Bonjour,
Voila comment se passait ce trek il y a quelques temps..... On était loin des 400 trekkeurs ou plus. Le chemin était encore un chemin et non une autoroute à fric. C'était bien. On avait du rencontrer en chemin une petite dizaine de personnes. Nous n'avions pas de guides, juste un semblant de carte pour ne pas se perdre...Pour ce trek nous nous sommes arrêtés à Jomosson. Ceux qui connaissent reconnaitrons les lieux.
Dès le lendemain, nous quittâmes
Pokhara à pied, muni du strict minimum, prenant la direction de Naudanda, un village situé, environ, à quatre heures de distance. Cette première étape ne fut qu’une succession de terrasses qu’il fallut franchir les unes après les autres.
J’avais loué, naïvement, de solides chaussures de montagne à
Pokhara, chaussures que je du enlever pour la dernière heure de marche, une douleur insupportable s’étant déclarée dans mes pieds. C’est donc déchaussé et boitillant que je pénétrai gaillardement dans le village.
Le temps de trouver une guesthouse en arrivant, et je parti fouiner dans l’unique rue du hameau à la recherche d’un vendeur de souliers.
J’en trouvai un, une centaine demètres plus loin, presque à la sortie du village. Fouillant, dans un désordre incroyable, je désespérais de trouver chaussure à mon pied. Les Népalais étant petits, l’affaire n’était pas gagnée.C’est presque par hasard que je découvris dans un coin, un stock de baskets basses « made in China ». Comble de chance, une paire était à ma taille. Je payais une somme dérisoire avant de sortir du magasin avec mon trésor.
Le soleil avait déjà disparu derrière les sommets immaculés. L’ombre gagnait rapidement du terrain, il fallait rejoindre mon ami.
C’est l’esprit plus léger que je rejoignis Christian. Celui-ci était assis sur un vieux banc, face à la vallée, l’air totalement absent. J’avais compris que mon ami n’était pas tiré d’affaire. Christian était encore sous l’emprise de son poison préféré.
Il faisait nuit noire quand nous rejoignirent notre Lodge. Un froid vif avait remplacé la douce chaleur de l’après-midi. Je frissonnais légèrement tout en maugréant contre l’absence du plus petit moyen de chauffage. Un brasero qui nous aurait donné l’illusion d’un peu de chaleur aurait étéle bienvenu.
Nous reprîmes la route au petit matin, d’un rythme lent et régulier.
La première partie du chemin était relativement plate, mais cela changea rapidement. Sans surprises, le sentier se transforma à nouveau en escalier interminable. J’appréciais ma nouvelle paire de baskets, je n’avais plus mal aux pieds.
Le trajet jusqu’à Khare se déroula sans problèmes particuliers.
Nous trouvâmes un petit lodge pour la nuit. Le village n’était pas grand, nous en fîmes vite le tour. Le long des maisons on voyait des troncs d’arbre, taillés dans la masse, faisant office d’échelles pour rejoindre des greniers débordants de foin. Des enfants se poursuivaient dans l’unique rue du village, soulignant leurs courses folles d’une cascade de rires cristallins.
Le soleil baissait à l’horizon et beaucoup de villageois rejoignaient hâtivement leurs foyers. La plupart portait des charges considérables, ce qui n’avait pas l’air de les encombrer plus que ça.
Au petit matin, à l’heure du départ, je décidai d’abandonner les chaussures que je ne portais plus, en me disant que je les retrouverai sur lechemin du retour.
Nous prîmes la direction de Birethanti où nous passâmes une nuit froide et inconfortable, puis continuâmes sur Ghorepani. Depuis ce village, il était possible de grimper sur la colline de Poon Hill, pour observer la chaine des
Annapurna.
Le lendemain, à l’aurore, nous primes donc le chemin de cette colline, point de vue incontournable de l’étape du jour.
La montée fut rude, mais quelle merveille à l’arrivée ! Quelle récompense ! Nous pouvions voir la totalité de la chaine des
Annapurna, ainsi que des sommets comme le Dhaulagiri, le Machhapuchhare ou le
Nilgiri.L’horizon était totalement dégagé et le ciel d’un bleu azur. Jamais point devue ne nous avait paru si grandiose.
