive des tables de jeux moins sordide qu'on pourrait se le figurer.

Rive sud du Lac Tahoe

Stars, stripes and Tahoe

Nous dormons ce soir près du Lac Tahoe. L'endroit est connu : il s'agit d'un des plus grands lacs de montagne américains. Peut-être, mais pas de coup de foudre. Il y a trop de monde, des 4x4 charrient des bateaux emplis de kayaks tandis que des enfilades infinies de cyclistes en habits fluo se disputent le trottoir avec des joggeurs musculeux.

Et puis, des lacs comme ça, il y en a plein chez nous, et s'ils sont un peu plus petits, on se demande ce que ça change à l'affaire. Certes, c'est joli. Mais bon, de là à faire le voyage transatlantique pour jouer des coudes sur les rives du lac Tahoe...

Premier accroc du voyage pour l'hébergement : la chambre climatisée avec baignoire dûment réservée ne comporte ni baignoire, ni climatisation. La piscine quant à elle est à sec. A la réception, une autre famille a encore moins de chance que nous puisque sa réservation s'est évanouie dans la nature. Je vois le père, PC portable grand ouvert, faire les cent pas dans la réception, en ligne directe avec un gérant visiblement peu concerné par l'affaire, tandis que femme et enfants virent pivoine.

A l'écoute de mes pauvres problèmes de clim, la réceptionniste réagit comme dans mes lointaines lectures de Pif Gadget. Elle se dresse, ouvre un placard, en extirpe une poche de glace qu'elle plaque sur le haut de son crâne. Puis, ainsi coiffée, elle emprunte la sortie pour s'en aller déambuler au petit bonheur la chance dans la pinède bienfaisante. Tant pis pour les visiteurs avec leur lot de clim fantôme, de baignoire invisible et de réservation évanescente. Mais il faut respecter la douleur d'une hôtesse au bord de la crise de nerfs.

Pluie consolatrice

Au crépuscule
RI Risiol Regular ·
Oui, oui, très juste, on peut planifier assez loin tout en laissant une part de liberté pour appréhender l'imprévu. Les Etats-unis se prêtent bien à ce petit jeu.

oui et ailleurs aussi parfois. En France nous avions été émerveillés en nous retrouvant sans le planifier, à Baume-les-Messieurs...

Décevante mésaventure à cet hébergement. Accueil plutôt inhabituel il me semble. Ces deux dernières photos sont magnifiques. On dirait presque du noir et blanc avec une touche de couleurs
Le bonheur et les voyages sont des choix que chacun fait à sa guise. C'est une question d'attitude...
OL Oltean Regular ·
Je savoure tes textes, même si c'est silencieusement derrière mon écran et je vais noter ton trajet, j'aime beaucoup ces bourgades , concentrés de cette Amérique profonde qu'on adore traverser, mais où on ne songerait pas à rester, incarnations de nos rêves américains, perdues au milieu de ces immensités, qui elles aussi nous fascinent, tant d'espace libre ayant disparu de notre vieille Europe

Hello Sissi,

C'est trop souvent vrai, hélas. Les grands espaces se font rares sur notre continent. On mesure mal l'intense impression de liberté que l'on peut ressentir à l'intérieur des terres américaines.
OL Oltean Regular ·
Décevante mésaventure à cet hébergement. Accueil plutôt inhabituel il me semble.

Oui. C'est très rare aux Etats-unis, selon notre expérience. D'ordinaire, le sens du service est exceptionnel et tout est mis en oeuvre pour bien servir le client. Mais là, c'est le pompon. L'hôtel est laissé entre les mains d'une réceptionniste complètement débordée et sans aucun pouvoir. On comprend son moment de faiblesse. Le gérant, lui, est loin d'ici, à Sacramento, et la seule suggestion qui nous est donnée, c'est de l'appeler ou de lui écrire. Pour remplacer la clim, ce qui est le sujet le plus critique au vu de la chaleur ambiante, on nous donne un petit ventilateur, qu'il faut recouvrir d'un linge humide.

