Page à page sur le Chemin d’Assise – 1200 kms à pied RichardXI · 8 juillet 2026 à 10:11 · 99 photos 95 messages · 11 participants · 2 656 affichages | | | | À: RichardXI · 9 juillet 2026 à 11:29 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 21 de 95 · Page 2 de 5 · 340 affichages · Partager Bonjour,
Le chemin de Saint-François : un itinéraire de pèlerinage reliant Vézelay en Bourgogne à Assise en Italie sur près de 1800 kms.
Je découvre ; je n'en avais jamais entendu parler. Il faut du courage pour se lancer seul dans une telle aventure.Chapeau !
Dans le même " style" si l'on peut dire Je n'ai parcouru que le chemin de St Guilhem, de L'Aubrac à St Guilhem le Désert ( Hérault) seulement 2 semaines et puis pas seul... Cependant je n'ai jamais pu, sur n'importe quel chemin suivre un tracé standard, il me faut toujours des variantes..l'envie d'aller" fouiner" chercher un menhir, une stèle, une grotte; suivre une gorge, gravir un sommet etc...Toujours cette envie de "découverte" J'ai souvent pensé au chemin de St Jacques mais n'ai jamais pu me décider à entreprendre ce type d'aventure peut-être un peu trop "cadré" pour moi..Peur de la monotonie mais aussi peur de ne pas aller au bout et comme je n'aime pas rester sur un échec...
De toutes celles que je pourrais énumérer, j’en retiendrai qu’une ici : l’appel du chemin, de l’aventure en solitaire qui donne un puissant sentiment de liberté.
C'est aussi la seule que je retiendrais: Ce sentiment de liberté que j'ai bien connu sur les chemins de montagne.
C'est vraiment bien pensé, bien écrit. A ta place Je n'aurais pas les mots ; aucun talent pour l'écriture.J'ai bien aimé la rencontre avec les habitants du village dans le café  Et puis aussi tes moments d'introspection,. Amoureux de la randonnée au long cours, Je vais suivre assidument les étapes de ton périple... | | | À: RichardXI · 9 juillet 2026 à 11:31 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 22 de 95 · Page 2 de 5 · 335 affichages · Partager 01 mai, Tramayes / Beaujeu
Etape très difficile aujourd’hui à travers les Monts du Beaujolais sous un soleil ardent. 25 kms, 900 mètres de dénivelé cumulé, une descente interminable. Je suis exténué, j’ai terminé les derniers kilomètres en sandales et je n’ai pas la force de rédiger un texte un peu construit. Mais comme je mets un point d’honneur à poster un texte tous les jours, je vais puiser dans mes stocks. Voici une petite série d’aphorismes, de sentences, tirées de mes pensées vagabondes. En vrac, donc, sorti du sac... « La pèlerine est la compagne du pèlerin. Elle lui plaît quand il pleut. » « Le sédentaire produit, le nomade rêve. » « Quand les ronfleurs (fleuses) vous mangent le sommeil, les boules de cire vous garantissent un frais réveil. » « La rando c’est souvent : lève-tôt, sac à dos, dodo. » « Non aux chiens agressifs ! Convergence des luttes entre les pèlerins et les facteurs. » « La tendinite (ou l’ampoule) c’est le burn-out du pèlerin. » « L’inventeur du pansement hydrocolloïde ( compeed) est un bienfaiteur de l’humanité en marche. » Et le dernier, le plus beau, il est de Pascal Quignard : « Tous les matins du monde sont sans retour. » A demain.
| | | À: Djalma · 9 juillet 2026 à 11:39 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 23 de 95 · Page 2 de 5 · 328 affichages · Partager J'ai souvent pensé au chemin de St Jacques mais n'ai jamais pu me décider à entreprendre ce type d'aventure peut-être un peu trop "cadré" pour moi..Peur de la monotonie mais aussi peur de ne pas aller au bout et comme je n'aime pas rester sur un échec...
