Un long paragraphe consacré à l’obtention du fameux permis de boire, indispensable au Gujarat. Ce fut tellement épique que je ne résiste pas à l’envie de raconter cet épisode. Cela pourra servir à d’autres … Ce n’est pas que l’alcool me soit indispensable mais j’aime bien boire une bière après une longue journée de visite et de soleil.
Il est temps d’aller à l’hôtel et de se trouver un permis et des bières pour le séjour … L’hôtel Toran ne fournissait pas de permis et nous a indiqué un hôtel voisin où se le procurer. Nous y étions allés après le repas sans succès. Il nous fallait l’attestation de logement d’un hôtel d’Ahmedabad et comme nous n’étions pas encore passé à celui que j’ai réservé par mail, impossible.
Donc vers 16 h 30, on retraverse toute la ville pour aller à l’hôtel Volga, réservé à 1400 la chambre sans petit déj. On est crevés, on descend les bagages et je demande illico à la réception de me faire un papier pour obtenir dans une officine spécialisée le fameux permis de boire … Là, le visage du patron change du tout au tout et il ne veut pas me faire ce papier : « pas d’alcool ici ! ». Je lui explique que nous ne boirons pas d’alcool dans son hôtel, que nous voulons juste notre permis, que dès demain, nous partons et que nous ne pourrons pas avoir de permis avant Bhuj, dans 4 ou 5 jours … J’insiste, le ton monte (de son côté, car je crois me souvenir que je suis étonnamment restée assez calme, cela ne me ressemble guère !) Finalement, la décision est prise de ne pas rester dans cet hôtel, sans bière de tout le voyage, je ne resterai pas zen tout le temps ... Nous partons pour le quartier de Khanpur, où se trouve les grands hôtels où l’on peut récupérer le permis, les filles vont visiter un hôtel milieu de gamme pendant que je vais voir au Cama pour le permis. J’ai déjà séjourné dans cet hôtel en 2013 avec mon mari, qui aime bien son confort et quand je suis en Inde avec lui, je n’hésite pas à monter en gamme pour éviter les conflits et la mauvaise humeur.
L’officine pour le permis est située au sous-sol de l’hôtel et là encore, on m’explique que je dois avoir un papier officiel d’un hôtel - et tous les hôtels ne le font pas - certifiant que nous y sommes hébergés. Je commence à voir les bières s’éloigner à toute vitesse. On me dit que si nous dormons au Cama, il n’y aura pas de problème, nous aurons notre papier, nos permis et nos bières. Je connais les prix du Cama … Le type me dit d’aller voir les prix et de négocier et là, surprise, à l’accueil, si chic accueil, où l’on nous fait asseoir pour répondre à mes questions, on m’annonce des chambres à 2000 avec le petit déjeuner, petit déjeuner que je sais bien copieux et varié. On va visiter les chambres à 2000 et là surprise du chef, elles sont aussi bien que celles payées 4500 il y a 3 ans (peut-être les fauteuils sont-ils un peu moins chics) avec un balcon en prime, vue sur la Sabarmati bien agréable depuis que les bidonvilles attenants à la berge ont été démoli. J’avais regardé sur internet les prix pratiqués par le Cama et il n’y avait rien en dessous de 3500, et pourtant, les chambres à 2000 sont sur le dépliant 2016. On nous explique que ces chambres ont été dévaluées il y a un mois etc … Nous n’hésitons pas et nous retrouvons avec une grande chambre, un balcon, une belle salle de bains.
On redescend au sous-sol muni du fameux papier de l’hôtel. Le permis, gratuit, permet d’obtenir le droit d’acheter 10 bières par jour (c’est un comble, 6,5 l de bière par personne pour une soirée !) Comme nous n’avons une attestation que pour une nuit, on peut avoir 10 bières par personne. Du coup, on décide de ne prendre que deux permis car 20 bières devraient suffire pour le voyage entier pour nous trois. C’était sans compter sur l’esprit tatillon des fonctionnaires, comprenant dans nos échanges avec C. que ces 20 bières seront bues dans d’autres villes. Et c’est parti pour 45 mn de formalités, des photocopies de nos passeports, de notre plan de voyage, ville par ville et jour par jour (même si nous ne prenons que 10 bières chacune, il nous faut le permis pour chacune des villes traversées, pour pouvoir boire un coup légalement dans notre chambre, bien cachés !) Nous plaisantons avec le personnel qui nous apprend qu’ils sont des employés du gouvernement même si leur boutique (une officine gouvernementale donc) est située dans un hôtel. On nous fait asseoir, on nous prend en photo, on signe les photocopies, on répond à des tonnes de questions … Nous avons enfin, le précieux sésame mais ce n’est pas fini … Deux cartons de 10 bières sont apportées sur le bureau et un employé tend chaque bouteille, une à une à l’autre gus, qui avec un lecteur code barre, scanne chaque bouteille. Chacune des bouteilles est en effet équipée d’un code barre long comme le bras, et c’est munies d’un papier contenant les références de chaque bière, papier agrafé à notre permis que nous quittons la boutique - bureau, deux cartons de bières dans les bras pour remonter, aussi discrètement que possible dans notre chambre. La plaisanterie aura duré plus de 45 mn et je pense me rappeler avoir signé comme un ministre alors qu’en 2013, il me semblait qu’en 5 mn toute l’opération avait été réglée, sans code-barre, sans programme de notre circuit. Les codes- barres nous font devenir propriétaires des bières (que nous avons payé une somme ridiculement basse, 100 rs la bière Kingfisher de 65 cl, que ce soit de la régulière à 5 % ou de la strong à 8 % ! ) et si on fait du trafic, gare à nous, les code-barres seront là pour nous trahir !
Retour dans la chambre pour un semblant de toilette avant de ressortir en ville. Malkit regarde depuis le balcon l’autre rive de la Sabarmati et essaie de localiser le palais des filateurs. Il ne lâchera pas le morceau, le bougre !
Il fait quasi nuit quand nous sommes enfin prêts pour une ballade dans la vieille ville, malgré la fatigue accumulée. On va quand même pas rester à l’hôtel alors qu’Ahmedabad nous tend les bras. Rickshaw pour le temple de Swaminarayan, au cœur de la vieille ville, temple tout illuminé et coloré. C’est le début de la puja du soir, la musique bat son plein, les fidèles arrivent, nous regardons tout cela un peu hébétés. Cela fait 31 heures que nous sommes debout et les dernières 10 heures ont été bien occupées, la chaleur assez terrible, pour nous qui sommes habituées aux températures hivernales.

