Vers l'Orient dans les années 1970
by GeorgesOZ
This discussion is in French, the community’s main language.
J’ai accompagné Martine et Catherine jusqu’à Khwâzakhela, plus bas dans la vallée vers Mingora, où elles veulent acheter quelques babioles. Juste au moment de reprendre le bus, une pluie torrentielle éclate et nous nous réfugions précipitamment dans une boutique où les marchands nous servent gentiment du tchaï en attendant que la pluie se calme.
Les filles sont plutôt dures avec les commerçants. Elles ont la folie de la persécution, font des têtes d’enterrement quand on arrive aux prix, et partent toujours en engueulant les types. Bon, d’accord, elles ne roulent pas sur l’or, mais qu’est-ce qu’elles s’imaginent ? Et puis, monter dans un bus avec elles, ce n’est pas cool. Elles ont des bâtons avec lesquels elles font mine de menacer les hommes. 😠 Je comprends bien que ça ne doit pas être du gâteau, pour des filles, de voyager dans certains pays où les hommes sont extrêmement frustrés, sexuellement, et se font des idées fausses sur les femmes qui voyagent toutes seules. Mais quand-même, je trouve qu’elles exagèrent un brin.
D’ailleurs, leur discours commence à me courir sur les nerfs. Elles n’arrêtent pas de se plaindre de ce qui se passe autour d’elles. Ou alors, elles se lancent dans un petit cinéma où elles se montent en vedette. Combien de fois ai-je dû entendre Martine raconter qu’on l’avait surnommée « la princesse », à Mumbay ? Pour quoi ? Pour ses belles allures ??? 😇 Et puis il y a ces allusions fugitives à un séjour en Israël avant d’arriver ici, où Catherine s’est fait mettre en cloque (elle doit bien être dans son 5-ème ou 6-ème mois). Ce ne sont que des allusions parce que je ne vaux pas de réelles confidences, allusions dans lesquelles elles laissent entendre qu’il n’y avait là que des gens très bien, impliquant par contraste qu’il n’y a ici que des gens médiocres …. moi par exemple!
Un chat vient nous visiter régulièrement. Les filles déclarent qu’il faudrait lui donner un nom. Je suggère Confucius (j’étais plongé dans mes lectures chinoises). Les filles s’esclaffent de mépris pour avoir une « pensée aussi ridicule », non, il faudrait l’appeler « Bâbâ » ou « Batcha ». Ah non, alors! Puisque nous sommes au Pakistan, il n’est pas question de sortir du jeu « moi, je me fonds dans la population locale» ! Elles souffrent d'une forme de snobisme, c'est clair.
Il est frappant de voir combien de ces fameux « voyageurs » se font des illusions sur leur valeur unique. 😮😐 Quant aux filles, avec le recul du temps, je me rends compte qu’elles n’étaient pas dans un trip facile. Peut-être cela expliquait leur arrogance à mon encontre.
Le soir, Jacques et Germaine, que j’avais déjà rencontrés dans le bus de Kaboul à Peshawar, viennent nous voir avec un tas de victuailles. Il y a aussi Philip, un Australien qui a une tête de sultan arabe ou indien et qui respire un calme et une force impressionnantes, peut-être justement parce qu’il ne dit pratiquement rien et qu’il n’a en fait pas grand-chose à dire ! Il presse toute la soirée une énorme boule de shit sur le feu, du shit excellent que Jacques nous a apporté. Nous fêtons son anniversaire avec 500 grammes de shit qu’il s’est procuré pour l’occasion. 😎 On presse, on presse….. Inutile de dire que nous sommes raides dès le départ. Il passe du monde dans la maison, comme dans un brouillard…
Un soir, la nuit tombée, je suis descendu à la rivière avec Martine pour faire la vaisselle et chercher de l’eau. J’essaie de l’embrasser, il faut dire qu’en dépit de mon irritation grandissante de ses « discours de princesse » elle est assez mignonne et j’ai des petites envies ….. 😛 Elle détourne la tête, sourit, et m’explique : « Bâbâ, tu es un ami, c’est tout ; je ne veux pas commencer d’histoires de ce genre ». 😐
Les filles sont plutôt dures avec les commerçants. Elles ont la folie de la persécution, font des têtes d’enterrement quand on arrive aux prix, et partent toujours en engueulant les types. Bon, d’accord, elles ne roulent pas sur l’or, mais qu’est-ce qu’elles s’imaginent ? Et puis, monter dans un bus avec elles, ce n’est pas cool. Elles ont des bâtons avec lesquels elles font mine de menacer les hommes. 😠 Je comprends bien que ça ne doit pas être du gâteau, pour des filles, de voyager dans certains pays où les hommes sont extrêmement frustrés, sexuellement, et se font des idées fausses sur les femmes qui voyagent toutes seules. Mais quand-même, je trouve qu’elles exagèrent un brin.
D’ailleurs, leur discours commence à me courir sur les nerfs. Elles n’arrêtent pas de se plaindre de ce qui se passe autour d’elles. Ou alors, elles se lancent dans un petit cinéma où elles se montent en vedette. Combien de fois ai-je dû entendre Martine raconter qu’on l’avait surnommée « la princesse », à Mumbay ? Pour quoi ? Pour ses belles allures ??? 😇 Et puis il y a ces allusions fugitives à un séjour en Israël avant d’arriver ici, où Catherine s’est fait mettre en cloque (elle doit bien être dans son 5-ème ou 6-ème mois). Ce ne sont que des allusions parce que je ne vaux pas de réelles confidences, allusions dans lesquelles elles laissent entendre qu’il n’y avait là que des gens très bien, impliquant par contraste qu’il n’y a ici que des gens médiocres …. moi par exemple!
Un chat vient nous visiter régulièrement. Les filles déclarent qu’il faudrait lui donner un nom. Je suggère Confucius (j’étais plongé dans mes lectures chinoises). Les filles s’esclaffent de mépris pour avoir une « pensée aussi ridicule », non, il faudrait l’appeler « Bâbâ » ou « Batcha ». Ah non, alors! Puisque nous sommes au Pakistan, il n’est pas question de sortir du jeu « moi, je me fonds dans la population locale» ! Elles souffrent d'une forme de snobisme, c'est clair.
Il est frappant de voir combien de ces fameux « voyageurs » se font des illusions sur leur valeur unique. 😮😐 Quant aux filles, avec le recul du temps, je me rends compte qu’elles n’étaient pas dans un trip facile. Peut-être cela expliquait leur arrogance à mon encontre.
Le soir, Jacques et Germaine, que j’avais déjà rencontrés dans le bus de Kaboul à Peshawar, viennent nous voir avec un tas de victuailles. Il y a aussi Philip, un Australien qui a une tête de sultan arabe ou indien et qui respire un calme et une force impressionnantes, peut-être justement parce qu’il ne dit pratiquement rien et qu’il n’a en fait pas grand-chose à dire ! Il presse toute la soirée une énorme boule de shit sur le feu, du shit excellent que Jacques nous a apporté. Nous fêtons son anniversaire avec 500 grammes de shit qu’il s’est procuré pour l’occasion. 😎 On presse, on presse….. Inutile de dire que nous sommes raides dès le départ. Il passe du monde dans la maison, comme dans un brouillard…
Un soir, la nuit tombée, je suis descendu à la rivière avec Martine pour faire la vaisselle et chercher de l’eau. J’essaie de l’embrasser, il faut dire qu’en dépit de mon irritation grandissante de ses « discours de princesse » elle est assez mignonne et j’ai des petites envies ….. 😛 Elle détourne la tête, sourit, et m’explique : « Bâbâ, tu es un ami, c’est tout ; je ne veux pas commencer d’histoires de ce genre ». 😐
salut Georges
pas de souci, au contraire je trouve ça très bien pour les repères
pas de souci, au contraire je trouve ça très bien pour les repères
Bon, ben voilà, je continue donc! J'espère que tu as remarqué que j'ai introduit la gent féminine dans mon récit, comme tu en avias fait la demande? Mais ce n'est peut-être pas suffisant? Il suffit de me le dire, j'en rajouterai, hahaha! 😉
Bonjour Christophe et bienvenue!
Tout d'abord, merci à toi et aux autres qui ont réagi sur ma "question éditorialiste" (on dit ça en français?), y compris la personne qui m'avait fait la remarque initiale sur l'usage du "gras"! 🙂
Et je viens juste de jeter un coup d'oeil sur ton website au titre évocateur 😉. Quel pied! Tes photos sont vraiment superbes. Je vais y retourner et me régaler! 😎
Tout d'abord, merci à toi et aux autres qui ont réagi sur ma "question éditorialiste" (on dit ça en français?), y compris la personne qui m'avait fait la remarque initiale sur l'usage du "gras"! 🙂
Et je viens juste de jeter un coup d'oeil sur ton website au titre évocateur 😉. Quel pied! Tes photos sont vraiment superbes. Je vais y retourner et me régaler! 😎
mais là je suis "raccord" avec ton récit...
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Plutôt! Et les "affaires" vont se préciser dans les pages suivantes!
Il n’y avait pas qu’avec les deux sœurs que j’avais des problèmes. Je me sentais écrasé, totalement annihilé par les personnalités des « voyageurs » autour de moi. J’étais tellement différent d’eux, je restais un vacancier, un touriste - l’ultime insulte ! - un jeune con vis-à-vis des filles, de Jacques, de Philip etc qui eux n’étaient pas partis pour quelques deux ou trois mois mais pour plusieurs années.
C’est en tout cas ce qu’ils disaient ou laissaient entendre. Avec le recul du temps, je me demande quelle était bien la réalité derrière ces prétentions. Je suis sûr maintenant que la majorité de ces gens faisaient alors la seule grande expédition de leur vie, celle qu’on peut faire quand on est juste devenu adulte, avant que les complications et les obligations de la vie ne referment bien vite la porte sur les possibilités d’un « grand voyage ». Je voudrais bien voir maintenant ce que sont devenus ces gens que j’avais rencontrés à Madian ! J’ose imaginer Martine redevenue caissière d’une grande surface, Catherine ayant végété d’un petit emploi à un autre…… Comprenez-moi bien, je ne veux en rien critiquer telle ou telle profession mais, plutôt, je questionne ces airs de grandeurs 😇 que se donnaient ces soi-disant « grands voyageurs », cette mythomanie de gens qui se raccrochaient au radeau de leurs quelques mois ou petites années d’exotisme avant de sombrer dans le morne et terne d’une vie tout à fait conventionnelle. 😐
Mais revenons sur le train-train de la vie quotidienne à Madian. Je me rappelle aller chercher de l’eau à l’ « hôpital » où coulait de l’eau potable. De l’eau potable ? Tiens donc, je jurerais maintenant que l’eau venait tout droit du torrent qui coulait à quelques dizaines de mètres à peine, avec tout ce qu’on peut imaginer comme saletés qu’elle avait ramassées en cours de route. Car il ne faut pas se faire d’illusion, l’eau était déjà polluée par des carcasses d’animaux et des déchets humains de tout genre sur les hauteurs. Toucher à cette eau, qui pourtant paraissait si fraîche, si limpide, c’était tirer un ticket de tombola où le prix principal était une hépatite virale carabinée. Et on gagnait très souvent à cette tombola ! 🤪
Un jour, au retour de la « corvée d’eau », nous redescendons jusqu’au pont sous lequel coulent les différents bras du torrent, dont l’un passe juste devant notre maison avant de se jeter dans la Swât à la sortie de Madian. Juste après le pont se trouvent trois moulins, beaux de leur simplicité, et une petite tchaïkhâneh à laquelle on accède par des escaliers glissants. C’est que nous vivons tout à fait dans l’eau, ici ! J’y laisse la jarre d’eau et vais jusqu’à la maison d’un Anglais qui vend des trips « noirs » (! 😮) à 15 roupies dont j’ai entendu dire qu’ils sont très bons. J’en prends trois et fume un bon joint avec l’Anglais. Tom arrive, un Américain vraiment très sympathique, mûr, doux et calme. On sent qu’on peut lui faire confiance.
Sur la route, je croise André, au sujet duquel je m’étais longuement disputé avec Robin, à Mingora, quand j’étais en route vers Madian. Il me sert la main très fortement et me fixe droit dans les yeux, chaleureusement.
À mon retour à la maison, je m’arrête au bord de la rivière, fasciné par le soleil qui se couche sur les montagnes. Celles du fond sont toutes obscurcies par des orages. Le soleil fait éclater de grosses lames de lumière des rivières qui coulent dans tous les sens devant moi. Je reste absorbé, assis sur un rocher …. et je me sens « bhavâgra », à la cime de l’existence…. 😇🙂
Faute de photos que je n’avais pas pu prendre - un certain Carlos s’étant généreusement servi de mes affaires personnelles la première nuit passée à Peshawar 😕 - peut-être serait-il bon de montrer la configuration de Madian sur une photo de satellite. La première jpeg montre le nord de Madian, bordé par la rivière Swât aux flots tumultueux sur la gauche et le torrent dont j’ai parlé. Je trouve extraordinaire, presque 40 ans plus tard, de pouvoir encore si bien reconnaître les lieux. Je distingue visiblement la « maison de Robin », le pont qu’il fallait franchir pour entrer dans Madian, l’ « hôpital » et d’autres endroits dont je parlerai par la suite !
C’est en tout cas ce qu’ils disaient ou laissaient entendre. Avec le recul du temps, je me demande quelle était bien la réalité derrière ces prétentions. Je suis sûr maintenant que la majorité de ces gens faisaient alors la seule grande expédition de leur vie, celle qu’on peut faire quand on est juste devenu adulte, avant que les complications et les obligations de la vie ne referment bien vite la porte sur les possibilités d’un « grand voyage ». Je voudrais bien voir maintenant ce que sont devenus ces gens que j’avais rencontrés à Madian ! J’ose imaginer Martine redevenue caissière d’une grande surface, Catherine ayant végété d’un petit emploi à un autre…… Comprenez-moi bien, je ne veux en rien critiquer telle ou telle profession mais, plutôt, je questionne ces airs de grandeurs 😇 que se donnaient ces soi-disant « grands voyageurs », cette mythomanie de gens qui se raccrochaient au radeau de leurs quelques mois ou petites années d’exotisme avant de sombrer dans le morne et terne d’une vie tout à fait conventionnelle. 😐
Mais revenons sur le train-train de la vie quotidienne à Madian. Je me rappelle aller chercher de l’eau à l’ « hôpital » où coulait de l’eau potable. De l’eau potable ? Tiens donc, je jurerais maintenant que l’eau venait tout droit du torrent qui coulait à quelques dizaines de mètres à peine, avec tout ce qu’on peut imaginer comme saletés qu’elle avait ramassées en cours de route. Car il ne faut pas se faire d’illusion, l’eau était déjà polluée par des carcasses d’animaux et des déchets humains de tout genre sur les hauteurs. Toucher à cette eau, qui pourtant paraissait si fraîche, si limpide, c’était tirer un ticket de tombola où le prix principal était une hépatite virale carabinée. Et on gagnait très souvent à cette tombola ! 🤪
Un jour, au retour de la « corvée d’eau », nous redescendons jusqu’au pont sous lequel coulent les différents bras du torrent, dont l’un passe juste devant notre maison avant de se jeter dans la Swât à la sortie de Madian. Juste après le pont se trouvent trois moulins, beaux de leur simplicité, et une petite tchaïkhâneh à laquelle on accède par des escaliers glissants. C’est que nous vivons tout à fait dans l’eau, ici ! J’y laisse la jarre d’eau et vais jusqu’à la maison d’un Anglais qui vend des trips « noirs » (! 😮) à 15 roupies dont j’ai entendu dire qu’ils sont très bons. J’en prends trois et fume un bon joint avec l’Anglais. Tom arrive, un Américain vraiment très sympathique, mûr, doux et calme. On sent qu’on peut lui faire confiance.
Sur la route, je croise André, au sujet duquel je m’étais longuement disputé avec Robin, à Mingora, quand j’étais en route vers Madian. Il me sert la main très fortement et me fixe droit dans les yeux, chaleureusement.
À mon retour à la maison, je m’arrête au bord de la rivière, fasciné par le soleil qui se couche sur les montagnes. Celles du fond sont toutes obscurcies par des orages. Le soleil fait éclater de grosses lames de lumière des rivières qui coulent dans tous les sens devant moi. Je reste absorbé, assis sur un rocher …. et je me sens « bhavâgra », à la cime de l’existence…. 😇🙂
Faute de photos que je n’avais pas pu prendre - un certain Carlos s’étant généreusement servi de mes affaires personnelles la première nuit passée à Peshawar 😕 - peut-être serait-il bon de montrer la configuration de Madian sur une photo de satellite. La première jpeg montre le nord de Madian, bordé par la rivière Swât aux flots tumultueux sur la gauche et le torrent dont j’ai parlé. Je trouve extraordinaire, presque 40 ans plus tard, de pouvoir encore si bien reconnaître les lieux. Je distingue visiblement la « maison de Robin », le pont qu’il fallait franchir pour entrer dans Madian, l’ « hôpital » et d’autres endroits dont je parlerai par la suite !
J’ai pris un demi-trip noir ce matin.
Tony est très beau, ses cheveux blonds pris dans un turban bleu turquoise pâle (un tissu afghan sans doute). 😎 Ses manières sont calmes et douces. C’est un Italien qui entretient dans sa maison une dizaine de freaks complètement déchus. « La maison de Tony » désigne un rassemblement des junkies les plus lessivés en voie de guérison. Beaucoup viennent à Madian pour redescendre de la morphine ou du speed. La montagne, par le calme de la vie que l’on y mène, leur permet en effet de supporter la privation de drogue plus facilement que dans l’atmosphère excitée des villes (surtout au Pakistan !).
