Gisèle et Gabrielle, merci de vos encouragements.
En fait, des sites ayyanars, il y en a des tonnes, tout les 4 ou 5 km, presque dans chaque village. Il faut regarder sur Google maps en zoomant au maximum, ils sont tous indiqués ! On s'est arrêté pour en voir une douzaine, sans trop nous éloigner de la grande route ce jour là et de notre itinéraire les jours suivants mais on aurait pu en voir beaucoup plus avec plus de temps. Il y en a beaucoup aussi du côté de Pondicherry, mais plus modernes je dirais, avec des statues en ciment très colorées.
Samedi 29 février, de Trichy à Pudukkottai suite
Je continue de décrire le même site, je n'avais pas pu insérer toutes les photos ...
Au milieu, un peu plus loin chevaux et éléphant anciens, statuettes d’hommes et de femmes, pierres, lances, cabane-temple moderne avec lampadaire et hauts-parleurs, prêtre torse nu, arbre aux souhaits (ici ce sont des centaines de bangles en verre qui sont suspendus,

armées de vaches de différentes tailles entourant les statues noires de la déesse (c’est une déesse, elle a des seins). Nous ne savons pas où donner de la tête tant c’est riche de formes, de couleurs, de motifs peints sur les statues. Pas mal de têtes de bonhommes cassés traînent ça et là.
Nous arrivons enfin au second ayyanar que j’avais prévu, qui s’avère être le 5ème de la matinée, celui nommé Sangilli Karrupar sur la carte. Un peu plus moderne que les autres, il a un temple en dur, couvert de carrelage à l’extérieur, et à côté, un féroce Ayyanar de plus de 2,5 m de haut, rouge en short bleu, dents et langues sortis de la bouche.

Ici aussi, des vieux chevaux et vaches ayant perdu leurs couleurs, des plus récents, mais jolis quand même car en terre cuite peintes,

(et c’est beaucoup moins raides que les statues en béton, qui il faut le dire, sont plutôt mastoc , un Nandi tout ce qu’il y a de plus normal (étonnant), sur un piédestal rouge et blanc, comme les murs des temples.

La petite vache en terre cuite peinte a bien meilleure allure non ?
On quitte la grande route par la droite, en passant sous une grande arche pour s’enfoncer dans la campagne, en direction de Narthamalai, notre prochaine étape.
Avant d’y arriver, encore un petit bois sacré contre la falaise, Pathinettampadi karrupar temple ayyanar entre quelques arbres, toujours des vieux chevaux faisant une allée processionnelle menant à une volée d’escalier, 7 marches taillées dans la roche, avec les sempiternelles lances noires, qui sont juste contre la haute falaise.


On revient sur nos pas pour une petite grimpette dans les rochers qui nous mène à un petit temple ancien où un groupe de pèlerins fait une puja.

Des chèvres se baladent sur les rochers, en contrebas, de l’eau dans un creux de la roche forme une espèce de piscine et regorge de lotus ou nénuphars (je n’ai encore pas compris la différence). Contre la falaise, un temple plus récent adossé à la roche, qui est malheureusement fermé. Le groupe de pèlerin nous appelle et nous convie à partager leur repas (ils ont avec eux des tonnes de gamelles en métal), dès qu’ils auront fini leurs prières, dans 30 mn disent-ils. C’eût été sans doute sympathique mais Pandi nous dit que cela va prendre bien plus de temps et que nous avons encore un programme chargé … il est midi passé et nous n’avons vu que deux choses de mon immense liste de la journée … Bref, après une séance photo souvenir, nous prenons congé du groupe. Il fait, au milieu de ces roches, une chaleur épouvantable. Pas le moindre coin d’ombre, excepté sous un arbre temple fourmilière ripoliné de jaune où certains membres du groupe vont déposer des offrandes.

La campagne est belle jusqu’à Narthamalai, les rizières sont vertes pour la plupart, les meules de foin sèchent sur les rochers, les gens travaillent dans les champs, les cocotiers rythment le paysage.

