Cent autres devinettes bambara
(pour Anusara)
Bonjour Anusara,
un grand merci pour ta réponse (dans une autre discussion) qui fait plaisir. Et encore de bonnes nouvelles du
Mali, magnifique !
Voici cent autres devinettes bambara (pas encore présentées sur ce forum) :
1 :
Fa fila ani den fila bè du kelen kònò,
n’i y’u jate, u bè bèn mògò saba ma.
– O ye mòkè, fa ani mòden ye.
Deux pères et deux enfants vivent dans la même concession.
Quand tu les as comptés, ça fait trois personnes.
– Le grand-père, le père et le petit-fils (ou : la petite-fille).
2 :
N kònòna n kòfè.
– Dèsèkili don.
Je suis enceinte par derrière.
– C’est le mollet.
(note : ici,
kònò "ventre" a un emploi verbal, ce qui est très très rare, et veut dire "être enceinte" [
kònòna est la forme accomplie]. Dans cette devinette-ci, on compare la forme arrondie d’un mollet avec le ventre d’une femme enceinte. Donc, au sens figuré, le mollet est en cloque mais son ventre est en arrière tandis que le ventre de la femme enceinte est à l’avant. C’est l’idée ici.)
3 :
Don o don, musokòrònin bè taa
laharaka la.
– Jurufilen don.
Jour par jour, la petite vieille femme se rend
chez un habitant de l’autre monde.
– C’est la puisette.
(note : ici, la petite vieille femme recherchée est la puisette, c.à.d. le récipient en caoutchouc noir & la corde pour sortir de l’eau d’un puits.
Lahara, emprunté à l’arabe, veut dire "l’au-dela", c’est ici le fond du puits, et le suffixe dérivatif nominal -
ka veut dire "habitant de..." [p.ex.
Segu >
Seguka "Ségovien",
Parisi >
Parisika "Parisien"], donc "l’habitant de l’au-dela" ou le "défunt". Et jour par jour, les femmes laissent descendre la puisette au fond du puits pour puiser de l’eau.)
4 :
Musodennin dònkètò ye kònò ta.
– O ye jènè ye.
La jeune fille en dansant est tombée enceinte.
– C’est la quenouille/le fuseau (pour filer).
(note : pour filer le coton, les femmes se servent de toutes petites quenouilles : à mésure que le fil s’enroule, la quenouille prend de l’épaisseur, et s’arrondit. Et cela est produit par un jeu rapide des mains, qui est comparé ici à une danse. Linguistique : ici, "tomber/devenir enceinte", en bambara
ka kònò ta, est relaté litt. par "produire un ventre".)
5 :
N taara dugu kònò,
n taara a sòrò
musow bè ka denkunsigijan bamu.
– O ye kabaforo ye.
Je suis parti dans un village,
je suis parti trouver cela,
les femmes portent sur leur dos
des enfants aux cheveux longs.
– C’est le champ de maïs.
(note : bonne comparaison entre la foule des femmes qui portent des enfants sur le dos et le champ de maïs. Comme les épis de maïs sont portés et protégés par des feuilles, ainsi les enfants sur le dos de la mère. La "barbe" du maïs devient ici "les cheveux longs". Il n’est pas rare de voir, dans la vie courante, des fillettes s’amuser avec des poupées, qui ne sont rien d’autre que des épis de maïs, et qu’elles portent sur le dos à la manière d’une maman. Linguistique :
denkunsigijan se compose de
den-kun-sigi-jan < enfant-tête-poil-long.)
6 :
Dugu bèè kunsigi jè.
– O ye kòòriforo ye.
Toute sa terre, son sol a des cheveux blonds.
– C’est le champ de coton.
7 :
Sokòfècèfinba.
– O ye bo ye.
Le grand homme noir derrière la maison.
– C’est l’excrément.
(note : l’excrément fait partie de ces choses qu’on fait habituellement derrière la maison. Linguistique :
sokòfècèfinba se compose de
so-kòfè-cè-fin-ba < maison-derrière-homme-noir-suff.dér.augm.)
8 :
Su fè, n tun bè so kònò
n ye a ye
tile kèra fila ye kòlòn kònò.
– O ye kalo ni dolo ye.
La nuit, j’étais à la maison
et j’ai vu
que le soleil s’était doublé dans le puits.
– C’est la lune et les étoiles.
(note : quand on regarde dans le puits, on voit le reflet des astres. On dirait que le soleil s’est divisé en deux.)
