Delseve · 27 février 2009 à 10:04 · 52 photos 43 messages · 11 participants · 10 381 affichages | | | | 27 février 2009 à 10:04 Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 1 de 43 · Page 1 de 3 · 6 691 affichages · Partager ParisDépart pour l’ Ouzbékistan : 26 août 2008. Ce voyage correspondait pour moi à un vieux rêve d’ Asie Centrale, de lieux inconnus, parfois mythiques ( Samarcande...) et aux noms assurément exotiques : Kyzyl Kum, Tashkent, Bukhara... J’avais en tête des images de coupoles turquoise et de marchés aux tissus chamarrés, des instantanés de désert aride et de chemins caillouteux.
Et puis, ce voyage devait aussi être pour moi, mordue de langues étrangères, un véritable test puisque je m’étais lancée depuis huit mois dans l’apprentissage du russe, seule avec mon livre et mes CD. Si l’ouzbek est effectivement la langue officielle de l’ Ouzbékistan, on m’avait néanmoins confirmé que le russe était largement pratiqué dans le pays. J’étais donc curieuse de mettre enfin en pratique mes quelques connaissances, un peu angoissée aussi à l’idée que, pour la première fois, j’allais tester ma prononciation et ma compréhension en situation réelle.
J’avais aussi aiguisé la curiosité de Sophie. Confiante, appâtée par la façon dont je lui avais vendu notre périple, elle attendait elle aussi ces vacances, tout en sachant encore moins que moi à quoi s’attendre. C’est donc avec une impatience sans bornes que nous sommes arrivées à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, prêtes à commencer mon voyage.
Nous rattrapons vite la réalité dès l’aéroport lorsque nous nous mettons en quête du terminal 1B. Le terminal 1 est conçu en cercle et après avoir fait un premier tour du cercle sans avoir trouvé le terminal 1B, nous voyons enfin un panneau nous indiquant le fameux terminal... de l’autre côté de la route. Le terminal 1B consiste en effet en un préfabriqué, isolé, désert à l’heure où nous y entrons. Pas de tapis roulants à l’enregistrement des bagages, pas de panneaux électroniques récapitulant tous les vols : avons-nous déjà changé de pays ? Même les agents chargés de l’enregistrement semblent perplexes devant la vétusté de certains appareils. Néanmoins, une fois nos bagages posés sur le petit chariot, nous voilà prêtes à embarquer pour l’ Ouzbékistan via Istanbul.
Rien de vraiment notable sur le vol Paris- Istanbul. Avion très récent, équipement dernier cri. Seule la passagère derrière Sophie, dame en sari d’un certain âge, nous gâche un peu le confort de ce vol en enchaînant les rots, tous plus bruyants et odorants les uns que les autres. Curieuse habitude. 30 rots à l’heure, c’est un record homologué ? | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Delseve · 27 février 2009 à 10:31 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 2 de 43 · Page 1 de 3 · 6 669 affichages · Partager IstanbulL’ aéroport d’Istanbul est magnifique : moderne, spacieux, tout le contraire du terminal T1 préfabriqué ! L’escale de cinq heures, par conséquent, est tout à fait supportable. Magasins de luxe, alcool et tabac à gogo (bon, je ne fume pas et je ne bois pas...) et surtout, une offre pléthorique de loukoums... Attention, il ne s’agit pas ici des loukoums vaguement aromatisés que l’on peut trouver en France en supermarché, mais des LOUKOUMS ! Les vrais, ceux que l’on ne trouve qu’en Turquie. Un pur délice. Et comble du bonheur, la plupart des magasins proposent à peu près toutes les variétés en dégustation. Avec Sophie, nous avons frôlé l’overdose, notamment, dans les rayons du « Old Bazar », spécialisé dans la vente de ces petits délices sucrés. Mention spéciale à la variété « double pistache » : nous en mangeons suffisamment pour être certaines de notre choix. Cela dit, nous décidons de réserver notre achat pour le retour : la prudence veut en effet que nous n’achetions pas les loukoums avant de partir sous peine de consommer l’intégralité de nos emplettes en Ouzbékistan.
Dernier passage aux toilettes avant de rejoindre la salle d’embarquement. Il y a un peu d’attente et Sophie et moi nous mettons dans la file. Devant moi, trois dames voilées me lancent des regards furieux. Plus le temps passe, plus je sens que ma présence les indispose. Au bout de cinq minutes, l’une d’entre elles, enfin, s’adresse à moi, dans une langue qui n’est ni du turc ni une langue que je connais un minimum. Nul besoin de comprendre chaque mot pour réaliser que mes cheveux courts l’induisent en erreur et qu’elle me prend pour un homme : le doigt pointé vers la sortie et vers les toilettes des hommes sont sans équivoque. Je tente en anglais de lui expliquer qu’elle se trompe, que je suis bien une femme et que je serais bien en peine d’aller soulager ma vessie dans un urinoir. Elle ne semble pas comprendre et je vois bien que sa colère augmente avec mon refus de quitter la pièce. « I’m a woman, I’m a woman !... » Mes déclarations ne l’atteignent pas et je commence à désespérer car je vois bien que je ne me fais pas comprendre. Ma voix, pas spécialement grave, devrait d'ailleurs être un indice pour elle. Les deux autres dames rejoignent la première. La situation semble sans issue.
Enervée, je joue mon va-tout : je bombe la poitrine et je leur montre ostensiblement mes seins avec les deux mains. Il ne peut plus y avoir de doute. Je me dis que mon geste les choquera peut-être mais qu’au moins, elles me laisseront terminer mon attente dans les toilettes des femmes. Stupeur chez les trois dames... immédiatement suivie d’un grand éclat de rire. Non seulement elles ne sont pas choquées, mais en plus, elles se confondent en excuses et m’expliquent par gestes que ce sont bien mes cheveux courts qui les ont induites en erreur. Plusieurs fois, elles reproduisent en riant la scène où je leur ai montré mes seins. J’ai eu mon petit succès.
Je m’aperçois un peu tard que la dame qui m’avait interpellée parle allemand. Zut, ça aurait été plus simple de communiquer dans la langue de Goethe que de m’époumoner avec mes « I’m a woman ! ». Mais ça aurait été dommage de rater ce sketch... Je profite aussi de mon passage aux toilettes pour prendre la première photo de ce voyage. Ceux qui me connaissent savent que j’aime les panneaux et que j’en ai fait un site internet. J’immortalise donc ce panneau, près du lavabo, précisant que les ablutions doivent se faire à la mosquée et non aux toilettes.
Nous quittons nos amies des toilettes et nous rejoignons toute guillerettes la salle d’embarquement. L’ Ouzbékistan n’a jamais semblé si proche : le nom de Tashkent sur les écrans et les passagers, au type centrasiatique, ne laissent aucun doute. Je réalise à ce moment-là que je vois des Ouzbeks pour la première fois de ma vie. Image attachée: Photo postée par le membre Delseve. | | | À: Delseve · 27 février 2009 à 10:38 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 3 de 43 · Page 1 de 3 · 6 659 affichages · Partager Vol Istanbul- TashkentL’avion qui nous mène à Tashkent, bien que de la même compagnie que le précédent, est moins moderne. Nous devrons nous passer des écrans individuels. Nous cherchons nos places et nous nous apercevons qu’un passager a déjà pris place sur le numéro qui nous est attribué. Ce serait dommage d’être séparées : il s’excuse et rejoint aussitôt la bonne place, de l’autre côté du couloir central. Comme je suis donc quasiment à côté de lui, je m’aperçois vite qu’il est russe. Je vois là une bonne occasion de tester mon russe pour la première fois, d’autant que l’homme semble assez bavard et sociable, si j’en crois sa discussion avec ses voisins de siège.