Malkit a la mission de nous faire refaire le Heritage tour, tour qu’il connaît bien pour l’avoir fait déjà 4 fois par le passé. On passe devant la statue du poète gujarati, devant un ou deux pols connus et là mince ou plutôt chic, le passage dérobé entre deux pols est fermé à cette heure et il improvise un autre tour, pour récupérer la rue habituelle. C’est magnifique, une rue inconnue (pourquoi ne la font-ils pas visiter lors des héritages tours organisés par la ville ?), avec des maisons en bois sculptés, des brackets très beaux, et cerise sur le gâteau, des boutiques et des boutiques de rubans, des dizaines de boutiques proposant des rubans de toutes les largeurs, superbement brodés. On les voudrait tous et là, le moment est bien difficile quand nous comprenons que nous sommes dans le quartier des grossistes et que nous ne pourrons acheter que par rubans entiers, soit 9 m à chaque fois. Habituellement, dans les merceries indiennes, on fait couper des morceaux d’1 ou 2 m, on en rapporte des tonnes de différents parce qu’on ne sait pas quoi choisir, que tout est magnifique. C’est bien joli, c’est pas très cher mais que faire de 9 m ? On s’entend G et moi pour un très beau ruban vert brodé d’une vingtaine de cm de haut que nous aurons pour 500 roupies, une misère pour les couturières habituées aux tarifs français …. On ne sait pas encore ce qu’on en fera mais …

Les photos de nuit sont pas terribles mais j'ai pas mieux ...


On traverse une partie de la vieille ville au milieu de la foule, des klaxons, des odeurs, avant d’arriver vers la grande mosquée où vers 20 h, nous nous engouffrons dans des rickshaws pour regagner Khampur, un peu plus calme. Une petite bière à partager dans la chambre, repas à l’hôtel et dodo illico.
Dimanche 14 février : de Ahmedabad à Surendranagar
Après un petit déjeuner royal, il nous faut caser les 19 bières restantes dans nos valises, ce qui n’est pas une mince affaire. Pas question de laisser les cartons dans la voiture au vu et au su de tout le monde !
Nous quittons l’hôtel vers 9 h, direction le palais des filateurs … Malkit a repéré du balcon un bâtiment de béton, avec un escalier, une rampe d’accès, des ouvertures en béton qui pourrait bien être ce que nous cherchons (on a vu hier soir sur internet des photos dudit "Palais des filateurs"). Nous nous promenons un moment dans la cour et le jardin, inspectons les détails pour en arriver à la conclusion que non, ce n’est pas un bâtiment du Corbu, les ouvertures ne ressemblent pas aux photos vues hier sur internet. Beau bâtiment néanmoins, même s’il n’est pas de notre architecte vedette. Retour à la voiture, nouvelles recherches qui cette fois ci, vont se révéler efficaces. J’ai la bonne idée (un peu tard je l’avoue !) d’ouvrir le guide Gujarat Lonely planet sur la tablette et la lecture de la description des œuvres architecturales du Corbu à Ahmedabad fait tilt ! Le palais des filateurs et la Mills Owner association ne font qu’un. Maintenant que nous avons le nom en anglais, la tâche est moins ardue. En deux temps trois mouvements nous nous trouvons devant un énorme bâtiment de béton, accessible sur le devant par une rampe en béton, des grandes ouvertures, les couleurs du Corbu par petite touche ici et là. Il se prépare quelque chose (une fête du livre jeunesse) et on ne veut pas nous laisser rentrer. On insiste pour pouvoir faire le tour, on promet de faire vite et de ne pas faire de photos … En traversant une espèce de cuisine – office en plein air remplie de monde qui prépare à manger pour la fête, on se retrouve à l’arrière du bâtiment, magnifique, avec des murs végétalisés. Dommage que la visite ne soit pas possible. Les horaires affichés sont surréalistes, du style 10 h 30 – 11 h 30 chaque matin du lundi au vendredi seulement.

