Ires, rires et sourires en Iran Yangguizi · 14 mai 2006 à 12:04 · 16 photos 134 messages · 29 participants · 31 339 affichages | | | | À: Yangguizi · 21 mai 2006 à 9:45 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 81 de 134 · Page 5 de 7 · 2 894 affichages · Partager Salut yanguizi,
Bizarre car ton aventure me rappelle quelquechose lors de notre voyage en Iran l'an dernier....En fait nous avions fait ce voyage à 3 (un couple d'amis et moi) et avions loué une voiture avec chauffeur pour les 3/4 du voyage Nous avons été de la caspienne au golfe persique où nous avons abandonné la voiture pour renter par les moyens du bord sur Dubai... Au nord nous avons également été skier à DIZIN qui reste un exellent souvenir (il avait neigé à Téhéranun jour avant notre arrivée) alors je te dis pas le régal à Dizin : un ciel d'azur et une neige comme je n'en avis plu eu depuis un moment ! Premier " fait bizarre" notre chauffeur lui meme, nous disait ne pas du tout comprendre l'anglais, mais je n'en suis pas si sur car, la conduite était vraiment dangeureuse dans cepays et plusieures fois on lui a donné des messages d'alerte en anglais qu'il a de suite compris...Une autre fois on l'a arreté où plutot essayé de l'arreter comme on l'a souvent fait pour une photo, mais impossible de l'arreter au contraire il a meme roulé à plus de 120 pendant 10 minutes alors on ne comprenais rien du tout Ce comportement nous a intrigué et au retour j'ai vu sur la carte que nous passions à proximité d'une centrale nucléaire...De meme il aptétexté ne pas pouvoir s'arreter sur le lac de barrage de Karaj dans le nord sur la route de Dizzin Enfin l'incident le plus notoire a eu lieu à Shiraz : nous avions été abordés par un étudiant qui parlait un français parfait : il s'était proposé de nous servir de guide toute une journée pour pratiquer son français et avait demandé simplement qu'on ne lui parle qu'en français ! Le soir il avait été tellement gentil avec nous qu'on a voulu lui donner un "pourboire" mais devant son refus sincère on a décidé del'inviter au resto avec nous.Tout s'est bien passé et vers la fin du repas un inconnu barbu est entré dans le resto et lui a dit 2 mots d'un air sévère. Il a été s'assoir avec lui à une table voisine, pretextant une rencontre d'un " ami" On a observé discretement le manège : il se faisait passer un savon magistral avec questions à l'appui qui visiblement nous concernaient...Cela a duré une bonne demi-heure. Quand il est revenu on aurrait dit qu'il avait été touché par la foudre, il ne parlait presque plus et afini par nous demander si nous étions des espions ? Devant notre rigolade il adit qu'en ce moment meme l'homme controlait nos passeports à l'hotel voisin et qu'il espérait qu'on avait rien à cacher sinon nous et lui aurrions de très gros ennuis...Nous l'avons encore rassuré lui montrant des photos de famille, de notre travail de pompier En fait mon collègue et moi sommes lieutenants de pompiers et c'est ce qui semblait l'inquiéter De plus Christell l'amie de mon collègue et lui n'étaient pas mariés...enfin on est rentrés seuls à notre hotel (il n'a pas osé nous racompagner) On a demandé au réceptioniste si tout allait bien, il a répondu no problem d'un air de dire c'est pas la première fois que les passeports sont controlés...Jamais la mondre réponse à nos e-mails.... | | | À: Chris06 · 21 mai 2006 à 12:38 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 82 de 134 · Page 5 de 7 · 2 879 affichages · Partager Cette histoire est bien triste car dans ce genre de circonstances, les locaux sont toujours beaucoup plus embêtés que les étrangers. J'espère qu'il n'est rien arrivé de grave à l'étudiant.
Comment avais-tu trouvé le chauffeur? Il avait été recommandé par une agence?
En ce qui me concerne, heureusement que je n'ai pas eu une journée de plus en Iran, car c'est sans doute à Kashan que je l'aurais passée. Et apparemment, un des sites les plus intéressants autour de Kashan est situé non loin d'une installation nucléaire à côté de laquelle il faut passer. Stupide comme je suis, j'aurais sans doute pris une photo malgré l'interdiction, et si les policiers étaient tombés dessus, cette simple anecdote pittoresque aurait bien pu prendre une autre tournure.
Fabricia,
Il y a toujours la possibilité de prendre deux cartes mémoires avec soi, et d'en réserver une pour les photos sensibles. Il faut juste espérer ne pas être espionné au moment où on change les cartes. | | | À: Yangguizi · 21 mai 2006 à 13:04 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 83 de 134 · Page 5 de 7 · 2 876 affichages · Partager j'espère bien moi aussi qu'il n'a plus été embeté par la police, mais de toues façons je ne vois pas pourquoi vu que nous sommes réelement des touristes qui voulaient découvrir l' Iran...et que le reste du voyage s'est déroulé sans incidents... Noua avions trouvé notre voiture avec chauffeur par l'agence Pars tourist de Shiraz dont tu parles aussi et de plus nous étions passé par eux pour le vol de l'ile de Queshm (golfe persique) à Dubai la traversée en bateau vers Oman semblait poser des problèmes de sortie d'I'ran...on a donc préféré faire plus simple en quittant le pays par un aéroport ceci dit à 10 minutes d'embarquer le vol a été retardé de 20minutes car le douanier ne comprenait pas que nous ne repartions pas par Teheran Il a fallu l'intervention d'un responsable-gradé qui de plus nous a offert le tchai, alors que l'avion attendait le décollage ! D'ailleurs je peux te dire que tous les 3 autant nous avons adoré ce pays autant j'ai senti comme une sorte de soulagement quand l'avion a quitté le sol iranien ! | | | À: Yangguizi · 21 mai 2006 à 13:10 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 84 de 134 · Page 5 de 7 · 2 873 affichages · Partager 36. Fuite vers le Nord
J'ai un moment pensé à retourner sur la place du sanctuaire, pour reprendre les photos qui venaient de m'être volées, mais me sachant suivi, cela aurait été d'une rare stupidité. Je voulais en fait juste fuir la ville au plus vite.