Je déchante lorsque je le vois s’endormir dès le décollage, avec le téléphone portable allumé et diffusant de la pop russe à un volume sonore assez dérangeant. Ses voisins s’inquiètent. Il me semble qu’ils sont allemands ou suisses, germanophones pour le moins. Je vois bien leur indignation et leur inquiétude devant ce portable allumé au décollage, en dépit de toutes les consignes de sécurité. Ils tentent de réveiller le russe, sans succès, puis de lui éteindre son téléphone dans la poche. Sans se réveiller, il grogne dès que quelqu’un l’approche. Finalement deux hôtesses passent par là et, entendant la musique malgré le bruit de moteurs, se saisissent d’autorité de l’objet du délit et l’éteignent aussitôt. Je sens les germanophones respirer enfin.
Au cours du vol, Alexander – notre ami russe, oui, j’ai vu son prénom sur le billet dépassant de sa poche – reprend sa grande conversation avec ses voisins. Non sans avoir rallumé son portable. Il alterne alors conversations animées et phases de sommeil profond, allant jusqu’à s’endormir sur l’épaule de sa voisine. Les Suisses – leur accent en allemand ne laisse aucun doute sur leur origine -, un peu choqués au départ par ce Russe sans gêne, sont finalement hilares. Je suis toujours en attente d’un début d’échange avec lui : je n’ai toujours pas essayé mon russe, moi ! Au bout d’un moment, je comprends la raison des différentes phases d’Alexander : il montre à ses voisins suisses ce qu’il a dissimulé dans un sac à ses pieds, à savoir une bouteille d’un litre et demi de vodka, achetée en duty-free à Istanbul. A voir ce qui reste dans la bouteille, il a déjà dû en siffler une bonne partie avant le décollage. Après avoir demandé un verre d’eau à l’hôtesse, il reprend sa consommation : rien ne ressemble autant à un verre d’eau qu’un verre de vodka. Je suis impressionnée par sa descente : il boit chaque verre rempli – un gobelet standard – cul sec... On dirait de l’eau, mais l’odeur d’alcool est sans équivoque. Il propose aux Suisses de se joindre à lui et remplit deux verres en plus du sien. Mais ses voisins sont trop sérieux et déclinent l’invitation. Qu’à cela ne tienne : il vide les trois verres.
Après une nouvelle phase de sommeil, les Suisses s’étant eux aussi assoupis, il se rappelle que je suis là et me réveille en me secouant énergiquement par le bras. J’apprécie moyennement la méthode, mais je vois enfin l’occasion rêvée de tenter quelques mots de russe. Drôle d’idée ! Je déconseille en effet à quiconque de tenter sa première conversation dans la langue de Pouchkine avec un Russe bourré comme un coing : toute compréhension semble impossible dans un sens comme dans l’autre. Je fais donc chou blanc. Tout ce que je réussis à placer, c’est un « je ne comprends pas »... qu’il ne semble pas comprendre, lui non plus.
Dernier épisode avec notre ami russe : à l’arrivée à Tashkent, 4h du matin, heure locale, celui-ci est à nouveau en phase de sommeil. Comme il occupe la place côté couloir, les Suisses tentent de le réveiller pour sortir eux-mêmes de l’avion. Ils le secouent doucement, puis beaucoup plus fort. Les hôtesses averties du problème tentent leur chance elles aussi. Peine perdue, Alexander est toujours dans les bras de Morphée. A moins que ce ne soient ceux de Bacchus. Les Suisses l’enjambent et au moment où tout le monde quitte l’avion, Alexander dort toujours. | | | À: Delseve · 27 février 2009 à 11:56 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 4 de 43 · Page 1 de 3 · 6 652 affichages · Partager Bonjour,
Y partant en juin, je me régale d'avance à lire ton récit. | | | À: Delseve · 27 février 2009 à 14:22 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 5 de 43 · Page 1 de 3 · 6 635 affichages · Partager Je me croyais bavarde et rentrant trop dans les détails... je suis battue à plate couture !!!  Vite, j'attends la suite avec impatience... quoique ! ça fait 6 mois que tu nous le promets ce carnet et surtout, continues à ne rien nous cacher, j'adore ! | | | À: Mamina64 · 27 février 2009 à 18:26 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 6 de 43 · Page 1 de 3 · 6 612 affichages · Partager C'est aussi parce que je me sais bavarde que j'ai tardé pour ce récit de voyage. Mais maintenant que je suis lancée, tant pis pour vous, je continue... | | | À: Tylassin · 28 février 2009 à 9:33 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 7 de 43 · Page 1 de 3 · 6 589 affichages · Partager Bon, alors, je continue ! | | | À: Delseve · 28 février 2009 à 9:41 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 8 de 43 · Page 1 de 3 · 6 587 affichages · Partager Arrivée à TashkentLa particularité de nombreux vols qui arrivent à Tashkent est leur horaire plus que matinal : les vols arrivent bien souvent au milieu de la nuit. Notre vol d’ Istanbul arrive à 4h du matin : il fait nuit noire et, compte tenu du décalage horaire, il est 1h du matin pour nous. Nos cerveaux sont donc passablement embrumés. Si encore, Alexander ne m’avait pas réveillée à plusieurs reprises... Dans ce contexte, avec en fond « Tashkent International Airport », je me demande l’espace de quelques secondes, ce que je fais là.
Nous passons l’immigration sans encombre et, avant même d’avoir récupéré mes bagages, j’ai un besoin urgent d’aller aux toilettes. Je ne trouve pas d’indications et j’interpelle le premier uniforme passant par là. J’attaque alors en russe « Où puis-je trouver les toilettes, s’il vous plaît ? ». On me comprend, on me répond. Ca y est, j’ai parlé russe pour la première fois ! Je n’aurais jamais pensé que cet instant tant attendu me servirait à trouver les chiottes... On est très loin de Pouchkine.
Passage des douanes. La législation ouzbek oblige à déclarer toute somme d’argent en notre possession, quelle qu’en soit la monnaie et au centime près. Nous nous attendons à subir des vérifications, mais nous passons le dernier contrôle sans heurt et nous nous dirigeons enfin vers la sortie de l’aéroport. Au fait, ni à l’immigration, ni aux bagages, ni à la douane, nous n’avons revu Alexander. Je me demande s’il est encore dans l’avion.
Compte tenu de notre arrivée matinale à Tashkent, nous avions réservé un transport jusqu’à l’hôtel depuis la France. Nous nous apprêtons donc à rechercher un(e) inconnu(e) arborant un petit carton avec nos noms. Nous sommes en fait parmi les premiers passagers du vol Istanbul- Tashkent à sortir et comme le vol est un des seuls à cette heure-là, nous sommes aussi les seules à sortir, le long d’une sorte de couloir, délimité par des barrières, avec de part et d’autre des familles, des chauffeurs, attendant les passagers. Tout le monde nous observe avancer lentement (nous, nous recherchons le petit carton avec nos noms) et j’ai un peu l’impression de faire la montée des marches à Cannes, avec les photographes et la presse sur les côtés. La scène me paraît interminable, avec tous ces yeux pointés sur nous.
