Le Moré n'est pas du Bambara et n'est parlé qu'au Burkina. Le Dioula est du Bambara, la forme commerciale, la plus répandue, la plus usité mais assez différente. Effectivement Barka est un mot très répandu, probablement d'origine arabe.
Bonsoir,
voici ma réponse à vos – on ne veut le croire – "précisions" :
Monsieur, je suis très désolé mais si je lis vos "précisions", o la la, c'est quoi

...
et n'est parlé qu'au Burkina
NON, pas du tout. Lisez aussi le message de Tamakan. Le mooré est bien parlé dans la région limitrophe de la Rép. du Mali, pour être plus précis, au sud-est du Pays Dogon, dans les alentours de Koro, chef-lieu de cercle situé entre Bankass/Mali et
Ouahigouya/
Burkina Faso, mais aussi un peu plus au nord-est du Pays Dogon, à 100 kms au sud-est de Douentza. Le nombre de ses locuteurs se monte à 20–40.000 environ selon les indications de SIL Ethnologue (source authentique !!!) et aussi ULaval.
SIL Ethnologue Mali /
Burkina Faso (2007) :
(M)
Mòoré : 17,000 in Mali (1980). Dogon area, near Burkina Faso border; elsewhere. Alternate names: Mole, More, Moshi, Mossi. Classification: Niger-Congo, Atlantic-Congo, Volta-Congo, North, Gur, Central, Northern, Oti-Volta, Western, Northwest
(BF)
Mòoré : 5,000,000 in Burkina Faso. 15,700 Yana (1991). Population total all countries: 5,061,700. Central Ouagadougou area; widespread. Also in Benin, Côte d’Ivoire, Ghana, Mali, Senegal, Togo. Alternate names: Mole, Moose, More, Moshi, Mossi. Dialects: Saremdé, Taolendé, Yaadré, Ouagadougou, Yaande, Zaore (Joore), Yana (Yanga, Jaan). Yana dialect has over 90% intelligibility with the Ouagadougou dialect 75%–80% with the Joore dialect. Joore with Ouagadougou varies from 88% in Tibga to 95% in Diabo. Yanga is in Togo, completely intelligible with Central Mòoré. Classification: Niger-Congo, Atlantic-Congo, Volta-Congo, North, Gur, Central, Northern, Oti-Volta, Western, Northwest
A lire aussi :
SIL Ethnologue Mali (nouv. éd.) :
www.ethnologue.com/country/ML/languages
SIL Ethnologue
Burkina Faso (nouv. éd.) :
www.ethnologue.com/country/BF/languages
ULaval :
www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/mali.htm
Voici la carte :
Dans la concession où j’ai logé sans cesse pendant beaucoup d’années au nord du Delta Central (entre Mopti et Tombouctou), la première femme du
dutigi est Bambara, elle est originaire de Koro. Elle parle, comme langue troisième, le mooré (dans la cour, on parle premièrement le foulfouldé, la femme parle foulfouldé avec son mari mais bambara avec ses trois enfants). Son mari, le
dutigi même, est Dogon de Douentza, tout au nord du Pays Dogon, il ne maîtrise pas du tout le mooré. Cette langue gur n’est pas parlée dans les environs proches de Douentza.
Au Mali, le mooré est sans aucun doute une langue minoritaire. Principalement, le mooré est à repositionner au
Burkina Faso et le bambara au Mali, sans doute. Mais, en règle, une langue ne "s’intéresse" pas aux frontières nationales mais déborde...
Je me penche sur les langues maliennes (surtout les langues mandé, d'abord le bambara et le bozo, mais aussi les langues foulfouldé, sonraï et tamashek) et le Mali en général depuis plus de 20 ans et si je dis qu'on parle le mooré au Mali, c'est comme ça, croyez-moi... Je sais dont je parle et ne suis pas ici pour blablavarder...
probablement d'origine arabe
NON, pas probablement mais certainement.
Je m'étonne que vous n'êtes évidemment pas conscient du fait que même le français moderne a emprunté le mot arabe
baraka, dans votre langue maternelle synonyme pour "bonheur" et "chance".
Voici mon Petit Robert, vers. 2.0 (2001) :
baraka,
n.f.• 1903; mot
ar. « bénédiction »
+ Fam. « chance ».
« Vraiment, j'avais la baraka » (
Ferniot)
.
