Devmukh · 15 avril 2019 à 7:54 · 13 photos 5 messages · 1 participant · 519 affichages | | | | 15 avril 2019 à 7:54 Message 1 de 5 · 519 affichages · Partager 07/08 avril 2019 Milngavie-Drymen 23 kilomètres HIGHLAND WAY- ÉCOSSE-
Le hall numéro trois de l'aérogare est plein à craquer de files d'attentes pour les prochains vols. N'en déplaise à ces fichus zadistes, l'aéroport de Nantes est de plus en plus fréquenté et les vols et les destinations augmentent en conséquence. Le temps où nous attendions avec Cécile dans le hall et son espace ouvert est révolu. Société de loisir ouverte à tous, chacun se presse vers les pays phares du grand tourisme : Marrakeh, Athènes, Bilbao, Lisbonne, et...Édimbourgh où je me rends pour un trek de sept jours sur le Highland Way. Celui-ci traverse les Highlands de Milngavie à Fort Wiliam sur cent soixante kilomètres. De grandes étapes, ponctuées tantôt de vingt, vingt cinq ou trente kilomètres chacune. Mais avant de fouler les terres Écossaises, je dois me plier aux formalités de passage qui prennent un temps fou et qui vous font regretter un temps où traverser les frontières s'effectuait sans autre formalité que celle de vous souhaiter la bienvenue. C'est devenu pour les grands voyageurs un véritable casse tête administratif qui frôle l'obsession tant les contrôles sont devenu pointilleux et complexes. On impose en fait à quatre vingt dix huit pour cent de touristes des exigences dont on se demande où est la vraie pertinence. Je termine une dernière remarque en engeulant un gamin qui regarde son portable assis sur sa valise dans la file d'embarquement et qui n'avance pas tellement il reste scotché à son smartphone. Dont d'ailleurs tant de gens s'accrochent à leur écran plutôt que de regarder un environnement nouveau, des rotations d'avions, des visages inconnus ou attirant, une mère qui s'énerve après ses enfants, un couple qui s'enlace avant le départ, un autre qui la main dans la main s'engouffrent dans un taxi, et tous ces petits moments précieux et fugace dont le voyage nous nourrit et nous sort de nous même. J'arrive à Milngavie en fin de journée, légèrement groggy, après avoir essuyé les embouteillages quotidiens de Glasgow. Petite ville à taille humaine, cette bourgade du Sterling est la marque de départ du Highland Way, sentier créé en mille neuf cent quatre vingt. Plusieurs formules sont possibles pour la traversée complète du parcours : huit, dix, voir cinq jours. Je me situe un peu avant sur la durée, sautant une étape et comptant sur mon endurance au long terme. Je n'aurais pas mes dix huit kilos sur le dos puisque j'ai choisi un portage du non indispensable vers mes hébergements. Fini le temps du calvaire sur le dos !. Quelques gouttes matinales n'entament pas ma bonne humeur Ecossaise et j'entame le sentier après avoir quitté les faubourgs de la ville. Landes, ruisseaux aux eaux noirâtres et tourbées illustrent mes premiers paysages. Ils cèdent plus loin aux premier sommets arrondis et prés où moutons et agneaux broutent tout en se prélassant sur les herbes vertes pistache. Le sentier est bien balisé et les premières heures de marche sans grand dénivelé m'offrent la découverte et la primeur des paysages des Highlands. Un, deux, trois, et quelques randonneurs suivent le tracé au losange où chacun marche à son rythme. Les pensées habituelles de début de voyage s'inscrivent ponctuellement. Celles qu'on porte en soi de part les jours qui précèdent le départ. On se trimballe les soucis du quotidien, on ressasse les dernières tracasseries du boulot, et puis, lorsque le regard se porte au loin, on commence à oublier. On voit peu à peu se voiler les attitudes et les postures prises, puis, on en vient subtilement mais perceptiblement à s'oublier et à jeter sur le bas côté cet habit si lourd du Soi que l'on porte. Toujours avec moi ces mots de Nicolas Bouvier : Il faut que le voyage vous sorte de vous même, sinon, ça n'en est pas un. 