Salut Jean-Michel et merci pour tes commentaires. Si tu me suis tu verras très vite que ce chemin d' Assise est très différent du Compostelle. C'est un chemin de solitude et chichement balisé. Et c'est ce qui m'a attiré. Quant à la peur de l'échec, je te laisse aller jusqu'à la fin du carnet. | | | À: RichardXI · 9 juillet 2026 à 11:48 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 24 de 95 · Page 2 de 5 · 325 affichages · Partager 02 mai, Beaujeu / Saint-Cyr-le-Chatoux
Belle journée aujourd’hui à parcourir les vigoureuses collines des Monts du Beaujolais en contrebas desquelles s’étalent, sur les pentes ou dans la plaine de Saône, les villages aux toits roses. A l’Ouest de la ligne de crête, abondance de pâturages. Là, coexistent les robes blanches des Charolaises et celles pie-rouge des Montbéliardes. Mais côté Est sur les côteaux ensoleillés, c’est la vigne qui organise le paysage et lui donne son identité. Toutes mes rencontres de la journée ont d’ailleurs été centrées sur le vin, et ce, à m’en faire tourner la tête. Au petit déjeuner tout d’abord, quand le mari de l’hôtesse est venu discuter avec moi. Il m’a parlé de son métier d’œnologue, des difficultés rencontrées par les vignerons d’aujourd’hui passées les années dorées, de la réduction des surfaces.
Rencontre ensuite avec une promeneuse matinale qui faisait son tour quotidien avant d’aller prendre son travail à l’hôpital de Villefranche. Elle m’a montré les propriétés de son mari vigneron, a évoqué son fils qui était en train de reprendre une partie de l’exploitation. Elle m’a également expliqué que les vins du Beaujolais étaient produits à partir d’un seul cépage, le Gamay.
Et peu avant mon arrivée, sur la jolie terrasse d’un bar en contre-haut de la plaine de Saône, j’ai rencontré une famille en train de déjeuner sous les arbres. Ils se sont montrés intéressés et curieux de savoir où j’allais ainsi avec mon grand sac à dos. Une famille de viticulteurs... Et très vite donc la conversation s’est engagée sur le travail de la vigne, sur les vins d’ici, mais aussi ceux de chez moi – Corbières, Clape, Minervois – qu’ils avaient l’air de connaître et d’apprécier.
Bref, je crois n’avoir jamais autant parlé de vin avec autant de sobriété...
Demain je franchis la Saône à Villefranche, et je passe rive gauche dans l’ Ain et le pays des Dombes.
| | | À: RichardXI · 10 juillet 2026 à 11:35 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 25 de 95 · Page 2 de 5 · 290 affichages · Partager 03 mai, Saint-Cyr / Ars-sur-Formans
Magnifique matinée à parcourir les côteaux couverts de vigne qui descendent en pente douce vers la vallée. Mais c’est sous une petite pluie fine, la première depuis Vézelay, que j’ai franchi la Saône pour me retrouver rive gauche dans le pays des Dombes. Changement radical de décor. Je traverse un paysage bas et morne de champs et de labours, laissant derrière moi les riantes ondulations du Beaujolais.
Arrivée à Ars-sur-Formans en début d’après-midi, le village du célèbre curé Jean-Marie Vianney canonisé par le pape Pie XI en 1925. Le curé d’Ars est connu pour sa piété, les miracles qu’il a pu accomplir, et surtout pour les tourments incessants et terribles que le Diable lui a fait endurer pour le contraindre à renier sa foi. Bruits nocturnes, déplacements de meubles et jusqu’à l’embrasement de la literie du pauvre abbé. Terrifiant ! Et curieuse façon pour le diable de recruter... Il me semble que le Tentateur s’était montré plus subtil dans le passé, avec Adam notamment et le coup de la pomme, ou même avec Jésus dans le désert, sans succès il est vrai. L’abbé en tout cas a tenu bon et a pu ainsi accéder à la sainteté. Son cœur est conservé comme une relique dans l’immense basilique surdimensionnée du petit village. Et Ars-sur-Formans est devenue un lieu de pèlerinage à la renommée internationale.
Et notre Diable où se cache-t-il aujourd’hui ? Dans les détails comme toujours. A moins qu’il n’inspire les actions de ces dirigeants belliqueux qui mettent le monde à feu et à sang et qui n’ont paradoxalement que le nom de Dieu à la bouche. La revanche du Malin ? Quoiqu’il en soit, et pour ce qui me concerne, le Diable, je le préfère quand il s’habille en Prada...
| | | À: RichardXI · 10 juillet 2026 à 11:45 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 26 de 95 · Page 2 de 5 · 288 affichages · Partager 04 mai, Ars / Saint-André-de-Corcy
Le ciel a déversé une pluie fine et continue sur ma capuche et sur mon sac toute la journée. Il n’y a qu’en randonnée que l’on se rend vraiment compte à quel point la pluie mouille. Après plusieurs heures de marche elle finit par dégouliner le long du visage et sur les mains avant de transpercer les vêtements, de se répandre sur tout le corps – pieds, jambes, torse – et de s’infiltrer au plus profond de votre peau jusqu’aux os. D’où l’expression bien connue et parfaitement vérifiée. J‘ai marché ainsi cinq heures sans pouvoir m’arrêter faute d’abri, tête basse, dans un paysage argileux et couvert d’étangs. Avec l’impression à l’arrivée au gîte qu’il aurait d’abord fallu me tordre pour m’essorer avant de me sécher... Belle journée en tout cas pour les grenouilles et les escargots.
