Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque RichardXI · 27 septembre 2025 à 15:44 · 70 photos 83 messages · 15 participants · 3 844 affichages | | | | À: Kate · 2 octobre 2025 à 19:08 · Modifié le 4 oct. 2025 à 18:51 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 21 de 83 · Page 2 de 5 · 701 affichages · Partager 15/09. Splendeurs ottomanes à Sultanahmet (I) : Topkapi, la Mosquée bleue...
Sultanahmet... le quartier que les touristes veulent par-dessus tout visiter. On vient d’abord à Istanbul pour cela, pour découvrir les splendeurs byzantines et ottomanes. Le palais de Topkapi, Sainte-Sophie, la Mosquée bleue, la citerne-basilique, autant de trésors patrimoniaux rassemblés sur un même espace, autant de pans d’une histoire brillante et multiséculaire.... Trois petits sacs à dos sur le Routard, trois étoiles au Guide vert Michelin, les incontournables du Cartoville (très bien fait d’ailleurs, je le recommande), le lieu fait bien entendu l’unanimité.
Comment dès lors aborder l'ensemble sans être trop dérangé par la horde des visiteurs, comment trouver le bon équilibre entre la visite express et la découverte approfondie, comment ne pas passer à côté comme cela arrive parfois dans ce genre de situation ? Et surtout, surtout, que vais-je bien pouvoir raconter dans notre carnet sans faire un copié-collé des guides touristiques ?
Pas trop de monde sur la grande place à cette heure, il est encore assez tôt, les visites démarrent à 9 heure. Nous avons décidé de ne pas tout voir en une fois pour éviter la saturation. Topkapi et la Mosquée bleue pour aujourd’hui, Sainte- Sophie et la citerne basilique pour la dernière demi-journée avant notre départ. J’irai visiter le palais tout seul, Kate l’a déjà vu lors d’un précédent voyage. Nous nous sommes mis d’accord, pour nous retrouver d’ici deux heures et demie. J’ai réservé la visite en ligne depuis la France, un billet Harem / Palais avec coupe-file et audio-guide, 69 euros tout de même ! Je dois me rendre à un point de rendez-vous où un employé du palais attend pour nous faire passer la file des visiteurs. On se retrouve à une quarantaine de personnes devant le guide qui nous explique, dans un anglais ultra rapide, la façon dont il va nous mener à la visite. Je ne comprends pas tout, mais je vais suivre le troupeau et son chef de meute, qui brandit son parapluie violet comme un étendard. Nous passons les contrôles, puis nous pénétrons dans les jardins du palais. Je ne perds pas de vue le parapluie violet qui scintille sous le soleil éclatant de ce bel automne stambouliote. On passe devant tout la monde. Génial ! Le guide nous conduit à l’entrée du harem et nous signifie que la visite est maintenant libre. Nous sommes autonomes, le palais est à moi.
Deux heures trente de visite dans ce palais des sultans, occupé sans discontinuer du XVIe au XIXe. Je prends mon temps, guide papier en main sans l’audio-guide auquel j’ai renoncé pour me sentir moins dépendant de la technique. Je m’auto-guide en quelque sorte, précédant les très nombreux groupes ou au contraire les laissant passer, afin de pouvoir me ménager des instants de relative solitude. La visite m’enchante, je plonge dans une histoire que je connais d’ailleurs fort mal, mais je ne cherche pas non plus à tout saisir, je laisse traîner mon regard de pièce en pièce, de cour en cour. La décoration est somptueuse, souvent de style baroque et rococo. J’essaie de saisir en imagination des pans de ce que devait être la vie quotidienne de cette ville-palais et notamment dans le harem où vivaient toutes ces femmes, épouses, concubines, favorites, servies et étroitement surveillées par les eunuques. En sortant du harem, je parcours tranquillement les quatre grandes cours du palais, jardins aménagés et parsemés de pavillons, de kiosques chacun ayant une fonction précise, politique, religieuse, d’étude, ou d’agrément. Depuis les vastes terrasses, je m’abîme dans la contemplation du site qui s’offre en contre-bas, le Bosphore, la mer de Marmara...
Crrr, crrr, un WhatsApp, « je suis au café sur la place ». Oups, il est 12h30, je n’ai pas vu le temps passer. Kate m’attend...
