LE PLAN B, n° 11
Déc. 2007-janv. 2008
LA LAISSE D'ORLa lutte est acharnée mais le Plan B ne décerne la laisse d'or qu'au plus servile.
Journaliste barbouilleur de romans de plage,
Christophe Ono-dit-Biot a reçu le prix Interallié 2007 pour un livre,
Birmane, considéré comme un des plus affligeants de la rentrée. Ce "
voyage pétri d'amour et de chagrin" qui veut "
ressusciter l'enfant en nous" charrie les lieux communs avec une telle persévérance qu'une critique littéraire, Blanche Baudouin, a menacé de mettre un terme à sa carrière dans le cas où cette "
confiture de guimauve" décrochait un prix littéraire. "
De dépit, se souvient-elle,
j'avais jeté le livre à l'autre bout de la pièce en me demandant comment un éditeur pouvait publier une telle daube."La réponse est simple : armé d'une brosse à reluire tout-terrain et d'une paire d'incisives qui labourent la moquette, Ono-dit-Biot est, à 32 ans, rédacteur-en-chef du service culture du
Point. Son protecteur, Franz-Olivier Giesbert, mise sur sa "
belle gueule" et son conformisme canaille pour "
rajeunir l'image" du magazine des cadres gérontophiles. Autant dire que son génie ne souffre aucune objection : Birmane est l'oeuvre "
d'un grand témoin, on veut dire d'un vrai journaliste", s'exécute la chroniqueuse "livres" du
Point en songeant à sa prime de fin d'année.
Un an plus tôt, Ono-dit-Biot avait su mériter ces éloges en publiant un long réquisitoire contre les chômeurs qui "
ont dévoyé la générosité du modèle social français" : à partir du cas de "Thierry F.", un bénéficiaire de l'allocation spécifique de solidarité (440 euros par mois), roulant en voiture de sport et revendiquant 24 années de "
farniente rémunéré", le "vrai journaliste" dénonçait la mollesse d'un État qui accepte d' "
entretenir les parasites". Cet appel à la haine sociale se propagea aux organes de presse concurrents, offrant l'occasion au candidat Sarkozy de pilonner les "
fraudeurs de l'Unedic". Au même moment, l'employeur d'Ono-dit-Biot, François Pinault, raflait 155 millions d'euros de dividendes pour 2006, soit 30 000 années d'ASS.
Pour savourer son triomphe, le jeune prodige part essayer son slip de bain à
Rangoon. D'où il rapporte une rédaction de vacances dont la sortie - miracle - coïncide avec le soulèvement des bonzes. Le voilà propulsé grand dissident de la dictature birmane : défiant les généraux sur TF1, dans
Libération et à l'Élysée (où il est reçu par Sarkozy aux côtés de BHL, Bruckner et Glucksmann), Ono-dit-Biot s'envole vers un destin héroïque, sa laisse d'or en sautoir.