Ires, rires et sourires en Iran Yangguizi · 14 mai 2006 à 12:04 · 16 photos 134 messages · 29 participants · 31 337 affichages | | | | À: Yangguizi · 20 mai 2006 à 6:39 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 61 de 134 · Page 4 de 7 · 2 868 affichages · Partager 29. Tous les chemins mènent à Qom
J'avais pu visiter les trois villes d' Iran qui m'intéressaient le plus, et il me restait encore 4 jours et demi à passer en Iran. Parmi Kashan, Qom et Qazvin, c'est Kashan que j'ai éliminé. J'allais donc faire le trajet d' Ispahan à Qom, à bord d'un bus à destination de Téhéran qui me déposerait en chemin.
Comment donc prononcer le nom de Qom? Certains disent Ghom, avec une sorte de G très guttural, tandis que d'autres disent plutôt Khom, c'est à dire une sorte de R aspiré, le O étant lui toujours fermé. C'est apparemment les premiers qui ont raison, mais les seconds donnent une touche très romaine à la ville sainte, ce qui m'a assez amusé.
Pourquoi aller à Qom? Parce que c'est une ville qui commence par la lettre Q, et je n'étais jamais allé dans une ville commençant par la lettre Q. C'est déjà une raison suffisante. Et puis c'est la deuxième ville sainte d' Iran, l'ancienne résidence de l'Imam Khomeiny, Guide Suprême de la Révolution, et l'épicentre du conservatisme iranien. Peu d'occidentaux y vont, car ce n'est pas à proprement parler ce qu'on appelle une ville touristique. C'est en revanche un important lieu de pèlerinage pour les chiites iraniens et du monde entier. C'est aussi une ville à part en Iran, opposée aux réformes, et à l'atmosphère beaucoup plus pesante que dans le reste du pays.
Je tenais à voir ça, et à découvrir un autre Iran, moins accueillant certes que celui qui séduit l'ensemble des voyageurs, mais qui existe néanmoins, et fait indéniablement partie d'une réalité déplaisante mais incontournable. Voyager, ce n'est pas seulement découvrir des merveilles et rencontrer des gens sympathiques, mais aussi essayer d'appréhender certaines réalités et s'intéresser à tous les sons de cloche. Qom serait-elle un concentré et une caricature de tout ce qu'on rapporte de négatif sur l' Iran? J'étais assez impatient de le savoir.
Le bus fonçait à plein régime vers le nord, le long d'une route magnifique, où il était malheureusement difficile de prendre des photos nettes des superbes montagnes, dont certaines encore en partie enneigées. C'était l' Iran des grands espaces, des montagnes et des déserts. Comme prévu, le bus me déposa en périphérie de Qom la nuit déjà tombée, et je me suis débrouillé - très mal débrouillé - pour rejoindre le centre-ville. Je me suis fait arnaquer par de nombreux taxis en Iran, mais celui-ci battit tous les records, en partie par ma faute. Je n'ose dire combien j'ai payé pour ce petit trajet, mais je l'ai encore en travers de la gorge. Bienvenue à Qom. L'hôtel où je me suis arrêté, en plein coeur de la ville, était moche et peu confortable, mais il me permettait d'être au coeur de l'action. J'ai posé ma valise et suis sorti. Un autre monde m'attendait.
La question que je n'ai pas osé poser: est-il normal dans un lieu saint d'être malhonnête et de mentir pour soutirer de l'argent?
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 20 mai 2006 à 9:42 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 62 de 134 · Page 4 de 7 · 2 851 affichages · Partager Lequel ? Quel monde ?  La suite... la suite. | | | À: Yangguizi · 20 mai 2006 à 9:50 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 63 de 134 · Page 4 de 7 · 2 848 affichages · Partager 30. Un étranger dans la ville
Le spectacle de la foule dans Qom, aux alentours du Saint Sanctuaire, était étourdissant. La population ne ressemblait en effet nullement à celle observée dans le reste du pays. Le nombre de mollahs, par exemple, y était extrêmement important. Les mollahs, ce sont ces clercs chiites dont les plus hauts représentants sont les vrais maîtres du pays. On les reconnait très facilement à leur barbe, leur coiffe, et leur vêtement recouvert d'une toge brunatre. On ne peut pas les rater parmi les iraniens dont l'immense majorité - exception faite des femmes bien sûr - sont habillés à l'occidentale.
A Qom, les mollahs sont omniprésents, pas aussi nombreux que les civils, mais pas loin. Les femmes sont moins nombreuses dans la rue qu'ailleurs, et la grande majorité porte le tchador. On remarque également beaucoup d'hommes portant un ample vêtement blanc et ayant la tête recouverte à la mode des pays du Golfe. Je pensais au début que c'étaient des saoudiens ou des emiratis, mais ayant vu les passeports de certains d'entre eux à mon hôtel, j'ai compris que c'étaient des irakiens. C'est en fait parfaitement logique, puisque l'Irak compte la plus importante communauté chiite hors d' Iran, et ces derniers viennent naturellement en pèlerinage dans les villes saintes iraniennes. Impossible de discuter avec eux, nous n'avions aucune langue commune.
En fait, personne ne parle anglais à Qom, et rares sont ceux qui ont des bases, j'ai donc eu de grosses difficultés pour communiquer, devant m'appuyer exclusivement sur mes maigres connaissances en farsi. Je n'ai pas vu un seul autre occidental là-bas pendant mon très court séjour, et il n'était donc pas étonnant que la plupart des gens me prennent pour un irakien, une population apparemment peu appréciée là-bas, si j'en crois l'accueil que je recevais, très largement moins sympathique qu'ailleurs en Iran. Mais peut-être était-ce tout simplement dû à la population locale.