Déjeuner agréable dans un resto un peu à l’écart, conseillé par le Routard, « le Palatium ». Nous sommes confortablement installés sur des banquettes basses dans une jolie terrasse entourée de galeries, à l’ombre. L’accueil a été un peu distant, mais devant mes techekouderim répétés, le serveur s’est détendu et a fini par se montrer souriant. Nous commandons un plat unique, de facture très méditerranéenne, un bel assortiment coloré composé de saksuka, d’houmous, sauce yaourt aux herbes, betteraves râpées, feuilles de vignes farcies.
Avant d’aller à la rencontre de la mosquée bleue, nous nous baladons sur la grande place et Kate en profite pour faire de jolies photos d’ Ayasophya, la magnifique basilique chrétienne de Justinien, transformée en mosquée, puis devenue musée, puis à nouveau mosquée sur décision d’Erdogan. Mais comme nous l’avions décidé « Le Choix de Sophie » se fera un autre jour.
Nous nous dirigeons à présent vers Sultanahmet Camii, dite aussi mosquée bleue, édifiée au début du XVIIe par le sultan Ahmed Ier, dans le but de faire pièce à Sainte Sophie qui se trouve en face. Tu as 4 minarets Sophie ? Paf ! Moi, j’en mets six ! L’Homme et sa démesure... Nous pénétrons dans la grande cour aux ablutions devant le sanctuaire. La mosquée émerge dans notre champ de vision. C’est un choc, une émotion esthétique qui agite tout le corps. Je me souviens avoir déjà éprouvé ce type de sensation en découvrant une œuvre artistique : la pietà de Michel-Ange au Vatican, la vue sur le Canal Grande à Venise au sortir de la gare, le Taj Mahal à Agra... La mosquée aux proportions gigantesques mais harmonieuse, toute en rondeur et en puissance, semble nous écraser et nous envelopper tout à la fois. Nous restons bouche bée pendant quelques instants, flottant entre rêve et réalité, sourd au brouhaha incessant qui monte de la cour. Mais le réel reprend vite ses droits. Kate s’agace parce qu’un « vieux », je cite, s’est planté devant l’objectif de son Nikon ! A vue d’œil il doit avoir à peu près le même âge que nous... Nous pénétrons maintenant à l’intérieur du lieu de culte. L’espace est immense et on peut circuler assez facilement malgré le monde. Les coupoles et semi-coupoles qui perforent le plafond, toutes d’un rose délicat, semblent tournoyer sur elles-mêmes en une sorte de ronde mystique. La visite s’achève... Kate sort par l’entrée (c’est vrai que la mosquée est vaste, mais bon...) je la rappelle et la remet aimablement dans le droit chemin.
J’ai repéré sur le guide une église byzantine transformée elle aussi en mosquée que les Turcs nomment « la petite sainte Sophie ». Avant de nous y rendre nous allons faire un tour dans le bazar qui jouxte la grande esplanade. Beaucoup de magasins à souvenirs mais aussi quelques bijouteries de luxe et des boutiques d’artisan. Je pénètre dans l’une de ces dernières pour acheter une petite statuette de derviche tourneur en métal qui semble avoir été faite par un créateur. Elle sera pour mon fils qui aime bien les cadeaux qui ont du sens...
Un dernier effort, la lassitude, un peu de fatigue également commencent à se faire sentir. Tout près de l’église / mosquée, on repère un joli jardin ombragé entouré sur le côté de vieux bâtiments. Il s’agit de l’ancienne medersa de la mosquée transformée en centre artisanal et en café. Nous nous asseyons pour prendre un thé et profiter de la quiétude du lieu, loin de l’agitation de Sultanahmet. La petite église byzantine a gardé son plan d’origine de forme octogonale, mais les mosaïques ont disparu. L’atmosphère est apaisante dans ce lieu que le Cartoville qualifie, je cite, « de beauté discrète ».
La journée a été plus que bien remplie. Pas mal de visites c’est vrai, et je sais que Kate aime davantage s’immerger dans la vie de rues, mais c’était un passage obligé et je ne regrette rien. Nous sommes tentés un instant d’aller nous plonger en soirée dans l’effervescence juvénile du haut de Galata, mais les « vieux », à l’instar sans doute du monsieur rencontré à la mosquée bleue, sont fourbus.
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(Puisqu'il est question de couleurs : avez-vous remarqué que pour son premier anniversaire le nouveau VF s'est paré de vert layette ?) | | | À: RichardXI · 4 octobre 2025 à 21:32 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 23 de 83 · Page 2 de 5 · 626 affichages · Partager Salut Richard (et Kate),
Lors d'un voyage en Turquie de 3 semaines en 2017, j'ai eu l'occasion de passer presque une semaine complète à Istanbul et en seulement quatre jours de carnet, j'aurai trop de choses sur lesquelles rebondir...
