Bonjour,
Voici le (long) témoignage de mon compagnon et moi-même, rédigé par mon compagnon, au sujet de cette fameuse traversée.
Périple à bord du voyage
Tanger –
Barcelone (au lieu de
Tanger – Sète)
les 22, 23 & 24 avril 2016
Compagnie GNV
Nous sommes arrivés au port de
Tanger vendredi 22 avril 2016 vers 21h30 pour un embarquement initialement prévu à 23h (et départ à 3h du matin). Au guichet, on nous annonce que suite à un décès à bord du bateau, l'embarquement aura finalement lieu à 2h du matin, mais que l'horaire de départ ne sera pas modifié (3h donc). Avant de nous donner nos billets, on me fait signer (et bizarrement, pas à ma compagne) un papier incluant un scan de mon passeport et un texte indiquant que suite à des conditions météorologiques défectueuses (rien à voir avec l'histoire du décès!), l'embarquement n'aura lieu qu'à 2h, et que je m'engage en signant ce papier à ne pas poursuivre la compagnie GNV, notamment en cas de retard à l'arrivée.
Nous attendons en compagnie des quelques autres passagers piétons jusqu'à 2h, puis nous nous rendons dans la salle d'embarquement. Là, nous attendons encore environ une heure, puis un bus vient nous chercher afin de nous emmener dans une autre salle, dans laquelle nous attendons encore environ deux heures. Il est 5h du matin, et durant tout ce temps d'attente on ne nous donne bien sûr aucune information, si ce n'est, quand nous en demandons : « Il faut attendre que le bateau arrive... », ou « Il faut attendre que le bateau soit déchargé... ».
Enfin, un autre bus arrive et nous amène au pied du bateau. On contrôle nos passeports, puis plus rien. Nous attendons dans le froid, avec nos multiples bagages et nous regardons les véhicules qui sont en train de monter sur le bateau. Au bout d'un moment, nous manifestons notre mécontentement et surtout notre volonté de monter à bord après toute cette attente inexpliquée : puisque apparemment les gens avec véhicules le font, on ne voit pas pourquoi nous, les six piétons, ne pourrions le faire. Le « responsable » nous explique qu'il faut encore attendre quelques minutes car nos passeports doivent être contrôlés par d'autres membres du personnel. Nous attendons quelques minutes, puis comme il ne se passe toujours rien, nous retournons voir le responsable et nous l'accostons cette fois-ci avec un tout autre ton. Celui-ci écoute à peine nos plaintes et nous envoie clairement balader. Nous décidons alors de monter coûte que coûte sur le bateau. Nous empruntons donc le pont des voitures. Voyant notre détermination, les employés de la compagnie contrôlent rapidement nos papiers et nous laissent passer. Nous demandons où se trouve l'accès piétons et on nous répond en Italien (précisons que sur ce trajet reliant le
Maroc à la
France, la quasi-totalité des employés ne parlent ni Arabe ni Français) qu'il faut passer par le pont des voitures et prendre l’ascenseur qui, apparemment, n'est pas loin.
Nous sommes contraints à circuler dans des espaces très exigus entre les camions et voitures à l'arrêt, à slalomer pour ne pas glisser dans les tâches d'huile de vidange... Les grosses valises et les chariots à roulettes qui permettent de transporter les bagages n'ont même pas de place suffisante pour passer entre les véhicules. Finalement, nous trouvons un premier, puis un deuxième ascenseur qui ne répondent pas à nos appels. Fous de colère, nous posons nos sacs et je décide de retourner voir le responsable. Je le trouve au pied du bateau en train de siroter une bière et de discuter nonchalamment avec les employés. Je lui explique notre situation et en quoi je la considère comme intolérable, et la seule réponse que j'obtiens est « Je dois rester ici, je ne peux pas me rendre sur le parking dans le bateau, demandez à des employés qui s'y trouvent de vous aider... », puis voyant que je suis très énervé il s'en va sans me donner d'explication. Je retourne sur le bateau, demande l'aide d'un employé inoccupé pour qu'on nous indique le moyen de rejoindre enfin un espace adapté aux passagers. Il refuse. Je dois m'énerver pour qu'il se décide enfin à me suivre en traînant la patte (véridique) et à nous indiquer le moyen de monter à la réception. Ouf ! Il est 5h45.
