NEW DELHI (AP) - Au milieu de la jungle urbaine de la vieille ville de
Delhi, embouteillée par la circulation et où grouillent des foules de passants, un petit hôpital se distingue par les bruits qu'on y entend: gazouillis de moineaux, roucoulement de pigeons et cris de paons. Il accueille des milliers d'oiseaux blessés.
Dans le nord de l'
Inde
, cet établissement construit en terre cuite, situé dans l'enceinte du temple jaïn Digamber datant du XVIe siècle, est devenu un sanctuaire pour les volatiles en perdition.
Toutes les personnes trouvant des oiseaux blessés peuvent les amener dans cet hôpital où ils seront soignés. Tous les soins fournis par l'équipe de vétérinaires et de bénévoles, dont les opérations, sont gratuits. Et une fois que les oiseaux sont de nouveau d'aplomb, "ils sont remis en liberté", explique Vijay Kumar, un vétérinaire qui y travaille.
L'endroit abrite aussi un service de renseignements téléphoniques qui dispense des conseils gratuits pour les propriétaires d'oiseaux blessés.
A tout moment, quelque 2.500 oiseaux sont soignés dans l'établissement, précise le Dr Kumar. "Les mois d'automne et d'hiver sont les pires, car c'est la saison des cerfs-volants à
New Delhi. Chaque jour, nous recevons de très nombreux oiseaux, essentiellement des pigeons, dont des membres ont été sectionnés par des ficelles de cerfs-volants dans lesquels ils se sont emmêlés", ajoute-t-il.
Assis dans son minuscule bureau, ses murs décorés de peintures traditionnelles représentant différentes espèces d'oiseaux et des scènes de chasse, Vijay Kumar joue aussi un rôle de comptable dans l'établissement, délivrant des reçus aux personnes qui font des dons.
"Ma fille vient d'avoir ses examens. Quand quelque chose de bien arrive, nous faisons un don à l'hôpital", explique Srimali Jain, tout en recevant un reçu écrit pour son don de 1.000 roupies (environ 17, 50 euros).
Cet hôpital, créé en 1929, reçoit des millions de dons de ce type, essentiellement par des adeptes du jaïnisme, une
religion
qui prône un respect absolu de tous les êtres vivants et une pureté totale des moeurs. "Mais nous recevons des dons de toutes sortes de gens, hindous, musulmans, chrétiens. C'est une cause humanitaire", souligne le Dr Kunar.
Pendant toute l'année, des oiseaux sont blessés. L'été, ils peuvent être victimes de la chaleur et beaucoup foncent dans des poteaux électriques et des véhicules. L'hiver, c'est le brouillard, souvent très dense, qui provoque ce genre d'accident.
Les oiseaux blessés sont soignés et placés dans des cages individuelles. Quand ils vont un peu mieux, ils sont transférés dans une cage plus grande avec d'autres oiseaux convalescents.
"Nous avons trouvé celui-là tôt ce matin", indique M. Kumar, tout en enveloppant d'un bandage de coton un minuscule plâtre moulé sur la patte d'un pigeon. "Sa patte était cassée et emmêlée dans une ficelle de cerf-volant, mais nous avons remis l'os en place et il va guérir".
Quand l'oiseau sera de nouveau d'aplomb, "nous l'emmènerons dans une salle où nous observerons son aptitude à voler et à trouver de la nourriture", a ajouté Vinod, bénévole à l'hôpital.
Les propriétaires d'oiseaux hésitent pourtant parfois à amener leurs protégés à l'hôpital, car une fois qu'ils sont guéris, ils sont remis en liberté, en raison de la philosophie jaïn prônée par l'établissement, ce qui amène notamment à nourrir les oiseaux, même quand ils sont carnivores, avec une alimentation végétarienne.