D'abord, commençons par le présent. Nous partons en Turquie dans 3 semaines (un futur carnet?). Notre projet initial était Istanbul, une ville tentaculaire et splendide, l'une des mes préférées au monde. Mais en faisant une première préparation, j'ai vu que la crise économique que subit le pays et la dernière d'évaluation en date de la lire turque a entraîné une inflation vertigineuse, qui est à Istanbul encore plus terrible qu'ailleurs. J'ai vu les prix délirants (même à Paris, on n'oserait pas faire payer le tiers!) pour visiter les "incontournables" (et il y en a beaucoup): à la fon, c'est un budget démentiel si l'on veut honorer la ville comme il se doit. Même en Norvège on oserait pas pratiquer de tels prix! En 2017, je me rappelle d'une ville où on pouvait encore manger bien pour 2 ou 3€ et où les entrées des monuments, bien que déjà assez chers pour la Turquie, était largement abordables. Je crois que désormais, Istanbul a décidé de faire payer les touristes pour sa crise. Mais il ne faut pas oublier que les Turcs sont les premiers impactés. J'ai lu sur des forums des Turcs affirmer que les prix allaient baisser et revenir normaux dans 5 à 10 ans, avant une nouvelle dévaluation. C'est cyclique... Alors j'ai boycotté et on a choisi Ankara et la Cappadoce où on a moins profité de l'inflation pour plumer les visiteurs.
Sinon, je me suis retrouvé dans ta description de quai où on voit le Bosphore et la Corne d'or. Tes mots ont retranscrit la sensation que j'ai eu en 2017 au même endroit. C'est dans mon imaginaire le lieu qui symbolise Istanbul. J'adore le kuru fasulye qui était mon plat de "reviens-y" pendant tout mon périple turc. J'ai tout de suite tiqué quand tu en as parlé. Et arrête avec ton "téchékoudérim" par pitié 😂 C'est phonétiquement "téchékûr édérim"!!
Enfin, je me retrouve beaucoup dans ce style de récit, c'est complètement ma came, alors je vais continuer à suivre avec enthousiasme! | | | À: Voyajou · 4 octobre 2025 à 21:34 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 24 de 83 · Page 2 de 5 · 624 affichages · Partager (Puisqu'il est question de couleurs : avez-vous remarqué que pour son premier anniversaire le nouveau VF s'est paré de vert layette ?)
Oui, et c'est même un peu choquant, non? | | | À: Pagaljavab · 5 octobre 2025 à 6:37 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 25 de 83 · Page 2 de 5 · 605 affichages · Partager (Puisqu'il est question de couleurs : avez-vous remarqué que pour son premier anniversaire le nouveau VF s'est paré de vert layette ?)
Oui, et c'est même un peu choquant, non?
Laissons ce carnet se dérouler sans interférer svp | | | À: Jojoone1 · 5 octobre 2025 à 7:27 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 26 de 83 · Page 2 de 5 · 603 affichages · Partager Bonjour,
Vous y voyez du vert layette ? Pour moi c'est du bleu. Ceci dit, la distinction vert / bleu n'est pas la même en turc qu'en français ; et n'existe pas en breton, par exemple. Mais tu as raison, n'en faisons pas un débat, même si gök et mavi sont des bases de l'image nationale turque.
Michel | | | À: Jojoone1 · 5 octobre 2025 à 8:50 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 27 de 83 · Page 2 de 5 · 590 affichages · Partager Ah, il ne faut pas intervenir? Je ne savais pas désolé... Il me semblait qu'il y avait de bons points sur lesquels rebondir, mais je n'interviens plus alors...
PS: Dois-je effacer mes messages? Merci d'avance. | | | À: Voyajou · 5 octobre 2025 à 9:22 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 28 de 83 · Page 2 de 5 · 577 affichages · Partager avez-vous remarqué que pour son premier anniversaire le nouveau VF s'est paré de vert layette ?
