Bonjour,
Pour ceux qui ne comprennent pas, Nur Ali Elahi est connu en Europe sous le nom d'Ostad Elahi, Ostad étant un titre honorifique qui lui est conféré du fait de la maîtrise du tanbur qu'il a eu (il est donc devenu "maître" de tanbur, car il maîtrisa parfaitement cet art).
Effectivement,
L'âme des sons explique qu'il a beaucoup enrichi le répertoire, mais sans jamais trahir le fond de cette musique, dont il tiré l'essence. Il s'est appuyé sur ce qui s'est fait à l'origine, sans les déviations ultérieures, mais l'a développé d'une façon inégalé.
I Ahl-e Haqq et Yarsan
Pour "Yarsan" et "Ahl-e haqq", je n'ai pas précisé parce que cela n'était pas vraiment la question.
Il est étrange que tu parles de 16 branches, il y a traditionnellement 11 branches Ahl-e Haqq, et Hajji Ne'matollah, le père d'Ostad Elahi, en a fondé une douzième. Cette information est sur wikipedia, sources à l'appui, mais pas seulement : la thèse de Soudabeh Marin consacrée à Ostad Elahi (cette fois-ci en tant que juriste car c'était un magistrat à l'éthique irréprochable malgré les situations périlleuses auxquelles les juges intègres de son époque pouvaient être confrontés) en fait aussi mention par exemple.
Mais ce n'est pas du tout important car le clivage auquel je faisais allusion ne se rapporte pas à cela. Les Ahl-e Haqq ont pu être appelé sous plusieurs noms. Celui-ci, mais aussi celui de
Yâresan ou encore
Kâkâyeh, etc. A l'origine, ce sont des synonymes, mais ils ont pris une connotation par la suite.
Tu fait état d'un clivage qui existe bien entre ceux qui ont suivi la voie ouverte par Ostad Elahi et ceux qui s'y sont opposé. C'est un clivage clair et net qui s'est traduit par la violence. Les Ahl-e Haqq sont pour ou contre lui, il n'y a pas eu de position intermédiaire possible à partir d'un moment tant la haine à son égard a été forte : il fallait être contre lui ou partir de la communauté.
Sur le fond, tu parles de dévoilement des
kalâms (textes saints Ahl-e Haqq). Il faut savoir qu'à son époque, sa croyance Ahl-e Haqq était en complet délitement. J'entends par là un effusions de croyances les plus diverses et contradictoires, loin de la pureté originelle. Certains (très minoritaires) avaient par exemple interprété les kalâms comme prônant l'adoration du diable. Mais le clivage le plus grand était de savoir si la croyance Ahl-e Haqq était une croyance islamique ou pas.
Par ailleurs, des orientalistes commençaient à produire en occident des comptes rendus complètement erronés sur ces croyances.
Il a alors écrit un livre,
Borhân ol-Haqq, après un travail minutieux de recherche des sources les plus authentiques (dont le
kalâm-e sarajâm, le livre de Soltan As'haq, fondateur de l'ordre au XIVème siècle). Il a seulement, par un texte de sa propre plume, rétabli le vrai du faux, en s'appuyant sur ces kalâms authentiques. Il s'attache notamment dans le livre à montrer la totale imbrication des croyances Ahl-e Haqq avec les croyances islamiques.
Ce livre a servi pour l'extérieur de la communauté, il a ainsi stoppé ce qu'on pensaient faussement d'eux. Il a ainsi évité leur persécution à l'ensemble de la communauté, dans le milieu islamique qu'est l'
Iran (en montrant cette compatibilité donc). Il a par exemple montré que l'appellation
Ali Allahi (adorateur d'Ali) qui leur était souvent donné par les Iraniens puis par les orientalistes occidentaux était complètement erroné et ne correspond pas du tout à leurs croyances.
Ce livre a servi pour la communauté elle-même. En effet, même parmi la frange en opposition avec sa personne, ce livre reste une référence de par sa rigueur académique. Il y avait auparavant tellement de versions contradictoires des kalâms (qu'il n'a pas produit néanmoins) et des croyances que les gens ne savaient auparavant pas croire.
Cependant, un clivage est resté sur cette croyance, celle de l'appartenance à l'Islam. S'ils ne le disent pas trop en
Iran pour éviter les persécutions, la frange opposé à lui se dit totalement indépendante des croyances islamiques. Cette frange opposée à lui et rejetant l'Islam s'appelle Yarsan, Ahl-e haqq étant devenu l'appellation d'Ostad Elahi, tellement son livre a eu un retentissement important (il y utilise ce terme). J'avais à une époque un CD de Moradi, dans le livret cette différence d'appellation en fonction de la position par rapport à l'Islam est très clairement précisée. Il ne parle bien sûr pas d'Ostad Elahi mais cela va ensemble : ceux qui se disent Yarsan sont ceux qui se sont opposé à Ostad Elahi.