A demain.
| | | À: RichardXI · 10 juillet 2026 à 11:52 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 27 de 95 · Page 2 de 5 · 285 affichages · Partager 05 mai, Saint-André / Bourg-Saint-Christophe
J’ai mis plus d’un pied dans la Dombes à parcourir pendant deux journées, et sous une pluie presque continue, cette petite région très rurale, toute proche pourtant de l’aire métropolitaine lyonnaise. Plat pays à la terre argileuse et couverte d’une myriade d’étangs. Ce sont les moines du Moyen-âge qui les ont aménagés pour drainer les eaux de surface et constituer des réserves de poisson. Ils sont tous reliés les uns aux autres par d’ingénieux systèmes de canaux et de vannes qui permettent de réguler les niveaux d’eau en fonction des besoins. Certaines parcelles sont vidées tous les deux ou trois ans et sont alors mises en culture. C’est ainsi que j’ai traversé ce matin des étangs devenus champs et des champs redevenus étangs ! Etonnantes métamorphoses. Je suis tout de même stupéfait de l’ingéniosité de l’Homme quand il s’agit d’organiser la nature pour la plier à ses besoins. Un peu comme dans le marais poitevin, cette technique a créé un écosystème particulier, développé toute une économie locale qui combine pisciculture et agriculture. Elle a fait émerger en même temps un ensemble de savoir-faire, de traditions qui ont forgé une vraie identité culturelle portée par ce « peuple des étangs ». Voilà, c’était la conférence du professeur Andrieux en direct de la Dombes. Merci de m’avoir écouté. Mais j’en ai vu au fond deux ou trois qui dormaient !
A demain.
| | | À: RichardXI · 10 juillet 2026 à 11:59 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 28 de 95 · Page 2 de 5 · 284 affichages · Partager 06 mai, Bourg / Saint-Sorlin-en-Bugey
En passant sous la voie autoroutière à 4km/h, j’ai réalisé que les véhicules qui circulaient au-dessus de moi roulaient 35 fois plus vite que je ne marchais. Depuis dix-sept jours déjà, je navigue dans un autre espace-temps. Dans un autre univers mental également. Je suis souvent très seul sur ce chemin de pèlerinage, des heures entières sans croiser âme qui vive. Quelques rencontres éphémères en traversant les villages, des « bonjour », des petits signes de la main, et un peu plus d’interactions le week-end avec les promeneurs. Les seuls moments d’échanges poussés arrivent à l’étape, surtout lorsque je dors chez l’habitant. En dehors des « donativo », la plupart du temps des gîtes paroissiaux, les hébergements chez les « accueillants » comme ils se nomment eux-mêmes, proposent des prix très abordables pour un pèlerin. Entre 30/35 euros la nuit, le dîner et le petit-déjeuner.
Pour vous faire saisir l’état d’esprit de ces hôtes un peu particuliers, je vais brièvement vous raconter ma rencontre avec Louise chez qui j’ai dormi dans sa « Maison de Béthanie ». Dans l’Évangile, Béthanie est le petit village de Palestine où Jésus se rend souvent pour oublier les fatigues de sa prédication, chez ses amis Lazare, Marthe et Marie... Je toque à la porte après six heures de marche, trempé et crotté. Louise m’ouvre. Petite personne chétive au regard perçant maïs bienveillant, à la voix légèrement flûtée, à la parole bien posée mais au débit un peu traînant. Quelle étrange dame, un peu évaporée, qui paraît tout à la fois très jeune et très vieille. Sa maison ressemble à une église, entièrement décorée d’images pieuses, de statues de la Vierge et de saints, de photos de papes, de formules de prières. Nous bavardons un peu. Elle m’apprend qu’en dehors de l’accueil pèlerin, elle reçoit gracieusement chez elle tous les cabossés de la vie, les précaires, les oiseaux tombés du nid, les chiens perdus sans collier... Depuis de longues années elle héberge Philippe, un sexagénaire sans famille, sans enfants, mais qui travaille et qui l’aide un peu à tenir la maison. Le soir où je suis arrivé, une Albanaise et son fils, handicapé mental, ont mangé avec nous. Drôle d’impression à table, j’avais l’impression d’être sur la planète des déshérités ! Mais je ne me suis pas senti mal à l’aise même si, avant de commencer le repas, tout le monde a récité le « benedicite » en faisant le signe de croix.