Le code héxadécimal est #32bcc5. Si on demande aux ia de définir la couleur, on obtient :
Copilot Bleu-vert clair (turquoise moyen, bleu sarcelle clair, cyan doux)
Perplixity bleu-vert lumineux (entre le cyan et le turquoise, bleu lagon)
Grok Bleu-vert lumineux (cyan clair, aigue-marine)
ChatGPT Cyan doux (entre bleu turquoise et bleu sarcelle clair)
Claude Turquoise ou cyan turquoise (entre le bleu et le vert, avec une dominante cyan, bleu lagon)
Gemini Nuance de cyan et de turquoise (aigue-marine)
Deepseek Cyan clair ou turquoise (bleu lagon)
Donc en gros, on peut dire que c’est... bleu-vert. | | | À: Jojoone1 · 5 octobre 2025 à 9:53 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 29 de 83 · Page 2 de 5 · 564 affichages · Partager J'aurais voulu des remontrances sur ces interférences-là aussi | | | À: RichardXI · 5 octobre 2025 à 10:05 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 30 de 83 · Page 2 de 5 · 561 affichages · Partager “Si je n’avais qu’un seul regard à poser sur le monde, ce serait sur Istanbul”.
Un carnet en immersion avec ce regard de voyageurs/touristes de passage, les yeux pleinement ouverts sur tous les moments d'une courte semaine.
Ni poseur, ni moralisateur, ni candidement naïf, le récit attrape les couleurs, les alignements, les ruelles tortueuses, les délices de la rue, la délicatesse des faïences, la finesse de la calligraphie... Et les gens !... Et les chats !... avec une légèreté qui surprend venant d'un objet qui pèse si lourd sur le cou. Sans doute le savoir faire de la tête bien faite qui surmonte le cou.
Autour de ces images lumineuses le verbe à l'érudition précise s'enroule comme un ruban soyeux, déploie l'éblouissement des premières fois en contant cet orient qui hésite entre occident et mille et une nuits... esquisse les ressentis, effleure les minuscules contrariétés, souligne la complicité, touches d'humanité qui donnent une âme au récit et l'éloignent des simples souvenirs de vacances. T'as bien fait d'acheter de nouvelles pompes ! Tu veux pas prendre le Nikon, j'ai mal au cou. Mais puisque j'te dis que c'est à droite ! Tu montes tout seul j'ai plus de souffle. Bruno je connais... mais c'est qui encore ce Vazyvite ?!!
Se perdre, s'entendre, se désaccorder, se retrouver, partager...
Nous deux c'est un joli mélange, une charmante alchimie, un beau roman, une belle histoire...
Every gal in ConstantinopleLives in Istanbul, not ConstantinopleSo if you've got a date in ConstantinopleShe'll be waiting in Istanbul
(de nous deux) | | | À: Kola · 5 octobre 2025 à 10:30 · Modifié le 5 oct. 2025 à 13:54 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 31 de 83 · Page 2 de 5 · 549 affichages · Partager T'as bien fait d'acheter de nouvelles pompes ! Tu veux pas prendre le Nikon, j'ai mal au cou. Mais puisque j'te dis que c'est à droite ! Tu montes tout seul j'ai plus de souffle. Bruno je connais... mais c'est qui encore ce Vazyvite ?!!
C’est tellement ça ! On dirait que tu nous connais bien... 
Bon, je vais laisser la parole à Richard qui est en train de réfléchir à ses réponses. Rien n’est laissé au hasard, comme pour ses copies, 20mn pour une copie de Terminale ! Et ici on est bien au dessus du niveau Terminale | | | À: Voyajou · 5 octobre 2025 à 14:18 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 32 de 83 · Page 2 de 5 · 501 affichages · Partager Voyajou et Pagaljavab
Merci à vous deux pour vos posts pertinents et bienveillants. Je ne vous le dis pas en turc, puisque je me rends compte à te lire Pagal que j'ai au fond commis une sorte de zozotement linguistique tout au long du séjour sans m'en rendre compte. La honte !  Je poursuis donc mon récit en "bleu qui allume des étoiles..." pour reprendre ta jolie formule Voyajou. | | | À: RichardXI · 5 octobre 2025 à 15:27 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 33 de 83 · Page 2 de 5 · 485 affichages · Partager 16/09. Entre clochers et minarets : balade dans les quartiers de Fener, Balat, Fatih
