Je reprends ma plus belle plume et je relance…
Pas simple !
C’est vraiment la seule phrase dont je suis certain.
Merci à tous pour ces réponses et je veux compléter mon intro avec quelques données sur mon expérience et le pourquoi de tant de questions.
Bref rappel de mes contacts africains :
Premier voyage, hiver 2008, 3 mois…
Rencontre un jeune Malien guide à Ségou (il n’est pas guide en fait, mais souvent je préfère m’adresser un villageois plutôt qu’à un vrai guide qui me déroule trop souvent la litanie de ses textes appris par cœur). Il m’accompagne durant les 8 jours que je consacrais à la découverte de cette belle architecture coloniale des villes de Ségou et Markala, fruit (!) - je ne juge pas - de l’occupation française très présente dans cette région et au combien intéressante. Il s’en suit les visites d’une maison coloniale occupée par un dirigeant de l’Office du Niger où je photographie un meuble d‘époque coloniale, un contact avec le responsable des Archives de ce même Office ou on me montre des trésors de papier de l’ex Soudan français, ainsi que les lunettes de visée de Bélim, je remarque le diplôme du - meilleur colon - distribué aux hommes qui travaillaient dans les récoltes de cannes à sucre et bien d’autres archives exceptionnelles recouvertes d‘une épaisse poussière de latérite. Ces richesses sont dans des armoires déglinguées aux vitres cassées. Mon sang ne fait qu’un tour... Rencontre également avec le dirigeant du Service du Cadastre qui m’ouvre les plans d’architecte jaunis par le temps, date : 1929. Échange avec l’architecte responsable des bâtiments coloniaux sur le toit d‘un bâtiment qui domine la ville et qui me montre du doigt les bâtiments d‘exception… Bref, à la vue de toutes ces richesses, de toutes ces claques, je me propose d’être partenaire et relais en France d’un dossier d’aide qu’ils pourraient monter pour la mise en valeur de ce patrimoine laissé, pour partie, à l’abandon. Ils comprennent que je suis disposé à leur dénicher en France les budgets et partenaires (administration, finance, sympathisants…) capables de participer à la sauvegarde d’un peu de ce patrimoine délaissé.
Je donne mes coordonnées à tous persuadé du bien fondé de ma proposition.
Au Burkina Faso, rencontre également avec un jeune étudiant en informatique à Ouagadougou qui souhaitait des photos numériques pour réaliser le site web de son association d‘aide à son village. Ca tombe bien j’adore l’image et la photo… Je lui fais les clichés attendus et j’en profite pour discuter longuement avec lui de la présentation des pages de son site. Une fois rentré en France je lui envoie un logiciel de création de site web, un an après voici le bilan… 10 lignes ! Dix malheureuses lignes de texte mal foutu dont je ne peux pas tirer grand chose et qu’il m’est impossible de remettre à la sauce occidentale pour lui permettre de trouver des fonds pour son association.
Je sais, me diront certains… Fais-le toi-même ! Non, je m’interdis cette trop grande facilité qui, à mon sens, leur ferait perdre le goût de l‘effort. Je suis d’accord pour accompagner et pour aider, mais je réfute l’idée d’un assistanat complet.
Peut-être ai-je tord ?
Deuxième voyage, hiver 2008/2009, plus de 3 mois sous une douce chaleur…
Je retrouve mon jeune faux-vrai-guide Malien de Ségou qui avait tout compris (!) mais à sa manière. A peine arrivé, il me dit qu’il a programmé une rencontre avec le premier adjoint de la Mairie de Markala parce que cette personne est disposée à me «vendre» (éh oui… je dis bien me vendre) un bâtiment pour mon usage propre (!!!) … Étonnement, stupéfaction… Je reste sur le derrière mais ne le montre pas ! J’y vais, (c’était pendant le festival des masques et des marionnettes de Markala en mars 2009 - depuis le Maire et son équipe ont changé) et, après une heure de palabre passionnant, mon interlocuteur comprends au son persuasif de ma voix, que dans sa ville il y a matière à développer un véritable tourisme culturel tant par l’architecture et l’histoire coloniale qui l‘accompagne, que par cette culture du Sogo bo (marionnettes sur terre et dans l‘eau).