J'ai donc récupéré ma valise, et me suis rendu à la périphérie de la ville, où j'ai attrapé un savari (taxi collectif) à destination de Téhéran.
Une fois hors de la ville, j'ai médité sur mes exépriences à Qom, dont j'ai malgré tout tiré un bilan positif. Cet Iran-là était repoussant à bien des égards, mais il fallait l'avoir vu, et j'étais malgré tout content d'avoir rencontré autre chose que les aspects les plus positifs du pays.
C'est pourtant plus comme un fuyard que comme un voyageur que je me voyais à ce moment-là, et j'étais assez inquiet à l'idée que les policiers avaient noté sur leur calepin mon numéro de visa. Une mauvaise surprise m'attendrait-elle à l'aéroport de Téhéran lorsque je quitterais le pays? Mieux valait alors ne pas y penser et me concentrer sur la suite du voyage.
Qom n'est pas très éloignée de Téhéran, mais j'ai malgré tout pu observer de superbes paysages, dont une surprenante étendue blanche que j'ai supposée être de sel.
Derrière moi, trois hommes souriants me cuisinaient pour savoir si je n'avais pas par hasard du whisky à partager avec eux dans ma valise. Tous trois s'appelaient Mohammed, mais aucun ne se connaissait. Je n'ai pas réussi à comprendre ce qu'ils étaient venus faire à Qom, mais ils n'avaient manifestement pas l'air de personnages d'une grande piété, bien que l'un d'entre eux vienne de Mashhad, l'autre grande ville sainte du pays.
Nous avons fini par dépasser l'aéroport IKIA et nous sommes approchés des faubourgs de Téhéran. Il y avait toujours de la neige sur les montagnes dominant la capitale, mais en bien moins grande quantité que lors de mon arrivée. Vue de loin, Téhéran n'est pas si moche que ça avec ce fond montagneux. On voit les faubourgs de la capitale, et la tour de la télévision grignoter du terrain sur les flancs montagneux, en se demandant jusqu'où s'arrêtera cette ville champignon. Vue la démographie du pays, il y a sans doute encore du souci à se faire.
Arrivé à la gare sud de Téhéran, j'ai partagé un autre taxi collectif pour rejoindre la gare de l'ouest, et ai assisté assez amusé à une belle scène de ta'rof. Le ta'rof, c'est, entre autres, cette règle de la politesse iranienne qui veut que l'on refuse les paiements plusieurs fois, avant de finalement les accepter devant l'insistance du payeur complice. On rapporte que des étrangers ignorant cette pratique prennent parfois au pied de la lettre le refus de recevoir l'argent de la part de certains hôteliers ou restaurateurs, mettant ainsi ces derniers dans une situation très incofortable. On m'a évidemment fait le coup à plusieurs reprises, dans des taxis ou ailleurs, mais j'ai toujours réussi à payer mon dû. L'un de mes compagnons de voyage avait, lui, presque dû en venir aux mains pour réussir à mettre son argent dans les mains du chauffeur qui refusait obstinément d'être payé.
A la gare routière ouest, j'ai rapidement trouvé un confortable bus pour Qazvin, où pour un khomeiny (un euro donc, si vous suivez toujours), j'ai pu accomplir les deux heures et demi de trajet en compagnie d'une charmante iranienne dont j'avais parlé plus haut.
Une fois à Qazvin, j'ai rejoint mon hôtel qui avait eu la bonne idée de tripler ses prix depuis la dernière édition du Lonely Planet, puis suis parti flâner en ville, tant qu'il faisait encore jour.
La question que je n'ai pas osé poser: puisque le chauffeur refuse de prendre votre argent, pourquoi ne pas me le donner plutôt?
(à suivre...) | | | À: Chris06 · 21 mai 2006 à 13:12 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 85 de 134 · Page 5 de 7 · 2 869 affichages · Partager Je comprends très bien ce que tu veux dire. Ayant aussi adoré le pays, j'ai été très soulagé en passant le contrôle des passeports sans difficulté (tant pis pour le suspense du récit) et lorsque l'avion a décollé de Téhéran. | | | À: Yangguizi · 21 mai 2006 à 13:41 · Modifié le 21 mai 2006 à 13:58 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 86 de 134 · Page 5 de 7 · 2 864 affichages · Partager 37. Un visage familier
Ma promenade dans Qazvin n'était pas entièrement dirigée par le hasard, puisque je voulais notamment trouver un cybercafé, exploit que je n'avais pas réussi à accomplir la veille. Comme d'habitude, je me suis fait balader de rue en rue par les gens que j'interrogeais.
On peut parfois juger les valeurs d'un pays aux noms qui sont donnés aux artères principales des villes. En Iran, la rue principale est souvent la rue de l'Imam Khomeiny, et lorsque ce n'est pas le cas, il ne faut pas chercher bien loin pour trouver une rue portant ce nom. Puis immédiatement après, ce sont les noms des grands poètes iraniens qui reviennent: Sa'di, Ferdosi, Hafez, Khayyam, etc. Qazvin n'échappait pas à la règle, et c'est finalement vers la rue Khayyam qu'on m'a aiguillé.
L'ayant trouvée, il ne restait plus qu'à dénicher le fameux cybercafé, ce que je n'ai pas réussi à faire. C'est alors qu'en attendant de traverser une rue, j'ai aperçu un blond barbu, à propos duquel j'ai commencé à me demander s'il était iranien ou occidental, comme cela m'arrivait souvent. Mais en le regardant mieux, j'ai reconnu le suisse que j'avais croisé à Yazd une semaine plus tôt. Tandis qu'il s'engageait sur la rue, nos regards se sont croisés et on a éclaté de rire en se voyant. Le plus amusant, c'est que lui aussi cherchait le même cybercafé que moi, et était également baladé dans tous les sens par les gens qu'il interrogeait.