A Ghorepani nous restâmes dans un lodge proche de l’entrée du village.
Une très grande cheminée était installée au milieu de la pièce principale. Le soir, les voyageurs se blottissaient autour du feu de bois. Certains discutaient à bâtons rompus, d’autres somnolaient engourdis par la douce torpeur qu’une fumée apaisante leur avait apportée.
La lueur des flammes éclairait les visages, donnant par intermittence l’illusion parfaite d’un clair-obscur« Caravagesque ». L’instant était magique.
C’est dans ce village, que nous rencontrâmes un jeune Allemand, Walter, que la « turista » n’avait pas épargné. Immobilisé depuis près de huit jours il attendait patiemment que cela passe. Il était, véritablement, très maigre et semblait flotter dans des vêtements d’un blanc douteux. Je me disais que la « turista » ne devait pas en être l’unique cause. Ses longs cheveux crasseux et sa barbe juvénile, le faisait ressembler à un Christ désemparé qu’un Ponce Pilate d’opérette aurait oublié là. Christianl’observa un instant, dubitatif.
Il me revint soudainement à l’esprit la vision étrange de ces occidentaux fiévreux et amaigris, que j’avais croisés sur la route. Parfois assis, immobiles, piquant souvent du nez au coin d’une table ou sur le bord d’un trottoir, ils semblaient n’être plus qu’un parangon de profond désespoir. C’était le même air résigné, le même regard vide, les mêmes vêtements trop grands avec lesquels ils se confondaient parfois. J’espérais, profondément, que cette triste vision de l’être humain puisse faire réagir mon compagnon, avant qu’il ne soit trop tard.
Nous reprîmes le chemin le lendemain à l’aube. Comme toujours la première heure marche fut la plus ardue.Il faisait froid, l’effort était difficile, puis le corps prenait son rythme habituel, lent et régulier.
Le sentier jusqu’à Tatopanini n'était qu’une suite perpétuelle de montées et de descentes.
Assez régulièrement, des caravanes de mulets, chargés d’énormes sacs de riz, déboulaient en trottinant vivement, sur le sentier, menaçant de pousser dans le ravin tout marcheur inattentif.
Nous nous méfiions de ces convois comme de la peste. Dès que nous entendions tinter les clochettes, annonçant un croisement imminent, nous nous rangions prudemment coté montagne, en attendant que la procession soit passée.
Nous marchâmes assez longtemps au milieu d’une forêt de rhododendrons géants en fleurs. Leur taille était impressionnante. Le noir de leurs troncs contrastait ardemment avec le magnifique incarnat de leurs fleurs.Le paysage semblait sortir directement d’un chapitre du livre « Bilbo le Hobbit» de Tolkien, que j’avais lu quelques mois auparavant.
Un peu plus loin le sentier était véritablement taillé à mi-hauteur dans la paroi du défilé et, par endroit, sa largeur ne devait pas dépasser un mètre. En débouchant à son extrémité ce fut un pont suspendu qui se présenta à nous. Deux câbles, tendus mollement d’un bord à l’autre de la rivière, un tablier de planches vermoulues et des garde-corps folkloriques, voilà quel était notre défi dujour. Ce pont enjambait un torrent dont le grondement terrifiant, quelques dizaines de mètres plus bas, n’était pas fait pour nous rassurer. Je m’avançais prudemment testant, autant que faire se peut, la solidité potentielle de l’ouvrage. Curieusement, je pensais au capitaine Haddock qui s’était retrouvé dans cette situation avec son ami Tintin lors de leurs aventures au
Tibet. Tout allait bien, mis à part le léger balancement de l’ensemble dont je n’eus aucune peine à augmenter l’amplitude, au grand déplaisir de Christian qui s’y était engagé en toute confiance.
Tatopani apparut enfin, dans la joie et l’allégresse, car l’étape avait été difficile. Une petite gesthouse à la sortie du village nous accueilli. Un agréable jardinet, où il faisait bon déjeuner, agrémentait l’ensemble.
C’était l’endroit idéal pour une pause bien venue.
