Inde du Sud - 1

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FA
En cette fin d'année 1995, mon père arbore la rosette de la Légion d'Honneur fraîchement épinglée au revers de son costume de fête par un préfet vendéen, pour honorer ce vétéran de la grande guerre. C'est son jour de gloire car il souffle les cent bougies de son gateau d'anniversaire avec l'aide de ses arrières petits-enfants. Ses cinquante descendants se sont réunis pour cet événement exceptionnel... qui précède notre départ vers Bombay.

A bord d'un avion Air-India, on retrouve les saveurs des plats indiens servis à bord par de belles hôtesses en sari. C'est sous un soleil levant voilé de brume jaunâtre que l'avion s'approche de Bombay-Mumbai. On n'en croit pas ses yeux : un gigantesque bidonville déferle tout contre les grillages qui limitent le tarmac. Quelques pilotes de nos amis disent qu'ils ont, à chaque fois, le même choc : ils plongent droit sur les baraques qui entourent la piste où ils posent leurs monstres rugissants... Les malheureux qui survivent dans ces bicoques sont certainement devenus sourds et aveugles pour résister à ces agressions incessantes.

Lourde chaleur humide, plus de 30°, le contraste est violent pour nous qui avons quitté un Paris glacé. Mêmes formalités de douane, police, contrôles de passeports et visas, change de dollars en roupies, et taxi pour l'Hôtel Ritz, point de chute de nos trois premières nuits. La vieille guimbarde saute et bringuebale sur une route poussiéreuse qui traverse le chaos du plus grand bidonville du monde. Douze à quinze millions d'habitants dans la mégapole, qui a rejeté le plus loin possible du centre les sans-ressources agglutinés sur des kilomètres dans cette banlieue pourrie.

Le Ritz est situé près de la gare Churchgate qui dessert principalement les environs de Bombay. Une foule de travailleurs envahit les trottoirs à heures fixes, avec un objectif commun qui s'inverse en fin de journée.

C'est le dernier jour de l'année 1995, comment les Indiens fêtent-ils la nuit de la St-Sylvestre ? Nous aurons la réponse le soir même. Nous partons explorer le coeur de Bombay dès l'aube. Le quartier historique a été édifié par les britanniques à la gloire de leurs souverains. Si l'on en juge le style de construction en briques de la Victoria Station, c'est à leur reine-impératrice des Indes qu'ils ont également dédié les monuments officiels tels que l'Université et la Haute Cour de Justice, pur XIXème siècle rococo-anglais. La célèbre India Gate, sur le front de mer, est un arc de gloire offert au roi George V et à la reine Mary lors de leur visite en 1911.

Face à la mer d'Oman, le plus prestigieux palace de l'Inde, le Taj Mahal Hôtel, se dresse de toute son imposante structure de pierres, surmontée de coupoles qui rappellent vaguement son homonyme d'Agra. Quand on pénètre dans le hall, un immense sapin de Noël paré de boules scintillantes nous indique immédiatement que les riches indiens ont ajouté cette chrétienne tradition à leurs innombrables fêtes locales. Plusieurs grands salons de réception où des fauteuils profonds accueillent les clients fortunés. Ameublement luxueux, lustres monumentaux, miroirs et tableaux ornent les murs de ce temple dédié à la déesse Lakshmi, grande prêtresse du fric dans la mythologie hindoue. Une hôtesse nous guide au dernier étage pour contempler le panorama époustouflant sur la ville et la mer à nos pieds...

Une armée de serviteurs en tenue d'apparat s'affaire autour de nous, souriant sans obséquiosité, prêts à nous aider dans le choix d'un restaurant parmi les quatre du palace. C'est au Sharmiana que nous nous régalons de spécialités, revues et corrigées pour nos palais fragiles par un chef qui a beaucoup voyagé. Comme dans tous les établissements de ce type, la galerie marchande présente les plus beaux objets d'art, des vêtements traditionnels, livres, cartes postales, souvenirs divers dont nous faisons une première moisson. J'admire, une fois de plus, les superbes tapis cachemiris...

Quelques pas dans les jolis jardins suspendus (Hanging Gardens), où les familles promènent leurs enfants qui jouent comme tous les enfants du monde à la balançoire et au toboggan.

Intrigués par de drôles de coutumes, nous espérons apercevoir les fameuses Tours du silence au sommet desquelles les Parsis déposent leurs morts, offerts en pâture à de gras vautours. On a beau écarquiller les yeux, on ne voit strictement rien car de hauts murs dissimulent ces rites étranges aux regards indiscrets.

Dans le Temple Jaïna, par contre, nous sommes autorisés à pénétrer pour assister aux cérémonies de l'après-midi en compagnie d'une foule de fidèles en costumes bariolés, les bras chargés d'offrandes et d'énormes bouquets de fleurs. Tintements de clochettes, chants rituels, trompettes et cymbales rythment les différentes phases de la "messe". Photos autorisées.

Arrive l'heure du souper : à la réception du Ritz, on nous rappelle que c'est le réveillon, ce soir, et qu'un dîner-spectacle va être servi, moyennant supplément. Effectivement, lorsqu'on pénètre dans la salle à manger, revêtus l'un et l'autre de nos plus beaux habits, il y a déjà de nombreux convives indiens, très élégants, assis à table pour fêter l'année nouvelle. Un orchestre joue des airs discos et les plus jeunes dansent joue contre joue ou sautillent en cadence sur la piste, entre les plats du dîner. C'est très long... Nous irions bien dormir, lorsque l'animateur annonce le tirage d'une loterie : il déplie un papier et claironne le nom des gagnants :... oui, on a bien entendu, sous les applaudissements, il nous offre une charmante pendulette qui fera le bonheur, à coup sûr, de nos petits enfants ! Nous sommes émus par la gentillesse de cette joyeuse assemblée. Souvenir touchant, mais encombrant, que nous allons promener durant quatre semaines dans nos bagages, jusqu'à notre retour en France.

L'Ile Elephanta est notre destination en ce premier de l'an 1996. De nombreux bateaux proposent l'excursion. Embarquement sur un vieux rafiot qui en a vu d'autres d'une joyeuse bande d'indiens en goguette qui montent à bord, chantent et chahutent dans un tonitruant charivari. La traversée dure une heure dans la baie peuplée d'énormes navires de tous les pays. Au loin, on distingue une centrale nucléaire édifiée sur un îlot. L'eau est noire et visqueuse et n'incite pas à la baignade. Mais comme toujours, en Inde, la beauté de l'île Elephanta fait oublier la pollution industrielle de l'immense port de commerce.

Les grands arbres exotiques forment une voûte exquise où il fait bon escalader les hautes marches qui mènent aux grottes sculptées entre le Vème et le VIIIème siècles, consacrées au dieu Shiva. La montée est accompagnée par les multiples vendeurs de souvenirs qui interpellent les visiteurs. Certains proposent de jolis colliers de grenat et d'améthyste. Quelques cristaux de quartz feront le bonheur de notre petit fils, grand amateur de minéraux.

Les indiens sont en congé, aujourd'hui, et ils sont venus très nombreux sur l'île, chargés de volumineux paniers de pique-nique. Assis à l'ombre des arbres, c'est un monde haut en couleurs qui a fui la grande ville pour goûter la fraîcheur de ce petit paradis.

Dans les grottes bien trop sombres, les photos sont décevantes, nul éclairage n'a été prévu pour mettre en valeur les splendides statues qu'on devine plus qu'on ne les voit au fond des galeries. Mais il règne une atmosphère étrange, mystérieuse et magique, qui nous enveloppe et nous fascine. Le visage de Shiva, dont les trois faces expriment la complexité du dieu, est si imposant avec ses cinq mètres de hauteur qu'on est écrasé au sol comme une fourmi devant un éléphant ! L'oppression se dissipe quand on retrouve le soleil et les sarabandes de singes qui accourent vers nous, curieux et affamés. Biscuits, bonbons, fruits, ils attrapent tout avec frénésie, se réfugiant dans les arbres pour dévorer ces friandises.

La faim nous tenaille : point de restauration alléchante sur place. Il est temps de rejoindre la terre ferme avant le retour massif des randonneurs. La mer est légèrement houleuse, il fait une chaleur poisseuse et nous accostons devant la porte de l'Inde vers 14 heures. Déjeuner délicieux au "Rangoli", bistro typique dont le buffet regorge de mets irrésistibles.

Notre hôtel est situé dans le quartier le plus touristique de la ville, et dès que nous sortons dans la rue, une nuée de quémandeurs fonce sur nous... Méfiance : la veille, on s'est laissés amadouer par un "étudiant" qui nous a entraînés dans la cour d'une morgue... Pas d'argent pour payer le bois du bûcher... Impossible d'échapper à quelques bonshommes d'apparence religieuse, armés d'un cahier de donations obligatoires. Que cela nous serve de leçon pour la suite du voyage.

