Mercredi 26 décembre
A 3h. du matin, je n’en peux plus. Je traverse la salle à manger, rencontre à nouveau mes amis les rats et cour aux toilettes.....me vider littéralement !! Je suis à peine recouchée que ça me reprend...
Bon, ce n’est pas la peine de retourner à ma cabine, cette fois-ci je reste près des toilettes. Je grille une cigarette en attendant que ça me reprenne.....
Eva est là aussi, accoudée à la balustrade et regarde les allées venues sur le ponton où il y a encore beaucoup de monde à cette heure-ci. Une vingtaine de femmes et un homme sont installés dans un petit bateau et discutent fermement avec l’homme qui doit les emmener on ne sait où. Pour finir, la moitié des personnes changent de bateau et la discussion devient houleuse.
Nous descendons voir ce qu’il se passe car cela nous intrigue. En fait, l’homme a perçu le prix de la traversée du fleuve mais ne veut pas partir car il trouve qu’il y a trop de monde pour son bateau. Maintenant, il réclame 200 tk de supplément car il devra faire partir 2 bateaux au lieu d’un. Qu’à cela ne tienne, nous sommes prêtes à donner ces 2 malheureux euros pour aider ces femmes à rentrer tranquillement chez elles on nous de ne pas nous en occuper. Pour finir, tout s’arrange et ils partent dans la nuit.
Je retourne un coup faire la déco des toilettes et gagne ma cabine.
Vers les 5h du matin, notre serveur vient frapper à la porte pour nous dire que nous devons descendre du bateau. Nous réglons nos repas et boissons et donnons un bon pourboire à notre serveur. On en a pour royalement 1000 tk. (10 €)
Je ne suis pas en très grande forme car cela fait quand même deux nuits que je ne dors pas et j’ai la « va-vite » comme on dit chez nous.
Nous plions bagage et rejoignons Martin, Eva et René sur le ponton.
La vue d’ici est apocalyptique....
Il y a un brouillard à couper au couteau, on ne voit pas à un mètre, tout est gris, le sol est détrempé, l’air est vicié. Les gens autour, comme nous d’ailleurs, ont une « gueule de déterré »... J’ai l’impression qu’on est au bout du monde...
Je ne le sens pas trop ici......Je ne me sens pas bien du tout d’ailleurs.....
Les seules toilettes disponibles sur le ponton sont une espèce de cagibi en taule ondulée en suspend au dessus du fleuve. Au bout d’une corde, pend un petit pot de terre cuite pour se servir d’eau afin de se laver.....
Ca suffit !! Je m’excuse auprès des autres, retourne en vitesse sur le bateau et me réfugie dans les toilettes où je continue ce que j’ai commencé cette nuit.
Je m’épuise complètement car je vide tour à tour mon estomac et mes intestins. Au bout d’un moment, Thierry s’inquiète et vient voir après moi. Il arrive juste à temps pour me rattraper car j’ai les jambes qui flageolent et manque de tomber dans les pommes tellement ma tête tourne.
Notre serveur vient à son tour prendre de mes nouvelles et m’apporte de l’eau. « Je vous ai vue hier soir acheter un cake en bas, vous n’auriez pas du. Ce n’est pas des choses pour vous ça, vous avez l’estomac trop fragile. « Oui, vous avez raison mais c’est trop tard. » « Je suis désolé mais je dois vous demander de descendre du bateau car le capitaine attend pour repartir. Tout est prévu pour vous accompagner jusqu’à Khulna »
Là maintenant, je suis tellement épuisée que je ne serais même plus capable d’être malade. Je traîne mes savates hors du bateau, fais mes adieux à tout ces gens si gentils et part me perdre dans le brouillard avec mes compagnons de route.
Accompagné d’un membre de la BIWTC, nous montons dans un rickshaw et traversons le village de Mongla qui se réveille à peine.
Ensuite, à pied et à la queue leu leu, nous suivons un petit chemin de glaise mouillée qui nous mène sur la berge d’un bras du fleuve.
Après avoir payé une taxe de 2tk aux militaires, nous embarquons dans un petit bateau pour traverser.
De l’autre côté, effectivement, une voiture de type wagon nous attend. Mais René, qui comme nous, à l’habitude des tentatives d’arnaques indiennes, préfère monter dans un des nombreux bus qui embarquent également les autres passagers du PS Masud. Il est persuadé que nous devrons payer le trajet en voiture et puis, de toute façon, il a l’intention de rallier la frontière indienne le plus vite possible. Bye-bye René !
Moi, je m’en fou, j’ai trop besoin de confort dans l’état où je suis.
Il y a bien l’hôtel Poshur juste là oú je pourrais me reposer mais il à l’air tellement glauque que je préfère prendre la voiture et voir plus loin ce qu’il y a.
Nous roulons près de 2h au beau milieu de la magnifique nature, des rizières et des palmiers. Au bout d’un moment, je me sens d’ailleurs vachement mieux. Grâce à la fenêtre entr’ouverte, plus de nausées, plus la tête qui tourne, qu’est-ce que ça fait du bien, le voyage peut reprendre de plus belle !!