A la sortie du village, une rivière coulait paisiblement. Une dizaine de personnes, dont quelques occidentaux, se baignait dans des bassins naturels où une eau noire et fumante les délassait agréablement. C’était l’endroit rêvé pour se rencontrer et pour échanger les derniers potins du coin, ce que ne manquaient pas de faire les villageois après leur dure journée de travail.
Le lieu était réputé pour soigner les maladies de peau, aussi, beaucoup de « curistes »népalais qui s’y baignaient présentaient diverses formes d’affections de l’épiderme. Cela ne nous empêcha pas de nous y tremper avec délectation. L’instant était particulièrement singulier. L’eau était très chaude et le panorama grandiose.
Nous quittâmes Tatopani quelques jours plus tard pour Kalopani.
Près de six heures de marche et mille cinq cent mètres de montée plus loin, nous arrivâmes au village.
Moyennant quelques roupies, il fut possible de loger chez une vieille népalaise, très souriante et complètement édentée, qui nous avait alpagués à notre arrivée dans le village.Nous avions rencontré la « Reine des Momo », ces fameux raviolis tibétains, fourrés à la viande ou aux légumes. Les siens étaient garnis de légumes et servi bouillis. Nous ne regrettâmes pas cette rencontre aussi inattendue que gastronomique.
La nuit fut calme, mais c’est bien avant le lever du soleil qu’un coq insomniaque nous surprit dans les bras de Morphée. Positivant fortement, force était de constater que l’étape du jour allait commencer plus tôt que prévu, ce qui en soit était un moindre mal. Le village se réveillait doucement exposant ses murs à un soleil timide. La rue principale s’animait de plus en plus, au rythme lent de Népalais besogneux.
Nous repartîmes vaillamment en ayant la satisfaction d’avoir enfin pris, un solide petit déjeuner, lentilles et pain tibétain pour l’essentiel.
De Kalopani, nous rejoignîmes Marpha et son monastère situés sur les hauteurs environnantes.
Marpha, la ville des pommes, se tenait bien à l’abri des vents très violents qui soufflent dans la région en remontant la vallée. Ces vents, très froid, n’avaient rien de bien agréable.Ils avaient façonnés la vallée, lentement, année après année, au fil des siècles, laissant derrière eux une poussière de roche perpétuelle que le moindre courant d’air soulevait.
Le crépuscule nous surpris, attablés dans une minuscule gargote, attendant patiemment le repas du soir. C'est alors qu'une vieille dame se présenta à l’entrée du lodge, lourdement chargée. Son visage était aussi ridé que la surface d’un lac sous les assauts répétés d’un vent turbulent. Quand elle eut posé sa hotte d’osier et livré sa marchandise, elle s’accroupit devant le restaurant et bourra une pipe de son tabac favori.Fouillant vainement dans ses poches elle s’approcha doucement pour nous demander du feu. C’est alors que la propriétaire des lieux surgit, tel un zébulon démoniaque monté sur ressort, furibonde, apostrophant violemment la pauvre femme. Elle devait penser que la probable aïeule de son district nous importunait quelque peu. Nous ne comprenions pas ce qui se passait, mais jen’hésitais pas à m’en mêler en usant d’un sabir incompréhensible. L’agressive duègne écarquillât les yeux, qu’elle avait petits, puis déversa dans nos oreilles un flot de paroles pour le moins confuses. La situation devenait amusante mais c’est en nous tournant le dos sèchement qu’elle repartit à ses fourneaux, visiblement vexée. Le sourire que nous offrit alors la vieille dame m’allât droit au cœur, cela valait largement tous les remerciements du monde.
Le lendemain nous continuâmes sur Kagbeni, très jolie ville fortifiée, peu peuplée.
Deux jours de repos bien méritéet de nouveau, le départ, cette fois pour
Jomoson, à la limite du plateau du
Mustang, cette très mystérieuse région Tibétaine.
Cela faisait déjà quelques joursque nous faisions la route accompagnés par une dizaine de moines bouddhistes.Ceux-ci rejoignaient leur monastère au
Mustang après avoir vendu certains de leurs produits, quelque part, loin de leur lieu de prière. Ils s’arrêtaient systématiquement à l’entrée des villages montant rapidement une sorte de tente abri pour y passer la nuit. Ils reprenaient leur chemintrès tôt le matin d’une démarche lente et solennelle. C’est toujours un peu plus tard que nous les rattrapions régulièrement, déclenchant ainsi sourires et éclats de rire réciproques en guise de communication matinale.