Mercredi 10 aveil Drymen-Rowardennan 26 kilomètres
Un aperçu de l'étape qui m'attends dans deux jours et qui fait trente kilomètres. Celle d'aujourd'hui m'accroche les semelles sur la fin du parcours, mais la résistance commence à s'inscrire dans le corps, et même si les vieilles douleurs se rappellent parfois à mon souvenir, je retrouve mon rythme de marche familier. C'est dans l'ascension du Conic Hill que je vois que je ne suis pas le dernier arrivé et le sommet m'offre sa récompense par une vue ouverte sur le Loch Lommond (Loch : lac) et les Highlands au Nord. Quelques cîmes sont encore enneigées et le ciel est d'un bleu azur effronté. Mon équipement de pluie reste dans mon sac et j'en regrette presque d'avoir laissé la crème solaire sur l'étagère de la maison Bretonne. Descente vers le lac où j'observe que le côté Nord est plus abrupte dans son ascension que l'autre versant. Quelques compatriotes se font remarquer en aboyant plus fort et sans discrétion et je me fais un clin d'oeil au passage des touristes qui peinent à la montée, chaussé souvent de piètres baskets inadaptées pour ce genre de terrain. De plus jeunes se lancent vaillament, attendons le sommet pour y confirmer l'enthousiasme des premiers pas. Je retrouve un peu plus loin un père et sa fille pas plus haute que trois pommes et qui ne doit pas avoir plus de huit ans. Elle marche avec entrain, tantôt soutenu par son père par la main, tantôt se dodelinant avec son petit sac à dos.Je la félicite en les doublant. Ils sont partis pour la totalité du Highland Way !. Grignoter un bout de quelque chose permets de se redonner un brin d'énergie quand la fatigue pèse. Même si un complet petit déjeuner Écossais comble mon estomac pour de longues heures : Haricots, champignons, bacon, boudin noir, tomates, galette de pomme de terre et saucisse. Le tout arrosé de thé Anglais pas toujours de premier choix mais suffisamment revigorant pour affronter la lande Tourbée. Je fus bien tenté de bifurquer au moment où j'ai passé la Distillery de Glengoye, mais une dégustation aurait eu raison de mes jambes. Je réserve la détente pour le soir avec de bonnes bières et un verre de vin Argentin au nez de framboises et prune. Pour chasser la fatigue, je cherche d'autres pensées qui m'évite de regarder la carte. Je songe au temps qui passe, aux grands treks que j'ai réalisé au Canada, et aux années d'existence dont m'a gratifié cette vie. Chanceux ?. Je n'ose pas comparer et cela ne me parait pas la bonne manière de voir les choses. Chacun suit son chemin, parfois avec sa volonté propre, parfois selon son gré, et souvent de par vers soi, voir malgré soi. On a bien souvent le sentiment de gouverner sa vie, d'en faire ce que l'on pense le meilleur et le plus censé et d'avancer ansi, les jours, les années passant. Certains trouvent dans cet espace temps des écueils, des récompenses, des inattendus et des prévisions réalisées. Mais il semblerait que même si l'on a cru gouverner cet itinéraire, avait-on imaginé ne serait-ce qu'un instant ce qui nous arriverait, ce qui nous est arrivé ? Ainsi en est-il des évènements, des rencontres ou des ruptures qui nous façonnent et gravent en nous les rides de notre propre vie. Je ne connais pas ce que sera demain, le passé est déjà derrière moi, et ces milliers de pas évaporé sur les sentiers ne sont plus qu'un souvenir qui s'effacent doucement.