L’existence de Louise, elle aussi cabossée par la vie je pense, tourne ainsi autour de l’accueil de ces gens perdus, de son activité paroissiale, de ses prières de sa croyance absolue, naïve à mes yeux, mais infiniment respectable, en Celui qui guide sa vie et lui sert de boussole. Ce matin elle m’a proposé de me rapprocher un peu du chemin pour que je puisse visiter le joli village médiéval de Pérouges. Elle m’a attendu puis m’a déposé quelques kms plus loin sur le bon itinéraire. Merci Louise, que ton Dieu auquel tu crois si fort te protège. Et en reprenant mon chemin sous une pluie battante, je songeais que l’on ne vivait habituellement qu’avec des gens qui nous ressemblent : famille, amours, amis. L’intérêt de ces rencontres inattendues est de nous faire entrevoir d’autres vies qui ne sont pas les nôtres, d’autres univers que l’on peut comprendre ou pas, accepter ou pas...
Sinon pour l’étape d’aujourd’hui ce fut la gadoue, la gadoue, la gadoue. Mais je suis arrivé en début d’après-midi dans un village magnifique et sous un soleil enfin renaissant.
A demain.
| | | À: RichardXI · 10 juillet 2026 à 12:07 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 29 de 95 · Page 2 de 5 · 283 affichages · Partager 07 mai, Saint-Sorlin / Ordonnaz
Après les paysages bas de la Dombes, j’ai retrouvé aujourd’hui les vallonnements plus vigoureux de la moyenne montagne. L’étape a été dure, non pas tant par sa longueur, 22 kms, que par ses dénivelés, plus de 1000 mètres. Je suis arrivé assez fatigué et je commence vraiment à piocher dans mes réserves d’énergie. Je dors ce soir à Ordonnaz petite commune du Bugey toujours dans l’ Ain, située sur le plateau à 850 mètres d’altitude. Quand je pense que j’y ai fait une colo à l’âge de 11/12 ans ! je n’ai rien reconnu, même pas ce vénérable « arbre de Sully » planté en 1601 pour célébrer le rattachement du Bugey au royaume de France. Mais peut-être que lui se souvient de moi. Qui sait ?
A demain.
| | | À: RichardXI · 10 juillet 2026 à 12:15 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 30 de 95 · Page 2 de 5 · 281 affichages · Partager 08 mai, Ordonnaz / Saint-Bois
Mes quatre moments préférés en randonnée. Aujourd’hui : le départ au petit matin... C’est le moment qui concentre pour moi le plus d’émotions et de sensations. Si la nuit a été bonne, le corps est comme lavé des fatigues de la veille. Quelques instants encore à traîner au lit entre veille et sommeil mais il faut se lever. Les gestes qui suivent sont précis, presque ritualisés, comme un cérémonial. Les pieds d’abord, qu’il faut soigner avec attention. Un brin de toilette. Le sac à remplir, ne rien oublier surtout. Si je suis seul, petit déjeuner dans un silence absolu, si je suis chez un hôte, quelques mots échangés par respect et courtoisie. Mais l’esprit est ailleurs déjà, tourné vers le départ. Dernier geste, dernier test, enfiler les chaussures. Ça va, les orteils ont l’air d’accepter ce nouvel enfermement. Sortir du gîte, sac sur le dos, bâton à la main. La porte s’ouvre et l’on pénètre alors dans un « matin du monde », neuf, comme purifié par la nuit passée, magnifié par les teintes rose-orangé de l’aurore. Le corps un peu engourdi de sommeil se met lentement en mouvement, mais tous les sens sont déjà en éveil. C’est une émotion puissante. Le sentiment éphémère, d’être seul en tête à tête avec le Monde...