Après bien sûr, du fait de l'aura qu'a eu son livre, Ahl-e Haqq peut être utilisé comme terme générique, mais Yarsan désigne clairement cette partie en opposition.
Pourquoi une telle opposition ?
Il est vrai qu'Ostad Elahi a été "innovant", et qu'on le lui a reproché. Mais cela n'est
pas contradictoire avec "authentique". Il était celui qui connaissait le mieux la pureté de la croyance Ahl-e Haqq, qui maîtrisait à merveille tous ses aspects (musique, foi, etc.). Il la connaissait tellement bien qu'il a pu, à l'image de sa musique, en tirer l'essence pour faire quelque chose qui n'a jamais été fait jusque là. Mais il est toujours resté fidèle à l'esprit de la croyance Ahl-e Haqq, ce sont les rites qu'il a considéré comme secondaires.
Il est tout à fait vrai de dire qu'il s'est dégagé du contexte kurde. Il a cherché une spiritualité adapté à toute l'humanité et à notre époque, sans jamais trahir l'essence de la croyance Ahl-e Haqq, mais qu'il a montré commune à celle apporté par tous les saints authentiques (Moïse, Jésus, Muhammad, mais aussi Bouddha, Zoroastre...).
Je le cite : "Dans la «voie de la Vérité», il n'y a pas de différence entre les hommes et les femmes, ni entre les races ou les religions."Il y a une différence totale de point de vue : pour les Yarsan (ou Ahl-e Haqq contre lui) au contraire, c'est eux (un ensemble de tribus kurdes) qui détiennent la Vérité et elle doit rester gardée pour eux. On est très loin de la pensée universelle d'Ostad Elahi.
II Des paroles et des actes
Après, je pense que les paroles sont secondaires aux actes, et c'est pour moi là le point principal.
Lui, toutes sa pensée quelque peu innovatrice, ce n'était pas que des paroles. Il n'a commencé à dévoiler sa vision du monde qu'à la fin de sa vie, très souvent sur sollicitation de son entourage. Toute sa vie, il a pratiqué l'éthique qu'il a ensuite prôné. De l'avis de tous ceux qui l'ont approché sans a priori communautaire, il était plus que des paroles.
En face (car ils se sont mis vraiment contre lui, les chefs tribaux ont même constitué une "commission" à son égard), c'était tout autre. Je ne parle pas de l'ensemble de la communauté que je ne connais pas. Je parle de ceux qui s'étaient dit "chefs religieux" à son époque, sur des critères raciaux d'ailleurs (ils était supérieurs aux autres car disaient descendre des compagnons de Soltan). Des chercheurs plus récents, et ayant plus de recul par rapport à ce qui se passaient à cette époque, sont allé interroger en
Iran ceux qui ont vécu cette époque. Eh bien ceux-ci décrivent un système ou ces chefs religieux (
seyyed) allaient de maison en maison à travers les communautés, où tout le monde devaient les obéir : on offrait à ces seyyeds à manger, de l'argent, mais pas par hospitalité, mais par soumission à des gens qui en profitaient à mort. C'était des marchands du temple si tu veux. Tu peux encore voir sur Youtube de ces personnes jouant du tanbur à qui ont lance des billets de banque pendant qu'ils font leur "récitation" tanbur à la main (si les vidéos y sont encore)... Bien sûr, la puissance du message d'Ostad Elahi a fait qu'ils ont du mettre fin à cette dérive généralisée, car sinon plus personne ne les suivraient.
Mais surtout, le point d'orgue de la confrontation s'est déroulé après le décès d'Ostad Elahi. Sur sa tombe avait été élevé un mausolée (à Hashtgerd, comme tu y fait référence - je précise que cette ville n'est pas du tout situé dans une zone Ahl-e Haqq mais près de
Téhéran). Ils l'ont détruit pour
profaner son tombeau et occupé de terrain. Des affrontements armés ont alors eu lieu. Quelqu'un d'extérieur à cette communauté mais qui, choqué par ce qui se passaient, a prit fait et cause pour Ostad Elahi, y a perdu la vie (par balle il me semble). Finalement, au bout d'une dizaine de jours (il me semble), comme ils n'arrivaient pas à ouvrir le tombeau en béton à la pioche (du ciment avaient été coulé aux yeux de tous lors de la cérémonie publique de son enterrement), ils ont fait venir un bulldozer pour ajouter l'horreur à l'horreur. Il ont alors réussi à percer le tombeau. Il était vide.
Depuis que je sais que Moradi se réclame Yarsan, se réclame des groupes qui ont pu faire une chose pareille, par haine mercantile, je peux t'assurer que je ne l'écoute pas. Ni tous ceux qui se réclament Yarsan. Je ne vois pas ce que je peux tirer de spirituel de ces personnes.
Shahab Elahi suis bien la filiation musicale et spirituelle d'Ostad Elahi. Dans le 1er appendice de
L'âme des sons ("le legs d'Ostad Elahi"), il y figure parmi d'autres joueurs. Merci, je ne savais pas qu'il avait sorti un CD.