Comment Tony fait-il pour nourrir ces épaves ? Les légumes, il les trouve pour beaucoup dans la nature qu’il connaît à merveille. Régime alimentaire typique de Madian : soupes de cresson cueilli dans les rivières, purées de patates, d’oignons, de tomates, yaourt etc…
Justement, Tony s’est arrêté chez nous (« la maison de Robin ») et nous enseigne sur l’usage des herbes :
- contre les maux de ventre, prendre une herbe appelée Izeubgol au Népal, spêkkol en pakhto, avec du lait chaud sucré pour la constipation ou avec du yaourt et de l’eau chaude sucrée pour la diarrhée. L’ail et le gingembre sont indiqués en cas de diarrhée. - pour les hémorroïdes, faire chauffer de l’huile de moutarde (« tshalsham » à Madian) et masser…. - pour bien dormir, boire une infusion de menthe et de ganja (« l’herbe ») : ça, je crois bien qu’il ne devait pas y avoir à trop forcer les « malades » ! - pour l’hépatite (« ziaré » en pakhto, de « ziar » = jaune), on préconise un mélange de plusieurs plantes : du « jaepal », de l’ « akkhrkara », du safran, du « kolondjian » et du « malati ». - pour éloigner les mouches des blessures, s’oindre d’une pâte de curcuma. Il est vrai que les mouches sont abominables par ici. Au moindre petit bobo, on en souffre littéralement. Il m’arrive de croire qu’elles me mordent et de sursauter de douleur ! - à Madyan, on utilise une racine, « skhawadja », au goût très fort, pour avoir de l’énergie et un bon équilibre sexuel. On la garde en bouche comme une chique. - la vanille (« khowagazeïla » en pakhto) mélangée avec du ghee est bonne pour les rhumatismes. - contre les puces, utiliser la sauge sauvage, « sperkaï », qu’on trouve partout à Madyan. - il n’y a rien de mieux pour soigner les infections des yeux que de brûler des feuilles vertes du « nazarpanya », et si on a mal au cœur, alors il faut les manger. - une méthode pour éloigner les moustiques : brûler de l’herbe « phuti ».
Je ne termine plus mes phrases sur mon carnet de notes… Je suis déjà loin avec l’acide. 😇 Tony maîtrise-t-il bien son sujet, ou s’imagine-t-il ces connaissances? Il doit bien se mélanger les pédales un tantinet, avec toutes ces recettes recueillies (dit-il) au Népal, en Inde et au Pakistan, ce qu’il a dû supplémenter par quelques bonnes lectures. Mais peu importe la validité de tous ces conseils, c’est la musique des mots qui me captive maintenant. C’est un plaisir d’écouter Tony, un type vraiment gentil et patient, et en plus très beau, lumineux. Le pakhto est vraiment incroyable à prononcer ! Quelle vigueur, cette langue !
Je suis maintenant complètement braqué sur le problème de l’hygiène, après toutes ces explications de Tony. Comment se sortir de la saleté ? Je n’ai plus aucune mesure de ce qui est propre, de ce qui ne l’est pas. S’installer dans cette vie de rustre à Madian n’a rien arrangé. On accepte de plus en plus le contact intime de la poussière et de l’eau. On fait de moins en moins attention à la propreté des aliments, des mains … et si on les lave, c’est avec cette eau si belle …. et si riche en germes dangereux ! 😕
J’ai une plaie au pied qui date de Peshawar, où je marchais pieds nus, fou que j’étais ! Elle est loin d’être guérie. Je la frotte avec de la sauge, j’y mets de l’ail, je frotte encore avec de la menthe fraîche. Ce qu’il y a de sûr (mais je suis en plein acide), c’est que les mouches ne viennent plus m’emmerder ! 😠
Il m’a fallu des heures, prostré dans la maison, pour me décider à oser m’aventurer dans Madian. C’est une toute petite ville, pratiquement un village. Pas mal de gens me reconnaissent dans la rue et leurs visages sympathiques me rassurent. Ces gens sont magnifiques. Ils sont robustes, ont des allures d’une grande noblesse, marchant bien droits et la tête haute, habillés de shalwar kameez sobres et élégants. 😎 On croise souvent des hommes portant un fusil dans le dos ou à la main par ici, et on arrive à peine à soutenir leurs regards droits, fiers et durs ! 😮
Il n’y a pas d’habits plus agréables à porter que le shalwar kameez, le pyjama pakistanais, et cela fait déjà plusieurs jours que je me suis mis à la mode locale. Avec mon physique, je pourrais presque passer pour un local. J’arrive à une boulangerie, ouverte sur une ruelle. Comme je l’avais déjà vu en Afghanistan, ils sont trois hommes en maillot de corps à s’activer autour d’un énorme « tanoor » où ronfle un feu d’enfer. En fait, ils sont assis sur le tanoor qui occupe pratiquement toute la pièce. Deux hommes préparent la pâte avec des gestes d’une rythmique spectaculaire. C’est comme s’ils jouaient des congas et des bongos dans un orchestre de salsa! 😎 Ils me décochent des sourires magnifiques, leurs dents bien blanches tranchent sur leurs peaux tannées. Le troisième est emmitouflé de haillons et plonge presque dans le tanoor pour y placer le pain ou le retirer. C’est un spectacle saisissant, je n’arrive pas à m’en détacher.
Je me retourne et vois passer Philip, l’Australien à la tête de sultan, la tête ornée d’un magnifique turban noir à filigranes multicolores. Je suis en plein dans les 1,001 Nuits ! 😎😉
Tony est très beau, ses cheveux blonds pris dans un turban bleu turquoise pâle (un tissu afghan sans doute). 😎 Ses manières sont calmes et douces. C’est un Italien qui entretient dans sa maison une dizaine de freaks complètement déchus. « La maison de Tony » désigne un rassemblement des junkies les plus lessivés en voie de guérison. Beaucoup viennent à Madian pour redescendre de la morphine ou du speed. La montagne, par le calme de la vie que l’on y mène, leur permet en effet de supporter la privation de drogue plus facilement que dans l’atmosphère excitée des villes (surtout au Pakistan !).
Comment Tony fait-il pour nourrir ces épaves ? Les légumes, il les trouve pour beaucoup dans la nature qu’il connaît à merveille. Régime alimentaire typique de Madian : soupes de cresson cueilli dans les rivières, purées de patates, d’oignons, de tomates, yaourt etc…
Justement, Tony s’est arrêté chez nous (« la maison de Robin ») et nous enseigne sur l’usage des herbes :
- contre les maux de ventre, prendre une herbe appelée Izeubgol au Népal, spêkkol en pakhto, avec du lait chaud sucré pour la constipation ou avec du yaourt et de l’eau chaude sucrée pour la diarrhée. L’ail et le gingembre sont indiqués en cas de diarrhée. - pour les hémorroïdes, faire chauffer de l’huile de moutarde (« tshalsham » à Madian) et masser…. - pour bien dormir, boire une infusion de menthe et de ganja (« l’herbe ») : ça, je crois bien qu’il ne devait pas y avoir à trop forcer les « malades » ! - pour l’hépatite (« ziaré » en pakhto, de « ziar » = jaune), on préconise un mélange de plusieurs plantes : du « jaepal », de l’ « akkhrkara », du safran, du « kolondjian » et du « malati ». - pour éloigner les mouches des blessures, s’oindre d’une pâte de curcuma. Il est vrai que les mouches sont abominables par ici. Au moindre petit bobo, on en souffre littéralement. Il m’arrive de croire qu’elles me mordent et de sursauter de douleur ! - à Madyan, on utilise une racine, « skhawadja », au goût très fort, pour avoir de l’énergie et un bon équilibre sexuel. On la garde en bouche comme une chique. - la vanille (« khowagazeïla » en pakhto) mélangée avec du ghee est bonne pour les rhumatismes. - contre les puces, utiliser la sauge sauvage, « sperkaï », qu’on trouve partout à Madyan. - il n’y a rien de mieux pour soigner les infections des yeux que de brûler des feuilles vertes du « nazarpanya », et si on a mal au cœur, alors il faut les manger. - une méthode pour éloigner les moustiques : brûler de l’herbe « phuti ».
Je ne termine plus mes phrases sur mon carnet de notes… Je suis déjà loin avec l’acide. 😇 Tony maîtrise-t-il bien son sujet, ou s’imagine-t-il ces connaissances? Il doit bien se mélanger les pédales un tantinet, avec toutes ces recettes recueillies (dit-il) au Népal, en Inde et au Pakistan, ce qu’il a dû supplémenter par quelques bonnes lectures. Mais peu importe la validité de tous ces conseils, c’est la musique des mots qui me captive maintenant. C’est un plaisir d’écouter Tony, un type vraiment gentil et patient, et en plus très beau, lumineux. Le pakhto est vraiment incroyable à prononcer ! Quelle vigueur, cette langue !
Je suis maintenant complètement braqué sur le problème de l’hygiène, après toutes ces explications de Tony. Comment se sortir de la saleté ? Je n’ai plus aucune mesure de ce qui est propre, de ce qui ne l’est pas. S’installer dans cette vie de rustre à Madian n’a rien arrangé. On accepte de plus en plus le contact intime de la poussière et de l’eau. On fait de moins en moins attention à la propreté des aliments, des mains … et si on les lave, c’est avec cette eau si belle …. et si riche en germes dangereux ! 😕
J’ai une plaie au pied qui date de Peshawar, où je marchais pieds nus, fou que j’étais ! Elle est loin d’être guérie. Je la frotte avec de la sauge, j’y mets de l’ail, je frotte encore avec de la menthe fraîche. Ce qu’il y a de sûr (mais je suis en plein acide), c’est que les mouches ne viennent plus m’emmerder ! 😠
Il m’a fallu des heures, prostré dans la maison, pour me décider à oser m’aventurer dans Madian. C’est une toute petite ville, pratiquement un village. Pas mal de gens me reconnaissent dans la rue et leurs visages sympathiques me rassurent. Ces gens sont magnifiques. Ils sont robustes, ont des allures d’une grande noblesse, marchant bien droits et la tête haute, habillés de shalwar kameez sobres et élégants. 😎 On croise souvent des hommes portant un fusil dans le dos ou à la main par ici, et on arrive à peine à soutenir leurs regards droits, fiers et durs ! 😮
Il n’y a pas d’habits plus agréables à porter que le shalwar kameez, le pyjama pakistanais, et cela fait déjà plusieurs jours que je me suis mis à la mode locale. Avec mon physique, je pourrais presque passer pour un local. J’arrive à une boulangerie, ouverte sur une ruelle. Comme je l’avais déjà vu en Afghanistan, ils sont trois hommes en maillot de corps à s’activer autour d’un énorme « tanoor » où ronfle un feu d’enfer. En fait, ils sont assis sur le tanoor qui occupe pratiquement toute la pièce. Deux hommes préparent la pâte avec des gestes d’une rythmique spectaculaire. C’est comme s’ils jouaient des congas et des bongos dans un orchestre de salsa! 😎 Ils me décochent des sourires magnifiques, leurs dents bien blanches tranchent sur leurs peaux tannées. Le troisième est emmitouflé de haillons et plonge presque dans le tanoor pour y placer le pain ou le retirer. C’est un spectacle saisissant, je n’arrive pas à m’en détacher.
Je me retourne et vois passer Philip, l’Australien à la tête de sultan, la tête ornée d’un magnifique turban noir à filigranes multicolores. Je suis en plein dans les 1,001 Nuits ! 😎😉
salut Georges
à te lire avec une petite pointe de nostalgie🙂, j'ai le sentiment que le Pakistan n'a pas trop changé. C'est toujours un pays où il faut "bâtir" son voyage. et il y a cet accueil extraordinaire et rare dans un pays où les gens morflent de ttes parts. Je ne connais pas le coin où tu es en ce moment (sais tu si elles existent encore ces maisons ? Robin et Tony) mais j'en avais eu des retours lorsque j'étais au Regal Inn à Lahore qui est un autre endroit hyper convivial.
à te lire avec une petite pointe de nostalgie🙂, j'ai le sentiment que le Pakistan n'a pas trop changé. C'est toujours un pays où il faut "bâtir" son voyage. et il y a cet accueil extraordinaire et rare dans un pays où les gens morflent de ttes parts. Je ne connais pas le coin où tu es en ce moment (sais tu si elles existent encore ces maisons ? Robin et Tony) mais j'en avais eu des retours lorsque j'étais au Regal Inn à Lahore qui est un autre endroit hyper convivial.
Bonjour Eric!
"La nostalgie, Camarade!" (tsa-ta-tsouin 😉) Maladie bien répandue chez les vieux bourlingueurs / baroudeurs......
J'ai bien reconnu la "maison de Robin" sur la photo satellite, voir message précédent (ou deux) et je crosi avoir reconnu également d'autres maisons dont je parlerai plus tard. Madian n'a pas trop changé en près de 40 ans, vu du satellite!
"La nostalgie, Camarade!" (tsa-ta-tsouin 😉) Maladie bien répandue chez les vieux bourlingueurs / baroudeurs......
J'ai bien reconnu la "maison de Robin" sur la photo satellite, voir message précédent (ou deux) et je crosi avoir reconnu également d'autres maisons dont je parlerai plus tard. Madian n'a pas trop changé en près de 40 ans, vu du satellite!
Salut 🙂
récit sympa, j'apprécie toujours l'humour et le recul sur soi dans les histoires, et je suis servi😉
2 ou 3 trucs en vrac où je te cite😛 (en italique)
Je n’ai aucune idée de ce à quoi ressemble Peshawar de nos jours, mais dans les années 1970 c’était un fouillis de rues tordues encombrées par un trafic chaotique et polluant, séparant des dédales de ruelles et de bazars pittoresques. Le béton n’avait encore pas gagné une victoire finale contre les vieilles maisons en pierres ou en briques agrémentées de portes et de balcons de bois sculpté. En fait, une fois adapté au désordre de la circulation et à la saleté des rues, le voyageur en arrivait par moments à se convaincre que la ville avait un certain charme
ben c'est pareil😄; avec le développement des quartiers modernes en prime; les talibans ont détruit le mazar de baba Rahman Ziarat🏴☠️
Je fais partie de ceux qui pensent qu'effectivement, c'était mieux avant
En s'éloignant des grands axes, je suis persuadé que c'est peu ou prou pareil; l'Inde et le Pakistan rural ont très peu bougé en fin de compte!😉
Sinon le kh pashto n'est pas guttural mais palatal, désolé ça fait du bien d'être pédant de temps en temps😇
--Les sarwari qui travaillent sur la musique et le souffle, et pratiquent un dhikr (ou zikr) « violent ». Le dhikr est la répétition de certaines louanges de Dieu, souvent avec musique et danses. Ce sont les suhrawardi, qui travaillent sur le souffle mais pas spécialement violemment, musique je ne crois pas, leur ordre est très peu représenté au Pakistan. Le zikhr, c'est littéralement le rappel, recommandé dans le Coran même; les soufis en ont fait une science ésotérique, les invocations étant couplées à un travail sur le souffle, qui traverse les chakras musulmans= latifas, lataifs (traduction de subtil, un des 99 noms de Dieu)
- - Les qâdri qui sont droits, forts, magnifiques, et qui travaillent certaines postures. (el qâdriyyah : école théologique de l’Islam d’origine, affirmant la libre volonté de l’homme ; qadr : avoir le pouvoir).
Qadr= surtout Abdel Qadr Gillani de Bagdad, il aurait inventé le dikhr collectif; la libre volonté moins😎 et es le fondateur de la Qadrya, un des ordres les plus répandus au Pakistan avec les chisti. Je sais pas s'ils sont plus magnifiques que les autres😉
- - Les chishti qui sont en relation avec les « qalandars » pakistanais, dont le mouvement est originaire d’Iran. Un « qalandar » est derviche ascétique sôufî vagabond. A la base, il y avait un homme venu à Lahore où il avait fait beaucoup de disciples. La plupart des malangs (terme presqu’homonyme) actuellement suivent ce mouvement. Comme beaucoup d’ordres ou fraternités mystiques musulmanes de l’Asie du Sud, les tchishti pratiquent une méditation calme.
Chistya, une autre école soufie répandue en Inde du Nord et au Pakistan, dont le saint principal est Khwaja Mohinuddin Chisti, dont le mazar est à Ajmer Sharif, à côté de Pushkar, en Inde; le terme de qalendar est un terme générique donné à une personne spirituellement élevée; donné à deux personnes et demie, qui sont Lal Shabaz Qalendar, dont le mazar est à Sehwan Sharif, dans le Sindh: l'anniversaire de sa mort, = urs, rassemble 1 millions de personnes en juillet; et Hazrat Nizamuddin Aulia, de Delhi. Le "demi" qalendar est la sainte rabbia al basra, de Syrie ou d'Irak. Ces saint sont à l'origine du succès de la chanson soufie mast qalendar (intoxiqué du Qalendar). Pour eux la musqiue soufie qawallie est un médium méditatif, ils pratiquent aussi le dikhr
Il nous parle de Shah Abdul Latîf Bhittai, un mystique sôufî et poète du Sindh, qui s’était enfermé dans un arbre creux au milieu d’un marécage, et qui était ami avec les moustiques. Les historiens du Sindh lui attribuent l’invention du tambura, une sorte de luth.
Urs vers le 30, pour ceux qui aiment l'hospitalité sindhie (mais pas crawford), la musique, le tcharrs et le bangh; haut en couleur, dans le village de Bhith Shah
- -Enfin, il y a les naqshbandi, les héritiers de l’écriture, qui séjournent dans les mosquées. « Naqj » vient de la racine arabe désignant l’inscription, la gravure. Pareil, c'est le dernier ponte Shah Naqshband; ils ne séjournent pas spécialement dans les mosquées; par contre contrairement aux Chisti la musique est interdite; et le dikhr est silencieux.