Quelques mots pour finir, de mon hôte d’hier à Ordonnaz. Encore un drôle de personnage. Un véritable cador du pèlerinage ! Deux Compostelle au compteur, un chemin Montois (le Mt Saint-Michel) et la voie d’ Assise qu’il a réalisé en 2018 presqu’entièrement en bivouac. Il m’a accueilli en toute simplicité avec chaleur dans sa jolie maison si confortable. Bel homme, la soixantaine passée. Beau visage allongé, des traits fins, la barbe taillée très court, des yeux bleu foncé avec un regard franc et direct, voix au timbre profond. Nous avons dîné tous les deux. Un beau repas entre hommes. Il a beaucoup parlé, je l’ai surtout écouté. Son métier de gendarme, la retraite, la passion des pèlerinages comme pour chercher ou donner du sens à sa vie. Son amour de jeunesse, empêché par les circonstances, et qu’il vient de retrouver, avec l’espoir de réussir enfin un chemin de vie à deux. Belle soirée qui s’est terminée par la dégustation d’un alcool maison. Jean-Louis le pèlerin qui, comme les moines, fabrique sa propre liqueur ! Sinon aujourd’hui j’ai descendu le plateau et terminé à Saint-Bois toujours dans le Bugey. De loin en loin au détour des chemins, j’ai aperçu la ligne élégante et acérée des Alpes toute proches. Je les ai regardées, mais rapidement, de biais et par en-dessous. Je ne suis pas encore prêt...
A demain.
| | | À: RichardXI · 10 juillet 2026 à 16:42 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 31 de 95 · Page 2 de 5 · 264 affichages · Partager J‘ai marché ainsi cinq heures sans pouvoir m’arrêter faute d’abri, tête basse, dans un paysage argileux et couvert d’étangs. Avec l’impression à l’arrivée au gîte qu’il aurait d’abord fallu me tordre pour m’essorer avant de me sécher...
Une cape de pluie c'est léger ça ne prend pas de place, ça couvre le sac à dos et on ressemble à Quasimodo mais au moins on est au sec.. si on a en plus un pantalon déperlant | | | À: Djalma · 10 juillet 2026 à 17:28 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 32 de 95 · Page 2 de 5 · 246 affichages · Partager Je l'avais oubliée ! Heureusement qu'à l'étape la gentille personne qui m'a hébergé m'a donné la sienne pour la suite du voyage... | | | À: RichardXI · 11 juillet 2026 à 9:40 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 33 de 95 · Page 2 de 5 · 223 affichages · Partager 9 mai, Saint-Bois / Yenne
Mes quatre moments préférés en randonnée (2). Aujourd’hui : le pique-nique... En randonnée on ne marche jamais dans le silence. La campagne retentit de sonorités les plus diverses qui ne ressemblent pas à celles de la ville. Et au-dessus d’elles il y a le bruit de la marche qui les recouvre en partie. Le grincement du sac, le martèlement des chaussures sur le sol, le poc-poc du bâton, le « ahan » de la respiration et de l’effort. C’est la cadence, le rythme, qui accompagne le marcheur et entraîne sa pensée. Mais au bout de 4/5 heures d’effort, quand la fatigue se fait sentir et que le corps réclame son dû, il est temps de s’arrêter. C’est le moment du pique-nique... Les résonances de la marche se taisent et laissent alors la place à tous les échos de la campagne. On s’assied où l’on veut en nomade libre. Sur un rocher, une souche, à même l’herbe, à l’abri d’un porche d’église, d’un lavoir, d’une halle, d’un préau ou d’un kiosque... Plus d’efforts à fournir. C’est l’heure du couteau sorti du sac, du morceau de pain et de fromage, de la pomme et du carré de chocolat. Et tout en mastiquant cette nourriture simple, satisfait d’avoir parcouru la moitié du chemin, on ne pense à rien ou presque. Simplement heureux d’être là, posé, en toute quiétude.
Ça y est, je suis en Savoie. Demain je rallierai enfin Chambéry. Encore un effort, mais il ne sera pas des moindres. Trente kms, je n’ai pas pu faire autrement, et le temps s’annonce pluvieux. Bon, on verra bien. « Step by step » puisque c’est l’appli qui le dit. A demain.
