| Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Wakhan · 3 septembre 2011 à 16:34 45 messages · 14 participants · 11 368 affichages | | | | 3 septembre 2011 à 16:34 Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 1 de 45 · Page 1 de 3 · 8 232 affichages · Partager Ce carnet de voyage décrira mon voyage avec ma compagne dans cette région du monde injustement délaissée voire méprisée. Je le dis d’emblée, le Pakistan qui était le cœur du voyage nous a véritablement fascinés et nous voulons déjà y retourner !
Pourquoi le Pakistan ? Question qui nous a été posée des centaines de fois aussi bien en France qu’au Pakistan. C’est une question de feeling. Certains sont fascinés par l’Amérique latine, d’autres ne jurent que par l’ Asie du sud est ou l’Afrique des Grands Lacs. Nous avons visité une partie de l’ Asie centrale anciennement soviétique il y a deux ans et nous avons été sous le charme surtout du Tadjikistan. Nous sommes tous deux historiens et le passé de cette région nous a toujours beaucoup plu. Les paysages grandioses de montagnes du Pamir nous ayant conquis, ceux de du Karakoram et de l’Hindu Kuch ne pouvaient nous échapper plus longtemps. De plus, les contacts établis avec les habitants ont été si riches, bien plus qu’en Amérique latine, que nous voulions approfondir ce territoire. Les gens les plus adorables que nous ayons rencontrés furent les Ismaéliens. Le nord du Pakistan possède une des plus grandes communautés de l’Agha Khan du monde ! Tous ses ingrédients se trouvaient réunis pour faire un voyage extraordinaire. Et nous ne furent pas déçus. Bien sûr, il y aura toujours les indécrottables râleurs, les sceptiques et les obscurantistes. Je fus l’un d’entre eux donc je peux comprendre... Mais à partir du moment où nous avons décidé de nous engager dans ce périple, les pressions (dont le chantage, insultes et mensonges) que nous avons subies de la part de certains de nos proches furent insupportables. Certains se permettaient de critiquer en ne connaissant STRICTEMENT RIEN du Pakistan et n’écoutant pas nos arguments. Je pense que dès que nous nous sommes engagés dans cette aventure, nous aurions pu bénéficier d’un peu de soutien et de confiance. De plus, ce n’est pas notre premier voyage « bizarre », nous étions fortement documentés, ouverts d’esprit mais prudents et preneurs de toutes information sur la situation quitte à changer notre itinéraire. Je laisse la morale de l’histoire à un Pakistanais de Gilgit : il rencontre un Tchèque à Kashgar qui lui dit « T’es Pakistanais ? T’es un terroriste ! » Réponse : « Tu connais le Pakistan ? » « Non » ; « Je peux très bien dire que la République tchèque est un pays de terroriste, ça te fera plaisir ? » « Non » « Alors au lieu de dire n’importe quoi, viens avec moi, je te fais visiter mon pays et tu verras par toi-même ! ». Le Tchèque déclina l’invitation piteusement.
Le Pakistan est il un pays dangereux ? Non si on ne fait pas n’importe quoi. Nous ne nous sommes jamais sentis en insécurité, jamais. Le nord, donc la région Gilgit Baltistan est tranquille. Les habitants sont extrêmement accueillants, les rencontres et les tasses de thé sont innombrables. La Khyber Pachtoukhwa est sûre dans le district de Chitral mais est plus problématique vers Peshawar. Même si la ville elle-même était à peu près sûre l’été 2011, on nous a déconseillé d’y aller surtout pour un couple. Un homme, habillé en pakistanais, peut s’y balader sans souci mais une femme sans burqua, même avec le voile attire trop l’attention et le risque d’enlèvement est possible. Pas à Peshawar même, je le répète, mais autour et pour y arriver. Plusieurs Pakistanais nous l’ont répété. La mort dans l’âme, nous avons privilégié la sécurité. Islamabad, Rawalpindi et Lahore sont des grandes villes où nous nous sommes sentis parfaitement bien. Attention cependant à la circulation : beaucoup roulent comme des malades et les accidents sont légion. Je me souviens du vol plané d’une femme à Gilgit... Mais c’est la même chose en Inde.
Une femme au Pakistan ? Etre en couple aide énormément. La plupart des Pakistanais n’hésitent pas à parler directement à la femme, parfois à lui serrer la main à condition qu’elle soit accompagnée. Les Ismaéliens sont beaucoup plus ouverts. Nous avons rencontré une Américaine seule qu’un Ismaélien avait pris sous son aile et lui faisait découvrir les montages. Ne pas hésiter à s’inventer une vie car les Pakistanais ne comprennent pas que nous ne soyons pas mariés ou sans enfants. « Mais si vous avez des enfants, pourquoi ne sont ils pas avec vous ??? » Alors pour éviter les questions parfois pesantes, nous avons raconté que nous étions jeunes mariés en lune de miel ! Et tout le monde était ravi ! Une femme occidentale n’est pas toujours obligée d’aller à l’avant du bus, peut rester avec les hommes à condition d’être coincée entre la vitre et son compagnon. Bien sûr c’est l’homme qui doit payer ! Le voile n’est pas obligatoire. Un Balti nous l’a bien dit et affirmé. De nombreuses femmes à Lahore sont tête nue. Cependant, je conseillerais quand même de le porter : en effet c’est le meilleur moyen de passer un peu inaperçu et surtout de respecter les gens et les femmes. Plusieurs Pakistanaises ont dit à ma compagne qu’elles étaient ravies qu’elle s’habille comme elles. Au marché de Upal, près de Kashgar, le regard a changé du tout au tout une fois qu’elle a acheté un voile et l’a porté.
Des barbus islamistes ? Certaines régions sont plus religieuses et conservatrices que d’autres. Les Pachtounes le sont 100 fois plus que les habitants du Gilgit Baltistan. Forcement nous discutions moins (mais un peu quand même !) avec les barbus mais nous n’avons pas senti de haine à notre égard. Une indifférence au pire. La société s’islamise certes, mais nombreux sont ceux qui ne respectent pas le ramadan, mais pas en public et ceux qui aiment l’alcool essaient de s’approvisionner : à Sost (frontière avec la Chine) et Chitral (proximité avec les kalash non musulmans) c’est plus facile !
Transport et patience Un réseau de bus relativement bien développé, mais lent avec des routes parfois dans un état catastrophique. Les inondations de 2010 n’ont pas aidé. Sinon, il y a des Jeep et des taxis un peu partout mais plus chers bien sûr. L’avion peut être une bonne alternative aux longs trajets en bus. Mais il peut être souvent annulé pour mauvais temps. Ainsi au bout de deux tentatives à Chitral, nous avons rejoint Pindi en voiture. Le Pakistan est un pays où la patience est un maître mot. Mais le temps n’a pas la même signification ici.