Les rares fois où j'ouvrais la bouche pour demander mon chemin où acheter quelque chose, le même dialogue s'instaurait: tu es arabe? non ah bon? Turc? non mais d'où viens-tu alors? je suis français ah, tu es musulman? non chrétien alors? non
Et j'avais en général droit à ce stade à un froncement de sourcils assez intrigué, et parfois même à une attitude assez hostile. Les habitants de Qom, plus encore que les autres iraniens ne comprennent pas le concept d'athéisme. La question de ma religion m'était systématiquement posée juste après ma nationalité, alors que cette question revenait assez rarement dans le reste de l' Iran. Qom est bien une ville où la religion est extrêmement forte, et je me serais souvent fait mieux voir si je m'étais présenté comme chrétien, une tare bien moins grave que celle d'être athée.
Rarement en fait le sentiment d'être étranger quelque part ne m'avait autant pesé. Je n'étais clairement pas dans mon élément, et on me le faisait comprendre.
La question que je n'ai pas osé poser: c'est parce que vos lieux saints sont dynamités en Irak, que vous venez en pélerinage ici?
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 20 mai 2006 à 10:59 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 64 de 134 · Page 4 de 7 · 2 838 affichages · Partager 31. Le dilemne
Le coeur de la ville de Qom est le sanctuaire Hazrat-e-Masumeh, tombeau de Fatemeh, la soeur de l'Imam Reza. Ca ne me disait pas grand chose avant d'y aller, mais c'est un lieu d'une importance capitale pour les musulmans chiites. Le Lonely Planet adresse une mise en garde: le lieu est interdit aux non-musulmans, même si apparemment les dérogations sont tolérées.
Arrivé de nuit à Qom, j'avais le sanctuaire quasiment à la sortie de mon hôtel, et suis bien évidemment allé le voir de plus près. L'édifice est gigantesque, même si cela ne se remarque pas vraiment de l'extérieur, d'où l'on ne voit qu'un épais mur d'enceinte, un ou deux domes et quelques minarets. De nombreuses portes aménagées de tous les côtés permettent aux pélerins d'entrer et de sortir du sanctuaire. Malgré l'heure avancée, il y avait foule. Apparemment aucun contrôle n'était effectué quant à l'identité et la foi des pèlerins. N'importe qui pouvait rentrer et j'ai donc longuement hésité sur la conduite à tenir. Devais-je me tenir à l'extérieur sinon à l'écart, ou bien pouvais-je y aller au culot et entrer comme si de rien n'était, au besoin en me faisant passer pour un irakien ou un français musulman dans le pire des cas? Cette deuxième solution consistant à mentir effrontément ne me plaisait pas du tout, mais la perspective d'avoir fait tout ce chemin et d'échouer si près du but ne m'enchantait pas non plus. J'ai donc essayé la voie médiane consistant à aller me présenter à l'entrée.
J'ai fait le tour de l'enceinte jusqu'à trouver une entrée où quelqu'un semblait faire office de gardien, ou tout du moins de préposé à je ne sais quelle tâche discrète. bonjour, je ne suis pas musulman, puis-je entrer? (je sais que c'est un peu direct et rentre-dedans, mais mon farsi limité ne me permettait pas de me perdre dans des arabesques oratoires) attendez, j'appelle quelqu'un qui parle anglais.
Quelques minutes plus tard, un barbu souriant vint vers moi et il possédait effectivement quelques notions d'anglais, même s'il avait des difficultés. Je ne savais pas qui il était, mais on pouvait au moins discuter un peu plus qu'avec mon seul farsi rudimentaire. es-tu arabe? non, français tu es musulman? non chrétien? oui (j'ouvre ici une parenthèse pour préciser que c'est la première fois de ma vie que je répondais oui à cette question. Il m'en a coûté de mentir et de renier ma foi athée, mais c'était sans doute ma seule chance de parvenir au but. J'espère que le Dieu des athées me pardonnera cette offense!) tu sais, le saint sanctuaire est interdit aux non-musulmans, je ne peux donc pas te laisser entrer ce soir. je comprends. mais demain, peut-être pourras-tu rentrer, inch'allah. ah oui? Vers quelle heure? peut-être vers quatre heures, inch'allah (cela ne m'arrangeait pas trop car je comptais repartir en début d'après-midi) pas dans la matinée? si si, tu peux venir demain matin à quatre heures. (???) vous voulez dire que je peux venir soit demain matin, soit dans l'après-midi à quatre heures? demain matin à quatre heures. je vois. Donc si je me présente ici demain matin à dix heures par exemple, on me laissera rentrer? inch'allah. merci, et au revoir.
Comment la volonté divine allait-elle se manifester le lendemain matin pour m'ouvrir ou me fermer la porte? Je l'ignore. En tout cas, j'ai pris la résolution de ne pas pénétrer dans le sanctuaire ce soir-là, et de tenter ma chance le lendemain matin. Je suis retourné vers l'entrée principale où j'ai continué à observer le flot des pèlerins. Rien ne m'aurait empêché d'entrer parmi eux mais je me suis abstenu. Il m'intéresserait d'ailleurs de savoir ce que d'autres auraient fait en ces circonstances. Vous qui me lisez, comment auriez-vous réagi, en sachant qu'une fois entré, je n'avais pas la moindre idée de ce que je verrais ni de comment il fallait se comporter? Auriez-vous violé une règle à laquelle vous n'accordez aucune légitimité, en sachant que le risque de se faire prendre était sans doute faible, ou bien auriez-vous pris le risque de passer à côté d'une expérience sans doute inoubliable? Le dilemne fut pour moi difficile, et je ne prétends certainement pas avoir fait le bon choix.