| | | À: RichardXI · 11 juillet 2026 à 9:51 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 34 de 95 · Page 2 de 5 · 222 affichages · Partager 10 mai, Chambéry
Pour éviter les 24 kms de départementale entre Yenne et Chambéry, j’ai dû rallonger l’étape en gravissant les pentes au long des chemins vicinaux. Jolie Savoie même sous la pluie. Petits villages serrés et fleuris au cœur des herbages peuplés de Montbéliardes aux pis gonflés de lait. Avant d’atteindre le lac du Bourget je suis passé sous la montagne par le tunnel de « la dent du chat » réservé aux vélos et aux piétons un kilomètre et demi sous une voûte de béton. Je ne suis pas claustrophobe, mais j’avoue que je n’étais pas pleinement rassuré. Pour égayer la traversée, le tunnel a été couvert de peintures murales originales qui évoquent tout ce qui fait la personnalité d’une région : personnages historiques, patrimoine bâti, petits métiers du passé, faune et flore locales, traditions, gastronomie, contes et légendes... La Savoie est un pays à forte identité au passé marquant. Duché puis royaume, véritable puissance régionale autonome du Moyen-âge au XIXe siècle, jusqu’à son rattachement à la France sous Napoléon III.
La deuxième partie de la journée a été assez facile puisque j’ai parcouru les 11 kms restants en suivant une voie verte jusqu’à Chambéry. Facile mais lassante, surtout la dernière heure le long d’une interminable enfilade d’usines, d’entrepôts, de magasins en périphérie de la ville. On l’oublie souvent mais la Savoie ne se résume pas aux alpages, aux vaches débonnaires, à la fondue et aux pistes de ski. C’est aussi un territoire très industrialisé.
Me voici donc à Chambéry après 21 jours de marche depuis Vézelay. Je vais profiter de ces deux journées que je m’accorde pour me reposer, réfléchir à la poursuite ou non de mon chemin. Je pense que tout dépendra du diagnostic du podologue chez qui j’ai pris rendez-vous mardi. A demain.
| | | À: RichardXI · 11 juillet 2026 à 9:59 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 35 de 95 · Page 2 de 5 · 221 affichages · Partager 11 mai, Chambéry
Aujourd’hui rien ! C’est ce qu’avait écrit Louis XVI à Versailles sur son journal le 14 juillet pendant que les Parisiens prenaient la Bastille. On s’est servi de cette histoire pour railler le roi et se moquer de sa stupidité. En réalité il s’agissait de son journal de chasse sur lequel il inscrivait les prises du jour. Voilà pour l’anecdote...
Pour moi ce fut surtout : épicerie, pharmacie, cartographie, photocopies, laverie et tutti quanti. Un peu de Chambéry aussi, sous la pluie. A domani.
| | | À: RichardXI · 11 juillet 2026 à 10:06 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 36 de 95 · Page 2 de 5 · 220 affichages · Partager 12 mai, Chambéry
Journée soins ce matin. La podologue a poussé des « houlala ! » et des « Ah oui, effectivement ! » quand elle a examiné l’état de mes orteils. Mais elle a pris tout son temps pour me soigner au mieux et m’a conseillé (ce dont je me doutais) de changer de chaussures. Ce que j’ai fait cet après-midi en espérant que le problème sera définitivement réglé. Je suis donc prêt à repartir avec tout de même un peu d’appréhension avant d’aborder les Alpes et de passer côté italien d’ici 5/6 jours...
En attendant de reprendre mon chemin demain, je vous livre la suite de ma mini-série « les 4 moments que j’aime en rando ». Aujourd’hui, épisode trois : le dernier kilomètre. Il s’agit d’un moment assez délicat aux ressentis ambigus. Selon les difficultés de l’étape – la nature du chemin, l’état de fatigue et des douleurs, les conditions météo – il peut prendre l’allure d’une « allée du roi » ou d’un « chemin de croix ». Le corps, l’énergie restante sont focalisés sur une seule pensée : arriver au bout, arriver au but. Plus que l’appel de l’écurie, c’est le désir quasi mystique d’apercevoir enfin l’oasis dans le désert, la Terre promise. Désir surtout en entrant dans le village... de trouver un bar ouvert. Déception, frustration lorsqu’il n’y en a pas, ou pire, quand celui-ci est clos le jour de fermeture. Joie si l’on entrevoit la petite terrasse et ses parasols au coin d’une place.
C’est alors le moment de m’asseoir, de poser mon sac, et de siroter mon café allongé en tirant avec béatitude sur ma bouffarde électronique. Véritable jouissance hédoniste, peu en accord certes avec les valeurs et la rigueur franciscaine. Mais Saint François ne connaissait ni le café, ni la nicotine. Alors...