Ding, dong ! Ding, dong ! Depuis les rives de la Corne d’Or j’entends, à la descente du tramway, le tintement des cloches d’une église. Un son qui pourrait paraître presque incongru. Nous sommes dans Fener, l’ancien quartier grec orthodoxe d’ Istanbul. La communauté est aujourd’hui réduite à quelques centaines de personnes, mais c’est à Fener que l’on trouve le siège du Patriarcat œcuménique de Constantinople, institution religieuse de premier plan pour les chrétiens orthodoxes du monde entier. Concrètement il prend la forme d’un complexe religieux, avec lieu de culte, bâtiments administratifs, jardins. Un mini Vatican en quelque sorte. Nous sommes curieux d’aller le découvrir. En cherchant sur le plan nous apercevons un attroupement de visiteurs en train de faire la queue. Je me renseigne, « Church ? » « Yes, yes mosque, mosque... ». Un peu dubitatif, je demande alors à un jeune couple turc qui a l’air mieux renseigné. Oui, c’est bien ici. Je soupire, en songeant que ce groupe de touristes en voyage organisé ne sait même pas ce qu’il va visiter. L’entrée du site est payante, mais bon marché. Nous pénétrons dans une cour ombragée ceinte de bâtiments. Sur notre gauche l’église Saint Georges est noire de monde, nous arrivons au milieu d’un office. Tant pis pour la visite mais c’est tout de même l’occasion d’observer de plus près le rituel orthodoxe. Au sortir de l’église nous décidons d’aller boire un café en terrasse dans ce quartier fleuri et inondé de soleil. Et là, bug dans le cerveau, sans doute provoqué par l’identité du lieu précédent, je commande dans un anglais assuré : « two greek coffees please ! ». ??? Allons-nous vers l’incident diplomatique ? Le visage empourpré je ris nerveusement, la jeune serveuse se fend d’un sourire malicieux. Ouf, pas besoin d’appeler l’ambassade de France.
Pour rester dans le thème, je propose à Kate de visiter l’ancienne église byzantine de Pammakaristos, aujourd’hui mosquée, et ses mosaïques du XIIIe siècles remarquables parait-il. Et comme souvent à Istanbul, il faut grimper. Nous sommes sur les hauteurs de Fathi. Progressivement l’atmosphère change, de même que la sociologie des lieux. Nous sommes dans un quartier assez populaire, bien moins gentrifié que plus en bas. Mais ce n’est pas ce qui nous interpelle. Des silhouettes noires de plus en plus nombreuses arpentent les rues pentues du quartier. Des femmes âgées, mais d’autres beaucoup plus jeunes. Toutes portent le niqab, le voile intégral, certaines ont même le visage entièrement masqué. Ce n’est pas du tout un vêtement islamique traditionnel turc, à la différence du foulard, le hijab. C’est le vêtement de l’islam ultra- conservateur ou très radical, importé d’Arabie Saoudite, de Syrie. La tenue emblématique du salafisme. Nous sommes dans un quartier très religieux, les hommes portent la barbe, souvent très fournie. L’ambiance n’est pas vraiment pesante, mais nous ne nous sentons pas pleinement à l’aise. On se croirait dans un épisode du « Bureau des Légendes ». Et je mesure les contrastes puissants de cette société stambouliote, dans laquelle les fantômes sombres de Fatih coexistent avec les bimbos aux lèvres repulpées de Galata.
La Turquie est un pays laïc, même si le principe a une application un peu différente de chez nous, et son islam sunnite de tradition hanafite est par nature très tolérant. Mais l’arrivée au pouvoir d’Erdogan s’est traduite par une volonté de réislamisation de la société, empreinte de valeurs plus conservatrices. Alors certes la Turquie reste une république fondée sur le droit civil, mais progressivement le Pdt Erdogan a su enfoncer des coins dans les principes de laïcité en autorisant par exemple le port du voile à l’école et dans la fonction publique jusqu’alors interdit, en redonnant à Sainte Sophie et à Saint- Sauveur in –Chora leurfonction initiale de mosquée. Et pour ce qui concerne le port du niqab, il n’y a pas d’interdiction explicite à la différence de chez nous... On arrive sur un replat, l’ancienne église / mosquée est fermée. Déception. Tant pis pour les mosaïques.
Redescente vers le quartier de Balat dans le prolongement de Fener. Il s’agit de l’ancien quartier juif et arménien, mais ces communautés fortement implantées dans le passé ont quasiment disparu. Balat a d’abord été un quartier commerçant assez cossu au XVIIIe, puis il s’est progressivement paupérisé au cours du XXe siècle avec l’arrivée de populations anatoliennes, il est aujourd’hui en voie de gentrification : façades rénovées, ateliers de créateurs, bars et restos aux devantures fleuries, pas mal de touristes. Evolution assez classique des centres anciens des métropoles. De la petite terrasse où nous nous sommes installés pour boire un excellent jus d’oranges fraiches, j’observe l’alignement coloré de magnifiques maisons à encorbellement, typiques de l’architecture ottomane du XVIIIe, que l’on appelle en Turc des « Cumbali evler ». Elles appartenaient justement à ces riches familles marchandes que je viens d’évoquer.
