l'amour d'un pays étranger

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Suite à la proposition de phil64 de rendre le sujet public, voici donc quelques développements autour d'une métaphore dans laquelle l'amour d'un pays peut se comparer à celui d'une femme.

Chaque paragraphe fait deux lignes. A la première ligne, c'est le vécu, l'histoire vraie, narrée de manière volontairement saccadée et énumérative. A la deuxième ligne, c'est une histoire fictive, qui ne m'est pas arrivée, mais qui ressemble certainement à ce qu'ont connu beaucoup d'hommes mariés.

Il y a longtemps j'ai découvert l'Inde et ai été fasciné par ce pays.

Adolescent, j'ai brièvement rencontré une fille formidable dont je suis tombé amoureux.

L'Inde m'obsédait, je lisais beaucoup sur elle et rêvais même d'y vivre.

Cette fille obsédait mes pensées. Je rêvais d'elle, j'en perdais même l'appétit. Je la voyais partout. C'était la femme de ma vie, il ne pouvait y en avoir d'autre, j'en étais certain.

Mais l'Inde restait un fantasme qui ne se concrétisait pas: je restais en France et allais passer mes vacances ailleurs qu'en Inde.

Mais cet amour devait rester un amour secret. Elle ne savait même pas que j'existais et je n'osais pas faire le premier pas.

Mais un jour j'ai voulu le franchir ce pas, et apprendre l'hindi.

Et puis un jour j'ai pris mon courage à deux mains, et ai décidé de lui déclarer ma flamme.

C'est à ce moment que, tandis que parcourais déjà les librairies à la recherche d'une méthode de langue hindi, que, de manière aléatoire et très superficielle (lectures, films), la culture chinoise m'est passée sous les yeux.

Et c'est à ce moment-là, tandis que je répétais mon numéro pour la centième fois, que j'aperçus pendant une demi-seconde une fille encore plus sublime que mon amour secret.

Mon coup de foudre fut immédiat.

Mon coup de foudre fut immédiat.

J'ai immédiatement commencé à apprendre le chinois.

Je lui ai immédiatement déclaré ma flamme, utilisant les mots que j'avais réservés à mon premier amour.

Je ne pensais plus du tout à l'Inde, c'est la Chine qui obsédait mes pensées.

Cette pauvre fille qui ne savait même pas que j'existais? Qu'elle aille se faire voir! J'étais désormais promis à une autre.

J'ai fini par aller en Chine, et le coup de foudre s'est encore accentué.

Nous sommes finalement sortis ensemble, et notre amour fut le plus intense qu'on puisse concevoir.

C'était décidé, j'allais tout faire pour vivre cette passion.

C'était décidé, je devais tout faire pour la garder et vivre avec elle. Je ne pouvais pas la perdre.

Je suis retourné plusieurs fois en Chine, en même temps que je construisais le projet d'y émigrer.

On en a fait des choses ensemble, et j'ai alors commencé à penser au mariage.

Et un beau jour l'occasion s'est présentée, j'ai accepté un contrat.

Finalement nous avons chacun franchi le pas en même temps, et nous sommes fiancés.

Je me suis pointé en Chine avec un aller-simple.

Peu de temps après, la cérémonie de mariage fut simple mais très émouvante.

J'ai immédiatement commencé à y travailler.

Nous nous sommes immédiatement installés dans notre nouvelle vie.

Je me suis rapidement installé dans la routine. Boulot métro dodo.

Nous nous sommes rapidement installés dans la routine de la vie de couple.

La Chine me plaisait toujours autant, mais cette fois elle n'était plus un fantasme mais une réalité.

Ma femme était toujours formidable, mais quelque part, son côté inaccessible me manquait et elle était descendue de son piédestal.

J'ai commencé à faire plus attention à ses défauts.

On s'est parfois un peu engueulés, mais pas trop méchamment.

J'aime toujours autant la Chine, mais je ne l'idéalise plus.

On s'aime toujours, mais c'est maintenant un amour raisonnable et nuancé, plus qu'un amour passionnel.

La Chine est devenue mon environnement naturel, je ne fais plus du tout attention à ses spécificités, à ce qui m'avait séduit au début.

Elle fait partie du décor et j'ai parfois du mal à me souvenir pourquoi j'en étais tombé amoureux.

Et puis un jour je suis retourné en Inde.

Et tout d'un coup, sur un coup de tête, j'ai décidé de prendre un jour de vacances, et d'en profiter pour reprendre contact avec mon premier amour d'adolescent.

Et je me suis souvenu de mon premier coup de foudre pour ce pays.

Je l'ai revue, elle n'avait pas changé depuis le temps. Elle était toujours aussi belle.

Pour la première fois depuis que je m'intéresse à la Chine, j'ai douté de mon choix.

Et pour la première fois depuis que j'ai rencontré ma femme, j'ai eu des doutes sur le bien fondé de mon choix. Aurais-je fait une erreur en l'épousant elle plutôt qu'une autre? Moi qui n'avais eu d'yeux pour aucune autre fille depuis ce jour béni.

Comment serait la vie en Inde? Serait-elle aussi passionnante qu'en Chine?

