Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Denis007 · 21 avril 2017 à 5:44 · 126 photos 85 messages · 28 participants · 14 751 affichages | | | | À: Denis007 · 30 avril 2017 à 21:51 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 21 de 85 · Page 2 de 5 · 2 603 affichages · Partager Bonjour, je suis avec intérêt votre périple en Chine.C'est vivant, amusant j'aime beaucoup. En même temps on se rend bien compte de la difficulté de communication, mais vous parvenez à nous montrer que ce n'est pas un problème, ce dont je suis persuadée.C'est une destination qui m'attire et figure sur ma wish list.  A tres vite de vous lire. | | | À: Lulu0984 · 30 avril 2017 à 22:57 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 22 de 85 · Page 2 de 5 · 2 586 affichages · Partager bonsoir, j'y suis allée 28 jours l'été dernier avec ma fille. pékin, datong, xi'an, pingyao, wuyuan (zone rurale très jolie) huangshan, hangzhou, shanghai, pékin. c'est vrai que la communication n'est pas simple. peu de chinois parlent anglais! un conseil: faites vous écrire vos destinations en chinois, c'est très pratique pour les bus, taxis et train. sinon tout est noté en pinguin, et ça c'est très pratique! | | | À: Jojoone1 · 1 mai 2017 à 19:58 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 23 de 85 · Page 2 de 5 · 2 521 affichages · Partager Bonjour,
Cela me rappelle mes 3 ans passés en Chine, pourtant même à Shanghai dans les toilettes de supermarche il n y avait pas de porte en 2010!! mais bon quand on a envie on y va quand même ! C'est sure Les Chinois ne sont pas pudiques ! | | | À: Denis007 · 3 mai 2017 à 18:31 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 24 de 85 · Page 2 de 5 · 2 424 affichages · Partager Salut Denis
Il faut absolument que tu poursuives ton magnifique carnet de voyages. C'est un plaisir à lire, et en plus une potentielle mine d'informations pour moi qui serai dans le coin cet été | | | À: Parigino · 4 mai 2017 à 1:04 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 25 de 85 · Page 2 de 5 · 2 392 affichages · Partager Bonjour
Merci pour le retour, et bien entendu que je vais poursuivre ce carnet! Il faut juste être un poil patient car je l'écris au fur et à mesure dès que j'ai du temps libre, et comme je suis toujours en voyage (actuellement en Colombie), j'essaie d'abord de profiter de mon trip!
Pas d'inquiétude, la suite arrive très vite, dès que j'aurais retrouvé une bonne connection, et j'espère bien avoir terminé ce carnet avant l'été! :-)
Et merci pour tous ces retours positifs, ça fait très plaisir! | | | À: Denis007 · 5 mai 2017 à 11:35 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 26 de 85 · Page 2 de 5 · 2 325 affichages · Partager Un carnet particulièrement agréable à lire... Drôle, original, bourré d'informations utiles... Mon coup de coeur VF ! Merci de consacrer autant de temps à sa rédaction.
J'ADORE !!!! Et j'attends la suite avec impatience :-) | | | À: Fflyercdg · 5 mai 2017 à 18:17 · Modifié le 5 mai 2017 à 19:22 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 27 de 85 · Page 2 de 5 · 2 287 affichages · Partager Le soleil me réveille comme hier matin aux aurores, mais cette fois ci, il est accompagné d'un étrange gémissement et d'une respiration marquée... Je regarde d'où peuvent provenir ces bruits et je n'ai pas à chercher bien longtemps: à peine ai-je tourné la tête que je me rends compte que mon voisin de chambrée (un Suédois ou Norvégien d'environ 25 ans) est couché sur son lit, la couverture enlevée, le caleçon baissé sur les genoux et... est en train de s'astiquer le manche les yeux rivés sur son smartphone!!! Durant mon voyage, j'en ai rencontré des sans-gêne dans les dortoirs: des voyageurs qui étalent leurs affaires sales partout (y compris sur ton lit), d'autres qui rentrent à 3 heures du matin complètement saouls et qui chantent et jouent de la guitare en réveillant tout l'hôtel, mais celui là, franchement, c'est le pompon!! Vive les voyages en dortoir, c'est la promiscuité avec tous ses avantages et ici ses inconvénients!
"-Hey, t'es pas tout seul ici!! lui lançai-je sur un ton assez autoritaire -Si t'aimes pas, tu regardes pas!" me répond cet hurluberlu sans pour autant s'arrêter ni quitter son écran des yeux...
Complètement décontenancé par la réponse, je préfère m'habiller en vitesse et rejoindre le salon pour attendre mon bus...
Heureusement, le staff de l'auberge a vite fait de me changer les pensées en m'offrant un thé et en discutant avec moi de ma destination du jour: la ville de Lijiang. Mes hôtes me préviennent que la ville est très jolie, mais qu'il y a encore plus de touristes qu'à Dali. Ben avec moi, ça fera un touriste de plus! Comme prévu, la fille de la patronne m'emmène à l'heure dite au bon endroit pour prendre le bus (à 600 m environ de l'hôtel), et attends même avec moi pour être sûre que je monte dans le bon bus! Franchement chapeau pour le service, je ne peux que recommander cette auberge à Dali: le "5 Elements"!
Il y aurait des tas d'autres choses à faire et à voir à Dali, notamment des ballades à vélo qui sont très populaires à travers les villages ethniques autour du lac, mais voilà je n'ai que 30 jours en Chine et je suis obligé de faire des choix, de ce fait, mon voyage contiendra une part non négligeable de temps passé dans les transports.
Le trajet en bus se passe sans encombres et c'est donc un peu après midi que j'arrive à la gare routière de Lijiang. Je mange dans un petit restau fast-food équivalent chinois du KFC. Certes ce n'est pas très "couleur locale", mais pour 30 yuans (4,20 euros) j'ai un menu avec 2 pièces de poulet frit, une portion de riz, des frites et un soda. En général, dans tous les pays que je visite, j'essaie de manger dans les petits restaurants locaux car c'est souvent là que je trouve le meilleur rapport qualité/prix (surtout prix!), mais je m'accorde aussi de temps en temps des "extras" comme des fast-food ou des restaurants plus "haut de gamme" (pas trop haut non plus hein!), je pense que c'est indispensable dans un voyage au long cours de se faire ce genre de petit plaisir. Après ce repas gastronomique, je reprends mon sac à dos mais et je m'aperçois qu'il pleut à verse lorsque je veux ressortir... C'est donc sous la pluie, mon sac sur le dos, le parapluie dans une main et mon smartphone dans l'autre que je cherche mon chemin vers mon hôtel. Tiens à propos de mon parapluie, je l'ai acheté 10 yuans (1,40 euro) quelques jours auparavant à une petite vendeuse devant la gare de Kunming, mais j'en ai visiblement pour mon argent: une baleine est en train de se faire la malle, et les coutures ne sont pas étanches, ce qui fait que de l'eau s'infiltre et coule régulièrement le long du manche... De la camelote "made in China"!
Bon, revenons à nos moutons, où se trouve mon auberge? OK, apparemment le chemin le plus court c'est de traverser le centre ville, puis de prendre à droite sur la grande avenue...
Sauf que voilà, arrivé devant le centre ville, 2 agents me demandent mon ticket pour passer. -Mon ticket? -Oui, l'accès au centre ville est payant. 80 yuans (soit un peu plus de 11 euros). Vous comprenez, tout le centre ancien est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, il faut donc payer pour y entrer.
C'EST QUOI CE TRUC????? PAYER POUR ALLER EN VILLE??? SOUS PRETEXTE QUE C'EST UNE ATTRACTION TOURISTIQUE??? Décidément ces chinois sont très forts et ne reculent devant rien pour exploiter à fond un filon touristique... Apparemment, je suis le seul que ça gêne, tous les autres touristes (chinois) ont l'air de trouver ça normal...
Je refuse tout net et je tente ma chance 2 rues plus loin, mais là aussi même constat: il faut payer!... C'est donc très énervé que je sors le portefeuille. En plus de ça, la pluie redouble et je presse donc le pas jusqu'à l'hôtel (Mama Naxi guest house) que je finis par trouver malgré les mauvaises indications qui m'ont été fournies lors de la réservation... La très gentille réceptionniste parle un bon anglais et m'indique plusieurs ruelles qui ne sont pas "surveillées" pour que je puisse visiter demain sans payer. Comme la pluie ne cesse pas, je passe la fin de la journée à l'hôtel à naviguer entre le grand écran et les programmes TV chinois et internet. J'en profite également pour réserver mon ticket de bus pour le surlendemain via la réceptionniste puisque l'hôtel propose ce service.
Demain, j'ai prévu une visite de Lijiang, de la vieille ville et de ses temples.
J'espère que la ville sera à la hauteur de sa réputation et saura me faire oublier la mauvaise entrée en matière de cet après midi... J'espère aussi que la pluie sera calmée d'ici demain!
Lijiang est un très ancien carrefour commercial sur la route du thé. Tout le centre ancien est conservé et a été de ce fait classé au patrimoine mondial par l'UNESCO. Oui, encore l'UNESCO. J'ai l'impression que cet organisme me précède depuis que je suis arrivé en Chine... Après les rizières en terrasse de Yuanyang et les points de vue payants à 100 yuans, après le temple de Dali et son entrée à 120 yuans, vu l'exploitation faite par les chinois à tous leurs sites jusqu'à présent, à combien va me revenir Lijiang?
Pour l'instant je me promène dans le centre-ville sans avoir payé les 80 yuans de droit d'entrée (merci la jeune fille de l'hôtel pour m'avoir indiqué des petites ruelles non surveillées!) et je me faufile au travers de la foule. Oui, parce qu'il y a une foule très dense dans ces ruelles tortueuses. Il faut même régulièrement jouer des coudes aux heures de pointe. C'est pas forcément très agréable, mais c'est la rançon du succès! Lijiang accueille plus de 4 millions de touristes par an c'est énorme comme chiffre... Et sur ces 4 millions, 99.9% doivent être chinois, les touristes occidentaux comme moi sont très rares. En fait "très rares", ce n'est pas vraiment l'expression juste, disons qu'il y a une telle foule de chinois, que par comparaison les occidentaux semblent être inexistants... Pour les Chinois, Lijiang est une destination très romantique, beaucoup viennent ici en week-end, voire en lune de miel car la ville est relativement facilement accessible grâce à son aéroport relié à toutes les grandes villes du pays.
Je n'ai pas vraiment accroché à ce fameux centre-ville tant vanté.
Tout d'abord, j'ai l'impression qu'il n'y a strictement rien d'ancien, à part le tracé des rues. Absolument TOUT a été reconstruit, c'est du "faux-ancien" je dirais. Certes, il y a une unité architecturale dans le choix des pierres des murs, du bois des charpentes et des tuiles des toits, mais ça fait vraiment "rapporté", si on a la curiosité de jeter un œil à l'arrière des maisons, on s'aperçoit qu'en fait ce sont des constructions classiques sur lesquelles on est venu plaquer une façade en bois et un toit en tuiles, mais c'est tout neuf, et même si il faut reconnaître que le résultat est dans l'ensemble très joli et globalement réussi, j'ai vraiment l'impression que "ça sonne faux", je ne sais pas comment expliquer ce sentiment...
Ensuite, le centre-ville est presque uniquement constitué de centaines de magasins à bibelots pour touristes. Par exemple, il doit bien y avoir une cinquantaine (et je n'exagère pas du tout) d'échoppes vendant... des djembés!! Franchement en quoi les tams-tams africains sont ils représentatifs du passé glorieux de cette ville? Mais bon, le touriste chinois n'aime pas ça, il ADORE ça. Alors, si le touriste chinois adore ça, le marchand chinois très pragmatique va en faire fabriquer pour le lui vendre au prix fort! Et tout le monde est content!
Je dois tempérer un peu mes réactions ironiques et mes pensées sarcastiques car dans les ruelles sans marchands, il y a nettement moins de monde et certains coins sont vraiment très jolis... Je sens qu'un véritable effort a été fait pour rendre ces ruelles superbes et très photogéniques!
Je continue ma visite en me dirigeant vers le parc du bassin du dragon noir ("black dragon pool") au nord de la ville où se trouve un très joli temple qui, trônant élégamment devant les sommets enneigés de la montagne du dragon de Jade, est censé être une des plus belles cartes postales de Chine. Oui, les chinois aiment baptiser les lieux de noms très poétiques.
Dommage pour moi, même si ce temple et vraiment beau (si si je le pense vraiment!), le temps gris et les nuages bas cachent complètement les montagnes en arrière-plan... Je suis un peu déçu, mais je ne peux rien contre la météo! Au fait, comme ce parc est séparé du centre ville, il est aussi payant (40 yuans - 5,60 euros). On pourrait penser que le même ticket donne accès à la fois au centre ville et au parc, mais non, ce serait trop facile...