Derrière le luxueux Taj Mahal, des ruelles immondes sont envahies d'une foule mêlée de touristes en quête d'émotions fortes. Le sol est jonché de détritus ignobles, des tas d'ordures jamais ramassées sont visités par quelques miséreux qui disputent aux rats les débris encore récupérables. Nausée, dégoût, immense pitié pour les laissés-pour compte qui n'ont plus que ça pour survivre. Au milieu de ce cloaque, quelques vestiges de la splendeur britannique subsistent comme des hâvres de paix au milieu de l'enfer.

Le restaurant "Vintage" surprend par sa relative propreté et la qualité du service à l'anglaise. Ce qu'on y mange n'est pas aussi mauvais qu'on pourrait le craindre. La cuisine grande-bretonne, en général, n'a pas très bonne réputation auprès des frenchies. Nous avions connu bien pire à Londres, il n'y a pas si longtemps !..
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Bombay - Photos -
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
DO Dolma Globetrotter ·
Impossible à cette heure de partir en Inde, alors je fais une imprim et je pars en voyage ce soir, dans mon boccal [;)] ! Merci pour les bons moments que je vais passer chère Fabricia...

A demain

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
FA Fabricia Globetrotter ·
La nuit est tombée sur Bombay. La longue plage de Colaba paraît déserte, mais lorsqu'on regarde mieux, on peut voir des ombres allongées sur le sable, endormies dans le vacarme des voitures et bercées par les vagues de l'océan. C'est le refuge des sans-abris qui se dissimulent contre la jetée, échappant ainsi à la rafle des policiers intraitables qui veillent sur la tranquillité de ce quartier résidentiel...

Nous nous envolons à destination d'Hyderabad, capitale de l'état Andhra Pradesh, au centre du sous-continent. Hauts lieux des affrontements franco-britanniques pour s'emparer des richesses convoitées par les deux puissances rivales, la cité et sa région gardent encore la trace des combats acharnés au cours du 18ème siècle.

Ville folle, polluée, bruyante à l'excès, envahie par des motos innombrables qui se faufilent entre les monstrueux camions dont les pots d'échappement crachent une épaisse fumée asphyxiante stagnant dans les rues bondées. Peu ou pas de trottoirs pour les piétons qui se déplacent le long des boutiques en rangs tellement serrés qu'on ne voit même plus où l'on pose les pieds.

Au risque de se voir transformés en pâté, nous traversons l'horrible magma de la rue centrale pour admirer le "Charminar", arc de triomphe érigé au coeur de la ville au 16ème siècle par les musulmans. Le courage ne manque pas au malheureux mendiant qui se propulse sur sa planche à roulettes, à la force de ses bras, dans la circulation infernale. On n'aperçoit que son visage grimaçant et une main tendue à la portière de notre taxi : c'est un cul-de-jatte qui n'a d'autre moyen pour subsister que d'exhiber sa difformité, même s'il lui faut ramper au ras des camions hurlants qui l'ont évité jusqu'à maintenant. Vision d'épouvante...

Vite, regagnons l'hôtel Ritz, superbe petit palais de maharajah tout blanc dans son écrin de bougainvillées rose tyrien. Tout son luxe réside essentiellement dans l'apparence extérieure, les murs sont fraîchement repeints, le grand jardin foisonne d'une végétation abondante, le hall et les salons de réception sont ornés de beaux objets et meublés dans le style moghol. Nous avons une chambre vaste, plutôt sombre, qui surplombe les galeries du rez-de-chaussée, la salle de bain est rudimentaire, il n'y pas de superflu. La première nuit est particulièrement troublée par les participants du Rotary-club local rassemblés autour d'un bruyant repas. Les convives expriment leur satisfaction par des allocutions hurlées au micro, saluées d'interminables applaudissements. Nuits indiennes classiques, les indiens adorent la fête et le bruit.

Découverte des environs : soleil radieux, ciel bleu saphir, petit déjeuner savouré sous les arbres du jardin. Un chauffeur nous pilote dans son Ambassador vers les tombes Qutb Shahi Kings. Ce sont de merveilleux mausolées persans du 18ème siècle, aux fines sculptures, dans un enclos de silence simplement bercé par le chant des oiseaux. Douce harmonie, calme, sérénité.

Le fort de Golconde est une citadelle édifiée sur une haute colline de granit, remparts imposants, portes armées de clous pour résister aux charges des éléphants, murailles redoutables. C'est immense, on se perd dans les ruines évocatrices des combats qui se sont déroulés ici. Quelques siècles ont passé, mais n'ont pas altéré la puissance et le courage des vaillants guerriers de cette ancienne place forte. Parmi les broussailles, deux mangoustes très affairées à la recherche de leur déjeuner : gare aux cobras, c'est leur mets favori. Prudence donc : regardons attentivement où nous posons le pied !

Retour à la vie moderne, les émotions ont ouvert les appétits : le Krishna Oberoi affiche un excellent buffet mughlai servi dans le parc. Rassasiés, comblés par cette douce halte sous les palmiers au bord d'une piscine hollywoodienne, il faut jeter un coup d'oeil chez les marchands qui exposent leurs trésors dans la galerie de l'hôtel. Hyderabad est la ville des perles fines. De nombreux joailliers présentent leurs créations à damner toute européenne passant par ici...Et toujours les somptueux tapis cachemiris...

Troisième jour à Hyderabad : on lève un peu le pied, heureux de flâner à notre rythme, il faut savoir ralentir la cadence sous un soleil ardent. Le Birla Temple est une construction récente, de style hindou, blanc éclatant, juchée au sommet d'une colline qui domine la ville. Ce lieu de culte est très fréquenté. Dans cette région à forte majorité musulmane, on respecte aussi les autres croyances. Une foule de pélerins piétine sur les dalles de marbre, les mains chargées d'offrandes sous forme de noix de coco vendues par les marchands ambulants. Lente progression devant les autels dédiés aux divinités infinies, représentées sur les fresques violemment colorées qui ornent chaque monument. Un curieux chateau dresse ses tours chapeautées d'ardoise dans le lointain. Un certain Walt Disney en est peut-être le propriétaire ?

Rencontre insolite avec un couple blond aux yeux bleus : ils sont suédois, parents adoptifs d'une jeune indienne qui est restée dans son bel hôtel, allongée sur un relax au bord de la piscine. Plus suédoise encore que ses parents !

A la terrasse du Ritz, deux survivants de la conquête des Indes sont attablés devant a nice cup of tea. Ils se sont signalés sur le livre de bord de l'hôtel comme lord and lady Ascoigne and Windermere (or something like that...). Ainsi que des fantômes exhumés de leur sépulcre, ils s'imaginent revenus dans le "bon vieux temps", lorsque la fière Albion régnait en maîtresse absolue sur un empire où le soleil ne se couchait jamais...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Hyderabad illustrée...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
DO Dolma Globetrotter ·
Quelle écriture talentueuse, Madame !

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
ST Stanzarth ·
Encore une belle aventure ! tes photos sont superbes et favorisent le dépaysement ... c'est tout de même mieux que la TV ! ...

A bientôt pour une autre jolie suite ...

Stanzarth
DO Dolma Globetrotter ·
Aurons-nous bientôt la suite de ce périple ? C'est toujours un grand plaisir de découvrir un endroit du monde lorsqu'il est présenté avec autant de vie, d'impressions, d'images, d'émotions... le lecteur ne se contente plus de suivre ce qui a été vécu mais il participe au voyage et c'est ce que tu nous offres à chaque fois chère Fabricia.

Et moi, j'aimerais bien repartir sur tes chemins [:)]

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
PA Parvat Globetrotter ·
Qu'est ce que je suis impatiente d'y retourner... Merci pour ce petit plongeon chère Fabricia!!!
Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations... (N.Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Madras -

D'Hyderabad, nous atterrissons à Madras, au bord du golfe du Bengale. La chaleur est toujours aussi intense, mais l'air marin souffle un vent léger qui rafraîchit un peu malgré le soleil brûlant. C'est à l'hôtel Savera que nous posons nos bagages. Beaucoup d'occidentaux parmi les clients, dont les participants au séminaire d'un laboratoire pharmaceutique international.

L'organisation "Aide et Action" a installé son siège dans le coeur de la ville. Une première visite dans leurs bureaux afin de prévoir la rencontre, dans deux semaines, avec notre filleul Anumandharaj, dans les montagnes du Nilgiris. Accueil chaleureux du personnel indien, francophone, ce qui facilite grandement la conversation. Une atmosphère sympathique règne dans cette villa nichée dans un parc fleuri. On nous offre le thé de bienvenue, tandis que la responsable nous informe de ses activités à travers le sous-continent. Un autre "sponsor" assiste à la réunion : français, lui aussi, il nous surprend par son exceptionnel parrainage. Il a pris sous son aile cinq écoliers indiens pour assurer leur scolarité. "Je suis célibataire, j'ai un métier lucratif en France, j'ai décidé de consacrer le surplus de mes revenus à des oeuvres utiles"...