Tandis que je me tenais à l'extérieur, j'observais une sorte d'orchestre de rue, si l'on peut appeler ça ainsi, composé de jeunes brandissant des drapeaux et des pancartes verts calligraphiés, et jouant de percussions et rudimentaires instruments à vent. Le tout ressemblait à une cacophonie informe, agrémentée de slogans répétés à l'infini. Ce groupe d'une vingtaine de jeunes a fini par pénétrer à l'intérieur du mausolée et je l'ai perdu de vue.
J'ai essayé d'entamer une discussion avec deux pélerins indiens de Delhi mais la conversation a tourné court quand ils m'ont brusquement quitté pour aller saluer un mollah âgé, apparemment d'une grande importance, qui était accompagné d'une petite cour de fidèles.
Je me suis alors mis en quête d'un cybercafé que je n'ai jamais trouvé puis suis allé me coucher.
La question que je n'ai pas osé poser: puis-je me convertir à l'Islam pour une heure ou deux, et revenir à mon athéisme après?
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 20 mai 2006 à 16:24 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 65 de 134 · Page 4 de 7 · 2 820 affichages · Partager ai trouvé un panneau "police department, alien affairs", ou un truc approchant. C'est quand même un terme très péjoratif pour désigner les étrangers: ça existe ailleurs ou c'est une spécificité de l' Iran?
Parce que Sa'di, c'est un mec qui il y a pas mal de siècles a écrit ceci: "une femme aimable, obéissante et vertueuse fera d'un homme pauvre un roi." Pour celles qui penseraient, à tort, que cette phrase est sexiste, relisez-la bien: elle montre au contraire l'indéniable supériorité de la femme sur l'homme, même si elle n'a probablement était écrite dans ce sens. Sa'di devait être un de ces féministes qui s'ignorent!
Vous qui me lisez, comment auriez-vous réagi, en sachant qu'une fois entré, je n'avais pas la moindre idée de ce que je verrais ni de comment il fallait se comporter? Auriez-vous violé une règle à laquelle vous n'accordez aucune légitimité, en sachant que le risque de se faire prendre était sans doute faible, ou bien auriez-vous pris le risque de passer à côté d'une expérience sans doute inoubliable? Le dilemne fut pour moi difficile, et je ne prétends certainement pas avoir fait le bon choix. C'est un vrai dilemme en effet...ce qui m'aurait peut-être retenu de le faire, c'est le sentiment de tromper tous ces gens, plus que la peur de me faire prendre. après tout si je ne partage pas leur croyance de quel droit pourrais-je profiter de ces lieux? Mais finalement je pense que j'y serais quand même allée, car étant mariée à un musulman (sunnite OK, mais bon...)depuis maintenant 7 ans, j'estime avoir payé un lourd tribu à l'Islam et avoir droit à quelques privilèges en retour!! | | | À: Yangguizi · 20 mai 2006 à 16:27 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 66 de 134 · Page 4 de 7 · 2 819 affichages · Partager 32. Un athée chez les mollahs
Je me suis levé trop tôt le lendemain matin pour être à l'heure à mon rendez-vous fictif avec l'incarnation d'Allah qui m'ouvrirait le sésame. J'en ai donc profité pour me rendre d'abord à la résidence de Khomeiny, une maison dont le Lonely Planet affirmait qu'elle ne se visitait pas.
Arrivé sur place, la densité de portraits du Grand Homme se faisant de plus en plus importante au fur et à mesure que j'approchais, j'ai eu la bonne surprise de constater que la porte était ouverte. Dans le doute, j'ai demandé au milicien à l'entrée si je pouvais entrer. Il me dit que oui et je lui ai demandé si les photographies étaient autorisées. Il demanda à examiner mon appareil, étant apparemment inquiet d'une possible fonction video de ce dernier. Mon mini appareil photo possède bel et bien cette fonction mais je ne m'en sers que très rarement en raison de la mauvaise résolution, et n'avais en tout cas pas l'intention de filmer quoi que ce soit dans la maison de Khomeiny. Je lui répondis donc que non. Il s'amusa quand même à presser tous les boutons et à me prendre en photo, pour s'en assurer. N'ayant pas trouvé la fonction, il me rendit l'appareil rassuré, je pouvais entrer.
Après avoir franchi le portique et la petite cour intérieure, je me suis déchaussé pour entrer dans la maison à proprement parler. Sur deux étages et relativement grande, c'était une maison sans doute assez confortable à l'époque où elle était habitée. Aujourd'hui, elle est aménagée en.... en je ne sais pas quoi en fait. Beaucoup de livres un peu partout, et des mollahs attablés à des bureaux, tout cela ressemblait un peu à une bibliothèque. La plupart des permanents et des visiteurs étaient des mollahs, et pour ne pas changer, j'ai eu la désagréable sensation de ne pas être à ma place.
Dans un étroit couloir, deux rangées de bibliothèques garnissaient les murs. La plupart des livres avaient l'air en rapport avec l'Imam Khomeiny, comme l'attestait sa photo sur bon nombre de couvertures. C'est en regardant l'une de ces couvertures faisant figurer un drapeau américain en train de brûler que je me suis fait aborder par un mollah bien portant et souriant, et un barbu habillé en civil. Le dialogue habituel allait recommencer. arabe? non, français musulman? non chrétien? non juif? non mais quelle est ta religion alors? je n'en ai pas. tu as mal compris ma question, quelle est ta religion?