Pour finir la journée, je décide de me promener sur la colline qui domine la ville, il doit y avoir une belle vue depuis la haut.
Devinez quoi?
C'est payant aussi!!
Non pas que ce soit cher (30 yuans soit 4,40 euros) mais c'est le principe: cette colline est située à l'intérieur du centre ville qui est déjà en lui même payant! Bref, je déambule gentiment jusqu'en haut de la colline où se trouve une jolie tour en bois de 4 étages.
"Il doit y avoir une jolie vue d'en haut" me dis-je tout en rentrant dans l'édifice.
Et paf, 10 yuans de plus pour avoir le droit de monter en haut!!
Lijiang bat franchement tous les records d'exploitation mercantile d'attractions touristiques. C'est le summum et c'est vraiment une caricature. C'est un système de poupées russes: à chaque fois que tu veux voir un site qui est à l'intérieur d'un autre site, tu sors le porte monnaie. Mais le pire, c'est que ça marche! Les touristes chinois ne trouvent pas anormal de payer pour accéder au centre ville, puis de re-payer pour se promener sur une colline située à l'intérieur du centre ville, pour de payer à nouveau pour monter dans une tour située dans ce même parc...
Au final, je quitterai Lijiang avec une impression mitigée.
Il faut être honnête, certaines ruelles, maisons et temples sont vraiment beaux, voire parfois magnifiques. Mais cette foule de touristes, ces centaines de magasins de babioles "made in China", et cette exploitation mercantile vraiment abusive viennent absolument tout gâcher.
Dommage, cela aurait pu être tellement mieux....
Demain, changement de programme, retour à la nature, j'ai prévu de faire sur 2 jours le célèbre trek des gorges du saut du tigre, il me tarde d'y être! | | | À: Denis007 · 5 mai 2017 à 21:21 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 28 de 85 · Page 2 de 5 · 2 252 affichages · Partager Ah ah quel beau réveil tu as eu Denis!! Merci de ne pas nous avoir caché ce grand moment (et on dit que les Français sont mal éduqués  ) ! Je t'avoue que la Chine est un pays qui ne m'attire pas du tout mais j'ai de suite accroché à ton carnet vivant et drôle. J'espérais aussi que tu me fasses changer d'avis. Ben, pour l'instant, on peut dire que ce n'est pas du tout le cas!! Je déteste la "privatisation" de la nature, devoir payer pour voir un paysage ou un point de vue me sort par les yeux. Et puis la foule, au secours!! Je ne doute pas que tu as du trouver dans ton voyage des coins bien paumés et tranquilles donc j'attend la suite avec impatience. Merci en tout cas pour le partage et j'espère que tu nous feras le même pour quelques pays d' Amérique centrale (je travaille sur un carnet du Nica mais beaucoup plus court que toi!) Bon trip en Colombie et à bientôt  Christelle (qui te suis aussi sur FB, je suis une vrai fan quoi!!) | | | À: Solene40 · 6 mai 2017 à 15:23 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 29 de 85 · Page 2 de 5 · 2 201 affichages · Partager Merci Christelle!
J'espère que la suite de mon carnet te donnera quand même envie d'aller voir sur place car la Chine ne se résume pas (trop) qu'à la foule et des sites payants! | | | À: Denis007 · 7 mai 2017 à 10:52 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 30 de 85 · Page 2 de 5 · 2 148 affichages · Partager Bravo Denis,
Je suis avec intérêt ta remontée sud- nord un projet que j ai "dans mes cartons" et que j ai remis à un peu plus tard suite à ma première incursion en chine du sud l an dernier... Les paysages et le dépaysement j ai vraiment adoré... Les chinois et la bouffe très moyen... le prix du visa et les péripéties pour le voyageur individuel beaucoup moins.... Pour l instant je vais continuer avec attention de voyager en Chine avec toi derrière mon ordi | | | À: Chris06 · 8 mai 2017 à 4:31 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 31 de 85 · Page 2 de 5 · 2 099 affichages · Partager Il est 7h30 du matin, mon sac est prêt, enfin plutôt mes sacs sont prêts et j'attend le patron de l'auberge qui doit m'accompagner jusqu'au bus qui me mènera à l'entrée des gorges du saut du tigre. J'en profite pour faire le point sur les 2 journées à venir à l'aide de la fabuleuse carte dessinée par le staff de la "Mama Naxi Guest House":
Donc je récapitule le descriptif des étapes de ce trek telles qu'elles sont prévues:
-A 7h50, Le patron de l'auberge m'amène à pied jusqu'à l'arrêt de bus situé à environ 800 m d'ici. J'ai d'ailleurs réservé mon ticket par son intermédiaire, c'est quand même pratique de retrouver les bonnes habitudes prises en Inde et en Asie du Sud-Est! -A 8h15, j'embarque dans le bus pour les fameuses gorges. -Vers 10h environ, le bus nous laisse (nous serons plusieurs) à l'embranchement de la route et de la "Jane Tibetan Guest House", point de départ du trek à 1600 m d'altitude. Je prendrais juste mon petit sac et les affaires nécessaires pour 2 jours seulement. Mon gros sac à dos restera dans le bus qui le déchargera chez "Tina's guest house", à la fin du trek, où je pourrai le récupérer. J'ai un peu fait la moue en découvrant que je devrais laisser mon sac principal, mais le patron de la guest house m'a rassuré en me disant qu'il n'y avait absolument aucun problème, que l'organisation était très bien rodée et qu'il n'avait jamais eu à déplorer la moindre perte ou vol... Et puis, il a rajouté que si je voulais vraiment, rien ne m'empêchait de prendre mon sac complet de 13 kg avec moi durant tout le trek... Bref, cet argument m'a convaincu et je vais lui faire confiance! -Après 2 heures de marche, il sera possible de manger dans un petit village Naxi. -Puis viendra le plat de résistance, les fameux "28 virages" qui m'emmèneront au point culminant du trek à 2680 m d'altitude. -A partir de là, le chemin sera plus facile et suivant ma vitesse de marche, je pourrai dormir soit à la "Tea horse guest house", soit à la "Half way guest house". Aucune réservation n'est nécessaire. -Le lendemain, le chemin continue, traverse une chute d'eau puis se termine sur la route principale à la "Tina's guest house" où je pourrais manger et réserver mon ticket de bus vers Shangri-La, ma prochaine étape. -A partir de là, 2 options: soit j'attends tranquillement mon bus à 15h30, soit je fais une petite boucle de 1h30 - 2h environ jusqu'au fond des gorges, au bord de la rivière. -A 15h30, je récupère mon sac à dos et j'embarque dans le bus vers Shangri-La, arrivée prévue vers 19h.
Environ 25 km à faire en 2 jours, cela me parait très bien comme programme!
C'est parti, me voila donc dans le bus qui ramasse du monde dans plusieurs hôtels et guest houses de Lijiang. Au final, je serais accompagné de 6 occidentaux et d'une quinzaine de chinois qui, comme moi, vont faire ce trek réputé magnifique! Pour la météo, c'est pas terrible pour l'instant: il fait gris et il pluviote légèrement au départ de Lijiang...
Quelques kilomètres avant d'arriver à destination, notre bus stoppe et 2 officiels chinois montent afin de récolter l'argent des "permis de trek": 70 yuans (un poil moins de 10 euros). J'avais été prévenu que l'accès aux gorges était payant, soi-disant pour aider à préserver ce site naturel exceptionnel... Après tout pourquoi pas, si c'est pour la bonne cause: les parcs nationaux des USA et du Canada sont bien payants et personne ne s'en offusque... Idem pour la quasi totalité des treks du Népal qui nécessitent un permis payant.
Le bus nous laisse à 10 heures pétantes (quelle exactitude!) à l'endroit convenu et j'en profite pour bien montrer au chauffeur mon sac dans la soute en lui intimant des "my bag, Tina guest house!! OK?? TINA GUEST HOUSE!!" -OK OK, Tina Tina...." me répond-il machinalement... Bon j'espère qu'il connait son job et qu'il n'oubliera pas mon sac dans la soute, parce que mon sac c'est toute ma vie depuis 8 mois!!...
Je commence donc le trek malgré un temps toujours aussi gris et un léger crachin qui s'est invité dans la partie... Je marche depuis un bon kilomètre et je suis toujours une route goudronnée qui monte régulièrement, je commence à me dire que les chinois ont une drôle de conception de ce qu'est un trek... Et ce d'autant plus que le versant de la montagne en face est littéralement défiguré par des dizaines de bulldozers et de camions bennes qui sont en train de creuser pour la construction d'une future usine hydroélectrique. Mais... Je croyais que cette zone était protégée, qu'il fallait la conserver et que c'était pour ça que j'avais payé un droit d'entrée!!!
Bref, les Chinois et la protection de la nature et de leurs paysages, ça fait 2, ils ont l'air de s'en moquer... Tant qu'ils peuvent encaisser de l'argent par tous les moyens possibles, ils ne s'en privent pas... D'ailleurs, ce pays n'a plus de communiste que le nom, le parti unique qui régente la vie politique du pays est le dernier vestige de cette idéologie. Économiquement parlant, dans la pratique, cela fait longtemps que le business est encouragé entre particuliers, entre entreprises et avec les étrangers, tant que cela ne nuit pas au parti. Même si la croissance a ralenti ces dernières années, le peu que j'ai vu du pays lors de ma traversée était une modernisation ultra-rapide des villes, des villages, des infrastructures routières et énergétiques, et cela dans une organisation qui n'a apparemment absolument pas grand chose de collectiviste: business, business et business...
Revenons à mon trek, hourra: la route goudronnée a finalement disparu, je me suis engagé sur un petit sentier qui grimpe dur et la pluie a cessé!
Le chemin monte assez vite dans la forêt et régulièrement dans le brouillard. Mais des coups de vent occasionnels dégagent la vue et je m'aperçois que je prends rapidement de l'altitude et que le fleuve apparaît de plus en plus loin au fond des gorges. Puis le sentier devient relativement plat et avance désormais à flanc de montagne, de superbes vues se dévoilant au gré du vent et du brouillard...
Finalement, j'arrive au village Naxi un peu avant 12h30, mon timing est parfait. Je prends mon repas dans une sympathique auberge où j'ai rejoint un petit groupe déjà attablé tandis que d'autres marcheurs arriveront au fur et à mesure, suivant la vitesse de marche de chacun. Il règne une bonne ambiance entre occidentaux et chinois qui essaient de se comprendre mutuellement, un étudiant chinois et sa copine faisant office de traducteurs pour une vingtaine de personnes! Je reprends la route vers LA difficulté annoncée de la journée: les fameux 28 virages qui mènent au point culminant de cette randonnée.
J'arrive bientôt au pied de ce passage où se trouve une cabane dans laquelle ont élu domicile divers petits vendeurs et vendeuses qui proposent aux marcheurs tout le nécessaire pour affronter les virages: quelques gris-gris, des biscuits, de l'eau, des fruits (frais et secs), des barres de chocolats ou de céréales mais aussi... des cigarettes et plus étonnant encore: de la marijuana!!
Oui ces petits vendeurs proposent des sachets tout prêts d'herbe avec pipes et briquets inclus! Par curiosité, je demande le prix: 80 yuans le sachet (soit 11 euros), ce qui est déjà relativement bas mais face à mon désintérêt, le prix descend rapidement à 50, puis, 40, 30 et finalement 20 yuans (2,80 euros)!!! Visiblement les chinois ne semblent pas se soucier du prix et je comprendrais pourquoi en continuant mon chemin: en fait le cannabis pousse un peu partout par ici à l'état sauvage au bord du sentier entre les fougères et autres ronces, il n'y a qu'à se baisser pour en récolter des brouettes!
Bref, je continue tranquillement mon ascension et j'entame les lacets qui constituent les 28 virages. Chose amusante, tous les virages sont numérotés, comme le sont les virages les virages de l'Alpe d'Huez lors du tour de France par exemple. Ça permet de garder le moral au fur et à mesure de la montée en faisant le décompte!
Au final, ce passage tant vanté sera torché en 30 minutes pour ma part, vraiment pas de quoi fouetter un chat! Certes ça monte mais absolument rien de difficile comme j'avais pu le lire à droite à gauche sur le net... En tout cas, il faut reconnaître que la vue est géniale ici: le fleuve Yang Tsé qui pourtant est bien large parait ridiculement petit, bien au fond des gorges, environ 1000 mètres plus bas.