 Images attachées: | | | À: Devmukh · 15 avril 2019 à 8:20 Message 2 de 5 · 515 affichages · Partager Jeudi 11 avril Rowardenann-Inverarnan 27,5 kms
J'entame la matinée sur un rythme lent et laisse petit à petit les muscles se réchauffer. Le sentier suit les rives du Lac Lommond tout le long de mon parcours. Un léger givre blanchit les pelouses et le soleil pointe derrière les montagnes. Je marche côté Ouest et la fraîcheur m'enveloppe agréablement. Plus loin, la piste devient plus cahoteuse et caillouteuse, m'imposant de grandes enjambées et sauts entre les pierres. Le dénivelé total de ma carte est faux car il ne prends nullement en compte les innombrables montées et descentes sur ce tronçon. Je double un randonneur qui semble un peu plus âgé que moi et lui demande si c'est la première fois qu'il fait le Highland Way : " Yes, and the last, to much climb, i don't think that it was like that". Il est vrai qu'au bout de quatre heures, je commence à en avoir marre de jouer les bouquetins et mon attention commence à se disperser avec la fatigue. Je me méfie et baisse le rythme de mon pas, une cheville foulée ou un faux pas m'enverrait valdinguer plus bas sur les rochers. Je m'impose quelques pauses lorsque ma vigilance décline et médite quelques instants devant le miroir lisse des eaux reflétant les ombres des arbres. Il faut tout de même avancer car l'étape sera longue aujourd'hui encore. Les pensées vont et viennent, sans vraiment s'accrocher à un thème qui m'occuperait l'esprit, le temps de disperser la fatigue qui surgit subitement. Le regard se porte au loin, par delà les cîmes des Highlands où restent quelques névées et je mesure la chance d'être là, sous un soleil éclatant. Ce sentier doit être diablement humide par temps de pluie et les sensations toutes autres par mauvais temps. Parfois, je suis un randonneur (généralement jeune), et son rythme, et cette courte compagnie m'offre un moment de répit bienvenue quand le temps semble plus long. Mais il reste toujours le même, et c'est son contenu qui nous induit dans l'erreur et la croyance. Récemment, j'écoutais un scientifique évoquer ce après quoi l'on court bien trop souvent : le temps n'a pas de vitesse. Il est actuel et ne change que par notre perception volatile et également subjective. Il peut prendre une forme de longueur inouïe et nous imposer ses heures et ses heures d'attente où rien ne se passe. Et à l'inverse, nous faire passer à une vitesse inouïe ces meilleurs moments du vécu toujours trop court. J'intègre dans ces réflexions le fait qu'il y à quarante mille ans, cette partie du continent Européen était entièrement pris dans les glaces et je constate les stries du temps sur les roches imposantes et découpées tout au bord de la rive du lac. Là, l'échelle n'est plus la même et j'en retire bien des leçons quand à notre présence sur cette terre depuis que le premier homme est apparu : Homo Habilis, un mètre vingt cinq, marchant à peu près sur ses deux jambes. Puis, les millions d'années passées Cro Magnon nous laisse ensuite de superbes témoignages gravé et noircis sur les murs des grottes sombres et profondes. Un art emprunt de symboles et peut être accompagné de processions plus ou moins religieuses ou chamaniques. Six heures trente plus tard (après quarante mille ans !), il ne me reste plus que deux cent mètres pour atteindre mon hébergement. Là, m'attendent mon bagage principal et le réconfort d'une bonne restauration. Ma collation d'aujourd'hui fut un morceau de Cheddar et une pomme. Un thé au gingembre et ginseng coupera mon après midi et un autre Darjeeling à l'arrivée dans ma chambre. Bien épuisé, courbaturé et assoiffé.  Vendredi 12 avril Inverarnan-Tyndrum, 23 kilomètres
Les premières ampoules apparaissent après l'échauffement des précédentes et chaudes longues journées. Le Highland way l'été doit être assez éprouvant par temps estival. Hier soir, bière et dîner au pub de l'hôtel où l'ambiance joyeuse et tonitruante contraste avec nos restaurants feutrés. Les serveurs, deux grands gaillards en kilt et aux barbes soignés, montrent un grand professionnalisme, sans occulter un non moins subtil sens de l'humour dont malheureusement je ne comprends pas tout. Mais on rit bien et la bière coule de pinte en pinte. Après m'être restauré, je tente un premier essai d'endormissement sur mon lit et constate que le matelas est fait de gros ressorts bien fatigués. Je pose la couette par terre mais mes courbatures ne me font pas oublier la dureté du sol. Je reprends donc le chemin du lit et aux sons de mon voisin ronfleur, enfile mes bouchons pour une nuit que j'espère réparatrice. Trois polaires, un tee shirth, un bonnet, un gant, une fourchette de camping (ma fourchette, étourdis va !), une laisse de chien. Voilà tout ce qu'on perdu les