bonjour Laura,
tu en as pour ta plume questionneuse jusqu'ici.. une vingtaine de réponses de toutes les couleurs.. tu as l'arc en ciel à la maison.
je te propose de raisonner de la façon suivante :
"les conditions matérielles déterminent nos vies et nos actions" KM
hypothèses :
- si on t'offrait ce voyage d'un an, je veux dire qu'on te donne 50 euros x 365 jours... (avions inclus), partirais tu dans la semaine ? réfléchis deux fois !
-si ce CDD dans ton job t'est proposé demain, partiras tu sans le signer ? là, tu as commencé de réfléchir..
rapide synthèse : l'argent nécessaire à ton voyage, tu ne le possèdes pas.. il te faut donc le gagner et c'est un préalable.
même si tu vis avec 20 euros par jour (impossible en
Australie, qui est très chère, comme l'île de La
Réunion d'ailleurs), j'estime à 50, voire parfois 60 euros, l'argent quotidien nécessaire au voyage dans de "bonnes conditions".
j'ai vu tant de jeunes, jusqu'à trente ans, voyager comme des gueux, se coucher tard et se lever tard et ne sachant même plus où diriger leurs pas le lendemain, que je ne souhaite jamais être comme eux une seule semaine par an.
des occidentaux qui mendient en
Inde et Asie, il y en a, ils sont la honte.. et ne récoltent presque rien tant ils sont déconsidérés. on n'aide que très peu les sots en Asie. on les laisse à leur destin.
En voyage, tu devras être autonome, cette autonomie t'apportera la liberté de tes choix mais aussi le plaisir quotidien de faire ceci ou cela. j'ai connu il y a longtemps un pays où tout était gratuit, il a disparu. j'étais enfant.
parfois sur l'étal du marchand il y a un sandwich basique et puis juste à coté un autre marqué "complet".. le prix passe de 2,50 à 4,00 euros : c'est partout pareil.. le plaisir de savourer de temps en temps le second n'existe que lorsque ta poche contient l'argent nécessaire.
donc TOUT se résume non pas dans la question "je pars ou pas", que tu poses très mal, mais plutôt dans le simple questionnement "ai-je l'argent pour vivre demain ? combien de temps ?.. sans travailler"..
Il est une seconde question que tu évites dans ton post "où vais-je aller ? quel programme détaillé ?" : tu rates là aussi ta cible et tu obliges tous tes interlocuteurs à établir des conjectures romantiques sur le blanc ou noir du oui ou non je pars ou pas, sans leur donner l'oxygène du où et du comment.. le où et le comment vont te conduire directement à ce self-questionnement "qu'est ce que j'aime dans la vie ?" qui est aussi crucial.
tu pourrais alors découvrir que tu aimes le shiatsu, la danse-jazz et la peinture sur soie, trois sujets qu'on pratique agréablement dans ta propre ville, à deux pas de chez toi..
mais il est vrai encore que si tu aimes les bières fraiches en terrasse, on en boit partout sur la planète.
Au fond, ton indécision immense doit rassurer tous ceux qui t'ont suggéré de rester, d'être patiente, d'agripper pour l'instant le solide (ce CDI que tu touches presque de la main-signature). Un aparté : lorsque tu auras signé, tu sais j'espère que ta patronne compte sur toi.. sur toi pour assurer au poil ton job-responsabilité d'éducatrice.. tu ne vas pas quand même signer puis partir dans les 15 mois, date limite de ton obtention du visa-jeunes australien ? non seulement ce ne serait pas correct, mais cette personne dirait de toi, comme un million d'autres patrons, à ton futur employeur, à ton retour "elle n'est pas fiable".. et ce retour, il se ferait le nez dans la poussière du chômage.
Tu pourrais me demander avec pertinence "qui es tu toi pour me parler ainsi ? qu'as tu fait ?"
Alors je te répondrai que dès l'instant où l'envie de voyager m'a pris à la gorge, vers 20 ans, j'ai d'abord terminé mes études, puis ai réglé mon service militaire au mieux, ai depuis ce moment travaillé et économisé sou par sou, me privant de tout, de la simple bière en terrasse jusqu'à de nouveaux vêtements, en passant par dix autres privations comme cinéma, musique. Je ne me suis accordé que quelques livres et la radio le soir.
Lorsque, trois ans plus tard j'ai fait un beau voyage de neuf mois, je savais exactement où poser mes pieds chaque semaine et j'ai fait une longue route, souvent magique. Magique parce j'en avais rêvé, qu'elle était sous mes pieds, réelle, que j'étais pour la première fois de ma vie libre et riche chaque jour de ce que je dépensais. Certaines personnes rencontrées en chemin m'ont vu autonome et... m'ont invité plusieurs fois à dormir chez elles, dans de somptueuses villas. Elles ne l'ont fait que parce que je paraissais riche.
La pauvreté n'est pas une fatalité, c'est un choix. un choix et un cul de sac d'enfer.
Tu vois donc que dans l'arc en ciel qui t'est proposé, je me rapproche davantage des couleurs qui te suggèrent de ne pas t'échapper, t'enfuir tête baissée. Je suis même un brin irrité de ceux qui ont déjà voyagé au long court et te disent de foncer.. sans te faire part de leur sagesse acquise sur leur route. Peut-être n'ont ils rien appris..
Par ailleurs, lorsque tu auras une expérience supplémentaire de ton travail, tu pourras la faire servir à l'étranger. ça pourra être payant.
Essaie enfin de ne pas demander d'avis à la cantonade. Adresse toi à une ou deux personnes proches et fiables, de bon conseil, ça t'obligera à soigner ta pensée. ça t'aidera.
Tu viens de lire l'avis de celui qui est parti plusieurs fois.. et qui a rencontré des voyageurs bien plus grands que lui-même, qui avaient tous un point commun : chaque seconde de leur vie était dans la
préparation de leurs voyages.
note bien : je n'ai pas abordé le sujet du retour, de l'atterrissage final.. une autre fois.