Merci de me suivre Gisèle. Pour les lieux hors des sentiers battus que tu n'aurais pas vu, j'espère car je te sais très pointue quand tu prépares un voyage.
Je continue ...
Lundi 24 février : de Tirunmavallai à Chidambaram
Nous sommes un peu courbatues malgré le Doliprane mais bien moins que lors de la montée à Palitana. Nous prenons un petit déjeuner occidental à l’Asian Cake, sur la route du temple. Quasi en face, à même le trottoir ou plutôt sur une placette, devant le mur extérieur du temple, des hommes sont en train de préparer un immense motif, religieux j’imagine. Sur un treillage en roseau d’une vingtaine de m2, ils clouent des morceaux de roseaux artistiquement. Il y a des objets plus petits, déjà finis contre le mur. Des structures pour les chariots de processions, des décorations pour les temples ?? Nous ne le saurons jamais.

Nous arrivons très vite au temple, bien animé ce matin, même si il est encore tôt. De jour, nous remarquons que les gopurams ne sont pas tous blancs, deux ont une teinte gris bleuté assez discrète. Ils côtoient plusieurs mandapas à colonnades en pierre naturelle, quelquefois noires de la graisse des offrandes et différents éléments colorés (Nandi, Ganesh, monstres divers) qui sont répartis un peu partout dans l’enceinte. C’est immense, cela fait comme des petits quartiers avec des petits temples ou oratoires un peu partout. Au centre, le temple principal. C’est très beau et raffiné mais les photos sont interdites, comme cela sera le cas bien souvent dans les grands temples. Les colonnes ressemblent à celles vu à Hampi, avec des chevaux cabrés. Certaines dalles du plafond sont travaillées avec de jolis motifs floraux ou géométriques, toutes les poutres le sont finement. Quelle frustration de ne pouvoir cliquer sur ces merveilles ! Tout autour du sanctuaire, des chapelles secondaires avec soit des lingams en veux-tu en voilà, soit les Sapta Matrika, Shiva, Parvati peut-être.
Nous passons un long moment assises sous le beau et grand mandapa de Ganesh, à regarder les rituels des dévôts devant un petit temple de Ganesh. La technique est différente de ce que nous avons observé à Kanchipuram devant le temple de Ganesh : ils commençaient avec les mains au- dessus de la tête, descendaient les mains, puis serraient les poings et se tapaient deux ou trois fois sur les côtés de la tête, puis croisaient les mains, se tapaient sur les joues, joignaient les mains, faisaient une génuflexion rapide . Tout ça, en 15 à 20 seconde chrono. La technique de prière ici, très différente, est-ce parce qu’on ne voit pas la statue comme c’était le cas à Kanchi ? En tout cas, les femmes s’agenouillent et touchent le sol avec le front deux ou trois fois avant de se relever. Les hommes, quant à eux, se couchent sur le sol, avec des techniques qui varient d’un fidèle à l’autre au niveau des gestes des bras et des actions sur la tête.
Il y a encore beaucoup à découvrir dans cet immense temple… Une maquette est bien utile pour comprendre les lieux.

On visite un petit musée consacré au saint local, le sage Ramana Maharshi (jolies photos du début du 20e siècle, quand il est tout jeune). Aujourd’hui Tirunvanmallai a un grand ashram, le sri ramanasraman, qui attire des centaines de dévôts, indiens comme occidentaux.
On tournicote dans le temple encore un moment, (il a y des raisins pendus à des dais ressemblant à ce qu’on a vu ce matin en construction, ornés de feuilles de manguier, et ce sur plusieurs m2 .
On rentre à l’hôtel en passant devant un « autel » fleuri consacré à ce qu’on comprends être la première ministre du Tamil Nadu, déjà vue en photo à Kanchipuram de nombreuses fois. C’est son anniversaire, les supporters de son parti le lui souhaitent un peu partout (on reverra cela à divers endroits mais je vous ferai grâce des quelques photos que j'ai du phénomène.) En rentrant, quelques recherches sur internet me montrent que c’est en réalité la ministre en chef du bien-être social et des repas nutritifs à midi, nommée Dr V. Saroja. C'est nos ministres qui seraient contents d'être fêtés comme cela !!