Langue et conversation Parler quelques mots d’Urdu aide bien sûr. Mais l’anglais est généralement parlé et nous avons réussi à nous faire comprendre même au fin fond du Baltistan. Suivant l’interlocuteur (mais les masques tombent vite), on peut parler de tout : religion, politique, terrorisme, Ben Laden, famille. Pour les hommes comme pour les femmes, porter le shalwar kamiz est confortable et permet d’avoir des contacts faciles. Avec souvent la phrase « Are you muslim ? » « No » « OK. No problem ! ». Where are you come from ? France ? Very good ! »
La meilleure réponse qu’on peut donner aux sceptiques se trouve dans ces lignes et les suivantes. Sinon, en résumé : nous sommes revenus vivants ! Et nous avons adoré ce pays. C’est pour lui rendre justice ainsi qu’à ses merveilleux habitants que nous déclarons solennellement : Le Pakistan n’est pas un pays terroriste, au contraire c’est un pays extraordinaire. | | | À: Wakhan · 3 septembre 2011 à 16:35 · Modifié le 3 sep. 2011 à 18:37 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 2 de 45 · Page 1 de 3 · 8 214 affichages · Partager Kashgar et environs On arrive à Urumqi via Moscou. Un bagage perdu ! On le déclare, sans problème. On vous l’enverra à Kashgar dès qu’on l‘aura retrouvé ! Finalement, il faudra qu’on rappelle l’aéroport qui nous raccrochera au nez à chaque fois...après nous avoir dit qu’il fallait revenir à Urumqi chercher le sac. L’agence de Southern Airlines se moquera de nous. Et c’est un Ouighour, qui tient l’agence de voyage du Seman qui nous aidera en nous disant de retourner à l’aéroport et faire le pressing. Le sac arrivera dans la nuit donc 48h après sa perte. Cette expérience nous rapprochera des Ouighours et nous nous méfierons désormais des Hans du Xinjiang... On prend l’avion dans la foulée et direction cette ville mythique de la route de la soie. On sort de l’aéroport et là on est dans le bain : des charrettes, des ânes, des fruits et légumes qui débordent des chariots, des Ouïgours partout sur le chemin. Ouf, la ville n’aurait finalement pas perdu son âme ? Mais plus on se rapproche de Kashgar (non, je ne dirai pas Kashi), plus les buildings se dressent à l’horizon... On se pose au Seman Hotel, plutôt pas mal, avec quelques touristes et pas mal de Pakistanais. On est lundi, le marché est donc passé. On prend un taxi pour Upal. Et là comme mise en bouche, c’est plutôt génial : un marché débordant de vie, où on retrouve les bestiaux, les tapis, les vêtements, les fruits et légumes etc.... Et surtout pas un seul touriste ! On nous regarde avec curiosité sans trop nous adresser la parole à l’exception d’un marchand qui est... pakistanais, avec qui on discute un moment. Kashgar est paradoxale. Le quartier ouighour même si il se réduit sans cesse, visible quasiment à l’œil nu, est vraiment chouette avec des restaus sympas, des façades décaties comme il faut. La mosquée Id Kah, la plus grande de Chine, et le mausolée Ab Kojah sont vraiment à faire. Même si la ville n’égale vraiment pas Boukhara ou Samarcande. Le quartier han est une horreur avec la statue de tonton Mao qui indique la marche à suivre... A traverser par curiosité, mais le masochisme a ses limites. Kashgar reste malgré mes réserves un bon souvenir et une ville à faire absolument, combiné avec Upal, bien sûr où un autre marché voisin.
A la gare routière voisine du grand timonier, nous prenons le bus pour Kara Kul. A 500m de l’arrivée, le bus s’arrête, un Kirghize nous appelle et nous demande si nous voulons dormir sous la yourte. Bien sûr, on veut éviter l’hôtel étatique han ! On saute sur deux motos et direction une yourte en tissu, ce qui devient plutôt rare dans le coin où les yourtes en béton poussent comme des champignons. Le lac est vraiment magnifique, avec 2 sommets à plus de 7000m : le Kongur Shan et surtout le Mustag Ata qui se reflète dans le Kara Kul. Le Tadjikistan est à quelques kilomètres, les paysages y sont similaires : on est dans le Pamir quand même ! Par contre ce Kara Kul ne ressemble pas du tout à son homonyme tadjik. Plus petit, le lac est peut être moins beau, mais ces deux géants lui donnent un charme fou ! On ne rencontre que 4 touristes autour du lac. J’avais peur d’en voir davantage... On discute avec quelques Kirghizes sur le chemin, plus sympas que notre logeur un peu froid et voulant nous vendre toutes ses babioles.
Le lendemain, nous faisons du stop avec les Kirghizes en suivant le procédé de la veille. Et nous nous dirigeons vers Tashkurgan. La ville frontière, majoritairement tadjike, est sans véritable intérêt si ce n’est la vielle forteresse. Nous galérons à trouver un hôtel pas trop cher. La plupart sont tenus par des Hans qui se désintéressent de nous à la première question. On débarque finalement au Pamir hôtel tenue par une Tadjike ! L’armée chinoise est présente partout et le lendemain matin les hauts parleurs dressés tous les 400m annoncent la bonne parole. Après tout, nous sommes aux confins de la plus grande dictature du monde ! Le billet de bus n’est pas donné pour Sost, 270Y. Le passage de douane est un grand moment de poilade. Malgré leur costume impeccable, leur gapette et leur matériel à faire pâlir les Américains, les autorités chinoises, ici, sont futiles, lentes et inefficaces. Alors, on va compenser en bombant le torse, en t’enfonçant le doigt dans le dos car tu ne vas pas assez vite ou alors en te convoquant au bureau car ils ont un doute sur la photo du passeport. C’est pathétique mais le fait de rencontrer autant de pakistanais (80% du bus) éclaircit cette journée. C’est un bus couchette assez improbable où nous pouvons facilement discuter avec ses voisins. 6h de route inoubliables à travers le plateau du Pamir, le col de Khunjerab sous la neige, de cours d’urdu avant d’arriver à Sost. Et oui, il est possible d’acheter son visa à la frontière. C’est dans le cadre du rapprochement diplomatique entre les deux pays.