La ville de Madras va bientôt abandonner ce joli nom pour celui, plus hindou, de Chennai. C'est un port de commerce dont l'accès est interdit aux visiteurs. On entrevoit d'énormes cargos chargés de montagnes de caissons en partance pour tous les ports du monde. Le Fort St-George, George Town et ses marchés pittoresques, le quartier d'Anai Salai et ses magasins modernes, et l'étrange Ice House au bord de mer : il y a deux siècles, des bateaux rapportaient des lointains sommets himalayens des blocs de glace conservés dans les soutes, enveloppés dans la paille, et stockés dans ce bâtiment conique pendant de longs mois.

Et toujours la lumineuse beauté des indiennes dans leurs saris étincelants, aux longs cheveux d'ébène tressés de jasmin, d'une grâce aérienne dont elles semblent n'avoir pas conscience... Les hommes sont habillés diversement selon leur situation sociale. La plupart d'entre eux portent chemise et pantalon classiques. Pour les plus pauvres, le "longhi", rectangle de cotonnade drapé autour de la taille et relevé en pagne pour faciliter la marche. De nombreux ateliers de tissages fabriquent le fameux madras à carreaux de couleurs, exporté vers les Antilles depuis toujours.

Comme dans toutes les grandes villes indiennes, l'Alliance française possède à Madras une vaste bibliothèque, fréquentée par des étudiants qui connaissent tous nos classiques. Nous sommes autorisés à emprunter un ou deux livres, à condition de les rapporter avant de quitter la ville. Intéressante exposition de photos prises par un indien dont un jeune guide commente en excellent français les différents clichés, ayant trait à l'histoire contemporaire de l'Inde.

Le Connemara est un prestigieux palace entouré de palmiers et de fleurs. Quelques indiens très riches viennent s'offrir le luxe d'un repas dans ce décor de rêve. Pour les voyageurs moyens, ce n'est vraiment pas ruineux... Une jeune femme française et ses deux enfants sont attablés près de nous. On entame une agréable conversation avec cette gentille famille, arrivée à Madras il y a quatre mois. Dentiste installé dans le Jura, le mari s'est expatrié à Madras sous l'égide d'un ashram pour exercer presque gratuitement son métier. Mais les déceptions successives les ont assez vite convaincus de mettre fin à cette expérience et les voilà à la veille de regagner la France.

Au crépuscule, nous allons marcher sur une des plus grandes plages du monde : sable fin et blanc, longues vagues d'un océan qui miroite sous les rayons du soleil couchant. En cette fin du jour, nombreux sont les habitants qui viennent se détendre au bord de l'eau. Des étudiants nous posent les questions de rigueur : "Where do you come from ? What is your name, your âge, your job ?"... Etonnement des garçons : "Comment pouvez-vous voyager aussi loin si vous ne travaillez plus, et avec quels moyens ?" Nous tentons d'expliquer le système de cotisations en vigueur dans nos contrées, qui permettent un revenu régulier suffisant à ceux qui ont atteint l'âge de la retraite... Leurs yeux trahissent une certaine difficulté à comprendre ce qui n'existe pas ici... Si l'on en doutait encore, on mesurerait alors notre énorme chance...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Photos de Madras
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
DO Dolma Globetrotter ·
Toujours ce voyage de dépaysement, par les mots et les images, et comment ne pas rêver de marcher sur la plage comme le fait cette si élégante et gracieuse indienne...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
FA Fabricia Globetrotter ·
Mahabalipuram -

Nous longeons la côte pour une courte étape jusqu'à Mahabalipuram (Mamallapuram), petite ville posée sur le sable, où s'activent des potiers et des sculpteurs de pierre assis devant les échoppes débordant de leurs oeuvres. Un cliquetis incessant de ciseaux rythme les heures laborieuses de ces ruches humaines.

Le Shore temple (temple du rivage) est l'un des plus célèbres édifices du sud. Ses ruines spectaculaires se dressent face au golfe du Bengale. Il règne ici un calme absolu bercé par les longues vagues marines qui lèchent les vieilles pierres. On rêve éveillé, c'est la magie des lieux dont la beauté fascine le visiteur.

Les fresques de la Descente du Gange (longue procession animalière sculptée dans la falaise) attirent de nombreux touristes, parmi lesquels on remarque une majorité d'indiens, toujours aussi intéressés par les merveilles de leur patrie.

La "motte de beurre de Krishna" est un énorme rocher posé en équilibre, si lourd qu'il a résisté à toutes les tentatives pour le déplacer. Il terrifie les habitants de la région car il semble pouvoir se décrocher à tout moment de son minuscule point d'attache. Ce qui n'empêche pas certains audacieux de s'allonger pour dormir dans son ombre.

Rencontre inattendue, au sommet d'une colline, d'une jeune française et son vieux père, venus de Delhi pour la journée. Echange cordial, invitation de la demoiselle à la retrouver dans la capitale, où elle est professeur de sociologie à l'université. Voici un des moments agréables de nos voyages : nous avons tout loisir de flâner où bon nous semble, sans hâte, et des relations épisodiques comme celle-ci se renouvellent souvent.

Chaleur de four : on retrouve la chambre de l'hôtel Veeras, simple et proprette. Sieste indispensable : impossible de déambuler sous un soleil implacable. La soirée est très courte : il fait brutalement nuit vers 18 heures. Il faut se dépêcher car il reste à voir les "Five rathas" : étranges constructions qui reproduisent en miniature cinq temples sculptés en alignement dans des blocs de rochers. Un jeune vendeur nous poursuit avec acharnement pour vendre ses cartes postales. Il est collant comme de la glu. Difficile de lui faire comprendre qu'on n'achètera rien.

On s'écroule sur le lit pour récupérer quelques forces après les kilomètres parcourus dans les chemins sablonneux, calcinés par le soleil.

Dans le calme de la nuit, un bruit étrange, comme du métal frotté, qui me fait penser, ô horreur, à un serpent à sonnettes... Je m'étonne de ne pas m'en inquiéter davantage et je sombre dans un sommeil de plomb. Il s'agit peut-être de gros lézards qui s'expriment en grinçant blottis derrière les rideaux ou sous le sommier...

Pondichery -

Ce nom évoque une foule de souvenirs historiques liés à la France. Une douce torpeur enveloppe la jolie ville blanche du bord de mer, aux allures de cité résidentielle pour riches marins en croisière. La promenade le long de l'océan ressemble à une côte d'azur du 19ème siècle, avec ses calèches tirées par des chevaux fatigués qui trimbalent les voyageurs nostalgiques.

Impossible de trouver une chambre libre dans tous ces hôtels gris et blancs : tout est complet. Bizarre, bizarre... Où sont donc tous ces clients ? Explication : la ville est peu à peu rachetée par la confrérie Aurobindo, qui a la mainmise sur toute l'administration locale. Leur signe de ralliement, cette peinture gris et blanc qui recouvre tout ce qui leur appartient. Les résidents viennent du monde entier pour se ressourcer à l'ombre de la secte toute puissante.

Assez loin du centre, voici enfin l'hôtel Surguru qui veut bien nous héberger, à condition de payer en roupies. C'est la première fois qu'on refuse nos dollars en Inde. Etrange, non ?

A 8000 kilomètres de la France, on croit rêver lorsqu'on lit le nom des rues : "Romain Rolland", "Alexandre Dumas", "Suffren". Quelques plaques indiquent des restaurants : "Rendez-vous" ou "Le Club". Au fond d'un jardin touffu et fleuri, une jolie maison ancienne abrite le restaurant français typique. Le menu affiche des tentations irrésistibles. C'en est trop pour nos estomacs en manque (les restaurants "aurobindo" sont exclusivement végétariens). Nous nous asseyons sous une véranda couverte de bougainvillées, nappes blanches, vaisselle de porcelaine, verres de cristal et fauteuils de rotin sont déjà un plaisir pour les yeux.

Plusieurs français sont assis autour d'une grande table, s'exprimant à voix haute sur un sujet qui semble passionnant, mais leurs paroles ne parviennent pas jusqu'à nous. Il est question d'une réunion à organiser pour le soir même. Quelques heures plus tard, on en saura davantage puisque la mort de François Mitterrand vient d'être annoncée au consulat de Pondichery.

A la table voisine, un jeune suisse repose ses tripes arrachées par trois mois de nourriture indienne.

Visite à l'Alliance française qui accueille des étudiants de la région inscrits à des cours donnés en français. Il reste encore des familles indiennes très attachées à notre pays, l'état de Pondichery n'ayant été restitué à l'Inde qu'en 1956. Le directeur nous fait visiter les grandes salles d'étude et parle de sa vie personnelle. Sa femme et son bébé de six mois sortent peu, étant donné le climat torride. Il aime énormément son travail, mais il sait qu'il ne pourra pas rester très longtemps en poste ici à cause des températures très éprouvantes pour les européens.

Nous rasons les murs pour rester à l'ombre des arbres. Les rues sont désertes en ce début d'après-midi, la ville blanche dort. Derrière les grilles, des villas montrent leurs façades décrépies par les ans, les assauts de la mousson et le manque d'entretien. Mais ces flétrissures sont joliment masquées par les buissons de bougainvillées. La ville est séparée en deux par un canal qui délimite les quartiers français et indigène. Sur l'autre rive, la ville noire est la face indienne de Pondi, où l'activité ne cessera qu'à la tombée de la nuit.

