Aujourd’hui il faut se préoccuper de notre mode de transport pour demain, car là où nous allons –
Khajurâho et ses temples érotiques – aucune voie ferrée n’existe. Les bus sont dans un état déplorable, et plus de dix heures dans ces tombeaux roulant ne nous excite guère. La seule option reste le taxi, qui elle non plus n’est pas très enthousiasmante. Quand on connait l’inexistence des lois, et– l’anarchie qui règne sur les routes indiennes, on est en droit d’être inquiet ; où selon son niveau de paranoïa, terrifié. On sait les Indiens très différents de nous en ce qui concerne la mort. Pour eux elle n’a rien d’inacceptable ni de définitive. La réincarnation leur permet d’envisager une vie meilleure s’ils se sont comportés convenablement dans cette vie. Et puis ce qui doit être vécu sera vécu : le karma. Donc, doubler dans un tournant sans visibilité ne leurs posent pas trop de problèmes, conduire comme s’ils étaient seuls sur la route ne les déranges pas, du moment qu’ils klaxonnent plus fort que les autres. Un sympathique chauffeur de taxi, qui mène une vie normale, qui est gentil avec ses proches, qui ne commet pas trop de fautes, et qui honore correctement ses divinités préférées, sera un véritable danger public sur la route, car sa vie future sera meilleure. Tandis qu’un fieffé salopard dans la vie de tous les jours – et qui le sait – sera un excellent conducteur, il n’aura pas encore envie de mourir, car sa nouvelle réincarnation se fera en cochon, et les cochons en
Inde ce n’est pas le top. Remarquez en
France non plus. Donc quand on prend un taxi toujours demander ; êtes-vous un salopard ? Si oui, vous pouvez monter. Si non, fuyez !
Nous dégustons un délicieux milk shake, quand nous voyons arriver un couple de vieillard bras dessus bras dessous. Lui habillé d’un simple pagne, d’une stature assez impressionnante – grand et maigre, et se tenant très droit, avec beaucoup de classe – elle, toute petite vêtue comme il se doit d’un magnifique sari, semble diriger l’équipage. Car le vieux monsieur, visiblement, arrive au bout de sa route. Tous les vingt mètres il s’accroupit épuisé par tant d’effort. Sa compagne, enfin nous le supposons, s’accroupie à ses côtés lui parlant très doucement, l’encourageant à continuer. Ils se redressent, et continuent leur route, très lentement. Ils sont sans doute très vieux, mais impossible de leur donner un âge. Nous les trouvons très beau. La première pensée qui me vient à l’esprit en les voyants, me renvoie à ma propre vieillesse, et une question. Finir sa vie dans une maison de retraite aseptisée, avec comme seul horizon le mur en face de soi, ou terminer sa vie comme ces deux vieillards, qui sans doute sont misérables - financièrement - mais libres ? Quand Emilie leur donne un peu d’argent, leurs regards s’illuminent de gratitude, et nous les voyons prendre un rickshaw. Ici il n’est pas question d’humiliation quand on donne de l’argent, la mendicité et le don font partie de la vie courante. Ce qui peuvent aider, aident.
Finalement, demain nous optons pour le taxi. Il viendra nous prendre à neuf heures. C’est un salopard !