III L'absence de prosélytisme
Sinon, je pense pas qu'on puisse parler d'« internationalisation », de « mouvement » ou de prosélytisme.
Bahram Elahi est dépositaire de la pensée de son père. Mais en aucun cas il n'est dépositaire d'un « mouvement ». Face à la demande de plus en plus grande par les Occidentaux (et Iraniens adaptés à la modernité d'ailleurs) d'en savoir plus, il a écrit notamment un livre (
La Voie de la Perfection) totalement détaché du contexte kurde ou iranien. Il demeure néanmoins totalement fidèle à la pensée de son père, qui se voulait universelle et non réservée à un groupe.
De plus, il n'y a aucun prosélytisme. Il est président de la
Fondation Ostad Elahi – éthique et solidarité humaine,
reconnue d'utilité publique par le Conseil d’État, dont le but est seulement (comme il l'explique
) le rapprochement entre les hommes et absolument pas la promotion d'un quelconque groupe ou d'une quelconque croyance.
En tant que Fondation reconnue d'utilité publique, elle financée à 2/3 par l’État. Sur leur site, il est écrit que le Conseil de l'Europe et l'Université
Paris 1 sont membres du Conseil d'Administration.
Je suis juriste et selon le droit français, en gros, une Fondation appartient à l’État et n'a pas de membre (seulement des gens pour la faire fonctionner : président, vice-présidents, trésoriers, etc.). Il n'y aucun groupe. De plus, comme fondation, ses comptes sont très contrôlés, et je peux t'assurer qu'il est totalement interdit de toucher quelque profit personnel que ce soit : les fonds sont intégralement utilisés pour la fondation elle-même.
En l'occurrence, cette fondation finance par exemple des thèses sur l'éthique (pas la mienne ;), moi je n'ai aucun lien avec elle) ou encore organise des colloques sur ce thème en partenariat avec de grands instituts français. On est très loin de l'optique communautaire. La démarche est
scientifique et universitaire (Bahram Elahi est d'ailleurs professeur émérite en chirurgie infantile de l'Université de
Téhéran). Encore une fois, c'est un fondation, elle n'appartient pas à Bahram Elahi et ne fait pas promotion de ses livres. Ses activités sont visibles sur son
site
.
Je ne connais pas bien le droit états-unien, mais vu la conjonction des droits occidentaux, j'imagine que c'est similaire là-bas. Or, l'organisme dont tu parles est la Nour Foundation, c'est donc une fondation. Je doute fort qu'elle finance l'entretien du mausolée de Hashgerd (qui a été reconstruit depuis).
Je ne la connais pas trop, et ce que tu m'as dit m'a intrigué. Je savais seulement que Bahram Elahi ne fait pas du tout partie de cette fondation. J'ai fait des recherches et mes suppositions se révélées vraies. Grâce à Google, j'ai cherché sur leur site
Bahram
puis
Haqq
(les livres d'Ostad Elahi contiennent ce mot dans le titre), il n'y a à chaque fois aucun résultat. Il ne s'agit là non plus de promouvoir des écrits ou un « enseignement », mais vu leurs activités visibles sur leur site, de développer la recherche scientifique sur le moi incluant la dimension spirituelle de notre être. Sur le site, il est écrit :
« The central goal of the Nour Foundation, therefore, is to stimulate an objective and intelligent discourse on existential questions from an unbiased and interdisciplinary perspective that is rooted not only in theories, but in shared commonality of personal experience as well. » Bien sûr, la motivation de leur recherche a dû être le discours universel sur l'être humain d'Ostad Elahi, mais on est encore loin d'un prosélytisme, d'un rapport à un enseignement, et encore moins d'un groupe.
Par ailleurs, pour s'assurer encore plus que ces deux fondations n'ont aucun lien, il suffit de rechercher sur le site d'une la mention de l'autre :
aucun
résultat
les deux fois. Mais on voit sur leur site que les deux ont un statut consultatif pour le Conseil économique et social des Nations Unis.
Sur internet, on voit qu'il y a par contre des sites sur la pensée d'Ostad Elahi. Son site officiel (
www.ostadelahi.com/
) et un site sur l'éthique au quotidien dans le cadre de sa pensée et de sa présentation scientifique par Bahram Elahi (
www.e-ostadelahi.fr/
). Mais ici, aucun argent ne circule. Le seul site actif est le second, mais si on clique sur "à propos", on voit que ses fondateurs sont des particuliers. On voit par ailleurs sur internet des blogs que des gens ont créés, mais à chaque fois ce sont des particuliers qui tiennent un blog, sans se cacher d'aimer la pensée d'Ostad Elahi. Rien de plus. Donc pas de prosélytisme et pas de "mouvement".
Désolé, c'était un peu long (je mets des parties alors), mais au moins je suis clair, au contraire de précédemment. De plus, ce que tu as écrit m'a fait faire moi-même des recherches pour en savoir plus, je donne là les résultats.