Alors que nous émergeons de la sieste, des bruits de clochettes nous attirent vers la fenêtre : une cohorte de garçons et de filles en robe pourpre défile à vive allure sur le trottoir. Ils psalmodient des incantations d'un ton monocorde avec une certaine agressivité. Tout ce qui pourrait entraver leur progression doit immédiatement s'effacer devant la troupe en marche. Il s'agit sans doute des dévots de l'ashram Aurobindo.

La curiosité nous pousse jusqu'à Auroville, une agglomération rurale entièrement édifiée par les membres de la secte, à dix kilomètres de Pondichery. Inauguré en 1968, cet immense village regroupe des activités multiples, artisanales et scientifiques, dont les participants affluent des quatre coins du globe. Curieux endroit. L'atmosphère est imprégnée de sagesse mêlée à un sens très réaliste du commerce, puisque plusieurs boutiques vendent les produits fabriqués sur place.

Une gigantesque sphère de verre et d'acier, le Matri Mandir, est le lieu de méditation et recueillement obligatoire à la gloire du vieux gourou, Sri Aurobindo, et sa compagne "La Mère". Sur le trajet du retour, on traverse de pauvres villages où des groupes d'enfants affamés se jettent sur les fruits et les biscuits que nous leur donnons.

Dîner au "Club", à la lueur des photophores, nostalgie, musique douce et mets délicieux. Retour à pied sous les étoiles, dernier salut aux deux personnages de bronze qui veillent sur le destin de la ville : le Mahatma Gandhi et François-Joseph Dupleix, ancien gouverneur de Pondi au 18ème siècle.

Bagarre contre les nuages de moustiques qui ont envahi la chambre... Demain sera un autre jour.
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
PA Parvat Globetrotter ·
J'en peux plus!!! Jour J- 93. Quel beaux souvenirs, quelles belles images j'ai en tête... Merci Fabricia :)
Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations... (N.Bouvier)
GW Gwennou Regular ·
Salut Patricia ! Tes posts sont comme je les aime : dans un français impeccable et s'attardant sur tous ces détails exotiques, toutes ces différences qui motivent, poussent à se bouger les fesses et à aller vérifier sur place . J'ai une question à te poser : tu as éveillé ma curiosité en nous parlant des Aurobindos à Pondichery. pourrais-tu nous en dire plus sur cette secte étrange ?
Récit : - plongee a Koh Tao - Thailande - LE RETOUR - Egypte, février 2006
FA Fabricia Globetrotter ·
Sri Aurobindo, né à Calcutta en 1872, mort à Pondichery en 1950, était un philosophe religieux qui concevait le yoga comme une discipline permettant de reconnaître en soi la vérité. Il a été secondé par une française, "la Mère", qui a partagé la vie du sage et contribué à maintenir ses pensées...

Grâce à des subventions internationales, la cité d'Auroville a été édifiée comme modèle universel en harmonie avec la nature. Que reste-t-il de la simplicité et du détachement de Sri Aurobindo dans cet immense complexe dont les ramifications s'étendent dans toute la région peu à peu acquise par la "secte" ? Et à cela, je regrette de ne pouvoir donner une réponse claire et détaillée...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
GW Gwennou Regular ·
Merci beaucoup Fabricia pour cette réponse plus que détaillée, c'est quelquechose dont je n'avais jamais entendu parler ! j'espère que tu continues à bien t'amuser. De toutes façons je suis tes pérégrinations à la trace...
Récit : - plongee a Koh Tao - Thailande - LE RETOUR - Egypte, février 2006
FA Fabricia Globetrotter ·
Thanjavur -

Quatre heure de route, en taxi, pour atteindre Thanjavur (nom indien de Tanjore), circulation infernale d'énormes camions, bus surchargés de grappes humaines accrochées aux portières et sur les pare-chocs, motos, vélos zigzaguants, vaches errantes, biquets affolés (l'une de ces bestioles en a perdu la vie sous nos yeux), humains inconscients qui traversent, indifférents aux klaxons furieux des chauffeurs de poids lourds... On se demande comment la chaussée n'est pas jonchée de cadavres.

Thanjavur et l'hôtel Parisutham nous voient débarquer sains et saufs après les émotions fortes de ces épreuves routières à nulle autre pareille. Je précède mon seigneur et maître avec mon barda, mais les porteurs de l'hôtel se précipitent vers mon mari pour porter ses valises. Je connais les us et coutumes des bagagistes qui s'empressent de saluer l'Homme, sans même remarquer ma présence. La femme n'est que l'ombre de l'ombre de son époux dans ce pays à très nette tendance masochiste. Amusant (il vaut mieux en rire) : quand nous sortons ensemble de la chambre, le matin, ils nous saluent tous d'un "Good morning, Sir"... Au restaurant, si je choisis des spaghettis et mon compagnon des choux-fleurs, le garçon note immédiatement deux parts de choux-fleurs... La commande de l'Homme annule automatiquement celle de la femme...

L'après-midi est consacré aux temples hindous de Brihadishwara, avec l'éléphant sacré qui bénit d'un coup de trompe les visiteurs qui ont offert l'obole à son mahout. La grosse bête ne refuse pas le bonbon qu'elle engloutit avec gourmandise. J'aime beaucoup les éléphants : si, un jour, je pouvais vivre en Inde, je m'achèterais un jeune pachyderme comme animal de compagnie.

Dans l'enceinte des temples, une longue file de pénitents vêtus de noir défile en récitant des mantras : des hommes et quelques jeunes garçons vont ainsi depuis des jours, de ville en ville, faire leurs dévotions, parcourant de longues distances pour accomplir un pélerinage rituel.

Architecture de la dynastie Chola, érigées en 1010, les hautes tours pyramidales de pierres ocres sculptées de milliers de dieux font face à une énorme statue du taureau sacré Nandi.

Soirée consacrée à des danses et chants hindous dans le jardin de l'hôtel, sous les étoiles. Grâce et beauté de ces jeunes déesses, évoluant au son d'une musique traditionnelle.

Bien qu'il soit très tôt, le soleil est déjà brûlant et la montée au "Rock fort" de Tiruchirapalli (dite Trichy) est épuisante avec ses 277 marches à gravir pour atteindre le sommet. Récompense : à nos pieds, nous découvrons le panorama grandiose de la ville grouillante de visiteurs. Dans les échoppes, on achète les jolis bracelets de verre dont raffolent les indiennes.

Ce soir, nous dînons en compagnie d'un couple de jeunes suédois : ils traversent l'Inde en direction de la Thaïlande et de l'Indonésie. Ils ont pris un congé de six mois pour bourlinguer en Asie, grâce aux subsides de leurs riches parents...

Dans le sud de l'Inde, le mois de janvier est consacré à la fête des moissons, "Pongal", qui donne lieu à de nombreuses réjouissances à l'indienne, c'est à dire bruits, musiques tonitruantes, animations nocturnes incessantes, défilés de chars à boeufs, processions, déplacements de foules énormes... En route pour Madurai !
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
DO Dolma Globetrotter ·
Pardon Fabricia, je ne résiste pas au plaisir de t'imaginer juchée sur ton jeune pachyderme pour aller faire tes courses au village voisin [:P] !

Plus sérieusement, je dis: enfin ! la suite du voyage ! Nous commencions à nous impatienter, nous, les amateurs de l'Inde dont nous ne nous lassons pas et que nous apprenons à aimer (ou que nous redécouvrons) grâce à tes magnifiques récits.

Merci et surtout poursuis ton chemin...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
FA Fabricia Globetrotter ·
Madurai -

Il semble que tous les hôtels soient complets... Nous finissons par avoir enfin une chambre au "Suprême" dans la rue principale de la ville. La nuit est cauchemardesque : relayée par tous les hauts-parleurs accrochés dans les rues environnantes, une musique infernale se déverse en boucle. Que faire contre ce boucan ? Prendre son mal en patience, la tête sous l'oreiller et des boules quies pour s'isoler un peu et fermer l'oeil quelques heures.

Madurai renferme des temples immenses, dont les hautes tours (gopurams) surplombent la cité entourée de murailles protégeant les sanctuaires. En cette période de fêtes, une multitude de pélerins afflue de toutes parts et déambule en rangs serrés dans les étroites ruelles. On s'intègre dans la foule qui nous emmène vers les temples sacrés. Il faut se déchausser aux portes gardées par des cerbères intraitables, qui obligent les visiteurs à patauger pieds nus dans l'infâme bouillasse, divinement "pure" contrairement aux apparences ! Sur l'instant, je me dis, comme le petit garçon de "La guerre des boutons" : "Si j'aurais su, j'aurais pas venu !"

Des pyramides sculptées de mille statues muticolores se dressent sous un ciel d'un bleu incroyable. On est saisi de stupeur devant ces constructions vertigineuses où le regard se perd dans les contorsions des innombrables personnages.