J'ai écrit à la fois au gérant et au site de location. En bref, le premier m'a répondu que c'était comme ça, il n'y a ni baignoire ni clim, et la piscine est à l'abandon depuis des années, fin du débat. On a connu des professionnels plus conciliants. J'ai mieux compris, à ce moment, le désarroi du type dont la réservation s'était envolée.

Le site de location m'a demandé des photos pour appuyer mes dires. J'ai répondu que je ne savais pas faire de photo d'une clim qui n'existe pas. Ils ont fini par en convenir et remboursé une partie du prix payé.

Ces deux dernières photos sont magnifiques. On dirait presque du noir et blanc avec une touche de couleurs

Merci ! L'approche du crépuscule et l'averse abondante expliquent le ton discret des couleurs.
OL Oltean Regular ·
Lac Tahoe, Sacramento, Oakland

Nous entrons dans Sacramento, la capitale californienne. On a beau fuir les clichés, ils vous rattrapent au galop : sitôt garés au centre de Sacramento, nous voyons surgir un jogger tous pectoraux déployés. Au ralenti, ce Schwarzenegger en petites foulées aurait fait un tabac dans Baywatch.

Bled runner

Sacramento est une ville tranquille. Trop, sans doute : en ce dimanche, les rues sont vides et les commerces fermés. Un seul resto est ouvert. Mais quel resto ! Tous les noceurs du coin se donnent rendez-vous à Pizza Rock, sous une voûte imitant celle de la Chapelle Sixtine : dans la version californienne, Dieu le Père tend à Adam une guitare électrique. Bien sûr, il n'y manque pas, au pays de Mickey, l'ange.

Effet bœuf sous le toit

Question déco, on a vu grand. Un énorme camion a été encastré dans un mur et l'engin surplombe ainsi une partie de la salle. Et ce cauchemar droit sorti de Duel se met à beugler comme mille diables quand les buveurs de Bud Light célèbrent un happy birthday. On l'a compris, ce n'est pas un resto zen.



Coucou suisse, version Californie

La route pour finir nous mène dans le voisinage de San Francisco. Les tarifs de cette dernière ville étant ce qu'ils sont pour l'hébergement, nous nous sommes rabattus sur Oakland. Non sans déplaisir d'ailleurs, fidèles à notre volonté de ne pas aller "là où tout le monde va". Et puis, nous avons déjà visité San Francisco en 2011. Cette fois-ci, nous irons dans ces coins que nous ne connaissons pas encore.

Fresque murale à Oakland

A quoi ressemble Oakland ? Il faut bien le dire : à une banlieue digne de certaines zones franciliennes, et pas des plus fréquentables. "Il ne faut rien laisser de visible dans la voiture, nous dit notre hôte. Il y a sans cesse des vols, et on ne compte plus le nombre de vitres cassées. Et si vous sortez le soir, il vaut mieux rentrer avant dix heures. Bon, il n'y a pas vraiment de danger, mais c'est préférable".

Cette litote prudente a tout pour inquiéter. Une virée dans la cité nous instruit. Pas grand chose à voir avec Frisco : peu de commerces, pas de touristes. Nous devons être les seuls, en tout cas les seuls à oser mettre le nez dehors. Les rares magasins drainent une clientèle déclassée, des hommes en haillons, des familles avec femmes en voile intégral, et partout une crasse qui fait croire que le ramassage des ordures n'a pas cours. Un type, en pleine rue, beugle je ne sais quoi. Je me demande un instant s'il parle au téléphone mains-libres, mais non, il n'a pas d'oreillette - ou alors si discrète qu'elle est invisible. Il est vrai que je ne suis pas allé voir de près. On se dirige vers l'autoroute : sur la bretelle d'accès, la voiture doit se frayer un chemin précautionneux entre immondices et tentes d'homeless dressées à même la chaussée.