Arrivés à Khulna, le chauffeur nous demande à quel hôtel il peut nous déposer. Martin et Eva on opté pour un logement au nord de la ville et nous au sud. Nous nous faisons donc déposer à la poste, point central pour chacun. Hélas, nous ne verrons plus René pour lui confirmer que cela ne nous aura pas coûté un cent. Merci la compagnie fluviale.
Après échanges d'adieux et d’adresses, nous allons au Western Inn qui est l’hôtel le plus chic de la ville selon le Lonely. L’accueil y est très chaleureux. Après avoir visiter 2 chambres, nous prenons carrément une « suite » avec salon tv, mini-bar, salle de bain et 2 terrasses en plein soleil car je sens que je ne vais pas trop bouger aujourd’hui.
Une fois installés, douche prise et lessive terminée, nous descendons à la salle à manger afin de prendre le petit-déjeuner offert par la maison.
Nous y revoyons Martin et Eva revenu bredouille de l’hôtel Blabla renseigné dans le Lonely Planet. Il n’existe plus...
Nous commandons du thé et des toasts mais, à peine ai-je bu un peu de thé et mordu dans un toast que je ne me sens de nouveau pas bien.
Je remonte dare-dare dans la chambre et noue une nouvelle et forte relation avec les toilettes....
Préférant rester reposer pour reprendre des forces, Thierry sort et prend un rickshaw pour le New Market. Il rencontre un imam bangladais travaillant en
Australie et rentré au pays auprès de sa famille pour la fête de l’Eid. Ils comparent leur pays respectif avec le
Bangladesh et tombent d’accord sur l’unique et première raison de venir ici : l’accueil des bangladais.
Comme Thierry lui explique mes petites complications, il l’emmène dans une pharmacie acheter des médicaments.
Pendant ce temps-là, je suis sur la terrasse de la chambre et j’observe la rue. Nous sommes situés juste à un carrefour et je peux voir les vendeurs de poulets, de légumes, de vannerie et autres vaquer à leur occupation.
Mis à part de nombreux rickshaw, charrette et vélos, il y a très peu de circulation motorisée dans la ville (ce que nous remarquerons partout dans le pays) et c’est bien agréable.
Epuisée, je me mets au lit. J’entends les sonnettes des rickshaw et les vendeurs ambulants qui crient. Le peu de bruit qu’il y a, me gêne car j’ai une tête comme un seau et j’utilise pour la première fois des boules quiès. Toute la journée, je ne ferai que des allers-retours lit salle de bains.
Quand Thierry rentre, il me fait prendre des poudres réhydratantes et retourne se balader en ville avant de dîner au restaurant de l’hôtel.
Infos pratiques
Western Inn international Ltd51, Khan-A-Sabur Road, Khulna -9100.
Email :
western@bttb.net.bd
ou
western@khulna.bangla.net
Jeudi 27 décembre 2007
Nous avons à nouveau passé une mauvaise nuit. C’est au tour de Thierry de se sentir mal. Il frissonne de partout et a vraisemblablement un peu de température
Malgré les difficultés à trouver le sommeil dû à de multiples klaxons et hurlements de chiens, je me sens un peu mieux ce matin.
A la réception, on nous confirme que la police, dont la caserne est en face, a fait des exercices cette nuit mais ce sera la seule fois du mois....
Au petit-déjeuner, nous retrouvons Martin et Eva qui sont à leur tour dans un piteux état. Ils sont à présent malades également et se sont relayés aux toilettes toute la nuit. Dans l’état où ils sont, ils ne veulent plus voyager et décident de rentrer à
Dhaka par le premier bus direct.
Nous, on décide de prendre le taureau par les cornes car nous n’avons que 15 jours de voyage et voulons en profiter un maximum.
Nous passons par une pharmacie acheter des médicaments pour faire tomber la fièvre de Thierry et filons en début d’après-midi en rickshaw à la station de bus qui est à la sortie sud de la ville.
A la vue de la station de bus, nous prenons peur....Il y a au moins une cinquantaine de bus dont le moteur tourne et autant de gens qui crient des destinations dont on ne comprend un traître mot. Les bus n’ont même pas d’indications de destinations mais déjà, du monde vient vers nous. Nous leur donnons le nom de «
Bagerhat » mais la prononciation ne doit pas être la bonne car nous devons nous répéter plusieurs fois. Je montre le nom sur un papier et du coup, tout s’éclaire !
Nous finirons par apprendre, et cela sera bien nécessaire de le savoir, qu’en bengali, la lettre « a » se prononce presque comme un « o ». Nous allons donc à « bogerhot ».
Nous n’avons pas besoin d’attendre, un bus y part déjà dans quelques minutes.
Nous avons une place juste derrière le chauffeur dans des sièges confortablement moelleux. Bizarrement, le siège du chauffeur, comme dans tous les bus que nous prendrons après, est fort décalé à gauche par rapport à son volant. Il roule tout de travers. Comme il y a des bus toutes les 10 minutes pour toutes les destinations, tout le monde a une place assise.