Le
Nilgiri n’avait jamais été si proche. On avait l’impression de pouvoir le toucher de la main, mais je savais qu’il n’en était rien. Christian avait l’air de se sentir mieux. La montagne l’aidait grandement à oublier ses envies d’autodestruction. Je pensais que ce trek pouvait se transformer en une réelle thérapie de sevrage pour mon ami.
Nous laissâmes Kagbeni derrière nous au petit matin.
L’air était d’une pureté virginale. Après un début de parcours relativement facile, la vallée se resserra brusquement. Le sentier passait au fond d’une gorge très étroite. De gros rochers tapissaient le fond de la combe, nous obligeant à faire preuve d’un grand sens de l’équilibre. Le moins agréable resta quand même le vent, qui soufflant violemment de face, nous forçat à marcher courbés pendant une bonne partie de la journée. Ce fut une étape très difficile car épuisante.
Quelques jours à
Jomoson ne furent pas un luxe.
La ville se blottissait le long de la rivière Kali Gandaki. C’était une jolie ville blanche, munie d’un minuscule aéroport. L’atmosphère y était toute Tibétaine.
C’est là, que nous bûmes notre première bière régionale. Servie dans de grandes chopes en bois, c’était de l’eau chaude que l’on versait sur des grains d’orge grillés. Ensuite, il suffisait d’attendre quelques instants qu’une légère fermentation ait lieu, puis de consommer le breuvage ainsi obtenu à l’aide d’une grande paille. Ces quelques jours de repos furent bien accueillis par nos corps las et fatigués.
Pour le retour nous décidâmes de longer intégralement la rivière Kali Gandaki jusqu’à
Pokhara.
Longer un cours d’eau peut être très agréable car on peut s’y baigner. C’est l’envie que nous eûmes, après plusieurs heures à crapahuter sous une forte chaleur. Le courant n’étant pas très fort à un endroit, nous jugeâmes le moment propice. Rapidement déshabillés nous plongeâmes dans l’eau fraiche. Christian sortit le premier, suivi de près par ma personne. Alors que nous nous séchions, Christian poussa un cri de surprise en me regardant, des dizaines de points noirs étaient collées sur ma peau. Lui-même d’ailleurs n’était pas en reste. Il s’agissait de très belles sangsues trop heureuses d’avoir trouvé deux clients potentiels. Je décollais avec dégout les bestioles du corps de Christian, qui me rendit aussitôt la pareille. Nous apprîmes bien plus tard qu’il était déconseillé de se baigner dans cette rivière, à cause des... sangsues.
Nous atteignîmes Kusma après avoir franchi un autre petit village Beni. Une rue unique séparait le bourg dans toute sa longueur. Des buissons d’épineux la traversaient, poussés par les fortes rafales d’un vent toujours aussi froid etviolent.
De Kusma, je pensais rejoindre facilement le village de Khare, où j’avais laissé mes chaussures. Pour moi, le plus simple étant la ligne droite, je décidai de couper par la montagne, après tout Khare était situé de l’autre côté.
Mal nous en prit. De demi-tour, pour cause de falaises abruptes, en marche arrière pour cause de passages impossibles, nous débouchâmes sur le sentier tant désiré, à la nuit tombante.Effectuant le reste du chemin de nuit, c’est exténués et passablement énervés que nous arrivâmes au village. Le Lodge apparu comme par enchantement à notre plus grand soulagement.
Quand nous racontâmes cette journée aux népalais présents, ceux-ci restèrent, pour le moins, sceptiques:Qu’est-ce que ces deux jeunes occidentaux racontaient ? On ne passait pas par la montagne !
Le lendemain, chaussures dans le sac, nous redescendîmes doucement sur
Pokhara. Christian avait hérité d’un genou extrêmement enflé et douloureux, l’obligeant à s’aider d’une canne de fortune pour accomplir cette dernière étape.