Il m'interrogea alors de manière un peu plus poussée et je ne comprenais plus ce qu'il me disait. Cela avait sûrement une grande portée théologique, mais je ne comprends pas ces mots-là (oui, c'est bien un jeu de mots).
J'ai sorti mon guide de conversation pour essayer d'éclaircir les choses. A la page religion, figuraient les principales religions du monde en anglais et en persan. J'ai montré la page au mollah dont les yeux s'éclairèrent. Il la pointa du doigt et me demanda de lui montrer quelle était ma religion. Je les ai toutes pointées une par une en disant "na" (non en farsi). Le mollah ne comprenait toujours pas, il était intrigué.
Un peu plus bas, figurait la phrase "je crois en Dieu". Il fit un grand sourire et pointa successivement son doigt sur cette phrase et sur moi, en me demandant manifestement de dire oui. Hélas, c'était au-delà de mes forces, et je me suis contenté de dire non, en répétant la phrase avec la tournure négative.
Le mollah avait compris, et ses yeux changèrent soudain d'expression. Un coup de poing partit dans ma direction et atteint mon épaule. Je n'ai pas eu mal, mais le geste m'a surpris. Heureusement en tout cas que son coup avait été mollasson (oui je sais). Le mollah avait toujours mon livre à la main, et, extraordinaire coïncidence, l'expression des sentiments figurait juste après les phrases sur la religion. Il pointa du doigt l'expression "je suis en colère", avant d'éclater d'un rire que j'espérais sincère et non nerveux.
Avec le recul et en racontant cette histoire à mes amis, ils me rétorquèrent qu'il y a certaines choses qu'on ne dit pas à certaines personnes en certains lieux et en certaines circonstances. Mais j'avais déjà abjuré ma foi athée la veille au soir et m'apprêtais à le faire à nouveau en ressortant. Je ne voulais donc pas abuser.
Pendant ce temps, l'autre barbu rigolait doucement, et le mollah continuait à feuilleter mon guide de conversation qui avait l'air de le passionner. La conversation, si on peut appeler cela ainsi, allait heureusement prendre un ton plus badin. Nous nous sommes échangés nos âges, et le mollah eut l'air de tomber sur une phrase qui lui plaisait: "you are a cute baby" me montra-t-il sur le livre en riant. (tu es un bébé mignon, en français) Je ne suis que répondre à cela, et le mollah prit alors congé après m'avoir rendu mon livre.
Je me suis alors éclipsé de la maison, non sans soulagement, et ai mis le cap vers le saint sanctuaire.
La question que je n'ai pas osé poser: si vous me traitez de bébé mignon, dois-je en conclure que vous avez des penchants homosexuels?
(à suivre...) | | | À: Cécile76 · 20 mai 2006 à 16:30 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 67 de 134 · Page 4 de 7 · 2 815 affichages · Partager Ce n'est pas un terme péjoratif, il est utilisé dans beaucoup de pays, même s'il fait parfois rire les anglophones. En Chine par exemple, je possède un magnifique "alien employment permit" (permis de travail pour étranger). Merci en tous cas pour tes commentaires intéressants et très constructifs. | | | À: Yangguizi · 20 mai 2006 à 17:00 · Modifié le 20 mai 2006 à 17:21 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 68 de 134 · Page 4 de 7 · 2 804 affichages · Partager "Quelle est votre religion ?"
Cette question m'a souvent été posée au cours de mes voyages en pays musulmans. Pratiquant la même absence de religion que toi (  , athéiste convaincue), j'ai parfois dérangé certaines personnes : en Indonésie, à Jakarta, notamment.
Une agréable dame nous avait invités, mon mari et moi, à visiter la ville dans son 4X4 avec chauffeur. Avec notre hôtesse qui parlait bien le français nous devisions gaiement de tout et de rien... jusqu'au moment où elle me demanda : "Quelle religion pratiquez-vous ?"... Tout comme toi, j'ai répondu : "Aucune". Elle m'a regardée avec des yeux sévères, m'a donné une tape sur la main : "Ce n'est pas possible... mais je vous pardonne tout de même car vous êtes bien sympathique !"
Pour répondre à ta question "Qu'auriez-vous fait à ma place ?", je crois que je me serais abstenue d'entrer dans le sanctuaire pour éviter quelques ennuis, peut-être... | | | À: Yangguizi · 20 mai 2006 à 17:07 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 69 de 134 · Page 4 de 7 · 2 799 affichages · Partager excellente l'histoire du mollah (son)!!!   je pense que tu as bien fait de lui dire la vérité, les différences ne peuvent qu'enrichir ceux qui acceptent de les entendre, ce qui semble être son cas, malgré une 1ère réaction un peu vive. Comptes-tu publier prochainement tes photos de l' iran sur ton site? je meurs d'impatience de les voir... | | | À: Cécile76 · 20 mai 2006 à 17:10 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 70 de 134 · Page 4 de 7 · 2 798 affichages · Partager Je compte les publier oui, mais j'en ai plus de 1800 à trier (oui tu as bien lu). Ca va me prendre un temps fou de les sélectionner et de construire les pages web. J'ai donc bien peur qu'il te faille attendre longtemps.
Mais en exclusivité, je te livre quand même un aggrandissement du mollah du chapitre 32. Il passait dans mon champ de vision au moment où je prenais la photo, et je ne l'avais à ce moment-là pas encore "rencontré". Image attachée: | | | À: Yangguizi · 20 mai 2006 à 17:33 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 71 de 134 · Page 4 de 7 · 2 785 affichages · Partager  , bon, bon, on va attendre donc...avec impatience tout de même, n'est-ce pas ? 