A demain. C’est reparti sur le chemin.
| | | À: RichardXI · 11 juillet 2026 à 10:14 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 37 de 95 · Page 2 de 5 · 219 affichages · Partager 13 mai, Chambéry / Cruet
Chemin de Saint François... Mais de quoi s’agit-il exactement ? Il est temps, je crois, de vous en dire un peu plus. Son nom officiel est le Chemin d’ Assise. Il s’étire sur 1800 kms de Vézelay en Bourgogne à Assise en Ombrie. Ce n’est pas un chemin de pèlerinage historique comme le Compostelle par exemple. Il est né au début des années 2000 de la volonté d’un groupe de laïcs croyants et profondément imprégné de la pastorale franciscaine. L’ordre monastique des « frères mineurs » fondé par François d’ Assise au XIIIe siècle se caractérise par la nécessité pour ces moines d’aller porter la parole de Dieu hors des monastères, en se mêlant au peuple. Pour l’époque c’est une nouveauté considérable, une révolution même dans la pratique cléricale. Ces moines sont donc forcément des marcheurs, des nomades qui délivrent dans les villes et les campagnes le message divin. François et ses disciples ont arpenté pour cela les collines de l’Ombrie et tout le Nord de l’ Italie. D’autres ont traversé les Alpes et ont fondé des communautés un peu partout en Europe et en France notamment. Et c’est à Vézelay que s’est implantée la première communauté en 1217. D’où cette idée audacieuse de créer un chemin reliant Vézelay à Assise en passant le plus souvent possible par des lieux liés à la prédication franciscaine. C’est donc un chemin très récent, un peu artificiel même pourrait-on dire. Encore très confidentiel, il n’a pas la profondeur historique du Compostelle. Peu balisé, peu fréquenté, c’est en revanche un chemin d’intimité. Mais le réseau d’hébergements qui s’est formé au fur et à mesure, offre aux pèlerins un accueil vraiment authentique, loin des prestations commerciales et hautement tarifées du Saint jacques.
Et moi là-dedans ? Là-dessus devrais-dire. Suis-je vraiment un pèlerin ? Être ou ne pas être... Je me donne du temps pour une réponse à cette question qui trouvera son sens, ou pas, au fil du chemin.
Aujourd’hui j’ai parcouru la Combe de Savoie et son vignoble en côteaux sous un beau soleil mais dans un air qui s’est nettement rafraîchi. Demain je pénètre en vallée de Maurienne. Les Alpes et l’ Italie se rapprochent. Mama mia !!!
| | | À: RichardXI · 11 juillet 2026 à 10:19 · Modifié le 11 juil. 2026 à 12:53 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 38 de 95 · Page 2 de 5 · 217 affichages · Partager 14 mai, Cruet / Aiguebelle
Je n’ai pas vu grand-chose de remarquable aujourd’hui sous une pluie continue, si ce n’est un petit troupeau de vaches rustiques aux allures préhistoriques d’avant les débuts de la domestication du bétail !
La pluie... Je la déteste en randonnée parce qu’elle mouille et rend le quotidien toujours plus compliqué. Mais en observant un petit groupe d’enfants en train de s’amuser sous les gouttes, j’ai réalisé à quel point, eux, aimaient la pluie. Ils perçoivent, je crois, des choses que nous avons oubliées et auxquelles nous n’avons plus accès depuis notre imaginaire d’adulte un peu ratatiné. Ouvrir la bouche pour récupérer les gouttes, sauter dans les flaques à pieds joints pour le frisson des éclaboussures, courir après les escargots comme on ramasse les œufs de Pâques, avoir le plaisir ambigu de se faire engueuler par les parents parce que « Arrête ! tu vas être tout trempé ! » Oui c’est cela devenir une grande personne, pester contre la pluie qui mouille. Je connais cependant un adulte qui a gardé ce plaisir enfantin et c’est un personnage de fiction, de cinéma. Gene Kelly dans « Singing in the Rain ». Flic, flac, floc, dadada-dadada... I am happy again ! ». Mais c’est sans doute parce qu’il est amoureux...
A demain, sous la pluie encore. Grrrr !!!
| | | À: RichardXI · 11 juillet 2026 à 10:28 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 39 de 95 · Page 2 de 5 · 215 affichages · Partager 15 mai, Aiguebelle / Saint-Léger
L’itinéraire officiel du chemin d’ Assise passe par le massif de la Chartreuse. Il est paraît-il somptueux, mais encore impraticable en ce début de mai. J’ai donc été contraint de suivre la vallée de la Maurienne. Ces vallées alpines creusées par les glaciers du quaternaire forment de vastes espaces de circulation sur lesquels toutes les voies de communication modernes se sont greffées : route, autoroute, voie ferrée, LGV. Suivre exactement le fond de la vallée n’est donc pas toujours agréable, et j’ai pris l’option ce matin de passer à mi-pente en forêts et pâturages le long des chemins vicinaux. J’avais décidé avec mes nouvelles chaussures de compet, de marcher d’un bon pas car la météo annonçait des averses orageuses pour le début de l’après-midi.