La suite, bientôt ! | | | À: Wakhan · 3 septembre 2011 à 17:09 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 3 de 45 · Page 1 de 3 · 8 166 affichages · Partager salut Guillaume
bravo. ça fait plaisir de découvrir un carnet sur le Pakistan. et les mots que tu emploies me réconforte car j'avais quitté ce pays difficilement, en route pour l' Inde avec mes compagnons eux aussi sous le charme...et lorsque j'en parle à des amis, c'est avec de l'émotion dans la voix. Des gens chez qui l'hospitalité n'est pas un vain mot
j'attend la suite. on en rediscutera | | | À: Wakhan · 3 septembre 2011 à 18:58 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 4 de 45 · Page 1 de 3 · 8 147 affichages · Partager
nous avons raconté que nous étions jeunes mariés en lune de miel ! Et tout le monde était ravi
exactement comme nous en 92 !!
par contre tu as ete plus chanceux que nous à karakul, apres un sejour super sous la yourte de plusieurs jours nous avons aussi fait du stop mais visiblement nous avons ete reperés et à l'arrivée à taskhurgan arretés ainsi que le camioneur le stop etait disant interdit et la zone de karakul necessitait un "permis" on nous a confiqués les passport et nous sommes passés en "jugement " le lendemain nous nous sommes bcp excusés fait les ignorants et on a eu une amende de qq francs | | | À: Wakhan · 4 septembre 2011 à 17:25 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 5 de 45 · Page 1 de 3 · 8 095 affichages · Partager meri pour ce carnet de voyage. on attend la suite | | | À: Wakhan · 5 septembre 2011 à 18:55 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 6 de 45 · Page 1 de 3 · 8 056 affichages · Partager De Sost à Gilgit, le long de la Karakoram Highway
Ça y est ils pénètrent dans l’antre du démon, où chaque parcelle de terre, où chaque montagne semble avoir été crée par Lucifer lui-même. Où ne s’aventurent ici que les poseurs de bombes qui veulent détruire notre sublime société consumériste. Où... Ah, zut, je me suis branché par erreur sur TF1. Jean Pierre Pernaud, ça suffit maintenant ! Tu as fait suffisamment de mal pour aujourd’hui !
Bon, après ces insanités, où en étions-nous ? Ah oui. La frontière. Les formalités administratives et douanières se déroulent parfaitement bien. A croire que plus les douaniers sont équipés, plus ils sont lents. Les Japonais se font faire leur visa très rapidement. Attention : il n’y a pas de change de dollars ou d’euros avant Karimabad. Soit on a déjà des roupies, soit on échange les yuans. Prévoir d’en avoir suffisamment, sinon il faut se serrer la ceinture ! Et nous voilà lâchés au Pakistan. Nous recevons plusieurs cartes de visite de nos voisins pakistanais nous demandant de venir les voir. La plupart sont joailliers à Gilgit. Sost est une ville étrange, comme chaque ville frontière d’ailleurs. Plusieurs choses nous frappent : les camions bariolés et furieusement kitsch, les montagnes du Karakoram plus brunes que celles du Pamir et le fait de ne voir aucune femme. Un Japonais interloqué se tourne vers un Pakistanais au restaurant en lui demandant « where are your women ? ». Il ne subira pas le sort du Russe dans le Chat du rabbin... Nous nous dirigeons vers un hôtel, le Al Mahmood, assez... moyen, pour rester poli... Le Badakhshan semble être bien mieux, selon les dires reçus après ! Je change mon argent dans un magasin près de l’hôtel et je me perds en rentrant ! Il faut le faire à Sost ! Un homme me récupère, me parle dans un anglais impeccable et m’invite à prendre un verre de thé. Ça fait pas une heure qu’on est au Pakistan et voilà que je goûte à l’hospitalité et au thé pakistanais, thé noir avec du lait, du sucre et de la cardamome. Pas mal comme entrée en matière. On retrouvera cet homme plusieurs fois avant notre départ. Il n’y a pas grand-chose à faire à Sost, les hommes passent et repassent toute l’après midi dans l’artère principale. Mais nous devenons la curiosité de la journée avec les 3 Japonais. Nous avions prévu d’aller dans la vallée de Chapurshan le lendemain matin. Mais nous apprenons, après avoir attendu en vain une voiture sensée venir nous chercher (la patience est un art qui doit s’acquérir rapidement dans ce pays), que la vallée est fermée en ce moment. Pas de bol, on voulait vraiment la visiter. Tant pis. On apprendra par la suite, qu’il semblerait qu’on ait trouvé des gisements d’hydrocarbures et que la vallée est temporairement fermée. Pas eu d’autres explications ou de confirmations. On se dirige alors vers Passu. On se pose au Passu Inn, bien mais spartiate. On a vraiment la dalle. On se dirige vers un restau indiqué dans le LP et en chemin nous rencontrons Adnan, un jeune Ismaélien. Il nous parle de son village et nous invite à manger chez lui. Et là, on passe une journée fabuleuse. Sa mère nous prépare à manger, c’est délicieux, c’est copieux, c’est généreusement resservi. Nous discutons de tout, notamment de politique. On se rend compte du désamour entre les habitants du nord du pays et le président Zardari, qualifié de pourri, d’incompétent et qui n’aide pas sa population. Pourtant, les affiches du PPP (Pakistan Peoples Party) fleurissent dans la région. Son père arrive, parlant un anglais parfait. Adnan et un de ses amis nous amènent ensuite à un mariage ismaélien, puis nous nous prenons pour Indiana Jones dans le temple maudit traversant le pont où il manque une planche sur deux avant d’aller au lac de Passu et admirer le glacier. Passu est un véritable havre de paix, totalement délaissé par les touristes. Les rares de Sost ont filé directement à Karimabad. C’est un oubli majeur à notre humble avis ! Pour continuer sa route, il faut à présent traverser le lac d’Atabad de 20km. Catastrophe naturelle survenue en janvier 2010. Pas de victimes car la montée des eaux a été progressive mais des villages ont été engloutis. Il faut maintenant 2h pour la traversée, devenue payante. C’est une catastrophe pour les habitants qui sont désormais coupés du reste du pays et ne se gênent pas pour critiquer les autorités (in)compétentes. Sur le bateau, nous dissertons sur les bienfaits du vin avec un vieil Ismaélien qui a pris sous son aile une Américaine et lui a fait découvrir les montagnes de Hunza. A la sortie du bateau, nous trouvons une jeep et nous rejoignons Karimabad. On s’installe au Hunza Inn, petit hôtel vraiment sympa, tenu par le père et les fils tous adorables. Karimabad est un vrai coin de paradis. On prend notre temps. On s’arrête, on discute, on se fait offrir de