La voie d'une manière générale, comme méthode, est tassawuf; tariqa est l'école (qadri chisti etc); silsila la chaîne des pirs, ou cheikhs; qui s'appellent pirs dans tout le Pakistan; le système de transmission patrilinéaire a progressivement vidé le soufisme pakistanais de son essence et rempli les poches des pirs-depuis longtemps apparemment; attention aux désillusions si jamais certains s'aventurent au pays des malangs, qui sont eux aussi souvent des charlots, comme les sadhus🙂, en imaginant que le plus faible contact avec l'occident a gardé le soufisme pakistanais ... pak (pur)😉
Voilou pour les précisions, désolé si j'interromps ton récit d'une orthodoxie sourcilleuse 😇
récit sympa, j'apprécie toujours l'humour et le recul sur soi dans les histoires, et je suis servi😉
2 ou 3 trucs en vrac où je te cite😛 (en italique)
Je n’ai aucune idée de ce à quoi ressemble Peshawar de nos jours, mais dans les années 1970 c’était un fouillis de rues tordues encombrées par un trafic chaotique et polluant, séparant des dédales de ruelles et de bazars pittoresques. Le béton n’avait encore pas gagné une victoire finale contre les vieilles maisons en pierres ou en briques agrémentées de portes et de balcons de bois sculpté. En fait, une fois adapté au désordre de la circulation et à la saleté des rues, le voyageur en arrivait par moments à se convaincre que la ville avait un certain charme
ben c'est pareil😄; avec le développement des quartiers modernes en prime; les talibans ont détruit le mazar de baba Rahman Ziarat🏴☠️
Je fais partie de ceux qui pensent qu'effectivement, c'était mieux avant
En s'éloignant des grands axes, je suis persuadé que c'est peu ou prou pareil; l'Inde et le Pakistan rural ont très peu bougé en fin de compte!😉
Sinon le kh pashto n'est pas guttural mais palatal, désolé ça fait du bien d'être pédant de temps en temps😇
--Les sarwari qui travaillent sur la musique et le souffle, et pratiquent un dhikr (ou zikr) « violent ». Le dhikr est la répétition de certaines louanges de Dieu, souvent avec musique et danses. Ce sont les suhrawardi, qui travaillent sur le souffle mais pas spécialement violemment, musique je ne crois pas, leur ordre est très peu représenté au Pakistan. Le zikhr, c'est littéralement le rappel, recommandé dans le Coran même; les soufis en ont fait une science ésotérique, les invocations étant couplées à un travail sur le souffle, qui traverse les chakras musulmans= latifas, lataifs (traduction de subtil, un des 99 noms de Dieu)
- - Les qâdri qui sont droits, forts, magnifiques, et qui travaillent certaines postures. (el qâdriyyah : école théologique de l’Islam d’origine, affirmant la libre volonté de l’homme ; qadr : avoir le pouvoir).
Qadr= surtout Abdel Qadr Gillani de Bagdad, il aurait inventé le dikhr collectif; la libre volonté moins😎 et es le fondateur de la Qadrya, un des ordres les plus répandus au Pakistan avec les chisti. Je sais pas s'ils sont plus magnifiques que les autres😉
- - Les chishti qui sont en relation avec les « qalandars » pakistanais, dont le mouvement est originaire d’Iran. Un « qalandar » est derviche ascétique sôufî vagabond. A la base, il y avait un homme venu à Lahore où il avait fait beaucoup de disciples. La plupart des malangs (terme presqu’homonyme) actuellement suivent ce mouvement. Comme beaucoup d’ordres ou fraternités mystiques musulmanes de l’Asie du Sud, les tchishti pratiquent une méditation calme.
Chistya, une autre école soufie répandue en Inde du Nord et au Pakistan, dont le saint principal est Khwaja Mohinuddin Chisti, dont le mazar est à Ajmer Sharif, à côté de Pushkar, en Inde; le terme de qalendar est un terme générique donné à une personne spirituellement élevée; donné à deux personnes et demie, qui sont Lal Shabaz Qalendar, dont le mazar est à Sehwan Sharif, dans le Sindh: l'anniversaire de sa mort, = urs, rassemble 1 millions de personnes en juillet; et Hazrat Nizamuddin Aulia, de Delhi. Le "demi" qalendar est la sainte rabbia al basra, de Syrie ou d'Irak. Ces saint sont à l'origine du succès de la chanson soufie mast qalendar (intoxiqué du Qalendar). Pour eux la musqiue soufie qawallie est un médium méditatif, ils pratiquent aussi le dikhr
Il nous parle de Shah Abdul Latîf Bhittai, un mystique sôufî et poète du Sindh, qui s’était enfermé dans un arbre creux au milieu d’un marécage, et qui était ami avec les moustiques. Les historiens du Sindh lui attribuent l’invention du tambura, une sorte de luth.
Urs vers le 30, pour ceux qui aiment l'hospitalité sindhie (mais pas crawford), la musique, le tcharrs et le bangh; haut en couleur, dans le village de Bhith Shah
- -Enfin, il y a les naqshbandi, les héritiers de l’écriture, qui séjournent dans les mosquées. « Naqj » vient de la racine arabe désignant l’inscription, la gravure. Pareil, c'est le dernier ponte Shah Naqshband; ils ne séjournent pas spécialement dans les mosquées; par contre contrairement aux Chisti la musique est interdite; et le dikhr est silencieux.
La voie d'une manière générale, comme méthode, est tassawuf; tariqa est l'école (qadri chisti etc); silsila la chaîne des pirs, ou cheikhs; qui s'appellent pirs dans tout le Pakistan; le système de transmission patrilinéaire a progressivement vidé le soufisme pakistanais de son essence et rempli les poches des pirs-depuis longtemps apparemment; attention aux désillusions si jamais certains s'aventurent au pays des malangs, qui sont eux aussi souvent des charlots, comme les sadhus🙂, en imaginant que le plus faible contact avec l'occident a gardé le soufisme pakistanais ... pak (pur)😉
Voilou pour les précisions, désolé si j'interromps ton récit d'une orthodoxie sourcilleuse 😇
quelles connaissances Rouxy , je suis impressionnée ;)
ben j'ai passé 6 mois au Pak l'année dernière pour un trip culturel perso qui me tenait à coeur; c'est la base, je n'ai pas vraiment de connaissances avancées en fait, notamment sur la manière dont est fait ce travail sur les chakras, lataifs, les vrais soufis se faisant discrets; Sur le sujet, voir le plus grand film sur le soufisme afghan (bon ok c'est le seul), Soufis d'Afghanistan, Arnaud Desjardins; pas très bien filmé et un peu emphatique, mais il avait trouvé de vrais soufis-suffit de voir les regards des mecs; on peut le voir sur daily Motion...😉
merci à toi en tout cas
je trouve aussi qu il y a une corrélation entre soufisme, le travail sur les chakras, la meditation
bonne soirée à toi
Georges, nous attendons la suite avec impatience, bonne soirée à toi et tes proches ;)
je trouve aussi qu il y a une corrélation entre soufisme, le travail sur les chakras, la meditation
bonne soirée à toi
Georges, nous attendons la suite avec impatience, bonne soirée à toi et tes proches ;)
Super Julien! Merci de nous apporter tous ces déails supplémentaires. Sur certaines de tes remarques, je voudrais seulement dire (je vais faire court pour une fois! 🙂😉) que j'ai pratiquement cite texto ce que Abd-er-Rahman nous (a moi et Mhd Husseïn) avait expliqué. Car tout autant que je me sois plongé dans l'usage de certaines "médecines", j'avais tendance à garder de l'ordre dans ma tête! Bonne soirée à tous!
Possible que le Serviteur du Clément (Abd er Rahman) se soit un peu égaré... 😉
Oui il y a une forte communauté schiite dans le Sindh, Sukkur, Sehwan Sharif etc.
Dans la mesure où je participe malheureusement peu au forum, aura-t-on la suite dans les semaines qui viennent ou dans 2 ans?😎
(Quelqu'un a parlé de faire un voyage en Afghanistan; le max d'infos notamment sur la sécurité, désolé pour vf🤪 c'est sur Lonely Planet forum, en anglais)
Dans la mesure où je participe malheureusement peu au forum, aura-t-on la suite dans les semaines qui viennent ou dans 2 ans?😎
(Quelqu'un a parlé de faire un voyage en Afghanistan; le max d'infos notamment sur la sécurité, désolé pour vf🤪 c'est sur Lonely Planet forum, en anglais)
Possible que le Serviteur du Clément (Abd er Rahman) se soit un peu égaré... 😉
Oui il y a une forte communauté schiite dans le Sindh, Sukkur, Sehwan Sharif etc.
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Oui, mais c'est quand-même le même topo, non? N'allons pas dire qu'Abd-er-Rahman était complètement à côté de la plaque!
Mais justement, voilà une bonne question: le soufisme est-il essentiellement chiite? C'est mon impression, mais on peut facilement se tromper. Je sais qu'il est présent chez les Iraniens (chiites dans leur très grande majorité).
Mais justement, voilà une bonne question: le soufisme est-il essentiellement chiite? C'est mon impression, mais on peut facilement se tromper. Je sais qu'il est présent chez les Iraniens (chiites dans leur très grande majorité).
attention aux désillusions si jamais certains s'aventurent au pays des malangs, qui sont eux aussi souvent des charlots, comme les sadhus🙂, en imaginant que le plus faible contact avec l'occident a gardé le soufisme pakistanais ... pak (pur)😉
- -- Tout à fait d'accord, et certainement c'est ce que je retire de quelques mois passés en Inde. Les "sadhus photo", j'en ai soupé! 😠 Il y a d'ailleurs un aspect "fric" trop fréquent dans le circuit des temples hindous qui franchement me déplaît. Ça va sans doute faire hurler certains, mais c'est mon ressenti.
Et bien vu: Pakistan = "le pays pur" ou le "pays des purs" (pak = propre, pur en hindi également)
- -- Tout à fait d'accord, et certainement c'est ce que je retire de quelques mois passés en Inde. Les "sadhus photo", j'en ai soupé! 😠 Il y a d'ailleurs un aspect "fric" trop fréquent dans le circuit des temples hindous qui franchement me déplaît. Ça va sans doute faire hurler certains, mais c'est mon ressenti.
Et bien vu: Pakistan = "le pays pur" ou le "pays des purs" (pak = propre, pur en hindi également)
Je suis monté rendre visite à Jacques et Germaine qui ont loué une baraque tout en haut de Madian pour 30 roupies par mois (10 Francs !). Aussitôt, Jacques m’offre un « window-open » (un trip d'acide bien connu) et nous nous mettons à presser du shit sur le devant de la maison d’où nous surplombons tous les champs de maïs qui descendent, terrasse après terrasse, jusqu’à Madian en contrebas.
Jacques, avec son assurance et son calme d’artiste expérimenté, m’apprend à presser (le tcharss, pour ceux qui ne suivraient pas), ce qui n’est pas une opération des plus faciles. On choisit quelques boulettes de pollen dans le sac en plastique, et on prend un peu de poudre de pollen - les boulettes déjà constituées permettent une prise plus rapide. On place le tout au creux de la main et on commence le labeur tout en écrasant ça entre les paumes et les doigts avec toute l’énergie possible (et il en faut !), jusqu’à ce que le pollen commence à s’agglutiner et à former une pâte de plus en plus homogène.
Mais dès que j’arrête le pétrissage et le malaxage de la pâte, elle se refroidit et redevient dure, et la reprise du travail est pénible. En fait, il ne faut pas lâcher le morceau avant d’avoir obtenu une boule assez bien agglomérée pour qu’elle ne se dissocie plus si on la roule sur une plaque chauffante placée sur le feu. À partir de ce moment, le travail devient de plus en plus facile : la boule devient de plus en plus plastique et malléable et, de la couleur jaune miel de départ, elle vire peu à peu sur un vert-brun presque noir en surface. Le shit est alors prêt à être consommé. Au bout d’une heure de travail, on peut ainsi obtenir une boule de 20 à 30 grammes – assez de quoi s’allumer quelques sérieux chiloms ! Mais comme dit Jacques, il faut y mettre des « vibes ». C’est un labeur de métallurgiste. 😮
Et bien sûr, nous fumons tout le long. Le « cri de guerre » de Jacques, c’est « Bamboulé ! », avant de tirer bien fort et long sur le chilom. Il n’aime pas tous ces produits qui ne te laissent plus tranquille, speed, morph etc…. Mais le shit, il ne veut pas s’en priver. « Je sais ce qui est bon ! », dit-il.
Je suis de plus en plus stoned durant mon apprentissage, à fumer le shit « maison » par-dessus l’effet très pur du « window-open ». 😎😛😉 J’ai l’impression de percer enfin le secret du tcharss. Les battements du tabla que nous nous passons l’un à l’autre – et Germaine vient jouer de la flûte – pulsent dans ma tête avec insistance, je sens le tcharss de tous mes sens et je le sens m’entourer dans la nature environnante où il pousse à foison, comme une présence personnalisée, une entité consciente : l’esprit du tcharss est sur moi ! 😎😇
Il est bien évident qu’il y avait là des résurgences inconscientes de mes lectures. Comme tant d’autres à cette époque, j’étais fasciné par les écrits de Carlos Castaneda et par ses expériences avec Mescalito, l’esprit du peyotl, et les pouvoirs de «l’herbe du diable » et de « la petite fumée » ("La yerba del diablo y el humito"). Et maintenant que j’y pense, même le premier paragraphe de cette page a un relent évident des histoires de Castaneda : on arrive à la maison de Don Juan, le « brujo », on s’installe sous le porche, et on a la surprise d’avoir sur le champ « quelque chose » à prendre qui envoie à 10,000 perpètes … Tout y est ! 😉
Je vois Jacques sous un éclairage de plus en plus vif, avec ses cheveux mi-henné, mi-indigo et ses vêtements aux couleurs franches. Il est flamboyant, mais n’est-il pas d’ailleurs un Lion? J’apprécie sa façon simple et objective d’expliquer les choses. Il commence à prendre pour moi la place d’un Don Juan du tcharss (référence toujours à Castaneda). Je suis tant impressionné que je finis par me demander s’il ne serait pas un vieil alchimiste du moyen-âge, un compère de Nicolas Flamel peut-être - ou de plus loin encore dans le passé! - disparu du monde officiel et poursuivant des siècles d’existence dans des pays aussi étranges que celui où nous sommes, sous l’aspect d’une éternelle jeunesse !
Prudemment, je lui demande s’il connaît quelque chose à l’alchimie, mais sa réponse est nette et courte : il ne s’occupe pas de ce genre de théories et n’ouvre pas de bouquins pour apprendre à vivre. Fait-il référence à tous ces cinglés d’en bas, à Madian, plongés dans l’astrologie, la magie, de l’ésotérisme de pacotille et je ne sais trop quoi d’autre ?
Jacques était peut-être une personne très simple. Peut-être avait-il un métier assez banal, là-bas en France, je n’en sais rien. Mais peu importe, il était un maître à mes yeux. Et maintenant que j’écris ces lignes, plus d’un tiers de siècle plus tard et (je le précise) "en pleine possession de mes moyens", je suis encore persuadé qu’il était effectivement un maître, à sa manière.
Philip, l’Australien, et John, un Anglais, sont montés nous voir vers le soir et Jacques leur administre ses bons soins. «Il aime soigner la tête des amis qui viennent le voir là-haut, qui trouvent chez lui quelque chose de plus sain que dans la vallée où les gens ne s’aiment pas assez", me disait-il cet après-midi. Pour soigner la tête, ça, j’en sais quelque chose ! 😇
Mais Philip et John restent taciturnes, drapés dans des couvertures bariolées qui leur servent de dignité. Leur silence et leur apparence dans le maigre éclairage de quelques bougies me fait penser à des trappeurs du wild-west américain. Nous passons tous la nuit dans l’unique pièce de la maison, les uns à même la terre battue, les autres sur des coussins. Pour ma part, j’ai récupéré un vieux tchârpaï et je me suis couvert de mon langi en guise de couverture. C’est plutôt juste comme confort ! Mais je suis complètement blindé contre les petites souffrances, cette nuit-là.
Jacques, avec son assurance et son calme d’artiste expérimenté, m’apprend à presser (le tcharss, pour ceux qui ne suivraient pas), ce qui n’est pas une opération des plus faciles. On choisit quelques boulettes de pollen dans le sac en plastique, et on prend un peu de poudre de pollen - les boulettes déjà constituées permettent une prise plus rapide. On place le tout au creux de la main et on commence le labeur tout en écrasant ça entre les paumes et les doigts avec toute l’énergie possible (et il en faut !), jusqu’à ce que le pollen commence à s’agglutiner et à former une pâte de plus en plus homogène.
Mais dès que j’arrête le pétrissage et le malaxage de la pâte, elle se refroidit et redevient dure, et la reprise du travail est pénible. En fait, il ne faut pas lâcher le morceau avant d’avoir obtenu une boule assez bien agglomérée pour qu’elle ne se dissocie plus si on la roule sur une plaque chauffante placée sur le feu. À partir de ce moment, le travail devient de plus en plus facile : la boule devient de plus en plus plastique et malléable et, de la couleur jaune miel de départ, elle vire peu à peu sur un vert-brun presque noir en surface. Le shit est alors prêt à être consommé. Au bout d’une heure de travail, on peut ainsi obtenir une boule de 20 à 30 grammes – assez de quoi s’allumer quelques sérieux chiloms ! Mais comme dit Jacques, il faut y mettre des « vibes ». C’est un labeur de métallurgiste. 😮
Et bien sûr, nous fumons tout le long. Le « cri de guerre » de Jacques, c’est « Bamboulé ! », avant de tirer bien fort et long sur le chilom. Il n’aime pas tous ces produits qui ne te laissent plus tranquille, speed, morph etc…. Mais le shit, il ne veut pas s’en priver. « Je sais ce qui est bon ! », dit-il.