La coïncidence était encore plus amusante que la rencontre avec le japonais à Ispahan, car Qazvin n'est pas une des villes les plus touristiques d' Iran, et surtout, ce suisse était le seul étranger que j'y ai vu. Nous avons fini par trouver le cybercafé, puis sommes partis diner dans un assez bon restaurant, c'est-à-dire où ils servaient autre chose que du kebab. Nous en avons donc profité pour nous raconter nos expériences respectives en Iran. Lui traversait en fait toute la route de la soie depuis l' Italie jusqu'à la Chine et avait évidemment une foule de choses à raconter. Il ne s'était pas arrêté à Qom, où il ne faisait que transiter sur le chemin de Kashan à Qazvin. Il avait par contre réussi à trouver un bus direct et n'avait donc pas eu besoin de changer à Téhéran. Comme la plupart des touristes allant à Kashan, il était passé près des installations nucléaires, où il s'est fait contrôler car les étrangers ne sont évidemment pas très bien vus là-bas.
Ce suisse logeait dans le même hôtel que moi, et nous sommes donc rentrés ensemble, non sans nous faire aborder par trois iraniennes souriantes et maquillées à outrance, partant en quête de je ne sais quelles aventures nocturnes. Il faisait nuit, et aucun mollah ne pourrait donc nous voir converser ni nous serrer la main (suprême offense!) pour nous dire au revoir.
Nous avions convenu avec le suisse de faire ensemble la visite des châteaux des Assassins le lendemain et avons donc interrogé le patron de l'hôtel, chaudement recommandé par le Lonely Planet pour organiser ces visites, qui ne sut malheureusement que nous proposer un tour onéreux vers le château d' Alamut et le lac d'Evan. Je voulais pour ma part voir aussi le château de Lamiasar, mais l'homme nous assura qu'un tel tour était impossible à faire dans la même journée, malgré les indications du LP qui affirmait que LUI pouvait l'organiser. Il ne sut que nous dire que le livre se trompait, et que le prix élevé était justifié par la nécessaire location d'un 4x4.
Peu satisfaits par ses explications, nous avons alors décidé de nous organiser nous-mêmes le lendemain, et d'affrêter un taxi pour le château de Lamiasar, qui avait l'air moins loin qu' Alamut. Le lendemain matin, nous nous sommes retrouvés à la sortie de l'hôtel car, entre temps, le suisse s'était engueulé et presque battu avec le personnel de l'hôtel. Pour ma part, j'étais assez énervé par le fait qu'il n'y ait pas eu d'eau ce matin-là. Une première en Iran en ce qui me concerne. Il s'était levé suffisamment tôt pour changer d'hôtel, mais j'ai été trop paresseux pour en faire autant. A nous la découverte!
La question que je n'ai pas osé poser: combien avez-vous payé le Lonely Planet pour qu'on y dise autant de bien de votre hôtel et de vos excursions?
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 21 mai 2006 à 14:31 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 87 de 134 · Page 5 de 7 · 2 858 affichages · Partager 38. Archéologues amateurs
Le premier taxi que nous avons hélé fut le bon. Nous avons eu au départ quelques difficultés pour lui exposer notre projet, mais il finit par nous faire une offre convenable que nous avons acceptée. Direction la forteresse de Lamiasar que nous croyions toute proche de Qazvin.
Elle était en fait beaucoup plus éloignée, mais le paysage que nous avons traversé était exceptionnel. Le suisse, qui vivait en fait en Angleterre, m'assura qu'il aurait pu se croire en Ecosse. Quant à moi, j'avais l'impression de rouler dans les Alpes. Le paysage était en effet non seulement très montagneux - nous étions dans l'Albourz - mais également très verdoyant. Le climat était radicalement différent du reste de l' Iran, et il pleuvait souvent dans cette région, peut-être en raison de la proximité de la Mer Caspienne. Notre chauffeur était très bavard et sympathique, bien que son anglais soit balbutiant. Pendant toute la journée, nous allions donc jongler avec les quiproquos et les éclats de rire, en alternant mauvais anglais et mauvais farsi.
Il n'y avait absolument pas besoin d'un 4x4 pour se déplacer, la route étant très bonne, et il finit par nous déposer près du sentier menant à la forteresse de Lamiasar, où nous n'avons en fait marché qu'un bon quart d'heure au lieu de l'heure annoncée.
Le paysage était grandiose, dominant une riante vallée émaillée de quelques villages, mais la forteresse de Lamiasar nous déçut tout d'abord. Le chemin nous mena en effet à un tas de pierres presque informe, dans lequel une porte et des semblants de fenêtre fantomatiques semblaient avoir miraculeusement survécu aux siècles. C'était le principal reste de la forteresse. Puis nous avons regardé autour de nous, et avons aperçu d'autres monticules de pierre, plus ou moins bien conservés. En nous déplaçant sur le site, nous avons alors enfin pris la mesure du lieu. Il y avait en fait beaucoup plus à voir que ce que nous avions cru au départ, même si seuls des bouts de murailles et de tourelles surgissaient ici et là.
Il était passionnant de reconstituer mentalement les contours de la forteresse, d'en évaluer ses points forts et ses faiblesses, d'essayer de deviner en fonction de la forme des murs et des restes, quelle était la partie habitation, et la partie purement militaire. Y avait-il en fait une gigantesque forteresse unique, ou bien deux structures distinctes? C'était difficile à deviner tant les ruines étaient éparpillées et sacrément abimées. Nous avons fini par tirer la conclusion de tout cela que la forteresse méritait sa réputation d'être imprenable, tant la disposition des fortifications et sa situation sur la montagne étaient impressionnantes. En tout cas l'atmosphère dégagée par l'endroit était inoubliable, et la forteresse de Lamiasar fut un des coups de coeur inattendus de ce voyage en Iran. Aucun visiteur, aucune indication nulle part, le sentiment d'être perdu au milieu de nulle part, il n'en fallait guère plus aux deux prétentieux que nous étions pour nous prendre pour des archéologues amateurs.