Arrêt pique-nique autour de 11h30 au pied de la chapelle de Belleville à la belle allure sur son promontoire de verdure. Tout autour de l’édifice un cimetière à l’abandon parsemé de petits carrés de tombes ceintes de grilles, comme c’était souvent le cas au début du siècle dernier. Je me suis arrêté un instant sur celle de Louise Vernay, morte à l’âge de 17 ans en 1917. Un cœur de métal rappelle sa courte existence avec l’inscription « un doux souvenir ». J’ai songé alors au beau et ténébreux poème de Baudelaire « La Servante ».
La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse, Et qui dort son sommeil sous une humble pelouseNous devrions pourtant lui porter quelques fleursLes morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs...
Tu vois petite Louise, quelqu’un a pensé à toi aujourd’hui.
Après avoir grignoté un quignon de pain et un morceau de fromage, je me suis résolument engagé sur le sentier dit de « la Pierre du Mort », comme le topo-guide me l’indiquait. 1h30 d’angoisse absolue ! le chemin est mauvais, je le sens dès l’attaque. Tout en dévers, à moitié effondré par des éboulements, couvert d’une trop épaisse couche de feuilles et jonché d’arbres abattus par je ne sais quelle tempête. La progression est difficile. Contourner les arbres morts, passer par-dessus, par-dessous, retrouver le tracé qui disparaît par moment. Mon inquiétude grandit quand je le vois se resserrer davantage et qu’à main gauche la pente descend brutalement dans le vide. A main droite côté rocher, quelques rambardes métalliques pour s’accrocher, ce qui ne me rassure guère. Un peu plus loin une espèce de pont de singe. Le sol est glissant, je fais très attention et je m’appuie de plus en plus fortement sur mon bâton. Et là, devant moi, un passage de trois mètres de long à flanc de falaise en aplomb du vide et de la largeur de mes chaussures. Impossible de passer ni de contourner, mais pas question de rebrousser chemin, la vallée est trop loin derrière moi. Il va falloir se risquer, et avec le poids du sac... J’inspire profondément et je me lance sur l’étroite corniche. Un pied, puis l’autre, la main droite posée contre le rocher. « Je vous salue Marie...Priez pour nous pauvres pécheurs maintenant et à l’heure... ». Ça y est, je suis passé ! les jambes encore flageolantes je me signe, remercie Marie et je souffle un grand coup avant de remettre ma tenue de mécréant. Je plaisante, mais je vous jure que je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie...
Voilà. Sain et sauf et au sec dans un joli gîte où je suis tout seul une fois de plus.
A demain.
| | | À: RichardXI · 11 juillet 2026 à 10:37 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 40 de 95 · Page 2 de 5 · 213 affichages · Partager 16 mai, Saint-Léger / Saint-Jean-de-Maurienne
Aujourd’hui j’ai suivi bien sagement le fond de la vallée sous un ciel bas et un horizon bouché qui s’est un peu éclairci en début d’après-midi. Long parcours rectiligne et monotone coincé entre l’A43, la voie ferrée et la rivière. Rien de bien folichon, si ce n’est la découverte du centre ancien de Saint-Jean-de-Maurienne. J’ai eu tout le loisir de le visiter en attendant que le couple d’accueillants qui habitait quelques kms plus loin ne vienne me chercher. Magnifique cathédrale dédiée à Saint Jean-Baptiste dont elle abriterait les reliques : trois doigts ! L’édifice est de style composite, mêlant roman, gothique, renaissance, classique, mais il renferme des trésors artistiques que j’ai pris plaisir à admirer çà et là au hasard de ma déambulation, et ce dans le plus grand désordre chronologique pour un inventaire à la Prévert. Une délicate statuette renaissance, des stalles en bois de noyer finement sculptées, une fresque du XVe siècle, un émouvant vestige de tympan roman, un cloître fleuri dans son écrin de montagnes...
Voilà je vous laisse pour ce soir car je suis un peu accaparé par ce gentil couple qui m’héberge gracieusement en « donativo ». Je me dois d’être présent pour eux.
A demain.
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