Cette fois-ci je respire et de nouveau mes espoirs sont honorés… Encouragé par ces rencontres et dopé par cet entretien, je prête mon ordinateur portable au jeune en lui disant qu’il réfléchisse à son avenir cette fois-ci de - vrai guide - et qu’il m’envoie dès que possible, les pages de réflexion sur le logiciel Word contenu dans l’ordinateur et, contrairement a mes habitudes, que je lui mettrais les 3 ou 4 pages de son site web en ligne.
Et au Burkina, je passe voir dans la capitale mon autre jeune informaticien avec dans la voiture un ordinateur complet, une imprimante et un scanner et je le re-re-remotive avec le président de l’association pour qu’ils avancent tous deux sur la construction des pages leur site web. Je repars en France un peu inquiet mais confiant cette fois-ci que tout se passera à l’avenir le mieux possible.
Troisième voyage au Mali, en août 2009, 1 mois… Cette fois-ci en avion
Attachements et irritations sont au rendez-vous…
Attachement parce que je découvre pendant dix jours au fil de l’eau, avec un ami parisien plus malien que français, une nouvelle région inconnue pour moi située au Nord de Ségou en navigant en pinasse sur le cours du fleuve Niger et de son défluent le Diakra. Nous embarquons avec nos quatre partenaires maliens à Ké Massina en direction du petit village de Diondiori qui se trouve sur la carte à mi chemin entre Ségou et Tombouctou. Et là, pendant ce périple, bonheur parfait pendant plusieurs jours, nous rencontrons des hommes et de femmes rieurs et accueillants comme à l’habitude, fiers d’échanger leur savoir vivre contre le notre. Tous sont heureux de nous faire parcourir les rues de leur village souvent d’une propreté parfaite (Oui les petits villages isolés du monde des agglomérations sont bien plus propres), de nous montrer le travail d’une potière Peul ou de nous faire découvrir la façon de fumer et de brûler les poissons à la flamme de la paille dans une famille Bozo et j'en passe... En cours de route, comble du bonheur, nous mitraillons avec caméscopes et appareils photos au poing, 4 traversées de bœufs; véritable spectacle vivant stupéfiant maintenant classé au patrimoine mondiale immatériel de l’humanité par L’UNESCO.
Et puis…
Irritation parce qu’aucune matière en 2008 ne m’a été adressée pour bâtir le dossier de sauvegarde du patrimoine architectural de Markala. Seul, un homme m’a téléphoné en me proposant de lui remettre de l’argent en échange d’un rendez-vous avec le ministre malien concerné dont je n‘avais pas besoin…
Irritation parce qu’après 2 années entières je n’ai rien pratiquement rien reçu de mes amis de Ouagadougou sur le développement de leur site web, pire encore, je crois qu’ils ont revendu l’ordinateur donné en cadeau pour faire rentrer un peu d’argent frais pour un usage personnel immédiat…
Pas grand-chose de mon faux-guide de Ségou qui m’a remis uniquement un papier manuscrit hâtivement griffonné à la main et copié sur le menu d’un tour opérateur alors qu’il s’agit de son avenir de petit guide officiel qui, diplôme en poche, lui apportera un peu de sécurité…
Irrité encore parce que les petites centaines d’euros que j’ai avancé à la personne capable de me représenter sur place et destinées à financer une année d'études de gestion ont déjà été en partie dépensées pour sa vie de tous les jours…
Oui vraiment l’Afrique n’est pas simple mais si attachante par des valeurs chez nous oubliées.
Voilà pourquoi je me pose toutes ces questions sur le devenir de ce continent qui me touche au profond de moi, non pas pour le changer, mais simplement pour qu’il profite un peu plus de l’aubaine naissant d’un tourisme intelligent.
Oh ! Je n’ai pas la prétention de tout boulverser, un peu seulement, je l’espère encore.
Choc de deux cultures éloignées, pour eux rêve d’un eldorado, pour nous valeurs retrouvées, en tout cas dépaysement garantie, tout est là ou presque, pour installer un échange de qualité.
C’est pourquoi j’ai initié ce post, qui pourrait nourrir une réflexion pour, peut-être, un ambrions de solutions.
🙂 Gérard