Nous quittons Ahmedabad (à regret, 1 journée, c’est bien trop court, même si ce n’est pas la première fois), pour sa proche banlieue pour revoir Sarkhez Roza, un complexe musulman du milieu du 15e siècle (mosquée, tombes, mausolées, palais, ghats …) de toute beauté et puisque c'est sur notre route, pourquoi s'en priver ...
A l’arrivée, la grande place devant l’entrée est remplie de dizaines de policiers, de militaires et d’une foule incroyable : que se passe-t-il donc ? On s’approche et on nous laisse rentrer mais la plupart des bâtiments ne sont pas accessible. Une équipe de cinéma a investi les lieux, tout le monde s’affaire, à s’occuper des décors, donner des directives, regarder son téléphone. Les murs des édifices sont recouverts de milliers de petites lampes, cela va être féérique à la nuit tombée. Au milieu de la cour, sous le pavillon central, des somptueux tapis, des coussins brodés, des objets anciens attendent les acteurs. La mosquée est inaccessible, tout comme le grand mausolée. Nous nous promenons juste un moment dans les tombes ouvragées restées ouvertes au public.

Il nous faut trouver le village de potiers repéré sur internet lors de mes nombreuses recherches pour ce voyage. Je n’ai qu’un nom « Sarkhej Kumbharwaad » et l’unique indication trouvée mentionne « derrière Sarkhez Roza », le problème c’est que Sarkhez est assez étendu … On demande autour de nous et on nous indique un espèce de hameau que nous traversons à pied de part et d’autres, en demandant aux personnes croisées « Kumbharwaad, Kumbharwaad ? ». Mauvaise technique car les indiens répondent toujours oui et nous errons dans deux ruelles sans succès, rencontrons pas mal de gamin, une femme à sa vaisselle et son charmant bébé dans une balançoire improvisée.

Retour à la voiture, départ pour un autre quartier, on roule un peu et miracle, on aperçoit au loin des tas de pots en terre. Kumbharwaad doit être par là … Bingo, nous arrivons dans la zone des potiers et passons là un moment très intéressant : des hommes sont occupés à agrandir et façonner des pots à l’aide d’un gros maillet en bois. Le pot de départ va plus que doubler de volume.

La terre est noire et les pots terminés et cuits une première fois sont recouverts par les femmes d’un liquide rouge.

Il y a de nombreuses opérations avant que les pots ne rejoignent les marchés …


On assiste à la préparation d’un four sommaire, des sacs de jute, du bois, des semelles de chaussures en caoutchouc !! On imagine que le caoutchouc a une fonction bien précise (durée ou intensité du feu) car bonjour la pollution. Il y a un énorme tas de semelles récupérées …. Chaque fois que nous en verrons traîner sur les routes, dans les villages, nous aurons une pensée pour les potiers, qui vivent 6 mois par an dans ce village éphémère, composé d’ateliers et d’un quartier de maison plus que sommaire (plutôt des abris en plastique et tôle ondulée, le sol en terre battue recouvert, dans celle où nous sommes rentrés, d’immenses affiches sans doute destinées à rendre le sol plus vivable ; un bébé est installé dans un berceau en bois identique à ceux vus dans les musées, simple mais efficace).

Les hommes eux, travaillent sous des toiles tendues sur des piquets pour protéger du soleil et peut-être des intempéries). On quitte la place des potiers (traduction littérale de « Kumbhar vaad », je l’apprendrai au retour !, kumbhar signifiant potier en hindi ou en gujararati) et faisons une toute petite pause architecturale en visitant une des ruines de palais de Sarkhez Roza, aperçue de loin depuis le complexe de tombes : colonnes assez simple, balcon ouvragé, vue sur le site de l’autre côté. Le lac est complètement à sec, et c’est bien moins photogénique qu’en octobre, avec les reflets des bâtiments, les buffles dans l’eau, les femmes à la lessive.
Allez en prime quelques photos de l'automne, bien plus jolies que ce que j'ai pu faire cette année ...



Et une photo d'une photo vue d'avion prise dans le complexe de Sarkhej : on voit bien l'organisation du site (la mosquée, le grand mausolée, les tombes et le lac). En février, plus une goutte d'eau.