De sucroit, certaines parties du flanc de la montagne, de l'intérieur de l'enceinte, étaient recouvertes de débris de poteries que nous supposions très anciennes. Les véritables archéologues n'avaient apparemment pas tout pris, et nous marchions littéralement sur une histoire vieille de près d'un millénaire, en essayant d'imaginer quel cataclysme humain ou naturel avait pu réduire presque à néant une forteresse autrefois si colossale.
Au bout d'un moment, nous avons quitté cet endroit magique avec l'intention de rentrer à Qazvin, puisque l'hôtelier nous avait affirmé qu' Alamut était trop loin. En bas du sentier, un responsable de l'office du tourisme local nous attendait avec le chauffeur pour discuter un peu avec nous. Apparemment, l'attraction, c'était nous! Nous avons eu beaucoup de mal à communiquer, mais il nous a fait comprendre qu' Alamut n'était pas si loin que ça, et que c'était tout à fait faisable dans la journée. Nous avons renégocié avec le chauffeur, et avons donc décidé de poursuivre le périple montagneux vers Alamut.
La question que je n'ai pas osé poser: puisque c'est votre métier d'en faire la promotion, pourquoi aucun touriste ne vient-il ici?
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 21 mai 2006 à 18:43 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 88 de 134 · Page 5 de 7 · 2 843 affichages · Partager Salut Yangguizi, tout d'abord bravo pour tes récits, ils sont très bien écrits (ce qui n'est donné à tout le monde) et le temps que dois y consacré force le respect. Je vais me rendre en Iran cet été, et en fan inconditionnel de Shajarian ou de Ghorbani, j'aimerais savoir si tu as eu l'occasion d'entendre de la musique traditionnel du style sur des poèmes d'Hafez par exemple. Y at-il des "concerts" public parfois? Et pour finir, te fais tu inviter à dormir chez les gens parfois, ou ne peuve t-il pas se le permettre? A bientôt et bon courage! | | | À: Flm · 22 mai 2006 à 7:01 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 89 de 134 · Page 5 de 7 · 2 834 affichages · Partager Bonjour, merci pour tes compliments. 
Dans le mausolée d'Hafez, tu seras certain d'entendre de la poésie chantée accompagnée de musique traditionnelle. Mais ce sera pré-enregistré et diffusé par haut parleurs, ce n'est donc pas un concert public comme ce qui t'intéresse. Moi aussi j'aurais bien aimé assister à ça d'ailleurs, mais n'en ai pas eu l'occasion. Toujours à Shiraz, il y a le restaurant dont on a parlé plus haut, dans l'ancien hammam, où des musiciens se produisent régulièrement.
Je ne me suis jamais fait inviter chez les gens, car mes rapports avec les iraniens ont en fait été très superficiels, notamment en raison du problème linguistique. Rares sont les gens que j'ai rencontrés qui parlaient vraiment bien anglais, à part quelques hôteliers. Mais de nombreux voyageurs plus chanceux racontent s'être fait inviter, il y a donc des chances que ça t'arrive. | | | À: Yangguizi · 22 mai 2006 à 13:37 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 90 de 134 · Page 5 de 7 · 2 814 affichages · Partager 39. Pèlerinage d'un grand enfant
Je voulais absolument aller voir la forteresse d'Alamut, c'était en fait la principale raison de ma venue dans les environs de Qazvin, et j'y serais allé à tout prix. Enfant, des lectures sur le mythe d' Alamut et d'Hassan Saba m'avaient fait rêver, et je croyais alors qu'il ne s'agissait que d'une légende. Ce n'est que beaucoup, beaucoup plus tard, en m'intéressant à l' Iran, que j'ai compris qu'autant le lieu que le personnage étaient historiques et avaient bien existé.
Hassan Saba était le chef le plus connu de la secte ismaélienne des Assassins, qui avait terrorisé le Moyen Orient pendant près de deux cents ans, au début du dernier millénaire. Ce sont finalement les Mongols qui leur ont porté le coup de grâce au Douzième Siècle. Les Assassins étaient de redoutables guerriers, nichés dans des dizaines de forteresses imprenables, la plupart d'entre elles se situant dans la région de Qazvin. On raconte que les chefs des Assassins fanatisaient les guerriers en les nourrissant de haschish (le mot Assassin dérive en fait de cette herbe, ce qui, au passage, ne pourrait que relancer le débat sur le lien drogue / délinquance si nos hommes politiques et nos médias s'intéressaient un tant soit peu à l'Histoire). Une fois dans un état second, ils étaient emmenés dans des parties secrètes des forteresses où ils découvraient le paradis sous la forme d'un harem peuplé de créatures de rêve. Leurs esprits retrouvés, les chefs leur disaient que c'est ce qui les attendait s'ils mourraient pour eux. Peut-être nos terroristes actuels usent-ils du même subterfuge, allez savoir...
Alamut était donc la plus importante et la plus connue de ces forteresses, et l'avoir à portée de la main était donc une trop belle occasion, que je ne pouvais pas laisser passer. Il y avait deux bonnes heures de trajet entre Lamiasar et Alamut, et nous allions donc en profiter pour discuter un peu avec le chauffeur, en plus de contempler le majestueux paysage de montagnes qui défilait.
Disons le clairement, notre chauffeur n'était pas un ami des mollahs. Il aimait bien l'ultra-conservateur Ahmadinedjad pourtant, et le réformateur Khatami aussi, ce qui n'est pas un mince paradoxe, mais en tout cas, il n'aimait pas les mollahs. Il y avait d'ailleurs de quoi! Malgré son épouse et son enfant, il avait l'air de collectionner les maîtresses. Comment s'y prenait-il dans un pays où l'adultère et les relations hors mariage sont tellement tabou? Comment s'y prenait-il dans un pays où, à la question "avez-vous une petite amie?" on me répondait souvent "mais bien sûr que non, c'est impossible"? Nous ne l'avons pas su, mais avons en revanche appris quelques détails croustillants sur les histoires de fesses qui avaient déjà eu lieu sur la banquette arrière où j'étais précisément assis. L'une de ses maîtresses avait même 16 ans, soit 12 de moins que lui!