Nous voici enfin au pied de la colline de Narthamalai, impressionnante vue d’en bas, où nous devrions trouver un joli temple, le Vijayalaya Cholisvaram, datant du VIIIème ou Xème siècle. Pandi nous fournit un parapluie pour nous protéger du soleil … sympa mais pas si facile pour marcher en dévers sur des roches … La grimpette n’est pas si compliquée qu’il n’y paraît vu d’en bas, n’eût été la chaleur. La roche n’est pas glissante du tout. Nous arrivons en vue d’un temple en briques et béton, très moche, où des jeunes prennent un semblant de frais à l’ombre des murs. Derrière eux, un trou dans la roche, avec un temple de Shiva creusé dans le rocher en contrebas, où l’on devine un Limgam décoré. On continue la grimpette pour tomber sur un joli temple ancien entouré de cinq templions (panchavattas).

Derrière, deux temples creusés dans la roche, côté à côte. De là- haut, la vue est magnifique sur les environs. Au pied de la falaise sur laquelle nous évoluons, un immense plan d’eau, des rizières, au loin, des grands rochers.

Nous redescendons tranquillement sous une cagna d’enfer. On descend un peu trop bas et par chance, nous tombons sur un nouveau bois sacré contre la falaise, au milieu de quelques arbres et broussailles, que nous admirons de loin car il faudrait prendre des risques pour descendre, c’est très escarpé. Nous ne tentons pas le diable…

Dans un village en passant, un très vieux chariot (pas enfermé complétement dans un abri métallique comme partout en ville mais seulement surmonté de quelques tôles rouillées pour le protéger des intempéries) nous fait de l’œil. Pandi stoppe immédiatement la voiture et nous voilà parties, pour admirer les sculptures mais en arrivant, petite appréhension car des singes ont élu domicile dans le chariot et nous ne sommes guère téméraires, d’autant que nous avons nos lunettes. Des femmes sortent du minuscule temple moderne mais décati qui jouxte le chariot pour voir ce que nous faisons. Elles semblent ébahies que nous prenions ce vieux truc en photo.

Un peu plus loin, nous arrivons devant chez un potier, qui a quelques chevaux tout prêts, mais qui font plus d’un mètre de haut. Comment pourrions -nous rapporter de tels objets ? On demande si par hasard il n’a pas de petits formats. Oui, il en a dit-il et il revient triomphalement avec ce qui ressemble à un faon et à une marquise. Nous sommes bien ennuyées de le décevoir et de ne rien lui acheter mais non, on ne va pas s’encombrer avec des horreurs pareilles.
On retombe sur un nouveau site Ayyanar dans les environs du village d’Oorapatti. J’ai noté, selon les indications de Pandi que c’était Achkalam Kathu ayyanar, un peu identique à ceux déjà vus, des chevaux, certains très grands (au moins 2 mètres, d’autres plus petits, des grands ayyanars en terre cuites assis sur des espèces de maisons ou temples très basiques, un arbre sacré, des lances colorées (première fois), et des chèvres un peu partout, qui grimpent sur les escaliers et sans doute sur les statues de temps en temps.

Sur le même site, quelques ayyanars plus récents, colorés assez violemment, en turquoise et en rose bonbon, dans les broussailles et sous un auvent sommaire en tôle ondulée. A côté du auvent, un énorme cheval plus haut que le toit, très ancien. Sommes une fois de plus émerveillées, quelle journée !

Une allée processionnelle très large, nous emmène à la découverte d’immenses chevaux, plus ou moins cassés mais cela reste magique. Combien de temps ces lieux vont-ils encore durer ? Nous arrivons au bout de l’allée, au bord d’un petit chemin qui fait face à un étang et là, un magnifique cheval monte la garde.