Les gorges du saut du tigre se vantent (ou plutôt les autorités chinoises les vantent) d'être les plus profondes du monde: en effet 2 sommets culminant à 5396 et 5596 mètres d'altitude encadrent les gorges, mais franchement ils sont bien en retrait (et cachés dans les nuages lors de mon passage!), et se baser sur ces 2 montagnes pour affirmer que les gorges ont plus de 3500 mètres de profondeur, c'est un peu capillotracté de mon point de vue...
Je continue de suivre le sentier qui est maintenant en léger faux-plat descendant et bien que les nuages masquent complètement les sommets, je trouve les paysages et l'ambiance très chouettes et agréables, même si les quelques autres randonneurs occidentaux que je croise pestent contre le mauvais temps... Mais je pense qu'il faut prendre ça avec philosophie: c'est la météo, personne n'y peut rien, et il vaut mieux se dire que cela pourrait être pire... En effet, j'aurais pu avoir du brouillard et de la pluie froide, ce n'est pas rare en cette saison...
J'arrive finalement tranquillement à la "Half way guest house" où je prends un lit en dortoir (toujours l'option la plus économique!), mais ils ont aussi des chambres avec salle de bain communes ou privées, au choix. Cette guest house est un bon choix pour passer la nuit, je l'ai trouvée assez confortable même si les douches sont un peu rustiques (mais j'ai vu bien pire en Inde et au Népal!), le restaurant sert des bons plats revigorants, et cerise sur le gâteau, j'ai même pu réserver d'ici mon ticket de bus pour le lendemain vers Sangri-La, pas besoin d'attendre d'être arrivé à la fin de la randonnée!
Je traîne un petit peu dans mon lit douillet ce matin, car il pleut et il y a du brouillard, cela ne m'incite pas à partir tôt...
Finalement la pluie cesse vers 8h30 et je reprends ma route un peu après 9h.
Le sentier continue à plat en suivant les flancs de la montagne, et j'ai droit au même type de temps qu'hier: une forte couverture nuageuse masque tous les sommets... Dommage... La marche est vraiment facile, et le sentier passe par des passages étroits spectaculaires au bord de plusieurs centaines de mètres de vide pour un passage large de moins de 2 mètres par endroits!
D'autres fois, pour varier un peu les plaisirs (et pour me mouiller un peu aussi!), le sentier décide de traverser une immense chute d'eau qui dégringole depuis un point invisible dans les nuages et qui descend jusqu'au fleuve, tout en bas! Impressionnant!
Puis, un peu après cette fameuse chute, le chemin commence la descente de manière plus prononcée, jusqu'à arriver à la route goudronnée et la fameuse "Tina Guest house". Le grondement du fleuve que j'ai commencé à percevoir durant la descente fait maintenant office de bruit de fond même s'il est situé environ 150 mètres plus bas que la route à cet endroit.
Il est 11h30, je n'aurais mis que 2h30 depuis la "half way guest house", et encore en marchant pépère et profitant du paysage. En fait il est tout à fait possible de faire cette randonnée complète dans la journée avec un bon rythme de marche, mais franchement, je pense que j'ai choisi la bonne option en prenant mon temps sur 2 jours.
La première chose que je fais est de demander à la réception où sont stockés les sacs à dos qui sont arrivés par le bus d'hier. Je file voir au second étage que l'on m'a indiqué: il doit bien y avoir une trentaine de sacs entassés dans un coin de la pièce. Je commence la fouille et je tombe rapidement sur mon sac, ouf, il est là, complet et rien ne manque!
C'est donc rassuré que je vais profiter du restaurant avant de tenter la boucle d'une heure et demi qui descend tout au fond des gorges, à quelques mètres du fleuve. Il est midi vingt, mon bus décolle à 15h30, j'ai donc largement le temps.
Cette petite virée a été créée et est entretenu par les habitants du village qui demandent une participation de 10 yuans (1,40 euros) pour aider à l'entretien et à la "sécurisation" des lieux. Franchement, ce n'est vraiment pas volé vu le travail colossal qu'ont du effectuer les locaux pour par exemple creuser ce chemin spectaculaire à même la roche!
Finalement, j'arrive au bord du fleuve sur des rochers plus ou moins sécurisés. Le tumulte de l'eau à 3 ou 4 mètres est vraiment impressionnant, mais le grondement des flots l'est plus encore. Le bruit résonne très fort et est amplifié par l'écho des parois toutes proches, les touristes présents ici sont obligés de parler fort pour s'entendre...
Pour le retour, j'ai le choix entre 2 options: soit reprendre le même chemin qu'à l'aller, soit affronter une longue échelle plus ou moins verticale et branlante pour 10 yuans de plus...
Devinez mon choix?
L'échelle bien entendu!!
Au fur et à mesure de la montée, je me rends compte que la crinoline de protection est bien faible, que les ancrages dans la roche sont vraiment moyens, quand l'échelle n'est pas juste accrochée au tronc de petits arbustes!! Finalement une fois arrivé en haut, je me dis que ce n'était pas si terrible et même plaisant, les vues plongeantes lors de la montée incitant à regarder plutôt en haut qu'en bas!
La dernière partie de la remontée est plus classique et je me retrouve à prendre tranquillement mon bus à 15h30 comme prévu. En fait, il y a un bus qui part vers Shangri-La et 2 autres qui repartent en sens inverse vers Lijiang. Ces horaires sont très pratiques pour tous les randonneurs qui peuvent choisir soit de continuer leur route comme moi, soit de revenir à Lijiang. Le trajet dure près de 3 heures et monte et tourne de manière interminable: Shangri-La est située à 3250 mètres d'altitude et n'est rien de moins que la porte d'entrée du Tibet au Yunnan.
Vers 18h30, le bus me dépose à la gare routière à la nuit tombante. Il me reste environ 1,5 km pour rejoindre mon auberge, distance que je choisi de faire à pied. Arrivé à destination, après avoir pris possession de mon lit et posé mon sac, je me dirige vers le centre qui est très facile à trouver car il est dominé par une colline avec de nombreux temples illuminés en son sommet.
Après mon passage au Népal dans la partie Nord de l' Annapurna, me revoici revenu en terre de bouddhisme Tibétain et ce n'est pas pour me déplaire, bien au contraire!
La journée se termine sur la place principale par une danse traditionnelle qui occupe de nombreux habitants et me met directement dans l'ambiance: après le Yunnan, j'entame maintenant la partie Tibétaine qui va se poursuivre notamment dans le Sichuan, partie de mon voyage que j'attendais depuis longtemps, j'espère qu'elle sera à la hauteur de mes espérances!
| | | À: Denis007 · 14 mai 2017 à 5:33 · Modifié le 14 mai 2017 à 18:43 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 32 de 85 · Page 2 de 5 · 1 970 affichages · Partager Il a fait un peu frisquet cette nuit mais cela ne m'a pas empêché de dormir comme un loir pour récupérer de l'activité de mes 2 jours précédents.
Je suis debout à 8h du matin, j'ai plusieurs choses à planifier pour ma journée.
Tout d'abord, ma première priorité est de penser à ma lessive, car j'arrive bientôt à court d'affaires propres. En effet, je voyage avec assez peu d'affaires et je suis régulièrement obligé de faire une lessive tous les 6-10 jours environ, parfois plus, parfois moins... C'est un paramètre à prendre en compte dans tous mes déplacements, car une lessive implique en général au moins 2 nuits et une journée complète au même endroit le temps que le linge sèche. Il est parfois possible de trouver des laveries équipées de sèche-linge qui me permettent de faire une lessive et de récupérer mes affaires dans la même journée, mais la plupart du temps jusqu'à présent, mon linge a séché sur des cordes!
Petit aparté, pour mon voyage, j'ai dans mon sac à dos:-1 paire de jeans que je n'ai quasiment jamais porté, parfois je me demande bien pourquoi je la trimbale...-une chemise en tissu qui connait le même sort que les jeans c'est à dire jamais portée depuis mon départ il y a 8 mois-2 pantalons/shorts très légers et très pratiques: le pantalon se transforme en short en 20 secondes à l'aide de fermetures éclairs. Je tourne entre les 2 en permanence, j'ai toujours l'un ou l'autre sur moi-4 T-shirts-3 paires de chaussettes-4 slips et caleçons-la doublure de mon anorak que j'ai gardée depuis le Népal car elle a l'avantage d'être légère, chaude et de relativement bien couper le vent.-1 K-way-1 serviette microfibre-ma trousse de toilette-1 chapeau-Pour les pieds, j'alterne entre mes chaussures montantes de randonnée et une paire sandales.
Et c'est tout pour les vêtements!
Pour être vraiment complet, il faut rajouter mon notebook et un grand sac plastique fourre-tout dans lequel j'ai bazardé pêle-mêle des chargeurs électriques divers, un adaptateur universel pour prises électriques, des stylos, un carnet dans lequel je note des tas de trucs utiles ou inutiles, 2 briquets (dont un qui ne marche plus), 1 jeu de cartes et un jeu de 5 dés (pour pouvoir jouer au "killer" y'a pas mieux comme jeu lorsqu'on s'ennuie entre voyageurs dans une auberge), une corde à linge avec ses pinces, un couteau multifonctions spécial "aventurier de la jungle" que je n'ai quasiment pas utilisé jusqu'à présent (j'en avais 2 à l'origine, mais des agents de sécurité tatillons m'en ont confisqué un à l'aéroport de Bangkok sous le prétexte fallacieux que cela ne me servirait à rien en cabine), 1 rouleau de PQ (trèèèès important, c'est la première richesse du voyageur au long cours!!), une lampe torche frontale (trèèèès importante aussi la lampe!!), des piles de rechange en pagaille pour la lampe (il doit y en avoir des usées dans le tas...), un kit de couture avec aiguilles fil et boutons de rechange que je n'ai toujours pas utilisé une seule fois, même à l'heure où j'écris ces lignes après 19 mois de voyage, 1 pack de lingettes humides pour bébé, une bourse contenant la monnaie qui me reste à la sortie de chaque pays et qui me fera un souvenir (mais qui commence de plus en plus à peser son poids...), une liasse de billets de ces mêmes précédents pays visités entourés par un élastique, mon guide de la Chine du Lonely Planet qui doit bien peser son kilogramme avec ses 1051 pages (!), 2 livres de poche d'occasion et qui attendent d'être à nouveau échangés dans la prochaine librairie que je trouverai sur ma route, un oreiller appuie-tête gonflable pour les long voyages en bus mais qui ne me sert plus car il est percé (il faudra que je pense à le jeter et à en racheter un autre), des boules quiès très utiles dans ces mêmes voyages en bus lorsque le chauffeur Thaïlandais est persuadé que tout le monde veut regarder son film de kung-fu avec le volume à fond à 1h du matin, une paire de lunettes de soleil, un répulsif anti-moustiques, 2 petits cadenas à code, 1 clef USB...
Bref, le sac d'un voyageur au long cours peut être un sacré capharnaüm!...
Fin de l'aparté!
Donc je disais que je dispose d'assez peu de vêtements et que je dois très régulièrement faire la lessive comme ce matin. Le réceptionniste m'indique la machine à laver qui marche avec des pièces de 1 yuan, mais petit problème elle refuse de démarrer... Qu'à cela ne tienne, la solution est simple: il faut juste mettre une grosse charge sur le couvercle à cause apparemment d'un capteur de porte défectueux.... En l’occurrence, le rôle de cette fameuse grosse charge sera assuré par 2 briques, on fait avec ce qu'on a sous la main!
Les 2 jeunes réceptionnistes parlant un anglais correct, j'en profite pour leur demander des renseignements pour la suite de mon voyage. J'ai l'intention de traverser l'Ouest de la province du Sichuan depuis Shangri-La jusqu'à Chengdu en passant par Litang et Kangding, mais je n'ai trouvé que très peu d'informations sur internet, quant au Lonely planet, il ne consacre qu'une seule demi-page très vague à ce long trajet... Mes 2 interlocuteurs ne connaissent pas cette région, la seule information utile qu'ils me donnent est qu'il y a un bus quotidien qui part tous les matins vers Daocheng, et que je peux acheter un ticket à la gare routière pour le lendemain. A leur connaissance, ce bus est le seul moyen d'aller dans le Sichuan depuis Shangri-La.
OK c'est déjà un début d'itinéraire. Je n'ai donc pas le choix, je dois prendre ce bus et j'aviserai ensuite une fois arrivé à Daocheng.