On quitte Tirunmavallai à 11 h tapante pour s’arrêter, 10 km plus loin, dans la campagne, pour voir un temple Ayyanar, le premier d’une grande série, que j’ai repéré lors de recherches sur Google. C’est à Kannamadai, dans une réserve forestière. Il faut quitter la route principale par un petit chemin, en passant sous une arche colorée (qui indique le temple). A à peine 200 m de la route principale, on arrive au site sacré, et il va falloir se déchausser, même si on va devoir marcher sur des cailloux et un sol très irréguliers et cracra …
Il y a un petit temple moderne bleu et jaune, assez croquignolet, un auvent en béton coloré et carrelé au sol, beaucoup de grands chevaux colorés, des éléphants, des hommes, des policiers avec carabines, des chiens, quelques Nandi en pierre noire.

Seulement deux vieux chevaux en terra cotta, minés par un nid de serpent énorme (ou une fourmilière géante), qui a éclaté les chevaux par le milieu.

Tout autour du site, des lances plantées dans le sol, le traditionnel arbre à souhaits avec ses tissus colorés (ici, pas de berceaux mais des sacs plastiques contenant on ne sait quoi).



Et bien entendu, le féroce Ayyanar, avec ses gros yeux, et sa moustache caractéristique. Ici, il est tout sourire …

J'aime mieux quand il est ancien et patiné par le temps, et vous ?

On donne une petite donation (2 x 20 rs ) aux deux prêtres, qui indiquent à Pandi un ancien temple de Vishnou – Perumal qui serait intéressant à voir sur notre route.
Petit topo trouvé sur internet, par une française passionnée par les temples Ayyanar pour expliciter Ayyanar. Je sais que bcp d'entre vous connaissent déjà, mais pour ceux pour qui c'est nouveau, cela peut servir
« Ayyanar, dieu guerrier protecteur des villages au Tamil Nadu (Etat du sud de l’Inde), est souvent représenté chevauchant un cheval blanc, escorté de Karuppu Sami, son lieutenant armé d'un sabre, et de 21 divinités associées au culte ayyanar. Il est aussi fréquemment représenté assis entre ses deux femmes. Les temples et sanctuaires Ayyanar se trouvent en général en marge des villages, dans des bois sacrés à proximité des réservoirs d’eau. La nuit, Ayyanar et son escorte veillent, repoussant les démons et les esprits maléfiques qui menacent le village.
Les prêtres qui officient dans ces sanctuaires sont de la caste des potiers, Velar, et non des brahmanes. Leur charge est héréditaire. Avec de l'argile, les potiers modèlent les grandes statues de chevaux, d'éléphants et de dieux que l’on peut voir à l'entrée ou dans l'enceinte du temple.
Au printemps, à l’occasion de rituels en rapport avec la nature et la fertilité, les villageois apportent au sanctuaire des offrandes en terre cuite peinte (chevaux, éléphants, vaches, et parfois des statuettes qui les représentent). Des tridents et des lances, sur lesquels sont placés des citrons en offrande au dieu, sont partie intégrante de ces sanctuaires.
Les temples de Karuppu Sami, l’une des 21 divinités mâles vénérées dans les campagnes du Tamil Nadu, se trouvent en marge des villages. Ces temples n’ont pas de gopurams et sont composés de statues de grande taille de dieux aux gros yeux, brandissant des armes (arc, flèches, épée, sabre…). On y trouve également les statues des 7 déesses Kannimaar (7 vierges) ainsi que des statues d’animaux (chien de chasse, lion, cheval) »
https://sylvielannes-photography.blogspot.com/2015/01/guardian-deities-of-tamil-nadu-india.html
On fait une pause clope sous la frondaison d’un arbre car il est midi et ça tape dur … avant de prendre la voiture et de s’arrêter juste après l’arche colorée, car en face, il me semble voir une chose intéressante, en tout cas très colorée. Me voilà partie pour dénicher un temple « fourmilière » Ant hill, la montagne des fourmis nous explique Pandi.

