Cinq comptines bozo
L'étymologie des verbes
compter et
conter est commune : le verbe latin
computare qui signifie "calculer, compter, lister, énumérer". Dans ce sens, un
conte n'est rien d'autre qu'un récit oral consistant de "rendre compte" des évènements passés, et ce de façon chronologique et séquentielle. Et le mot
comptine aussi peut se référer à cette origine. Le dictionnaire Larousse.fr donne la définition suivante : "
Formule que récitent les enfants pour déterminer, par le compte des syllabes, celui à qui un rôle sera dévolu dans leurs jeux." Les comptines, mélodiques et rythmiques, récitées ou chantées, comportent toujours une rime ou une assonance et accompagnent souvent un jeu ou un enchaînement de mouvements. Les comptines servent donc à désigner, (dé)partager, énumérer et éliminer, ou absolument parlant, elle sont surtout et avant tout là pour le plaisir.
Aujourd'hui, le terme de
comptine est utilisé par extension pour désigner des chansonnettes, des jeux de doigts, des jeux dansés, des rondes, des brefs poèmes, des formulettes aux sonorités étranges, des formules magiques, le premier apprentissage langagier etc. etc. Souvent, la comptine est la première "histoire" racontée à un enfant. La plupart d'elles sont très anciennes et – comme les dictons, les proverbes, les vieilles chansons, les contes, les devinettes ou les légendes aussi – transmises par la tradition orale, depuis des siècles de génération en génération. Les comptines n'ont pas de significations rationnelles, mais sont une jonglerie avec des mots choisis pour leur sonorité, avec des mots inventés, ou avec des onomatopées et allitérations..
Dans quasiment toutes les civilisations, les comptines sont bien connues et estimées par les enfants. Chez les
Bozo au
MALI également...
– en bozo-sorogaama :
– en français :
L’oiseau blancOiseau blanc, il ne faut pas défèquer
là où ma tante blanche lave ses habits.
Ma tante blanche, il ne faut pas laver tes habits
là où défèque l’oiseau blanc.
Morceau de troncUn morceau de tronc a soulevé mon oncle,
le tronc a pété.
Mon oncle a soulevé un tronc,
le tronc a pété.
Ma grand-mèreLa vieille peau de ma grand-mère,
la vieille corbeille de ma grand-mère,
tout est rempli
de graines de pastèque d’il y a deux ans.
La luneLa lune a dit un, je dis un.
La lune a dit deux, je dis deux.
La lune a dit trois, je dis trois.
La lune a dit quatre, je dis quatre.
La lune a dit cinq, je dis cinq.
La lune a dit six, je dis six.
La lune a dit sept, je dis sept.
La lune a dit huit, je dis huit.
La lune a dit neuf, je dis neuf.
La lune a dit dix, je dis dix.
Le cheval et mon oncleMon oncle a sauté.
Il a saisi les couilles du cheval.
Le cheval a sauté.
Mon oncle a saisi les couilles du cheval.
– traduction :
Kònu kuokònu – kuooiseau – blanc
L'oiseau blanc
Kònu kuo a main an kuokònu – kuo – a – main – an – kuooiseau – blanc – il – SBJnég – tu – défèquer
Oiseau blanc, il ne faut pas défèquer
N tòrò kuo juu nyèniguò nin – tòrò – kuo – juu – nyèni-guò – nima – tante – blanche – habit – laver-lieu – dans
là où ma tante blanche lave ses habits.
N tòrò kuo, a main juu nyènin – tòrò – kuo – a – main – juu – nyènima – tante – blanche – il – SBJnég – habit – laver
Ma tante blanche, il ne faut pas laver tes habits
Kònu kuo kuoguò ni.kònu – kuo – kuo-guò – nioiseau – blanc – défèquer-lieu – dans
là où défèque l’oiseau blanc.
Kundukundumorceau de tronc
Un morceau de tronc
Kundu n keu tienkundu – n – keu – tienmorc.d.tr. – mon – oncle – soulever
Un morceau de tronc a soulevé mon oncle
Kundu n tuonkundu – n – tuonmorc.d.tr. – PREF – péter
le tronc a pété
N keu kundu tienn – keu – kundu – tienmon – oncle – morc.d.tr. – soulever
Mon oncle a soulevé un tronc
Kundu n tuonkundu – n – tuonmorc.d.tr. – PREF – péter
le tronc a pété
N tatan – tatama – grand-mère
Ma grand-mère
N tata kuron siren – tata – kuron – sirema – grand-mère – peau – vieille
La vieille peau de ma grand-mère
N tata bara siren – tata – bara – sirema – grand-mère – corbeille – vieille
la vieille corbeille de ma grand-mère
A saan pataa – saan – patale – tout – être rempli
tout est rempli de
Sògòsa saarakuònsògòsa – saara-kuònil y a 2 ans – pastèque-graine
graines de pastèque d'il y a 2 ans
Kiukiulune
La lune
Kiu yo sana, n yo sanakiu – yo – sana – n – yo – sanalune – dire – 1 – je – dire – 1
La lune a dit 1, je dis 1
Kiu yo pende, n yo pendekiu – yo – pende – n – yo – pendelune – dire – 2 – je – dire – 2
La lune a dit 2, je dis 2
Kiu yo sige, n yo sigekiu – yo – sige – n – yo – sigelune – dire – 3 – je – dire – 3
La lune a dit 3, je dis 3
Kiu yo nata, n yo natakiu – yo – nata – n – yo – natalune – dire – 4 – je – dire – 4
La lune a dit 4, je dis 4
Kiu yo kòògò, n yo kòògòkiu – yo – kòògò – n – yo – kòògòlune – dire – 5 – je – dire – 5
La lune a dit 5, je dis 5
Kiu yo tuumin, n yo tuuminkiu – yo – tuumin – n – yo – tuuminlune – dire – 6 – je – dire – 6
La lune a dit 6, je dis 6
Kiu yo yeenin, n yo yeeninkiu – yo – yeenin – n – yo – yeeninlune – dire – 7– je – dire – 7
La lune a dit 7, je dis 7
Kiu yo seki, n yo sekikiu – yo – seki – n – yo – sekilune – dire – 8 – je – dire – 8
La lune a dit 8, je dis 8
Kiu yo kapi, n yo kapikiu – yo – kapi – n – yo – kapilune – dire – 9 – je – dire – 9
La lune a dit 9, je dis 9
Kiu yo tami, n yo tamikiu – yo – tami – n – yo – tamilune – dire – 10 – je – dire – 10
La lune a dit 10, je dis 10
Sie yen n keusie – yen – n – keucheval – et – mon – oncle
Le cheval et mon oncle
N keu ton – keu – to mon – oncle – sauter
Mon oncle a sauté
A sie tuò kuna – sie – tuò – kunil – cheval – verge – prendre
Il a saisi les couilles du cheval
Sie tosie – tocheval – sauter
Le cheval a sauté
N keu a tuò kunn – keu – a – tuò – kunmon – oncle – sa – verge – prendre
Mon oncle a saisi les couilles du cheval
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Abréviations : PREF = pronom réfléchi ; SBJnég = marque de prédication du subjonctif négatif.
(SIL Mali/gtz, Bamako)
Bonne lecture !
Hery