Je suis de plus en plus stoned durant mon apprentissage, à fumer le shit « maison » par-dessus l’effet très pur du « window-open ». 😎😛😉 J’ai l’impression de percer enfin le secret du tcharss. Les battements du tabla que nous nous passons l’un à l’autre – et Germaine vient jouer de la flûte – pulsent dans ma tête avec insistance, je sens le tcharss de tous mes sens et je le sens m’entourer dans la nature environnante où il pousse à foison, comme une présence personnalisée, une entité consciente : l’esprit du tcharss est sur moi ! 😎😇
Il est bien évident qu’il y avait là des résurgences inconscientes de mes lectures. Comme tant d’autres à cette époque, j’étais fasciné par les écrits de Carlos Castaneda et par ses expériences avec Mescalito, l’esprit du peyotl, et les pouvoirs de «l’herbe du diable » et de « la petite fumée » ("La yerba del diablo y el humito"). Et maintenant que j’y pense, même le premier paragraphe de cette page a un relent évident des histoires de Castaneda : on arrive à la maison de Don Juan, le « brujo », on s’installe sous le porche, et on a la surprise d’avoir sur le champ « quelque chose » à prendre qui envoie à 10,000 perpètes … Tout y est ! 😉
Je vois Jacques sous un éclairage de plus en plus vif, avec ses cheveux mi-henné, mi-indigo et ses vêtements aux couleurs franches. Il est flamboyant, mais n’est-il pas d’ailleurs un Lion? J’apprécie sa façon simple et objective d’expliquer les choses. Il commence à prendre pour moi la place d’un Don Juan du tcharss (référence toujours à Castaneda). Je suis tant impressionné que je finis par me demander s’il ne serait pas un vieil alchimiste du moyen-âge, un compère de Nicolas Flamel peut-être - ou de plus loin encore dans le passé! - disparu du monde officiel et poursuivant des siècles d’existence dans des pays aussi étranges que celui où nous sommes, sous l’aspect d’une éternelle jeunesse !
Prudemment, je lui demande s’il connaît quelque chose à l’alchimie, mais sa réponse est nette et courte : il ne s’occupe pas de ce genre de théories et n’ouvre pas de bouquins pour apprendre à vivre. Fait-il référence à tous ces cinglés d’en bas, à Madian, plongés dans l’astrologie, la magie, de l’ésotérisme de pacotille et je ne sais trop quoi d’autre ?
Jacques était peut-être une personne très simple. Peut-être avait-il un métier assez banal, là-bas en France, je n’en sais rien. Mais peu importe, il était un maître à mes yeux. Et maintenant que j’écris ces lignes, plus d’un tiers de siècle plus tard et (je le précise) "en pleine possession de mes moyens", je suis encore persuadé qu’il était effectivement un maître, à sa manière.
Philip, l’Australien, et John, un Anglais, sont montés nous voir vers le soir et Jacques leur administre ses bons soins. «Il aime soigner la tête des amis qui viennent le voir là-haut, qui trouvent chez lui quelque chose de plus sain que dans la vallée où les gens ne s’aiment pas assez", me disait-il cet après-midi. Pour soigner la tête, ça, j’en sais quelque chose ! 😇
Mais Philip et John restent taciturnes, drapés dans des couvertures bariolées qui leur servent de dignité. Leur silence et leur apparence dans le maigre éclairage de quelques bougies me fait penser à des trappeurs du wild-west américain. Nous passons tous la nuit dans l’unique pièce de la maison, les uns à même la terre battue, les autres sur des coussins. Pour ma part, j’ai récupéré un vieux tchârpaï et je me suis couvert de mon langi en guise de couverture. C’est plutôt juste comme confort ! Mais je suis complètement blindé contre les petites souffrances, cette nuit-là.
Chistya, une autre école soufie répandue en Inde du Nord et au Pakistan, dont le saint principal est Khwaja Mohinuddin Chisti, dont le mazar est à Ajmer Sharif, à côté de Pushkar, en Inde
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A mon tour d'être pédant (c'est là le moindre de mes défauts 🙂 .... mais je suis plus prêteur que la fourmi! 😉 j'adresse mon clin d'oeil à la mémoire de La Fontaine):
Ordre soufi fondé à Chisht, petite ville près de Herat (Afghanistan - mais soyons clairs: c'est dans le monde persan de l'époque). En persan, "tchishti" s'écrit: - "che" - 7-ème lettre de l'alphabet persan, ajoutée à l'alphabet arabe puisque cette consonne n'existe pas en arabe: c'est le "ha" arabe avec trois points "noqta" en dessous (6-ème lettre de l'alphabet arabe - il s'agit d'un son "h" "râclé" du fond de la gorge et très difficile à reproduire pour "el fransawi moyen", et non du "he" plus doux qui vient vers la fin de l'alphabet). Il ne s'agit pas là de subtilités, et ce sont des choses à côté desquelles on passe complètement quand on ne fait pas l'effort d'apprendre l'écriture d'une langue donnée.
D'ailleurs, petite digression: le "ha" "râclé" est l'une des lettres qu'on ne trouve jamais dans un mot d'origine persane, c'est un son inconnu à l'origine en persan. Comme plusieurs autres lettres, c'est l'un des signes immédiats qu'un certain mot persan est en fait emprunté à l'arabe - et il y en a foison!
- "shin" - même lettre qu'en arabe et absolument un "sh" (ou "ch" en français), pas un "s". Il est possible que cela soit prononcé "s" dans certaines régions, mais ce n'est alors pas le son d'origine. - "te" - "ye" - même dernière lettre de l'alphabet qu'en arabe, sauf qu'en persan on n'écrit pas les deux "noqta" du dessous en position finale dans un mot.
Donc "sh", pas "s"
Ordre soufi fondé à Chisht, petite ville près de Herat (Afghanistan - mais soyons clairs: c'est dans le monde persan de l'époque). En persan, "tchishti" s'écrit: - "che" - 7-ème lettre de l'alphabet persan, ajoutée à l'alphabet arabe puisque cette consonne n'existe pas en arabe: c'est le "ha" arabe avec trois points "noqta" en dessous (6-ème lettre de l'alphabet arabe - il s'agit d'un son "h" "râclé" du fond de la gorge et très difficile à reproduire pour "el fransawi moyen", et non du "he" plus doux qui vient vers la fin de l'alphabet). Il ne s'agit pas là de subtilités, et ce sont des choses à côté desquelles on passe complètement quand on ne fait pas l'effort d'apprendre l'écriture d'une langue donnée.
D'ailleurs, petite digression: le "ha" "râclé" est l'une des lettres qu'on ne trouve jamais dans un mot d'origine persane, c'est un son inconnu à l'origine en persan. Comme plusieurs autres lettres, c'est l'un des signes immédiats qu'un certain mot persan est en fait emprunté à l'arabe - et il y en a foison!
- "shin" - même lettre qu'en arabe et absolument un "sh" (ou "ch" en français), pas un "s". Il est possible que cela soit prononcé "s" dans certaines régions, mais ce n'est alors pas le son d'origine. - "te" - "ye" - même dernière lettre de l'alphabet qu'en arabe, sauf qu'en persan on n'écrit pas les deux "noqta" du dessous en position finale dans un mot.
Donc "sh", pas "s"
intéressant ces appartés, continue, j'adore🙂
Sinon le soufisme est majoritairement sunnite mais à part les naqshbandi, toutes les chaînes initiatiques remontent à Ali; etc.
Une question, comment fais-tu pour te rappeler du prénom des mecs de passage, subalternes c'est dingue cette mémoire!🙂
(je participe à un forum photo, si tu veux tu peux y jeter un oeil, 80 tofs sur le Pakistan ici http://www.chassimages.com/forum/index.php/topic,107602.0.html)
Sinon le soufisme est majoritairement sunnite mais à part les naqshbandi, toutes les chaînes initiatiques remontent à Ali; etc.
Une question, comment fais-tu pour te rappeler du prénom des mecs de passage, subalternes c'est dingue cette mémoire!🙂
(je participe à un forum photo, si tu veux tu peux y jeter un oeil, 80 tofs sur le Pakistan ici http://www.chassimages.com/forum/index.php/topic,107602.0.html)
Soufisme .... Sunnis ..... Shi'a il y a toute une histoire assez extraordinaire derrière ces noms / termes et on peut très facilement s'y perdre. Même parmi les Shi'a il y a un certain nombre de tendances assez différentes. Les Iraniens par exemple font partie des "Shi'a aux 12 imams" (le 12-ème étant le fameux "imam caché", mais n'allons pas plus loin dans le système iranien car c'est d'une complication à en tomber raide mort!). Mon impression générale est que les Shi'a ont plus tendance au mysticisme que les Sunnis (mais c'est une impression purement et strictement personnelle), ce qui leur rend l'approche du soufisme assez naturelle.
Je ne suis pas étonné que la lignée naqjbandi ne remonte pas à Ali. J'avais indiqué que cette lignée attache beaucoup de poids à l'écriture (racine "nqsh" en arabe) ce qui est un peu l'attitude générale du sunnisme. Mais je vais m'arrêter là car je me trompe peut-être et de plus c'est un sujet délicat et on peut vite offenser des gens en disant des bêtises (ou même des vérités).
Quant à ma mémoire, merci pour le compliment 🙂! Merci aussi pour le lien, cela me premettra de "revisiter" le Pakistan et ce qui gravite autour, après une absence de près de 40 ans maintenant. Mais mon centre d'intérêt est plus loin en Asie......
Je ne suis pas étonné que la lignée naqjbandi ne remonte pas à Ali. J'avais indiqué que cette lignée attache beaucoup de poids à l'écriture (racine "nqsh" en arabe) ce qui est un peu l'attitude générale du sunnisme. Mais je vais m'arrêter là car je me trompe peut-être et de plus c'est un sujet délicat et on peut vite offenser des gens en disant des bêtises (ou même des vérités).
Quant à ma mémoire, merci pour le compliment 🙂! Merci aussi pour le lien, cela me premettra de "revisiter" le Pakistan et ce qui gravite autour, après une absence de près de 40 ans maintenant. Mais mon centre d'intérêt est plus loin en Asie......
de plus en plus passionnant !
merci pour le lien Rouxy. Ton reportage est génial, j'aime bcp le recul que tu prends dans tes commentaires
Le marchand de yaourt m’a appris les chiffres pakhto, et avec quelles intonations ! 🙂 Je reste toujours épaté par la vigueur de cette langue :
1 yòú (accent remontant sur la fin) 2 dwa 3 dre 4 salor 5 pinzâ 6 shpak 7 woh 8 attâ 9 naha 10 lâs, ou dâs (pas moyen de saisir cette première consonne)
Ces derniers jours, je fréquente plutôt Jacques et Tom, ils sont bien plus agréables que Martine et Catherine, les deux sœurs qui prennent trop souvent des grands airs méprisants.
Je suis allé à Bahreïn avec Jacques, à 5 miles en amont de Madian. Le village est situé sur la rive droite de la Swât. Il est coupé en deux par une rivière qui se précipite à angle droit dans la Swât, venant donc de l’ouest. La rencontre des deux eaux est particulièrement violente, le roc est taillé à la verticale sur une hauteur de bien 20 mètres. Du haut du petit pont qui relie les deux parties du village (qu’on voit bien sur l’image satellite, vue vers l'amont; voir jpeg), on a une vue impressionnante sur les eaux tumultueuses de la rivière qui se ruent vers la Swât, encore plus tumultueuse. Les eaux sont gonflées par la fonte des neiges et des glaciers, plus haut, là où l’Hindu Kush se noue aux Himalayas (techniquement parlant, la Swât est encore dans l’Hindu Kush), et déjà les premières pluies de la mousson viennent s’y rajouter. Il ne doit guère y avoir qu’en hiver que les eaux se calment vraiment…
J’ai acheté une soi-disant alexandrite pour 12 roupies à Bahreïn, cette fameuse pierre qui est « une émeraude le jour et une améthyste la nuit », et une demi-douzaine d’agates pour monter un jour peut-être en collier. C’était encore l’époque où je croyais en ces choses, mais déjà j’avais des doutes quant à la qualité et la valeur réelle de toutes ces pierres qui sont offertes au voyageur dans ces contrées. Pour commencer, il ne s’agit que de pierres semi-précieuses, la qualification de « précieux » étant réservée aux diamants, aux rubis et aux émeraudes, et à l’extrême rigueur aux saphirs. Certaines perles et opales sont également de très haute valeur. Mais les montagnes d’agates, de lapis-lazulis, d’ « œil de tigre », de « pierre de lune » (et j’en passe) du sous-continent indien, mmmouais…… De plus, je me rappelle avoir vu quelque part que seul l’Oural produit de véritables alexandrites. Mais l’intérêt porté aux pierres faisait bien sûr partie de la « panoplie » du « voyageur éclairé ».
Le soir, rentrés à Madian, nous avons un régal de tortillas que Martine nous a préparées. Elle est dingue de l’Espagne où il semble qu’elle ait pas mal vécu. Car tous ces voyageurs par ici ont « vécu pas mal de temps » dans des « endroits intéressants ». 😇 Sinon, ils auraient probablement une crise d’identité ! Il y a toute une collection de Français, d’Italiens et d’Espagnols qui se retrouvent assez facilement – nous sommes des Latins après tout ! et il est frappant de voir combien d’Espagnols et d’Italiens se débrouillent bien en français. J’en vois assez régulièrement se parler entre eux, les uns en français, les autres en espagnol et les autres encore en italien, et tout le monde se comprend assez bien.
Moi, par contre, qui étais parfaitement bilingue français-allemand à cette époque, le soir où j’ai eu la visite d’un des Allemands avec lesquels j’étais allé à Mazâr-e-Sharîf dans le nord de l’Afghanistan, et qui se retrouvait de passage par la Swât en route vers l’Inde, il fallait voir les mines dédaigneuses des filles à nous entendre converser en allemand ! 🙁
Revenons aux tortillas. Tom, mon ami Américain, arrive trop tard pour en profiter mais il tombe à point pour partager la salade de tomates à la menthe. Nous sommes raides comme ce n’est pas possible, et ça le met en verve. Il nous raconte les 22 mois qu’il a faits en tôle en Grèce pour quelques kilos de shit qu’on avait essayé de lui faire reconnaître par la torture, mais qui sont restés sur le toit d’un casino à Athènes. Il a 33 ans, ce qui en fait un homme d’âge bien mûr pour moi, hahaha ! Maintenant, avec le recul du temps, je me rends compte qu’il n’était encore qu’un jeune homme ! Mais il a dû en voir des solides déjà : contrebande aux USA avec deux accrochages avec la police, fusillades etc, voyage au Viet Nam …. organisé par l’armée américaine 😮😕 (aller gratuit ! retour « en option » 🏴☠️). Tom ne me donne pas l’impression d’affabuler.
1 yòú (accent remontant sur la fin) 2 dwa 3 dre 4 salor 5 pinzâ 6 shpak 7 woh 8 attâ 9 naha 10 lâs, ou dâs (pas moyen de saisir cette première consonne)
Ces derniers jours, je fréquente plutôt Jacques et Tom, ils sont bien plus agréables que Martine et Catherine, les deux sœurs qui prennent trop souvent des grands airs méprisants.
Je suis allé à Bahreïn avec Jacques, à 5 miles en amont de Madian. Le village est situé sur la rive droite de la Swât. Il est coupé en deux par une rivière qui se précipite à angle droit dans la Swât, venant donc de l’ouest. La rencontre des deux eaux est particulièrement violente, le roc est taillé à la verticale sur une hauteur de bien 20 mètres. Du haut du petit pont qui relie les deux parties du village (qu’on voit bien sur l’image satellite, vue vers l'amont; voir jpeg), on a une vue impressionnante sur les eaux tumultueuses de la rivière qui se ruent vers la Swât, encore plus tumultueuse. Les eaux sont gonflées par la fonte des neiges et des glaciers, plus haut, là où l’Hindu Kush se noue aux Himalayas (techniquement parlant, la Swât est encore dans l’Hindu Kush), et déjà les premières pluies de la mousson viennent s’y rajouter. Il ne doit guère y avoir qu’en hiver que les eaux se calment vraiment…
J’ai acheté une soi-disant alexandrite pour 12 roupies à Bahreïn, cette fameuse pierre qui est « une émeraude le jour et une améthyste la nuit », et une demi-douzaine d’agates pour monter un jour peut-être en collier. C’était encore l’époque où je croyais en ces choses, mais déjà j’avais des doutes quant à la qualité et la valeur réelle de toutes ces pierres qui sont offertes au voyageur dans ces contrées. Pour commencer, il ne s’agit que de pierres semi-précieuses, la qualification de « précieux » étant réservée aux diamants, aux rubis et aux émeraudes, et à l’extrême rigueur aux saphirs. Certaines perles et opales sont également de très haute valeur. Mais les montagnes d’agates, de lapis-lazulis, d’ « œil de tigre », de « pierre de lune » (et j’en passe) du sous-continent indien, mmmouais…… De plus, je me rappelle avoir vu quelque part que seul l’Oural produit de véritables alexandrites. Mais l’intérêt porté aux pierres faisait bien sûr partie de la « panoplie » du « voyageur éclairé ».
Le soir, rentrés à Madian, nous avons un régal de tortillas que Martine nous a préparées. Elle est dingue de l’Espagne où il semble qu’elle ait pas mal vécu. Car tous ces voyageurs par ici ont « vécu pas mal de temps » dans des « endroits intéressants ». 😇 Sinon, ils auraient probablement une crise d’identité ! Il y a toute une collection de Français, d’Italiens et d’Espagnols qui se retrouvent assez facilement – nous sommes des Latins après tout ! et il est frappant de voir combien d’Espagnols et d’Italiens se débrouillent bien en français. J’en vois assez régulièrement se parler entre eux, les uns en français, les autres en espagnol et les autres encore en italien, et tout le monde se comprend assez bien.