9 :
N tora dugu kònò
ka n terikè saya mèn kungo kònò.
– O ye sisi ye.
Je suis resté dans mon village
et j’ai appris la mort de mon ami en brousse.
– C’est la fumée.
(en savane, même si l’on reste au village, on aperçoit au loin la fumée des feux de brousse.)
10 :
N ye sobilenman san
ka a bila so kònò,
yanni ka dugu jò
a kèra jèman ye.
– O ye bugurijè ye.
J’ai acheté un cheval rouge
et l’ai laissé à la maison,
avant que le jour ne se lève,
il est devenu blanc.
– C’est le cendre.
(note : la braise rouge que l’on laisse le soir dans le foyer blanchit durant la nuit.)
11 :
N taara n bèènkèso,
n taara a sòrò
n bèènkèsokaw o bè sèmè kogo la.
– O ye kolonkaladen ye.
Je suis parti chez mon oncle maternel,
et j’ai trouvé que
les gens sont appuyés contre le mur.
– Ce sont les pilons.
(note : en général, on ne laisse pas les pilons traîner par terre, mais on les adosse contre le mur.)
12 :
Dègèkun kelen, a ye baji duuru.
– O ye kalo ye.
Une seule boule de
dègè a troublé l’eau du fleuve.
– C’est la lune.
(note : le
dègè est une nourriture à base de mil, pilé non tamisé, légèrement passé à la vapeur, étendu d’eau ou de lait, et qu’on mange sous forme de boules. Ici la lune est comparée à une telle boule blanche et le ciel à l’eau d’un fleuve.)
13 :
Fèn dò bè n bolo,
ni n ye a kè ji kònò
buguri bè bò.
– O ye safinè ye.
J’ai une chose
quand je la mets dans l’eau
de la poussière en sort.
– C’est le savon.
(note : les bulles de savon !)
14 :
Fèn dò bè yen
a bè malamala i bè fò ko sanu
bari mògò si tè farinya ka maga a la.
– O ye sa ye.
Une chose est là-bas
elle brille, tu dirais de l’or
mais personne n’ose la toucher.
– C’est le serpent.
15 :
N taara n biranna na,
n ye foli kè
salen ye namuna.
– O ye furajalen ye.
Je suis parti dans ma belle-famille,
j’ai fait les salutations
un mort m’a répondu.
– C’est la feuille sèche.
(note : un bon nombre de devinettes commençent par "Je suis parti dans ma belle-famille". La réponse, pour chacune d’elles, représente symboliquement une qualité des beaux-parents. De toute évidence, il s’agit de relations particulières qui lient quelqu’un à ses beaux-parents.)
16 :
Ni n ka misigòrè donna o layòrò,
kelen bè yen
ni a donna
u bèè bè bò.
– O ye tigatolilen ye.
Quand mon troupeau de vaches
rentre dans le parc
une est là-bas,
quand elle entre,
toutes sortent.
– C’est l’arachide pourrie.
(linguistique :
tigatolilen se compose de
tiga-toli-len < arachide-pourrir-part.ac.)
17 :
N taara n biranna na,
u ye dalan di n ma
n wulitò
n kòlila ka a wuli.
– O ye dugukolo ye.
Je suis parti dans ma belle-famille,
ils m’ont donné une natte,
en me levant,
je ne suis pas arrivé à la lever.
– C’est la terre.
18 :
Sogo bè jiri kari
a tè sa.
– O ye ji ye.
Un animal casse l’arbre
il ne meurt pas.
– C’est l’eau.
(note : durant les tornades, l’eau ne cesse d’envahir les arbres... souvent ces derniers résistent.)
19 :
Jidaga fila bè nyògòn kòrò
dò ji tè don dò la.
– O ye nyèji ye.
Deux récipients sont près l’un de l’autre,
l’eau de l’un ne rentre pas dans l’autre.
– Ce sont les larmes.
20 :
Misibilen bè misifin lanòn.
– O ye tasuma ani daga ye.
Une vache rouge lèche une vache noire.
– C’est le feu et la marmite.
21 :
Cènin tè bèrè ye
a tògòramuru ka ca.
– O ye nèrèjiri ye.
Le petit homme ne vaut pas grand chose
ses couteaux de hanche sont nombreux.
– C’est le
nèrè.
(note : le
nèrè est un arbre dont les fruits forment de grandes gousses en forme de couteau allongé.)
22 :
Falatònin, a lamònna cè la.
– O ye nen ye.
L’orphélin a été élevé parmi les méchants.
– C’est la langue.