Après avoir étendu mon linge, me voici donc en route vers la gare routière où je suis arrivé la veille. Au guichet, personne ne parle anglais, mais j'arrive à bien gérer la chose avec mon petit phrasebook et je suis tout content de moi d'avoir acheté mon billet sans un seul mot d'anglais! Quoique en y regardant de plus près, il y a comme un hic: les seules choses qui ne sont pas écrites en Chinois sont un horaire (8h) et une date: le 16-06-2016. Ça ne va pas du tout, ce billet est pour après-demain, et moi je veux partir demain! Bref, retour à la case guichet, nouvelles explication et cette fois je prends un calendrier qui était accroché au mur en montrant bien la date de demain. Visiblement, mes interlocutrices ont fini par comprendre mais je sens qu'il y a un souci, j'ai l'impression que les tickets ne sont pas échangeables ou remboursables... Ou alors il n'y a pas de place pour demain, mais la seule chose que je comprend, c'est qu'il y a un problème, car les guichetières essaient de m'expliquer quelque chose en me montrant mon ticket, en m'indiquant la date du 15 et celle du 16 en faisant une mine désolée et en me rendant mon ticket...
Finalement, le responsable arrive et se fait expliquer la situation. J'essaie de lui faire comprendre que je ne veux pas partir le 16 mais le 15 et il finit par me rendre mes 107 yuans (env 15 euros) et s'en va...
Mais je n'ai toujours pas de ticket pour demain!!!!
Je ne bouge pas du guichet et retente une nouvelle explication, qui entraîne des discussions sans fin entre le responsable et ses 2 guichetières... Je commence à me demander si je vais arriver à partir d'ici quand la première préposée me fait alors signe de la suivre à un autre guichet, puis m'imprime mon billet, à la bonne date cette fois ci!!
Ouf!! Cet achat de billet sera le plus compliqué auquel j'aurais du faire face en Chine, près d'une heure de palabres et négociations!!! Mais j'ai enfin mon sésame entre les mains! Enfin j'espère que ce ticket est bon....
Il est presque 11h, il est grand temps de visiter un peu le coin et notamment le monastère du Ganden Sumtseling, situé à quelques kilomètres de la ville. Et là, tout est beaucoup plus facile: il y a des navettes régulières qui font la liaison entre la ville et le monastère, et elles sont très bien indiquées, aucun souci pour acheter le billet!
Le bus me dépose ainsi que d'autres touristes à l'entrée du monastère, monastère que je trouve franchement magnifique!
Le site est isolé au bord d'un petit lac et entouré de montagnes verdoyantes. Il y a le monastère à proprement parler et les nombreuses maisons où logent les 300 moines ainsi que tout le personnel nécessaire au fonctionnement de l'endroit. 300 moines, c'est le nombre que m'ont annoncé les tenanciers de mon auberge, mais je n'en verrai que très peu, je n'ai pas eu l'impression qu'il y en avait autant.
Mais qu'importe, j'ai adoré me promener et vagabonder au sein des différents bâtiments, entourés de chortens et de drapeaux de prière flottant au vent... On peut faire le tour du lac afin de profiter de différents points de vue, ce dont je ne me prive pas! Et comme les chinois font bien les choses pour leurs très nombreux touristes qui visitent les lieux, il y a régulièrement tout autour du lac le long du parcours fléché des panneaux avec des petits appareils photos dessinés pour indiquer les meilleurs endroits pour faire des photos! Je trouve cette "prise en main" des touristes amusante: "Tu vas d'abord là, ensuite tu suis la flèche et tu prends une photo ici. Puis tu continues à droite et tu prends une photo des canards, puis un peu plus loin toujours en suivant les flèches tu as une belle opportunité de prendre les montagnes en photo..."
Bref, c'est typiquement chinois...
Je passe finalement une bonne partie de la journée à flâner dans cet envoûtant monastère avant de réaliser qu'il serait temps que je rentre en ville car l'heure avance vite.
Je finirai la journée à me promener sans but précis dans les ruelles de la vieille ville et dans les temples qui dominent cette même vieille ville qui sont eux aussi très agréables. Ce que je prenais pour une grande tour dorée est en fait un moulin à prière, le plus grand du monde d'après les explications fournies par le LP, il ne faut rien de moins que 8 personnes pour arriver à le faire tourner!
La ballade dans le centre ancien est sympathique mais sans plus. En effet, toute cette partie de la ville a brûlé en 2014, et la reconstruction est en train de s'achever. De plus, de nombreux commerces ont porte close ou sont tout simplement vides car à priori pas encore attribués. Contrairement à ce à quoi je m'attendais il n'y a franchement pas beaucoup de touristes, ça me change de Lijiang, et ce n'est vraiment pas plus mal! Et ceci même si le véritable nom de la ville est Zhongdian et non pas Shangri-La. La ville a été renommée ainsi en 2001 pour attirer ces fameux touristes. Sacrés chinois, prêts à débaptiser une ville pour faire un peu de pognon....
Comment finir cette première journée de fort bonne manière?
Rien de plus simple: je cherche un restaurant aux spécialités tibétaines (et ils ne manquent pas!) et je me régale de momos, ces raviolis bouillis farcis, ici avec de la viande de Yak. Les derniers que j'avais mangés dans un restaurant tibétain de Goa en Inde n'étaient pas terribles et ne faisaient pas honneur à la gastronomie tibétaine. Mais cette fois-ci aucun doute, ils sont aussi bons que ceux que j'avais dégusté à Katmandou ou dans les villages de l' Annapurna!
Il est 7h30 et je viens d'arriver à la gare routière, mon bus partant à 8h, j'ai le temps d'acheter un en-cas avant de passer les contrôles. Oui, les contrôles car pour accéder à la zone d'attente, il faut passer son sac et ses bagages aux rayons X. La procédure est identique dans toutes les gares ferroviaires de Chine, mais c'est la première fois (et ce sera la seule) que je vois ce genre de vérifications pour monter dans un bus.
Je montre mon ticket à un agent qui m'indique un bus dans lequel je m'installe après avoir mis mon sac à dos en soute. Au bout de 3 minutes, un jeune couple chinois vient spontanément m'aborder, tout contents de parler à un étranger et de pratiquer leur anglais. Après quelques échanges classiques, ils s'enquièrent de ma destination du jour et s'étonnent lorsque je leur annonce que je vais à Daocheng.
"Ce n'est pas du tout le bus pour Daocheng! -Mais si regardez mon ticket, et j'ai demandé à un agent et même au chauffeur là... -Non non je vous garantis que ce bus ne va pas à Daocheng, je vais parler au chauffeur"
Après 30 secondes de discussion, mes bienfaiteurs reviennent et m'expliquent que le gars que je prenais pour le chauffeur n'est en fait qu'un employé de la gare qui a répondu par l'affirmative à ma question sans en comprendre un traître mot et qui ne sait même pas si ce bus va à Daocheng ou au diable vauvert! Du coup, je ressors mon sac à dos au grand désarroi du bagagiste qui l'avait enfoui au plus profond qu'il le pouvait dans la soute, et grâce à mes nouveaux amis qui interrogent agents et chauffeurs, je me retrouve finalement dans le bon bus, cette fois-ci c'est certain!
Ouf, il faut toujours rester vigilant, et sans ce couple venu taper la discussion, je me demande où j'aurais atterri!
Pour l'instant, je m'assois au fond du bus et je fais la connaissance de Youri (ce n'est pas son vrai prénom, je l'ai oublié, mais il avait une tête à s'appeler Youri, je l’appellerai donc Youri pour les besoins de ce carnet!) qui est Israélien et qui comme moi désire aller à Daocheng. Lui, cela fait la troisième fois qu'il change de bus en 30 minutes et il n'est toujours pas certain d'être dans le bon bus. Je le rassure et une fois rempli, le bus décolle vers notre destination du jour.
12 heures de bus c'est long.
C'est très long.
Surtout quand les deux tiers du trajet se font sur des routes de montagne non goudronnées, cahoteuses à souhait et avec un chauffeur qui appuie vraiment sur le champignon. On est secoués pire que des oranginas!
La route tourne, monte très haut dans les nuages et la pluie, redescend très bas dans des vallées sombres... Parfois, le bus est obligé de faire marche arrière car la route n'est pas assez large pour croiser un camion...
Je comprend maintenant pourquoi cette liaison est très peu empruntée par les voyageurs, elle est absolument horrible! C'est sans conteste le pire trajet en bus que j'ai effectué depuis mon départ, et pourtant j'ai le souvenir de certaines liaisons en Inde et au Népal qui avaient mis la barre assez haute! Nous avons droit à des pause-pipi toutes les 2 heures environ et à un break pour le déjeuner avec plat unique pour tout le monde: un bol de riz et du porc cuisiné avec des aubergines et des poivrons. C'est copieux et finalement pas mauvais, mais il y a toujours ces fichues baguettes...
Le trajet est très ennuyeux, Youri étant d'un naturel assez taciturne et répondant de manière fermée à toutes mes tentatives de conversation... Les paysages traversés sont spectaculaires, mais impossible de prendre une photo potable tant le bus remue dans tous les sens...
Vers 16h, nous avons enfin retrouvé une route goudronnée lorsque le bus s'arrête à la traversée d'une petite localité: il s'agit d'un barrage de police. 2 militaires montent alors et chacun s'occupant d'une rangée, ils entreprennent de vérifier consciencieusement les documents d'identité de tous les voyageurs. Nous tendons nos passeports avec Youri lorsqu'arrive notre tour, mais les 2 agents ne les regardent même pas et se contentent de les emporter avec eux... Puis un 3ème officiel monte dans le bus et annonce (ou plutôt crie) quelque chose en chinois et tout le monde se lève, emporte ses effets personnels et descend. Le chauffeur ouvre alors les soutes et tous les bagages sont sortis: c'est une fouille en règle. Chacun attend avec ses affaires le passage des policiers qui se contentent d'une inspection sommaire d'une vingtaine de secondes par bagage.
Finalement tout se passe sans encombres et alors que tout le monde est remonté dans le bus, nous faisons comprendre au chauffeur que nous attendons toujours nos passeports avec Youri. Il faudra encore attendre 10 minutes supplémentaires avant qu'un policier ne ressorte du commissariat avec nos passeports et nous les rende: visiblement les vérifications de nos visas ont été minutieuses...
Il est plus de 20h lorsque nous arrivons enfin à destination.
Je demande à Youri si il connait un endroit où passer la nuit, mais je me rends compte qu'il est arrivé les mains dans les poches. Heureusement que j'ai pris soin la veille de repérer 2-3 hébergements à bas prix sur booking et que je les avais mémorisés sur MAPS.ME!
Le premier hôtel auquel nous nous rendons nous propose des chambres basiques certes peu chères (70 yuans soit environ 9,80 euros) mais dont les murs suintent l'humidité. Un simple coup d’œil avec Youri me permet de refuser poliment et d'aller tenter notre chance à l'auberge suivante. Daocheng est une petite bourgade qui se parcourt facilement à pied même si il commence maintenant à pleuvoir. La deuxième visite est la bonne, nous prenons possession de nos lits très confortables dans un dortoir situé au premier étage d'une grande maison (la "Drolma's guest house") pour 30 yuans (environ 4,20 euros). Notre hôte est un vieux monsieur tibétain charmant qui ne parle pas un mot d'anglais au contraire de ses 2 fils qui ont quelques notions basiques de la langue de Shakespeare. Ils nous indiquent ainsi un restaurant pas trop cher pour ce soir et nous apprennent que les bus pour Litang, notre destination commune du lendemain, partent soit à 7 heures du matin, soit à midi. Mais il y a aussi la possibilité de prendre des taxis collectifs à toute heure de la journée, taxis qui partent une fois pleins.
Je pars donc au restaurant indiqué avec Youri. Mais Youri étant végétarien, il préfère se mettre à la recherche d'un autre endroit où manger après avoir vu les menus à base de poulet et de porc. Cependant, ce sera sans moi, car je suis fatigué et je n'ai pas envie de courir les rues sous la pluie.
Nous nous retrouvons le soir à l'auberge et commençons à discuter de la journée du lendemain. Il me fait part de son intention de prendre le bus de 7h. Ce n'est pas vraiment dans mes plans, je suis fatigué par cette longue journée et demain matin, il est fort probable qu'à 7 heures je sois encore en train de dormir.
Pour ce soir, je suis invité par la très gentille famille à prendre un thé devant un grand écran LCD flambant neuf qui fait la fierté du maître de maison: en effet lui et ses fils sont des grands fans de foot et ce soir il y a un match de l'EURO 2016 en direct: Russie- Slovaquie pas question de manquer ça!
Comme prévu, Youri s'est levé à 6h15 pour prendre le bus, et comme prévu je suis resté au lit jusqu'à 8h30. Franchement, ce lit vraiment est trop confortable et je suis bien au chaud sous les tonnes de couvertures!