Du au fait que vous ne voulez pas me croire par principe (et je m'en fou), voici un autre lien :
historique.fracademic.com/1755/baraka
Le mot arabe
baraka provient donc de la famille de mots dont la racine est
b-r-k. Si l'on a des connaissances en arabe, on constate assez vite qu'il s'agit d'un mot arabe. D'ailleurs, vous connaissez le président américain. Oui, Barack Obama. Regardez le prénom ! Qu'est-ce que vous voyez ?! Voilà, vous voyez la racine b-r-k du mot arabe
baraka. En fait, Barack n'est rien d'autre que la forme américanisé du prénom arabe Baarak étant également un dérivé de cette famille de mots. De plus,
Muba (a)rak, qu'est-ce que vous voyez ?! Yeah, la racine b-r-k (
mu- est un préfixe qui n'appartient pas à la racine mais sert à "conjuguer" le verbe).
Mubaarak est une forme passive du verbe arabe
baraka "bénir". Donc,
Mubaarak est quelqu'un qu'"on a béni"... Et Obama est "le béni" ou "celui aimé de ses parents" ; je ne sais pas mais c'est bien probable que le président américain descende d'une famille musulmane.
En bambara,
barika (barka) veut dire "force, vigueur,
puissance ; faveur,
bénédiction,
remerciement [nom] ; devenir puissant, rendre puissant, renforcer, consolider ;
bénir [verbe]". Voici l'entrée dans le
Dictionnaire bambara-français de Charles Bailleul (1996 ; page 26) :
Et la formule
a barika (a barka) est, comme déjà dit, la formule habituelle utilisée pour les remerciements à la fin du repas (
dumuni). On ne quitte pas la place où l'on mange sans dire "merci". On l'écoute jour par jour et non seulement dans la communauté bambara. Dans la cour où j'ai logé longtemps et qui n'est pas du tout une cour bambara, on l'utilise jour par jour ; le fils de 6 ans doit faire le tour pour dire à chacun et chacune qui est "à table": "
A barka" et on lui répond par "
A barka Ala ye". Si vous voulez l'avoir en bambara, pas de problème, voici :
Le mot
barika est parmi les mots bambara empruntés à l'arabe un des plus utilisés (comme aussi
duniya "monde",
misiri "mosquée",
mori "marabout",
hakili "esprit, pensée",
Ala "Dieu",
bisimila "accueillir, souhaiter la bienvenue",
amiina "ainsi-soit-il!",
ayiwa "d'accord" etc. etc.), on le trouve dans toutes les langues parlées au Mali (je ne connais pas une seule où l'on ne l'utilise pas). Exemples :
en sénoufo :
bariga,
abaarigaen tamashek :
ebberrek "faire un pélérinage"
en kagoro :
barika "force"
en peul du Maasina :
barkeen bozo-sorogaama :
barke,
barka "merci"
en koyraciini (sonraï de Tombouctou) :
barkandi,
barrakundi;
barraku ni! "soyez le bienvenu!"
en tondi sonraïciini (au nord de Douentza) :
barke,
barkinè..
Juste le bambara a emprunté et intégré beaucoup de mots arabes, beaucoup, et souvent, ces innovations lexicales empruntées à cette langue sémite sont très très bien intégrées. De ce fait, la plupart de locuteurs bambara sont incapables aujourd'hui de déceler l'origine étrangère de ces termes. En outre, l'influence massive de l'arabe a abouti à faire oublier les vocables équivalents dans le bambara (et bien d'autres langues africaines). Et dans certains cas, l'adoption des mots arabes est si ancienne qu'un profane est incapable de soupçonner l'origine étrangère de ces mots. Tous les jours de la semaine sont des emprunts arabes, et non seulement en bambara mais aussi en haoussa, wolof, foulfouldé etc. etc. Beaucoup de prénoms ont une origine arabe. Le même vaut pour l'influence de l'islam sur les sociétés africaines et les rapports commerciaux entre l'Afrique et le monde arabo-musulman qui ont laissé des traces d'emprunts linguistiques, p.ex.
sugu "marché". Le mot
sugu, à écouter 500.000 fois par jour partout au Mali, est taaaaaaant bambara qu'on ne peut plus s'imaginer que son origine est bien arabe (< ar.