nombreuses tasses de thé. On se balade dans une ambiance paradisiaque. Il y a quelques boutiques intéressantes pour acheter des beaux tapis et des vêtements. C’est là que nous avons acheté nos shalwar kameez. Le Baltit Fort qui surplombe la vallée est vraiment à visiter, le village d’Altit est très joli. L’Ultar meadow est également superbe. Et la vue du Lady finger est sublime ! Pas évident à trouver, ne pas hésiter à demander de l’aide aux quelques bergers rencontrés sur la route. C’est d’ailleurs l’un d’entre eux qui nous a dit qu’il est guide de haute montagne mais que la chute du tourisme l’a contraint à retourner vivre ici et à devenir berger. C’est une constance dans le Nord : les Pakistanais souffrent de l’image déplorable véhiculée par leur pays. Tous les gens rencontrés dans le Nord (la plupart chiites), honnissent les talibans, sunnites. Certains se réjouissaient publiquement de la mort ou disparition de Ben Laden en nous conseillant d’être discret sur le sujet avec les sunnites. Ils ont tous été prévenants et bienveillants avec nous en nous montrant bien que le Pakistan n’est pas un pays de terroristes et qu’il ne faut pas confondre Pakistanais et taliban. Ces premiers jours pakistanais nous en ont rapidement convaincus ! La baisse du tourisme entre 2001 et 2007 a porté un coup d’arrêt au pays. Mais l’année 2007 a été fatale avec la prise de la vallée de Swat par les talibans, l’assaut de la mosquée rouge d’Islamabad et l’assassinat de Benazir Bhutto (dont les portraits ornent les murs des maisons). On a l’impression que le pays est resté figé à la fin des années 90, touristiquement parlant. C’est avec un pincement au cœur que nous quittons ce coin de paradis (malgré l’électricité plus souvent absente que présente) pour Gilgit. Il faut cependant prendre un minibus pour Aliabad et ensuite un bus pour Gilgit. La ville est totalement différente de ce qu’on a vu jusqu’à présent. Plus grande, plus grouillante, dynamique, beaucoup de barbus, de niquabs, même chez les enfants. Les militaires sont présents un peu partout car les tensions entre chiites et sunnites peuvent éclater brusquement. Nous retrouvons un des joailliers de Sost. Malgré ce qu’il dit, les affaires n’ont pas l’air de marcher, la plupart des boutiques de pierre sont fermées. Il nous fait un tour de la ville, nous présente ses amis qui viennent de tout le Pakistan. Notre hôtel est le Madina Guest House, avec un bon restau. Il est tenu par Yakoob un petit homme qui se met en quatre pour le client. Le reste du personnel est à l’avenant. Excellente adresse. Pour résumer, cette région est splendide, avec une population adorable, où le risque terroriste n’existe pas. Nous sommes totalement sous le charme et nous ne comprenons pas pourquoi sur la carte du ministère des affaires étrangères le nord est en rouge au même titre que les zones tribales. Enfin, si on est assez stupide pour écouter ces nazes là, on irait passer nos vacances uniquement au Luxembourg.
Merci aux lecteurs fidèles et leur patience (mais il faut en avoir pour aller au Pakistan !) à bientôt pour le Baltistan !
Guillaume | | | À: Wakhan · 6 septembre 2011 à 22:33 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 7 de 45 · Page 1 de 3 · 8 032 affichages · Partager on est patient, ne t'inquiète pas | | | À: Wakhan · 9 septembre 2011 à 23:40 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 8 de 45 · Page 1 de 3 · 7 987 affichages · Partager Baltistan
On se lève aux aurores pour attraper le bus de la compagnie K2 pour Skardu. Gilgit se réveille doucement sous nos yeux. Le trajet est long, difficile et mon estomac menace de me lâcher à plusieurs reprises. Il faut savoir que le minibus est rentabilisé au maximum et qu’on n’a pas tellement de place pour ne serait ce que lever le sourcil. Ce qui n’aide pas dans mon cas, malgré la gentillesse de quelques passagers (dont le sosie de Jean Marie Bigard) qui nous offrent du soda et des gâteaux. Les paysages traversés sont magnifiques, l’Indus nous offre des vues superbes. Skardu est une ville animée, pas désagréable, passage obligé pour s’aventurer plus en profondeur dans le Karakoram. Deux chemins sont envisageables, la vallée de Shigar au Nord ou la Shyok à l’Est. Nous choisissons la seconde afin de relier Hushé et de faire le trek du Humbrock. Le satpara lake est très beau mais la construction d’un barrage menace sa préservation. Tout près, subsistent des gravures de bouddhas du VIIème siècle, parfaitement conservés, qui détonnent ici. En attendant, on s’installe au Dewan e khas, conseillé par le personnel de Gilgit. C’est un autre standing, plus cher, mais le Baltistan l’est obligatoirement à cause de son enclavement. Mais l’hôtel est le plus confortable de ce qu’on a eu et qu’on aura. Un personnel très bien parlant un très bon anglais et prodiguant de bons conseils. Le restaurant est bon et accueille pas mal de randonneurs qui font uniquement le trek du Concordia mais finalement ne voient que les montagnes, les glaciers et rien du pays en lui-même. En ça le Baltistan est relativement épargné de la pénurie de touristes du reste du pays. La route continue ensuite vers Khaplu, le long de la Shyok, affluent de l’Indus. Comme d’habitude, on fait des rencontres dans le bus et un jeune ingénieur nous fait le tour de la ville. Je ne sais pas si c’est à cause de la fatigue, mais nous n’avons pas tellement apprécié le coin, malgré les jolies mosquées, le fort et le système d’irrigation des villages au dessus de Khaplu. Les habitants nous ont un peu saoulés, des enfants nous ont jeté des graviers probablement car nous ne leur avions pas donné d’argent. Et notre connaissance qui commençait à devenir collant. Bref une journée contrastée. L’hôtel, le Karakoram Lodge n’était vraiment pas terrible avec un restau médiocre. Le lendemain fut nettement meilleur, la (re)découverte des villages au dessus de Khaplu nous a permis de découvrir des coins charmants, de discuter avec des gens, notamment un flic en civil qui nous avait repéré la veille. En fait, tout le monde nous avait déjà vus la veille... L’attraction de la semaine nous étions devenus ! Nous savions qu’une jeep passait par l’hôtel avant d’aller à Hushé. A l’intérieur nous rencontrons Taqi, guide de haute montagne avec qui nous discutons pendant tout le trajet. Il sera notre guide pour les trois jours suivants. Nous dormons chez lui, la maison la plus proche de l’école fondée par le Central Asia Institut de Greg Mortensen, l’auteur de trois tasses de thé.Nous