C'est finalement vers 9h30 que je me retrouve sur la rue principale avec mon sac à dos. Le temps est bien meilleur que la veille et de larges morceaux de ciel bleu s'invitent au milieu des nuages blancs. Je suis très rapidement abordé par les chauffeurs de taxis collectifs qui m'ont repéré de loin. Ils me demandent tous 100 yuans (14 euros) pour me conduire jusqu'à Litang. Trouvant la somme un peu élevée pour faire les 150 km qui me séparent de ma destination, je tente l'auto-stop. Si ça ne marche pas, j'aurais toujours la solution du bus ou des taxis.
Cool, la première voiture qui passe au bout de 30 secondes s'arrête!
"Litang? demandai-je au chauffeur à travers sa vitre baissée -OK OK Litang me répond-il tout en sortant son téléphone et en pianotant..."
Et là il me montre son écran avec le chiffre 70 affiché en gros. OK il veut une participation aux frais, je ne m'y attendais pas. Voyant que je fais la moue et que je réfléchis, il n'hésite pas à poser son téléphone, à embrayer et à s'en aller!
Dans certaines régions du monde, notamment celles où les transports publics sont peu développés, il est courant que les chauffeurs demandent une participation aux personnes qu'ils embarquent avec eux, que ce soit des touristes étrangers ou des locaux. Visiblement, ça marche comme ça ici, je le saurais!
Je n'ai pas à attendre plus de 2 minutes pour qu'une deuxième voiture s'arrête. Cette fois-ci, c'est 50 yuans (7 euros) que le conducteur me demande. J'accepte cette proposition et me voilà parti à l'arrière d'une voiture dont les 2 occupants à l'avant passent leur temps à fumer cigarette sur cigarette et à parler très fort. Bon sang, Ils sont à coté l'un de l'autre, quel besoin ont-ils de parler si fort?! En fait, c'est une autre manie chinoise que j'avais déjà constatée depuis mon arrivée: les gens parlent fort, voire très fort. Que ce soit dans la rue, au restaurant ou au téléphone, beaucoup d'entre eux ne peuvent pas s'empêcher de presque crier pour communiquer...
La route est toute neuve, le revêtement est impeccable, c'est un vrai circuit et nous avançons à très bonne allure, mon chauffeur flirtant régulièrement avec les 120 km/h.
Tout le long du trajet, je ne peux pas m'empêcher d'admirer les nombreux chortens, les drapeaux de prière ou les gigantesques mantras dessinés à même les flancs des montagnes et qui sont ainsi lisibles de très loin. Nous traversons aussi de longs passages spectaculaires et infinis sans âme qui vive, ou alors de temps en temps quelques yaks ou quelques chevaux... C'est le Kham tibétain dans toute son immensité...
Nous arrivons finalement à Litang vers 11h30, c'est parfait, je vais d'abord me mettre à la recherche d'un lit pour ce soir, ensuite j'irai manger un morceau avant de consacrer l'après midi à la visite de la ville.
Hier, j'ai repéré 2 hôtels dans mes prix sur booking, je me dirige donc vers le premier des 2, celui qui avait le plus de commentaires positifs, même si je dois marcher 600 mètres alors que le deuxième est quasiment en face de l'arrêt des bus où mon chauffeur m'a laissé. Je le trouve sans difficultés sauf que voilà, une fois passée la porte d'entrée, une odeur écœurante m'accueille. Bon sang, les toilettes sont bouchées et ont débordé, c'est pas possible autrement!... Ou alors il y a un ou deux chiens crevés dans un coin... Ou les 2 à la fois... Bref, je fais rapidement demi-tour au grand désarroi du réceptionniste qui n'a même pas cherché à me retenir... Au final, je retourne sur mes pas et je me retrouve dans le premier hôtel que j'avais zappé un peu plus tôt, ou comment faire un kilomètre pour rien. L’hôtel n'est franchement pas terrible mais il a l'avantage d'être à 100m de la gare routière et d'avoir des dortoirs disponibles pour 40 yuans (5,60 euros). De plus, le patron parle quelques mots d'anglais, ce qui n'est pas désagréable!
Surprise, je retrouve Youri dans le dortoir! Il m'explique qu'il ne s'est pas embêté et qu'il a pris l’hôtel que tout le monde lui indiquait à sa descente de bus. Pour cet après-midi, il a une idée en tête: il veut absolument voir le rite funéraire bouddhiste qui consiste à abandonner le corps du défunt en pleine nature aux vautours et aux charognards. Franchement ça ne me tente pas du tout. Je ne comprends pas. Cette cérémonie, c'est quand même un rite funéraire privé et je ne me vois vraiment pas essayer de m'y incruster. Que dirait-on chez nous si des touristes chinois arrivaient appareil photo en bandoulière et venaient mitrailler de photos un enterrement? Mais lui ça ne le gêne pas plus que ça, il est au contraire très enthousiaste à cette idée...
Bref, c'est sans regrets que je le laisse à nouveau et que je m'en vais visiter la ville.
Située à 4014m d'altitude, La petite ville de Litang est constituée de 2 parties différentes: La ville nouvelle chinoise le long de la grande avenue principale et la vieille ville tibétaine au Nord.
La première chose qui me frappe sont les habitants: des tibétains au visage buriné par le soleil au look de cow-boys sous leurs grands chapeaux et trônant sur leurs motos. La principale avenue est très large et relativement déserte, les lieux donnent un peu l'impression d'un far-west à la sauce sino-tibétaine...
Au bout de l'avenue se trouve un grand chorten blanc: le Chorten Karpo.
Je me fait une place au sein du flot des pèlerins qui font inlassablement avec ferveur le tour du monument (à gauche!!) en actionnant les moulins à prière sur lesquels est gravé le célèbre mantra "Om Mani Padmé Hum". Certains actionnent les principaux moulins de la main droite et font également tourner un petit moulin individuel avec leur main gauche.
Je me dirige ensuite vers la vieille ville tibétaine composée de nombreuses maisons typiques, mais une d'entre elles se détache nettement: la maison natale du 7ème Dalai Lama.
Dire que cet endroit est très vénéré constitue un doux euphémisme. En passant la porte d'entrée, je constate que hormis l'arrivée de l'électricité, rien n'a du changer ici depuis 1708, date de naissance de Kelsang Gyatso qui deviendra le 7ème Dalai Lama. Ce lieu exigu respire l'ancienneté et la poussière, des peintures et de nombreux mantras couvrent les murs et l'emplacement exact où le Saint homme est venu au monde fait l'objet d'une dévotion sans pareille...
Alors que je ressors de la pièce sacrée vers la cour intérieure, un moine souriant me fait signe d'approcher et de le suivre vers l'arrière de la maison. Un peu intrigué, je m'exécute en voyant qu'il insiste avec un très large sourire...
Il me fait pénétrer dans une salle recluse à travers une porte si petite que même lui est obligé de se baisser pour rentrer. Je me retrouve dans une salle entièrement fermée dont j'estime les dimensions à environ 6m x 6m, éclairée par 2 ampoules électriques et des dizaines de bougies. 3 moines sont assis au centre et me regardent avec un sourire bienveillant. Mais ce qui me frappe le plus, ce sont tous les portraits et photos du Dalai Lama (l'actuel cette fois!) qui ornent les murs! Cela va du grand poster au petit médaillon tous entourés de bougies, de drapeaux de prière et de mantras... Toutes les photos représentent le Dalai Lama souriant, les moines sont eux aussi souriants, il règne ici une ambiance de grande sérénité... Les moines ne prononcent pas un mot, ils se contentent de me regarder et de sourire...
Je ne m'attendais pas à trouver ce genre d'endroit. Surtout ici. Les représentations et photos du Dalai Lama sont strictement interdites en Chine, et plus encore au Tibet!! Cette maison voit passer des centaines de fidèles par jour, la porte d'entrée si elle est un peu en retrait n'est en aucun cas masquée et les moines n'ont pas hésité une seconde à révéler son emplacement à un touriste occidental comme moi. Il est absolument impossible que la police chinoise locale ne soit pas au courant de l'existence de cette pièce. Tant que les tibétains ne font pas de grabuge, ils doivent fermer les yeux. Enfin c'est ce que je pense. Je ne saurais jamais, mais les moines ainsi que les 2 autres tibétains qui viennent de rentrer dans la pièce n'ont pas du tout l'air inquiets et ne font rien de particulier pour se cacher, bien au contraire...
Après cette visite émouvante, je continue ma route vers le monastère, sur les hauteurs au Nord de la ville.
Le monastère de Litang a une histoire récente tragique.
En 1949, Mao gagne finalement le conflit qui l'opposait à Tchang Kai Tchek et peut commencer à imposer le communisme à toute la Chine, Tibet y compris. Mais les tibétains refusent cette idéologie venue de Pékin et les problèmes augmentent régulièrement au cours des années 50. En 1956, les habitants de Litang se soulèvent, mais la rébellion est durement réprimée par l'armée chinoise. Les habitants se réfugient alors au monastère sous la protection des moines qui refusent de se rendre malgré les injonctions des militaires qui entament alors un siège très dur. Devant cette résistance inattendue, l'armée fait alors pilonner le monastère à coups de mortier, mais les moines et habitants tiennent toujours. Il faudra plusieurs raids aériens qui firent des dizaines de victimes pour venir à bout de cette poche de résistance, mais le début de l'insurrection était lancé et allait se propager à travers tout le Tibet jusqu'à la fuite du Dalai Lama en 1959...
Le monastère actuel qui me fait face n'a plus grand chose à voir avec celui d'origine. Il a été reconstruit il y a une vingtaine d'années et est en travaux, ce qui fait que je ne peux y pénétrer. Du reste, je ne vois que peu de moines. Je dois néanmoins reconnaître que le nouveau monastère s'intègre bien au paysage avec son mur d'enceinte et ses 108 chortens.
Je poursuis mon chemin vers un autre grand chorten isolé couvert de milliers de drapeaux de prière qui domine la ville. Des yaks broutent paisiblement. L'atmosphère respire la tranquillité et la sérénité. Des enfants accourent vers moi en me criant des "MONEY MONEY MONEY !!!..." Ils n'insistent pas devant mon refus et repartent jouer ailleurs en me laissant à nouveau seul. Je reste encore une bonne heure ici à ne rien faire, juste à profiter du lieu, à profiter du calme de l'endroit, à me dire que j'ai finalement beaucoup de chance de pouvoir voyager ainsi... Je repense à tous les récits d'Alexandra David-Neel que j'ai dévorés plusieurs fois chacun et je me promets intérieurement de tous les relire à nouveau dès mon retour en France... La luminosité diminue progressivement au fur et à mesure que le Soleil descend vers l'horizon, et, conseillé par une baisse sensible des températures, je constate qu'il est temps de rentrer.
Arrivé à l'hôtel, je retrouve Youri qui me demande comment s'est passée ma journée. Je lui raconte brièvement puis lui pose la même question à mon tour: A t'il finalement réussi à voir la fameuse cérémonie bouddhiste de l'offrande du corps des morts à la nature?
"Oui! me répond il enthousiaste. Les gens m'ont finalement bien accueilli après avoir été un peu surpris de me voir, et ils m'ont même laissé prendre quelques photos, c'était vraiment très impressionnant, tu veux voir?"
Non...
Merci...
Sans façons... | | | À: Denis007 · 14 mai 2017 à 11:23 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 33 de 85 · Page 2 de 5 · 1 932 affichages · Partager Salut,
Comte tenu du nombre de fois où j'ai été mort de rire, si tu ne remportes pas le prix du meilleur carnet de voyage de l'année c'est que quelqu'un aura soudoyé le jury ! | | | À: Denis007 · 14 mai 2017 à 20:47 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 34 de 85 · Page 2 de 5 · 1 893 affichages · Partager Ah oui bien d'accord avec Jojoone, je me régale  . Et je comprends que tu ne te rappelles plus du prénom de "Youri" parce que des compagnons de voyage comme ça, on les oublie facilement  A bientôt pour la suite | | | À: Solene40 · 21 mai 2017 à 1:51 · Modifié le 21 mai 2017 à 4:01 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 35 de 85 · Page 2 de 5 · 1 761 affichages · Partager Ce matin, départ pour Tagong, qui est à priori un joli village dont les rares descriptions que j'ai lues sur le net font l'éloge.
Hier soir, nous avons profité avec Youri du fait que le patron de l'hôtel parlait quelques mots d'anglais pour avoir des précisions sur les horaires des bus et nous savons donc qu'il n'existe pas de bus qui relie directement Litang à Tagong: il faut prendre un bus pour Kangding (il y en a un toutes les heures à partir de 6h et jusqu'à 10h) et se faire déposer à QinduXao. De là, la seule solution sera de prendre un taxi collectif vers Tagong.
