La junte militaire thaïlandaise dissout le Sénat
Deux jours après sa prise de pouvoir par un coup d'Etat militaire, la junte thaïlandaise asseoit son pouvoir. Les militaires ont dissous, samedi 24 mai, le Sénat et annoncé qu'ils assumaient désormais le pouvoir législatif. « Le Sénat sortant est démis. Toute loi ayant besoin d'être approuvée par le Parlement ou le Sénat le sera désormais par le chef » de la junte, selon un communiqué lu à la télévision. Le chef de la junte, le général Prayut Cha-O-Cha, peut désormais approuver toute nouvelle loi.
Deux jours après avoir instauré la loi martiale, les militaires ont pris le pouvoir jeudi, justifiant ce nouveau coup d'Etat par la nécessité de rétablir l'ordre après six mois de contestation politique et de procéder à des réformes institutionnelles. Le Sénat avait jusqu'à présent survécu à l'abolition de la Constitution.
Vendredi, la junte avait convoqué l'ancienne première ministre Yingluck Shinawatra, avec des dizaines de responsables, dont plusieurs ministres, sur un site militaire de
Bangkok. Comme 154 autres personnes, elle a été interdite de sortie de territoire. Mme Shinawatra, âgée de 46 ans et mère d'un garçon, a été arrêtée. Elle pourrait rester en détention « jusqu'à une semaine », a annoncé samedi un responsable militaire.
« Elle va bien », a assuré le lieutenant-général Tirachai Nakwanich, précisant que la rapidité de sa remise en liberté « dépendra de sa coopération ». Selon la loi martiale, les personnes arrêtées peuvent être gardées une semaine en détention, sans charges.
« Elle se trouve en ce moment en lieu sûr (...). Elle n'a pas été placée en détention dans un camp militaire. C'est tout ce que je peux dire pour l'instant », a indiqué un collaborateur ayant requis l'anonymat. On ignore si cela signifie que Yingluck Shinawatra est libre de ses mouvements. Un responsable de son parti, le Puea Thai, a cependant indiqué qu'elle était sous la surveillance de soldats.
DES CRAINTES DE PURGE
Samedi, la junte a convoqué 35 nouvelles personnalités, dont des universitaires. L'ONG Human Rights Watch a appelé l'armée à
« relâcher tous ceux qui ont été arbitrairement détenus » et à
« restaurer urgemment la démocratie ».
« C'est une purge pour se débarrasser de ceux qui menacent potentiellement le gouvernement issu du coup », analyse le politologue américain Paul Chambers. Lors du coup de 2006, plusieurs collaborateurs de Thaksin Shinawatra, frère de Yingluck, avaient été détenus, mais sans atteindre l'ampleur du mouvement actuel.
Les libertés individuelles, notamment le droit de manifester, ont été fortement réduites, même si la junte a annoncé samedi le retour de certaines télévisions interdites. Tolérées, les manifestations restaient limitées à quelques dizaines de personnes, dans un climat d'indifférence dans ce pays qui a déjà connu 19 coups d'Etat ou tentatives depuis 1932
. A cela s'ajoute le fait que de nombreux responsables des Chemises rouges, puissant mouvement pro-gouvernemental, ont été arrêtés, décapitant le mouvement temporairement.
En fin d'après-midi, samedi, plusieurs centaines de Thaïlandais ont défié l'interdiction de manifester, un chiffre modeste mais bien supérieur aux jours précédents. Plusieurs manifestants ont été interpellés, ont vu des journalistes de l'AFP.
LA JUNTE SOLLICITE L'APPROBATION DU ROI BHUMIBOL
Les militaires ont remis une lettre au roi Bhumibol, personnage vénéré au sommet de cette monarchie constitutionnelle, lui demandant d'approuver le nouveau régime. Le chef de la junte, le général Prayut Cha-O-Cha, peut désormais approuver toute nouvelle loi. Lors de leur première conférence de presse depuis le coup d'Etat, les militaires n'ont toutefois pas précisé leurs plans.
Jeudi, le puissant chef de l'armée de terre, le général Prayut Chan-ocha, avait justifié un coup devenu selon lui nécessaire
« pour que le pays revienne à la normale ». Le général avait mis en avant la violence dans le pays, qui a fait 28 morts depuis le début de la crise à l'automne dernier, la plupart lors de tirs ou de jets de grenades en plein
Bangkok.
Le général Chan-ocha a laissé entendre vendredi que le retour à un pouvoir civil prendrait du temps.
« Avant les élections, il nous faut des réformes économiques, sociales et politiques », a-t-il dit à plusieurs centaines de fonctionnaires convoqués pour l'écouter.
« Dès que la situation sera pacifiée, nous sommes prêts à rendre le pouvoir au peuple. »
Les manifestants de l'opposition, ravis du coup d'Etat militaire, espèrent qu'un premier ministre « neutre » sera nommé, pour mener des « réformes » avant l'organisation d'un scrutin, suscitant des craintes quant à leurs aspirations démocratiques.
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Le Monde
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