Jack London Square

Seul coin fréquentable - mais, du coup, vraiment trop sélect pour être honnête - est le Jack London Square, une marina aménagée caressée par le vent marin. Là, au clair de lune, l'on médite sur la condition du peuple de l'abîme. Oakland by night
SI Sissi57 Globetrotter ·
Les laissés pour compte du rêve américain abondent....L'insécurité ou son sentiment aussi. L'été 2017 nous avons rendu visite à notre fille qui vit à Berkeley, elle a tenu à sélectionner elle même le AirBnB ( chez elle, problème de place) où nous avons logé en connaissant les quartiers, et cela se joue à une ou 2 rues près.
Je n'aurai pas le temps...
OL Oltean Regular ·
Les laissés pour compte du rêve américain abondent....L'insécurité ou son sentiment aussi. L'été 2017 nous avons rendu visite à notre fille qui vit à Berkeley, elle a tenu à sélectionner elle même le AirBnB ( chez elle, problème de place) où nous avons logé en connaissant les quartiers, et cela se joue à une ou 2 rues près.

Ah, nous sommes passés par Berkeley, je voulais visiter le magasin de CD Amoeba et Rasputin Music, sur Telegraph Avenue. La ville semble un peu mieux qu'Oakland en vérité, mais je vois parfaitement ce que tu veux dire.
OL Oltean Regular ·
A une heure d'Oakland, le parc naturel de Muir Woods héberge une mémorable collection de séquoias, ces arbres géants que mes lectures de jeunesse décrivaient avec des mots merveilleux. Peut-on se rendre en Californie sans rendre un hommage ému à ces rescapés sans âge ?

Oakland - Muir Woods -San Francisco

Pour rejoindre Muir Woods, nous empruntons une autoroute devenant route simple puis chemin de montagne. Ses lacets aigus déchirent une brume épaisse. Ce n'est pas que nous sommes très haut : le brouillard, dans cette région, est un phénomène ordinaire et déconcertant, fruit du choc entre le Pacifique et l'air continental.

Sur place, la route est bouchée. Nous voyons de nombreuses voitures faire demi-tour. La raison apparaît crûment quand nous sommes nous-mêmes refoulés : toute visite doit être dûment réservée, planifiée à l'heure précise et payée sur internet. "C'est nouveau", nous dit-on. Nouveau, on veut bien le croire, car l'information n'avait pas pointé le bout de son nez lors de la préparation du voyage ; fâcheux, à n'en pas douter. Nous en sommes quittes pour revenir le lendemain, après avoir réalisé les opérations en ligne.

Dans l'attente, nous nous réfugions à Sausalito, ville du bord de mer. Toute la panoplie de l'horreur s'y déploie sans vergogne : boutiques hors de prix flanquées de restaurants fadasses. Pour que la débâcle soit complète, on doit se frayer un passage parmi le ramassis de jobards venu claquer leurs économies de l'année dans des colifichets onéreux made in China.

La randonnée du lendemain au cœur de la forêt des séquoias adoucit cette déconvenue. Les arbres, eux, n'ont rien à vendre, et l'on peine à prendre la mesure de ces colosses séculaire dont la cime chatouille la brume. Finalement, on apprécie le fait d'avoir dû réserver. Ce système de quotas met pour un temps la sourdine au bal des casse-pieds.

Sanctuaire

Vers l'inconnu

Cimes

Ramures

Retour via Golden Gate. Surprise, il n'y a pas de péage. La traversée est-elle gratuite ? Faut pas rêver. Toutes les plaques d'immatriculation sont photographiées et répertoriées. On paye à des bornes électroniques ou sur internet avant 48h, sinon gare à l'amende.

Nuées sur le Golden Gate



Muir Woods est le dernier parc national que nous visitons cet été. Bientôt nous prendrons le vol retour pour Paris. Dans l'avion, j’échange quelques mots avec nos voisins, tous en-chan-tés de leur séjour à San Francisco. "Pourquoi, pas vous ?" me demande-t-on d'un ton incrédule. J'hésite à répondre. Je connais assez bien les regards torves que suscite le Frisco-sceptique. Et je ne voudrais pas hériter d'une fatwa.

Et pourtant, en mon for intérieur, je dois me l'avouer : non, San Francisco ne me touche pas. J'ai trop vu de ces pseudo-beatniks munis de l'IPhone dernier cri déambuler au fil de trottoirs crasseux. L'excentricité des gens du coin est devenue la norme - une norme déplaisante et connectée. La terrifiante union du Flower Power et de la Silicon Valley a engendré un monde crade et techno envahi de babas pas cool obnubilés par Apple.