Malgré un peu de retard – en fait, je pense que c’est nous qui sommes en avance -, notre chauffeur est au rendez-vous et nous filons dans les rues désertes de Tashkent, en direction du centre, sans même prendre le temps de nous arrêter aux feux rouges. Le chauffeur baragouine quelques mots d’anglais, mais il est ravi lorsque je tente quelques phrases en russe. Enfin ! Après ma tentative avortée avec Alexander et mon magnifique « discours » sur l’emplacement des toilettes, j’ai enfin l’occasion d’échanger réellement sur la base des leçons suivies depuis quelques mois. La surprise est plutôt bonne : on me comprend, je comprends.
J’aime bien les arrivées dans un pays inconnu lorsque je sors de l’aéroport. Les premières impressions sont toujours très fortes. Et c’est aussi une façon de ressentir l’atmosphère du lieu. A Tashkent à nouveau, j’apprécie cette course en voiture dans d’immenses avenues vides à une heure matinale, pendant le lever du soleil. Nous croisons quelques Ladas. Oui, c’est vrai, nous sommes dans l’ex-URSS. Mais j’ai vu tellement peu de Trabant en Allemagne de l’Est, quelques années après la chute du mur, que je ne m’étais pas imaginé que les Ladas puissent avoir autant survécu. Les voitures coréennes prennent de plus en plus le pas, en deux modèles principalement - grand et petit -, mais les Ladas ont encore de belles carrières devant elles. Les avenues sont soviétiques, immenses et d’autant plus qu’à cette heure, il n’y a pas foule. Mais nous nous rendons compte aussi que la ville semble relativement verte : je ne sais pas si elle compte beaucoup de parcs, mais les arbres sont nombreux. Notre course se termine rapidement : nous arrivons devant notre hôtel, lui aussi un exemple d’architecture soviétique. L’hôtel Uzbekistan est un chef d’œuvre en la matière : gris, imposant, laid... Image attachée: Photo postée par le membre Delseve. | | | À: Delseve · 28 février 2009 à 10:25 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 9 de 43 · Page 1 de 3 · 6 584 affichages · Partager TashkentPeu de touristes consacrent du temps à la visite de la capitale ouzbek : elle a la réputation d’être une grande ville assez moche, à l’architecture soviétique. En ce qui nous concerne, nous ne venions pas en Ouzbékistan uniquement pour ça, mais nous avions en tête qu’il peut être aussi intéressant de visiter une ville « soviétique » et qu’on n’est pas obligé de ne voir d’un pays que ce qui est beau.
En termes d’architecture soviétique, nous restons finalement un peu sur notre faim. Bien sûr, la ville compte quelques perles en la matière : l’hôtel Uzbekistan, déjà cité, mais aussi le Palais de l’Amitié des Peuples, la tour de la télévision... Toutefois, nous nous attendions à davantage de bâtiments massifs et monumentaux.
Le métro en revanche, richement décoré – on le compare souvent à celui de Moscou -, mérite une visite. Nous l’utilisons sans compter pendant notre séjour à Tashkent tant son prix est faible (300 sums, soit 15 centimes d’euro) et chaque station que nous découvrons est unique : sculptures, bas-reliefs, lustres grandioses... Ma préférée sans doute est Kosmonavtlar, la station des cosmonautes, dédiée à la conquête de l’espace par les soviétiques. Dommage que les photos soient interdites. Nous étions un peu inquiètes à l’idée de prendre le métro car d’obscurs récits de contrôles et autres rackets par la police en ternissaient quelque peu l’image. Il est vrai que les uniformes de tous ordres sont nombreux dans le métro de Tashkent et certains touristes nous confirmeront par la suite les contrôles incessants auxquels ils ont dû faire face. Mais en ce qui nous concerne, rien, malgré de nombreux trajets. Une information qui m’avait été donnée avant notre départ semble se confirmer : les policiers du métro ne contrôlent pas les touristes femmes si elles ne sont pas accompagnées d’au moins un homme. Nous avons été l’objet de regards curieux de la police, mais pas un n’est venu ne serait-ce que nous adresser la parole. Il semble donc que, contrairement aux dames des toilettes d’ Istanbul, pas un ne se soit laissé tromper par nos cheveux courts !
Nous avions prévu de passer deux jours à Tashkent et il faut reconnaître que c’est largement trop. Quelques lieux valent néanmoins le déplacement. Le Bazar Chorsu en premier lieu. Les marchés sont dans tous les pays le meilleur endroit pour saisir l’atmosphère d’une ville. Et le bazar Chorsu ne fait pas exception. Gigantesque, à la fois sous des coupoles de béton qui lui sont spécialement dédiées et dans la rue, il s’étend très largement dans la vieille ville. Vêtements, fruits, légumes, quincaillerie... je crois qu’on trouve tout au bazar Chorsu. Au-delà des articles proposés, nous apprécions particulièrement de voir les robes colorées des femmes et les hommes aux chapeaux traditionnels, un peu plus rares dans la ville moderne. Les odeurs de cuisine, les épices, les cris des chalands sont autant de petites touches de vie ouzbek qui rendent Tashkent plus humaine.
A deux pas du bazar, la mosquée Kikaldosh nous déçoit beaucoup. Il est vrai que nous arrivons à l’heure de la prière et que nous ne pouvons la voir que de l’extérieur. Le bâtiment, assez récent, manque singulièrement de charme.
En redescendant vers le bazar, nous nous arrêtons pour racheter un peu d’eau : le soleil cogne dur et nous buvons d’impressionnantes quantités. Alors que je m’explique en russe auprès du vendeur, celui-ci me pose la question qui deviendra récurrente tout au long du séjour « d’où venez-vous ? ». Savoir que nous venons de France suscite aussitôt une grande sympathie et les noms des Français célèbres comme Alain Delon ou Zinedine Zidane suivent bientôt. Je me retrouve alors à discuter football avec mes quelques rudiments de russe, moi, qui m’intéresse si peu au sport. Mais je trouve dommage de négliger un échange, quel qu’il soit. Finalement, notre fan de foot termine par quelques mots à mon égards, dont je devine qu’ils sont extrêmement gentils, sans que j’en saisisse pour autant toutes les subtilités. Devinant mon incompréhension, mon interlocuteur réexplique ses propos par gestes en montrant notamment mes sourcils, ce qui déclenche aussitôt l’hilarité de Sophie.
Il faut savoir que j’ai des sourcils assez épais et qu’avant de partir en Ouzbékistan, j’avais pu lire ça et là que ce critère physique était particulièrement apprécié des ouzbeks, hommes et femmes : ça avait eu pour conséquence que beaucoup de mes amis, un peu moqueurs, avaient suggéré que je me présente à l’élection de Miss Ouzbékistan. Mais je ne pensais que mes sourcils me vaudraient réellement des compliments. Cela se reproduira d’ailleurs à plusieurs reprises pendant notre voyage. Il faut croire que j’ai réellement mes chances pour l’élection...