Ouah ! Quel site. Je ne me rappelais pas que c’était si extraordinaire mais l’écriture de ce journal, en visionnant attentivement les photos prises ce jour là montre une telle variété de chevaux, avec des détails très différents selon les sites (j’ai lu quelque part que les prêtres sont de la caste des potiers et que c’est eux, à une époque, qui façonnaient les chevaux du bois sacrés, commandés par avance par les fidèles), d’où la variété des styles. Ici, les très grands, sont particulièrement exceptionnels, avec des détails sur la tête (clochettes, harnais, naseaux) particulièrement impressionnants.
Un peu plus loin, nous tombons sur un autre bois sacré, bien plus petit, China Ayyanar, qui signifie selon Pandi « Petit Ayanar ». Une cinquantaine de vaches et chevaux en terre cuite, quelques Ayyanar en terre cuite, des lances colorées, mais surtout, des vraies vaches faméliques et des chèvres qui se baladent au milieu, au risque de tout écraser.Les cris du vacher qui essaient de les éloigner ne semblent pas les effrayer. Nous tremblons pour les statues … Comme d’habitude, nous devons être pieds nus, au milieu des épines, des bouses et des crottes de chèvres. Ici par contre, pas d’immondices, tout est net.

Quelques kilomètres plus loin, je remarque en passant un charmant village, avec de nombreuses jolies maisons blanches ou bleues pâles, aux toits de chaume. Un super joli village, si rare et si photogénique que je demande à Pandi de s’arrêter pour prendre quelques photos. Je m’enfonce un peu dans les rues de terre battue, mes compagnons me suivent, sachant que quand je démarre, ils ne vont pas pouvoir me retenir et alors, autant me suivre … et là, surprise, c’est un énorme village, avec des centaines de maisons identiques ou presque.


Une fois de plus, ma curiosité et mon culot ont payé, car nous voici en train de converser avec un couple charmant (en fait, c’est plutôt Pandi qui converse et nous traduit ce que ces personnes lui expliquent. Ce village existe depuis 1941-1942. Ce sont des gens qui viennent de Madurai, leur village aurait été rasé pour construire un aérodrome et ont les a délocalisé ici. Ils parlent de religion, toutes les religions sont égales, Dieu est unique, ils évoquent Jésus, Shiva, Mahomet etc … L’histoire paraît bien étrange …

