Extrait du journal de l'ile (réunion) le 07/02/2006
Maurice touchée elle aussi par la chikungunya
Quinze cas selon le ministère de la Santé, une vingtaine par jour selon les médecins, à
Maurice comme à la
Réunion la polémique enfle à propos du nombre de malades victimes du chikungunya. L’ancien ministre de la Santé Askok Jugnauth demande à son successeur, dans la presse mauricienne, de s’impliquer personnellement.
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Quinze habitants de
Maurice ont été atteints par le chikungunya, qui a aussi contaminé 2000 personnes aux
Seychelles, a-t-on appris vendredi auprès du ministère mauricien de la Santé. L’aéroport de
Port-Louis et le port ont été placés sous haute surveillance sanitaire, selon la même source. Un comité ministériel, présidé par le Premier ministre mauricien, Navin Ramgoolam, a été chargé de suivre l’évolution de la maladie sur l’île. Selon un communiqué publié à l’issue du conseil des ministres de vendredi, "une campagne tous azimuts d’éradication des moustiques a été lancée à travers l’île". Après les récentes pluies qui se sont abattues sur
Maurice, les agents de l’État "ont commencé à nettoyer et désinfecter les canaux pour empêcher la propagation des moustiques vecteurs du chikungunya". À la fin de la semaine dernière, une première opération de désinsectisation sur une vaste échelle a été conduite à
Mahébourg. D’autres campagnes sont prévues à Grand Gaube et Poste Lafayette. Elles sont menées par la société Roger Fayd’herbe qui a par ailleurs commandé d’importantes quantités d’insecticides et de matériels de pulvérisation. Officiellement, le gouvernement mauricien veut donner l’illusion qu’il maîtrise parfaitement la situation. La réalité sur le terrain apparaît tout autre et, comme à la
Réunion, la polémique commence à enfler notamment sur le nombre de personnes touchées.
20 CAS PAR JOUR
Si le ministère de la Santé reconnaît officiellement quinze cas de malades atteints du chikungunya, Georges Ah-Yan, travailleur social à
Mahébourg, affirme dans les colonnes de Week-End que plus de 400 personnes sont contaminées dans la région de Karo Manioc proche de
Mahébourg. “Si les médecins d’État sont réticents à se prononcer sur la situation actuelle, ceux du privé affirment qu’il faut s’attendre à une éventuelle épidémie dans les semaines à venir, affirme notre confrère Le Matinal. La version des autorités est contredite par George Ah-Yan, président de l’Association pour le bien-être de
Mahébourg soutient que plus d’une cinquantaine de familles dans les faubourgs de
Mahébourg sont contaminées. Selon lui, les officiers sanitaires devraient venir constater de visu la situation dans le village. S’ils ne viennent pas, nous ferons une manifestation pacifique de l’hôpital de
Mahébourg.” Sous couvert de l’anonymat, des médecins d’État de l’île Sœur partagent l’analyse de leurs confrères du privé. Selon eux, des vingtaines de cas suspects sont enregistrés chaque jour. “Les symptômes présentés par ces patients sont exactement ceux de la maladie et nous leur prescrivons les traitements utilisés pour contrer le chikungunya. Les autorités veulent éviter de créer une psychose mais le danger est réel. On peut s’attendre à une contamination rapide de la population car le climat est humide et propice à cela. J’ai bien peur que les autorités mauriciennes tentent de cacher la réalité au public. Cela ressemble à ce qui s’est produit l’année dernière quand l’épidémie a éclaté. Les autorités évoquaient seulement 3 000 à 3 500 cas mais la réalité était tout autre. Plus de 5 000 personnes ont été contaminées. J’estime que le gouvernement devrait divulguer ces informations afin que le public prenne conscience du danger que représente la maladie, ” confie un médecin de
Port-Louis au Matinal. L’ancien ministre de la Santé, Askok Jugnauth, met en demeure son successeur de “révéler les vrais chiffres” dans les colonnes de Week-end. “Quand j’étais ministre, quelques cas avaient été introduits dans le pays par des Comoriens de passage. Un plan d’action avait été mis en place et le foyer d’infection ne s’était presque pas étendu ailleurs qu’à
Port-Louis. Un comité se réunissait chaque semaine et la population était proprement sensibilisée. Face à la panique qui aujourd’hui gagne la population le ministre de la Santé doit s’impliquer personnellement.”