Moi, par contre, qui étais parfaitement bilingue français-allemand à cette époque, le soir où j’ai eu la visite d’un des Allemands avec lesquels j’étais allé à Mazâr-e-Sharîf dans le nord de l’Afghanistan, et qui se retrouvait de passage par la Swât en route vers l’Inde, il fallait voir les mines dédaigneuses des filles à nous entendre converser en allemand ! 🙁
Revenons aux tortillas. Tom, mon ami Américain, arrive trop tard pour en profiter mais il tombe à point pour partager la salade de tomates à la menthe. Nous sommes raides comme ce n’est pas possible, et ça le met en verve. Il nous raconte les 22 mois qu’il a faits en tôle en Grèce pour quelques kilos de shit qu’on avait essayé de lui faire reconnaître par la torture, mais qui sont restés sur le toit d’un casino à Athènes. Il a 33 ans, ce qui en fait un homme d’âge bien mûr pour moi, hahaha ! Maintenant, avec le recul du temps, je me rends compte qu’il n’était encore qu’un jeune homme ! Mais il a dû en voir des solides déjà : contrebande aux USA avec deux accrochages avec la police, fusillades etc, voyage au Viet Nam …. organisé par l’armée américaine 😮😕 (aller gratuit ! retour « en option » 🏴☠️). Tom ne me donne pas l’impression d’affabuler.
J'ai commencé à parcourir ton reportage-photo et je me régale. J'apprécie ton style sobre ... et aussi le fait que tu dis des choses sensées! 🙂😉😄 Bien vu, le sous-fond du culte des saints "à l'hindouiste". Ayant vécu 8 ans dans des pays Arabes, je n'ai jamais eu l'impression qu'il y ait l'équivalent. Il y a donc peut-être du vrai dans cette façon de voir les choses.
Merci Rouxy pour ton reportage, je voyage encore par procuration
Georges, que fais tu des nombreux tombeaux de saints au Maroc ? Il y a aussi des ziaras au Maghreb ;), des ziaras que réprouvent les musulmans rigoristes d'ailleurs
Georges, que fais tu des nombreux tombeaux de saints au Maroc ? Il y a aussi des ziaras au Maghreb ;), des ziaras que réprouvent les musulmans rigoristes d'ailleurs
Mais... le maghreb n'est pas "arabe"- en tout cas pas plus que la Turquie et ses derviches 😎😄 ...sinon les pays arabes comme l'Irak ont connu le soufisme-avec souvent une attitude d'attraction-répulsion... ; mais c'est vrai que sa prolifération en Afghanistan, Iran, et-énormément- dans l'Inde musulmane n'est sans doute pas étrangère au "vortex" yoguique indien, ni à une attitude plus directement métaphysique des Upanishads ou du Bouddhisme, qui aurait par rebond "hindouisé" l'Islam du sous-continent ; cf, à ce sujet Schuon, Le soufisme, voile et quintessence: en gros les 3 religions monothéistes, et leur sentimentalisme dévotionnel, induisent un rapport à l'Un assez particulier, il y a toujours une peur à lever le voile des phénomènes pour se laisser toucher par le Réel Ultime-tandis que les métaphysiques qu'il appelle indoaryennes, plus "réalistes", l'étalent sans complexe comme allant de soi de prime abord...
Pour moi il y a ce soufisme ésotérique, et le soufisme du charbonnier, où principalement la ziarat à la tombe sera de réclamer des faveurs en ce bas-monde; c'est là que les rigoristes interviennent😇 : d'une part ils estiment- à tort ou à raison, je ne suis pas là pour juger- que le soufisme ésotérique casse les règles de la dualité nécessaire et suffisante entre l'homme et Dieu; péché d'orgueil disent-il, les soufis se prennent pour Dieu.Ce à quoi ces derniers rétorquent que l'illumination, ne peut provenir que de l'extinction de l'égo(très bouddhiste ça), résultat du tassawuf, donc de la djihad intérieure recommandée par le Coran lui-même. Selon eux, le Coran est à plusieurs sens- Coran alternatif😉: Mohammed, le Prophète, aurait été assigné par Dieu à l'exposé public pour l'homme moyen et ne pouvait donc pas tout dire. Rappelons-nous que l'impétrant en ésotérisme judaïque ne pouvait pas accéder aux enseignements avant un certain âge (40 ans je crois); l'explication était peut-être qu'il fallait qu'il soit un peu structuré pour passer d'une religion massivement dualiste à un ésotérisme unitif ???
D'autre part, en tant que dernière grande religion, si l'on excepte la synthèse sikh (et les raeliens😛), elle insiste fortement et énergiquement sur le Tawahid, l'unité de Dieu, et la relation directe entre l'homme et Dieu. Les rigoristes disent que le soufisme populaire, en prenant un saint comme intercesseur, pratiquent le péché de shirk= association d'une entité à Dieu; certes il y a souvent dans la ziarat des paysans un élément de superstition; les soufis répondront qu'il s'agit de respect aux aulia allah, les amis de Dieu, et non de shirk.
Mon impression générale est que les Shi'a ont plus tendance au mysticisme que les Sunnis (mais c'est une impression purement et strictement personnelle), ce qui leur rend l'approche du soufisme assez naturelle. C'est possible, je n'en sais rien; bien que la plupart des soufis soient sunnis, le soufisme est peut-être mieux accepté dans le chiisme, à cause d'Ali, et peut-être aussi à cause de leur statut minoritaire?pure supputation subjective Je ne suis pas étonné que la lignée naqjbandi ne remonte pas à Ali. J'avais indiqué que cette lignée attache beaucoup de poids à l'écriture (racine "nqsh" en arabe) ce qui est un peu l'attitude générale du sunnisme. Quand tu, quand on parle du sunnisme, j'ai l'impression que plus ou moins consciemment on fait référence au bloc néo-conservateur émiraoui-saoudi, non?
Je relis avec délectation ton carnet🙂 (c'est la première fois que j'en lis un sur VF); j'ai l'impression qu'à l'époque même des faits tu avais une certaine lucidité par rapport au hippies que tu décris. par contre tu n'avais pas froid aux yeux question came, je crois, même si j'ai fait plein d'expérience de ce type, que je n'aurais pas tenté l'intraveineuse de morphine😎. A relire les passages appropriés, j'ai l'impression que la défonce était quand même pas mal motrice dans ces voyages😇... je n'ai rien contre ni pour (bien au contraire); et effectivement plus fédératrice que le mysticisme à l'eau de rose que tu décris avec une lucide acidité. encore merci et vivement la suite🙂 (si jamais)
Mon impression générale est que les Shi'a ont plus tendance au mysticisme que les Sunnis (mais c'est une impression purement et strictement personnelle), ce qui leur rend l'approche du soufisme assez naturelle. C'est possible, je n'en sais rien; bien que la plupart des soufis soient sunnis, le soufisme est peut-être mieux accepté dans le chiisme, à cause d'Ali, et peut-être aussi à cause de leur statut minoritaire?pure supputation subjective Je ne suis pas étonné que la lignée naqjbandi ne remonte pas à Ali. J'avais indiqué que cette lignée attache beaucoup de poids à l'écriture (racine "nqsh" en arabe) ce qui est un peu l'attitude générale du sunnisme. Quand tu, quand on parle du sunnisme, j'ai l'impression que plus ou moins consciemment on fait référence au bloc néo-conservateur émiraoui-saoudi, non?
Je relis avec délectation ton carnet🙂 (c'est la première fois que j'en lis un sur VF); j'ai l'impression qu'à l'époque même des faits tu avais une certaine lucidité par rapport au hippies que tu décris. par contre tu n'avais pas froid aux yeux question came, je crois, même si j'ai fait plein d'expérience de ce type, que je n'aurais pas tenté l'intraveineuse de morphine😎. A relire les passages appropriés, j'ai l'impression que la défonce était quand même pas mal motrice dans ces voyages😇... je n'ai rien contre ni pour (bien au contraire); et effectivement plus fédératrice que le mysticisme à l'eau de rose que tu décris avec une lucide acidité. encore merci et vivement la suite🙂 (si jamais)
Je me suis absenté un peu, étant de nouveau en vadrouille..... Mais je vois avec plaisir que les échanges de vue continuent. J'avoue ne rien connaître au Maroc (le seul pays du Maghreb que je n'ai jamais visité) 😊.
Rouxy a raison, je n'avais pas froid aux yeux question came, et je n'en suis pas encore arrivé au bout! J'aurais bien des choses à dire sur les "paradis artificiels", mais ce sera pour une autre fois. Je me contenterai ici de toucher un peu à certaines expériences, en pointillisme.
Je continue mon récit:
Les relations semblent se dégrader un tantinet entre les personnages centraux de ma petite « tragédie de Madian». J’ai bien remarqué quelques tensions sous-jacentes entre Jacques et les trois filles, Martine, Catherine et Germaine. C’est sur ce tableau que débarquent Massimo et Antonio qui font partie de la clique de Robin, et plus personne n’a envie de rester à la maison. C’est la « maison de Robin », ne l’oublions pas. Je vais dormir chez Tom qui vit dans une petite maison plus haut au bord du torrent. Lui et ses voisins Anglais sont plus cools et nous passons de bons moments à fumer et écouter de la musique. Et quand l’idée me vient de me laver, je me baigne dans le torrent qui passe à deux pas de là. 🙂
Tom est extrêmement faible, il reste chez lui pratiquement toute la journée, sur son lit. Je dépense des fortunes (relatives) en bouffe. Il faut acheter des bons trucs pour nous remettre d’aplomb, et Tom n’a plus une roupie. Il espère qu’un ami à lui qui est parti vendre du shit en Europe va venir le retrouver ou lui enverra du fric. 😇
Un matin, je suis monté chez Jacques et Germaine avec Charles, un Québécois. Il y avait aussi Tom et Catherine et Martine. À part Tom et Charles, les autres faisaient vraiment la gueule.
Les vibrations ne sont pas trop claires non plus parmi le reste de la faune d’étrangers qui traîne à Madian. Comme dit Jacques, ils ne s’aiment pas assez. Il faut dire qu’ils ont plus de problèmes les uns que les autres. Hier matin, tous étaient sous un gros arbre, en haut du bazar, juste derrière le poste de police, à fumer et à jouer de la musique. Je ne sais pas pourquoi, j’ai eu cette altercation avec Jean-Pierre, un type déjà bien rongé par la came. J’ai eu l’impression d’avoir un dément à deux pas de moi, qui me fixait longuement d’un regard perdu en ânonnant toujours les mêmes mots de reproche.
L’ambiance de Madian est celle d’un asile psychiatrique. 🤪 😮 🏴☠️ Beaucoup de ces « voyageurs » se jouent un petit cinéma. Ils s’en imaginent un peu trop sur la valeur de leurs expériences personnelles et essayent d’impressionner les autres. Mais la réalité plus pauvre perce vite sous le maquillage craquelé de leurs illusions. Il y a des doux cinglés, des poseurs, des paumés, quelques rares crapules, et parfois même des gens recommandables qui ont réussi à garder leurs têtes sur leurs épaules. En plus de tout, il y a l’usage intensif de drogues diverses, comme le révélateur qui fait ressortir les traits de caractère de tout un chacun et les amplifie au-delà du raisonnable.
Un autre soir, Tom réussit à aller jusqu’à la tchaïkhâneh, juste à côté, celle des moulins. Martine y était. Elle m’a demandé si je pouvais monter ; elle et Catherine sont seules là-haut et elles ont peur des gens qui passent. C’est bien tard, en pleine obscurité, que je monte à la maison des nanas, en fait la maison de Jacques et Germaine qui sont partis pour quelques jours et où les filles se sont maintenant installées. Le chemin est en fait le lit d’un petit torrent. Combien de fois ai-je glissé sur les pierres humides ?
La montagne est coupée en étages par deux ou trois ruisseaux qui la cerclent horizontalement (un système d’irrigation), et ce n’est qu’au deuxième ou troisième ruisseau que je dois trouver le sentier qui mène à la maison des filles. J’ai failli perdre plusieurs fois mes sandales dans la boue du ruisseau où je suis à plusieurs reprises obligé de patauger pour retrouver le sentier. J’ai mis du temps à identifier la baraque dans la nuit. Les filles sont venues me chercher avec des bougies. Elles n’en croyaient pas leurs yeux, de me voir surgir de la nuit ! J’avais un peu de pollen, on s’est fait deux bons chiloms.
Rouxy a raison, je n'avais pas froid aux yeux question came, et je n'en suis pas encore arrivé au bout! J'aurais bien des choses à dire sur les "paradis artificiels", mais ce sera pour une autre fois. Je me contenterai ici de toucher un peu à certaines expériences, en pointillisme.
Je continue mon récit:
Les relations semblent se dégrader un tantinet entre les personnages centraux de ma petite « tragédie de Madian». J’ai bien remarqué quelques tensions sous-jacentes entre Jacques et les trois filles, Martine, Catherine et Germaine. C’est sur ce tableau que débarquent Massimo et Antonio qui font partie de la clique de Robin, et plus personne n’a envie de rester à la maison. C’est la « maison de Robin », ne l’oublions pas. Je vais dormir chez Tom qui vit dans une petite maison plus haut au bord du torrent. Lui et ses voisins Anglais sont plus cools et nous passons de bons moments à fumer et écouter de la musique. Et quand l’idée me vient de me laver, je me baigne dans le torrent qui passe à deux pas de là. 🙂
Tom est extrêmement faible, il reste chez lui pratiquement toute la journée, sur son lit. Je dépense des fortunes (relatives) en bouffe. Il faut acheter des bons trucs pour nous remettre d’aplomb, et Tom n’a plus une roupie. Il espère qu’un ami à lui qui est parti vendre du shit en Europe va venir le retrouver ou lui enverra du fric. 😇
Un matin, je suis monté chez Jacques et Germaine avec Charles, un Québécois. Il y avait aussi Tom et Catherine et Martine. À part Tom et Charles, les autres faisaient vraiment la gueule.
Les vibrations ne sont pas trop claires non plus parmi le reste de la faune d’étrangers qui traîne à Madian. Comme dit Jacques, ils ne s’aiment pas assez. Il faut dire qu’ils ont plus de problèmes les uns que les autres. Hier matin, tous étaient sous un gros arbre, en haut du bazar, juste derrière le poste de police, à fumer et à jouer de la musique. Je ne sais pas pourquoi, j’ai eu cette altercation avec Jean-Pierre, un type déjà bien rongé par la came. J’ai eu l’impression d’avoir un dément à deux pas de moi, qui me fixait longuement d’un regard perdu en ânonnant toujours les mêmes mots de reproche.
L’ambiance de Madian est celle d’un asile psychiatrique. 🤪 😮 🏴☠️ Beaucoup de ces « voyageurs » se jouent un petit cinéma. Ils s’en imaginent un peu trop sur la valeur de leurs expériences personnelles et essayent d’impressionner les autres. Mais la réalité plus pauvre perce vite sous le maquillage craquelé de leurs illusions. Il y a des doux cinglés, des poseurs, des paumés, quelques rares crapules, et parfois même des gens recommandables qui ont réussi à garder leurs têtes sur leurs épaules. En plus de tout, il y a l’usage intensif de drogues diverses, comme le révélateur qui fait ressortir les traits de caractère de tout un chacun et les amplifie au-delà du raisonnable.
Un autre soir, Tom réussit à aller jusqu’à la tchaïkhâneh, juste à côté, celle des moulins. Martine y était. Elle m’a demandé si je pouvais monter ; elle et Catherine sont seules là-haut et elles ont peur des gens qui passent. C’est bien tard, en pleine obscurité, que je monte à la maison des nanas, en fait la maison de Jacques et Germaine qui sont partis pour quelques jours et où les filles se sont maintenant installées. Le chemin est en fait le lit d’un petit torrent. Combien de fois ai-je glissé sur les pierres humides ?
La montagne est coupée en étages par deux ou trois ruisseaux qui la cerclent horizontalement (un système d’irrigation), et ce n’est qu’au deuxième ou troisième ruisseau que je dois trouver le sentier qui mène à la maison des filles. J’ai failli perdre plusieurs fois mes sandales dans la boue du ruisseau où je suis à plusieurs reprises obligé de patauger pour retrouver le sentier. J’ai mis du temps à identifier la baraque dans la nuit. Les filles sont venues me chercher avec des bougies. Elles n’en croyaient pas leurs yeux, de me voir surgir de la nuit ! J’avais un peu de pollen, on s’est fait deux bons chiloms.
Il y a plein d’histoires entre les filles et la paysanne du coin, au réveil : une bague disparue et bien sûr les filles soupçonnent immédiatement la paysanne ! La bague est enfin retrouvée, mais les œufs ont disparu. Le taux d’agressivité augmente… 😕 Ces histoires sont tellement absurdes que je lance la question sur le tapis, ça fait du bien, on s’explique un peu.
Cette paysanne, qui habite juste à 200 ou 300 mètres en-dessous de chez nous, avec son frère, c’est un numéro ! C’est une jeune veuve, elle ne doit pas avoir plus de 25 ans. Elle vient traîner parfois chez nous avec ses deux marmots, visiblement parce qu’elle nous trouve chouettes ou du moins divertissants. Elle est d’ailleurs jolie et bien typée. 😛 Des traits de visage très sculptés, des lèvres qui feraient fi du botox, une peau d’un brun fortement hâlé, des cheveux noir de jais lui coulant en longues boucles sur les épaules. Son ample robe et ses foulards aux couleurs dominantes noires et rouges ne parviennent pas à complètement dissimuler une silhouette svelte. Bracelets de cuivre aux bras et aux chevilles. Si je n’étais pas constamment sur une autre galaxie, avec tout ce que je consomme comme produits « vitaminés », elle me mettrait bien quelques idées en tête. Mais ces idées m’effleurent à peine l’esprit, heureusement d’ailleurs car ce n’est pas ici le pays pour se lancer dans ce genre d’affaires! L’oiseau un peu trop audacieux se retrouverait vite avec du plomb dans l’aile ! 🏴☠️
(clin d’œil à Éric : le Pakistan, ce n’est pas Baywatch, mais j’ai fait un effort pour introduire quelques personnages féminins ! 😉)
L’autre jour, avec Jacques et Germaine, nous étions à jouer du tabla, elle est tranquillement entrée dans la maison et s’est mise à danser en nous accompagnant sur une casserole qu’elle avait ramassée par terre ! Quelle rigolade ! 😏 Mais elle n’a pas voulu fumer avec nous. C’est d’ailleurs elle qui nous loue la baraque, et son gosse aîné, de 6 ou 7 ans, vient chercher le buffalo dont l’étable est juste à côté, dans la pièce avoisinante si on peut dire – on l’entend remuer la nuit - pour le mener aux champs. Quelle grosse bête énorme, docile sous la baguette du garçonnet hilare ! Et elle prend de la place sur le sentier, gare au passage !