Je me suis même surpris à imaginer à quoi ressemblerait la vie de couple avec mon ancien amour secret. La passion serait-elle au rendez-vous? La routine s'imposerait-elle une fois encore?

Non, ce ne serait pas raisonnable, je ne peux pas tout recommencer à zéro. J'ai trop investi sur la Chine.

Mais non, comment osais-je penser à ça? Je suis marié, merde! J'ai des responsabilités! Quel salaud je fais.

Mais l'Inde est si envoûtante. Qu'est ce que je fous dans ce pays aseptisé qu'est la Chine?

Mais d'un autre côté, comment résister à son charme? Pourquoi je perds mon temps avec ma bourgeoise?

Mais deux semaines se sont déjà écoulées, il faut rentrer en Chine pour retrouver ma vie quotidienne.

Il faut déjà partir. Bobonne m'attend, et si je suis en retard, je vais me faire engueuler.

Voilà, je suis de retour en Chine. Content de la retrouver, mais je ne peux pas oublier l'Inde. Je n'arrête pas d'en parler.

Voilà, de retour à la maison. Ma femme m'attendait et m'avait préparé un bon diner. Mais je pensais encore à l'autre, je ne pouvais pas l'oublier. J'en ai même parlé à mes amis proches.

De toute façon, je ne me pose pas la question sérieusement. Je vais peut-être même finir par acheter un appartement ici.

Après tout, ce n'est pas un mauvais mariage. On va peut-être même faire un enfant dans quelques temps.

Mais c'est sûr, je retournerai de temps en temps en Inde. J'en ai besoin.

Oui je la reverrai mon premier amour, c'est sûr. Après tout, je ne serai pas le premier homme à entretenir une relation extra-conjugale.

Bon, ça c'était pour le côté narratif, qui vous aura peut-être aidé à comprendre la problématique. Un coup de foudre d'un voyageur ou d'un émigré pour un pays donné, est-il exclusif? A-t-on tendance à l'idéaliser, et à ne plus s'intéresser aux 200 autres pays qui composent notre monde?
SU SunIsabeL Regular ·
Wow

touchant, tellement vrai aussi,

merci pour ton texte,

[:)]

IsabeL
SI Simba Globetrotter ·
La narration sussure un bien beau dilemme. Elle m'aura au delà de la réflexion qu'elle porte, bien fait rire

Une solution : emmener bobone bourgeoise en Inde (ah!!! Vlà que j'mélange tt! [:P])

Certes l'effet passionnel tel qu'il soit est emprunt d'une force vive ... En intensité mais pas forcément en longévité. Le temps, la familiarisation apprennent les nuances et rendent le coup de coeur toujours passionné, mais moins exclusif et ravageur. [:)]
PA Pataugas Veteran ·
Belle réussite que ces contrepoints! Et l'idée est à suivre....
"le silence des pantoufles est plus terrifiant que le bruit des bottes"
ZI Zitoune Globetrotter ·
11 ans de vie commune, à se voir, à se fréquenter.

11 ans d'amour passionel réciproque qui est difficilement partageable et que peu saisissent .

11 ans ayant orienté tous mes choix de vie, allant même jusqu'à en orienter mon avenir privé et professionel, engendrant ainsi de nombreux sacrifices.

11 ans à l'espérer lors des moments d'éloignement, sachant que quelques mois ou semaines plus tard je serai à ses côtés, en son sein.

11 ans à la regarder de loin, tout en m'en approchant pas à pas pour essayer de l'appréhender, de la séduire, de la comprendre dans son histoire et son présent, pour savoir qui elle était, qui elle est. Ce qui l'avait construite, ce qui l'avait rendu heureuse, fait souffrir, saigner, pleurer.

11 ans à effleurer son regard, à embrasser ses contours, à parcourir ses courbes.

11 ans de relations, tactiles, sensorielles, visuelles et intellectuelles.

11 ans d'efforts pour me dire que je l'ai comprise, tout en m'apercevant que je ne sais toujours pas qui elle est tant elle change vite.

11 ans d'aventures en tout genre, heureuses et malheureuses, risquées, inconscientes, mais aussi réfléchies.

11 ans de liberté physique et intellectuelle.

11 ans d'apprentissage, de concessions, de sacrifices.

11 ans de vie commune, de bonheur, et parfois de malheur, qui ne me font rien regretter, le pire comme le meilleur.

11 ans que je grandis à ses côtés dans ce Nouveau Monde.

11 ans à l'aimer, l'Amérique Latine.

J'ai dévié, mais mon coup de foudre n'est pas pour un pays mais pour une portion de continent qui, finalement, présente une certaine cohérence malgré la diversité ethnique, culturelle, historique. J'ai idéalisé certains pays de ce continent, idéal proche d'un rêve d'enfant en quelque sorte mais qui a chuté une fois devenu quotidien. Cependant, s'agissant d'un bout de continent avec de nombreux pays, j'ai donc encore la possibilité de changer de maitresse sans faire d'infidélité et continuer ainsi à nourrir mon amour sans m'en lasser. De toute façon, même en la quittant, je pense que vieillissant je retournerai à mes premiers amours.
Es un hombre que se va, la lagrima se queda.
YA Yangguizi Globetrotter ·
Un continent plutôt qu'un pays? Pas bête du tout, c'est comme si tu avais un harem! [;)]
NA Nakata Veteran ·
Excellent ton texte, shanghaipat ! [:)]

Bon, personnellement, j'aurais préféré que le couple nne se marie pas (c'est tellement romantique, un couple qui vit depuis longtemps sans etre marié...), mais je chipote vraiment, la !