Etrange ! Vénéré semble-t-il car il y a des offrandes et pas mal de sacs plastiques et déchets tout autour, signe que les gens viennent. Un sari en tissu coloré orange et rouge ceint une énorme fourmilière. Au sommet, des colliers de citrons encore frais, devant 4 lances plantées dans le sol, sur le pic du milieu de chaque lance, un citron ! Drôle d’endroit.
On fait le petit détour pour Adhirangam Ranganathaswamy Temple, ce qui nous donne l’occasion de passer devant des récoltes de cacahouètes. Je descends dans le champ, bien humide, sur une terre rouge et collante (bonjour les chaussures !) et nous discutons avec l’aide de Pandi avec les paysans qui sont bien déçus par la qualité de la récolte. Peu de cacahouètes sous chaque pied (les cacahouètes poussent sous terre, un peu comme les pommes de terre.
La partie extérieure est assez courte, 15 à 20 cm, comme le cumin.

Nous voici arrivés au temple, et Pandi semble déçu, il attendait mieux, mais nous sommes ravies, c’est dans son jus, assez grand, ancien, serein et surtout nous sommes bien accueillies et les photos sont permises. Les colonnes sont peintes en rouge et blanc, le temple est peint en blanc mais les sculptures qui sont dans les loges sont laissées en pierre brute, il y a quelques arbres dans l’enceinte, dont le traditionnel arbre à vœux, plein d’épisodes du Ramayana sculptés, une énorme balance pour peser les bébés ou jeunes enfants lors de leur première présentation au temple (les parents offriront leur poids en nourriture pour le temple.


Le temple est situé dans un petit village situé à 27 km de Tirunmavallai (pancarte en quittant les lieux). Il est 14 heures et nous n’avons pas encore déjeuné. Cela devient une habitude …
Dans une petite ville sur la route, Pandi se renseigne auprès des locaux pour savoir où trouver un bon endroit pour manger. Il se gare sur la route principale et nous voici partis dans une ruelle. Là, un resto très bon, où nous dégusterons, sur une feuille de bananier un poulet -œuf dur - byriani délicieux et copieux et des parathas, très bonnes galettes à la pâte feuilletée avec du levain.
Comme tout est prêt à l’avance, manger prend peu de temps et 15 mn après notre entrée, nous sommes de retour dans la grande rue où nous dégottons une boutique où une charmante dame vend des gâteaux délicieux au lait confit pendant que son mari prépare le chai (10 rs le chai, 10 chaque gâteau …) Thé au lait mais pas masala … je n’aurai de cesse d’en demander, un peu partout mais sans succès ! Dommage, pour moi, l’Inde, c’était le royaume du Chai masala.
Nous repartons par les petites routes jusqu’à Chidambaram, avec des surprises qui seront l’occasion d’arrêts photos : des centaines de canard dans un grand fossé, mais c’est un élevage car quelques centaines de mètres plus loin, nous tombons sur des centaines de canetons gardée par une femme sur le bord de la route. Vous avez déjà mangé du canard en Inde ?? Moi jamais.
Un peu plus loin, des arbres à noix de cajou, un étang avec des nénuphars ou des lotus (ce sera l’année des lotus, tous différents selon les endroits, des hauts, des plus bas, des gros, des petits, des roses pales, des blancs, des fuschias … une page lotus s’imposera dans le livre photo à venir. Pas de photos pour vous, suis limitée ...
Nous arrivons à Chidambaram vers 17 h. L’hôtel Saradha ram, repéré sur Booking est très bien pour 1000 rs avec le petit déjeuner. On a même un balcon où je pourrai fumer tranquillement sans avoir à redescendre.
On part immédiatement pour le temple de Shiva Nataraja, Shiva en tant que seigneur de la danse, de Chidambaram, une merveille encore. Chidambaram fut la capitale des Cholas au 10e siècle, moment où ils ont érigé ce temple, qu’ils ont rénové et agrandi jusqu’au 13e siècle, puis les Vijaynagars s’en sont mêlé et ont ajouté leur patte (que l’on adore, avec les chevaux cabrés, les sculptures plus vivantes) il est situé en plein milieu de la ville. Pandi nous dépose dans la grande rue, d’où part une rue couverte remplie de boutiques menant au Gopuram est, coloré, marquant l’entrée principale (dans tous les temples, l’entrée principale est située à l’est).