Je voulais inviter Tom pour manger un poulet ce soir, mais il ne peut pas encore monter. Je remonte avec du lait et mes calepins. Le temps est à l’orage. Jusqu’à présent, les pluies n’étaient pas trop importantes, mais ça a l’air de vouloir changer. Il pleut, il pleut, il pleut. Il y a du vent, nous avons du mal à allumer le feu sur le pas de la porte, toute la cuisine foire. Juste à la tombée de la nuit, on se dit que ce serait bien d’avoir du tcharss. Je redescends sur Madian. Le Bâbâ Pako chez qui je vais en acheter ces derniers temps n’est pas chez lui. Il y a là un couple de Français, John, une Anglaise et un Français qui deale du tcharss qu’il a cherché à Darra. Il veut 8 roupies pour un tola (8 roupies = 3F50 pour un tola = 12 grammes). Je le veux pour 7. Mais il n’a sur lui qu’une boule de 3 tolas. 21 roupies, trop à mon goût et je propose 20 roupies pour le tout. Le mec refuse. Va te faire foutre ! Je rentre, je préfère me passer de shit plutôt que de traiter avec un épicier …. et je suis con, et quel con lui aussi ! Quel foin pour cette dernière roupie ! 😇😐
Le soir, nous nous retrouvons avec un énorme nuage sur nos têtes, nous n’arrivons pas à cuire complètement les patates à l’eau, mais ça passe avec du vinaigre et des épices 😕. Martine se met à parler de tous les ennuis qui lui arrivent « personnellement ». Elle sent des forces non humaines autour d’elle et elle a peur 😮😐. Catherine et moi ne disons pas grand-chose. Martine vient d’expliquer ce que nous ressentons tous plus ou moins, et dont nous ne parlons jamais. La nuit se resserre autour de nous trois. Déjà les angles de la pièce deviennent des présences inquiétantes….
Ce sentiment d’enfant abandonné semble être caractéristique de Madian…
Cette paysanne, qui habite juste à 200 ou 300 mètres en-dessous de chez nous, avec son frère, c’est un numéro ! C’est une jeune veuve, elle ne doit pas avoir plus de 25 ans. Elle vient traîner parfois chez nous avec ses deux marmots, visiblement parce qu’elle nous trouve chouettes ou du moins divertissants. Elle est d’ailleurs jolie et bien typée. 😛 Des traits de visage très sculptés, des lèvres qui feraient fi du botox, une peau d’un brun fortement hâlé, des cheveux noir de jais lui coulant en longues boucles sur les épaules. Son ample robe et ses foulards aux couleurs dominantes noires et rouges ne parviennent pas à complètement dissimuler une silhouette svelte. Bracelets de cuivre aux bras et aux chevilles. Si je n’étais pas constamment sur une autre galaxie, avec tout ce que je consomme comme produits « vitaminés », elle me mettrait bien quelques idées en tête. Mais ces idées m’effleurent à peine l’esprit, heureusement d’ailleurs car ce n’est pas ici le pays pour se lancer dans ce genre d’affaires! L’oiseau un peu trop audacieux se retrouverait vite avec du plomb dans l’aile ! 🏴☠️
(clin d’œil à Éric : le Pakistan, ce n’est pas Baywatch, mais j’ai fait un effort pour introduire quelques personnages féminins ! 😉)
L’autre jour, avec Jacques et Germaine, nous étions à jouer du tabla, elle est tranquillement entrée dans la maison et s’est mise à danser en nous accompagnant sur une casserole qu’elle avait ramassée par terre ! Quelle rigolade ! 😏 Mais elle n’a pas voulu fumer avec nous. C’est d’ailleurs elle qui nous loue la baraque, et son gosse aîné, de 6 ou 7 ans, vient chercher le buffalo dont l’étable est juste à côté, dans la pièce avoisinante si on peut dire – on l’entend remuer la nuit - pour le mener aux champs. Quelle grosse bête énorme, docile sous la baguette du garçonnet hilare ! Et elle prend de la place sur le sentier, gare au passage !
Je voulais inviter Tom pour manger un poulet ce soir, mais il ne peut pas encore monter. Je remonte avec du lait et mes calepins. Le temps est à l’orage. Jusqu’à présent, les pluies n’étaient pas trop importantes, mais ça a l’air de vouloir changer. Il pleut, il pleut, il pleut. Il y a du vent, nous avons du mal à allumer le feu sur le pas de la porte, toute la cuisine foire. Juste à la tombée de la nuit, on se dit que ce serait bien d’avoir du tcharss. Je redescends sur Madian. Le Bâbâ Pako chez qui je vais en acheter ces derniers temps n’est pas chez lui. Il y a là un couple de Français, John, une Anglaise et un Français qui deale du tcharss qu’il a cherché à Darra. Il veut 8 roupies pour un tola (8 roupies = 3F50 pour un tola = 12 grammes). Je le veux pour 7. Mais il n’a sur lui qu’une boule de 3 tolas. 21 roupies, trop à mon goût et je propose 20 roupies pour le tout. Le mec refuse. Va te faire foutre ! Je rentre, je préfère me passer de shit plutôt que de traiter avec un épicier …. et je suis con, et quel con lui aussi ! Quel foin pour cette dernière roupie ! 😇😐
Le soir, nous nous retrouvons avec un énorme nuage sur nos têtes, nous n’arrivons pas à cuire complètement les patates à l’eau, mais ça passe avec du vinaigre et des épices 😕. Martine se met à parler de tous les ennuis qui lui arrivent « personnellement ». Elle sent des forces non humaines autour d’elle et elle a peur 😮😐. Catherine et moi ne disons pas grand-chose. Martine vient d’expliquer ce que nous ressentons tous plus ou moins, et dont nous ne parlons jamais. La nuit se resserre autour de nous trois. Déjà les angles de la pièce deviennent des présences inquiétantes….
Ce sentiment d’enfant abandonné semble être caractéristique de Madian…
Je relis avec délectation ton carnet🙂 (c'est la première fois que j'en lis un sur VF);
__
Tu me fais honneur et tu m'en vois ravi!
+1🙂
Des forces non humaines? les cours d'eau et vallées sont propices au djinns paraît-il😉
En outre j'avais eu une forte impression, pour certains pashto de la commune de Dir, pas loin de Madyan, de consanguinité...
(70 messages en 3 ans😎, et voilà que je me mets à ouvrir le forum tous les jours pour suivre🙂)
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ah ah ah , une histoire de djinns 🙂
c est vrai que les cours d eau sont souvent propices selon les dires aux djinns
bonne journée
c est vrai que les cours d eau sont souvent propices selon les dires aux djinns
bonne journée
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C'est bien! Continue, tu es sur le droit chemin, et au bout on te donnera une médaille! 🙂
C'est bien! Continue, tu es sur le droit chemin, et au bout on te donnera une médaille! 🙂
Il n'y avait pas que les djinns qui rôdaient à Madian, 😉 il y avait aussi quelques caractères humains louches! Sans compter les gens tout à fait inoffensifs mais qui, à travers les distorsions psychologiques causées par la situation précaire dans laquelle certains se trouvaient, exacerbées par des lectures "néfastes" et par l'usage de certains "produits vitaminés" 😇, paraissaient être des gens nuisibles...... 😮😠
Dans la maison ouverte sur les brumes du matin, je me suis consacré au Yi King et j’ai tiré « Lin », « L’Approche » :
« La force lumineuse prend de l’expansion. Approche de ce qui est fort, supérieur. Au-dessus du Lac est la Terre. Ainsi l’homme noble est inépuisable dans son dessein d’enseigner. De même que le Lac indique une profondeur inépuisable, le sage est inépuisable dans sa disposition à instruire les hommes... Parce que l’on possède en soi la force et la logique, on obtient la fortune. Même l’avenir ne doit pas être cause de souci…… On sait bien que tout ce qui est terrestre est passager et que toute ascension est suivie d’une descente, mais on ne se laisse pas égarer par ce destin universel ».
Comment expliquer l’influence que ces passages du Yi King pouvaient avoir sur moi ? Beaucoup de gens se sont intéressés au Yi King, l’un des plus vieux livres au monde, et aussi à d’autres livres dits « divinatoires ». Certains ouvrent la Bible au hasard et se laissent pénétrer par le passage qui leur tombe sous les yeux….. Dans le monde persan, il y a de même l’usage répandu de consulter les poèmes de Sa’âdi (et on peut le faire faire par une personne connue pour sa force spirituelle). Certains sont assez crédules pour croire dur comme fer qu’on obtient ainsi des avis précis sur ce que le futur nous réserve.
Je n’étais bien sûr pas arrivé à un tel point de crédulité, mais je me laissais imprégner par les passages obscurs de ce livre réputé pour sa sagesse. Je crois que sa valeur tient en fait à ce qu’on y a décrit un nombre de situations dans lesquelles tout le monde peut un jour ou l’autre se reconnaître. Je crois qu’on pourra toujours « tirer » le Yi et obtenir un hexagramme dont « l’exégèse » comportera un brin de signification pour le moment présent. C’est en quelque sorte une collection d’archétypes. Je ne crois pas que Jung, qui est bien connu pour avoir analysé la psychologie des archétypes, ait connu le Yi King. Mais ses commentaires sur d’autres archétypes (souvent issus de la mythologie grecque, si je m’en souviens bien) devraient jeter une lumière intéressante sur le contenu et l’usage du Yi King.
Donc, à la lecture de ces commentaires sur l’hexagramme « Lin », je me laissais aller à croire qu’il y avait là un signe que je « devais aller pêcher les hommes », rien de moins ! Mais le même jour, quelle mouche m’avait donc piqué ? Je m’étais mis à « tirer le Yi » une deuxième fois et j’avais obtenu « Ming Yi », « L’Obscurcissement de la Lumière ». En deux coups, le Yi venait de me « faire comprendre » qu’une force lumineuse allait surgir mais qu’elle serait vite obscurcie ! Il y avait là comme un présage que quelque chose de peu ordinaire allait m’arriver……. 😮
Pour ceux que cela pourrait intéresser, j’ajoute quelques jpegs montrant l’hexagramme Ming Yi, et quelques commentaires sur sa signification.
Dans la maison ouverte sur les brumes du matin, je me suis consacré au Yi King et j’ai tiré « Lin », « L’Approche » :
« La force lumineuse prend de l’expansion. Approche de ce qui est fort, supérieur. Au-dessus du Lac est la Terre. Ainsi l’homme noble est inépuisable dans son dessein d’enseigner. De même que le Lac indique une profondeur inépuisable, le sage est inépuisable dans sa disposition à instruire les hommes... Parce que l’on possède en soi la force et la logique, on obtient la fortune. Même l’avenir ne doit pas être cause de souci…… On sait bien que tout ce qui est terrestre est passager et que toute ascension est suivie d’une descente, mais on ne se laisse pas égarer par ce destin universel ».
Comment expliquer l’influence que ces passages du Yi King pouvaient avoir sur moi ? Beaucoup de gens se sont intéressés au Yi King, l’un des plus vieux livres au monde, et aussi à d’autres livres dits « divinatoires ». Certains ouvrent la Bible au hasard et se laissent pénétrer par le passage qui leur tombe sous les yeux….. Dans le monde persan, il y a de même l’usage répandu de consulter les poèmes de Sa’âdi (et on peut le faire faire par une personne connue pour sa force spirituelle). Certains sont assez crédules pour croire dur comme fer qu’on obtient ainsi des avis précis sur ce que le futur nous réserve.
Je n’étais bien sûr pas arrivé à un tel point de crédulité, mais je me laissais imprégner par les passages obscurs de ce livre réputé pour sa sagesse. Je crois que sa valeur tient en fait à ce qu’on y a décrit un nombre de situations dans lesquelles tout le monde peut un jour ou l’autre se reconnaître. Je crois qu’on pourra toujours « tirer » le Yi et obtenir un hexagramme dont « l’exégèse » comportera un brin de signification pour le moment présent. C’est en quelque sorte une collection d’archétypes. Je ne crois pas que Jung, qui est bien connu pour avoir analysé la psychologie des archétypes, ait connu le Yi King. Mais ses commentaires sur d’autres archétypes (souvent issus de la mythologie grecque, si je m’en souviens bien) devraient jeter une lumière intéressante sur le contenu et l’usage du Yi King.
Donc, à la lecture de ces commentaires sur l’hexagramme « Lin », je me laissais aller à croire qu’il y avait là un signe que je « devais aller pêcher les hommes », rien de moins ! Mais le même jour, quelle mouche m’avait donc piqué ? Je m’étais mis à « tirer le Yi » une deuxième fois et j’avais obtenu « Ming Yi », « L’Obscurcissement de la Lumière ». En deux coups, le Yi venait de me « faire comprendre » qu’une force lumineuse allait surgir mais qu’elle serait vite obscurcie ! Il y avait là comme un présage que quelque chose de peu ordinaire allait m’arriver……. 😮
Pour ceux que cela pourrait intéresser, j’ajoute quelques jpegs montrant l’hexagramme Ming Yi, et quelques commentaires sur sa signification.
toujours très intéressant, le Yi King... , ça m a toujours intriguée ....
sinon dans le monde persan, pour Norouz, il est habituel de prendre le livre Le divan de Hafez, de l ouvrir à une page au hasard et d essayer de comprendre par le ghazal ( poème ) ce qui nous attend pour la nouvelle année mais aussi pour des choix, des directions à prendre dans l'année
Très usité dans le monde persan
Bonne soirée ;)
sinon dans le monde persan, pour Norouz, il est habituel de prendre le livre Le divan de Hafez, de l ouvrir à une page au hasard et d essayer de comprendre par le ghazal ( poème ) ce qui nous attend pour la nouvelle année mais aussi pour des choix, des directions à prendre dans l'année
Très usité dans le monde persan
Bonne soirée ;)
Très usité dans le monde persan
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Absolument! Et on saute sur le feu pour se purifier et laisser derrière soi les impuretés de l'année qui se termine. On commence un "nouveau jour (now ruz) par extension, une nouvelle année (sâl-e-now)
Je vais rendre visite à Charles, le Québécois. Il est à moitié Indien, m’a-t-il dit, Iroquois ou Mohawk ou je ne sais trop quoi encore. Cela le rend encore plus sympathique à mes yeux, j’ai toujours eu un intérêt un brin romantique pour les Indiens d’Amérique du Nord. Il partage une maison pas trop loin de l’hôpital, à quelques pas de la Swât, avec quelques autres Québécois, des gens plutôt jeunes à l’aspect inoffensif et presque mignons. Nous sommes quelques uns assis autour d’une table, dans la cour vers la fin de l’après-midi, à bavarder, boire du tchaï et fumer du tcharss. La discussion roule surtout entre Charles, moi-même et une fille qui semble avoir une personnalité assez forte – et dont j’ai oublié le nom (cela m’arrive !). Mais pour ne pas faire trop lourd dans ce qui suit, je vais l’appeler « Marie ». C’était d’ailleurs peut-être bien son nom !
L’idée me vient de sortir les deux trips noirs et demi que j’avais encore et de les partager avec Charles et Marie. Comme il arrive si souvent, nous pensons à peine à ce que nous avons pris cette « médecine » hyper-puissante et qu’un « Hiroshima psychique » va se déchaîner d’un instant à l’autre dans nos têtes, et nous continuons à fumer. Marie sort fièrement son chilom personnel, un petit chilom noir qui immédiatement me déplaît. Cette couleur noire – dangereuse, venimeuse même !😠 Et ce manque de générosité: nous sommes plusieurs à cette table, nous ne pourrons même pas faire un tour complet avec ce petit machin !
Je sors alors de ma poche un chilom que quelqu’un, je ne sais trop qui, m’a offert il y a peu, un magnifique cône de terre cuite de bien 15 centimètres de long, simplement orné de quelques rainures sobres, et qui a déjà bien servi. 😎 Et je vois le mouvement de recul appréhensif de Marie quand je fais ce geste vers ma poche, comme si j’allais sortir une arme. Mais c’est ma générosité que je mets là sur la table ! Et je fais un bon mélange de tcharss et d’opium – j’en ai acheté il y a peu à la cahute juste à côté du poste de police, en même temps qu’une belle plaque de tcharss portant un tampon officiel – c’est un peu le bureau de tabac du coin ! 😉 J’y ajoute de la menthe fraîche pour faire bonne mesure, une petite manie que j’ai récemment adoptée.
J’ai déjà expliqué que souvent un chilom était comme un objet quasi-sacré pour son ou sa propriétaire. C’étaient des « objets de pouvoir ». Nous étions donc tous bien conscients du conflit dans lequel j’étais entré avec Marie, ayant rejeté son chilom avec dédain pour offrir le mien à la place. Je pourrais ajouter une interprétation sexuelle de cette « confrontation des chiloms » mais je la garderai pour moi-même par crainte d’offusquer certains lecteurs.
L’idée me vient de sortir les deux trips noirs et demi que j’avais encore et de les partager avec Charles et Marie. Comme il arrive si souvent, nous pensons à peine à ce que nous avons pris cette « médecine » hyper-puissante et qu’un « Hiroshima psychique » va se déchaîner d’un instant à l’autre dans nos têtes, et nous continuons à fumer. Marie sort fièrement son chilom personnel, un petit chilom noir qui immédiatement me déplaît. Cette couleur noire – dangereuse, venimeuse même !😠 Et ce manque de générosité: nous sommes plusieurs à cette table, nous ne pourrons même pas faire un tour complet avec ce petit machin !