Felicitations !
DO Douya Veteran ·
Et Pat, tant bien meme tu aurais tout quitte en Chine pour vivre ton reve indien. Qui te dit que apres quelques temps tu ne trouverais pas en Inde la meme routine que celle que tu vis actuellement en Chine?!

Le debat que tu souleves me travaille depuis un bout de temps. Un pays, on le reve, on s'imagine parcourant les rues, voyant en vrai les paysages des livres, echangeant des mots avec un vieil homme croise au detour d'un chemin et puis un jour ... on y est.

Tout nous emerveille, les gens, la nourriture, les traditions, les parties de cricket dans les parcs.

Puis, au bout de 15 jours, on est capable de lire les menus dans les restos, on regarde du bon cote pour traverser la route, on reconnait les visages des voisins.

Puis, au bout de 2 mois, on "s'habitue" a ce qui au debut nous faisait peur (la conduite folle des indiens), nous indignait (les hommes qui pissent partout dans la rue), nous surprenait (la vache qui cree un embouteillage monstre...)...

Puis, au bout de 3 mois, la routine est bien installee, les magasins, les deplacements, les contacts, tout se fait de maniere automatique, on est vraiment a la maison ! Il faut les visites des amis pour voir avec leur regard, pour retrouver ce qui nous enchantait au debut, pour se rappeler tout simplement qu'on n'est plus en Europe, mais bien en Inde !

Bien sur, on est toujours amoureux de ce pays, mais l'amour est devenu moins fou et plus sage. Plus realiste et concret. Tout comme la relation avec une femme, ou un homme... Et tout comme dans un couple, pour entretenir la flamme, il faut chercher l'endroit, la chose, la personne qui va nous emmerveiller. Un petit village, une fete improvisee, un nouveau plat, pour retrouver les plaisirs et le charme du pays...
"Lorsque quelqu’un te blesse, tu devrais l’écrire sur le sable afin que le vent l’efface de ta mémoire mais lorsque quelqu’un fait quelque chose de bon pour toi, tu dois l’écrire sur la pierre afin que le vent ne l’efface jamais." Proverbe Touareg
PA Pataugas Veteran ·
l'amour d'un pays étranger - suite __

Un petit truc qui se promène depuis longtemps, qui prendra peut-être une autre forme, qui me trotte dans la tête chaque matin entre la couette et la salle de bains depuis que Shanghaipat a pris l'initiative de ce sujet, qui m'échappe ensuite par manque de temps, qui revient le soir en se promettant de me grattouiller le lendemain.... et que j'ai sorti là en quelques minutes parce qu'avec cette forme la contenu n'est finalement pas plus pauvre qu'avec la forme plus aboutie que je pourrais lui donner dans 107 ans... lorsque j'aurai plus de temps...

L’île était volcanique, puissante, âpre. L’homme avait le regard noir, intense, sans détour.

Sur ses flancs vivaient des chèvres et quelques ânes sauvages Le soir les Ancianos le rejoignaient dans sa taverne

Un vent ininterrompu la parcourait sans faiblir Ils accordaient alors leurs guitares

Des maisonnettes blanches par poignées judicieusement parsemées Et pendant qu’Antonio distribuait les desserts et les cafés

Des supermercados pour les clients du soleil Le tiroir-caisse joyeusement tintait.

Et…

Quand Antonio chantait La salle entière se recueillait

Le chant d’Antonio fusait et filait, insolent et violent Les mains applaudissaient, polies et assassines

Les petits vieux aux visages burinés Les repus au bronzage soigné

Vêtus de noir, du noir de la terre Habillés de blanc, pour l’esthétique du contraste

Grattant les vieilles guitares Frappant dans leurs mains infirmes

Mais…

Quand Antonio chantait L’océan tout entier se retirait

Quand sa voix s’échappait par la porte restée ouverte Des étoiles disparaissaient

Quand Antonio chantait Les enfants guettaient

Quand Antonio chantait Les amants naissaient

Quand Antonio chantait Les moribonds se relevaient

Quand Antonio chantait… Le Volcan se réveillera

Peut-être.
"le silence des pantoufles est plus terrifiant que le bruit des bottes"
FA Fadièse Regular ·
Je vous le dis tout net,

ce forum regorge de poètes ! le rythme, l'histoire, la couleur, la musique se partagent avec les lecteurs..

bravo Pataugas pour ces lignes-ci ainsi que celles sur la plongée. Pas besoin d'attendre 107 ans pour les mettre en forme, tout est bon, y'a rien à jeter

A quand un recueil des textes poétiques de VF ?

A+ Fadièse

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