randonneurs sur le sentier et qui restera surement là jusqu'à ce qu'une bonne âme ramasse ces objets définitivement égarés. Après le petit déjeuner, je converse avec un motard qui vient de se réchauffer et que je réconforte par quelques mots en posant ma main sur la poignée et lui demandant s'il n'avait pas de chauffage. C'est une moto sportive, donc pas de poignées chauffantes. Mais je sais pour l'avoir souvent expérimenté que lors des grandes routes en solitaire, quelques mots font souvent du bien avant de repartir affronter les éléments. Gros givre à nouveau ce matin mais le soleil pointe ses premiers rayons derrière la montagne. Je reviens à mes pensées et celles notamment concernant les téléphones. Loin de refuser totalement ce moyen de communication que j'utilise volontiers dans mes voyages, j'essaye à tout moment de ne pas avoir ce réflexe permanent qui consiste ou à tout photographier, ou d'appeler ou de recevoir pour un oui ou pour un non. Genre : " oui et ben, j'chu dans le train, y fait bô et j'ai pris un sandwich au jambon". J'essaye de garder mon regard pour maintes et maintes images que je grave dans ma mémoire. J'en oublie, mais ne regrette pas. Rechercher à tout prix à fixer dans son smartphone chaque moment, chaque paysage ou évènement, consiste plus à mon sens, une quête vers l'éternel et le permanent. Geste bien humain que de rechercher l'éternité et de vouloir en fixer son empreinte, mais rien ne peut se garder au delà du temps présent et qui nous file entre les doigts comme le sable à travers le vent. Et je regrette que concernant l'éducation des enfants, on ne limite pas cette utilisation extrême dont ils sont forcément capables vu qu'on ne leur pose aucun frein ni aucune règle. L'on voit ainsi des marmots qui voyagent d'un point à un autre sans jamais avoir levé le bout de leur nez ni observé le monde qui défile devant eux. Fixé et tétanisé par les images virtuelles et les jeux de toutes sortes, nos enfants entament une période de leur existence éloignée de toute curiosité vis à vis du monde qui les entoure. Mon étape gravit une forêt, après avoir longé les crêtes et la lande. La mousse est de couleur verte fluo et je m'attends à y voir sortir quelques lutins Écossais arborant leur kilts. Puis quelques heures plus tard, la descente vers Tyndrum commence. Moins de fatigue qu'hier et si quelques moments de courtes lassitudes se figent, je sens le rythme régulier de la marche prendre le pas. Cherchant la veille où me ravitailler, je tombe sur les fameux avis de Trip Advisor. Après avoir consulté quelques opinions pour le moins disparates, j'en viens à méditer sur les pertinences de ce que chacun y mets. De son grain de sel à parfois un assassinat prémédité d'adresse. Et quoi ? Si on quitte son doux nid quotidien, on ne peut trouver ailleurs et encore moins dans un pays étranger, les mêmes services, la même nourriture, le même lit que ce que l'on a l'habitude de côtoyer et de consommer chez soi. Alors, tout avis qui contredit cette évidence n'est qu'à prendre au second degré. J'arrive à Tyndrum au bout de cinq heures et demie avec vingt trois kilomètres affichés au compteur. J'achète quelques réserves de nourriture en prévision de ma longue étape de demain à la station du coin et rejoins mon logement prévu. Trois femmes sont à la réception et un homme au téléphone. Je sens l'embrouille. Après avoir raccroché, je comprends plus ou moins (toujours difficile pour les autochtones de comprendre que parler lentement est plus facile à comprendre pour un étranger, même si le dit étranger maitrise relativement bien la langue de Shaekspeare pour une utilisation au quotidien) qu'apparement ils ont eu hier soir un évènement qui fait qu'on ne peut que attendre au moins une heure pour l'arrivée de la responsable et du check in. Le bonhomme nous propose donc de nous installer dans la salle de petit déjeuner et de nous servir en thé ou café. J'aurais aimé poser mes affaires tout de suite, mais bon... J'y entame donc mon journal. À l'arrivée de la responsable une bonne heure après, je garde mon self control (!) et trouve une compensation en avançant l'heure du petit déjeuner d'une demie heure pour ma personne, demande vivement acceptée !. Demain, c'est ma plus grande étape : trente kilomètres, incluant un long passage en plein dans les Highlands, et sous les assauts du vent sur une route sans abri, dixit le topo de ma carte. Et au vu des kilomètres supplémentaires qui s'additionnent chaque jour en fin d'étape, je me figure me taper au moins trente cinq kilomètres. Alors, après avoir médité et m'être étiré dans ma chambre, je rejoins le petit village sous la fraicheur du soir. Je m'approche de plus en plus du Nord, et je le sens dans la température qui baisse progressivement au fil des jours.