C'est vraiment un régal de te lire et qui m'a bien donné envie de retourner en Iran. | | | À: Yangguizi · 20 mai 2006 à 17:38 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 72 de 134 · Page 4 de 7 · 2 781 affichages · Partager merci pour cet avant goût...c'est gentil!  la patience n'est pas mon fort, mais puisque je n'ai pas le choix...de toute façon je verrai forcément tes photos avant de voir l' Iran (ou alors c'est que tu mets vraiment très, très longtemps pour les développer!). J'espère juste que rien de facheux n'arrivera à ce pays avant que je ne m'y rende (ni après d'ailleurs), mais étant donné la situation actuelle, rien n'est moins sûr, malheureusement. Je préfère ne pas penser à ce qui arrivera à toutes ces merveilles (sans parler des gens), si les yankee attaquent! | | | À: Yangguizi · 20 mai 2006 à 17:57 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 73 de 134 · Page 4 de 7 · 2 823 affichages · Partager En avant-première toujours, serait-ce abuser que de solliciter de ta très grande bonté une vue d' Yazd et de ses tours du vent?   Merci!!! (en farsi dans le texte  ) | | | À: Pataugas · 20 mai 2006 à 18:17 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 74 de 134 · Page 4 de 7 · 2 813 affichages · Partager Rien n'est trop beau pour promouvoir la superbe ville de Yazd. A tes ordres donc! 
Tu peux voir quelques tours du vent au premier plan, ce sont ces structures rectangulaires avec des espèces de fentes en longueur. Image attachée: | | | À: Yangguizi · 20 mai 2006 à 18:24 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 75 de 134 · Page 4 de 7 · 2 808 affichages · Partager Superbe! Quelle belle étendue, quelles jolies ponctuations! Mon regard comblé ne saurait te remercier à la hauteur du merveilleux décollage que tu viens de lui offrir | | | À: Yangguizi · 20 mai 2006 à 18:32 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 76 de 134 · Page 4 de 7 · 2 795 affichages · Partager Merci pour ces photos en avant-première...!..Et j'espère que ce beau Carnet de voyage illustré séduira un éditeur en visite sur ce forum ! | | | À: Yangguizi · 20 mai 2006 à 19:03 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 77 de 134 · Page 4 de 7 · 2 786 affichages · Partager 33. Plongée en apnée
M'étant trompé de rue, c'est avec cinq minutes de retard que je suis arrivé à l'entrée du sanctuaire, précisément là où j'avais tenté de négocier la veille. L'homme qui était là ce matin-là n'était pas le même que la veille au soir, ce qui n'était pas forcément une mauvaise nouvelle. De toute façon, quelle que soit la volonté d'Allah, c'est lui qui allait se charger de me la faire connaître. bonjour, je ne suis pas musulman, puis-je entrer? chrétien? oui (Ca fait mal, mais on finit par s'habituer) bon, tu peux rentrer par là-bas. par la grande porte? oui, la grande porte, juste là-bas. merci
Voilà, c'était aussi simple que cela. J'avais mon feu vert, et je pouvais entrer. Si jamais un problème se présentait, je pourrais au moins reporter la faute sur quelqu'un. J'ai donc rejoint la porte principale du sanctuaire, j'ai respiré à fond, et je me suis mélangé à la foule des pélerins. Une fois à l'intérieur, je mesurais tous mes gestes, évitant même de respirer trop fort, car je voulais absolument éviter d'attirer l'attention, d'autant plus que mon expérience récente avec le mollah m'avait placé en état d'alerte maximale. J'ai donc ouvert grand les yeux, et ai regardé autour de moi.
Le saint sanctuaire est composé de deux grandes cours principales, dominées par un grand dôme turquoise, et un plus petit dôme doré. D'innombrables minarets de toutes formes et de toutes tailles entourent le complexe, dont je crois savoir qu'on travaille à l'extension. L'ambiance était différente de ce à quoi je m'attendais. Les gens n'avaient pas particulièrement l'air hystériques, et je me serais en fait cru comme dans un des mausolées - un peu moins sacrés - de Shiraz, où les gens venaient surtout se reposer et se rencontrer. Je n'étais toutefois pas au bout de mes surprises, puisque j'ai rapidement remarqué la foule se pressant autour du bâtiment principal, là où reposait probablement la sainte dépouille. Puisque personne ne m'avait interdit d'y mettre les pieds, j'ai enlevé mes chaussures, et suis rentré à l'intérieur.
Là, l'ambiance était très différente. C'était un lieu de dévotion et de prière, conforme à ce que j'imaginais. L'intérieur tout de verre ressemblait beaucoup à celui des mausolées de Shiraz, mais le coeur sacré était d'une plus grande taille. La foule grouillait autour de l'imposant objet. Tous se pressaient pour l'embrasser, le toucher, et en faire le tour, ce qui représentait sans doute l'apogée de leur pélerinage. La pièce était subdivisée en plusieurs sous-ensembles, mais l'endroit était réellement immense. La plupart des gens y priaient activement, tandis que d'autres étaient plongés dans leurs lectures. Les mollahs y étaient naturellement plus nombreux que nulle part ailleurs. Personne n'est venu me parler, ce qui n'est pas plus mal, mais je n'étais pas très à l'aise. Je savais que je n'étais pas à ma place, et je suis donc ressorti au bout de quelques minutes à peine. L'être humain ne peut pas survivre très longtemps en apnée.
De retour dans la cour, je respirais un peu mieux et regardais autour de moi avec moins de scrupules. Beaucoup de mollahs évidemment, un bon nombre d'irakiens en blanc aussi, mais également un grand nombre de civils dont l'attitude me paraissait assez nonchalante, certains étant même tout sauf endimanchés. Ceux-là me rassuraient et contribuaient un peu à désacraliser l'endroit à mes yeux.