Je sors alors de ma poche un chilom que quelqu’un, je ne sais trop qui, m’a offert il y a peu, un magnifique cône de terre cuite de bien 15 centimètres de long, simplement orné de quelques rainures sobres, et qui a déjà bien servi. 😎 Et je vois le mouvement de recul appréhensif de Marie quand je fais ce geste vers ma poche, comme si j’allais sortir une arme. Mais c’est ma générosité que je mets là sur la table ! Et je fais un bon mélange de tcharss et d’opium – j’en ai acheté il y a peu à la cahute juste à côté du poste de police, en même temps qu’une belle plaque de tcharss portant un tampon officiel – c’est un peu le bureau de tabac du coin ! 😉 J’y ajoute de la menthe fraîche pour faire bonne mesure, une petite manie que j’ai récemment adoptée.
J’ai déjà expliqué que souvent un chilom était comme un objet quasi-sacré pour son ou sa propriétaire. C’étaient des « objets de pouvoir ». Nous étions donc tous bien conscients du conflit dans lequel j’étais entré avec Marie, ayant rejeté son chilom avec dédain pour offrir le mien à la place. Je pourrais ajouter une interprétation sexuelle de cette « confrontation des chiloms » mais je la garderai pour moi-même par crainte d’offusquer certains lecteurs.
Mon chilom circule plusieurs fois. Chaque fois qu’il est fini, je le nettoie en y faisant passer un bout de tissu. La pierre ronde que je place au fond du cône pour bloquer le mélange et ne laisser passer que la fumée est luisante de l’huile que la fumée y a accumulée. Puis je le remplis à nouveau de mon « mélange supérieur », j’en enveloppe la base du même bout de tissu et je referme les deux mains dessus, et « bamboulé ! », c’est reparti pour un tour. C’est un chilom qui permet de consommer quelques grammes à chaque fois et il tire superbement bien !
Nous sommes depuis montés en plein trip d’acide, Charles, Marie et moi-même. La nuit est tombée. Il commence à pleuvoir et nous nous mettons à l’abri, assis sur un tchârpaï sous le porche de la maison, à la lumière d’une ou deux faibles bougies. Les autres occupants de la maison se sont retirés et nous ont plus ou moins laissés seuls tous les trois.
Je me suis demandé, bien plus tard et plusieurs fois, pourquoi j’avais adopté cette attitude de méfiance vis-à-vis de Marie. Était-elle vraiment si « venimeuse » que j’avais pu l’imaginer ce soir-là ? Ou étais-je un peu trop à côté de mes chausses ? En fait, nous étions bien dans le même trip et sur la même longueur d’onde, tous les trois avec Charles, et elle continuait à fournir des remarques intéressantes pour animer la discussion. Elle était peut-être même assez jolie et nous aurions très facilement pu terminer la nuit dans les bras l’un de l’autre. Ah ! Maintenant que j’y pense, encore une de manquée bêtement, mxxxe !
Sans doute, cette soirée aurait très bien pu connaître un développement intime! Mais cela ne se passe pas ainsi. À un moment, je nous vois tous les trois ayant chacun le visage à moitié sombre, couleur de terre, et à moitié lumineux. C’est une image tout à fait classique qu’on retrouve dans des bouquins d’ésotérisme de pacotille. Et bien évidemment Charles et Marie voient exactement la même chose que moi. Notre communication est quasi-instantanée et ne se fait d’ailleurs pas que par des mots. Le porche est surélevé et nous avons l’impression de voler sur notre tchârpaï. Nous sommes tous les trois les « sorciers du tcharss » et nous rions comme des fous. 😎😇 Et, comme un picotement de forces magnétiques, je commence également à percevoir l’espace entre les molécules ou les atomes de mon corps …. et je perds par là-même la définition exacte de mes limites corporelles. 😮
Mais Marie gâche tout. Elle laisse tomber cette remarque bizarre et horrible que "quand nous buvions le lait de nos mères, nous sucions en fait leur sang". « L’avions-nous aussi ressenti, Charles et moi? » J’en sursaute de dégoût. 😠 D’où ça sort, ça ? À partir de ce moment, un gouffre énorme s’ouvre entre Marie et moi. 😕 Charles, qui était jusqu’ici comme une force neutre et paisible dans notre trio, a lui aussi une aversion pour Marie, maintenant, j’en suis sûr.
Nous sommes depuis montés en plein trip d’acide, Charles, Marie et moi-même. La nuit est tombée. Il commence à pleuvoir et nous nous mettons à l’abri, assis sur un tchârpaï sous le porche de la maison, à la lumière d’une ou deux faibles bougies. Les autres occupants de la maison se sont retirés et nous ont plus ou moins laissés seuls tous les trois.
Je me suis demandé, bien plus tard et plusieurs fois, pourquoi j’avais adopté cette attitude de méfiance vis-à-vis de Marie. Était-elle vraiment si « venimeuse » que j’avais pu l’imaginer ce soir-là ? Ou étais-je un peu trop à côté de mes chausses ? En fait, nous étions bien dans le même trip et sur la même longueur d’onde, tous les trois avec Charles, et elle continuait à fournir des remarques intéressantes pour animer la discussion. Elle était peut-être même assez jolie et nous aurions très facilement pu terminer la nuit dans les bras l’un de l’autre. Ah ! Maintenant que j’y pense, encore une de manquée bêtement, mxxxe !
Sans doute, cette soirée aurait très bien pu connaître un développement intime! Mais cela ne se passe pas ainsi. À un moment, je nous vois tous les trois ayant chacun le visage à moitié sombre, couleur de terre, et à moitié lumineux. C’est une image tout à fait classique qu’on retrouve dans des bouquins d’ésotérisme de pacotille. Et bien évidemment Charles et Marie voient exactement la même chose que moi. Notre communication est quasi-instantanée et ne se fait d’ailleurs pas que par des mots. Le porche est surélevé et nous avons l’impression de voler sur notre tchârpaï. Nous sommes tous les trois les « sorciers du tcharss » et nous rions comme des fous. 😎😇 Et, comme un picotement de forces magnétiques, je commence également à percevoir l’espace entre les molécules ou les atomes de mon corps …. et je perds par là-même la définition exacte de mes limites corporelles. 😮
Mais Marie gâche tout. Elle laisse tomber cette remarque bizarre et horrible que "quand nous buvions le lait de nos mères, nous sucions en fait leur sang". « L’avions-nous aussi ressenti, Charles et moi? » J’en sursaute de dégoût. 😠 D’où ça sort, ça ? À partir de ce moment, un gouffre énorme s’ouvre entre Marie et moi. 😕 Charles, qui était jusqu’ici comme une force neutre et paisible dans notre trio, a lui aussi une aversion pour Marie, maintenant, j’en suis sûr.
Le charme est rompu et le trio des « sorciers du tcharss » se dissout. Dès que la pluie se calme, je me décide à quitter cette maison où il ne se passe plus rien d’intéressant. Je prends le chemin du retour vers la maison de Tom. Nous sommes en pleine nuit et je suis sérieusement défoncé: ça va être toute une expédition, 😇 mais quand il faut, il faut !
Je laisse sur ma gauche le pont principal, juste au coin de l’hôpital, et je me mets à longer la rive gauche du torrent. La maison de Tom se trouve bien de l’autre côté, mais il n’y a pas moyen d’y arriver en suivant la rive droite. Non, il faut trouver un petit pont de fortune un peu plus haut. Pas de problème, le voici, ce pont ! Ah, mais attention, c’est une affaire brinquebalante de planches et de branches jetées par-dessus deux ou trois rochers au milieu du torrent, à peine clouées les unes aux autres et dont certaines ont été arrachées par l’eau gonflée par les pluies fréquentes des derniers jours. Et je n’ai pour voir où je mets les pieds que l’éclairage très relatif de quelques étoiles qui peinent à filtrer à travers les nuages qui alourdissent le ciel, et des éclats fugitifs des remous de l’eau.
Je me retrouve tétanisé de peur, à quatre pattes et même à plat ventre au milieu du pont, ne sachant plus trop si je suis encore au sec ou déjà dans l’eau. 🤪 Par endroits, suivant les dénivelées du pont, l’eau est pratiquement au même niveau que lui! Je sens sous mes mains le froid glissant des pierres et du bois … et je revis le dispersement magnétisé des molécules et des atomes de mon corps dont j’avais eu un avant-goût quand j’étais assis sur le tcharpaï avec Charles et Marie. Je me sens pratiquement fondre entre les pierres, le bois et l’eau ! Je suis partagé entre la curiosité émerveillée que cause cette sensation « atomisée », et la conviction d’être poursuivi par les pensées « noires » de Marie. Pour sûr, c’est son influence néfaste qui épaissit cette obscurité dans laquelle je me débats ! Marie est « l’Obscurcissement de la Lumière » dont le Yi m’avait averti en début de journée ! 😠
Je parviens tout de même à franchir le torrent. J’arrive à la maison de Tom. Je cogne à la porte et j’appelle dans la nuit. C’est la porte de la cour, pas encore la porte de la maison elle-même, et j’ai peur que personne ne puisse m’entendre avec le bruit du torrent. De plus, il est bien tard et peut-être tout le monde dort déjà. Je ne veux pas rester dehors !!! 😕🏴☠️
On vient m’ouvrir, Tom ou l’Anglaise qui partage la maison, je ne sais plus. Dans l’état où je suis, j’ai dû leur tomber dessus comme un coup de foudre ! Je tremble de tout mon corps, de peur et de froid. L’Anglaise me regarde de son lit, les yeux écarquillés – elle n’a pas souvent vu des mecs surgir comme ça, dans la nuit, en plein délire ! Tom, lui, en a vu d’autres. Il écoute mon récit et essaie de me calmer. Il laisse tomber avec douceur, ce commentaire tout simple: « you are naïve !».
Naïf ? Comme il avait raison ! Je m’en suis bien rendu compte par la suite, mais j’avais encore du chemin à faire pour me frayer un chemin à travers une jungle d’influences diverses et de théories fumeuses et totalement inutiles, et enfin devenir un peu plus réaliste !
J’ai lu pendant des heures à la lumière d’une bougie, et ai retrouvé le calme, puis beaucoup, beaucoup plus tard, le sommeil.
Je laisse sur ma gauche le pont principal, juste au coin de l’hôpital, et je me mets à longer la rive gauche du torrent. La maison de Tom se trouve bien de l’autre côté, mais il n’y a pas moyen d’y arriver en suivant la rive droite. Non, il faut trouver un petit pont de fortune un peu plus haut. Pas de problème, le voici, ce pont ! Ah, mais attention, c’est une affaire brinquebalante de planches et de branches jetées par-dessus deux ou trois rochers au milieu du torrent, à peine clouées les unes aux autres et dont certaines ont été arrachées par l’eau gonflée par les pluies fréquentes des derniers jours. Et je n’ai pour voir où je mets les pieds que l’éclairage très relatif de quelques étoiles qui peinent à filtrer à travers les nuages qui alourdissent le ciel, et des éclats fugitifs des remous de l’eau.
Je me retrouve tétanisé de peur, à quatre pattes et même à plat ventre au milieu du pont, ne sachant plus trop si je suis encore au sec ou déjà dans l’eau. 🤪 Par endroits, suivant les dénivelées du pont, l’eau est pratiquement au même niveau que lui! Je sens sous mes mains le froid glissant des pierres et du bois … et je revis le dispersement magnétisé des molécules et des atomes de mon corps dont j’avais eu un avant-goût quand j’étais assis sur le tcharpaï avec Charles et Marie. Je me sens pratiquement fondre entre les pierres, le bois et l’eau ! Je suis partagé entre la curiosité émerveillée que cause cette sensation « atomisée », et la conviction d’être poursuivi par les pensées « noires » de Marie. Pour sûr, c’est son influence néfaste qui épaissit cette obscurité dans laquelle je me débats ! Marie est « l’Obscurcissement de la Lumière » dont le Yi m’avait averti en début de journée ! 😠
Je parviens tout de même à franchir le torrent. J’arrive à la maison de Tom. Je cogne à la porte et j’appelle dans la nuit. C’est la porte de la cour, pas encore la porte de la maison elle-même, et j’ai peur que personne ne puisse m’entendre avec le bruit du torrent. De plus, il est bien tard et peut-être tout le monde dort déjà. Je ne veux pas rester dehors !!! 😕🏴☠️
On vient m’ouvrir, Tom ou l’Anglaise qui partage la maison, je ne sais plus. Dans l’état où je suis, j’ai dû leur tomber dessus comme un coup de foudre ! Je tremble de tout mon corps, de peur et de froid. L’Anglaise me regarde de son lit, les yeux écarquillés – elle n’a pas souvent vu des mecs surgir comme ça, dans la nuit, en plein délire ! Tom, lui, en a vu d’autres. Il écoute mon récit et essaie de me calmer. Il laisse tomber avec douceur, ce commentaire tout simple: « you are naïve !».
Naïf ? Comme il avait raison ! Je m’en suis bien rendu compte par la suite, mais j’avais encore du chemin à faire pour me frayer un chemin à travers une jungle d’influences diverses et de théories fumeuses et totalement inutiles, et enfin devenir un peu plus réaliste !
J’ai lu pendant des heures à la lumière d’une bougie, et ai retrouvé le calme, puis beaucoup, beaucoup plus tard, le sommeil.
J’avais dû passer quelques semaines en tout à Madian. Peu à peu j’avais l’impression d’y tourner en rond et j’étais bien conscient aussi du besoin de remédier à ma situation de sans-papiers. Il fallait retourner à l’ambassade. Qui plus est, j’avais maintenant mon billet de retour en avion, de Kaboul à Paris, que Mohammad Ali avait réussi à récupérer de Carlos, mon voleur, et m’avait remis à mon arrivée à Madian. J’avais donc un argument de force pour renouveler ma demande de passeport à l’ambassade.
Les Allemands avec qui j’étais allé à Mazâr-e-Sharîf - il me semblait que c’était une éternité dans le passé – allaient reprendre la route vers l’Inde. Je leur demandai de m’emmener. Avant de partir, j’avais emprunté l’appareil photo de celui avec lequel je m’entendais le mieux, un Olympus, pour faire quelques photos de Madian – histoire d’en garder quelques images malgré toute mes misères. Je crois en avoir encore deux, quelque part, il faudra qu’un jour je les retrouve. Il y en a une prise devant la pharmacie, au bord de la route allant vers Bahreïn, à la sortie de Madian. Notre copain le pharmacien nous faisait tranquillement à l’occasion un petit fixe de morphine, là, assis sur le tchârpaï au bord même de la route, pour quelques roupies….. Nous sommes une dizaine d’étrangers et de Pakhtos sur cette photo, mais je défierai qui que ce soit de faire la distinction entre les uns et les autres tellement les « étrangers » font couleur locale!
Les journées suivantes ne méritent pas que je les décrive en détail. Sur la route vers Rawalpindi, les Allemands faisaient la gueule parce que je m’étais invité, par l’intermédiaire de mon copain, à les joindre et ils ne se sentaient plus à l’aise avec moi. Je les entendais bien commenter sur ma situation précaire, et comme quoi il vaudrait mieux ne plus me fréquenter. Pas de papiers ? Errant au petit bonheur la chance au Pakistan ? Fréquentant la faune louche de Madian ? C’est que je leur faisais carrément peur ! 😮
J’étais autant soulagé qu’ils devaient l’être eux-mêmes quand je les quittai à Rawalpindi. À vrai dire, je n’avais pas beaucoup d’atomes crochus pour les gens qui faisaient le genre d’expédition bien organisée « à l’allemande ». J’en avais déjà croisés, quand je faisais du stop au milieu de la Yougoslavie l’année précédente, en route vers Kaboul. Une autre fourgonnette avec 4 Allemands, même topo. Ceux-là m’avaient vraiment écœuré et je me demande bien pourquoi ils m’avaient ramassé au bord de la route. Ils avaient des réserves et ne se privaient pas de descendre les cannettes de bière et de se couper de grosses tranches de pain, de jambon et de saucisse devant moi, qui avais faim, sans jamais m’en offrir. Aucune décence. Vraiment des trous-du-cul. 😠
À Rawalpindi, je suis descendu dans un hôtel miteux où j’ai rencontré Reynald, un Français à court d’argent. C’est lui qui m’a introduit aux amphétamines. Nous en sommes même arrivés à faire moitié morphine, moitié amphétamines – je ne décris pas….. Nous étions presque les seuls clients de l’hôtel, si on peut utiliser ici ce titre glorieux. Je me rappelle le couloir tout droit, une demi-douzaine de piaules sur un côté dont la notre, et au bout, à gauche, la sortie sur une courette ornée d’un puits dans un état à faire reculer même les rats les plus endurcis, d'une douche probablement (eh ! c’est loin tout ça !) et des chiottes. Nous avons végété des journées entières dans une piaule poisseuse, à nous raconter des conneries. Reynald n’était pas un compagnon particulièrement intéressant 😕, il n’avait pas le moindre point en commun avec les gens de Madian qui, quel que soit le mal que j’ai pu en dire avaient au moins le mérite d’avoir un minimum de panache, de s’intéresser aux pays qu’ils visitaient etc. Je me demande bien ce que Reynald était venu chercher au Pakistan….
Les Allemands avec qui j’étais allé à Mazâr-e-Sharîf - il me semblait que c’était une éternité dans le passé – allaient reprendre la route vers l’Inde. Je leur demandai de m’emmener. Avant de partir, j’avais emprunté l’appareil photo de celui avec lequel je m’entendais le mieux, un Olympus, pour faire quelques photos de Madian – histoire d’en garder quelques images malgré toute mes misères. Je crois en avoir encore deux, quelque part, il faudra qu’un jour je les retrouve. Il y en a une prise devant la pharmacie, au bord de la route allant vers Bahreïn, à la sortie de Madian. Notre copain le pharmacien nous faisait tranquillement à l’occasion un petit fixe de morphine, là, assis sur le tchârpaï au bord même de la route, pour quelques roupies….. Nous sommes une dizaine d’étrangers et de Pakhtos sur cette photo, mais je défierai qui que ce soit de faire la distinction entre les uns et les autres tellement les « étrangers » font couleur locale!