Chaque bus à 3 membres du personnel. Le chauffeur klaxonneur qui ne s’occupe que de rouler, klaxonner et rien d’autre, le receveur qui ameute les clients à chaque arrêt et, enfin, je l’appellerai le « tintamarre man »
C’est grâce à ce dernier que nous arrivons sain et sauf à destination. Tout le trajet, il reste pendu à l’entre-porte ouverte.
Les routes étant bien étroites, à chaque approche d’un véhicule dans un sens ou dans un autre, il frappe de toutes ses forces sur la carrosserie du bus pour prévenir qu’il faut se mettre sur le bas-côté. Il dirige également le chauffeur quand le passage est trop étroit en frappant la porte et hurlant à tue tête.
A chaque halte, les petits vendeurs et les mendiants sont là. Ce sont souvent des enfants ou des vieillards.
Nous roulons sur une bonne route en pleine nature et traversons des petits villages bien charmants avant d’arriver à
Bagerhat
autrefois appelée Khalifatabad.
A la descente du bus, nous sommes assaillis de gamins qui nous souhaitent « Welcome in
Bangladesh ». Un policier vient à notre rencontre et nous raconte sa fierté d’avoir participé à la libération de son pays en faisant
la guerre en 1971
.
Les enfants sont tout excités autour de nous et Thierry leur dit de se mettre sur un rang tout en ouvrant son sac à dos. Petits et grands se rangent gentiment pour recevoir nos petites peluches. Les plus malins retournent se mettre derrière la file. C’est trop mignon car nous savons qu’ils ont tous un petit frère ou une petite sœur à gâter.
Quand le sac est vide, il nous font des grands merci et nous accompagne jusqu’au coin de la rue où ce sont, cette fois, 2 jeunes en moto qui s’arrêtent pour nous demander s’il peuvent nous aider et converser un peu avec nous pour pratiquer leur anglais. Ils nous accompagnent et négocient avec un rickshaw pour nous, afin de faire le tour du village.
Nous nous arrêtons à la
Shatgumbad Mosque
faisant partie de la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, erronément appelée « la mosquée au 60 dômes » car elle en a 81. C’est une énorme bâtisse carrée entourée d’un joli jardin. Nous visitons également le petit musée attenant.
Alors que nous sommes assis sous un arbre à l’abri du soleil, C’est Mansoon qui vient à notre rencontre. Il habite
Dhaka et est venu ici en touriste. Il nous raconte ses études, son désir d’aller en Europe, ses questionnements face à l’avenir, sa tristesse d’avoir vendu sa maison et ses terres pour 5000 $ envoyés à son oncle en
Italie qui lui a promis de l’aider mais n’a plus jamais donné signe de vie...
Nous restons presque une heure à discuter et partons ensemble pour le
tombeau de Khan Jahan Ali
, général turc, fondateur de la ville au 15ème siècle. Au pied du mausolée, il y a un grand réservoir d’eau et nous nous installons dans les escaliers qui y mènent. Tout de suite, une foule de gens nous entoure et Mansoon leur explique qui nous sommes. Encore une fois, les gens sont étonnés de savoir que nous venons dans leur pays uniquement pour faire du tourisme.
La légende dit qu’il y a ici 3 crocodiles qui gardent les lieux et les voir donne de bons présages. Mais ce n’est pas une légende car un monsieur vient vers nous et nous propose immédiatement de nous emmener en bateau pour admirer les reptiles. Non merci, ce n’est pas ma tasse de thé.
Nous faisons nos adieux à Mansoon, échangeons nos adresses et regagnons la station de bus.
Il fait déjà noir lorsque nous arrivons à Khulna. Les journées sont assez courtes car le soleil se couche vers 17h. On prend un rickshaw pour le New Market. La course nous coûte 6tk et Thierry tend un billet de 20 au rickshawalla mais il n’a pas l’air content. Bon dieu, on veut lui donner 3x le prix et ce n’est pas encore assez !!
Evidemment, nous sommes immédiatement la curiosité des passants. En fin de compte, un jeune homme parlant un peu l’anglais nous explique que le rickshawalla n’a tout simplement pas la monnaie pour rendre sur le billet et sors le compte exact de son porte-monnaie. On n’est pas plus avancé car maintenant on doit trouver la monnaie pour rembourser ce jeune homme mais il s’en va déjà en nous souhaitant une bonne soirée et un très bon voyage dans son pays...
C’est complètement éberlué par ce qui vient de nous arriver que nous allons nous balader dans le marché avant de rentrer à l’hôtel.
Comme nous nous sentons mieux, nous commandons un plat de riz aux légumes et des grosses crevettes que nous mangeons goulûment avant de regagner nos pénates...
Infos pratiques
Shatgumbad MosqueEntrée : 50 tk
Khan Jehan Ali Tomb et mosquéeEntrée gratuite
Bus Khulna-Bagerhat : 50 tk/pers.