suuq). En général, les innovations lexicales à l'arabe se laissent grouper en deux domaines d'emprunt : religieux (
misiri "mosquée",
diinè "religion",
silamè "musulman" etc.) et profane (
sira "route",
faamu "comprendre",
sabara "chaussure",
jufa "poche" etc. etc.) ou, si vous voulez l'avoir en détail : en a) religion (
alijènè "paradis",
lahara "au-dela"), b) écriture, enseignement et éducation (
kalan "apprendre, enseigner",
bataki "lettre",
lahaala "information"), c) guerre, chevalerie (
jahadi "malheur, catastrophe",
marifa "fusil"), d) sentiments, qualités (
hakili "esprit, idée",
hami "souci",
hasidi "jaloux",
lafiya "calme, repos, paix"), e) commerce, échanges et mesures (
sugu "marché",
hakè "nombre"), f) éthique et morale (
dawula "gloire, prestige",
janfa "trahison"), g) cadre spatio-temporel (
waati "temps",
jamana "époque"), h) pouvoir, justice (
dalilu "droit, motif",
kiri "jugement, procès",
sariya "loi, code, justice"), et i) noms propres et toponymie (les prénoms
Abdu,
Barahima,
Bubakar,
Mamadu,
Salif; les quartiers bamakois de
Hamudalayi, Darisalam,
Lafiyabugu,
Medina Kura,
Darawela, etc. etc.)
Il est à supposer que le transit Arabie-Mali se soit opéré par les commerçants soninké, les Wangara, ayant été les premiers à avoir assuré les relais entre l'Afrique de l'Ouest et le monde oriental et à travers deux langues : le soninké et le sonraï. Les Soninké ont été les premiers à être islamisés en Afrique de l'Ouest, les Sonraï les puissants de la région le long du
fleuve Niger, en contrôlant les deux grandes cités médiévales : Djenné et Tombouctou.
Le Dioula est du Bambara, la forme commerciale, la plus répandue, la plus usité mais assez différente.
"Le" dioula est "le" dioula et le bambara est le bambara. Et tous les deux appartiennent à un continuum dialectal dit "mandingue". Entre les différentes variantes mandingues, l'intercompréhension existe (non similitude, c.à.d. les Bambara de Ségu ne reconnaissent pas dans le dioula véhiculaire en
Côte d'Ivoire leurs propres parlers), à la différence de langues qui appartiennent à la même famille, le mandé, comme p.ex. le bozo, le busa ou le kpelle. C.à.d. un Bambara et un Khassonké ou un Kagoro peuvent se comprendre l'un à l'autre mais un Bambara ne peut absolument pas se mettre d'accord avec un Sorogo ou un Tie [tous les deux sont des Bozo qui parlent le sorogaama resp. le tieyaxo]. Impossible !)...
A proprement parler, "le" dioula n'existe même pas ! Il y a au moins trois, quatre dioula bien à distinguer. Ils ne sont pas du tout identiques... :
1. le dioula parlé dans les alentours de la ville de Sikasso (Mali)
2. le dioula parlé au
Burkina Faso3. le dioula de Kong parlé dans la région de Kong et Bondoukou (en
Côte d'Ivoire)
4. le dioula véhiculaire (
lingua franca) en
Côte d'Ivoire
"Ce" dioula dont vous parlez ici, c'est no.4, le dioula véhiculaire de la CdI : ce dioula est bien une langue véhiculaire et non une langue de "terroir" : une
lingua franca utilisée par un pourcentage important d'Ivoriens et de non-Ivoriens dans leurs rapports quotidiens. Ce dioula n'est ni un pidgin, encore moins un créole. Cependant, dans les villes, il arrive que des enfants apprennent le dioula pratiquement comme première langue ; comme dit, ce dioula n'est pas un parler de "terroir", il n'est pas non plus exactement la langue des parents : c'est le dioula de la rue, et c'est pour certains enfants, la langue la plus couramment pratiquée. Un phénomène donc : la langue première des enfants, à la limite, n'est plus celle des parents. Ou si vous voulez, pas véritablement une deuxième langue, mais plutôt une deuxième façon de parler. La limite entre le dioula et autres parlers mandingues, d'un point de vue sociolinguistique, est assez nette : l'image de la langue dioula, très généralement est négative, par contre, celles du maninka ou bambara ou autres parlers de terroir (mandingues), ne le sont pas. Enfin, quant à ce dioula, il y a de différentes expressions : dioula véhiculaire, dioula populaire, dioula de Côte-d'Ivoire, tagbusikan, dioula de marché, dioula de base... toutes ces expressions font référence à la même langue.
