Riz, tofu, noodles..., tout flambe, par Sylvie Kauffmann LE MONDE | 21.01.08 | 14h41
Il n'y a pas que le prix du pétrole qui flambe. L'huile alimentaire a battu des records en Asie. La
Malaisie - premier producteur mondial d'huile de palme ! - a offert début janvier un étrange spectacle de pénuries et de panique, qui n'a pris fin que lorsque le gouvernement a inondé le marché de 70 000 tonnes d'huile alimentaire pour rassurer les consommateurs. A
Jakarta, ce sont le tofu et le tempeh, éléments essentiels de la cuisine indonésienne à base de graines de soja fermenté, qui ont disparu : à la mi-janvier, les vendeurs se sont mis en grève pour protester contre l'explosion des prix du soja, qui ont triplé en un an. L'
Indonésie et ses 220 millions d'amateurs de tofu consomment 2 millions de tonnes de soja par an, dont ils ne produisent que 800 000 tonnes. Le reste vient, en grande partie, des
Etats-Unis, et le gouvernement indonésien, plutôt que d'affronter l'ire des vendeurs (et des mangeurs) de tempeh, s'est empressé de lever les droits d'importation sur le soja. La liste ne s'arrête pas là. Le prix du blé - le blé dont on fait les noodles - a dépassé fin 2007 les 400 dollars la tonne pour la première fois de l'histoire. Le prix du riz, qui nourrit la moitié de la planète, a atteint son plus haut niveau depuis vingt ans.
Que se passe-t-il ? Traditionnellement, la hausse des prix agricoles s'explique par la rareté de la production. Ce n'est plus le cas. A l'ère de la mondialisation, il y a abondance, pas rareté. Le fait nouveau, c'est un niveau de vie plus élevé en
Chine et en
Inde. Il n'y a pas de secret : en s'embourgeoisant, on mange mieux - on veut même de la viande avec le riz. La preuve, la courbe de la demande de viande épouse celle de la croissance du PIB. Or pour satisfaire la demande croissante de viande, il faut nourrir le bétail. Et le bétail mange des céréales. De plus en plus de céréales, ce qui fait grimper les prix, d'autant que de mauvaises conditions climatiques ont diminué les performances de gros producteurs.
Autre facteur, l'engouement occidental pour les biocarburants a non seulement fait doubler le prix de l'huile de palme mais encourage les agriculteurs à lâcher le blé ou le soja pour le maïs, à partir duquel est produit l'éthanol.
"La hausse des prix de l'énergie pousse la demande de biocarburants, qui, à son tour, fait grimper les prix alimentaires", dit Lawrence Greenwood, vice-président de la Banque asiatique de développement. Et ce n'est que le début.
Sylvie Kauffmann Article paru dans l'édition du 22.01.08. Histoire de sortir du rat!