Notre homme était donc un joyeux luron, qui chantait et dansait au volant (il fallait parfois le lui tenir, pour éviter de finir dans le décor) au son d'une musique afghane aux rythmes étonnamment modernes. "J'ai un taxi, une femme, un enfant, et une sandwicherie" nous disait-il tout fier, en énumérant ses réussites. "et une maîtresse, c'est le plus important" ai-je rajouté!
Bon an mal an, nous approchions du but, après un bref détour par le lac Evan, sympathique mais qui ne casse pas non plus des briques. Alamut se présentait enfin devant nous, sous la forme d'un gigantesque rocher monolithique dominant une étroite vallée, où se nichait, dit-on, les restes d'une forteresse. C'était donc ça Alamut? J'avais peur d'être déçu.
Nous sommes montés, et avons cette fois rencontré une poignée de touristes iraniens. Je ne le cacherais pas, le site m'a déçu. Beaucoup moins étendu que Lamiasar, il était en pleine réstauration, et je me demande bien à quoi il ressemblera quand les fouilles et les travaux seront terminés. Alamut ne ressemblait pas du tout à Lamiasar, était plus ramassée, et son état de conservation, sans être ni vraiment ni meilleur ni pire, était en tout cas différent. On distinguait nettement des pièces, et des profondeurs mystérieuses, mais les échaffaudages et barrières gâchaient incontestablement le plaisir de la visite. Le paysage en revanche était grandiose, et on pouvait encore distinguer pas mal de neige sur les sommets environnants.
En ce qui me concerne c'était donc décidé, c'est Lamiasar que j'associerais désormais au mythe d' Alamut.
Nous sommes rentrés dans la nuit à Qazvin, et le chauffeur a tenu à nous inviter dans sa sandwicherie. Nous avons accepté, la croyant à un demi kilomètre de la ville (half kilometer, en anglais) mais avions en fait mal compris, il fallait entendre sept kilomètres (haft kilometer, en farsi). Nous avons là-bas été l'attraction des gamins du quartier qui voulaient absolument parler de foot avec nous, et avons assisté de la part de notre chauffeur à une belle démonstration d'un sport local consistant à faire des figures avec des quilles extrêmement lourde. Je ne sais plus comment ça s'appelle, hélas.
De retour à Qazvin, j'ai fait mes adieux au suisse autour d'une bière sans alcool, et en recevant dans le cou un cafard qui était tombé du plafond de la boutique.
La question que je n'ai pas osé poser: quel est le numéro de téléphone de ton épouse? On aurait un truc à lui dire.
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 22 mai 2006 à 15:30 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 91 de 134 · Page 5 de 7 · 2 838 affichages · Partager 40. Tranquilité et tempérance
Le lendemain, j'aurais pu effectuer un long et pénible aller-retour vers Soltanieh, et sa gigantesque coupole, la plus grande au monde, mais j'estimais avoir déjà suffisamment couru comme ça, et avoir largement atteint le quota de belles choses que je m'étais assigné. Et puis il fallait bien garder des merveilles pour le prochain voyage, et justement, la région du nord-ouest pourrait bien recueillir mon suffrage si je retourne (pardon, quand je retournerai) en Iran.
J'allais donc passer une journée à Qazvin, sans voir un seul bus ni courir une seule fois contre la montre. Ca ne m'était pas encore arrivé depuis mon arrivée en Iran, et c'était bien là ma dernière occasion de paresser un peu avant de rentrer à la maison.
Qazvin est une ville assez tranquille et plutôt accueillante. C'est en fait une ville assez ancienne, étape majeure sur la route de la soie. Le caravansérail qui en était le coeur sert aujourd'hui d'entrepôt pour matériaux de construction, et le bazar est intéressant sans être exceptionnel. La ville recèle toutefois deux ou trois belles mosquées, dont je savais qu'elles seraient les dernières de mon voyage.
L'après-midi, en visitant un mausolée, j'ai croisé par hasard un cortège funéraire, dont les hommes portaient le cercueil à bout de bras dans une partie de la ville. Une petite trentaine d'hommes donc scandaient la même phrase tout au long du parcours, suivis à distance respectable d'un nombre à peu près équivalent de femmes en tchador. Une fois dans le mausolée, tout ce petit monde s'est placé en plusieurs rangées en écoutant le discours d'un mollah probablement caché dans l'édifice. Puis ils sont repartis. Même dans le deuil, les sexes ne se mélangent pas.
Derrière le mausolée, un cimetière de guerre était dominé par de nombreux drapeaux iraniens et une grande photo du Guide Suprême Khameini en train d'inspecter les tombes. Sans doute de la fascination morbide...
En début de soirée, j'ai acheté des sucreries afin de remplacer mes biscuits de Qom qui s'étaient brisés lors d'un choc. Après avoir goûté quelques délicieux échantillons, j'ai finalement pris quelques sacs d'oeufs de Pâques, ou plutôt de leur équivalent local. Mes collègues allemands ont eu du mal à croire que ça venait d' Iran!
Ce fut donc une journée très tranquille, et je me suis couché tôt afin de pouvoir me lever de bonne heure le lendemain matin pour rejoindre Téhéran. Au petit matin, je suis descendu payer ma note, et suis heureusement tombé sur le patron qui parlait anglais. Je voulais obtenir une réduction en raison de la coupure d'eau de la veille au matin, mais l'homme ne voulait rien entendre. ça n'a duré qu'une demi-heure. non ça a duré plus longtemps que ça, et je n'ai pas pu me doucher. ça a juste duré une demi-heure, on n'accorde pas de réduction pour ça. vous savez bien que c'est faux. s'il y a une coupure d'électricité pendant trente secondes, vous n'allez quand même pas demander une réduction! je ne parle pas d'électricité mais d'eau, ne changez pas de sujet. vous êtes le seul client à avoir eu un problème. non, je sais que les iraniens de mon étage ont eu le même problème. écoutez, vous êtes le seul à vous plaindre. Notre hôtel est toujours plein, on s'en fiche de vos réclamations. je vois bien ça, ce n'est pas très digne d'un gentleman. vous avez déjà un très bon prix, pourquoi voulez-vous encore une réduction? un très bon prix? oui, un très bon prix pour vous, et un mauvais prix pour moi. et les iraniens qui viennent de payer la moitié de mon prix il y a une minute, c'était un super super prix génial? bon, tenez, voilà 10.000 rials, et on n'en parle plus. J'ai d'abord refusé, mais il a fini par me mettre le billet presque de force dans la main. Je l'avais mauvaise. ah oui au fait, hier on est allés dans la même journée à Lamiasar, Evan, et Alamut. ah, vous voulez faire ça aujourd'hui? non, on l'a fait hier. On a fait les trois dans la journée. Et sans 4x4. Et pour un bon prix. ah? au revoir.