partons donc faire un trek de trois jours à l’ouest de Hushé, le Humbrock. Nous ne sommes par des trekkeurs confirmés. Le LP indique que ce trek est « easy » comme l’Ultar me parait gonflé et irréaliste! Un guide est obligatoire ne serait ce que pour escalader la montagne qui nous permet de voir la chaine du Karakoram. Le spectacle est grandiose si le temps est favorable, nous avons des vues magnifiques sur les pics les plus proches ainsi qu’au loin le Broad Peak et le K2. Le hameau Humbrock sert de base pour femmes et enfants s’occupant des vaches qui paissent sur les hauteurs. Les garçons, curieux, viennent discuter et danser autour de nous tandis que les filles plus réservées se laissent apprivoiser doucement. Par contre, si des filles viennent à votre tente et vous offrent du lait chaud directement du pis de la vache, trouvez une parade sans les vexer. Nous l’avons bu et nous avons été malades toute la nuit ! Le trek du Humbrock a été une expérience extraordinaire pour plusieurs raisons : le trek en lui-même, l’immersion dans un coin vraiment reculé du Pakistan et Taqi, un homme merveilleux, qui sans éducation, parlait bien anglais et était avide de connaissances. Le dernier soir, chez lui il avait invité des amis, dont son mentor et nous avons longuement parlé, notamment de religion. Si les Baltis sont majoritairement chiites, les habitants de Hushé sont soufis. Il y a une tolérance chez ces villageois là, ceux qu’on a rencontrés du moins, qui contraste avec les discours de certains hommes dits civilisés de toute religion. Le retour à Khaplu, puis Skardu et enfin Gilgit est long et encore plus difficile car les effets du lait reviennent au pire des moments. Une journée de repos à Gilgit est nécessaire pour reprendre son souffle. Au Madina Guest House, une Allemande est malade depuis une semaine à cause d’une intoxication alimentaire survenue à Skardu. Yakoob nous prépare un riz, menthe, ultra citronné pas très bon mais efficace. Nous pouvons partir pour Chitral le lendemain ! | | | À: Wakhan · 9 septembre 2011 à 23:43 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 9 de 45 · Page 1 de 3 · 7 981 affichages · Partager Je viens de lire la discussion sur "enlèvement au Pakistan", il y a quand même des excités qui critiquent sans connaitre. Je vais pas intervenir sinon je vais m’énerver... | | | À: Wakhan · 10 septembre 2011 à 20:16 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 10 de 45 · Page 1 de 3 · 7 953 affichages · Partager La Khyber Pakhtunkhwa, et la politique pakistanaise
Allez hop, on continue le marathon du transport depuis Hushé pour enfin se reposer à Chitral. Mais pour cela, il faut passer par la case « comment rallier Gilgit à Mastuj (même pas 250km) en 13h30 car 12h c’est trop court ? ». On attend un moment sous la flotte, on nous refile des places qui n’existent pas, on nous fait asseoir au fond où les sièges sont trempés. On retourne au local où le vendeur nous dit de nous asseoir où on veut. On se fait engueuler par le contrôleur qui nous dit d’aller au fond et se frite avec le vendeur qui prend notre défense ! Ambiance. Finalement tout le monde se calme, heureusement car il y a du boulot pour la journée. C’est un bus public qui s’arrête toutes les 10mn au grand dam de certains passagers qui rouspètent. Ce à quoi le chauffeur répond « c’est un service public, je suis là pour ne laisser personne à quai ». Je ne parle pas l’urdu mais je suis à peu près sûr que ça voulait dire ça. Ou alors je fantasme un peu... Pour résumer, plus on s’enfonce dans l’Hindu Kush plus les paysages sont grandioses notamment le Shandur Pass qui ressemble à l’ Ecosse... Mais nous avons aussi vécu le pire, non à cause de l’estomac et des intestins, mais la musique... Nous avions mis 3,4 heures sur les 22h de route à apprécier plutôt à tolérer la musique tadjik il y a 2 ans. Là, ce n’est pas possible. Jusqu’à présent la musique urdu me sortait par les yeux mais c’était un doux châtiment comparé à la musique chitrali. Ca geint, ça pleure, ça gémit dans des chansons qui durent une éternité. Et en plus quand la même repasse en boucle pendant les deux dernières heures... J’avais beau mettre mon ipod à fond avec le peu de heavy metal qui se trouve dedans, la voix de Bruce Dikinson ne fait pas le poids.... Enfin bref, halte d’une nuit à Mastuj où des gens de l’hôtel Paradise viennent nous chercher. On négocie le prix et on demande une autre chambre. On mange bien et dodo ! Le lendemain, on choisit la mauvaise voiture qui crève 2 fois, de la même roue bien sûr, quand on ne gonfle pas sa roue de secours, voilà ce qui arrive ! On se pose donc plusieurs fois à boire du thé avec nos voisins de route, un Pendjabi et un Pachtoune. Et enfin Chitral ! L’hôtel est le city tower où nous sommes seuls. Le patron est aux petits oignons. L’hotel semble s’être figé à la fin des années 90, avec des plans et des posters touristiques défraichis. Chitral est difficile d’accès, si on exclut l’avion, qui est fréquemment annulé, les distances sont assez logues jusqu’à Gilgit ou Peshawar. La proximité avec l’Afghanistan n’est pas un atout. On s’attendait à un mini Peshawar mais force est de constater que ce n’est plus le cas. On a juste quelques années de retard. Les boutiques intéressantes touristiquement parlant ont fermé, 2 tapis (moches) afghans qui se battent en duel... Il faut dire que sur les quelques jours passés dans le coin, y compris les vallées kalash, nous n’avons vu qu’un japonais...Cependant la ville est vraiment à faire pour ses alentours et ses habitants. Bon, première étape, s’enregistrer auprès des autorités pour accéder aux vallées kalash. On ne trouve pas le bureau, on s’adresse à des hommes qui pour certains sont vraiment très beaux. Finalement, on s’approche d’une caserne militaire, on croyait que c’était le lieu recherché, on nous y fait rentrer pour nous en faire sortir de l’autre côté ! Un homme nous récupère, se moque des militaires et nous emmène chez les flics. C’est vrai que les soldats pakistanais rencontrés sont assez stupides, on comprend mieux leurs déboires dans leurs multiples guerres avec l’ Inde.... Au commissariat, il est midi on nous accueille avec des sourires car c’est l’heure du déjeuner. On nous dresse une table et on nous sert généreusement du riz et du mouton ! Génial ! Bon, une fois que les festivités sont terminées, on range tout y compris les sourires et on nous explique la situation, que les vallées kalash ça peut être dangereux, blabla et que deux