  Images attachées: | | | À: Devmukh · 15 avril 2019 à 8:23 Message 3 de 5 · 513 affichages · Partager Sheeps Image attachée: | | | À: Devmukh · 16 avril 2019 à 6:15 Message 4 de 5 · 499 affichages · Partager Samedi 13 avril Tyndrum-Kings House 31 kilomètres
Et voilà la grande étape achevée, sept heures après avoir quitté Tyndrum, à mon rythme cadencé et une bonne moyenne de quatre kilomètres heure. J'emprunte une grande vallée entourée des montagnes coniques. Il fait frais mais le soleil pointe déjà derrière moi. Un peu plus tard, le vent d'Est se lève et rafraichit fortement l'atmosphère au point de ne pas avoir regretté cette fois ci d'avoir emporté la veste supplémentaire. Le vent me pousse et m'accompagne pendant deux bonnes heures jusqu'à Orchy Bridge, première bifurcation vers la deuxième partie de ma journée. Les montagnes sont superbes, arrondies et parfois couverte des dernières névées, trônant au dessus des filets de ruisseaux qui perlent le long des flancs escarpés. Je me dirige vers un col bas pour redescendre vers un vaste plateau entouré par un lac. Puis, emprunte la grande voie tracée dans les années dix huit cent et qui s'achève sur le village de Glencoe. C'est un no man's land total. Le long du sentier, la lande s'étends à perte de vue et les montagnes brodent leur crêtes tout au long du parcours. Le vent est omniprésent et il ne doit pas faire bon être là quand la pluie et la tempête balaye de leurs caprices le paysage des Highlands. La marche durant trois heures dans cette ambiance m'évoque ces longs moments de solitude où l'on peut oublier qui l'on est et presque d'où l'on vient. J'imagine des jours et des jours comme celui là, sans aucune âme qui vive à des milles et des milles, coupé des liens sociaux et économiques. Cela vous transforme. On apprends alors l'essentiel, happé par la nature qui d'abord vous violente, puis tente de vous séduire par les dons qu'elle prodigue. Je croise un groupe de Japonais en halte restauration. Toujours diablement équipés, en groupe et avec un confort de premier choix. Comme cet homme et je suppose son fils vu ce matin près de la station Bridge of Orchy, équipé de main de maître avec tout l'équipement requis propre et coloré pour affronter les terres Écossaises. Pour ma part, je commence à devenir légèrement encrassé, à commencer par mon pantalon gris qui change petit à petit de couleur et s'auréole de mon fessier quand après m'être assis sur les mousses, je constate que l'humidité a transpercé le tissus. Je n'ai pas encore changé de tee shirth depuis mon départ et franchement, les moutons que je croise régulièrement ne m'ont fait aucune réflexion.