Nous terminons notre visite de Tashkent par la tour de la télévision, construite en forme de trépied. Certes, elle est un peu excentrée, mais j’aime assez les tours de la télévision dans les différentes villes où je me rends. J’ai d’ailleurs l’occasion de faire une petite check-list de celles que j’ai déjà visitées puisque le hall d’entrée compte un certain nombre de maquettes à l’échelle. Les contrôles de sécurité sont relativement draconiens, mais je passe un moment amusant avec la dame qui examine l’intérieur de mon sac à dos et me demande de nommer un à un les objets qui s’y trouvent, tout en complétant mon vocabulaire quand celui-ci fait défaut. Mieux qu’un livre d’images ! Quant à la vue depuis l’étage, elle est en réalité sans intérêt. Comme l’écrit le Lonely Planet, il est possible de monter encore plus haut en graissant la patte du gardien, mais nous ne regrettons pas d’y avoir renoncé. Images attachées: Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. | | | À: Delseve · 28 février 2009 à 14:09 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 10 de 43 · Page 1 de 3 · 6 556 affichages · Partager J'aime beaucoup cette façon que tu as de nous faire partager tes découvertes et tes impressions! Avec un texte aussi descriptif (sans être ennuyeux) nul besoin de photos (dont je suis pourtant en général friande) : place à notre imaginaire, c'est un vrai régal... Quoique que j'aimerais bien voir une photo de tes sourcils!!! Je guette la suite avec impatience! Marie | | | À: Delseve · 28 février 2009 à 15:33 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 11 de 43 · Page 1 de 3 · 6 467 affichages · Partager Bonjour Delseve,
J'aime aussi beaucoup ce carnet de voyage bien écrit, et ses petites touches d'humour !
J'ai aussi parcouru ton site sur les panneaux du monde : épatant ! c'est étonnant de voir tous ces différents panneaux d'un pays à l'autre ! | | | À: Delseve · 28 février 2009 à 19:45 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 12 de 43 · Page 1 de 3 · 6 443 affichages · Partager bonjour, nous vous avons précédé en 2007, comme Mamina "la bavarde" nous attendons la suite avec impatience. Votre arrivée à Tashckent a été nettement plus cool que la notre. J'attends votre impression concernant Kiva, mon moment de rêve. A plus tard Chantal | | | À: Delseve · 1 mars 2009 à 9:27 · Modifié le 1 mars 2009 à 10:28 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 13 de 43 · Page 1 de 3 · 6 412 affichages · Partager Merci pour vos commentaires. Je laisse quelques photos néanmoins, ne serait-ce que pour les Vfistes qui ne connaissent pas du tout l' Ouzbékistan. Par contre, pas question de mettre une photo de mes sourcils qui valent de l'or !!! | | | À: Delseve · 1 mars 2009 à 9:32 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 14 de 43 · Page 1 de 3 · 6 409 affichages · Partager Vol Tashkent- UrgenchNous laissons Tashkent sans regrets pour rejoindre Khiva plus à l’ouest. Nous avons choisi de prendre un vol sur la compagnie nationale Uzbekistan Airways dont on nous a dit tout et son contraire : les uns, alarmistes, ont ouvert de grands yeux en évoquant les vieux avions soviétiques antédiluviens tandis que les autres nous ont raconté leurs propres vols sur des Boeing récents, coupant court à la rumeur.
Nous récupérons nos billets au petit matin, juste avant de nous rendre à l’aéroport. Je vérifie par habitude que les informations qui y sont portées sont exactes et je découvre avec inquiétude que, si mes nom et prénom sont exacts, on m’a en revanche gratifié d’un « Mr » pour « mister ». Je me demande si on peut me refuser l’embarquement sur ce motif. Je me dis qu’il vaut mieux régulariser la situation à l’aéroport et je passe de guichet en guichet pour expliquer mon problème. Personne ne parle anglais au terminal domestique et je m’aperçois que mes compétences en russe atteignent vite leurs limites dès lors qu’il s’agit d’exposer mes problèmes d’identité... J’ai alors un doute : vais-je, comme à Istanbul, devoir montrer mes seins pour me faire comprendre ? Finalement une dame adorable farfouille dans ses tiroirs et, avec le stylo adéquat, rajoute illico un « s » sur le billet, transformant le "Mr" en "Mrs" et me rétablissant enfin dans mon sexe. La carte d’embarquement sera néanmoins établie au nom de Mister D.
Pendant que le bus nous amène à l’avion sur le tarmac, nous considérons avec curiosité les Yak et autres Tupolev tout en tournant autour des Boeing. Finalement, nous sommes déposées... au pied d’un Tupolev 154. Je pense à ces touristes de Tashkent qui nous avaient dit qu’il n’y en avait quasiment plus. Je n’en suis pas mécontente en fait : je n’ai jamais volé sur un avion russe et je me dis que l’expérience sera intéressante. En rentrant dans l’appareil, j’en viens quand même à espérer que les moteurs sont mieux entretenus que l’aménagement intérieur. Les vieux sièges en skaï, maculés de taches, semblent en effet tenir avec des bouts de ficelle et lorsque la passagère devant moi s’installe, elle se retrouve quasiment sur mes genoux car son dossier n’est plus fixé. On sent les touristes, nombreux sur le vol, assez amusés par la situation. Le vol se passe sans encombre et les hôtesses nous servent même un encas et un rafraîchissement : pour un vol aussi court, peu de compagnies européennes font le même effort.
Nous arrivons à bon port à Urgench où nous sommes conduits directement à l’extérieur de l’aéroport, sans passer par le bâtiment où, semble-t-il, nous n’avons pas le droit de rentrer. Nous attendons donc les bagages dehors. C’est là que nous rencontrons Islam, qui sera notre chauffeur jusque Khiva, puis quelques jours plus tard, jusque Boukhara.
La route d’ Urgench à Khiva est relativement courte. Nous profitons d’être pour la première fois en zone rurale pour prendre des photos de nouveaux panneaux par la fenêtre de la voiture. Islam nous considère avec curiosité. J’en profite pour sortir une phrase de russe préparée à l’avance, expliquant que j’aime bien prendre en photo les panneaux du monde pour mon site internet. Cela semble beaucoup l’amuser : il ralentit alors à plusieurs reprises pour nous permettre de faire de meilleurs clichés. Image attachée: Photo postée par le membre Delseve. | | | À: Delseve · 1 mars 2009 à 10:26 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 15 de 43 · Page 1 de 3 · 6 403 affichages · Partager KhivaL’hôtel où nous nous installons est situé juste en face de la porte ouest de Khiva. Depuis la fenêtre de notre chambre, nous bénéficions donc d’une vue particulièrement agréable sur les fortifications.
Nous attaquons immédiatement la visite de la ville et, dès l’enceinte, nous sommes prises d’un doute : une dame à l’entrée cherche à nous vendre un ticket à 10 000 sums pour la visite de la ville. Elle a au dessus d’elle un petit écriteau qui semble tout ce qu’il y a de plus officiel : elle m’indique que le billet est obligatoire et pourtant, je vois déambuler des locaux sans qu’ils soient sollicités pour quelque ticket que ce soit. Alors que je le lui fais remarquer, elle m’explique finalement que l’entrée dans la ville est bien libre mais que le ticket permet l’accès aux différents monuments remarquables de Khiva. Nous décidons de faire une première visite dans les rues : on verra plus tard pour les monuments.
En réalité, nous nous apercevrons rapidement que le billet est indispensable pour entrer dans certains monuments, mais qu’il n’est pas suffisant puisqu’on vous vend de nombreux « extra-tickets » pour l’ascension des minarets ou des terrasses panoramiques. C’est de bonne guerre.