"Mais hier tu m'as dit que tu étais arrivé en stop? me demande Youri -Oui, mais les chauffeurs attendent une participation au frais, et au final, ça revient aussi cher sinon plus que le bus. -Moi si je fais du stop, c'est pour voyager gratis, c'est pour faire "marcher l'entraide", je vois pas l'intérêt de payer, sinon autant prendre le bus comme tu dis! Il y a l'air d'avoir un peu de circulation sur cette route, je vais essayer en stop, mais sans payer un centime, tu crois que c'est faisable? -Ecoute, tu fais comme tu veux, moi je te raconte juste mon expérience d'hier et mon ressenti... Après bonne chance à toi et tant mieux pour toi si tu y arrives!..."
C'est sur ces paroles que nous nous séparons à la sortie de l'hôtel vers 8h du matin: je me dirige vers la gare routière à 100m tandis que Youri choisit d'aller à la sortie de la ville sur la route principale qui mène à Kangding.
J'achète mon billet pour le bus de 9h, le timing est parfait! J'ai quelques difficultés à faire comprendre au chauffeur que je veux m'arrêter à QinduXao, mais après avoir montré le nom de la ville en chinois sur mon smartphone, il s'écrie immédiatement: "Aaaahhhh Tchindudjao, OK OK..." Oui, car moi j'avais prononcé à l'occidentale "Kindugzao", en oubliant qu'en transcription pinyin, le "Q" se prononce "tch", et pourtant je connaissais la bonne prononciation car le patron de l'hôtel me l'avait encore donnée le matin même... Et encore, c'est sans compter les intonations de la langue chinoise qui sont au nombre de quatre: plate, strictement montante, descendante puis montante, strictement descendante. Un même mot peut donc avoir 4 sens différents suivant la manière dont on le prononce! Et pour corser un peu le tout, il faut rajouter les accents des différentes régions de Chine! Bref, essayer de parler chinois c'est déroutant pour un petit français comme moi, même si Stéphanie m'avait indiqué qu'on se faisait assez vite à ce système lorsqu'on étudiait le Chinois, et qu'une fois les principaux idéogrammes assimilés, cette langue n'était pas spécialement plus compliquée qu'une autre à apprendre....
Pour l'heure, me voici tranquillement embarqué dans mon bus en direction de Kangding.
A la sortie de la ville, j'aperçois Youri au bord de la route avec son sac à dos: visiblement il n'a pas beaucoup avancé dans sa quête de transport gratuit, cela doit faire une bonne heure qu'il est là, nous nous sommes quittés à 8h et il est 9h15... Je n'ai pas vraiment accroché avec Youri, ce n'était pas le style de compagnon de voyage que j'apprécie et en le voyant espérer un hypothétique lift gratuit (juste pour éviter de payer les 60 yuans -8,40 euros- du bus), je ne peux pas m'empêcher d'avoir une pensée mesquine et moqueuse du style Nelson Muntz (personnage de la série "Les Simpsons") et son fameux "HA HA!"...
Oui, je sais c'est mal de se moquer...
Le peu d'informations que j'avais trouvées sur le net concernant le trajet entre Litang et Tagong parlaient d'une route difficile, en mauvais état et avec de nombreux travaux. Et bien ce n'est plus du tout le cas! Les travaux sont terminés, la route est entièrement neuve, le revêtement enrobé est vraiment excellent et le bus file bon train. Malgré le ciel gris, les paysages traversés sont grandioses, des montagnes à perte de vue, mais très peu de végétation, beaucoup de vastes prairies avec une herbe rase, quand ce ne sont pas des champs de pierres qui nous accompagnent lors des passages en altitude. Car ça monte haut et ça descend bas, jugez plutôt: départ de Litang à 4014m d'altitude, passage d'un col à 4718m, puis d'un second à 4659m avant de descendre sur la ville de Yajiang à 2700m. Nouvelle forte remontée à 4412m avant de redescendre à QinduXiao à 3350m où me laisse enfin mon bus. Mon parcours du jour se finira ensuite à Tagong, à 3780m d'altitude.
Le bus me dépose en fait au bord de la route et j'ai moins d'un kilomètre à faire à pied pour rejoindre le village facilement visible depuis cette même route.
Je ne suis pas encore arrivé dans la rue principale de QinduXao que déjà 3 chauffeurs de taxis collectifs m'ont mis le grappin dessus. Dès qu'ils ont eu connaissance de ma destination, un a laissé tombé et 2 autres sont arrivés, et c'est à celui qui me proposera le meilleur prix: les premières offres commencent à 60 yuans (8,40 euros). C'est trop pour faire les 32 km qui me séparent désormais de Tagong. Il me suffit alors de continuer à marcher et de feindre le désintérêt pour que les montants chutent petit à petit: 50, 40, 30 et finalement 25 yuans (3,10 euros). A ce prix là, il n'y a plus qu'un seul chauffeur, les autres ayant lâché prise. Je montre alors au gagnant un billet de 20 et un autre de 5 yuans pour confirmer le chiffre écrit sur son smartphone, et il me fait signe de le suivre jusqu’à sa voiture, un carrosse de marque chinoise de la taille d'une FIAT panda, dont le siège avant est déjà occupée par une très vieille dame qui attend le départ. Je m'assois à l'arrière avec mon sac pendant que mon chauffeur se met en quête d'un autre passager, puis d'un troisième! On se retrouve vraiment serrés comme des sardines à l'arrière avec nos bagages (ce n'est pas la ridicule capacité du coffre qui nous aidera), mais c'est le jeu, il est compréhensible que le propriétaire de la voiture essaie de rentabiliser au maximum son trajet!
Tout le long de la route jusqu'à Tangong, ce ne sont que chortens, peintures, drapeaux de prières et immenses mantras en lettres tibétaines blanches sur les flancs des montagnes qui nous accompagnent.
C'est finalement un peu avant 15h que mon taxi me laisse sur la place de Tangong, en face du monastère. J'ai à peine eu le temps de payer le conducteur et de sortir mon sac de la voiture que je suis apostrophé par un petit bout de femme tibétaine qui ne sait dire que des "hôtel, hôtel hôtel!!!" avec un grand sourire et en me faisant signe de la suivre.
Jay Drolma (puisque c'est son nom) m'emmène jusque dans sa maison 2 ruelles en retrait de la place: la "Jay Drolma Guest House". De toutes façons, il m'aurait été difficile de la manquer car les seuls panneaux écrits en anglais sur la place sont les siens et ils dirigent vers sa maison! Je pense que j'ai du hésiter 1/10ème de seconde lorsque j'ai vu le dortoir qu'elle m'a proposé: une pièce absolument magnifique entièrement décorée en style Tibétain:
Franchement, pour 30 yuans (4,20 euros) la nuit, difficile, voire impossible de refuser!
Puis Jay Drolma me fait redescendre et me conduit dans la cuisine/salle à manger/salon où un grand poêle trône en son centre et diffuse une douce chaleur. Pourtant la surprise ne vient pas de ce poêle, mais des personnes autour: Youri est là et discute avec 2 jeunes filles blondes en buvant un thé!!
Mais comment a-t'il fait pour arriver avant moi?? Je l'ai vu attendre au bord de la route à la sortie de Litang!
"Hello Youri!
pas de réponse...
Youri est plongé dans sa conversation avec ses acolytes qui elles non plus ne m'ont même pas remarqué...
-HELLO YOURI! -Oh, hello! me répond-il enfin en tournant la tête et en s'apercevant de ma présence. -Comment as tu fait pour arriver si vite? Ça a marché le stop? -Oui Nickel, j'ai un peu attendu au début, puis j'ai eu la chance d'être pris par une femme dans sa voiture, elle allait directement ici, on n'a vraiment pas mis longtemps, et elle ne m'a rien demandé en paiement. C'était super cool de sa part!"
A cet instant, je me remémore la fameuse image de Nelson, mais cette fois-ci, c'est moi que Nelson pointe du doigt en poussant son ironique "HA HA!"...
"Et sinon, tu as pu faire un peu le tour, y'a des trucs sympas à voir ou à faire dans le coin?..."
Toujours aucune réponse et pour cause: Youri s'est immédiatement replongé dans sa conversation animée avec les 2 damoiselles. Comme lui elles sont Israéliennes et ils commentent fortement en hébreu un guide de voyage sur la Chine appartenant surement à l'une des 2 car il est aussi écrit en hébreu. Je suis totalement transparent à leurs yeux... J'ai l'impression d'être un vrai fantôme...
Je tente une nouvelle question, mais c'est peine perdue...
Je les laisse donc discuter entre eux et m'en vais explorer le village et les alentours.
Le monastère est fermé et je ne peux donc pas le visiter cet après midi. J'aperçois quand même les dizaines de chortens blancs à l'intérieur de l'enceinte, enceinte qui est constituée de très nombreux moulins à prière.
Je continue ma promenade vers une butte qui domine le village et où se dresse un grand chorten blanc. Arrivé au sommet, c'est sans aucun conteste le plus beau panorama que j'aurais vu en Chine qui se dévoile alors à mes yeux.
Le paysage est immense, presque infini.
Il n'y a pas un arbre, que des prairies avec une herbe verte bien rase. Mais ce vert est régulièrement constellé de drapeaux de prière aux couleurs si caractéristiques et toujours agencées dans le même ordre, du haut vers le bas: -le bleu qui représente la voûte céleste -le blanc qui représente l'air, les nuages, le vent -le rouge qui représente le feu -le vert qui représente l'eau -et enfin le jaune ou l'orange qui représente la terre.
Certains ensembles de drapeaux sont vraiment immenses, au point de couvrir la moitié du flanc de la montagne qui les supporte! Le but est qu'ils soient vus de très loin. Et c'est le cas! Je peux également apercevoir de nombreux mantras tibétains écrits à l'aide de ciment coulé à même le sol, les lettres font une bonne vingtaine de mètres de "hauteur" et sont également visibles et lisibles à des kilomètres. De très nombreux yaks sont éparpillés en contrebas dans la prairie. Un monastère à l'apparence récente siège au pied de la butte, de l'autre côté du village. Un autre monastère apparaît quant à lui bien plus loin, sûrement à quelques kilomètres de distance, mais la vue porte si loin qu'il n'a pas l'air si éloigné... En arrière plan des montagnes apparaissent et disparaissent au gré des nuages. Les plus hauts sommets ont troqué le vert lisse et uniforme des prairies contre le gris accidenté des roches et sont couverts de neige sur leurs cimes dentelées...
Au fur et à mesure que le jour se termine, la lumière change et donne un éclairage nouveau à ce paysage absolument fascinant.
Tellement fascinant que je ne vois pas le temps passer. Il est maintenant plus de 20h, il est temps que je rentre au village dont je ne me suis pourtant pas éloigné de plus d'un kilomètre.
Je ne peux pas en rester là.
Il faut absolument que je prolonge mon séjour ici, j'informe donc Jay Drolma que je compte passer une nuit supplémentaire à Tagong, ce qui ne pose pas de problème, puisque excepté Youri et ses 2 copines israéliennes, je pense être le seul touriste dans le village ce soir... | | | À: Denis007 · 21 mai 2017 à 5:04 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 36 de 85 · Page 2 de 5 · 1 752 affichages · Partager Après une très bonne nuit de sommeil, je suis prêt à partir pour la journée explorer les environs à pied.
Contrairement à ce que je pensais la veille, je ne me suis pas retrouvé seul avec Youri dans le dortoir: une allemande est arrivée assez tard, a tout juste répondu de manière dédaigneuse à mon bonsoir avant de s’asseoir sur son lit en position du lotus et de se mettre à méditer. Et ceci jusqu'à tard dans la nuit car je me suis endormi avant elle. Elle s'est réveillée avant moi ce matin et était encore en train de méditer lorsque j'ai quitté la maison de Jay Drolma vers 9h. Youri quant à lui dormait toujours et je n'ai pas vu l'esquisse de l'ombre des 2 israéliennes...
J'ai régulièrement rencontré des gens fabuleux en voyage, mais ceux là ont bien fait baisser la moyenne...
Me voici donc en route vers ce lointain monastère que j'ai aperçu hier.
Je continue de m'émerveiller à chaque fois que je traverse des "champs de drapeaux de prière", je ne sais pas comment appeler ces installations sur plusieurs dizaines de mètres de centaines de drapeaux. Vus de près, difficile d'y discerner quoi que ce soit, mais c'est vus de loin que ces drapeaux composent des formes géométriques le plus souvent triangulaires.