Et si encore le temps était agréable ! Mais voilà, même au cœur de l'été, un climat de chien vous fait croire qu'il est 19h en début d'après midi. On crève au soleil, et l'ombre fait grelotter. Par-dessus le marché, la brume épaisse du début de soirée surgit de l'océan pour venir se poser sur la ville, donnant l’embarrassante impression de vivre dans une perpétuelle mi-saison.

L'art du selfie en zone oblique (Lombard Street)





Pas Lombard, mais pentu quand même

Bien sûr, la ville a ses mérites. Elle nous parle pêle-mêle de maison bleue adossée à la colline, de courses effrénées menées par Phileas Fogg ou Frank Bullit. C'est la cité de Jack London, des Fabulous Furry Freak Brothers, des hippies, d'une certaine douceur de vivre dont l'âge n'a pas atténué la légende. On y trouve librairies, monuments, musées, l'un des meilleurs orchestres symphoniques du continent, quais aménagés donnant sur Alcatraz et le Golden Gate. On goûte son cosmopolitisme à Chinatown ou Japantown. Et puis, c'est une ville qui ne désempare pas l'Européen, on s'y retrouve, ses quartiers sont clairement identifiés autour de différents "centres". Et ses rues pentues sont un régal pour la conduite.

Vers la salle du Symphonique

M. Krabs contre l’Amérique

Guide et car

Belles Américaines

Hélas, le siège de l'orchestre symphonique est fermé. Je consulte le programme de l'été : une mise en musique de la Petite Sirène. Pas celle de Dvořák et Kvapil, non, celle de Walt Disney. Fuyons. Les célèbres piers jetés dans le Pacifique ont été aménagés pour accueillir le touriste. Bingo ! C'est la bousculade permanente, un genre de Montmartre sans Place du Tertre. Prenons la voiture. La placidité des grands espaces est un lointain souvenir. Ici, les conducteurs ne s’embarrassent pas avec les limitations de vitesse, méprisent les distances de sécurité et s'invectivent sans façon. J'ai enfin compris ce que signifiait cable car : c'est quand un type pète un câble au volant.

Ville de trafic

Le président aux chiottes !

Ernest à terre

Que l'on daigne me croire : beaucoup de choses en Amérique me fascinent. Les articles posés ici et ailleurs au fil des années sont un témoin assez important de cette affection sincère. L'une des plus grandes qualités de ce pays est l'amour de la liberté. La liberté, contrairement à ce que croient beaucoup d'idéologues, ne produit ni beauté, ni luxe, calme ou volupté. Elle se contente de les rendre possibles : cela peut sembler modeste. Mais c'est l'essence même de la recherche du bonheur. On peut trouver l'incarnation de cette pensée à San Francisco, comme dans le Montana, à Packwood ou à Spillville. Autant d'accomplissements différents de la même idée, façonnés par les hommes qui les ont cultivés à leur manière. Que le lecteur me pardonne de trouver celui de San Francisco moins désirable.

Un héros local

Achever son séjour en Californie a tout de même un mérite. Ce mélange de standing et de laisser-aller, ces resto chers courus par les étrangers, ces voitures fébriles courant au long de rues négligées, tout cela fait respirer avant l'heure un parfum parisien.

Au revoir, San Francisco
DI Diamina Globetrotter ·
Coucou,

La photo que je préfère de ton dernier post est celle du papier cul trump: ça doit être parfait pour les chiasses carabinées!!!😏

J'ai noté ton manque d'enthousiasme pour SF. Mais j'aime bien les photos pleines de brumes, ça donne un petit côté mystérieux!! Concernant le paiement de la traversée du golden gate, est-ce marqué quelque part le mode de règlement?

Je connais assez bien les regards torves que suscite le Frisco-sceptique. Et je ne voudrais pas hériter d'une fatwa.