Les journées suivantes ne méritent pas que je les décrive en détail. Sur la route vers Rawalpindi, les Allemands faisaient la gueule parce que je m’étais invité, par l’intermédiaire de mon copain, à les joindre et ils ne se sentaient plus à l’aise avec moi. Je les entendais bien commenter sur ma situation précaire, et comme quoi il vaudrait mieux ne plus me fréquenter. Pas de papiers ? Errant au petit bonheur la chance au Pakistan ? Fréquentant la faune louche de Madian ? C’est que je leur faisais carrément peur ! 😮
J’étais autant soulagé qu’ils devaient l’être eux-mêmes quand je les quittai à Rawalpindi. À vrai dire, je n’avais pas beaucoup d’atomes crochus pour les gens qui faisaient le genre d’expédition bien organisée « à l’allemande ». J’en avais déjà croisés, quand je faisais du stop au milieu de la Yougoslavie l’année précédente, en route vers Kaboul. Une autre fourgonnette avec 4 Allemands, même topo. Ceux-là m’avaient vraiment écœuré et je me demande bien pourquoi ils m’avaient ramassé au bord de la route. Ils avaient des réserves et ne se privaient pas de descendre les cannettes de bière et de se couper de grosses tranches de pain, de jambon et de saucisse devant moi, qui avais faim, sans jamais m’en offrir. Aucune décence. Vraiment des trous-du-cul. 😠
À Rawalpindi, je suis descendu dans un hôtel miteux où j’ai rencontré Reynald, un Français à court d’argent. C’est lui qui m’a introduit aux amphétamines. Nous en sommes même arrivés à faire moitié morphine, moitié amphétamines – je ne décris pas….. Nous étions presque les seuls clients de l’hôtel, si on peut utiliser ici ce titre glorieux. Je me rappelle le couloir tout droit, une demi-douzaine de piaules sur un côté dont la notre, et au bout, à gauche, la sortie sur une courette ornée d’un puits dans un état à faire reculer même les rats les plus endurcis, d'une douche probablement (eh ! c’est loin tout ça !) et des chiottes. Nous avons végété des journées entières dans une piaule poisseuse, à nous raconter des conneries. Reynald n’était pas un compagnon particulièrement intéressant 😕, il n’avait pas le moindre point en commun avec les gens de Madian qui, quel que soit le mal que j’ai pu en dire avaient au moins le mérite d’avoir un minimum de panache, de s’intéresser aux pays qu’ils visitaient etc. Je me demande bien ce que Reynald était venu chercher au Pakistan….
Il y avait quand-même quelques bons moments. Le matin, j’allais manger (tout seul car cela n’attirait pas Reynald) un grand bol de yaourt avec des bananes, des noix et des raisins secs dans un petit boui-boui. Le patron était aimable et discret. Je savourais ce moment, assis sur le devant de la boutique d’où je pouvais observer l’activité d’une rue relativement tranquille. C’était souvent mon seul vrai repas de la journée. Connaissez-vous le yaourt, les noix et les raisins secs de l’Afghanistan ou du Pakistan ? Ils sont particulièrement délicieux. 😛
Nous étions allés au cinéma. On passait « Wuthering Heights » (« Les Hauts de Hurlevent »), un film magnifique. 😎 Nous nous demandions bien ce que les hommes du cru - il n’y avait pas une seule femme dans la salle – avaient pu comprendre de cette histoire dramatique d’un autre monde. Ils devaient baver à voir la beauté des femmes occidentales telles qu’elles étaient représentées dans ce film et aussi se faire les idées les plus bizarres de leur comportement social.
Nous avions eu cette idée saugrenue de nous trouver une bouteille de bière. Il avait fallu demander à plusieurs reprises pour trouver l’endroit sordide où nous pouvions en acheter. Il fallait voir les regards noirs des gens quand ils comprenaient ce que nous cherchions ! 😠 Riches de notre butin, il avait encore fallu trouver un endroit tranquille pour pouvoir boire un coup. Je ne sais pas pourquoi nous n’avions pas voulu retourner à l’hôtel pour cela. En fin de compte, c’est sur un terrain vague et dans l’obscurité du soir tombé que nous avions bu le contenu – tiède – de cette bouteille de mauvaise bière. Une vraie pisse d’âne.
Tous pauvres que nous soyons, nous avions encore quelques roupies à dépenser. Nous nous étions même payé le luxe de changer d’hôtel. À deux, nous pouvions partager les frais d’une chambre plus saine dans un hôtel plus « up-market », je crois que cela nous revenait à 7 ou 8 roupies la nuit, l’équivalent d’un demi-euro en tout. Avec les 4 ou 5 roupies du petit déjeuner, les trois ou 4 tchaïs de la journée, les « pills », l’excès occasionnel d’une sortie au cinéma ou d’un petit plat dans un restaurant, je devais dépenser dans les 25 à 30 roupies par jour (1.5 à 2 euros). C’était un train de vie coûteux comparé à Madian !
Nous nous étions baladés dans l’un des bazars de la ville. À un coin de rue, nous avions été frappés de voir un homme assis sur un tchârpaï, les jambes repliées: son langi était remonté sur ses hanches et il donnait l’air frais à une paire de couilles énormes ! 😮 Quel tableau étrange dans un pays si pudique ! Plus loin, nous nous étions allumé une cigarette (j’en fumais encore à l’occasion à cette époque). Nous aurions dû y penser, le ramadhan avait commencé et manger, fumer ou boire en public n’était plus du tout de mise. Les très rares restaurants qui servaient encore à manger pendant la journée avaient de lourds rideaux noirs tirés sur leurs fenêtres et les gens qui passaient devant jetaient des regards noirs dans leur direction.
Nous venions donc juste de mettre nos cigarettes au bec et étions arrivés dans le quartier des tissus et deux ou trois hommes assis (en tailleur !) à même le sol devant leurs minuscules boutiques avaient commencé à nous donner des coups dans les jambes avec leurs « yards » métalliques. 😠🏴☠️ Comme il y avait du monde partout, l’attention s’était immédiatement portée sur nous, jeunes connards d’étrangers n’ayant pas le moindre respect pour l’usage local, et ça allait visiblement tourner au vinaigre. Nous nous étions précipités dans un taxi pour nous échapper et éviter une bonne bastonnade, peut-être même un lynchage !
Nous étions allés au cinéma. On passait « Wuthering Heights » (« Les Hauts de Hurlevent »), un film magnifique. 😎 Nous nous demandions bien ce que les hommes du cru - il n’y avait pas une seule femme dans la salle – avaient pu comprendre de cette histoire dramatique d’un autre monde. Ils devaient baver à voir la beauté des femmes occidentales telles qu’elles étaient représentées dans ce film et aussi se faire les idées les plus bizarres de leur comportement social.
Nous avions eu cette idée saugrenue de nous trouver une bouteille de bière. Il avait fallu demander à plusieurs reprises pour trouver l’endroit sordide où nous pouvions en acheter. Il fallait voir les regards noirs des gens quand ils comprenaient ce que nous cherchions ! 😠 Riches de notre butin, il avait encore fallu trouver un endroit tranquille pour pouvoir boire un coup. Je ne sais pas pourquoi nous n’avions pas voulu retourner à l’hôtel pour cela. En fin de compte, c’est sur un terrain vague et dans l’obscurité du soir tombé que nous avions bu le contenu – tiède – de cette bouteille de mauvaise bière. Une vraie pisse d’âne.
Tous pauvres que nous soyons, nous avions encore quelques roupies à dépenser. Nous nous étions même payé le luxe de changer d’hôtel. À deux, nous pouvions partager les frais d’une chambre plus saine dans un hôtel plus « up-market », je crois que cela nous revenait à 7 ou 8 roupies la nuit, l’équivalent d’un demi-euro en tout. Avec les 4 ou 5 roupies du petit déjeuner, les trois ou 4 tchaïs de la journée, les « pills », l’excès occasionnel d’une sortie au cinéma ou d’un petit plat dans un restaurant, je devais dépenser dans les 25 à 30 roupies par jour (1.5 à 2 euros). C’était un train de vie coûteux comparé à Madian !
Nous nous étions baladés dans l’un des bazars de la ville. À un coin de rue, nous avions été frappés de voir un homme assis sur un tchârpaï, les jambes repliées: son langi était remonté sur ses hanches et il donnait l’air frais à une paire de couilles énormes ! 😮 Quel tableau étrange dans un pays si pudique ! Plus loin, nous nous étions allumé une cigarette (j’en fumais encore à l’occasion à cette époque). Nous aurions dû y penser, le ramadhan avait commencé et manger, fumer ou boire en public n’était plus du tout de mise. Les très rares restaurants qui servaient encore à manger pendant la journée avaient de lourds rideaux noirs tirés sur leurs fenêtres et les gens qui passaient devant jetaient des regards noirs dans leur direction.
Nous venions donc juste de mettre nos cigarettes au bec et étions arrivés dans le quartier des tissus et deux ou trois hommes assis (en tailleur !) à même le sol devant leurs minuscules boutiques avaient commencé à nous donner des coups dans les jambes avec leurs « yards » métalliques. 😠🏴☠️ Comme il y avait du monde partout, l’attention s’était immédiatement portée sur nous, jeunes connards d’étrangers n’ayant pas le moindre respect pour l’usage local, et ça allait visiblement tourner au vinaigre. Nous nous étions précipités dans un taxi pour nous échapper et éviter une bonne bastonnade, peut-être même un lynchage !
C'était sympa en effet, et bonne chance pour tes projets! 🙂
salut Georges
un grand bol de yaourt avec des bananes, des noix et des raisins secs dans un petit boui-boui ça a l'air délicieux. après ça tu es rassasié jusqu'au repas du soir....lorsque j'étais à Bangkok le matin je mangeais qq chose qui y ressemblait🙂
Wuthering Heights ça m'a tout de suite rappelé la chanson de Kate Bush en 1979, reprise par la diva du rock des années80 Pat Benatar. 🙂
un grand bol de yaourt avec des bananes, des noix et des raisins secs dans un petit boui-boui ça a l'air délicieux. après ça tu es rassasié jusqu'au repas du soir....lorsque j'étais à Bangkok le matin je mangeais qq chose qui y ressemblait🙂
Wuthering Heights ça m'a tout de suite rappelé la chanson de Kate Bush en 1979, reprise par la diva du rock des années80 Pat Benatar. 🙂
Hahaha! J'en vois qui s'impatientent! 🙂 Mais je n'ai pas l'internet au village ("du côté de Bâan Nâawk") et ce n'est donc qu'à l'occasion que je me retrouve devant un clavier!
Patience!!!!😉
Patience!!!!😉
Donc voici la suite, je suis heureux de voir que j'ai au moins une poignée de lecteurs assidus! 🙂
J'en étais au quasi-lynchage dans les rues de Rawalpindi. Avoir réchappé aux griffes de la CIA pour finir en flaque de sang sur un marché de Rawalpindi, non merci! 😕
Mais tout cela ne me faisait toujours pas oublier qu’il fallait régler mes affaires de papiers. J’avais bien sûr pris le chemin d’Islamabad pratiquement le lendemain de mon arrivée à Rawalpindi. Comme déjà dit, Islamabad se trouve à quelques kilomètres à peine de Rawalpindi, ou plutôt, comme quelqu’un l’a judicieusement dit, « à quelques kilomètres du Pakistan ». Il fallait moins d’une heure de bus pour y aller.
L’ambassade était une villa d’aspect relativement modeste, comme tant d’autres, sur l’un des boulevards assez stériles de cette ville nouvelle. En plusieurs visites, je n’avais en tout vu que les deux pièces d’entrée. Deux guichets étaient installés dans celle de droite et c’est là que je devais expliquer mon affaire.
Avec mon billet d’avion Kaboul-Paris, retrouvé grâce à Muhammad Ali, je pensais avoir avec un atout majeur en main, comparé à ma première visite plusieurs semaines auparavant. Je fus donc déçu de ne pas recevoir l’attention que j’espérais. J’étais loin d’y penser, mais je ne pouvais certainement pas faire un effet favorable sur le personnel de l’ambassade. Les quelques semaines passées à Madian, l’usage quelque peu excessif de divers produits « vitaminés » et mon shalwar kameez déjà passablement usé devaient me donner l’allure d’un illuminé ou d’un sauvage !
Ma demande n’était pourtant pas compliquée ni extraordinaire. Voilà, on m’avait volé mon passeport, j’avais récupéré mon billet de retour de Kaboul à Paris, et je voulais qu’on me délivre un nouveau passeport pour rentrer en France et y poursuivre mes études. Quoi de plus simple? Comme je n’entendais que des paroles évasives et qu’il n’y avait aucune indication que quoi que ce soit allait être réellement entrepris pour me tirer de ma situation plus que précaire, je perdis patience. Je pris une chaise et l’abattis avec fracas sur le sol pour attirer l’attention des gens qui déjà avaient remis le nez dans leurs paperasses en m’ignorant complètement, là à peine à deux ou trois mètres de moi. Et je dis avec force que je ne partirai pas tant qu’on ne s’occuperait pas sérieusement de moi. Qu’est-ce que j’avais donc à perdre ?
On appela une personne un peu plus responsable. Il faudrait aussi dire que jamais, en plusieurs visites, je ne vis quelqu’un à l’ambassade qui soit un/une Français/Française « de France ». Il ne semblait y avoir, pour des sous-fifres comme moi, que des gens originaires de l’île Maurice (je n'ai rien contre eux, je veux seulement dire qu'on ne s'occupait pas trop de moi). Je dus réitérer mon histoire pour la n-ième fois. J’insistai que j’étais engagé dans des études que je tenais à terminer et que, regardez ! j’avais bien un billet d’avion pour retourner en France. On finit par me faire une vague promesse en me disant de revenir deux semaines plus tard. C’est ainsi que je retournai bredouille à Rawalpindi et que je plongeai dans la vie végétative que j’ai déjà décrite, où rien de bien remarquable ne se passait et où je passais le plus clair de mon temps à glander avec Reynald. Il finit par recevoir une bonne nouvelle. Sa famille lui avait payé le vol de retour d’Islamabad à Paris. Je l’accompagnai à l’aéroport et le vis partir, et je me retrouvais seul pour quelques jours encore avant que le moment soit arrivé de retourner à l’ambassade.
J'en étais au quasi-lynchage dans les rues de Rawalpindi. Avoir réchappé aux griffes de la CIA pour finir en flaque de sang sur un marché de Rawalpindi, non merci! 😕
Mais tout cela ne me faisait toujours pas oublier qu’il fallait régler mes affaires de papiers. J’avais bien sûr pris le chemin d’Islamabad pratiquement le lendemain de mon arrivée à Rawalpindi. Comme déjà dit, Islamabad se trouve à quelques kilomètres à peine de Rawalpindi, ou plutôt, comme quelqu’un l’a judicieusement dit, « à quelques kilomètres du Pakistan ». Il fallait moins d’une heure de bus pour y aller.
L’ambassade était une villa d’aspect relativement modeste, comme tant d’autres, sur l’un des boulevards assez stériles de cette ville nouvelle. En plusieurs visites, je n’avais en tout vu que les deux pièces d’entrée. Deux guichets étaient installés dans celle de droite et c’est là que je devais expliquer mon affaire.
Avec mon billet d’avion Kaboul-Paris, retrouvé grâce à Muhammad Ali, je pensais avoir avec un atout majeur en main, comparé à ma première visite plusieurs semaines auparavant. Je fus donc déçu de ne pas recevoir l’attention que j’espérais. J’étais loin d’y penser, mais je ne pouvais certainement pas faire un effet favorable sur le personnel de l’ambassade. Les quelques semaines passées à Madian, l’usage quelque peu excessif de divers produits « vitaminés » et mon shalwar kameez déjà passablement usé devaient me donner l’allure d’un illuminé ou d’un sauvage !
Ma demande n’était pourtant pas compliquée ni extraordinaire. Voilà, on m’avait volé mon passeport, j’avais récupéré mon billet de retour de Kaboul à Paris, et je voulais qu’on me délivre un nouveau passeport pour rentrer en France et y poursuivre mes études. Quoi de plus simple? Comme je n’entendais que des paroles évasives et qu’il n’y avait aucune indication que quoi que ce soit allait être réellement entrepris pour me tirer de ma situation plus que précaire, je perdis patience. Je pris une chaise et l’abattis avec fracas sur le sol pour attirer l’attention des gens qui déjà avaient remis le nez dans leurs paperasses en m’ignorant complètement, là à peine à deux ou trois mètres de moi. Et je dis avec force que je ne partirai pas tant qu’on ne s’occuperait pas sérieusement de moi. Qu’est-ce que j’avais donc à perdre ?
On appela une personne un peu plus responsable. Il faudrait aussi dire que jamais, en plusieurs visites, je ne vis quelqu’un à l’ambassade qui soit un/une Français/Française « de France ». Il ne semblait y avoir, pour des sous-fifres comme moi, que des gens originaires de l’île Maurice (je n'ai rien contre eux, je veux seulement dire qu'on ne s'occupait pas trop de moi). Je dus réitérer mon histoire pour la n-ième fois. J’insistai que j’étais engagé dans des études que je tenais à terminer et que, regardez ! j’avais bien un billet d’avion pour retourner en France. On finit par me faire une vague promesse en me disant de revenir deux semaines plus tard. C’est ainsi que je retournai bredouille à Rawalpindi et que je plongeai dans la vie végétative que j’ai déjà décrite, où rien de bien remarquable ne se passait et où je passais le plus clair de mon temps à glander avec Reynald. Il finit par recevoir une bonne nouvelle. Sa famille lui avait payé le vol de retour d’Islamabad à Paris. Je l’accompagnai à l’aéroport et le vis partir, et je me retrouvais seul pour quelques jours encore avant que le moment soit arrivé de retourner à l’ambassade.
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