L'enchantement des cérémonies qui se déroulent fait oublier le cloaque où je piétine. Dans la ferveur collective, des pélerins se prosternent devant les autels consacrés aux dieux du panthéon hindou. Lampes de dévotions aux flammes tremblotantes, statues rougies de bétel, bols de ghee (beurre clarifié), odorants bâtonnets d'encens, fleurs et fruits déposés dans des coupes de cuivre, clochettes et litanies des prêtres brahmanes : les ombres vaporeuses dansent sur les parois en un mystérieux ballet envoûtant.

Malgré la sacralité de l'endroit, un garçon d'une vingtaine d'années tente de nous soutirer 500 roupies pour s'acheter, soi-disant, une licence de guide touristique : manque de pot, cher ami, votre scénario est trop simplet pour qu'on tombe dans le piège éculé.

Dans une ancienne demeure bourgeoise à l'extrêmité de la ville, un musée est consacré à la grande âme indienne. Le Gandhi Museum retrace la vie mouvementée du Mahatma. Pendant qu'on achète les tickets d'entrée, on voit arriver un étrange attelage. Debout sur les pédales de son vélo-rickshaw, un indien longiligne tire un couple de touristes assis dans la nacelle. Ce sont des français originaires de Savoie qui mettent pied à terre en remerciant vivement leur pilote. Depuis trois mois, ils sillonnent l'Inde en individuel, ne connaissant qu'une vingtaine de mots d'anglais pour se débrouiller dans leurs déplacements. Souriants et discrets, ils s'excusent de donner autant de mal à ce pauvre homme. Ils éprouvent une certaine gêne à se faire trimbaler comme des nantis, mais l'indien les a suppliés, expliquant que c'est son unique gagne-pain... Nos compatriotes ont accepté, la mort dans l'âme (ils doivent peser au moins 180 kilos à eux deux...). Ces fermiers rêvaient, au coin de la cheminée, d'aller un jour en Inde quand l'heure de la retraite serait venue. Et depuis notre retour, nous pensons souvent à eux, que nous avons trouvés si touchants.

Adieu Madurai. On quitte l'immense ville aux mille temples pour pénétrer dans des paysages campagnards : palmiers, montagnes, oueds, cultures de canne à sucre, café, coton, couleurs vertes et ocres... Notre prochaine étape : Periyar Park, réserve d'animaux sauvages.
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Des images...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Periyar park -

Dans une belle Ambassador, la traversée des paysages bucoliques est un régal après les journées tumultueuses que nous venons de vivre à Madurai. Nous arrivons à l'hôtel Ambadi, blotti dans la réserve d'animaux sauvages de Periyar. Des cottages blancs aux briques apparentes sont disséminés à travers la forêt environnante. Bois sombre et décoration "safari". A l'écart de la réception et des salons d'accueil, il règne un calme absolu qui contraste avec le barnum urbain.

Une excursion est prévue pour l'après-midi sur le lac. On attend près du bord l'arrivée d'un vieux bateau, en compagnie d'une troupe de singes qui vient nous contempler. Des gamins turbulents les pourchassent en hurlant, semant la panique chez les bestioles, dont certaines montrent des canines agressives. Et un tout petit singe apeuré se réfugie sur mon pied, implorant protection d'un oeil suppliant. Je suis très flattée de cette marque de confiance. Voici l'embarcation sur laquelle nous allons monter, mais il n'y a pas de ponton ni échelle et il reste à se hisser à la verticale pour atteindre le bastingage, deux mètres plus haut... Deux marins secourables nous aident dans cette ascension, laborieuse pour certains d'entre nous.

La balade sur le lac est agréable, le panorama est magnifique, des montagnes bordent les rives, mais on ne voit guère la faune sauvage censée s'abriter sous les arbres, dans le lointain. On éprouve une certaine déception et l'impression d'être tombé dans un piège touristique. Le débarquement est tout aussi acrobatique : il faut sauter le plus loin possible du bord pour reprendre pied sur la terre ferme.

Nuit bercée par le crissement des insectes, les froissements d'herbe, les graviers qui roulent sous les pattes de quel animal nocturne... ce perpétuel mélange de douceurs et de violences qui font un savant cocktail d'émotions tout au long de nos voyages indiens.

Ce matin du 15 janvier, la même voiture et son chauffeur nous emmènent vers la côte de Malabar pour atteindre Cochin. L'état du Kérala ne ressemble à nulle autre région : les habitants sont alphabétisés en grande majorité, grâce à l'influence conjuguée des conquérants chrétiens qui ont envoyé ici leurs zélés missionnaires, appuyés par un gouvernement communiste qui a maintenu l'éducation gratuite, ce qui est exceptionnel en Inde. Nombreux sont les écoles et les collèges où filles et garçons se retrouvent chaque jour sur les mêmes bancs. Les effets bénéfiques de l'instruction généralisée se remarquent dans tous les domaines. La circulation routière est normalement calme, les véhicules roulent à vitesse raisonnable, on respecte les feux de signalisation, les panneaux de directions sont placés judicieusement avant les carrefours importants : c'est plutôt rare dans le sous-continent ! Les routes sont bien entretenues, les maisons repeintes de couleurs fraîches après chaque saison des pluies, pas d'ordures sur les trottoirs, ni bidonvilles, ni mendiants. C'est l'Inde comme on souhaiterait la voir partout.

Cochin (Kochi) -

L'hôtel choisi, le "Sealord" à Ernakulam, quartier moderne de Cochin, se trouve sur une large avenue face à un centre commercial qui fait penser, de très loin, à nos grandes surfaces européennes. On y trouve l'essentiel et entre autres une agence de voyages pour acheter nos billets d'avion Bangalore-Goa et Goa-Bombay. Un personnel aimable et compétent s'active dans de spacieux bureaux. Femmes et hommes travaillent devant leurs ordinateurs qui fonctionnent apparemment aussi bien qu'en occident, sauf en cas de pannes d'électricité, assez fréquentes hélas. Des gravures épinglées partout sur les murs aux effigies des dieux hindous et quelques saints chrétiens veillent sur la bonne marche des voyageurs. Le responsable de l'agence prénommé Maurice, de religion catholique, veille personnellement sur notre dossier. Nous sortons de là rassurés sur la suite de notre périple aérien.

Visite au "Dutch palace", palais hollandais décrépi meublé de souvenirs datant de l'époque coloniale. La vieille synagogue de Kochi est accessible à tous les visiteurs, à condition de se déchausser pour ne point abimer les ravissants carrelages de faïence bleue du 18ème siècle, peints à la main, qui pavent le sol de l'édifice situé dans une ruelle du vieux quartier juif. Lustres de cristal à pendeloques multicolores, parchemins sacrés à l'abri de vitrines cadenassées, lumignons accrochés sur les murs ouvragés de vitraux précieux... Refuge hors du temps où baigne une ferveur endormie.

Dans les petites rues alentour, de nombreux magasins d'antiquités proposent toutes sortes de reliques poussiéreuses couvées par des marchands blottis au fond de leur boutique. J'achète un pot à encre de Chine en porcelaine bleutée ainsi qu'une minuscule lampe à huile en cuivre, petits trésors pour rêver à mon retour...

Dans l'ascenseur du Sealord, nous retrouvons le beau couple aperçu dans la galerie marchande et qui loge aussi dans cet hôtel. Le garçon est mince, blond et élégant, vêtu d'une chemise indigo et d'un paréo drapé en guise de pantalon. Elle est superbe, avec ses longs cheveux, dans une lègère robe de soie qui dévoile ses épaules brunies et met en valeur son corps longiligne. Qu'ils sont beaux, tous les deux ! Et souriants aussi. Ce sont des danseurs appartenant à une compagnie de ballets allemands. Elle est française, lui est germanique, amoureux en voyage de noces...

Une promenade en bateau de quelques heures à travers les backwaters : ce sont des milliers de canaux qui quadrillent la lagune, bordée de palmiers et habitée par des pêcheurs. Les immenses filets carrés sont suspendus, comme des toiles d'araignées géantes, par de longs bambous ficelés selon la technique chinoise importée il y a plusieurs siècles. Tout un monde vit dans ce domaine lacustre qui défile sous nos yeux comme dans un livre d'images animées. Sur de longues pirogues, des hommes coiffés de chapeaux coniques remontent le sable du fond à l'aide d'épuisettes et forment deux tas bien équilibrés sur la barque, qui affleure à peine la surface de l'eau. Ils vont décharger leur lourde récolte un peu plus loin sur la rive, dans des paniers débordants posés sur leurs épaules nues. Soleil couchant, retour à la vie terrestre et dîner dans un restaurant exotique où le repas se termine sur la note épicée d'un "paan" traditionnel : boulette composée d'un mélange de noix d'arec, citron vert et poudres pimentées, enveloppée dans une feuille de bétel... Gourmandise aux vertus contestables, peu recommandée pour nos palais délicats...