Sur ce, je suis parti à Téhéran où je suis arrivé en milieu de matinée.
La question que je n'ai pas osé poser: si je vous rends les 10.000 rials, vous pouvez faire un sourire?
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 22 mai 2006 à 15:53 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 92 de 134 · Page 5 de 7 · 2 832 affichages · Partager 41. Bonne conscience
Téhéran était ce jour-là beaucoup moins embouteillée, et relativement plus vivable que lors de mon arrivée. Nous étions vendredi, jour de repos.
Le trajet à pieds jusqu'au Palais du Golestan allait donc être moins pénible que prévu. Même l'hideuse Place Khomeiny, coeur de la ville, semblait moins inhumaine que dans mes souvenirs. Par chance, le Palais du Golestan était ouvert ce jour-là, contrairement au jour de mon arrivée. J'allais donc pouvoir jouer au touriste une dernière fois.
Construit sous la dynastie Qadjar, celle ayant précédé les Pahlavi, le Palais du Golestan est richement décoré, et son parc est plutôt agréable, une vraie oasis dans l'enfer urbain. La collection de peintures de souverains européens, et de souverains persans sur le modèle européen rappelle que ce Palais voulait rivaliser avec ceux de l'Europe toute-puissante.
Non loin de là, c'est le Musée National Iranien qui était lui aussi ouvert ce vendredi. On m'en avait dit du mal, mais je n'avais rien d'autre à faire et je voulais me donner bonne conscience. Ne pas l'avoir vu aurait sans doute été dommage. C'est vrai que ce musée était relativement peu intéressant et peu fourni en comparaison de la richissime histoire iranienne. C'est dommage. Juste à côté, le Musée d'Arts Islamiques est un peu mieux fourni et vaut le détour. Je n'ai en revanche pas pu voir le Musée des joyaux de la couronne, parait-il extraordinaire. De toute façon, j'avais vu deux des hauts lieux de Téhéran sur trois, et je pouvais donc avoir bonne conscience.
J'étais tenté d'aller voir l'ancienne ambassade américaine, théâtre de la fameuse prise d'otages et haut lieu de la haine anti-occidentale, mais j'estimais que j'avais déjà eu mon lot de soucis à Qom, et ne voulais pas en rajouter. C'est donc vers un autre haut lieu de la Révolution Islamique que j'allais me diriger.
La question que je n'ai pas osé poser: vous sentez-vous honorés à l'idée que le Musée du Louvre vous ait généreusement offert des copies des pièces maîtresses iraniennes en sa poessession?
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 22 mai 2006 à 16:47 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 93 de 134 · Page 5 de 7 · 2 818 affichages · Partager 42. Sainte visite
Le Mausolée de l'Imam Khomeiny se trouve au terminus de la ligne de métro rouge. Le bâtiment, gigantesque, se situe sur la route de l'aéroport, et c'est en fait le premier bâtiment de taille qu'on voit en arrivant de celui-ci. Pour une première impression de l' Iran, on pourrait faire pire!
Quand je suis arrivé sur place, je me suis aperçu que ce bâtiment-là aussi était en travaux, et qu'on ne pouvait donc pas pénétrer dans l'immense cour principale. Le complexe est en tous les cas absolument gigantesque, et sa forme évoque plus ou moins une mosquée, avec ses nombreux coupoles et minarets. C'est là que repose le corps de l'Imam Khomeiny, Guide Suprême de la Révolution Victorieuse, et Grand Leader du Monde Musulman. Mais contrairement aux mausolées des grands leaders de la révolution qu'on peut avoir ailleurs dans le monde, le corps de Khomeiny n'a pas été embaumé et n'est pas visible. On ne peut voir que son imposant cercueil. Ca doit donc être ça, la fameuse différence entre communisme et religion.
Les étrangers peuvent entrer à l'intérieur, après avoir passé un contrôle de sécurité, et on a même le droit de prendre des photos. La salle où Khomeiny est conservé est très grande, et entièrement recouverte de tapis. Quelques hommes prient par-ci par-là, mais la plupart des gens discutent en famille ou entre amis, tandis que quelques gamins font les quatre cents coups avec leurs jouets. L'endroit n'a apparemment rien de sacré, et c'est en fait comme cela que l'entendait l'Ayatollah.
J'ai fini par ressortir dans le petit parc, apparemment très apprécié pour les pique-niques, et suis revenu sur mes pas, le long des boutiques à souvenirs. Je me doutais bien que je trouverais des merveilles ici, et n'ai pas été déçu du voyage. Badges de Khomeiny et de Khameini, portraits de Khameini et de Sistani (le plus grand ayatollah d'Irak) tenant sur des ventouses, et surtout affiches de propagande, tout cela me ravissait. Vus les prix très modiques, j'ai ramené une grande quantité d'affiches de Khomeiny, Khameini, et d'Ahmadinedjad. Je connais pas mal de collectionneurs, dont votre serviteur fait partie, qui seront sans nulle doute satisfaits de ces modestes cadeaux. J'ai aussi pu dénicher quelques affiches de propagande mettant en scène des martyrs de la guerre Iran-Irak, et des groupes de soldats triomphants.
Le vendeur a dû être surpris de voir un étranger acheter autant de souvenirs, mais il ne l'a pas manifesté. En regardant autour de moi, j'ai remarqué que la proportion de soldats et de barbus parmi le chaland était loin d'être négligeable, et je me suis donc rapidement dirigé vers la station de métro, avec mon lourd butin à la main.