Mon dilemne suivant fut celui de sortir ou non mon appareil photo. Je n'ai évidemment pas osé m'en servir dans le saint des saints, mais une fois dans la cour, ça me paraissait moins dangereux. Je n'avais toutefois malheureusement pas posé la question à la personne à l'entrée, et ne me voyais pas ressortir pour l'interroger à nouveau. Mes craintes furent toutefois rapidement dissipées en voyant des iraniens photographier l'endroit sans aucun souci. Les gens se prenaient allègrement en photo avec le dome doré en toile de fond. Un couple m'a même abordé pour que je le prenne en photo. J'ai réussi à accepter en bredouillant seulement quelques mots, et je ne crois pas qu'ils ont réalisé que j'étais étranger même s'ils ont dû me trouver un peu bizarre. En tout cas, après cela, je n'ai plus hésité, et me suis mis à mon tour à immortaliser l'endroit avec mon propre appareil.
Je ne me suis toutefois pas éternisé dans le sanctuaire, et même si je reconnais que l'endroit est superbe, je n'ai pas été fâché de le quitter.
La question que je n'ai pas osé poser: je peux vous photographier en train d'embrasser la relique?
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 21 mai 2006 à 3:46 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 78 de 134 · Page 4 de 7 · 2 766 affichages · Partager 34. Photos compromettantes
Je suis sorti du mausolée par une autre porte, et ai débouché sur la place principale de la ville, que je n'avais alors pas encore vue. C'était une grande place piétonne bordée d'un petit parc et de nombreux magasins. Mollahs et irakiens y étaient toujours aussi nombreux, et j'ai alors résolu de me livrer à un petit safari photo. La densité était telle qu'il m'était relativement facile de prendre de belles photos sans me faire trop remarquer, même si on a dû me trouver parfois bizarre en courant d'un bout à l'autre de la place juste pour réaliser un bon cliché au bon moment.
Et j'en ai réalisé de beaux clichés, j'étais plutôt fier de moi: mollahs, super-mollahs, irakiens, soldats et femmes en tchador, tout ce beau monde était immortalisé, parfois sur un même cliché. Je n'ai alors pas pu m'empêcher de penser à ce que l'intéressante équation mollah+irakien+soldat pouvait donner, et me suis perdu dans les spéculations les plus folles. Je me suis ensuite un peu promené dans le petit bazar, ai discuté avec un ou deux marchands de tapis, et ai acheté quelques voiles pour un certain nombre de femelles qui, au pays, osent émettre quelques réserves sur le bien fondé de la nécessité pour les représentantes du sexe faible de se couvrir la tête. Elles accepteront sans doute un présent provenant d'un lieu aussi saint, bien que je n'ai pas osé acheter un tchador intégral.
J'ai aussi aperçu un très étonnant vêtement bleu portant l'inscription en anglais "Jesus is Lord" (Jésus est le Seigneur). Je ne l'ai pas acheté car ma non-foi m'interdit de le porter, mais j'ai trouvé sa présence dans un tel lieu des plus savoureuses et l'ai donc pris en photo.
De retour sur la place, j'ai observé à nouveau le manège des irakiens et de leur famille déambulant autour du sanctuaire. Leurs femmes étaient toutes couvertes de la tête au pied, bien entendu, mais dans la plupart des cas, seuls leurs yeux étaient nus, contrairement aux iraniennes qui montrent en général l'ensemble de leur visage, même à Qom. Ces pauvres irakiennes portaient souvent les affaires de la famille, parfois sur leur tête, et je me suis alors dit que les irakiens étaient un peuple bien plus raffiné et civilisé que je ne l'imaginais.
Puis j'ai goûté quelques délicieuses patisseries locales, avant d'en acheter deux boîtes pour les ramener en Chine. J'avais considéré en avoir assez vu et fait à Qom, et me suis dit qu'il était temps de partir, non sans avoir évidemment mangé un morceau. Je suis retourné dans le quartier de l'hôtel, me suis cassé sur le nez sur un restaurant fermé, et ai fini par dégoter un tout petit boui boui où je me suis attablé. Vers la fin de mon repas, quelqu'un est entré et s'est assis à côté de moi...
La question que je n'ai pas osé poser: avez-vous des t-shirts "Muhammed is Lord"?