C'est notre dernière nuit à Cochin. Demain, taxi pour Coimbatore, ville-étape vers les monts Nilgiris.
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Album...de Periyar à Cochin
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FA Fabricia Globetrotter ·
Coimbatore -

Coimbatore est une ville industrielle et un centre de commerce très actif, les clients de l'hôtel City Towers sont essentiellement des hommes d'affaires qui viennent règler leurs marchés. Il n'y a strictement aucun monument à visiter : profitons de l'après-midi pour écrire des cartes postales.

Ooty -

Nous quittons la plaine pour gravir la route en lacets qui monte vers la station climatique d'Udhagamandalam (Ooty) située à 2268 mètres d'altitude. Les anglais avaient édifié cette ville résidentielle pour s'y réfugier pendant les fortes chaleurs, au début du 19ème siècle. Ville surprenante par ses cottages au milieu de jardins clos, à l'ombre des eucalyptus tout à fait insolites qui s'élèvent à des hauteurs impressionnantes. En descendant de voiture, nous sommes saisis par une fraîcheur inhabituelle : il faut enfiler les pulls qu'on n'avait pas encore sortis des sacs depuis notre arrivée en Inde.

Nous nous offrons le luxe -relatif- de l'hôtel Regency-Villa, sur une colline boisée qui appartient au maharajah de Mysore. C'est, en quelque sorte, l'annexe du palais voisin, le Fernhill Palace (colline des fougères) à l'abandon depuis des années. Le groupe hôtelier Taj a racheté l'ensemble des constructions pour en faire bientôt un 5 étoiles de grand luxe. Nous sommes les seuls clients du Regency. Une immense chambre-salon au rez-de-jardin, avec les bow-windows chères aux britanniques qui forment une alcôve lumineuse donnant sur la forêt. Les murs sont couverts de photos anciennes de la famille princière. Superbe et nostalgique. L'ombre des précédents occupants plane dans ce décor de conte de fées.

A perte de vue, sur les collines, les jardins de thé en terrasse forment un kaléidoscope dans toute la gamme des verts. Ne plus bouger, prendre sa boîte d'aquarelles et ses pinceaux... arrêter le temps... C'est le paradis retrouvé.

Nous dînons devant la cheminée du coin-salon, une délicieuse omelette fait nos délices. L'antique chauffe-bain a été allumé depuis des heures et l'eau gargouille dans les vieux tuyaux de l'époque victorienne. Trois couvertures de chaud duvet ne sont pas superflues dans la froideur de la vieille maison. Nuit exquise.

Mon compagnon est parti à la recherche de la cuisine, ce matin, pour commander le petit déjeuner. En fait de cuisine, c'est un coin obscur au fond d'un long couloir. Le cuisinier est accroupi devant un petit fourneau posé sur le sol en terre battue. Il jongle avec les casseroles noircies par la fumée, dans lesquelles bouillonnent café, thé et lait qu'il transvase dans des pots d'argent posés sur un plateau princier. Il a exhumé un délicat service de porcelaine aux armes du seigneur des lieux en notre honneur.

Nous partons dans un minicar brinquebalant en destination du village de notre filleul, tout là-haut dans les monts Nilgiris, un coin perdu dans les collines couvertes d'arbustes bleutés : ce sont les jardins de thé où travaillent les habitants des hameaux environnants. La route est très sinueuse, creusée de profondes ornières, nous sommes brassés en tous sens dans ce véhicule conduit à vive allure. On se cramponne comme on peut aux accoudoirs de la banquette de moleskine dure comme du bois. Une heure pour faire quinze kilomètres, mais quels kilomètres ! Je mets pied à terre avec un soulagement visible.

Le village de Gandhinagar est une succession de petites constructions en béton recouvertes de tuiles, édifiées grâce aux subventions d'Aide et Action - Rural Development Organizations associés. L'école est minuscule, une pièce sans table ni chaise où les élèves s'assoient par terre. Cahiers et crayons posés dans un coin, un tableau noir accroché au mur. C'est la classe à mi-temps, vu le nombre d'écoliers qui partagent les journées entre les travaux des champs et la scolarité. Présentation de l'institutrice au beau sourire, entourée d'une foule d'enfants.

Et voici Anumandharaj, notre filleul du bout du monde. Le petit garçon de cinq ans est devenu un grand jeune homme adolescent. Il s'avance timidement, tout aussi ému que nous le sommes... Sa mère nous invite à boire le thé, sous les regards curieux du voisinage. Quelques mots d'anglais suffisent pour exprimer tout ce que nous ressentons, les uns et les autres. Kokila, petite soeur d'Anumandharaj, n'a pas eu la chance de son frère : elle a été retirée très vite de l'école pour aider sa mère dans les corvées domestiques, fatalement imposées aux femmes de ces régions reculées...

Notre jeune ami a fini le cycle scolaire sponsorisé par Aide et Action et commence à travailler comme apprenti-mécanicien dans un garage. Il dit tout son bonheur de savoir lire, écrire et parler un peu anglais pour acquérir un métier.

Le retour vers Ooty est un vrai calvaire : les interminables virages portent un coup fatal à ma pauvre carcasse qui n'en peut plus d'être ainsi démantibulée. D'horribles nausées m'obligent à crier grâce pour arrêter la guimbarde. Quelques minutes assise sur le bord de la route me remettent à peu près d'aplomb. Le directeur du R.D.O. et sa femme nous ont préparé un déjeuner auquel je ne fais guère honneur, mais je peux compter sur mon mari qui sait manger pour deux !

Dans cette belle maison, je suis surprise par le contraste du confort des pièces de séjour et la salle d'eau, qui ressemble à une simple buanderie. Les indiens attachent en général peu d'importance à ces dépendances, utiles mais dépourvues du moindre luxe.

Mr. S. est un homme cultivé, avocat d'affaires qui a renoncé à ses déplacements incessants pour occuper une fonction quasi-bénévole, afin de vivre plus près de sa famille. Son épouse est une féministe active qui se dévoue à la cause des femmes dans cette région rurale : alphabétisation, conseils d'hygiène, défense de leurs droits, etc... Les trois filles de la maison font des études supérieures, comme il se doit dans ce milieu favorisé, et sont bien décidées à travailler, même si elles se marient un jour !

La jeep personnelle du directeur nous raccompagne au Regency. Plaisir de retrouver le calme et le confort de notre jolie guest-house. Le gardien nous fait visiter le grand palais Fernhill, déserté depuis longtemps. On se croirait dans le chateau de la belle au bois dormant. On n'attend qu'un prince pour redonner vie à ces lieux magiques. Poussière et toiles d'araignées recouvrent le superbe mobilier peu à peu rongé par le temps. Sur les photos jaunies posées ça et là, des personnages en haut-de-forme et capelines fleuries sourient tristement.

Adieu, jolie Ooty...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Illustrations - Ooty.
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
DO Dolma Globetrotter ·
Très touchant ce récit, une émotion contenue et cependant si intense, accentuée par les photos de ces petits écoliers et de ce lointain filleul...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
FA Fabricia Globetrotter ·
Mysore -

La route traverse la réserve animalière de Bandipur, propriété du maharajah de Mysore, après avoir redescendu les deux mille mètres à la vitesse modérée de notre taxi, qui a bien tenu compte de nos recommandations : "Please, slowly, very slowly..."

Hôtel Kings Court à Mysore, une belle grande chambre que vous avons voulue calme, loin de la rue. "Yes, very quiet" nous a-t-on assuré.

Il y a un curieux musée en plein air, le Railway museum qui, comme son nom l'indique, expose de vieilles locomotives et leurs wagons datant d'avant l'indépendance. Un petit train poussif tourne en rond et promène quelques visiteurs. C'est aujourd'hui dimanche, le jour des grandes illuminations du palais de Sa Grâce le Seigneur de Mysore. A 19 heures débutera le spectacle Lumières qu'il faut absolument photographier. A l'heure dite, une foule de visiteurs se presse dans la cour princière pour admirer les prestigieuses façades qui scintillent de leurs milliers d'ampoules électriques. C'est époustouflant. Le reste de la ville est plongé dans l'obscurité car toute l'énergie de la centrale est concentrée sur le palais.

Un boucan d'enfer va troubler notre nuit dans la pseudo-quiet room : un mariage, à moins que ce ne soit un raout royal, rassemble au moins mille personnes dans l'immeuble voisin... et ça gueule jusqu'au matin. On déménage vers l'autre aile, sur la rue, qui produit infiniment moins de bruit que les arrières de l'hôtel.

Noblesse oblige : notre première visite du jour est consacrée au palace, un immense musée exhibant les richesses monstrueuses accumulées par la famille régnante. Folie des grandeurs, délire, mégalomanie, étalage outrancier d'un goût détestable... On sait que l'héritier y demeure dans une aile non visitable, à l'abri du besoin comme on peut aisément le deviner. Le respect admiratif des visiteurs indiens nous étonne, nous qui sommes tellement choqués par ce démentiel étalage de richesses...

