"
Maa*, toi le génie des eaux, je viens te voir au nom du pacte qui lie mon peuple à toi. Bientôt, les Bozos devront affronter les terribles hommes crocodiles. Parce que je sais que nous sommes liés pour l'éternité, toi et nous les Bozos, j'ai décidé de les affronter en comptant sur ton soutien." (M. Konaté,
La malédiction du Lamantin, p.55)
Moussa Konaté nous a quittés
Le romancier, essayiste, dramaturge et éditeur malien Moussa Konaté, surtout connu est estimé par ses policiers du "commissaire Habib", est décédé samedi dernier à Limoges (France). Il avait 62 ans seulement.
Né en 1951 à Kita, au Mali, cet intellectuel et ambassadeur de la culture malienne à l'étranger, diplômé en lettres de l'ENSup de Bamako, a enseigné la littérature pendant plusieurs années avant de se consacrer à une carrière comme écrivain libre. En 1997, il a fondé les éditions
Le Figuier, devenant ainsi le premier écrivain-éditeur du Mali, de plus, il était co-directeur du Festival Etonnants Voyageurs de Bamako.
Au début des années '80, il a publié son premier roman, en français ; outre le français, il a publié des ouvrages en langues maliennes dont en peul, en soninké et surtout en bambara :
Jakuma kegunnin (Le petit chat rusé),
Aladen ni jinèmori lanpan (Aladin et la lampe merveilleuse),
Ali Baba ni nsonkè binaani ka kèlè (Ali Baba et les quarante voleurs),
Baru n'a basinamuso jugu (Barou et la méchante co-épouse),
Sitan dennin faratilen (La fille Sitan en danger) etc., afin de s'adresser surtout à un public juvénile au Mali. Cependant, il s'est fait un nom surtout comme écrivain de policiers pour explorer son pays natal : par les enquêtes de son commissaire fêtiche, Habib. Considéré comme le meilleur représentant de la littérature moderne de son pays, ce Malien a mis en scène son alter ego Habib au pays Dogon (
L'Empreinte du renard), dans la capitale malienne (
L'Assassin du Banconi) et dans la société bozo le long du
fleuve Niger en mettant par écrit le mythe du lamantin et l'histoire des Bozo (
La malédiction du Lamantin). Moussa Konaté était toujours un fervent préconiseur du policier : "
Je ne vois pas de différence entre le roman policier, et le roman en général. Le roman policier a toute sa place dans la littérature". Que c'est vrai !
Moussa Konaté était aussi essayiste et polémiste, à l'image d'un de ses derniers ouvrages intitulé
L'Afrique noire est-elle maudite ? D'une rigueur intellectuelle rarement égalée sur le continent africain, Moussa Konaté s'est fait remarquer aussi comme voix importante contre la dictature de Moussa Traoré (
Mali: ils ont assassiné l'espoir. Réflexion sur le drame d'un peuple, en 1990). Depuis samedi dernier, cette voix s'est arrêtée mais il nous reste une vingtaine de livres pleins de l'intelligence d'une grande finesse ayant dévoilé – surtout dans ses policiers – un Mali "
écartelé entre modernité et respect de la tradition"...
Ala ka hinè i la, k’i dayòrò suma !
Hery
Autres ouvrages de cet auteur :
Khasso. Editions théâtrales. 2005.
L'Honneur des Kéita. Gallimard, 2002.
Un appel de nuit. Lansman, 1995 (rééd. 2004).
Chronique d'une journée de répression. L'Harmattan, 1989.
Fils du chaos. L'Harmattan, 1986.
L'Or du Diable. L'Harmattan, 1985.
Une aube incertaine. Présence africaine, 1985.
Le Prix de l'âme. Présence africaine, 1981.
*en bozo (-sorogaama),
maa veut dire "lamantin" (lat.
Trichechus senegalensis)