En avançant dans le quartier, nous traversons des lieux plus populaires, moins touristiques et notamment un immense marché des quatre saisons déroulant ses étals odorants et colorés le long d’une étroite mais interminable rue rectiligne. La rue est protégée du soleil par un ingénieux système de toiles attachées à des piliers posés en bordure des maisons.
Juste avant le déjeuner, courte pause caresse-chat pendant l’appel à la prière devant une jolie petite mosquée en bois.
| | | À: RichardXI · 5 octobre 2025 à 16:09 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 34 de 83 · Page 2 de 5 · 475 affichages · Partager Dans l’après-midi Kate s’est mise en tête de photographier les nombreuses peintures de « street art » qui tapissent les façades du quartier. Nous partons à la chasse. Réglages, déréglages, préréglages. « Ça va ! Non ça va pas ! Cet appareil est nul, je ne suis pas inspirée ! »... Voyager à deux c’est aussi pratiquer l’art de la patience, du compromis. Et puis moi aussi je peux être chiant avec mes mosaïques byzantines, mes mihrâb, mes maisons à encorbellement... Donc je patiente, je « compromise »...
Et ce d’autant que j’ai en tête le projet d’aller visiter la magnifique ancienne église byzantine de Saint-Sauveur-in-Chora, devenue musée puis récemment redevenue mosquée sur décision d’Erdogan. Il va falloir que je la vende bien à Kate car l’après-midi s’étire et le site se situe à flanc de colline à 20 minutes de marche. Mosaïques et fresques sublimes, monument inscrit au patrimoine mondial par l’UNESCO, lieu empreint de quiétude.... C’est bon, elle va « compromiser » elle aussi.
En grimpant la rude pente, nous dépassons une jeune femme en niqab, mais visage découvert, qui semble perdue. Elle nous interpelle et nous demande en anglais l’adresse d’une mosquée. Je sors mon Google Maps pour repérer l’endroit. Pendant que j’essaie de m’orienter convenablement, Kate discute un peu avec la jeune femme et apprend qu’elle est Kurde. Peut-être cherche-t-elle un hébergement, mais nos moyens de communication sont trop limités pour en apprendre davantage. Je trouve l’adresse et lui montre la bonne direction. Elle nous remercie chaleureusement.
Arrivée devant Saint-Sauveur. L’endroit, arboré et fleuri à flanc de colline est effectivement paisible et apaisant. L’entrée n’est pas donnée, 20 euros.
L’église/mosquée à parement de briques est de taille moyenne et très harmonieuse dans ses proportions. Nous pénétrons à l’intérieur par le narthex. Des fresques et des mosaïques absolument sublimes représentent des scènes de la vie de jésus. Je n’en avais pas vu d’aussi belles depuis mon voyage en Grèce il y a fort longtemps. Au plafond comme sur les murs nous sommes dans le monde de l’image. Un guide semble expliquer à un petit groupe de touristes turcs la signification de toutes ces représentations iconographiques qui sont autant d’histoires à raconter. Tout en déambulant tête en l’air dans le bâtiment, je rentre dans une salle assez vaste et bien éclairée. Je suis dans la salle de prières de la mosquée. Un homme est en train de se prosterner seul devant le mihrâb. Je remarque sur les deux bas-côtés de la pièce deux immenses mosaïques, l’une représentant le Christ et l’autre Marie si je me souviens bien avec tout en haut des panneaux un système de rideaux mais non tirés à cette heure. Je comprends. Lors des heures de prière officielle, les rideaux couvrent les images afin que les fidèles ne soient pas perturbés dans leur célébration. Deux religions, deux manières d’entrer en contact avec le divin, si proches et si éloignées...