Dimanche 14 avril King's House- Kinkloven 16 kilomètres
Autant hier j'ai marché au pas de "Tintin au Tibet", autant aujourd'hui c'est "on a marché sur la lune". J'adopte un rythme lent sous la fraicheur des montagnes du Nord. Quelques instants après, j'enfile mon rain coat Canadien qui s'est usé en Colombie Britannique, trois fois dans le Yukon et encore bien ailleurs, et reste toujours impeccable. Je sors les gants et continue le sentier avec toujours ce vent d'Est qui me pousse vers mon parcours. Pas de grosse distance aujourd'hui mais un bon dénivelé avec un col qui domine les vallées et la route principale fort fréquentée en ce week end ensoleillé. Je retrouve à plusieurs reprises mon groupe de Japonais, toujours bien mis et fringant, s'arrêtant pratiquement tout les quarts d'heure avec force et riche collation. Puis je les vois repartir, un peu chacun à son rythme, riant joyeusement en jonglant avec les cailloux. Je retrouve aussi quelques têtes connues maintenant entrevue au départ mais pas mon "papy" qui s'est peut être replié vers un forfait imprévu. J'entame une longue descente vers Kinlochleven et trouve porte close devant mon B&B.C'est dimanche et la bourgade est plutôt déserte. J'attends l'heure prévue d'ouverture vers quinze heure trente et patiente devant le torrent tout en pianotant mes premiers textes du jour. Hier, arrivé à King's House pour mon transfer vers mon logement, j'admire une collection de rutilantes Porshes, Aston Martin et Ferrari. Trois motards rudement équipé en combi. rutilante Tourratech, sur Tiger et BM, posent un instant devant le paysage. Un autre en duo avec sa moitié, sur une Kawasaki, projette son demi tour et paf ! Par terre la moto. Fichu manoeuvre qui en a surpris et fait rager plus d'un, y compris moi même. Heureusement, pas de gros dégats. Après m'être installé et avoir discuté un peu avec mes logeurs, elle Française, lui Anglais, je poursuis mes pensées quand aux différences de mode de vie rencontrées dans mes voyages. Oui, la France est un merveilleux pays, diversifié et culturellement très développé. Chaque point de vue du côté touristique s'auréole du toujours mieux ailleurs. Mais au travers de ces idées, si l'on creuse un peu et compare chaque chose égale, on trouve forcément des disparités. Celle du pays que l'on traverse, du mode de vie lié aux conditions climatiques, des habitudes sociales et culturelles, et des coutumes venant parfois des fins fonds des âges. Un bon observateur saura également imaginer sans peine les transpositions de ces habitudes locales aux siennes. Et les comparaisons se feront naturellement jour. Alors, j'ai pu mettre sur la table des ressentis mes convictions quand aux fortes différences entre notre pays et ceux que j'ai pu côtoyer. Le fruit de notre passé nous colle à la peau et nous empêche de nous libérer de ce fardeau bien plus pernicieux que l'on croit. Ensuite, fort de nos acquis sociaux, nous avons petit à petit pourri l'arbre sur lequel nous étions perché. Les fruits ont bien muri, nous en avons profité, puis abusé. La prochaine récolte s'avère compromise. À moins d'un sursaut où la culture de l'arbre serait remise à plat, ce à quoi je ne crois pas, la terre qui nous a si bien nourri est maintenant épuisée. La perversité d'aujourd'hui consiste à vouloir le fruit, mais sans le labeur derrière. Sans l'effort et la sueur nécéssaire à toute culture ainsi qu'aux aléas et caprices du temps (dans les deux sens du terme). Quoi que l'on veuille, quoi que l'on souhaite, l'échange est important et fait partie du mode humain. Ne pas vouloir accepter cela, c'est renier l 'effort, la volonté et nier une forme d'existence que l'on se doit d'honorer si le genre humain veut rester dans sa dignité originel. Dernière étape demain vers le terminus Fort William. Après six jours dans cette nature et ces grands espaces, j'augure la fin de mon périple avec émotion. Mais encore un jour, un soir, comme dit la chanson.... À demain. Images attachées: | | | À: Devmukh · 16 avril 2019 à 6:18 Message 5 de 5 · 497 affichages · Partager Lundi 15 avril Kinlochleven-Fort William 28 kilomètres - 06h30