policiers en uniformes et en armes vont nous escorter jusqu’à ce qu’on quitte le district de Chitral ! On le savait mais bon je n’ai jamais été fan ni des flics ni des armes... En fin d’après midi, on est abordé par un homme, Amin, d’une gentillesse rarement vue. Nous discutons, il nous invite à boire un thé à l’hôtel de ses amis. On fait la connaissance de quelques membres de la jet set chitrali. On passe là une soirée inoubliable à discuter autour d’un bon repas. Même si pour la première fois nous avons vu des femmes en burqua à Chitral, ce n’est pas une ville conservatrice pour autant : les hommes avec qui nous avons discuté sont tout à fait ouverts, boivent de l’alcool d’abricots kalash, parlent sans tabou de religion et de politique. Ils pensent que si le commissaire assigne des policiers aux touristes c’est pour protéger son poste, pour montrer qu’il agit et donc fait exprès de dramatiser la situation. Concernant Ben Laden, ils ne remettent pas en question sa présence à Abbotabad. Ils pensent même que le gouvernement était au courant de sa présence (les Baltis, eux croient que non), mais qu’il était protégé par l’armée. Après la plupart s’accorde sur le fait qu’il n’est surement pas mort mais emprisonné par les Américains. Mais finalement, Al Qaida leur importe peu, les talibans sont une menace beaucoup plus grande et plus visible pour les Pakistanais. Car si les deux organisations sont alliées, il faut quand même les dissocier. Une soirée mémorable en compagnie des ces Pakistanais qui pourraient paraître atypiquent mais en fait pas du tout. Quelques jours plus tard, grâce à Amin, nous rencontrons un élu local, principal soutien dans la région de Imran Khan, capitaine de l’équipe de cricket victorieuse de la coupe du monde en 92, et leader politique, un des favoris pour la prochaine présidentielle. Il est surnommé « the last chance of Pakistan ». A nouveau une soirée passionnante à parler de politique pakistanaise et d’avoir, non plus des critiques mais des propositions formelles pour redresser le pays, notamment et surtout par l’éducation « laïque ». Ce qui revient toujours c’est une critique plus ou moins acerbe des Etats-Unis, avec une condamnation unanime des drones qui tuent des talibans et surtout des innocents dont les familles trouveront automatiquement refuge dans l’islam radical. La Chine, elle, est vue comme une sœur protectrice qui n’a que des ambitions économiques et en RIEN politique. J’essaie de leur expliquer que ce n’est pas si rose et qu’à chaque apogée des dynasties que se soient les han, les Tang ou les Qing, les Chinois ont voulu contrôler l’ Asie Centrale et que ce ne sera pas différent aujourd’hui.
Bon après mes divagations, retournons à nos moutons, à savoir les vallées kalash. On souhaite aller à Rumbur, la vallée la traditionnelle. Pour cela, il faut aller à Ayun. Après une heure d’attente, on revoit nos plans et on se dirige à Bumburet. Nous visiterons Rumbur le lendemain. Les 2 sont différentes mais méritent d’être visitées. Bumburet est plus développée, plus grande, plus animée où les musulmans sont majoritaires. Mais il y a presque trop d’hôtels, et de boutiques tandis que Rumbur semble plus préservée avec des rues plus étroites et des maisons typiquement kalash. Le responsable (musulman) du Peace hotel (parfois trop curieux et qui devait être recadré) nous fait visiter les 2 régions et rencontrer des Kalash chez eux. C’est d’ailleurs amusant d’entendre les femmes se moquer des musulmans à cause du ramadan (qui venait de débuter). Nous avons eu de la chance car à Rumbur il y avait une fête où la plupart des Kalash des 3 vallées se retrouvaient. Il y avait également un enterrement donc nous avons pu voir 2 commémorations différentes en même lieu. Et évidemment les discussions avec les Kalash, qui ne croient qu’en un seul dieu, et ne croient plus à la légende de leur ascendance macédonienne. L’alcool d’abricot, coupé à l’eau (hérésie !!!) change du thé au lait. La rencontre avec la doyenne kalash restera un grand moment d’émotion.
Nous rentrons à Chitral, où l’avion devait partir pour Rawalpindi. Car comme je l’ai déjà expliqué, Peshawar pour un couple n’est, à l’heure actuelle, pas la meilleure des options. Finalement après deux annulations, nous prenons un taxi collectif qui doit nous amener à Dir, puis un autre pour Mardan et enfin pour Pindi. La route se fait sans incident jusqu’au lowari pass. En redescendant, un flic nous arrête et nous explique que nous ne devons pas être dans un taxi collectif car c’est trop dangereux contrairement à un bus. Il nous fait rentrer dans sa jeep rutilante avec 4 policiers armés d’AK47 et un commissaire de la sécurité de Dir. Nous passons 2 heures insolites avec eux et toujours à parler de nos vies, des leurs, du Pakistan et des talibans. Je le redis mais il ne faut pas confondre talibans et Al Qaida. Le commissaire nous demande si on aime ben Laden, après avoir répondu par la négative, je lui demande son point de vue : il me répond que c’est un « nice man » et que le terrorisme c’est d’autres pays. Mais à la vue d’une voiture suspecte, la tension monte : je l’entends dire « moudjahidin ». Il observe la voiture s’éloigner doucement...et reprend la conversation. Finalement, après plusieurs photos de groupes, il appelle un taxi de Mardan qui nous amène directement à Pindi. A noter que le district de Chitral et celui de Dir séparé par le lowari pass sont 2 entités totalement différentes. Les pins et les vertes contrées remplacent la caillasse, les calottes blanches se substituent au pakol et les pachtounes ultra religieux relayent les chitralis. J’aurai tellement voulu visiter le Pachtounistan, une prochaine fois j’espère avec l’Afghanistan en prime... pas avant quelques décennies...
A bientôt pour la dernière partie dans le Penjab.
Guillaume | | | À: Wakhan · 12 septembre 2011 à 22:05 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 11 de 45 · Page 1 de 3 · 7 108 affichages · Partager Merci énormément pour ces récits de voyage! Je comptais aller dans ce pays mais j'ai du y renoncer suite aux nombreuses pressions de mon entourage. C'est juste remit à plus tard :D
Ah, et pour les vacances au Luxembourg (cf: fin de ton 3ème post), je te le déconseille car, d'après le site du ministère des affaires étrangères, : "Le risque terroriste peut exister au Luxembourg comme dans tout pays de l’Union européenne siège d’une ou de plusieurs institutions communautaires." ( www.diplomatie.gouv.fr/...urg_12280/index.html ).