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 21 mai 2006 à 5:22 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 79 de 134 · Page 4 de 7 · 2 762 affichages · Partager 35. Une rencontre de trop
L'homme qui s'était assis à côté de moi devait avoir mon âge, 30 ans, et était habillé de manière plutôt décontractée. Il m'adressa immédiatement la parole en farsi, et je lui répondis que je ne comprenais pas. C'est alors qu'il me parla anglais, un assez bon anglais, bien meilleur en tout cas que tous les balbutiements que j'avais entendus dans cette ville. Cela a immédiatement éveillé ma suspiscion, sa présence à mes côtés, dans une aussi petite gargotte, ne pouvait pas être le fruit du hasard. J'étais forcément suivi depuis un moment, mais j'ignorais depuis quand. montre moi ton appareil photo. (qui était caché dans ma poche!) le voici. allume le. voilà, vous voyez, on ouvre le cache, on vise, et on appuie sur le bouton. montre moi les photos que tu as prises avant Je me suis exécuté, et, commençant à avoir une idée de qui il était, j'ai rapidement embrayé sur les premières photos, celles de Téhéran, plutôt que sur les dernières. je veux voir toutes tes photos. mais il y en a environ 1500. j'ai le temps. Il retrouva rapidement les photos de Qom, et notamment celles avec les mollahs et les irakiens, et je retenais ma respiration tandis qu'il secouait sa tête en fronçant les sourcis. nationalité? français. musulman? non. chrétien? oui. Dans ce genre de circonstances, il vaut mieux piétiner ses convictions. montre moi ton passeport. il est à l'hôtel. allons à ton hôtel, lequel est-ce? celui qui est à l'angle, j'ai oublié le nom. montre moi ton portefeuilles. mais qui êtes-vous donc? Police? excuse-moi, j'ai oublié de me présenter. Police. Services spéciaux (ou peut-être dit-il services secrets, j'ai oublié) Il me montra alors sa carte qui ressemblait effectivement à une carte professionnelle, avec photo et tampons, mais cela aurait pu être absolument n'importe quoi, et je n'avais personne de confiance autour de moi à qui demander. Je me doutais depuis le début de qui il était, mais je me demandais encore s'il était un vrai ou un faux policier. Les hôteliers de Téhéran et de Shiraz m'avaient en effet mis en garde contre ces faux policiers qui procèdent à des contrôles d'identité pour voler les passeports des touristes. Toute l'attitude que j'allais adopter dans les instants qui suivirent fut donc la synthèse entre la coopération nécessaire si les policiers étaient des vrais, et la méfiance indispensable s'ils étaient faux.
Il fouilla donc dans mon portefeuilles, en tira une de mes cartes de visite que je l'ai invité à garder, mais il me dit qu'il voulait voir tous le reste. Il trouva quelques cartes de visite de marchands de tapis d' Ispahan, mais rien de très intéressant pour lui. Il tomba ensuite sur la photo de ma petite amie. Cette photo était en théorie illégale puisque ma dulcinée figurait tête nue et on voyait en plus ses bras et ses épaules. Une photo parfaitement innocente pour nous, mais quelque chose de torride selon les standards iraniens. Il me demanda juste si c'était ma petite amie, mais ne me la saisit heureusement pas car c'est ma préférée (la photo bien sûr) et c'est un exemplaire unique.
J'ai réglé l'addition, puis nous sommes partis à mon hôtel voisin. Il voulut conserver mon appareil photo sur le chemin, mais j'ai refusé, ayant peur qu'il ne s'enfuie en courant avec le précieux butin. Arrivés à l'hôtel, le policier montra sa carte à l'hôtelier, que je ne connaissais pas car il venait apparemment de prendre son poste, et celui-ci donna immédiatement le passeport au policier. La carte devait donc être authentique, mais j'avais encore des soupçons. Tandis qu'il contrôlait mon passeport, le policier me dit qu'il devait appeler un de ses collègues pour qu'il nous rejoigne. Je voulais me sortir de ce pétrin au plus vite, et ai donc prétexté que je devais quitter l'hôtel avant une heure de l'après-midi pour éviter de payer un supplément. Il ne restait donc plus qu'une vingtaine de minutes. Le policier eut quelques mots avec l'hôtelier et me dit qu'il n'y aurait pas de problème, que mes affaires pourraient rester dans la chambre aussi longtemps que nécessaire. Je n'avais plus de porte de sortie. Le policier m'entraina dehors. mon collègue va nous rejoindre ici. Attendons-le. quel est le problème? le problème, c'est que tu as pris des photos dans le Saint Sanctuaire. je n'ai pris des photos que quand j'ai vu que de nombreux iraniens faisaient de même. bon, je vois. En attendant, donne moi ton passeport. non, je préfère le garder avec moi. donne moi ton passeport. Tu pourrais t'enfuir. non, vous savez où est mon hôtel, et mes affaires y sont encore. Je ne peux pas m'enfuir. (c'était évidemment une excuse bidon, car si j'avais été un espion ou quoi que ce soit d'autre qui l'intéresse, je ne me serais sans doute guère soucié de mes affaires à l'hôtel et aurait fui au plus vite.) très bien. (soulagement de ma part) J'ai alors voulu changer de tactique et passer de la défense à l'attaque. dites-moi, puisque vous parlez anglais et que c'est rare ici, j'aimerais en profiter pour vous poser quelques questions. oui bien sûr? quel prix aurais-je dû payer en taxi pour aller de la sortie d'autoroute à ici? dans les.... rials. quoi????? combien as-tu payé?.... rials. tu t'es fait voler! oui, et comment! J'ai vraiment été très déçu de tomber sur ce genre d'iranien, même si dans l'ensemble les gens sont gentils. il faut de tout pour faire un monde. n'emêche que je l'ai mauvaise. as-tu pris une photo de la plaque d'immatriculation de la voiture? oui, attendez, la voici... La photo était hélas floue car le chauffeur avait démarré en trombe quand il a vu que je commençais à m'intéresser à sa plaque d'immatriculation. Le policier n'a toutefois fait que semblant de l'examiner. Il s'en fichait, ce qui était normal. Après tout, je faisais juste diversion.