Les bâtiments comme le Kalta Minor, à l’entrée de la ville et le minaret Islom Hoja, sont réellement magnifiques. On se balade dans la ville jusqu’à l’heure du déjeuner. Nous nous décidons pour une chaïkhana dont la carte extérieure propose des mantis, les raviolis ouzbeks dont on m’a dit beaucoup de bien. Nous commandons et alors que nous avons déjà attaqué les boissons, le serveur revient en précisant que le restaurant n’a finalement ce jour-là que du plov. Le plov, ce fameux plat national ouzbek, fait de riz, de légumes et de mouton, bien assaisonné en gras de mouton et huile de coton... Nous n’en voulions pas spécialement mais nous avons déjà commencé à boire : allons-y donc pour le plov ! Celui-ci se révèle assez fade finalement, mais nous mettrons toute l’après-midi à le digérer.
Pour faciliter cette fameuse digestion, nous nous lançons après le repas dans l’ascension du minaret Islom Hoja, le plus haut de la ville. Celle-ci s’avère particulièrement sportive : les 118 marches sont hautes chacune comme deux marches de taille standard, l’escalier n’est éclairé que par quelques rares meurtrières et on n’y voit goutte. De surcroît, des couples d’amoureux ont choisi l’étroit escalier pour roucouler à l’abri des regards et nous devons les contourner dans l’obscurité tout en enjambant les marches... Nos efforts sont récompensés : la vue est réellement magnifique. En plus, un autre couple réfugié au sommet (personnellement, je trouve ça quand même plus confortable que l’escalier) a eu la bonne idée d’apporter une radio et nous profitons de la vue sur tout Khiva avec, en fond, de la pop ouzbek. Les murailles, le Kalta Minor, toute la ville nous apparaissent sous un angle réellement exceptionnel.
La descente est aussi rude que la montée : mon vertige s’accommode mal des marches gigantesques, de l’escalier étroit et de l’obscurité. Sans compter que les mollets et les cuisses sont mis à rude épreuve. Finalement, je retrouve le sol et la lumière avec soulagement. Alors que je m’assoie au pied du minaret pour me remettre de mes émotions, une famille ouzbek nous aborde, avec curiosité et sympathie. Ils sont ravis d’apprendre que nous venons de France et de découvrir qu’on peut se comprendre un minimum avec le russe. Nous leur apparaissons comme particulièrement exotiques : ils confirment d’ailleurs que c’est la première fois qu’ils rencontrent des Français et souhaitent d’ailleurs immortaliser cette rencontre avec une photo souvenir.
Nous passons une petite demie heure à papoter : Ikrom et sa famille sont accompagnés de jeunes enfants pour qui l’ascension du minaret serait trop difficile et les adultes se relaient donc pour la visite. Ce sont en fait, comme nous, des touristes de passage à Khiva. Ikrom est chauffeur de minibus à Nukus. Il profite de quelques jours de congés pour visiter la région avec sa femme, leurs enfants, et leurs sœurs. Il est très curieux de nos âges, de nos métiers – ce qui sera le cas de tous les ouzbeks avec qui nous discuterons -, mais aussi de la vie en France. Du fait de son métier, il pose de nombreuses questions sur les moyens de transport et les marques de voiture. Ah, Peugeot, Renault... Je n’y connais rien en voitures, mais suffisamment pour alimenter cette discussion impromptue. Il est réellement surpris en apprenant qu’il n’y a pas vraiment à Paris d’équivalent des « Damas », les minibus qui assurent une bonne partie des transports en commun ouzbeks. Nous sommes ravis l’un et l’autre de cette rencontre : je réalise à ce moment que c’est aussi pour des moments comme celui-là que j’ai souhaité venir en Ouzbékistan.
Nous reprenons notre visite sous un soleil de plomb et nous croisons à plusieurs reprises des mariés en grande tenue en train d’arpenter les rues, sous l’œil d’une caméra amateur. Nous les retrouvons au mausolée Pakhlavan Makhmoud où ils défilent, les uns après les autres, afin de faire célébrer leur union par un religieux, un imam j’imagine. Nous nous mettons dans un coin du mausolée et nous assistons, en toute discrétion, aux différentes cérémonies.
Nous rejoignons la rue principale de la ville fortifiée pour un petit moment shopping. Les vendeurs de souvenirs sont légion et nous nous attardons plus particulièrement devant les étals de chapkas. Sophie, qui a tant de mal à trouver un couvre-chef à sa taille en France, se dit qu’elle aura peut-être plus de chance ici. J’essaie moi-même plusieurs chapeaux de fourrure, ce qui, vu la chaleur au milieu de l’après-midi, tient un peu de la torture. Une radio diffuse de la musique et tout à coup, j’entends la fameuse chanson de Desireless « Voyage, voyage ». Je savais que ce « tube » était connu internationalement, mais jamais je n’aurais imaginé l’entendre au beau milieu de l’ Ouzbékistan. Je reprends aussitôt les paroles et je me mets à chanter avec Desireless. Même si je chante vraiment très mal – c’est un euphémisme -, j’obtiens un beau succès au milieu des Ouzbeks qui m’écoutent. Images attachées: Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. | | | À: Delseve · 1 mars 2009 à 23:57 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 16 de 43 · Page 1 de 3 · 6 354 affichages · Partager hummmnnnn ! que c'est bon de s'y retrouver... chaque voyage est tellement différent et tellement unique ! surtout n'en oublie pas une miette ! bisous | | | À: Delseve · 2 mars 2009 à 9:11 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 17 de 43 · Page 1 de 3 · 6 342 affichages · Partager Fête nationale à KhivaAlors que nous reprenons notre promenade dans les rues de Khiva, nous croisons de plus en plus d’enfants, les uns en kimono, les autres en tenue de gymnaste, d’autres encore en habit traditionnel... Ce soir, avec quelques jours d’avance, Khiva célèbre la fête nationale ouzbek, et toute la ville se prépare pour un grand show en présence des personnalités locales. Nous sommes chanceuses : alors que de nombreux touristes cherchent désespérément à se procurer des places pour le spectacle, nous avons nous-mêmes deux entrées qu’une dame est venue nous offrir ce midi au restaurant (pour faire passer le plov ?...). Nous arrivons après plusieurs contrôles sur une grande place où une scène a été aménagée : des gradins ont été disposés en face et de part et d’autre.
De nombreuses personnes se sont déjà installées et je repère quelques places libres, dans les premiers rangs de la tribune qui fait face à la scène. J’imagine qu’ils doivent être réservés à quelques personnages officiels, mais il y a bien trois rangs libres... Alors que j’hésite, deux touristes français qui se sont installés au dernier rang, me confirment qu’on leur a défendu de prendre place à l’avant. Je tente néanmoins ma chance en bredouillant mon russe approximatif. Celui-ci fait à nouveau merveille : cela surprend tellement qu’une touriste parle russe que j’ai aussitôt un accueil bienveillant. On me fait signe de m’installer exactement où je veux, à part, bien sûr, au premier rang. Nous n’hésitons plus et nous asseyons au deuxième rang, en plein milieu. Devant nous, derrière la scène, le Kalta Minor, tout simplement... Les deux touristes français profitent de l’aubaine et nous rejoignent illico. Ils nous apprennent qu’ils sont passionnés de danse et de musique et que la place que nous avons choisie sera idéale pour filmer. Je me suis dit la même chose pour prendre les photos. Devant nous finalement s’installent le maire de la ville et quelques officiels. On ne pouvait rêver meilleure place !