Bizarre que TF1 n'ait pas encore fait un sujet sur les terroristes Luxo.... | | | À: TheClem · 12 septembre 2011 à 22:31 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 12 de 45 · Page 1 de 3 · 7 101 affichages · Partager Merci énormément pour ces récits de voyage! Je comptais aller dans ce pays mais j'ai du y renoncer suite aux nombreuses pressions de mon entourage. C'est juste remit à plus tard :D
C'est vrai que l'entourage peut être particulièrement énervant dans ce cas là. On lui a dit merde sans le vexer plus qu'il ne l’était déjà. Mais c'est aussi particulièrement réjouissant qu’après lui avoir fait comprendre que "non, je peux décider par moi même", cet entourage revienne la queue basse, impressionné, mais surtout sans le dire, qu'un autre ait pu faire ce voyage qu'il n'osera jamais faire. | | | À: TheClem · 12 septembre 2011 à 22:32 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 13 de 45 · Page 1 de 3 · 7 098 affichages · Partager Ah, et pour les vacances au Luxembourg (cf: fin de ton 3ème post), je te le déconseille car, d'après le site du ministère des affaires étrangères, : "Le risque terroriste peut exister au Luxembourg comme dans tout pays de l’Union européenne siège d’une ou de plusieurs institutions communautaires." ( www.diplomatie.gouv.fr/...urg_12280/index.html ).
Bizarre que TF1 n'ait pas encore fait un sujet sur les terroristes Luxo....
Et Claude Guéant ne dit rien ??? Et dire que j'habite à 2 pas de ce pays de terroristes... | | | À: Wakhan · 21 septembre 2011 à 21:34 · Modifié le 24 sep. 2011 à 19:45 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 14 de 45 · Page 1 de 3 · 7 014 affichages · Partager Le Penjab, fin de parcours On arrive tard à Rawalpindi. On a fait le choix de s’y poser car la ville nous parait plus authentique et plus charmante que sa jumelle inversée, Islamabad. Quelle erreur. On fait le tour des hôtels qui nous claquent la porte les uns après les autres : pour tous les motifs possibles: mais le meilleur : « une chambre double ? Bien sûr. Pour deux hommes ? » Non, un couple, marié je précise. « Alors non ! » : c’est le Al Falah, pour en faire de la contre pub. Le Karman nous fait poireauter 45mn avant de nous dire que c’est niet. Finalement, quelqu’un nous indique le Paradise Inn, finalement correct mais que ce fut dur ! L’entrée en matière à Pindi contraste avec ce que nous avons eu avant ! Le lendemain matin, on saute dans un minibus pour Taxila. On trouve un taxi pour nous amener sur les différents sites très éloignés les uns des autres. Il y fait une chaleur et une moiteur terribles. Heureusement on peut acheter des boissons fraiches un peu partout. Le musée est très intéressant et les sites aux alentours sont passionnants pour les amateurs d’histoire. Pour ceux qui ne s’intéressent que peu à l’antiquité, je ne sais pas s’ils y trouveront leur compte. Par contre, et c’est la seule fois que nous l’avons vu, tous les gardiens des sites en plein air nous ont demandé un bakchich à la fin de la visite. Nous avons refusé car les sites sont tous payants ! Au musée, les photos sont interdites mais les guides arrondissent leur fin de mois en les autorisant contre pourliche. Mais ils vont amener ça délicatement en vous montrant ceux que les précédents touristes, vu qu’ils sont peu nombreux j’ai des doutes, lui ont déjà donné : 10$ ou 1000 rp. Ce qui fait un peu cher pour 3 photos ! Donnez-lui ce que vous voulez même si il s’en étonne en disant que c’est « very little » ! La visite de Rawalpindi fut assez décevante et le bazar également. Nous n’avons pas trouvé l’ambiance très sympathique, la ville pas très intéressante et les gens assez tendus. On ne s’y attarde pas : on fonce vers sa petite sœur futuriste et la grande mosquée Faisal. Islamabad n’a beau être qu’à 15km, il n’y a aucun rapport entre les deux villes: plus verte, plus douce, plus agréable à vivre, plus chaleureuse. Personne ne nous a parlé à Pindi, alors qu’autour de la mosquée Faisal, impressionnante, de nombreuses personnes sont venues taper la discute. Notamment un charpentier pashtoune tout content de poser avec nous avec un photographe officiel. OK, les quartiers résidentiels surveillés font plus penser à une ville fermée sur elle-même et l’absence de grand bazar ne donne pas l’impression d’être au Pakistan et pourtant la chaleur humaine est toujours là. De plus, le restaurant le Kaboul est vraiment succulent. Bref, Islamabad fut une excellente surprise comparée à la décevante Pindi. Nous rejoignons Lahore par train pour la dernière étape pakistanaise. Nous avons adoré cette ville. Dynamique, belle tout en étant sale, grouillante, riche culturellement, chaleureuse, vraiment un must du Pakistan même si certains touristes l’ont évitée. Le seul regret vient de l’hôtel, le fameux Regal Inn Internet. Il n’y avait personne à part 2 Japonais et Malik le proprio, qui, j’ai l’impression donne tout son charme au lieu, ne s’est jamais pointé. Le dernier soir, le toit a fui et nous avons changé de chambre de peur d’être noyés ! J’exagère presque... Ce fut le seul point négatif de la ville. Les visites historiques y furent nombreuses : la superbe mosquée Badshashi, celle perdue de Wazir Khan, le fort même si son état actuel laisse à désirer, les jardins de Shalimar ou le mausolée de Jahangir en périphérie et bien sûr le très beau musée de Lahore avec le canon de Kim juste en face. Mais ce que nous avons peut être préféré c’est la vieille ville de Lahore : un immense bazar labyrinthique. Ne pensez plus à rien, respirez un bon coup et sautez : vous ne serez pas déçus ! Des dizaines de ruelles, des centaines d’échoppes, des milliers de personnes, des rickshaws, des motos, des pousses pousses, des vélos partout qu’il faut éviter, laisser passer car ils ne s’arrêteront pas. Ne cherchez pas la perle rare dans les boutiques, c’est plastique et compagnie mais vous y trouverez bien plus : les habitants qui vous interpellent, vous offrent un coca, même en période de ramadan, discutent de tout et vous font sentir l’âme de cette ville passionnante. Alors bien sûr claustrophobe et agoraphobe s’abstenir. Cette plongée dans le cœur de la ville peut être éprouvante mais les découvertes de certaines mosquées quasi abandonnées au détour d’une ruelle permettent de se reposer. Nous quittons le Pakistan sous une pluie diluvienne, probablement triste de nous voir partir. Par contre, prévoir large pour rejoindre la frontière. Elle n’est qu’à 30km mais nous avons mis 3h pour y arriver. Les formalités douanières furent expédiées et nous sommes arrivés au moment où les Indiens bouclaient la frontière. Nous avons été très chanceux ! L’ Inde est un autre pays et un autre voyage, je n’en parlerai donc pas ici. L’ Inde est probablement un pays magnifique et je ne peux pas juger un pays voire un sous contient qu’avec Amritsar, Delhi et Agra mais quand même... Venant du Pakistan, l’ Inde et surtout les Indiens ne soutiennent pas la comparaison. Nous n’avons jamais retrouvé la chaleur, l’humanité et l’humilité des Pakistanais. Le Pakistan est vraiment un pays extraordinaire qui restera à jamais comme un de nos plus beaux souvenirs de voyage avec le Tadjikistan. Je remercie ceux qui sont allés jusqu’au bout de mes palabres. Si j’ai réussi à attirer la curiosité de quelques-uns, à inciter à découvrir ce pays génial et surtout à dédiaboliser ses habitants, j’en serai déjà heureux. Je reste à disposition pour répondre à vos questions et remarques.
