ATMANDOU (Reuters) - L'armée du
Népal doit se défaire de son passé royaliste et se préparer à absorber des combattants maoïstes pour cimenter l'accord de paix qui a mis fin à une guerre civile de dix ans, a déclaré à Reuters l'un des principaux dirigeants du mouvement communiste.
En vertu de l'accord de paix conclu en 2006, les maoïstes ont mis leurs armes sous les verrous, regroupé leurs combattants dans des camps supervisés par l'Onu et pris part à des élections. Ils sont sur le point de devenir le premier parti du pays et de prendre la tête d'un gouvernement de coalition.
L'intégration à l'armée régulière de leurs combattants désoeuvrés est un de leurs principaux défis à relever. L'armée népalaise résiste en effet à l'idée d'absorber ses anciens ennemis, recrues qu'elle juge "politiquement endoctrinées".
"Nous avons déjà décidé d'intégrer les deux armées et de créer une nouvelle force de sécurité. C'est l'essentiel de l'accord (de paix) jusqu'ici", a dit à Reuters Baburam Bhattarai, considéré comme "premier-ministrable", dans son bureau de
Katmandou orné de portrait de Lénine, Staline, Mao Zedong, Marx et Engels.
"L'armée était précédemment au service du roi. Maintenant, la monarchie est abolie", a-t-il poursuivi en notant que "tout le système d'Etat serait restructuré au sein de l'armée".
"De nouvelles autorités politique arrivent. L'armée doit suivre les nouvelles autorités politiques."
L'armée, elle, n'entend suivre que le manuel de recrutement officiel, faisant ainsi comprendre qu'elle n'accueillera pas de son plein gré des maoïstes en grand nombre.
"L'armée est une organisation apolitique, ce trait distinctif doit être respecté par tous les dépositaires d'enjeux", a dit à Reuters Ramindra Chhetri, porte-parole de l'armée. "Il existe des critères établis en vertu desquels tout Népalais peut concourir et être recruté selon ses mérites."
Pour Bhattarai, le plus urgent est toutefois la formation du gouvernement. Les résultats définitifs des législatives du 10 avril sont attendus cette semaine. Les maoïstes ont jusqu'ici obtenu 120 des 240 sièges attribués au suffrage direct et arrivent en tête des scrutins organisés à la proportionnelle.
"Le nouveau gouvernement sera formé d'ici trois semaines à un mois", a dit Bhattarai, ajoutant que sa première initiative serait de faire amender par les nouveaux élus la constitution intérimaire pour abolir la monarchie en place depuis 240 ans et jeter les bases d'une république.
Krittivas Mukherjee, version française Philippe Bas-Rabérin