Ils nous envoient au temple, où des personnes parlant anglais pourront nous renseigner un peu mieux, car ils le sentent, ils ont piqué notre curiosité. Nous voilà tous les trois partis dans les rues qui se ressemblent toutes, pas facile de se repérer, même pour les locaux j’imagine. Beaucoup de maisons sont fermées par un cadenas. A un moment, un jeune, qui semble un peu simple d’esprit nous demande d’enlever nos chaussures pour continuer à marcher dans les rues. Nous approchons du temple, explique-t-il à Pandi et le territoire devient sacré, d’où les pieds nus ! Effectivement, on arrive au temple, un grand édifice en bambou et chaume, ouvert sur les côtés, où des hommes vêtus en orange nous accueillent. Ils nous expliquent le principe de ce village, construit effectivement dans les années 40 pour les membres d’une religion nouvelle (une secte ?), basée à Madurai. Un des prêtres écrit sur mon carnet le nom du village, le nom de la religion, et ce que je dois écrire sur Google pour avoir les renseignements appropriés à leur sujet. Je n’ai pas pensé à prendre une seule photo, ni du temple, très étonnant de sobriété et de naturel, ni des prêtres ! La religion ou secte se nomme Maraki kaitheenda Salai Andavargal Meimathan.
Mon quota de photo est dépassé, alors, je vous demande un peu d'imagination pour la suite de la journée ...
Nous arrivons vers 16 h 30 vers Sittanavasal, LE site du coin, le seul payant, surveillé par l’ASI, et là, cela ne passe pas trop, on trouve cela bof, tant pour le prix (300 rs /1) , pour 5 mn de visite, photos absolument interdites. Il y a là des grottes jaines, somme toute assez petites, qui contiennent de très anciennes fresques. La grotte a été creusée dans une falaise très haute, très raide au 7ème siècle. Les peintures murales sont faites avec des couleurs végétales, on peut deviner des lotus et quelques personnages mais rien de transcendant. En tout cas pas, après la journée passée dans les bois sacré ou sur les rochers de Narthamalai. Je pense, et mon amie aussi qu’on peut s’en passer sans problème... il y a tant d'autres choses à voir dans les environs. Nous verrons d’ailleurs le lendemain, de bien plus belles peintures dans des grottes du Chettinad, peut-être moins anciennes, encore que, à 100 ans près ...
Il y a à Sittanavasal beaucoup de monde, ce qui n’arrange pas notre impression mitigée, donc un groupe d’étudiants en architecture (c’est écrit sur leur bus).
Dernier arrêt du jour pour un petit temple perdu que j’ai repéré je ne sais où, le temple Ariyur Sri Neenakshi Sura reswar car je ne retrouve rien sur cet endroit sur internet en recherchant au retour. Bref ! j’avais écrit cela sur le programme donné à Pandi, et il n’a de cesse de nous le trouver. Nous voici donc parti avec l’aide de Google maps, dans une campagne complètement perdue, et on arrive devant un site Ayyanar, encore un, assez petit (quelques chevaux entourant un pierre carrelé sur laquelle reposent les statues noires. Pas de quoi se déplacer mais ce n’est pas cela que nous cherchons mais un temple en dur, ancien. Les locaux, inquiets de nous voir traîner par là, viennent voir ce que nous fabriquons devant le bois sacré et nous suivent, en moto s’il vous plaît (ils nous précèdent plutôt), au temple, qui se trouve au bout d’un petit chemin de terre, à 300 m tout au plus du bois sacré. Joli petit temple en pierre blonde, avec un petit vimana, entouré de cocotiers. Rien d’exceptionnel mais nous n’étions pas loin … Les locaux ne nous lâchent pas, ayant sans doute peur que nous dérobions quelque chose car ils ne sont pas là pour demander des selfies ou nous faire la conversation. On sent une certaine inquiétude.
Nous ne nous attardons pas, il est déjà tard et comme d'habitude, nous n’avons pas réservé d’hôtel. Celui repéré hier soir sur internet est mal placé et nous inspire peu. Nous allons à celui indiqué par Yann 55 sur son blog, qui comme d’habitude ont une bonne adresse, le Shivalaya hôtel, où pour 950 nous avons une grande chambre sans AC, mais avec la wifi car elle se trouve presque au- dessus de la réception, alors que celles avec clim à 1800 rs, dans une autre aile du bâtiment ne captent pas la wifi. Comme nous allons rester 3 nuits, on va voir si on supporte la chaleur. L’envie de wifi l’emportera et nous resterons dans notre chambre avec fan, et balcon ou plutôt coursive.
Nous partons en ville chercher un bar où boire une Kingfischer, sans succès. Le bel hôtel Grand, où nous prendrons nos petits déj et nos dîners tous les jours ne sert pas d’alcool (c’est pourtant un chouette hôtel avec des chambres à 3000 rs !) et nous indique le Shivalaya pour boire un verre. Il est tard, nous sommes épuisées et n’allons pas retourner là-bas, où il n’y a rien à manger. D’ailleurs, il est où ce bar au Shivalaya ? Repas au resto de l’hôtel Grand, très chouette, très bon, très climatisé, pour un des repas le plus cher du séjour, 800 rpies mais nous nous sommes laissées aller, d’autant que nous n’avons rien mangé ce midi, trop occupées à courir les Ayyanars. En fait, c'est le soda qui nous a augmenté la note ! De l'eau pétillante que l’on nous a servi en verre avec une paille et facturé 100 roupies le verre, au lieu des 20 habituels pour une bouteille de 60 cl !
Je ne sais pas faire court, alors excusez tous les détails ...