La question que je n'ai pas osé poser: je préfère Georges W. Bush et Ariel Shraon. Vous n'auriez pas leurs portraits?
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 22 mai 2006 à 17:10 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 94 de 134 · Page 5 de 7 · 2 811 affichages · Partager Le sport local avec les quilles (moi aussi j'ai oublié le nom  ), tu as vu ça dans une salle dédié à ça ou pas ?.. parce que c'est assez impressionnant (je sais pas si les visiteurs de l' Iran qui lisent ça sont allés assister à une session...). | | | À: Cupda · 22 mai 2006 à 17:20 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 95 de 134 · Page 5 de 7 · 2 808 affichages · Partager C'est pas le zurkhaneh? c'est dans une salle, ce sont des athlètes, et en fait il n'y a pas que les quilles? | | | À: Yangguizi · 22 mai 2006 à 17:23 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 96 de 134 · Page 5 de 7 · 2 806 affichages · Partager 43. Maudite soit la guerre
A deux pas du Mausolée de Khomeiny, de l'autre côté de la station de métro, il y a le cimetière Behesht-e-Zahra, où reposent quelques 200.000 morts de la guerre Iran Irak. Je ne sais pas pourquoi j'y suis allé, ce n'était pas mon intention. Mais il n'était pas encore très tard et je n'avais plus aucun projet pour la journée. Et comme c'était à seulement quelques minutes à pieds, j'ai fait le déplacement.
Au début, je n'en ai vu qu'un tout petit morceau. Quelques dizaines ou centaines de tombes à même le sol, des plaques où figuraient parfois des photos des disparus, accompagnées de ce qui était sans doute un éloge funèbre ou un récit de leurs faits d'armes, je l'ignore. De nombreuses fleurs ou pétales de fleurs étaient disposés sur certaines de ces tombes. Par-ci par là, on pouvait apercevoir des hommes ou des femmes se recueillant en silence sur les tombes.
Puis je suis sorti de ce premier carré, et en ai vu un autre identique, puis l'ayant traversé, j'en ai vu un autre, puis encore un autre plus grand, et encore et encore, dans toutes les directions. En fait ce champ de tombes s'étendait à perte de vue, même si cela n'était pas visible au premier abord, car tous ces carrés sont séparés par des haies. Je déambulais au hasard, n'osant croiser le regard des familles en pleurs.
De temps en temps, des groupes plus importants écoutaient en larmes des discours de vétérans ou de membres des familles. Un peu plus loin, les tombes devenaient plus élaborées, et les pierres tombales s'élevaient au-dessus du sol. Ca n'en finissait pas, la quantité était vertigineuse, et les portraits, omniprésents, montraient des hommes de tous âges emportés par la folie des hommes, et la sauvagerie de l'un d'entre eux, en ce moment jugé pour des crimes perpétrés dans son propre pays, l'Irak.
Quel immense gâchis... Combien de soldats, de civils, d'enfants soldats, d'enfants civils ont-ils perdu la vie dans ce conflit du côté iranien? Je l'ignore. Et du côté irakien? Je l'ignore aussi. Cette guerre d'un autre temps semble aujourd'hui tellement incroyable, comment a-t-elle pu durer aussi longtemps? Et comment l'Occident a-t-il pu la tolérer au nom du soi-disant endiguement d'un régime soi-disant aussi dangereux pour la paix du monde?
La guerre est encore très présente dans les esprits. C'est normal, ça fait moins de vingt ans qu'elle s'est achevée. Les affiches de propagande et la télévision l'évoquent en permanence. Comment l'ignorer? Combien d'estropiés de trente cinq ou quarante ans ai-je vu dans les grandes villes iraniennes, ayant perdu une ou deux de leurs jambes? Ils sortaient à peine de l'enfance, quand une partie de leur corps est partie au Paradis des martyrs.
J'ai commencé à me sentir mal, mon regard avait beau chercher autre chose que des tombes, j'étais en plein coeur du cimetière et il n'y avait rien d'autre à quoi me raccrocher. Ma gorge s'est nouée, j'ai senti quelques larmes poindre, et j'ai foncé vers la sortie que j'ai heureusement fini par trouver assez rapidement. J'ai ignoré les enfants qui voulaient me parler, je n'avais qu'une idée en tête, quitter ce lieu.
Pour ma dernière visite en Iran, j'avais vraiment fait un mauvais choix. Ou bien était-ce au contraire la transition idéale d'un monde de merveilles à une réalité et un présent bien plus sinistres?
Maudites soient les guerres, présentes, passées, et à venir.
La question que je n'ai pas osé poser: avez-vous pensé à acquérir les terrains adjacents? Il serait temps, les américains arrivent!
(à suivre...) | | | À: Anne75015 · 22 mai 2006 à 17:26 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 97 de 134 · Page 5 de 7 · 3 460 affichages · Partager Oui, le zurkhaneh, je crois que c'est ça.
Je ne l'ai pas vu en salle, mais seulement dans la sandwhicherie du chauffeur, car il aimait s'entrainer à ça et en avait un jeu à disposition. J'ai essayé de soulevé le truc, j'y suis arrivé, mais j'ai même pas réussi à le balancer sur mon épaule (pas envie de me casser une omoplate)
Le suisse avait vu ça en gymnase à Ispahan, il m'a montré sa video, et c'était vraiment très très impressionnant, en sachant que les types jetaient les quilles en l'air et les rattrapaient au vol! | | | À: Yangguizi · 22 mai 2006 à 17:29 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 98 de 134 · Page 5 de 7 · 3 455 affichages · Partager C'est vrai j'ai trouvé ça vraiment impressionnant aussi, il y avait même des quilles plus petites pour des enfants qui s'entraînaient déjà... | | | À: Yangguizi · 22 mai 2006 à 17:53 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 99 de 134 · Page 5 de 7 · 3 449 affichages · Partager 44. Les chants du départ
Il ne me restait plus rien à faire à Téhéran, et je me suis mis en quête d'un cybercafé, sur le chemin duquel j'ai vu un homme urinant tranquillement sur le trottoir d'une des rues principales, exposant ainsi son outil au vu et au su de tout un chacun. Heureusement pour lui qu'aucun mollah ne passait par là à ce moment!
