Article de Yves Leers paru dans « TOOGETHER »
Pour tous ceux qui s’intéressent à la grande ile et ceux qui y vivent, qu’en pensez-vous ?
Françoise Lenoble-Prédine* est une ethno-botaniste hors du commun. Sa passion : créer du lien en mettant sa science et sa force de conviction au service de populations sous-alimentées, par exemple à Madagascar. Son sésame est le patrimoine végétal. Et à Madagascar, il y a de quoi faire. Remettre à l’honneur les espèces inconnues et méprisées
Les plantes connues bien sûr mais aussi toutes celles qui sont ignorées, méprisées ou même honnies comme l’invasive jacinthe d’eau. D’un déchet, elle fait une ressource à valorisation multiple : engrais, litière, combustible... Patiemment, elle recoud, elle retisse.
Des plantes contre la faim
L’été dernier, elle a découvert à
Antananarivo les dégâts de la période agitée que le pays a vécu au début de l’année. Tout le travail mené avec le paysagiste Thierry Huau autour du « Plan vert »de
Tana a souffert mais il reste des espaces miraculeusement préservés. Un bout de jardin qui produit des légumes en pleine ville, c’est aussi une vision d’espoir. Pour donner un peu de vitamines aux enfants des écoles primaires publiques, « Madame Françoise » a imaginé des potagers dans ces écoles : ils vont revivre. « On peut tout faire en s’appuyant sur le patrimoine végétal : manger, créer, broder, construire, meubler, cuisiner... Certaines plantes à forte valeur nutritive sont redécouvertes et on a besoin d’elles dans un pays où la faim existe », explique-t-elle. L’initiative fait des émules et certaines écoles parviennent à se passer des feux de bois entre deux pierres au profit de fours solaires ou de foyers améliorés. C’est autant de charbon de bois et de pollution en moins. La prochaine étape consistera à équiper le plus d’écoles possibles avec des modes de cuisson moins polluants.
Un artisanat en pleine expansion
Avec une association de brodeuses de
Tana, avec des artisans qui travaillent le sisal ou le raphia, elle donne les bonnes recettes, à
Madagascar comme au
Liban grâce à son association, Saluterre International (*), Françoise Lenoble – qui préside le conservatoire national des espèces spécialisées – prépare pour 2010 une expo en
France sur l’artisanat malgache, champion du recyclage. Loin de certaines ONG qui, à
Tana comme ailleurs, écrasent de leurs 4×4 les « petits taxis » – d’un autre âge qui dévalent inlassablement les rues de cette capitale d’un pays aux immenses potentialités qui survit si péniblement : les deux-tiers des Malgaches vivent avec un revenu inférieur à un euro par jour.
Yves Leers
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