Son collègue a fini par arriver. Lui ne parlait pas anglais, et c'était donc le premier policier qui traduisait. donne ton passeport. le voici... ton visa a expiré. non, regardez mieux, il y a un tampon de renouvellement à côté. (je n'en menais pas large) Ils ont discuté un moment entre eux et j'ai alors ajouté fièrement que c'était la police de Shiraz qui m'avait accordé le renouvellement. Ils discutèrent à nouveau un moment, et j'entendais par ci par là le mot " Shiraz" revenir. Puis le deuxième policier a passé quelques coups de fil. Ils voulaient apparemment s'enquérir de mon visa. Je n'ai pas du tout aimé le fait qu'il s'éloigne pour cela, car l'un des policiers avait en main mon appareil photo et l'autre mon passeport. Si c'était un coup monté, il leur suffirait de courir chacun dans une direction différente, et je perdais donc au moins un des deux précieux objets. Mais ça ne s'est finalement pas produit, et le deuxième policier est revenu vers nous. Ils ont alors commencé à s'intéresser à mes photos. as-tu pris des video avec cet appareil? non (c'était un tout petit mensonge car j'en avais pris quelques unes, mais rien de sensible. Juste le tintamarre de la veille au soir et quelques paysages par-ci par là. ton appareil a-t-il une fonction video? J'ai bredouillé car j'ai commencé à leur expliquer que la résolution était très faible et que donc ce n'était pas de vraies videos, puis ai fini par dire non. Ils n'ont heureusement pas décelé la contradiction. Ils ont alors commencé à regarder mes photos en détails. mais quel est le problème enfin? le problème c'est que tu voyages seul. et alors? et alors ce n'est pas normal. Les touristes ça voyage en groupe. mais non, j'ai rencontré beaucoup d'étrangers ici qui voyageaient seuls. Les iraniens sont tellement accueillants que c'est très facile. (un peu de cirage de pompe ne coûte rien, d'autant plus que j'étais sincère) il n'empêche que ce n'est pas normal, c'est suspect. non, je voyage presque toujours seul. je vois que tu es aussi allé au Sultanat d' Oman et aux Emirats Arabes Unis (dit-il en feuilletant mon passeport) oui, et alors? tu y es allé seul? j'ai une amie là-bas. Il fronça les sourcils. pourquoi es-tu allé à Oman? et pourquoi pas? C'est très joli là-bas.
Pendant ce temps-là, l'autre policier avait déjà trouvé la fonction d'effacement des photos. il y a un problème. lequel? tu as pris des photos des gens. c'est normal, il y a tellement de monde. C'est impossible qu'il n'y ait personne dans le champ quand on prend une photo. (bon, ça, c'était clairement de la mauvaise foi, car c'est bien les mollahs et les irakiens que je visais) on ne peut pas laisser ça. Il faut formater ton disque. (en clair, ça voulait dire effacer toutes mes photos d' Iran, une funeste perspective) attendez, il doit y avoir une autre solution. ça prendra le temps qu'il faut, mais on va effacer. bon écoutez, on fait un marché. On efface toutes les photos de Qom, mais laissez-moi le reste. tu peux garder les photos du saint sanctuaire, mais pas celles où on voit des gens.ok. Le type commençait déjà à effacer nombre de mes photos, toutes celles en fait que j'avais prises peu de temps avant. Il a même effacé "Jesus is Lord". mais il n'y avait personne sur cette photo, pourquoi l'avoir effacée? désolé, c'est parti tout seul. Heureusement toutefois, le policier avait décidé de ne pas tout effacer d'un coup, mais seulement de faire une sélection. Ca prendrait du temps, mais au moins je sauverais le principal, me dis-je en pensant toutefois aux belles photos qui étaient susceptibles de disparaitre. Je me fis interroger sur un certain nombre d'entre elles. "et ça c'est où?", "et ces gens-là, c'est qui?" "c'est à Téhéran?" "tu les connais ces gens?" Oui c'est à Téhéran, ça c'est à Ispahan, et ces gens-là, c'est eux qui ont voulu poser en photo. Le policier en a effacé quelques unes par-ci par là, mais la coupe ne fut pas trop sévère, sauf à Qom où j'ai presque tout perdu. y a-t-il des videos ou des fichiers cachés? on ne peut pas cacher de fichiers sur cet appareil. (en fait je n'en avais aucune idée)
L'un des policiers passa alors un coup de fil à je ne sais pas qui, mais j'ai réussi à comprendre par quelques mots-clés qu'il interrogeait quelqu'un sur les possibilités techniques de mon Sony T7. Le contrôle était donc sérieux. Pendant ce temps-là, l'autre me demandait de lui montrer des photos de Shiraz, puisque j'avais un tampon de la police de là-bas. Je me suis exécuté en priant le dieu des athées pour qu'il ne voit pas la photo où je posais avec les femmes voilées. Ils ne la trouvèrent heureusement pas. Ils furent en effet trop paresseux pour passer en revue l'intégralité de mes photos, et se contentèrent d'un survol et de quelques coupes par-ci par-là pour se donner la bonne conscience du devoir accompli.
Tout ce manège dura quand même environ une heure et demie, et ils finirent par me rendre mon passeport et mon appareil photo, et par me serrer la main en disant "au revoir et désolé, nous ne faisons que notre métier".
"et pas d'activités d'espionnage, ok?"
"ok."
Le soulagement que j'ai ressenti à ce moment-là fut réellement intense et je suis retourné à mon hôtel prendre mes affaires.
La question que je n'ai pas osé poser: je peux vous prendre en photo, comme souvenir?
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 21 mai 2006 à 7:37 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 80 de 134 · Page 4 de 7 · 2 753 affichages · Partager Ce fut en effet une rencontre de trop et tu as passé un très mauvais moment. Les conséquences auraient pu être plus fâcheuses, mais c'était certainement très désagréable de voir un type s'acharner sur tes photos de Qom et les supprimer pour faire du zèle !
 : pour le prochain voyage (s'il t'en prend l'envie, bien sûr) au pays des mollahs, tu pourrais peut-être avoir en réserve un 2ème appareil à montrer avec quelques clichés non compromettants  ? | Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 14 638 visiteurs en ligne depuis une heure! |