La soirée commence par un discours du maire auquel, bien évidemment, nous n’entendons goutte. Qu’à cela ne tienne : nous applaudissons néanmoins avec conviction lorsqu’il termine. Le spectacle suit immédiatement : des danseurs, des chanteurs traditionnels, des chanteurs de rap ou de variétés, des humoristes, les enfants des écoles de la ville en costumes, ceux des club de sport en tenue et en démonstration... Il y a un peu de tout, mais c’est véritablement savoureux, car nous assistons là à un spectacle qui n’est pas fait pour les touristes, mais bien pour les habitants de Khiva. C’est à la fois un divertissement et une opération de propagande nationale avec force drapeaux, qui virevoltent dans tous les sens. J’entends le mot « Ouzbékistan » qui revient sans cesse dans les paroles des chansons. En même temps, c’est logique, puisque c’est la fête nationale.
Comme dans toute fête nationale, arrive le défilé des militaires. Surprise, ils ne sont qu’une quinzaine, en treillis, qui défilent au son d’une musique bien peu militaire. La marche est quasiment cocasse : ils font plusieurs fois le tour de la scène sur un air de techno-pop ouzbek. Lorsque la musique change, nous assistons ensuite à une démonstration de cascades et de combats rapprochés.
Le grand final réunit tous les participants de la soirée, professionnels et amateurs. Tout le monde applaudit à tout rompre un minuscule bonhomme de quatre ou cinq ans, avec une chapka blanche sur la tête, qui maîtrise parfaitement les danses traditionnelles. Un vrai performer ! Lorsque la soirée se termine et que nous quittons les lieux, il fait déjà nuit depuis un moment. Nous prenons quelques photos de la ville illuminée et nous rentrons à l’hôtel, encore sous le charme de cette fête nationale, singulièrement différente de nos 14 juillet. Images attachées: Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. | | | À: Delseve · 2 mars 2009 à 14:23 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 18 de 43 · Page 1 de 3 · 6 330 affichages · Partager Khiva, 2ème jour Après les mariages auxquels nous avons assisté la veille, notre deuxième jour à Khiva nous réserve encore quelques surprises. Alors que nous entrons à nouveau dans la ville fortifiée, nous sommes attirées par un petit groupe, en train de danser sur un fond de musique assez festive. Il s’agit d’une famille, des petits enfants à la grand-mère et, si j’en crois la tenue d’un des enfants, ils célèbrent aujourd’hui une circoncision. On peut voir que la famille est relativement modeste mais chacun s’est mis sur son trente-et-un. Une radio posée à même le sol, au beau milieu de la rue, diffuse la musique pendant que tous dansent en rythme. Comme lors des mariages de la veille, un frère ou un cousin filme la scène. Je tente de prendre quelques photos, tout en respectant l’intimité de la famille et, malgré ma discrétion, je suis vite repérée. Mais la réaction est tout sauf négative. Sophie et moi sommes invitées à nous joindre à la fête. Le père débouche une bouteille d’un vin pétillant local et on nous tend un verre afin de trinquer tous ensemble. Je suis réellement touchée par ce geste : on sent bien qu’il est sincère. J’en profite pour placer l’expression russe « A la vôtre ! » que je n’imaginais pas utiliser de si tôt.
Nous passons ensuite dans le bazar que nous avons à peine aperçu la veille. Les fruits, les légumes, les épices, les pâtisseries et tout un tas de bric-à-brac invraisemblable... Nous en profitons pour manger un petit encas fait de fruits et de petits chaussons à la viande. Un délice ! Les épais morceaux de viande qui pendent au soleil me laissent plus circonspecte. Je considère aussi avec un œil méfiant les bouteilles d’huile de coton qui, associée au gras de mouton, constitue l’assaisonnement de base de la gastronomie ouzbek. Comme la rentrée scolaire approche, nous passons aussi devant de nombreux stands de fourniture : j’y achète une carte de l’ Ouzbékistan, sans bien savoir ce que j’en ferai (mais on ne trouve pas assez de cartes de l’ Ouzbékistan en France...) ainsi que quelques cartes postales à un prix bien meilleur que dans les boutiques à touristes.
Près du bazar, juste à la sortie de la ville fortifiée, on se lance dans la visite d’une petite mosquée de quartier dont les Français rencontrés la veille au soir nous avaient dit beaucoup de bien. L’intérieur de la mosquée n’a rien d’exceptionnel. Mais le gardien, d’une gentillesse rare, nous donne de nombreuses informations sur les lieux et sur la pratique de l’Islam en général. Je connais déjà ce qu’il nous dit, mais j’apprécie ses explications et sa volonté de faire partager sa culture et sa religion. Nous finissons par l’ascension du minaret : celui-ci, peu fréquenté, est particulièrement poussiéreux et nous devons enjamber les nids d’oiseaux et autres fils électriques qui parsèment les marches. La vue sur la ville vaut largement le coup. Le gardien nous attend en bas : il nous fait comprendre qu’à son âge, visiblement avancé, la montée des marches est bien trop sportive. Peu de touristes visitent sa mosquée et il est heureux de pouvoir discuter un peu. Ata – c’est son nom – est un vétéran de l’armée soviétique dans laquelle il a servi deux ans. Il nous parle de cette époque, qu’il ne date pas mais qui semble si lointaine. Je le trouve magnifique avec sa longue barbe blanche et son chapeau ouzbek traditionnel. Il se prête volontiers au jeu des photos, prend la pose et rit finalement beaucoup en se voyant sur l’écran de l’appareil.
Nous finissons l’après-midi par la mosquée d’été, près de la porte ouest de l’enceinte, là où se déroulait en partie le spectacle de la fête nationale. Le bâtiment est magnifique et une dame nous propose de monter sur le toit. Bien sûr, cela n’est pas compris dans le ticket global de la ville. Nous refusons car, d’une part la quantité d’extra-tickets commence à nous lasser, d’autre part j’ai les jambes fatiguées par tous les minarets et autres ascensions depuis deux jours. Mais la dame insiste, précisant que la vue est vraiment magnifique là-haut. Nous ne sommes toujours pas décidées. Finalement elle nous propose de monter sans payer : nous ne lui paierons les tickets au retour que si la vue s’avère à notre goût. Vendu. Nous arrivons ainsi sur les toits de la ville et nous dominons à la fois la mosquée d’été et les remparts de Khiva. Contrairement aux minarets où on se retrouve généralement coincé sur une petite plateforme exiguë, cette fois-ci, on peut circuler d’un toit à l’autre, varier les hauteurs et les points de vue. Nous passons pas loin d’une demi-heure là-haut, non sans croiser les incontournables amoureux. En redescendant, nous sommes bonnes joueuses et nous payons les extra-tickets : sans l’insistance de cette dame, nous aurions probablement raté une des plus belles vues de Khiva.