Après avoir sué sous un soleil effronté, après avoir martelé, foulé et enjambé des milliers de pierres, après avoir essuyé les vents tourbillonnant et capricieux, s'être penché à de multiples occasions sur la carte, après s'être parfois emporté vers de légers doutes, s'être laissé griser par les heures et les heures de marche ininterrompue, voilà la fin du Highland Way. Hier soir, accueilli chaleureusement par un couple de Française et Anglais avec qui j'ai longuement conversé de nos spécificités, et comparées à celles Écossaises concernant les mode de vie, les possibilités d'intégration et d'accueil en matière d'immigration. Pas de nostalgie pour son pays de la part de Sarah avec qui je partage le merveilleux accueil des Écossais, leur professionnalisme et bienveillance. Mon étape débute par l'ascension d'un col puis pendant de longues heures et sous un vent cinglant, suit une ancienne route militaire carrossable sur plusieurs kilomètres. La grisaille du ciel se mêle au caractère désertique du parcours, secoué régulièrement par les bourrasques incessantes. Difficile de trouver un coin abrité pour se poser quelques instants. Je sens ce matin l'accumulation des fatigues des jours précédents sur mes jambes. Elles me portent difficilement et j'en viens à presque somnoler tout en marchant. Mes yeux se ferment et l'automatisme fonctionne. Mais pas les écueils rocailleux qui jonchent le sol. Alors il me faut bien sortir de ma léthargie et retrouver l'attention nécéssaire pour ne pas me fiche le nez par terre. Quelque part veille en moi une petite pincée de nostalgie après ces journées passées en pleine immersion dans cette nature sauvage. S'ajoute à cela une communion surement plus intense que lors d'un cheminement accompagné. L'autre comparse distrait, occupe et fait passer autrement les kilomètres ou les montées qui essouflent. À part de réguliers "good morning" et "Hello", ma conversation de randonneur s'arrête là. Je me suis d'ailleurs un peu énervé tout seul, puis sermonné pour relativiser le fait, mais j'ai croisé régulièrement un groupe de trois femmes dont on aurait dit qu'elles avaient une ficelle de rire qu'elles tiraient en permanence. Pas une phrase sans un "Ah ah ah ah ahhhhh"qui frise le tic nerveux. Je me remémorais à ces moments l'excellent film avec Jean Dujardin qui parodie James Bond de la même manière lors d'une descente d'avion. D'ailleurs, je trouve toujours ridicule les photos publicitaires où chacun est hilare et s'époumone en gloussements pour vanter chaque produit. Last way, so, après la traversée du no man's land où j'ai pris tout les vents possibles par babord, tribord, proue et quille et quiche, longue descente sur Fort William. Moins réjouissante car bordée de travaux forestiers où une coupe claire de pin laisse un paysage plutôt dévasté. Mon orteil devient douloureux et l'inflammation reprends après toutes ces heures. J'oublie mes petits tracas en tombant soudain face au Ben Nevis, sommet Écossais à mille trois cent quarante cinq mètres. Énorme masse dont une partie est encore enneigée. Je loupe le trajet de fin en rallongeant mes derniers pas, faute de signes clairs et distinct annonçant l'entrée dans la ville, et boucle cent soixante dix kilomètres. (cent quatre vingt quatre selon le podomètre Apple), en sept jours. Curieuse sensation de fin, comme si j'avais encore demain une autre étape à réaliser. Surement, il y en aura une autre, différente, et me conduisant vers d'autres chemins. Celui là vient tout juste de se réaliser et j'en garde précieusement les proches sensations, comme une gourmandise qu'on laisse fondre lentement sous le palais. Il y a dans ces Highlands une rudesse et une beauté qui s'entrechoquent en permanence, soulevées par le temps qui a façonné et gravé ces paysages tourmentés. Mais au détour d'un lac, au vu des premières fleurs de Printemps qui timidement éclosent au détour du sentier, le regard du marcheur se porte au loin et imagine ce que sera le prochain détour ou quel horizon se cache derrière le col. Pas après pas, il faudra attendre et savoir patienter pour savoir...
Fort William 15 avril 2019
Merci à tous pour avoir partagé ces textes. Paul
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