Guillaume | | | À: Wakhan · 22 septembre 2011 à 17:50 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 15 de 45 · Page 1 de 3 · 6 992 affichages · Partager Merci à vous de ces récits passionnants, drôles et pleins d'enseignements à la fois de vos pérégrinations à travers le Pakistan !
J'y suis allée 4 fois, espère bien y retourner à nouveau In Châ Allah...
Surtout, je vous souhaite le meilleur pour votre séjour en Inde ! Si vous allez à Delhi, ne ratez pas le "Hazrat Nizamuddin Auliya" (il vous faudra sûrement insister pour qu'un taxi ou autre accepte de vous y amener...), extraordinaire centre/site religieux musulman (et chiite de mémoire) au fin fond de ruelles et d'impasses, où la ferveur religieuse est impressionnante, le tout au milieu de femmes qui papotent et de gosses qui courrent partout y compris sur les qq tombes qu'il renferme. Ce lieu est par ailleurs très célèbre pour la musique qawwalli (le père de Nusrat Fateh Ali Khan -- le pape de cette musique -- y a joué et enseigné avant la Partition et le transfert de cette famille d' Inde au Pakistan), donc avec un peu de chance vous aurez droit à un concert de cette merveilleuse musique.
Bonne chance à nouveau !
Claire
ps au sujet des hôtels au Pakistan : en dehors des grands hotels (chers, etc -- mais climatisés !!), on utilise surtout (yc pour des raisons de sécurité, ref. les attentats répétés dans les hôtels) les "guest-house", situés dans des villas privées, qui ont souvent bcp de charme, notamment à Islamabad. | | | À: Clarissa7 · 22 septembre 2011 à 23:10 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 16 de 45 · Page 1 de 3 · 6 893 affichages · Partager Bonsoir, j'ai du mal m'exprimer: je suis dejà rentré en France depuis presque un mois. J'ai terminé par une semaine en Inde, histoire de prendre l'avion à Delhi, vu que Aeroflot ne dessert pas le Pakistan (je suis arrivé à Urumqi). L' Inde était un peu la cerise sur le gateau et une mise en bouche pour un eventuel voyage futur. Je disais qu'avec le peu que j'ai vu de l' inde, le Pakistan est en tout point supérieur. Et qu'après un mois de calme et de gentillesse, la réalité indienne ne m'a pas convaincu d'y retourner (même si j'ai apprécié Delhi)... ou alors le Ladakh ! | | | À: Wakhan · 24 septembre 2011 à 20:09 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 17 de 45 · Page 1 de 3 · 6 861 affichages · Partager Je viens d'apprendre par une connaissance de Chitral que fin aout une attaque de talibans a eu lieu dans cette vallée si tranquille. Les infos different: selon lui, ce sont des talibans soutenus par l'Otan, pour d'autres seulement des talibans qui franchissent la frontière de plus en plus poreuse. C'est vraiment une nouvelle catastrophique si ces extrémistes s'implantent dans cette région si calme. Ses habitants ne le méritent pas, personne ne le méite d'ailleurs... J'ai l'impression que les prochaines années seront encore plus difficiles qu'elles ne le sont dejà pour les populations afghanes et pakistanaises. Le témoignage de Ilivic qui revient d'Afghanistan est clairement pessimiste sur l'avenir. Ceux qui vont dans la Khyber Pakhtunkhwa bientôt, renseignez vous bien avant d'y pénétrer: les choses changent si rapidement... ça respirait tellement la tranquillité début aout... ça me rend malade, j'aime tellement ce pays et ses habitants... | | | À: Wakhan · 24 septembre 2011 à 20:50 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 18 de 45 · Page 1 de 3 · 6 855 affichages · Partager bravo pour ton récit. tous les évenements dans cette région amènent à beaucoup de rétissences pour s'y rendre. les richesses de ce pays, pas de doute (humaines, culturelles etc). tu ne t'es pas senti en insécurité ? 
pour continuer la discussion sur ton périple en inde : c'est un pays merveilleux, il faut simplement sortir des grandes villes. il y a des régions où les touristes vont moins et où les contacts sont encore basées sur l'humain et pas l'argent. | | | À: Yemen · 25 septembre 2011 à 14:08 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 19 de 45 · Page 1 de 3 · 6 831 affichages · Partager ça m'a fait plaisir de raconter mon voyage et de me le remémorer ! Non, je ne me suis à aucun moment senti en insécurité. A Chitral, nous avions deux policiers qui nous escortaient mais tout le monde nous a dit que ça rentrait dans le cadre de la mégalomanie du commissaire qui tient à son poste. En cas de moindre souci, le plus minime soit il, touchant un touriste, il perdrait son poste. Donc on sécurise tout, même les endroits tranquilles ! Et Chitral était très tranquille. Enfin, début aout... Nous avons évité Peshawar car plusieurs locaux nous l'ont déconseillé. Mais sur notre parcours, nous n'avons eu aucun problème et nous n'avons jamais éprouvé la moindre crainte, même lorsque le bus roulait près du précipice. Jusqu'à aujourd'hui, mais les choses peuvent changer rapidement, les talibans au Pakistan, contrairement à l'Afghanistan, ne s'en prennent pas (encore ?) aux touristes. Ce sont les Baloutches au Sud qui sont les spécialistes ! Pays génial, habitants hyper accueillants avec les rares touristes. Informe toi avant de partir et fonce ! | | | À: Wakhan · 25 septembre 2011 à 14:32 Re: Carnet de voyage: Kashgar et nord Pakistan en été 2011 Message 20 de 45 · Page 1 de 3 · 6 116 affichages · Partager beau récit de voyage... effectivement, j'avais lu un article sur l'attaque des talibans sur un blog du Monde... voici l'article en question: sylvielasserre.blog.lemonde.fr/...talibans-aujo... mon rêve de voyager la Karakoram Highway envolé pour longtemps (?)... surtout beaucoup de courage pour les gens qui vivent là-bas! | Carnets similaires sur le Pakistan: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 5 641 visiteurs en ligne depuis une heure! |