Après un dernier kebab, je suis allé me coucher de manière à être frais et dispos pour la très très longue journée qui m'attendait le lendemain. Réveillé plus tôt que prévu, j'ai allumé la télé, alors que les programmes commençaient à se mettre en route. La récitation chantée de versets du Coran sur des images du cosmos et des plus beaux paysages naturels de la Terre était assez intéressante, je dirais même esthétique, même si le message métaphysique qui se cachait certainement derrière cela avait bien du mal à me pénétrer. C'était ma foi un chant du départ fort approprié.
A l'aéroport, mon passage à l'immigration s'est déroulé sans problème, et mon numéro de visa n'a donc apparemment pas été communiqué par les policiers de Qom. Je n'ai pas eu non plus à payer de supplément pour des deux kilos d'excès de bagage. C'était déjà un miracle d'avoir tout pu faire rentrer dans ma valise, et j'étais donc plutôt content de la manière dont ce départ se déroulait.
Une déception toutefois, il n'y avait aucun duty free à l'aéroport IKIA, et je n'ai donc pas pu acheter le caviar que je convoitais sans l'avoir réellement cherché dans le reste de l' Iran.
Dans la salle d'embarquement, j'observais les passagers dont la composition ressemblait étrangement à celle du vol aller: une majorité d'iraniens, des chinois, et des occidentaux. Une passagère de type asiatique m'intriguait. Etait-elle chinoise ou indonésienne? J'ai finalement opté pour la deuxième option, mais pour l'avoir vue dans le second vol sur Shanghai, sans son voile, et avec son passeport, j'ai compris que je m'étais trompé. Que faisait donc une chinoise seule en Iran? J'aurais bien aimé lui demander mais n'en ai pas eu l'occasion.
L'avion décolla avec un peu de retard, et, ayant eu la chance d'avoir un hublot, je dévorais le paysage. Nous sommes passés à la verticale d' Ispahan, et j'ai parfaitement reconnu la forme de la ville et du fleuve, les ponts, la Place de l'Imam et la Mosquée du même nom. Les monts Zagros étaient toujours enneigés, et les paysages toujours magnifiques. Quelle symphonie de couleurs!
Un peu plus tard, après avoir traversé le Golfe Persique, j'ai aperçu les iles artificielles de Dubai en construction, juste avant d'atterrir au milieu des gratte-ciels.
La question que je n'ai pas osé poser: pourquoi enlevez-vous vos voiles une fois l'avion décollé? Vous trouvez ça désagréable?
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 22 mai 2006 à 18:11 Re: Ires, rires et sourires en Iran Message 100 de 134 · Page 5 de 7 · 3 440 affichages · Partager 45. Atterrissage brutal
L'avion de la compagnie Emirates se posa tout en douceur sur la piste, mais l'atterrissage réel dans le monde extérieur après deux semaines magiques en Iran fut brutal.
La température de Dubai tout d'abord fut un vrai choc, une claque même en sortant du confort climatisé de l'avion. Nous n'étions qu'à la mi-mai, et je n'ose penser à ce que ça donne au mois d'août.
J'avais une après-midi entière et une soirée à meubler avant de redécoller pour Shanghai, et malheureusement, aucun des deux amis que j'avais à Dubai n'avait répondu à mes mails. J'étais donc livré à moi-même. Ayant renoncé à quitter l'aéroport par les transports publics, quasiment inexistants, j'ai finalement pris un taxi pour la gare routière. Comme j'avais du temps à perdre, j'avais décidé de me déplacer lentement, et à Dubai, le bus est parfaitement indiqué pour cela. Certes, il ne roule pas si mal que ça, mais il faut l'attendre longtemps, très longtemps. Il n'en passe en fait qu'un par heure sur des axes pourtant apparemment importants. Mais Dubai est une ville riche, et dans les villes riches, les honnêtes gens se déplacent en voiture particulière. Quand on a du pétrole, il faut le brûler!
Au bout d'une heure donc, mon bus est arrivé et je suis descendu à un arrêt à environ un quart d'heure à pieds de ma destination: le Mall of Emirates, un gigantesque centre commercial qui abrite notamment... une piste de ski! C'est parfait, il devait y faire très froid, c'est exactement ce qu'il me fallait, et j'âi même réussi à me geler les mains, n'ayant pas pris mes gants avec moi.
La piste de ski de Dubai, c'est assez amusant. Très prétentieux bien sûr, avec une piste malheureusement trop courte pour atteindre sa vitesse de pointe. Mais j'ai quand même réussi à y rester deux heures sans trop m'ennuyer. Un merci au passage à la dame qui s'est cassé quelque chose, et qui a fait sortir le scooter des neiges et les secouristes avec leur brancard. Merci pour le spectacle, c'était très très fort! Il fallait vraiment maintenir l'illusion jusqu'au bout!
Après le ski, j'ai un peu flané dans le centre commercial, amusé et même un peu choqué par le contraste saisissant entre les femmes locales entièrement recouvertes de la tête aux pieds, et dont seuls les yeux dépassaient (bien pire qu'en Iran) et les occidentales et asiatiques se promenant d'une manière insouciante dans les tenues les plus provoquantes. Si seules quelques unes se balladaient comme cela, on pourrait facilement qualifier ce comportement d'un manque de respect flagrant, mais étant donnée la proportion d'étrangers là-bas, cela semblait plutôt être la norme, les locaux et les locales étant l'exception. Drôle de monde...
Ayant encore du temps à perdre, je suis allé voir le film Mission Impossible III, et sa fameuse citation "tu dois aller à Shanghai". Ah oui, zut, il fallait que j'aille à Shanghai, j'allais presque oublier. Direction l'aéroport donc. Dans l'avion pour Shanghai, mon voisin n'était ni obèse ni ronfleur. Le monde avait changé.
Je n'avais aucune question à poser et n'en avais de toute façon pas envie.
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