Nous nous rendons à la réception pour retirer les clés de nos cabines. Nous apprenons au passage que nous avons réservé 2 cabines et non 2 lits, ce qui nous fait 8 lits à partager entre nous deux, sympa pour la facture. Je suis pourtant persuadé d'avoir bien suivi la procédure sur le site internet, mais bon passons, admettons que je me sois trompé (apparemment je ne suis pas le seul puisque nous avons rencontré un autre passager dans notre cas). Nous nous couchons vers 6h, au moment où le bateau démarre.
La journée du samedi 23 avril à bord se passe sans trop d'encombres, si l'on excepte le fait que le « contenu » du bateau est très différent de ce qu'annonçait la brochure : moins de points de restauration, ouverts seulement deux heures le midi, pas de bar, d'animations, etc... Ajoutons à ça les prix très élevés des produits de restauration (souvent de qualité médiocre), servis par des employés globalement désagréables. En début de soirée, nous remarquons que de nombreuses personnes sont attroupées face à la réception, ayant l'air de demander des explications. On apprendra le lendemain qu'à ce moment-là, des employés de GNV avaient annoncé sans donner plus de justification que le bateau n'arriverait probablement à Sète qu'à 22h le dimanche soir, soit avec une dizaine d'heures de retard, alors que le retard au départ n'était que de 4 heures et que les conditions météorologiques étaient très bonnes durant toute la journée du samedi.
Le dimanche 24 avril, nous apprenons en nous levant que l'arrivée à Sète est finalement prévue pour le lundi matin 6h, soit avec 18 heures de retard. Pourtant, les conditions météorologiques sont toujours au beau fixe... À bord, la tension monte, les passagers sont de plus en plus nombreux à exprimer leur mécontentement à la réception. Vers 15h, on nous annonce finalement (toujours sans aucune justification) qu'une escale supplémentaire est ajoutée à
Barcelone, que les passagers souhaitant descendre à
Barcelone en ont la possibilité, et que ceux souhaitant aller jusqu'à Sète pourront le faire, mais que le bateau n'y arrivera que lundi matin.
Nous arrivons au port de
Barcelone vers 16h, et nous (les piétons) sommes parmi les premiers à descendre du bateau. Un bus nous attend pour nous emmener à l'entrée du port duquel, nous dit-on, une navette sera disponible pour rejoindre le centre-ville. On attend, attend... Et le bus ne part pas. On demande à plusieurs reprises aux forces de l'ordre (guardia civil espagnole) présentes en nombre et au service de sécurité de GNV qui nous encadrent pourquoi le bus ne part pas. La réponse est toujours la même : « Il faut attendre que le capitaine du bateau donne son accord pour que vous puissiez partir... ». Au bout d'une heure, perdant patience, on demande à partir à pied. Idem, ça n'est pas possible. Les explications qu'on nous donne divergent : « le capitaine n'a toujours pas donné son autorisation » ou « il faut attendre l'accord de la police ». Pendant ce temps, les voitures ne descendent pas non plus du bateau, puisque le propriétaire d'une voiture située en première ligne refuse de bouger son véhicule, ce qui bloque de facto tous les autres. La tension monte au sein des passagers, entre ceux qui souhaitent descendre leur véhicule à
Barcelone et ceux qui préfèrent attendre la fin du voyage jusqu'à Sète. Une bagarre éclate, la vitre d'un véhicule est brisée... Au bout d'un moment, les employés de la compagnie (et non la
guardia civil espagnole qui regarde, impassible, ce qui se déroule) séparent les deux camps.
Finalement, notre bus part vers 18h et nous amène effectivement à l'entrée du port. Évidemment, pas de navette et nous devons quitter le port par nos propres moyens (à savoir nos pieds) toujours chargés de nos bagages. Mais nous sommes malgré tout soulagés d'être délivrés de cet enfer, car pendant ce temps, les passagers avec véhicule sont toujours bloqués.
Entre temps, il nous a fallu annuler notre covoiturage qui était prévu depuis Sète (qui ne nous a pas été intégralement remboursé puisque nous avons été contraints de l'annuler le jour même) et en réserver un autre depuis
Barcelone (beaucoup plus cher forcément, la distance à notre domicile étant plus importante de 330 km). Nous n'avons reçu aucun dédommagement de la compagnie, ni aucune explication.