A l’entrée, un guide local nous alpague et nous nous laissons tenter par le prix annoncé, 200 rs. Comme il n’est pas un vrai guide, il ne rentre pas avec nous dans les différents temples, nous disant que c’est privé … La visite est rapide mais nous repérons les différents endroits que nous explorerons seules après la speed visit. Un petit tour au bord du bassin qui va fermer nous dit-il,

puis traversée de la cour tout droit pour arriver à un sanctuaire, puis à gauche toute, et cela à toute vitesse … A la fin de la visite, il nous demande finalement 400 rs (2 x 200), on râle un peu et donnons 300. Il semble content ! Et ce n’est pas la ruine, d’autant que tous les temples sont gratuits et que nous sommes avares en donation...
Le pseudo guide parti, nous recommençons tranquillement l'exploration de ce temple grandiose et immense, et comme d’habitude, interdiction de photographier à l’intérieur des nombreux sanctuaires, tous plus beaux les uns que les autres. C’est frustrant. Le sanctuaire principal est tellement compliqué (on descend des escaliers pour arriver dans les couloirs de déambulation, on monte des escaliers pour arriver à certains sanctuaires) que je me mets à faire des croquis dans le carnet pour comprendre et me rappeler son organisation. Je dessine vaguement, je suis frustrée de ne pas pouvoir faire mieux, pour garder en mémoire ces merveilles. Le temple a 9 gopurams, 4 énormes et cinq plus petits mais néanmoins imposants. C’est la démesure de l’Inde dans toute sa splendeur. Ils diffèrent tous et représentent des scènes religieuses que le pseudo guide nous a expliqué. Il faudrait pouvoir rester des heures pour profiter de toutes les scènes, admirer les vêtements des statues, regarder les 108 postures de Shiva dansant …. J’ai cherché des photos de l’intérieur sur internet mais rien, une seule photo, pas extraordinaire. Cela restera un souvenir …
J’ai noté rapidement sur mon carnet, in situ « centaines de colonnes autour du sanctuaire central, à l’étage, des plus petites hypertravaillées, pas 1 cm de libre sur la surface, un peu plus bas, immenses et larges colonnes, 4 à fois plus larges que les habituelles, somptueux".
On se perd, on sort du sanctuaire principal et en passant devant une porte, nous suivons des pèlerins pour voir un nouveau sanctuaire pensons-nous, mais nous sommes à nouveau dans le même espace, que l’on ne reconnaît pas immédiatement, étant arrivées complètement à l’opposé. C’est énorme, il y a plusieurs entrées, des espaces souterrains, des centaines de fidèles … et des boîtes à donation qu’on nous invite à remplir, mais nous passons en faisant mine de ne pas comprendre. On passe deux heures à déambuler dans le temple. On tombe par hasard, vers le gopuram nord vers un superbe mandapa (on peut rentrer) avec un escalier avec des éléphants superbes. Impossible de faire le tour du mandapa pour bien prendre les éléphants, c’est une vraie friche avec des ronces, des dizaines de bouteilles de plastique vides ( les photos en témoignent …) et nous sommes pieds nus !

J'ai oublié de vous montrer le bordel devant le mandapa aux 1000 piliers, cela vaut le coup ... C'est aussi cela l'Inde, même dans ces temples extraordinaires ...

Un peu avant la sortie du temple, une estrade avec des danseuses, assez jeunes, voire pour certaines encore très jeunes, sans doute une école de danse.


On regarde un moment le spectacle avant de rentrer à l’hôtel à pied en 15 mn. Nous avons atteint les 15 000 pas aujourd’hui, soit 9 km, même avec le trajet en voiture !