En chemin, je croise des troupeaux entiers de paisibles yaks occupés à brouter une herbe aussi rase qu'un terrain de football, mais les immenses surfaces à leur disposition compensent cet inconvénient. Un berger m'aperçoit et me fait signe de venir. Bien entendu, nous ne pouvons pas nous comprendre, et nous nous contentons d'échanger un "Tashi Delek" souriant, seule expression que je connais en Tibétain.
Après 2 bonnes heures de marche, j'arrive enfin au fameux monastère. Franchement, il me semblait bien plus proche vu depuis Tagong. Il doit être facilement situé à 5 ou 6 kilomètres du village. Les portes sont grandes ouvertes et je peux pénétrer à l'intérieur mais il y a ici bien peu de moines: seuls quelques-uns d'entre eux passent parfois d'un bâtiment à l'autre. Des haut-parleurs récitent d'incessantes litanies religieuses en tibétain. Le monastère est tout neuf (il y a encore une grue debout sur le dernier bâtiment) mais je n'ai pas l'impression qu'il soit bien "peuplé", je n'ai vu que de très rares moines...
A quelques encablures de ce monastère se trouve un village vers lequel je poursuis mon chemin.
Mais là aussi bien peu de monde est présent dans les rues. Seules quelques vieilles et vieux tibétains très âgés parcourent les rues de ce village pourtant typique tout en récitant des prières à voix basse et en égrenant une sorte de chapelet. Le village est pourtant très joli et de style typiquement tibétain, mais j'ai vraiment l'impression qu'il manque de vie, il y a plus d'animation à Tagong. Je passe devant 2 lieux de culte bouddhistes qui, même si ils ont été clairement rénovés récemment, m'apparaissent bien plus anciens que le précédent monastère. Mon attention est plus particulièrement attirée par un grand édifice dont la base est entourée de moulins à prières et les murs recouverts de centaines d'ardoises où sont gravées et peint des mantras en tibétain. J'avais déjà vu ce types d'ardoises recouvertes de mantras sur les chemins et les villages de l' Annapurna au Népal.
Je continue ma randonnée en amorçant désormais une grande boucle afin de commencer à revenir vers Tagong. Il est assez facile de s'orienter car certaines montagnes couvertes de drapeaux de prière se voient de très, très loin...
Sauf que vers 14h30, alors que je déambulais tranquillement au milieu de la verdure des montagnes, je suis surpris par un orage et des pluies régulières, courtes, mais intenses! Je suis complètement trempé! Ne voyant aucune amélioration météorologique à venir, je décide de couper au plus court et de rentrer à Tagong. Je me rends compte alors que j'ai beaucoup marché ce matin car à chaque nouvelle butte franchie, le village et ses montagnes environnantes n'en finissent plus de reculer....
Au final, je suis bien content de me sécher auprès du poêle pour la fin d'après midi!
Pour manger ce soir, je décide d'aller voir le Khampa cafe dont je n'avais pas vu l'écriteau la veille: il est situé sur la place du village et tout proche du monastère. A ma grande surprise, je suis accueilli par Max, le très sympathique propriétaire des lieux. Max est Tchèque et s'est tout récemment installé ici en reprenant cette auberge à laquelle il a ajouté un petit café-restaurant et un centre d'art local. Pour ce soir, il me conseille la spécialité de son cuisinier: le burger de Yak! Et même si les prix sont un peu élevés, je ne regrette pas ce choix, c'est vraiment très bon!
Au fur et à mesure de la soirée, je fais connaissance avec un chinois ami de Max qui travaille dans une agence de tourisme à Kangding. Il parle déjà un anglais basique mais veut apprendre quelques mots de français car, dit-il, c'est très important de parler ne serait qu'un tout petit peu, la langue des clients. Comme il a quelques notions d'anglais, il connait l'alphabet latin et la prononciation des lettres, je vais donc pouvoir commencer la leçon!
Après les classiques "Bonjour-Au revoir-S'il vous plait-Merci-Je m'appelle XXX", j'essaie de lui apprendre à compter en français, aidé par Max qui me traduit ses remarques du chinois à l'anglais, et qui traduit également mes réponses à ses questions.
"Ok on commence par le chiffre 1 qui s'écrit UN -YOUunnnnn prononce alors mon nouvel ami. -Non pas Youunnn, UN -mais les 2 lettres U et N ça fait younnnn -en anglais peut-être mais pas en français. Passons au chiffre 2 qui s'écrit DEUX -Déuuuxxxx déchiffre t-il péniblement -non pas déuuuxxxx mais deux, deeeeeeeee essayai-je de lui faire comprendre -pourquoi la lettre "X" s'écrit alors qu'elle ne se prononce pas? -parce que... parce que c'est comme ça!
Je commence alors à réaliser que le français n'est pas une langue simple à apprendre...
-On continue avec le chiffre 3 qui s'écrit TROIS -Troïïïïsssssss -Non trôaaaaaa. La lettre "S" à la fin ne se prononce pas, comme la lettre "X" à la fin de "deux" -OK mais c'est bizarre d'écrire des lettres qui ne se prononcent pas... Ça sert à quoi?
Arrivé au chiffre 6, mon élève me prononce fièrement un "SI" -Non, on prononce "sissss" -mais tu m'as dit que le "X" à la fin ne se prononçait pas!!! Et pourquoi les anglais l'écrivent exactement pareil, mais le prononcent "sixxxx"?
Oui le français c'est compliqué. Vraiment compliqué à assimiler.
Après être arrivés jusqu'à 20, nous décidons de changer et de regarder le verbe "être" conjugué au présent qu'il connait par cœur en anglais. En français, cela donne "je suis, tu es, il est, nous sommes, vous êtes, ils sont" Je vous laisse imaginer l'apprentissage de la lecture et surtout de la prononciation, notamment entre "tu es" et "il est".
Au final, cette leçon improvisée de français se termine par un grand fou rire et nous partageons tous ensemble un thé vert bouillant vraiment délicieux, tout ce qu'il faut pour me remettre de cette pluie de l'après midi et pour m'endormir sereinement! | | | À: Denis007 · 21 mai 2017 à 9:56 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 37 de 85 · Page 2 de 5 · 1 725 affichages · Partager Pour ce soir, je suis chaleureusement invité à dîner en famille car c'est la fête des "dragon boats". D'après ce que j'ai compris, un important et apprécié personnage s'était jeté à l'eau dans une rivière, mais ses admirateurs voulant récupérer son corps ont alors jeté à l'eau du riz enveloppé dans des feuilles pour nourrir les poissons et éviter que ceux-ci mangent le corps. Et c'est pourquoi en souvenir de ce jour tous les ans les chinois se réunissent en famille pour manger du riz farci avec toutes sortes de choses (haricots, porc, poissons...) dans une ambiance festive. D'ailleurs si certains lecteurs sont plus au fait de cette tradition, n'hésitez pas à m'éclairer, je relate son origine telle que je l'ai comprise et telle que je m'en souviens, mais il est fort possible que j'aie mal compris!
Bonjour,
Il me semble que personne n'a répondu à cette question - ce que vous écriviez est correct. En guise de remerciement pour ce carnet que je trouve très bien rédigé, voici après adaptations un court texte que j'ai écrit il y a quelques années au sujet de cette tradition très vivace en Chine tout particulièrement dans le sud du pays (le Hunan est une province méridionale) et à Taïwan. Le jour du Festival des Bateaux Dragons est férié en Chine et à Taïwan; il tombe courant juin (la date n'est pas fixe dans le calendrier grégorien, car c'est une fête lunaire).
++
Qu Yuan (~339-278 av. JC), poète et ministre vertueux du royaume de Chu, proposa l'établissement d'un système légal basé uniquement sur des personnes honnêtes et compétentes. Victime des calomnies de ses adversaires corrompus, il fut exilé par le roi. À l'âge de 62 ans, le 5° jour du 5° mois lunaire de l’an 278 avant JC, Qu se suicida en se lançant avec une grosse pierre entre ses bras dans le fleuve Miluo dans la province du Hunan, pour ne pas assister à la défaite de sa patrie. A la nouvelle de sa mort, le peuple se lança dans des barques, ramant à toute force pour retrouver son corps, en vain, et jetant du riz dans l'eau pour que les poissons le mange, plutôt que le corps du poète.
Depuis, chaque année, le jour anniversaire de la mort du poète, on mange des tronçons de bambou remplis de riz, ou des zongzi (riz glutineux fourré, cuit dans des feuilles de bambou). Dans les régions côtières, c'est aussi l'occasion de courses de bateaux-dragons : ce sont de longs et lourds bateaux de bois, avec un barreur, un nombre variable de paires de pagayeurs et un batteur, qui rythme les pagayeurs avec son tambour. C'est un sport très physique apparenté à l'aviron, sur des distances allant typiquement de 200 à 1000 mètres; les compétitions que j'ai vues à cette occasion attiraient toujours beaucoup d'équipes et de spectateurs. | | | À: Denis007 · 21 mai 2017 à 10:48 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 38 de 85 · Page 2 de 5 · 1 717 affichages · Partager C'est un vrai bonheur de suivre votre carnet. Je ne suis pas sûre que j'irai un jour dans ces régions, mais votre récit bien enlevé m'en console. | | | À: Marathon · 21 mai 2017 à 16:23 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 39 de 85 · Page 2 de 5 · 1 686 affichages · Partager Bonjour Marathon et merci pour ces précisions et le fin mot de l'histoire.
En fait, dans l'histoire, j'avais compris que le corps avait été retrouvé et protégé de la voracité des poissons et que c'est cela que célébrait cette fête, visiblement ce n'est pas tout à fait le cas.
Je ne connaissais pas non plus les courses de bateaux-dragons qui ont lieu à cette occasion. Pour la famille qui m'avait invité ce soir là, cette fête était surtout l'occasion de se retrouver tous ensemble et de manger de nombreux plats différents à base de riz cuit dans des feuilles de bambous, dont certains sont préparés la veille.
Pour info, il y avait tellement de nourriture et de plats différents que je pense qu'ils ont du avoir des restes pour 2 jours! | | | À: Sissi57 · 28 mai 2017 à 1:38 Re: Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord Message 40 de 85 · Page 2 de 5 · 1 585 affichages · Partager Voilà, il est temps de dire au revoir à Jay Drolma et de reprendre la route, aujourd'hui je me dirige vers Kangding pour ma dernière étape dans le Kham Tibétain. Même si elle ne parle que très peu l'anglais qu'elle a appris "sur le tas" au contact des touristes, Jay Drolma sait se faire comprendre et comprendre les demandes des voyageurs qui passent par sa guest-house. C'est ainsi qu'elle insiste pour me raccompagner jusqu'à la place du village et me conseiller à un chauffeur de sa connaissance pour un prix correct en taxi collectif vers Kangding. Enfin je suppose que le prix était correct, il m'a paru cohérent avec tout ce que j'avais payé jusqu'à présent.
Me voici donc embarqué dans un grand monospace de marque chinoise (il y a beaucoup de marques chinoises de voitures, complètement inconnues en occident) en route vers Kangding. La place de devant a été attribuée d'office à un moine, la première banquette est occupée par 3 femmes et je me suis retrouvé sur la seconde banquette avec de nombreux bagages et un petit jeune d'une quinzaine d'années qui n'aura qu'un seul but durant tout le trajet: faire le meilleur score possible à son jeu sur smartphone ses écouteurs enfoncés dans ses oreilles. La batterie de son téléphone le lâchera d'ailleurs au bout de 3 heures de jeu effréné, et il passera le reste du trajet à dormir en se servant de mon sac à dos comme oreiller...
Le trajet sera assez long car nous rencontrerons de nombreux travaux le long de la route ainsi que des bouchons de camions causés par ces mêmes travaux.
Après un nouveau passage de col à plus de 4200m suivi d'une descente interminable, nous arrivons enfin à Kangding un peu après 14h.
Première impression: c'est laid.
Franchement.
La ville n'est qu'un ensemble de blocs de béton gris amoncelés les uns à côté des autres sans qu'aucune attention n'ait été apportée à l'ordonnancement de l'ensemble. Les constructions ont poussé sur chaque bout de surface disponible et comme le terrain est montagneux, elles se sont toutes concentrées dans la faible largeur de la vallée... Les montagnes environnantes auraient pu un peu rattraper le coup, mais elles sont parcourues par plusieurs lignes électriques à très haute tension qui semblent avoir été posées en dépit de la logique...
Bref, l'endroit ne me donne pas vraiment envie d'y passer un peu de temps... Le changement est brutal après les villages tibétains de Litang et Tagong!