Les frisco fans sont ils extrémistes à ce point?😏

Achever son séjour en Californie a tout de même un mérite. Ce mélange de standing et de laisser-aller, ces resto chers courus par les étrangers, ces voitures fébriles courant au long de rues négligées, tout cela fait respirer avant l'heure un parfum parisien.

Est-ce l'expression d'une certaine langueur que procure l'éloignement du pays de ses ancêtres tant aimés, ou le regret de quitter une terre étrangère qu'on vient d'apprécier?🤪

En tout cas, c'est un peu tristounet que je lis ces lignes, car je me suis délectée tout du long, même si je ne disais plus rien vers la fin. (à tord, je le reconnais humblement). Merci infiniment pour tous ces bons mots, ces références cinématographiques et musicales savoureuses, tes phrases si bien tournées qu'elles élèvent l'âme.

A bientôt pour une autre épopée asiatique...
Nord Chili, NOA, Sud Lipez, La Paz août 2012 https://voyageforum.com/forum/mois_dans_andes_peripeties_en_altitude_D5526293/ Apologie du southwest en hiver https://voyageforum.com/forum/apologie_sud-ouest_etats-unis_en_hiver_D5851267/ Impressions d'Afrique et de Namibie
OL Oltean Regular ·
Coucou,

La photo que je préfère de ton dernier post est celle du papier cul trump: ça doit être parfait pour les chiasses carabinées!!!😏

Carabinées, tu dis ça pour faire plaisir à la NRA.

J'ai noté ton manque d'enthousiasme pour SF. Mais j'aime bien les photos pleines de brumes, ça donne un petit côté mystérieux!! Concernant le paiement de la traversée du golden gate, est-ce marqué quelque part le mode de règlement?

Peut-être, mais nous n'avons rien vu... C'est quand nous avons constaté le nombre de voitures garées sur les parkings après le pont que nous nous sommes doutés qu'il y avait un règlement à faire (à des automates). Sitôt rentrés, j'ai trouvé le site qui permet non seulement de payer un passage (on a deux jours pour le faire) mais encore de donner l'autorisation de prélever la carte de crédit pour les traversées à venir.

Je connais assez bien les regards torves que suscite le Frisco-sceptique. Et je ne voudrais pas hériter d'une fatwa.

Les frisco fans sont ils extrémistes à ce point?😏

Sur le coup, un touriste heurté dans ses convictions peut avoir des réactions imprévisibles. Mieux vaut avancer masqué.

Achever son séjour en Californie a tout de même un mérite. Ce mélange de standing et de laisser-aller, ces resto chers courus par les étrangers, ces voitures fébriles courant au long de rues négligées, tout cela fait respirer avant l'heure un parfum parisien.

Est-ce l'expression d'une certaine langueur que procure l'éloignement du pays de ses ancêtres tant aimés, ou le regret de quitter une terre étrangère qu'on vient d'apprécier?🤪

En l'occurrence, je pense être sincère, je n'aime vraiment pas San Francisco. Evidemment, le fait que ce soit la dernière étape doit jouer, car je me rends alors compte que plus aucune découverte ne viendra balancer cette déconvenue... chose que l'on pouvait se dire à Seattle ou Winnemucca.

En tout cas, c'est un peu tristounet que je lis ces lignes, car je me suis délectée tout du long, même si je ne disais plus rien vers la fin. (à tord, je le reconnais humblement). Merci infiniment pour tous ces bons mots, ces références cinématographiques et musicales savoureuses, tes phrases si bien tournées qu'elles élèvent l'âme.

Heureusement que tu es là pour apporter du réconfort à l'auteur du dimanche ! Un grand merci. Cela dit, j'ai déposé ici trois carnets sans interruption depuis le 11 août, à raison d'un message par jour, j'avoue que je me languis de consacrer mon temps libre à autre chose. Sans compter que j'ai dû modifier çà et là les carnets initiaux, pour retirer quelques provocations gratuites qui auraient pu froisser les lecteurs de VF (mais en en laissant tout de même quelques-unes, hein, c'est mon côté pervers).

A bientôt pour une autre épopée asiatique...

Espérons-le. Pour l'instant, de vagues projets, mais aucun engagement ferme... Les débats familiaux se poursuivent sporadiquement...

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