Ce matin, dans mon journal local...

Un petit entrepreneur genevois avait 150 000 francs à la Banque Cantonale de
Genève (BCGE). Sur la base d’un faux ordre de virement, la banque lui en a fait perdre 125 000. César Anzi, 60 ans, se bat depuis plus d’un an pour que l’établissement admette son erreur et lui rende cette somme. En vain. La banque ne se reconnaît aucune responsabilité dans cette affaire et nous fait savoir par l’intermédiaire de son porte-parole, Olivier Schaerrer, qu’elle ne fera pas de commentaire. César Anzi, lui, compte se battre jusqu’au Tribunal fédéral.
Le mystérieux homonymeLa
Tribune a déjà évoqué ce litige
(nos éditions du 8 décembre 2012) à un moment où une conciliation semblait possible. Entre-temps, l’enquête pénale menée par le Ministère public a donné des résultats qui semblent démontrer que l’établissement a vraiment été victime d’une entourloupe. Tout commence le 10 août 2011, lorsque la fille de César Anzi, qui travaille comme comptable dans la petite entreprise familiale de chauffage Ambrosio SA, se rend compte que 125 000 francs de leur compte à la
BCGE
ont été virés à la Kasikorn Bank de
Bangkok.
Personne n’avait donné d’ordre dans ce sens. Ses coups de fil affolés ont conduit la BCGE à prendre contact avec la Kasikorn Bank et à faire bloquer le compte en
Thaïlande. Mais 90 000 francs ont déjà été retirés. Comment une telle somme a-t-elle pu être virée du compte Ambrosio SA de la BCGE à un compte Ambrosio SA en
Thaïlande et la plus grande partie de l’argent empochée à
Bangkok le jour-même?
L’enquête n’est pas facile: «L’entraide avec la
Thaïlande n’est pas simple, indique le premier procureur Stéphane Grodecki, car la
Suisse ne dispose pas de traités avec ce pays.» Cet été pourtant, par l’intermédiaire d’une commission rogatoire, une partie du mystère a pu être éclaircie.
Le 18 juillet 2011, un Africain, muni vraisemblablement de faux papiers d’identité belges, s’est présenté à la Kasikorn Bank. Son prénom? Ambrosio. Son nom de famille? Sa. Le même intitulé que l’entreprise genevoise. Quel étrange hasard! L’homme n’a eu aucune peine à ouvrir un compte à son nom (Ambrosio Sa) et aucune difficulté, le 10 août suivant, à retirer 90 000 francs qui venaient d’être virés sur son compte par Ambrosio SA.
L’épisode de Monsieur Ambrosio Sa présente un aspect rocambolesque. Mais César Anzi ne trouve pas ça drôle. Surtout que la BCGE, tempête-t-il, ne veut même pas entreprendre les démarches nécessaires pour lui restituer les 35 000 francs bloqués en
Thaïlande. «Avant cette commission rogatoire, explique-t-il, la BCGE cherchait à dire que c’était moi-même qui avais ouvert ce compte là-bas. Maintenant, elle est bien obligée d’admettre qu’il s’agit d’une escroquerie.» Et de poursuivre, amer: «Les choses ont changé à la BCGE. Il y a quelques années, la banque a eu un doute sur un ordre de virement de 3000 francs et elle m’a tout de suite contacté. Comment se fait-il qu’en 2011, elle ne se pose aucune question au sujet d’un virement de 125 000 francs? Il y a un manque de sérieux et de diligence. Pas besoin d’avoir fait de hautes études pour le comprendre.»
Les paiements externalisésEn fait, ce qui a changé ces dernières années à la banque et que bien des clients ignorent, c’est que le trafic des paiements est externalisé et sous-traité à Bâle. C’est la société Swisscom it services sourcing AG (Sourcag) qui s’en occupe. Soit les ordres transitent par le conseiller au compte qui lui-même les envoie à Sourcag, soit cette dernière entité les reçoit directement. C’est probablement ce qui s’est passé dans le cas présent. La personne de Sourcag qui n’a pas suivi, de manière personnalisée, l’évolution du compte Ambrosio, ne pouvait pas percevoir d’emblée en quoi cet ordre de virement était insolite. «L’outsourcing coûte très certainement moins cher à la banque, constate Me Jean-François Marti, avocat de César Anzi. Elle réduit ainsi ses coûts, mais la sécurité du client diminue et le jour où il y a un problème, la BCGE s’en lave les mains! On veut gagner sur tous les tableaux.» Prochaine audience devant le Tribunal de première instance, le 29 novembre. (TDG)
Créé: 17.11.2013, 18h20