Mon chauffeur me dépose à un grand carrefour à l'entrée de la ville et je pars à la recherche de l'hôtel que j'ai repéré la veille sur booking: le "Zilham hostel". Celui-ci est situé à un petit kilomètre du centre sur les premières pentes des montagnes qui dominent la ville. Je n'ai pas beaucoup de difficultés à le trouver et au moment et j'ai à peine franchi le portail d'entrée vers la cour intérieure qu'une moto cross me dépasse et s'arrête devant moi.
L'homme qui en descend ôte son casque et me tend la main tout en me lançant un joyeux: "Salut! Comment ça va? -Bien et toi? -Qu'est ce que tu viens faire ici? -Je cherche un lit pas cher pour passer la nuit! -Ça tombe bien, j'ai ça en stock, suis moi!"
Kristopher est américain et est le propriétaire des lieux. Il s'est installé à Kangding avec son épouse il y a quelques années pour monter son petit hôtel. C'est le genre de gars que l'on ne peut que trouver sympathique dès la première seconde. Et c'est vraiment un type sympa, il n'en a pas que l'apparence!
Je le suis donc jusqu'à la réception où il pose ses 2 paniers remplis de légumes avant de s'occuper de mon cas et de me faire visiter l'établissement. Les dortoirs sont nickels, récents avec tout le confort nécessaire, idem pour la salle de bain. C'est donc sans aucune arrière pensée que je pose mon sac ici pour cette nuit. Le Zilham hôtel propose toutes sortes d'excursions et de randonnées dans la région de Kangding, et il propose aussi et surtout un service qui m'intéresse bien davantage: la réservation de billets de bus pour Chengdu! Pour 120 yuans (env 16,80 euros) je réserve donc un ticket pour le lendemain 8h, sachant qu'il y a des bus au départ de Kangding pour Chengdu toutes les heures à partir de 6h et ce jusqu'à 11h.
Soulagé du fardeau de l'achat du ticket de bus, je pars donc visiter la ville durant le reste de l'après-midi.
La ville confirme hélas la première impression que j'ai eue en arrivant: ce ne sont qu'immeubles de béton gris, modernes et sans âme qui se suivent le long de la rue principale. Enfin, quand je dis la rue, je devrais plutôt dire la rivière car c'est une rivière bouillonnante et dégringolant de la montagne qui partage la ville en 2 et fait office de point de repère naturel.
Le seul bâtiment qui subsiste de la ville ancienne est le monastère situé en plein cœur de la cité. Et même s'il parait aujourd'hui noyé au milieu des immeubles bien plus élevés que lui, il n'en garde pas moins une certaine harmonie, surtout à l'intérieur.
Je profite du reste de l'après-midi pour gravir la colline de Paoma Shan. A pied bien entendu, car pour les touristes fatigués ou pressés (ou les 2 à la fois), il y a une sorte de télésiège qui permet de monter rapidement et sans forcer les 400 mètres de dénivelé, pourvu que le passager soit prêt à payer les 40 yuans (5,60 euros) de ticket d'accès.
Mais très franchement, il vaut bien mieux faire un petit effort physique d'une heure même si le départ du chemin n'est pas facile à trouver, bien caché entre 2 immeubles! La montée est en effet très agréable en suivant des escaliers sans fin envahis de drapeaux de prière.
Au bout d'un moment, j'arrive dans une sorte d’amphithéâtre en plein air dominé par une statue de Bouddha, devant laquelle de jeunes moines souriants se prélassent et se prennent en photo à grands coups de selfies...
Il faut cependant continuer un peu plus haut pour arriver à un temple malheureusement fermé, mais d'où la vue sur la ville et la vallée est impressionnante.
Il ne me reste plus qu'à rentrer, trouver un petit restaurant pour terminer la journée. La place centrale de la ville est très animée en cette agréable soirée de Juin, et je remarque un curieux monument au milieu de celle-ci: un grand livre géant sur lequel jouent les enfants et qui reprend la musique et les paroles de "la chanson d'amour de Kangding", qui est aussi célèbre en Chine que peut l'être "Au clair de la lune" en France m'apprend le guide du Lonely planet.
Demain, c'est encore une longue journée de transfert qui m'attend: 7h de bus jusqu'à la grande ville de Chengdu signifieront la fin de la partie tibétaine du Sichuan et le retour dans la Chine "classique"...
Pas grand chose à dire de cette journée, qui fut essentiellement une journée consacrée au transport: 7 heures de bus entre Kangding et Chengdu.
Lors de la pause déjeuner, le bus s'arrête avec une dizaine d'autres en pleine campagne dans une sorte de restaurant self-service et ô joie, ô bonheur, je retrouve les bonnes vieilles toilettes communes moyen-âgeuses telles que celles que j'avais rencontrées le premier jour à Yuanyang!
Elles m'avaient vraiment manqué!
Ou pas...
Un peu avant d'arriver à Chengdu, je remarque une chose étrange: nous traversons une autoroute 2x5 voies complètement vide qui parcourt les bois et les champs... Un coup d’œil sur la carte de la ville me donne l'explication: Chengdu est entourée de plusieurs autoroutes périphériques concentriques, et celles-ci ont été construites en prévision de l'extension future de la ville pour au moins les 20 ans à venir, ce qui fait que le dernier anneau se trouve à une bonne quarantaine de km du centre, et est pour le moment complètement désert... J'ai vraiment l'impression que les chinois jouent à SIMCITY mais en grandeur réelle. Dans SIMCITY on construit d'abord les routes et axes principaux, puis ensuite on implante des zones commerciales, industrielles, résidentielles; on amène ensuite l'électricité et l'eau et on attend que les gens veuillent bien venir s'installer! Là c'est exactement la même chose! Oui, je sais, pour comprendre cette référence, il faut être un peu geek et avoir joué au jeu vidéo SIMCITY...
Bref, nous arrivons à la gare routière vers 15h30, une vérification sur MAPS.ME m'indique que mon hôtel se situe à environ 4 km, distance que je décide de parcourir à pied, une petite heure de marche en ville, rien de tel pour se changer les idées après une journée de bus bien monotone!
J'ai finalement bien pris mes quartiers hier soir à l'hôtel Lazybones.
Le Lazybones, c'est l'hôtel idéal pour les voyageurs occidentaux à Chengdu: des dortoirs mais aussi des chambres individuelles, doubles ou familiales, tout le staff parle correctement anglais et peut vous aider et même carrément organiser pour vous les visites de la ville, les réservations de taxis, bus, trains, avion, tricycles... Ils peuvent laver, sécher et repasser votre linge dans la demi-journée, ils peuvent réserver des billets d'opéra et vous organiser le trajet en taxi A/R, ils proposent également des tours dans tous les sites touristiques majeurs du Sichuan et même si je voulais aller dans un coin perdu où personne ne va jamais, je suis sûr qu'ils pourraient se débrouiller pour me satisfaire...
Certes, ce n'est rien de moins qu'une somme de services que tout bon hôtel digne de ce nom se doit d'offrir, mais c'est la première fois pour moi que je rencontre ce genre d'établissement depuis mon arrivée en Chine, et je peux vous dire que j'en ai lâchement profité! Aucun souci pour réserver un billet de bus pour le surlendemain vers Xi'An avec en prime la navette de l'hôtel qui me conduira à la gare routière. Aucun souci également pour se rendre ce matin au centre de recherches sur le panda géant: pas besoin de changer 3 fois de bus, la navette privée de l'hôtel va m'y conduire directement! Oui c'est un peu plus cher que les bus publics mais moins cher qu'un taxi individuel et le fait de ne pas se casser la tête, ça a du bon parfois!
C'est donc à 7h30 ce matin accompagné de 5 autres clients occidentaux de l'hôtel que nous partons vers le célèbre centre aux pandas de Chengdu.
J'avais lu différents avis sur ce centre, certains voyageurs ayant bien aimé, d'autres lui reprochant un coté "zoo" touristique... En effet, les pandas sont dans des enclos fermés, et les visiteurs payent pour venir les voir, c'est donc bien la définition d'un zoo, mais franchement, je ne vois pas d'autre moyen pour voir des pandas: il en resterait officiellement moins de 1600 en liberté dans les montagnes sur une surface immense et à part un coup de chance monstrueux (si tant est que les autorités chinoises vous laissent vous promener librement dans ces forêts montagneuses), il faut se résoudre à aller dans des zoos pour admirer ces "gros ours-chat", qui est la traduction littérale du mot "panda" en chinois.
Après avoir payé l'entrée de 60 yuans (8,40 euros), je peux commencer à visiter les différents enclos. Il est fortement conseillé de venir le matin jusqu'à 10h car c'est l'heure du repas pour les pandas. Le reste de la journée, ils préfèrent dormir à l'ombre et sont donc moins visibles. Mauvaise surprise à l'entrée: des pancartes m’apprennent que pour cause de rénovation, 2 des principaux enclos sont fermés au public et les pandas les habitant sont donc inaccessibles...
Dommage...
Mais bon, le centre de Chengdu possède plus de 100 pandas, et j'en verrai une bonne trentaine au total ce qui me satisfera plus que largement! Pour comparaison, il n'y a que 21 pandas dans les autres zoos du monde entier (dont 2 en France au zoopark de Beauval) tous "loués" à prix d'or par les autorités chinoises... Les pandas sont un symbole et une fierté nationale en Chine, et jusqu'à il y a quelques années, le fait de tuer un panda était passible de la peine de mort!...
Dans l'immédiat, la visite m'emmène rapidement dans un puis 2 enclos où les pandas se reposent et mangent, certains s'approchant même tout proche des barrières et des grilles pour le plus grand plaisir des visiteurs du jour. Même s'il mesure jusqu'à 1,80m et peut peser près de 120 kg, je ne peux pas m'empêcher de penser à une grosse peluche douce et timide en le voyant...
La visite est très bien organisée, et de nombreux panneaux explicatifs en anglais ainsi que des films et des activités au musée attenant m’apprennent des tonnes de choses sur les pandas: leur reproduction en captivité est très difficile, et à la naissance, le bébé est sourd et aveugle et pèse moins de 200 grammes! Il est donc impossible de savoir si une femelle est enceinte sauf à avoir recours à une échographie. Les naissances sont donc en général des surprises! De plus, un accouchement sur 2 en moyenne donne naissance à des jumeaux, mais malheureusement, la femelle ne s'occupe que d'un seul d'entre eux, celui qu'elle juge le plus apte à survivre et laisse mourir l'autre... Les chercheurs et zoologistes chinois ont développé une maternité spécifique avec des incubateurs pour les bébés rejetés qui sont pourtant très fragiles et se targuent aujourd'hui d'un taux de survie de 100% du deuxième bébé! La visite passe dans une de ces maternités et on peut voir les incubateurs derrière des grandes baies vitrées, et lors de mon passage, un minuscule bébé dormait dans l'un d'entre eux sous une couverture...
Mais j'ai également appris qu'il n'y avait pas que les grands pandas géants noir et blanc, il existe aussi une autre race de pandas, les pandas roux! Bien que plus nombreux que leurs cousins, ils sont également en danger de disparition car ils ont été l'objet d'un fort braconnage durant le 20ème siècle. Ils sont plus petits (50 à 60 cm pour 6-7 kg maxi) et pour le coup, ce sont de véritables peluches sur pattes! Ils est également plus facile de les approcher, visiblement habitués à la présence humaine dans le centre certains n'hésitent pas à traverser 2 mètres devant moi!
J'ai personnellement bien aimé la visite de ce centre et j'en suis ressorti avec la nette impression que les pandas étaient très bien traités ici et que tout le personnel du vétérinaire en chef au balayeur de crottes était impliqué à fond dans les soins et le bien-être des animaux. Bien sûr, en tant que simple visiteur comme des centaines de milliers d'autres, j'ai vu ce qu'on a bien voulu me montrer et tout était présenté sous un jour positif, mais je ne vois pas pourquoi il en serait autrement.
En tout cas, c'est enchanté que je rejoins la ville pour le reste de l'après midi et que je flâne dans le quartier ancien de Chengdu: il y a bien de magnifiques parcs avec de très jolis temples et pagodes, mais ce n'est pas l'image que je retiendrai de Chengdu: pour moi mon passage à Chengdu sera associé aux pandas!
Je rentre à l'hôtel vers 18h et vu ma forte carrure, je me fais embaucher immédiatement au déménagement des lourdes tables, chaises et table de billard de la petite salle à manger: ce soir, l'hôtel organise pour ses clients une petite représentation privée d'opéra du Sichuan: cool! Seulement 2 protagonistes, mais les costumes et les maquillages sont parfaits, et je me régale ainsi que la trentaine de spectateurs de ce petit show d'une vingtaine de minutes qui me montre une nouvelle image d'Epinal de la Chine après les pandas de ce matin!
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