Retour au bercail dans notre petit nid de Galata, devenu familier maintenant. Demain nous prenons le large, demain nous allons respirer les odeurs marines du Bosphore... | | | À: RichardXI · 5 octobre 2025 à 16:13 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 35 de 83 · Page 2 de 5 · 473 affichages · Partager Merci pour ces photos qui me ramène quelques années auparavant à Fener, où je logeais. Fener et Balat sont parmi mes quartiers préférés d' Istanbul, et effectivement assez conservateurs. Et Saint-Sauveur-in-Chora est un des plus beaux monuments de la ville. | | | À: Pagaljavab · 5 octobre 2025 à 16:26 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 36 de 83 · Page 2 de 5 · 468 affichages · Partager Fener et Balat sont parmi mes quartiers préférés d' Istanbul
Moi aussi ! D'ailleurs, peut être que la prochaine fois j'y choisirai notre logement. J'aime ses rues pavées, ses petits troquets de toutes les couleurs, son street Art, ses boutiques de bric et de broc, sa vie dans la rue... Tout cela a un charme fou.
| | | À: RichardXI · 5 octobre 2025 à 16:34 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 37 de 83 · Page 2 de 5 · 464 affichages · Partager Voyager à deux c’est aussi pratiquer l’art de la patience, du compromis. Et puis moi aussi je peux être chiant avec mes mosaïques byzantines, mes mihrâb, mes maisons à encorbellement...
Je reste basique, pour que ton génie ait de la place 
| | | À: Kate · 5 octobre 2025 à 20:04 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 38 de 83 · Page 2 de 5 · 428 affichages · Partager Voyager à deux c’est aussi pratiquer l’art de la patience, du compromis. Et puis moi aussi je peux être chiant avec mes mosaïques byzantines, mes mihrâb, mes maisons à encorbellement...
Je reste basique, pour que ton génie ait de la place 
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Je veux ABSOLUMENT savoir où on peut gagner ce genre de peluches !! | | | À: Montagnard74 · 5 octobre 2025 à 21:56 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 39 de 83 · Page 2 de 5 · 409 affichages · Partager Celle de gauche? | | | À: RichardXI · 8 octobre 2025 à 17:29 · Modifié le 18 oct. 2025 à 19:52 Re: Nous deux à Istanbul : ronde bleue à la turque Message 40 de 83 · Page 2 de 5 · 348 affichages · Partager 17/09. En longeant le Bosphore : Besiktas, Ortaköy
J’adore l’atmosphère des grandes cités maritimes, leurs identités si particulières : Marseille, Venise, New York, Istanbul...Elles me renvoient toujours aux souvenirs d’enfance de ma cité natale, Sète. Les odeurs d’iode et de sel mêlées, le vent doux qui vient du large, les lignes d’horizon, les embrassades du ciel et de la mer, les effluves de poisson et de gasoil mélangées, l’écho profond des sirènes de bateaux, le piaillement des mouettes... Pour ces retrouvailles avec la mer, nous prenons le ferry public avec notre Istanbul kart. L’idée est de faire un peu de cabotage le long des rives du Bosphore, côté européen vers les quartiers de Besiktas et Ortaköy, en renonçant cependant à la visite du palais de Dolmabahçe.
Avant d’embarquer j’observe la noria des bateaux qui se pressent aux embarcadères. Utiles certes aux touristes, ces ferries constituent avant tout un moyen de déplacement commode pour les Stambouliotes qui peuvent aisément atteindre les lieux de travail et de résidence s’étalant le long de la Corne d’Or, du Bosphore ou sur la rive asiatique. Le ferry-bus est à l’heure, nous montons à son bord. Kate prend place dans la salle des passagers pour faire tranquillement ses réglages. Le temps est superbe : ciel bleu, soleil, légère brise marine. Encouragé par ces conditions météo optimales je m’installe à la proue du navire. Le vent caresse vigoureusement mais sans violence mon visage et s’engouffre dans ma poitrine. Je me mets intérieurement en mode « Jack Dawson ». Je suis le maître du... ! Je souris, j’ai un peu exagéré bien entendu, mais la sensation est tellement agréable, c’est comme si la vie tout entière entrait en moi.
Débarcadère de Besiktas. Sur la grande esplanade qui longe le quai à proximité du musée naval, se dresse une colossale statue en bronze de Barberousse accompagné de deux guerriers à l’air farouche. Corsaire redouté puis amiral de la flotte ottomane au XVIe il fait partie des personnages mythiques de l’histoire turque. De manière générale j’ai le sentiment que les Turcs sont fiers de leur passé, de leur drapeau également que l’on retrouve disséminé à chaque coin de rue exposé aux façades des bâtiments, publics comme privés. Nous pénétrons dans le quartier. La promenade est bien agréable en cette douce fin de matinée dans le dédale des petites rues proprettes aux façades rénovées. Le secteur ne semble pas très touristique mais l’abondance de bars et restos en terrasse m’interpelle. Clientèle turque d’étudiants, de cols blancs ? Apparemment nous ne sommes pas dans une zone spécifiquement populaire, mais au vu du nombre de gens portant des sacs de courses, je perçois tout de même une vie locale assez vivante. Nous arrivons justement devant une halle d’allure moderne qui abrite un marché aux poissons présentant de beaux étals soigneusement arrangés.