Notre dernière rencontre de la journée, c’est à nouveau au pied du minaret Islam Hoja que nous la faisons. La nuit commence à tomber sur Khiva, nous avons déjà mangé, mais nous profitons du soleil couchant pour faire quelques photos dans la lumière du soir. Quatre adolescents, entre onze et treize ans peut-être, s’approchent. On sent qu’ils ont envie de discuter, mais qu’ils ne savent pas vraiment comment engager la conversation. L’un deux, plus téméraire, tente une approche : nous échangeons les propos habituels, à savoir nos noms et notre pays d’origine. Je remarque qu’il porte un maillot au nom de Zidane et nous voilà partis sur le foot. Les autres nous rejoignent. La conversation s’engage, notamment sur mon téléphone portable : fait-il des photos, peut-on écouter de la musique ?... L’un des petits gars semble un peu fier-à-bras : je ne comprends pas ce qu’il dit, mais je comprends au ton qu’il emploie qu’il fait semblant de nous draguer en ouzbek, ce qui fait beaucoup rire ses camarades. C’est le chef du groupe, visiblement. Le premier qui nous a abordées est un peu gêné. Ce n’est pas bien méchant et nous continuons avec mon téléphone que j’ai rallumé pour pouvoir les prendre en photo. Ils sont réellement intéressés et poursuivent leurs questions techniques. Au moment où je leur suggère de poser pour une photo, ils me demandent si j’ai aussi la vidéo, ce que le petit chef ponctue d’une remarque où je ne comprends que deux mots, mais sans équivoque : « vidéo » et « sexe ». Je lui décoche aussitôt en russe « Je comprends ce que tu dis » avec un air de réprobation. Stupeur chez les quatre loustics. Ils écarquillent les yeux. Visiblement, ils ne s’attendaient pas à ça. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, ils ont tous les quatre disparu. Je n’ai même pas eu le temps de prendre la photo. Leur tête effarée valait pourtant le détour. Images attachées: Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. | | | À: Delseve · 3 mars 2009 à 9:43 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 19 de 43 · Page 1 de 3 · 6 294 affichages · Partager Forteresses du désert Le lendemain matin, nous nous mettons en route pour les forteresses du désert. Nous avons eu des avis divers, mais après tout, autant se faire une opinion soi-même. Comme nous avons réservé par l’office de tourisme de Khiva, nous avons un nouveau taxi pour la journée. Celui-là est tout jeune : il ne semble pas avoir plus de vingt ans et il est tout intimidé devant les vieilles trentenaires que nous sommes... Sur la route, nous découvrons pour la première fois la vie des campagnes ouzbeks : les charrettes tirées par des ânes sont nombreuses et il semble que les tracteurs n’aient que trois roues en général (ça, c’est Sophie qui le fait remarquer car je n’avais jamais vu que les tracteurs français avaient quatre roues...), ce qui leur donne une curieuse allure. Zafar, notre chauffeur du jour, s’étonne comme le précédent de me voir prendre par la fenêtre des photos en roulant. Je lui explique à lui aussi mon histoire de panneaux et de site internet. Je le devine surpris, mais lui aussi décide de se prendre au jeu.
Comme je bredouille un peu le russe, il tente de grandes discussions avec moi, mais sans le succès escompté, car mes compétences sont vite limitées. Il ne renonce pas et, avec patience, tente de m’expliquer quelque chose que je ne comprends absolument pas. Au bout d’un quart d’heure, enfin, je réalise qu’il me parle de son goût pour le cinéma français. Enfin, le cinéma français... Il est surtout un fan invétéré de la série des films « Taxi ». Il a déjà vu les trois premiers et ne devrait pas tarder à voir le quatrième que son beau-frère, dit-il, est en train de télécharger... Nous constaterons à plusieurs reprises que tous les chauffeurs de taxi adorent ces films – forcément ! - ainsi qu’une grande partie des jeunes Ouzbeks.
Quant aux forteresses du désert, elles nous laissent un sentiment mitigé. Ces constructions que les archéologues découvrent à peine et que l’on désensable au fur et à mesure sont réellement impressionnantes. Mais il nous manque probablement une visite guidée – dont nous ne sommes pourtant pas adeptes -, pour réellement prendre la mesure de ces bâtisses. Cela dit, Toprak Qala et Ayaz Qala valent le détour.
Nous avons aussi depuis Ayaz qala une vue directe sur un camp de yourtes qui se trouve à proximité. L’office de tourisme de Khiva nous en a fait l’article : il y a possibilité d’y déjeuner, mais aussi bien sûr d’y passer la nuit. Passer la nuit dans une yourte, oui, pourquoi pas. Mais honnêtement, passer la nuit dans une yourte à touristes, dans un camp de yourtes fixe, avec énergie solaire (c’est bien, c’est écolo), et plusieurs bus sur le parking, on repassera pour l’expérience authentique. Donc, très peu pour nous.
Comme il est midi passé, Zafar nous explique qu’on peut manger dans le camp de yourtes, mais que cela nous coûtera « très très cher » ou aller dans la ville voisine dans un petit restaurant tenu par des amis à lui. Pas forcément emballées par le menu touristes du camp, nous suivons son conseil. Nous nous retrouvons donc dans une petite chaïkhana de... Boston. Oui, c’est bien le nom de la ville en question. Zafar nous recommande les laghmans, que nous n’avons pas encore goûtées et que nous commandons sans bien savoir ce dont il s’agit. On nous sort de copieux bols de longues pâtes de fabrication artisanale, accompagnées de légumes, de morceaux de viande pas spécialement gras et d’un bouillon assez savoureux. Nous avons enfin trouvé un plat qui nous plaît !
Pendant le repas, nous discutons de choses et d’autres avec Zafar. Mais son anglais est assez pauvre et son russe assorti d’un accent qui me le rend extrêmement difficile à comprendre. Il essaie de parler un peu avec Sophie, mais au moment où, répondant à sa question, elle lui apprend qu’elle est médecin, sa timidité reprend le dessus et il se referme avec elle comme un huître, impressionné. C’est l’avantage de mon métier, un peu compliqué à expliquer, et que je résume par « je travaille dans l’administration », ce qui ne veut pas dire grand-chose...
Au retour nous repassons par le même chemin, ce qui nous amène à traverser à nouveau l’Amoudaria, le grand fleuve d’ Ouzbékistan. Ce matin, nous avons halluciné en découvrant les conditions de franchissement. Un pont moderne est actuellement en construction. En attendant, les voitures passent sur une sorte de ponton fait de tôles mal rejointoyées, parfois coupées, souvent tordues, avec des différences de niveaux allant jusqu’à cinquante centimètres. Un peu de terre permet ça et là aux différents véhicules de franchir ces obstacles, mais au prix de nombreuses manœuvres. Tout cela, dans un bruit assourdissant. Conduire là-dessus exige assurément une habitude des lieux et surtout une certaine virtuosité. Il n’est pas rare de voir un conducteur changer un pneu ayant mal supporté la rencontre avec un bout de tôle tranchant. Lorsque je demande à Zafar si ce n’est pas trop compliqué de conduire là-dessus, il ne comprend même pas pourquoi je pose la question. Visiblement, ces conditions de circulation ne sont pas un problème. Images attachées: Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. | | | À: Delseve · 3 mars 2009 à 9:51 Re: Ouzbékistan 2008: medersas, ladas et chaïkhanas... Message 20 de 43 · Page 1 de 3 · 6 293 affichages · Partager Trajet Khiva- BoukharaPour le long trajet dans le désert qui relie Khiva à Boukhara, nous retrouvons Islam, notre chauffeur d’ Urgench. Ce sont quasiment huit heures de voiture sous un soleil de plomb qui nous attendent. La clim’ ? Oui, bien sûr, nous pouvons ouvrir les fenêtres quand il n’y a pas trop de sable...