La puissance des rajahs est encore présente en Inde, malgré la suppression officielle de leurs pouvoirs par Indira Gandhi. Ces princes déchus continuent de fasciner la population qui leur témoigne une réelle vénération. Nous en verrons des preuves au cours de notre futur voyage au Rajasthan, en janvier 2000.

Le jardin zoologique de Mysore est peuplé de pauvres animaux qui s'ennuient dans leurs enclos. Deux pingoins se demandent ce qu'ils font là, sous un soleil cuisant. Ils n'ont qu'un bassin ridicule pour tremper leurs pattes dans une eau d'une saleté repoussante. Arrachés de leur banquise de cristal, une poignante nostalgie se lit dans leurs yeux. Un spectacle nettement plus réjouissant attire notre attention : l'école des éléphants. Sous les directives de trois mahouts, six jeunes pachydermes tournent en rond et doivent apprendre à marcher en cadence. Deux adultes bien dressés les encadrent, mais un des jeunes se rebelle, il n'a visiblement pas envie d'obéir aux ordres. Il patauge dans une mare et balance une grande gerbe d'eau sur son dresseur à chaque fois qu'il passe à côté de lui. C'est d'un comique irrésistible : nous sommes assis à l'ombre, comme au cirque. A quelques mètres, un vieil éléphant enchaîné manifeste son intérêt par une érection impressionnante à la vue de ses amies qui s'agitent en mesure... C'est fascinant pour nous aussi !

Nous ne pourrions manquer d'aller flâner dans les allées du grand marché aux étalages de fruits, de poudres et d'épices multicolores, dans une atmosphère parfumée à l'orientale...

Au fait, il serait intéressant d'aller vérifier nos réservations aériennes dans une agence Indian air-lines, pour notre voyage Goa-Bombay, billets achetés à Cochin... Méfiance justifiée : l'employé nous annonce d'un air détaché : "Your reservations have been cancelled !"... What ? Bien que O.K. et payées, une étrange manipulation informatique a fait sauter nos deux réservations, et nous voici en waiting-list sous le n° 80 ! Une longue attente dans ce bureau, car les ordinateurs sont paralysés par une interruption de courant depuis une heure. Un client s'est écroulé sur un coin de bureau, et en profite pour faire une sieste en attendant la reprise... Que pouvons-nous faire ? Pas grand chose. En Inde, on se heurte parfois à des obstacles totalement imprévus, malgré les précautions prises longtemps à l'avance. Affaire à suivre.

Bangalore -

Nous quittons Mysore le 24 janvier pour Bangalore, en taxi. C'est la ville des hautes technologies où des scientifiques du monde entier viennent exercer leurs savoirs. Les hôtels sont presque tous complets. Nous obtenons tout de même une chambre au rez-de-chaussée du High Gate, plutôt moche et terriblement bruyant. Remettons-nous des fatigues du trajet au restaurant du fabuleux Oberoi. Excellent buffet au "Jardin", dans le paradis du luxe et de la gourmandise.

Il y a une circulation infernale dans cette immense ville, d'une activité extra-terrestre sans pareille, mélange invraisemblable de futurisme et de misère sans nom. C'est ici que nos amis M. sont venus vivre quelques années, et nous avaient montré leurs superbes photos ... Suscitant, à l'époque, mon vif désir de visiter un jour ces Indes mystérieuses...

Dans un quartier résidentiel, les jardins Lal Bagh nous transportent dans un univers végétal foisonnant : c'est un parc botanique où se promènent les familles qui trouvent là un refuge de beauté et de jeux pour les enfants. Architecture de fer forgé, massifs et buissons luxuriants, cascades et jets d'eau, terrasses ombragées et fauteuils pour méditer loin du vacarme urbain.

Retour en rickshaw jusqu'à l'hôtel, dans un embouteillage monstrueux, le nez au ras des pots d'échappement des camions et des bus, dans un nuage de vapeurs asphyxiantes. Nous ne fermerons pas l'oeil de la nuit : les imprimantes de la réception ont cliqueté pendant des heures derrière la mince cloison de notre chambre. Un jour à Bangalore, c'est bien assez...
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FA Fabricia Globetrotter ·
Photos Mysore - Bangalore...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Goa -

Le territoire de Goa est un monde à part, pas vraiment indien, puisque quatre siècles de domination portugaise ont laissé une empreinte chrétienne très visible, qui surprend le voyageur dès l'arrivée. Point de foules amassées derrière les portes d'entrée de l'aéroport, taxis bien rangés le long du trottoir, propreté et ordre inhabituel : nous ne sommes plus en Inde.

Un chauffeur empile nos bagages dans le coffre de sa Fiat toute neuve et démarre sur les chapeaux de roues sur une belle route fraîchement bitumée, au milieu des champs verdoyants. Des églises blanches trônent dans chaque village, les maisons blanches évoquent nettement le sud de l'Europe, des panneaux de circulation routière sont plantés à chaque carrefour, et les conducteurs connaissent le code de la route. Nous trouvons une chambre à l'hôtel Nova Goa, moderne, fonctionnel, qui possède une piscine impeccable dans un grand patio.

A l'agence Air-India du centre-ville, le directeur nous reçoit aimablement et écoute nos doléances. Bien sûr, ce n'est pas de son ressort, puisque nos fameux billets concernent la compagnie intérieure Indian Airlines, mais il accepte d'examiner notre affaire... Mr. R. aime beaucoup la France, Paris en particulier : il a été en poste rue Auber, pendant quelques mois. De plus, il connaît bien Mr. M., directeur Air-India à Nice, où nous avons acheté tous nos billets. Bref, nous espérons être enfin en bonnes mains. Cette fâcheuse histoire de "waiting-list" nous occupe désormais un certain temps chaque jour.

Le quartier de Panaji, capitale de l'état, est endormi en ces heures chaudes. Le soleil est brûlant, il n'y a pas âme qui vive dans ces rues désertées. Pourtant, à la tombée de la nuit, les habitants reprennent leurs activités et les clients se précipitent dans les nombreux bistros où l'alcool coule à flots. Nulle prohibition : le commerce des boissons alcoolisées fait fortune dans cet îlot aux lois permissives.

C'est la fête de la République, en ce 26 janvier. Grand rassemblement dans l'Inde entière, et Goa ne manque pas de participer à ces réjouissances gigantesques. Nous fuyons les cortèges de chars décorés d'emblêmes allégoriques qui défilent au milieu d'un énorme délire.

Tournée des plages de sable qui s'étendent sur une centaine de kilomètres. C'est un panorama superbe sur l'immensité turquoise de la mer d'Oman, bordée de sable fin et de forêts de palmiers tout au long du littoral. En ce jour de congé, des piques-niques géants rassemblent des familles nombreuses qui chahutent gaiement dans les vagues.

Le Fort Aguada, le port de Calangute et sa marchande de bananes, les plages de Miramar, Doña Paul et Anjuna, et enfin la Baga beach... Les bons restaurants ne manquent pas dans ce petit paradis : un déjeuner au Taj Aguada et ses plats traditionnels enfin adaptés aux palais étrangers. Belle journée qui s'achève calmement au bord de la piscine, où nous dinons à la lueur des photophores.

C'est le jour du marché à Panaji, et les nombreux commerçants étalent leurs marchandises sur des nattes posées à même le sol. Des objets artisanaux fabriqués au Népal, au Tibet et au Pakistan sont exposés à la convoitise des acheteurs. Une jolie marchande tibétaine vend des bijoux ethniques de toute beauté : bracelets en perles d'eau, colliers et boucles d'oreilles en turquoise, bagues ornées de la fameuse pierre noire où miroite une croix... Tout est si tentant qu'on ne repart pas les mains vides.

Nous déjeunons à l'hôtel Mandovi, sur le bord de mer. Une idée de la température : 33° à l'ombre (sans ombre...) et 70% d'humidité...

C'est dimanche, jour du Seigneur : tradition qui garde ici toute sa force, puisque les catholiques sont nombreux à se rendre à la messe dans toutes les églises. Old Goa : églises du Bom Jesus et St-François-Xavier. Quelques temples hindous : Mangeshi, Ponda, Margao et Cortalim. Déjeuner sur la plage de Colva.

Une belle fille en sari, portant sur sa tête un panier rond, marche à vive allure et passe devant les charrettes couvertes de fruits d'un vendeur des rues. Ce pays est un régal pour les photographes. Il y a tout pour plaire : couleurs, intensité des scènes vécues, originalité des sites, monuments extravagants, foules énormes, véhicules insolites et, par dessus tout, la grande beauté des femmes et des hommes dont les vêtements brillent sous une lumière incomparable.

Il règne une ambiance baba-cool chic sur ces étendues sablées où sont venus s'échouer des européens en quête d'une autre vie, il y a quelques dizaines d'années. L'Inde et ses pouvoirs magiques : les étrangers qui s'imaginent trouver dans ce pays une recette-miracle pour échapper aux contingences matérielles se font des illusions douloureuses. Pendant un temps, imbibés de vapeurs hallucinogènes, les "routards" ont vu passer les heures sans se soucier du lendemain. Autour d'eux, les habitants ont travaillé dur pour accéder au modernisme et améliorer leur niveau de vie et, peu à peu, les rêveurs occidentaux, anéantis par les drogues, sont partis de Goa. Une communauté hippie s'est réfugiée à Hampi, dans le centre de l'Inde, près des ruines de l'ancien royaume hindou, dont Vijayanagar fut une capitale importante au 14ème siècle...