Du point de vue de la syntaxe et dans le système tonal, il y a peu de différences entre le dioula véhiculaire et le bambara, quant au système consonantique, il est légèrement modifié. Mais c'est évidemment au point de vue lexical que la différence entre le bambara et le dioula véh. est la plus nette. Le dioula a beaucoup emprunté, surtout au français, et cela même lorsqu'un terme mandingue ou bambara existait déjà. C'est très voyant pour les "mots-charnières" (parce que, comme, mais) qui sont passés en dioula commun malgré l'existence des correspondants mandingue (
sabu,
janko,
iko,
nka) ; c'est également le cas dans le vocabulaire courant : on utilse les vocables français "poche, pousser ou façon" au lieu de ses équivalents mandingues
jufa,
nyòni et
suguya. Il n'est pas rare de trouver dans une phrase dioula, dont l'ordre des termes reste spécifique, trois ou quatre mots français, adaptés ou non au phonétisme particulier de la langue emprunteuse. C'est impensable p.ex. en bambara ! Si l'on veut, on peut dire que le dioula véhiculaire soit une sorte de "bambara simplifié", peu étonnant, car il sert surtout comme moyen de communication interethnique. Et dû au fait que ce dioula a été bien répandu par les marchands mais aussi par les nombreux Bambara ayant fait le service dans les troupes de l'Afrique-Occidentale française. Dans ce sens, mais dans ce sens seulement, on pourrait dire que "ce" dioula est, comme vous dites, "du bambara"...
Perso, je n'aime pas le terme "langue commerciale" mais bon...
la plus répandue, la plus usité mais assez différente
Si vous le dites... mais cela se discute ! "Le" dioula est plus ou moins parlé en Côte-d'Ivoire, au
Burkina Faso et un peu au Sud/Est-Mali seulement. Par contre, le bambara, parlé d'abord par la communauté bambara (comme langue maternelle), la plus parlé au Mali d'ailleurs (comme langue maternelle et seconde), est la langue de la capitale malienne, la langue des tractations sur presque tous les marchés et du commerce ouest-africain. Cette langue est en outre la plus présente dans les médias maliens, dans les programmes d'alphabétisation et d'expérimentation de l'enseignement en langues nationales. Contrairement aux divers dioulas, le bambara est dans l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest,
l'une des langues les plus importantes, tant par le nombre de ses locuteurs (environ 12-15 millions ou même plus ???) que par son rôle véhiculaire (sur l'axe nord-sud : de la ville de Gao/Mali jusqu'au nord du Sierra Leone, et sur l'axe ouest-est : de la ville de
Tambacounda/
Sénégal jusqu'à
Ouagadougou/
Burkina Faso) et son dynamisme, lié aux importants mouvements migratoires vers le sud (
Guinée), au développement du commerce et des transports, à l'expansion de l'islam, et sans doute aussi – même si c'est difficile à mesurer le phénomène – au prestige historique et culturel de l'ancien Mali, dont les héros médiévaux, par le biais des médias et grâce aux griots et aux chanteurs d'aujourd'hui s'étant inspirés d'eux, sont de nos jours les hérauts d'une civilisation mandingue magnifiée et souvent un peu mystifiée.
De plus, vous semblez ne pas prendre en considération, au moins de façon suffisante, un fait qui est évident au Mali depuis une trentaine d'années : la bambarisation. Le bambara est la seule langue (avec le français) qui couvre l'ensemble du territoire national. L'usage du bambara comme seconde ou troisième langue se répand partout au Mali, particulièrement dans les villes petites et moyennes, pendant que les autres langues importantes du pays couvre surtout une contrée limitée : le foulfouldé dans le Delta central, le sonraï dans le grand Nord-Est, le soninké vers les frontières du
Sénégal et de la
Mauritanie, le maninka au sud de la capitale vers la frontière malienne-guinéenne. Cependant, le bambara progresse partout, même à Gao, le! bastion du sonraï, on écoute le bambara sur les marchés et est enseigné dans les cours d'écoles... Un fait important, d'autant plus que le sonraï constitue depuis des siècles la langue de communication au nord et est sans conteste le bastion de résistance le plus fort à la vague de bambarisation... Le bambara s'immisce progressivement comme un intermédiaire entre le français et les langues maternelles des Maliens. Il y a des journaux en bambara (
Kibaru,
Jèkabaara), et de nombreuses brochures et des livres ont été édités. Pour ce qui concerne les médias, environ la moitié des programmes de radio, et plusieurs émissions à la télé nationale sont en bambara. Cette même langue est devenue, en une vingtaine d'années, la langue "officieuse" de l'islam, de plus, on observe aussi que les discours politiques sont très souvent en bambara, comme le sont la chanson moderne et les films maliens...
Le terme "dioula" est vraiment très difficile...
Bonne soirée à vous, Hery