Franchissement pour la troisième fois du ponton au dessus de l’Amoudaria. Il commence à nous être familier celui-là... Je me demande comment font les cars de touristes. Ils doivent probablement faire un détour. Islam fait une pause cigarette à proximité et j’en profite pour explorer les alentours. Je suis surprise de découvrir quelques pêcheurs sur ce fleuve rempli de tôles, de vieux bateaux rouillés. Islam me confirme que le poisson de l’Amoudaria est excellent et que, si nous le souhaitons, nous aurons l’occasion d’en manger pour le déjeuner. Je reste perplexe : du poisson, au milieu du désert ?
Nous nous retrouvons très vite dans le désert. Kyzyl Kum signifie « sable rouge ». Je le trouve plutôt orangé. Et le sable est parsemé de touffes d’herbe plus ou moins hautes. La route qui le traverse est d’aspect variable : tantôt bitumée, tantôt non, avec des dos d’ânes et autres renfoncements qui rendent la conduite à nouveau assez sportive.
Nous sommes régulièrement arrêtés pour des contrôles de police qui jalonnent la route à intervalles réguliers, mais cela prend rarement plus de quelques secondes. Quand un policier souhaite en savoir un peu plus sur nous, Islam sort un papier qui semble faire autorité et précise que nous sommes « françaises », ce qui coupe court à toute autre question.
Un peu après dix heures et demie, nous faisons un nouvel arrêt sur le bord de la route : une petite gargote rompt la monotonie du Kyzyl Kum. C’est là qu’Islam nous rappelle sa promesse du matin, à savoir nous proposer du poisson à déjeuner. Il m’emmène à l’intérieur, jusque dans la cuisine, passablement rustique, où la maîtresse des lieux exhibe fièrement un gros morceau de poisson, déjà tranché. Je m’interroge sur les conditions de conservation de la bête, sans réfrigérateur, et au beau milieu du désert. Sophie, quant à elle, panique rien qu’à l’idée de manger ça alors qu’il n’est même pas onze heures. Je tente d’expliquer à Islam qu’il est trop tôt et je vois qu’il est vexé. Les patrons sont visiblement des amis à lui. Mais il n’insiste pas. Nous voyons à ce moment-là arriver à vélo le mari de la cuisinière, qui rentre justement de la pêche, avec deux ou trois énormes poissons dans un panier. Je ne sais vraiment pas où il a pu les pêcher, mais je comprends enfin en le voyant comme il fait pour conserver au frais des poissons au milieu du désert. Il jette dès son arrivée ses prises, encore vivantes, dans un bassin d’eau que je n’avais pas encore remarqué. Bon, d’accord, le poisson doit être frais. J’ai eu des soupçons injustifiés.
Pendant l’heure qui suit, Islam ne décochera pas un mot. Il nous en veut de ne pas avoir pris le repas à l’endroit qu’il nous conseillait. Je culpabilise un peu. D’autant que l’heure avançant, je commence à ressentir la faim et que je ne dirais pas non à un bon morceau de poisson. En outre, j’en viens à me demander ce qu’on va trouver comme autres lieux de restauration sur la route. Finalement, notre taxi s’arrête sur ce qui ressemble à une aire extrêmement fréquentée, à savoir à nouveau une petite gargote au milieu de nulle part, mais qui, l’heure aidant, concentre tous les voyageurs partis à peu près en même temps de Khiva en direction de Boukhara. Au menu, chachliks, pain, thé. Les chachliks s’avèrent délicieuses : ces brochettes de viande sont pour une fois faites de vrais morceaux et non de boulettes de viande hachée et, à voir les vaches qui traînent sous les trois arbres du lieu, la viande doit être aussi fraîche que le poisson du matin. Nous proposons à Islam de prendre le repas ensemble et je vois qu’il apprécie le geste. Il se déride enfin : l’épisode du poisson est oublié.
Il y a une vingtaine de touristes qui font une pause. A une table près de nous, deux Suisses allemands ont commandé un thé. Juste un thé qu’ils accompagnent de leur propre paquet de biscuits en provenance directe d’Europe. Nous sommes assez choquées : même s’ils ont peu confiance dans la cuisine locale, je trouve qu’ils pourraient au moins manger le pain – par ailleurs délicieux – au lieu de snober ostensiblement ce qui est préparé sur place. Leur guide et leur chauffeur se sont installés à l’écart et le guide me fait quelques signes : nous nous sommes rencontrés la veille et il m’avait parlé de son agacement pour les deux touristes dont il s’occupait, assez désagréables et déplaisants. Je le comprends mieux maintenant.
Un petit groupe d’espagnols s’est par ailleurs installé près de nous : ils voyagent certes en bus, mais il semble que ce soit un voyage en groupe avec de nombreux programmes libres. Nous les reverrons à plusieurs reprises à Boukhara, puis à Samarcande. En attendant, on échange quelques banalités. Je commence à m’emmêler un peu entre toutes les langues : je ne dispose pas d’un commutateur me permettant de passer de l’une à l’autre et au bout d’un moment, je réponds en allemand aux Espagnols, en russe au guide des Suisses et en espagnol à Islam. J’aime beaucoup les langues étrangères, je le répète, mais visiblement, je n’ai pas de prédisposition à être une tour de Babel sur pattes.
Pendant toute l’après-midi, Islam – qui nous a définitivement pardonnées – nous pose des questions sur nos vies et nous en apprenons nous aussi un peu plus sur lui. A un moment, il me demande si je suis mariée. Sur les conseils de plusieurs personnes, je suis partie en Ouzbékistan avec une alliance afin de couper court aux questions sur mon célibat à cet âge canonique de trente deux ans. Mais je me retrouve prise à mon propre piège puisque notre chauffeur est très curieux d’en savoir plus sur mon mari : son âge, sa profession. Je me retourne vers Sophie, à l’arrière, pour voir si elle pourrait me venir à l’aide, mais peine perdue, elle dort. Je reste finalement assez évasive, n’ayant pas envie de raconter un roman à quelqu’un qui m’est sympathique.
Islam se souvient que nous aimons les panneaux : il ralentit souvent pour nous permettre de prendre les photos et, alors que je viens de rater le cliché d’un panneau avec une drôle de bestiole dessus, il fait carrément demi-tour. Il me semble que le dessin représente une vache, mais le mot russe qu’il utilise est sans équivoque : ceci est un mouton. Effectivement, quelques kilomètres plus loin, nous croisons plusieurs troupeaux de caprins.
Nous arrivons à Boukhara vers seize heures. Pour nous déposer dans le B&B que nous avons réservé, Islam doit contourner plusieurs déviations. Nous sommes le 1er septembre, c’est la fête nationale et toute la ville est en effervescence. La propriétaire du B&B nous propose à tous les trois de prendre un thé dans la cour, à l’ombre d’un arbre. Après ces huit heures de voiture dans le désert, le moment est agréable, le thé savoureux. Images attachées: Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. Photo postée par le membre Delseve. | Carnets similaires sur l'Ouzbékistan: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 5 424 visiteurs en ligne depuis une heure! |