Les nouveaux touristes sont maintenant accueillis dans des hôtels confortables, les plages sont désormais fréquentées par des familles indiennes de la middle-class qui ont les moyens de s'offrir un séjour au bord de la mer durant les fins de semaine. Les promoteurs immobiliers bâtissent rapidement de nouveaux établissements hôteliers et le paysage change perceptiblement chaque année. Les autoroutes font leur apparition un peu partout dans ces régions essentiellement consacrées au tourisme, et l'Inde perd lentement ce qui fait son charme troublant : ce mélange de traditions ancestrales opposées à un modernisme galopant.

Nous vivons nos dernières heures indiennes dans une douce torpeur. Il faut songer à regagner Bombay... dans un vol Modiluft, filiale indienne de la Lufthansa, où nous avons racheté deux billets pour remplacer nos cancelled-reservations... que Mr. R. a promis de nous faire rembourser dans quelques mois... Ceci est une autre histoire.

Au début de l'après-midi, nous atterrissons à Bombay. Le "Centaure" dresse ses tours futuristes et ouvre ses portes sur un hall scintillant, des porteurs chamarrés s'agitent autour de nous pour monter nos baluchons dans une chambre de luxe, donnant sur le parc. Le dîner ne nous a laissé aucun souvenir, contrairement à la nuit infernale que nous allons subir dans ce temple dédié au fric. De nos fenêtres, on voit une estrade édifiée au milieu de la grande pelouse, deux étages plus bas. Des gradins entourent l'ensemble garni de projecteurs, une troupe de machinistes s'affaire à brancher des kilomètres de câbles électriques : dans quel but ? La réponse arrive vers 23 heures : des beuglements tonitruants jaillissent des micros. Sous les faisceaux des lampes halogènes, des danseurs gesticulent comme des dingues sur les rythmes saccadés d'airs discos qui font fureur dans les spectacles télévisés du pays. Ce tintamarre va durer plusieurs heures durant lesquelles on regrette amèrement le point de chute de notre dernière nuit...

Seul avantage de ce piège luxueux : il est situé tout près de l'aéroport international, lieu du départ à 6h du matin. Pour couronner le tout, en salle d'embarquement, on annonce un décollage retardé de trois heures...

Du hublot, je découvre des paysages sublimes : le désert du Rajasthan, le Pakistan, l'Iran, l'Irak et la Turquie. Montagnes arides, reliefs de roches dorées sous les rayons du soleil. Etendues mystérieuses où tant de voyageurs se sont aventurés dans ces immensités hostiles durant des siècles...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Dernières photos de Goa
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
DO Dolma Globetrotter ·
Si je suis la seule à dire bien fort et bien haut que je suis une admiratrice de tes récits, eh bien voilà qui est dit...

Et merci de ne pas t'arrêter en si bon chemin chère Fabricia, promis ?

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
CL Clodreno Regular ·
merci, je vais y rester 1 mois je pense, puis un autre entre le Karnataka, et les environs de Madras, Bonne journée
Claude Voyages photos en Inde: http://mesimagesdinde.blogspot.it/2012/06/ateliers-photo-en-inde.html

http://www.claude-renault.fr
MI Mile Veteran ·
Bonjour Fabricia,

Suite à quelques problèmes j'ai dû changer mon voyage en Afrique pour repartir une 4e fois en Inde. Cette fois j'arriverai à Bombay pour quitter par Varanasi en passant par des endroits que je connais déjà mais d'autres où j'ai hâte de découvrir comme par ex. Hyderabad dont laptitemarie m'avait dit beaucoup de bien aussi d'ailleurs. J'espère y trouver un peu de ton inspiration pour commencer à écrire moi aussi sur ce forum. En tout cas, bravo pour tes récits que j'adore lire & relire régulièrement.
mile Les grands coups de coeur sont des maladies incurables (Goethe)
FA Fabricia Globetrotter ·
Hello Mile, Si tu vas à Hyderabad, tu pourras nous décrire tout ce que tu vas découvrir dans cette ville très peu fréquentée par les voyageurs étrangers... et qui aura peut-être changé depuis mon passage, en 1996.

Je te souhaite de superbes retrouvailles et des nouveautés dont tu sauras très bien nous transmettre les émotions ressenties dans cette région chargée d'histoire. A quand ton départ ?
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
MI Mile Veteran ·
Je pars le 4 octore et reviens le 22 décembre après 2 semaines au Nepal où j'aurai le grand bonheur d'assister à un mariage traditionnel. Je me réjouis chaque jour un peu plus en regardant mes billets d'avion sur le bureau. Ah que ça va être bon. J'ai trop de projets et malgré les 2 mois que je vais passer en Inde, ce sera encore trop court comme toujours mais bon, il faut bien être raisonnable et revenir un jour. J'espère aller dans le Gujarat pour voir Palitana, Ahmadabad, et Gir et ensuite Aurangabad, Ellora, Ajanta, Hyderabad, les environs de Badami et Hampi, Mysore, Madras, l'Orissa, Calcutta, les Sunderbans si c'est possible et Varanasi avant de bifurquer sur le Népal. Ca fait beaucoup évidemment mais en 2 mois... De toute façon, si je n'y arrives pas, ce n'est pas grave, j'y retournertai encore une fois de plus et tant mieux d'ailleurs. A bientôt Mile
mile Les grands coups de coeur sont des maladies incurables (Goethe)
PA Parvat Globetrotter ·
Soupir soupir, mais qu'il est donc bon de se replonger dans ce pays adoré... je viens seulement de prendre le temps de lire ton récit chère Fabricia, j'adore comme tu le décris... Merci tout plein [:)]

Mile, profite!!! On gèle en Belgique!!! [;)]
Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations... (N.Bouvier)
TA Tantan ·
[:P][:)][:P]Je pars samedi en Inde [;)] Si tout se passe comme prévu je vois Mile à Bhubaneshwar ou à Puri vers le 25/11 Début decembre il y a un festival de dance à Konarak

Je décompte les heures maintenant afin de découvrir cette partie de l'inde que je ne connais pas du tout et en plus n'y a presque jamais de discussions sur cette région.j'ai hate de tout visiter Je n'ai pas la plume facile mais je promets que je donnerai des nouvelles de labàs a+[;)]
Une personne n'est pas une autre personne Qui est -elle alors? elle est unique
PO Pondy Veteran ·
Bonjour Fabricia Tu nous as offert, en introduction de ton superbe récit un hommage à ton père. Il a eu la chance de voir sa fille partir pour ce pays qu'elle aime tant. C'était en 1995. Aujourd'hui, je lis et c'est étrange, j'ai une pensée émue pour lui. Nos parents nous donnent-ils des ailes ? Qouiqu'il en soit, j'ai bien aimé la lecture de ton voyage, alors merci. Dom.
FA Fabricia Globetrotter ·
Merci, chère Pondy, d'évoquer la mémoire de mon père qui aurait eu 110 ans en cette fin d'année !

C'est tout à fait vrai qu'il m'a transmis le virus des voyages dès mes premières années : il était marin dans la "Royale" durant la grande guerre 1914-1918 et il a bourlingué sur toutes les mers du monde... Le sang vendéen maritime coule dans mes veines !
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
PO Pondy Veteran ·
Encore juste quelques mots : Nos parents sont nos porteurs, nos transporteurs de rêve et d'évasion. Bien souvent ils nous ont agaçé, exaspéré, on les a bousculé et critiqué. Si insupportables avec leur "de mon temps", "à mon époque" "autrefois". Souvent inquiets de nos envols, souvent fiers de nos exploits d'explorateurs et puis, un jour, pfuitt...., c'est eux qui partent pour un voyage d'éternité... Dom.
DE Delfly Regular ·
Un grand merci Fabricia, j'ai adoré lire tes récits..ca m'a donné encore +++++ envie d'aller en Inde ...
L'impulsion du voyage est l'un des plus encourageants symptômes de la vie.
SO Soufflot ·
quelle belle escapade a te lire sana meme bouger de mon ecran!!!!!!!!!!!!!! je pars a delhi pour 5 mois..... d'abord en relations avec une oeuvre caritative, puis voyage a travers le pays, je pense commencer part le rahjastan puis descendre dans le kerala, remonter ouest avec arret a pondicherry puis direction kalcutta, puis le sikkim avant un trek dans les montagnes himalayienne..... quand pense tu, aurais je le tepms suffisant et que recommendes tu a ne pas manquer.
FA Fabricia Globetrotter ·
[;)]... Merci de m'avoir lue ! (petite précision : ce récit "Inde du sud" a été écrit par moi-même, Fabricia).

Bon voyage indien : tu nous raconteras tes impressions ?
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)

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