(note : les méchants ici sont les dents. Il s’agit ici probablement d’une allusion à la situation difficile de l’orphélin dans la société.)
23 :
An facè ye so san
ka a bila dugu kònò
mògò o mògò bè tèmèn.
– O ye bo ye.
Notre père a acheté un cheval
et l’a laissé au village
quiconque passe laisse de l’herbe pour lui.
– C’est l’excrément.
(note : il est des activités auxquelles personne ne peut se dérober ; on est bien obligé de passer par là !)
24 :
Fèn dò bè dugu kònò
hali faama yèrè tè se ka maga a la.
– O ye nyamanton ye.
Il y a une chose dans le village
même le chef ne peut y toucher.
– C’est le tas d’ordures.
(note : le tas d’ordures, dans la société traditionnelle, est un lieu à forte symbolique ; il est en lien avec la fécondité.)
25 :
N tagatò n bèènkèso
saya kumana n ye.
– O ye furabulujalan ye.
En partant chez om oncle maternel,
la mort m’a parlé.
– C’est la feuille sèche.
(note : ce sont les feuilles sèches qui craquent sous les pas ; ce bruit est comparé au langage d’un mort.)
26 :
Fènnyuman dò bè kungo la
nka a tè tòmò.
– O ye sa ye.
Une belle chose est dans la brousse
mais on ne la ramasse pas.
– C’est le serpent.
27 :
La o la, a bè lògò ci,
su fè, yanni ka to a ka yèrè ja,
a bè taa la bonda ra.
– Jele don.
Toujours elle casse le bois,
la nuit, au lieu de se chauffer elle-même,
elle part se coucher à la porte de la case.
– C’est la hache.
(note : n’est-il pas paradoxe que celui qui casse du bois ne mérite pas de se chauffer avec ce bois ?!)
28 :
Fènnin fila bè yen,
ka taa nyògòn fè sògòmada fo wulada,
u tè maga nyògòn na.
– O ye misiganw ye.
Deux petites choses sont là-bas,
elles partent ensemble du matin au soir,
elle ne se touchent pas.
– Ce sont les cornes des vaches.
29 :
La bè la bè sògòma, u tè a fò : i ni sògòma !
– O ye nyèden ye.
Jamais le matin ils ne disent bonjour !
– Ce sont les yeux.
30 :
Tuma o tuma a bè gese dan
nka a tè fini don.
– O ye ntalenntalen ye.
Toujours elle tisse du fil
mais elle ne met pas d’habit.
– C’est l’araignée.
31 :
Baarakèla tan bè n fè
u bè ko bèè kè ni n ye.
– O ye bolokònidennin ye.
J’ai dix travailleurs
ils font tout avec moi.
– Ce sont les doigts.
(note : liaison étroite de la main et de l’homme.)
32 :
Jiri dò bè yen
a tè den kè tile fè fo su fè.
– O ye kalo ni dolo ye.
Il y a un arbre
qui ne donne pas de fruit le jour mais la nuit.
– C’est la lune et les étoiles.
(note : la relation de la lune aux étoiles est vue comme une relation de filiation ; comme l’arbre produit des fruits, la lune produit des étoiles.)
33 :
Kulusijan jenina
ka to jalaba ra.
– O ye kungo ni siradennin ye.
Le grand pantalon a brûlé
sans la ceinture.
– C’est la brousse et le sentier.
(note : la brousse est comparée à un grand pantalon qui brûle lors des "feux de brousse" et le sentier qui parcourt la brousse est comparé à une ceinture que le feu ne peut atteindre.)
34 :
Sogo binna,
dugumògòw bè a bèè tigè la
tigèyòrò tè yen.
– O ye ji ye.
Le gibier est tombé,
les gens du village sont en train de le couper
il n’y a pas d’endroit pour couper.
– C’est l’eau.
(note : comme le gibier est partagé entre les gens du village, selon des modalités bien précises, ainsi l’eau est la chose de tout le monde, on se la partage mais on ne peut y trouver de trace de "coupure" !)
35 :
N taara n biranna na,
u ye bon di n ma,
da tè a la.
– O ye syèkili ye.
Je suis parti dans ma belle-famille,
ils m’ont donné une case
elle n’avait pas de porte.
– C’est l’œuf.
(note : donner une case à quelqu’un, c’est le recevoir dans le circuit des relations.)
36 :
N taara n biranna na,
u ye bon di n ma
da bè san fè.
– O ye marifa ye.