Une jolie petite terrasse nous appelle. Je commande, çay pour moi et türk kahvesi pour Kate. J’avais bossé la traduction, et je l’ai sans doute mal prononcée car le serveur me fait répéter. Bon « Turkish coffee » alors... Mais l’heure tourne et il est temps de poursuivre notre cabotage. Retour à l’embarcadère, direction Ortaköy à présent.
De l’ancien petit port de pêche, il ne reste plus rien. Ortaköy est devenu un lieu assez touristique apprécié également des Stambouliotes pour leurs promenades dominicales. Quelques jolies terrasses en bord de rivage avec vue sur la belle Mosquée blanche, et sur la partie asiatique reliée à l’Europe par le monumental pont Bogaziçi qui enjambe le Bosphore. Bars, restos, magasins d’art ou de souvenirs, tout tient en réalité dans un petit périmètre qui se déploie le long des quais. Pas trop de monde car nous sommes en semaine et en fin de saison. Mais j’imagine sans peine la cohue d’un dimanche au cœur de l’été.
Il flotte dans l’air comme une curieuse odeur de pomme de terre cuite sous la cendre. Rien que de très normal en réalité, car le quartier est réputé pour ses Kumpir, une spécialité locale de pommes de terre cuites au four, farcies de quantités d’ingrédients (sauces, crudités, olives, champignons, haricots...) et que l’on déguste à la petite cuillère. Une des rues remontant depuis le quai présente une enfilade de petites baraques proposant des Kumpir à emporter ou à déguster sur place. Pour les goûter, nous préférons nous attabler et choisissons un restaurant qui ne nous paraît pas trop touristique. L’expérience culinaire s’avère intéressante sans être inoubliable...
Comme posée sur l’eau, la petite moquée blanche d’ Ortaköy avait attiré mon attention dès notre descente du ferry. Vue de loin, on pourrait la confondre, n’étaient les élégants minarets qui l’entourent, avec l’une de ces églises vénitiennes dressées sur la lagune. De style baroque, néo-baroque en fait car elle date du XIXe siècle, elle présente une grande élégance de forme. L’intérieur n’a pas cette facture orientale que j’ai observée dans les autres mosquées d’ Istanbul, on penserait davantage à un édifice Renaissance. Mais ce qui m’a le plus marqué est cette lumière blanche et douce filtrant depuis les grandes baies vitrées. Un lieu de quiétude, de repos. Confortablement allongé sur la moquette, un jeune homme – jean, t-shirt blanc, barbe taillée court – la tempe posée sur l’avant-bras et le buste collé contre son sac, semble dormir paisiblement. De l’autre côté de la fenêtre, à l’extérieur de la mosquée, un chat fait de même.
Dans le calme de ce début d’après-midi, quelques fidèles viennent prier. J’observe discrètement les gestes précis et harmonieux de leurs mains, leur façon de se prosterner en silence, d’abord agenouillés puis couchés face au sol. Devant le mihrab joliment décoré mais vide d’image, je songe à cette capacité qu’ont les musulmans de prier devant un principe divin abstrait, ne s’incarnant dans aucune forme. Pas de jugement de valeur de ma part, ni de prise de position, ni d’ailleurs de quelque forme d’adhésion à quoi que ce soit. Mais je reste sensible, à l’église comme à la mosquée, à ces ferveurs retenues, non-ostentatoires, empreintes de spiritualité...
Retour à Galata. Le ferry nous dépose à la station d’ Eminömü, noire de monde comme d’habitude. Pendant que Kate traîne un peu du côté du bazar, je m’assieds sur les marches de la mosquée Neuve, sur la grande esplanade, afin de profiter du spectacle de la rue. Ici tout le monde se croise dans l’effervescence propre aux grandes métropoles. La journée s’achève et je me sens bien dans cette ville que je commence doucement à m’approprier. Je ne suis pas dupe, bien entendu, je sais ce qu’a d’éphémère et d’un peu superficiel la rencontre touristique avec une ville, un pays. Mais ce voyage à Istanbul était mon cadeau, mon gâteau d’anniversaire, et je compte bien le manger tout entier.
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