Je suis parti dans ma belle-famille,
ils m’ont donné une case
la porte était en haut.
– C’est le fusil.
(note : quand on pose son fusil, on le met souvent debout, de sorte que le canon est dirigé vers le haut.)
37 :
Cè dò ani a muso jòra sira kan,
sabanan bè yen,
a ma o ye.
– O ye muso kònòma ni cè kelen ye.
Un homme et sa femme sont debout sur la route
il y a un troisième
on ne le voit pas.
– C’est la femme enceinte et un homme.
38 :
Kòngò, a ye mògòw faga.
– O ye nugumaya ye.
La faim, elle a tué des gens.
– C’est l’excès de nourriture.
39 :
Muso bè n bolo,
a tè na
fo ni a sunògòra.
– O ye suko ye.
J’ai une femme,
elle ne vient que lorsque je dors.
– C’est le rêve.
40 :
N taara n biranna na,
u ye dalan da n nyè
kò ni nyè tè a ra.
– O ye jufa ye.
Je suis parti dans ma belle-famille,
ils ont couché une natte devant moi,
elle n’a pas de devant ni de derrière.
– C’est la pagaie.
41 :
N taara n biranna na,
u ye galamafadègè di n ma
ne ma se ka a dun.
– O ye foronto ye.
Je suis parti dans ma belle-famille,
ils m’ont donné une louche pleine de
dègè,
je n’ai pas pu le manger.
– C’est le piment.
(linguistique :
galamafadègè se compose de
galama-fa-dègè < louche-remplir-
dègè.
Galama est la louche ou le cuiller malien, fabriqué à partir du fruit coupé en deux du calebassier,
Lagenaria siceraria. Tout le monde le connaît.)
42 :
N ye n ka so boli
ka a boli, ka a boli,
a boli kojugu
a ye kònò ta.
– O ye gese ye.
J’ai fait courir mon cheval
et l’ai fait courir beaucoup,
il a pris du ventre.
– C’est le fil de chaîne.
43 :
Ne ye n ka so siri sirada la,
bèè tèmèntò u bè bin fili a kòrò.
– O ye jiridennen ye.
J’ai attaché mon cheval au bord de la route,
les passants ont jeté de l’herbe sous lui.
– C’est l’arbre fruitier.
44 :
N ye n ka muru ci ji kan,
a da karila,
n ye a ci fara kan,
a da ma kari.
– O ye ji ani syèsi ye.
J’ai frappé mon couteau sur l’eau,
son tranchant a cassé,
je l’ai frappé sur une pierre,
son tranchant n’a pas cassé.
– C’est l’eau et la plume de poule.
(note : en effet, si on frotte une plume de poule sur une pierre, elle garde sa forme ; mais si on la met dans l’eau, elle perd son contour habituel. Par son apparence, la plume est comparée à un couteau.)
45 :
Don o don, u bè taa nyògòn fè,
u tè maga nyògòn na.
– O ye binyè ye.
Jour par jour, elles partent ensemble,
elle ne se touchent pas.
– Ce sont les cornes.
46 :
N taara a biranna na,
n ye u bè sòrò jòlen senkònòninkunba kan.
– O ye kon ye.
Je suis parti dans ma belle-famille,
je les ai tous trouvés debout
sur le gros orteil.
– C’est la porte.
47 :
N taara n biranna na,
u ye kini di n ma,
ne ma se ka a dun.
– O ye foronto ye.
Je suis parti dans ma belle-famille,
ils m’ont donné du riz,
je n’ai pas pu le manger.
– C’est le piment.
(note : les devinettes 41 et 47 ont la même réponse, et le même contexte)
48 :
Warabilen bè jiri sanfè,
nka a bè tulon kè a ku la dugu ma.
– Tile don.
Le singe est en haut de l’arbre
et sa queue joue sur le sol.
– C’est le soleil.
49 :
Da fila bè tugu nyògòn fè,
u bè yèlèn nyògòn fè.
– O ye nyèwolo fila ye.
Les deux portes se ferment en même temps,
elles s’ouvrent en même temps.
– Ce sont les paupières.
(linguistique :
nyèwolo se compose de
nyè-wolo < œil-naître.)
50 :
N ye n ka sonin boli ka a boli,
n segintòla ma a sennò ye.
– Jikankurun don.
J’ai fait galoper mon petit cheval,
au retour plus une seule trace.
– C’est la pirogue (sur l’eau).
(linguistique :
jikankurun se compose de
ji-kan-kurun < eau-sur-pirogue.)
(à suivre)