j ai trouve ceci tres interessant egalementLes pays d'Asie sont réticents à laisser partir à l'étranger dans l'urgence les enfants qui ont perdu leurs parents lors de la tragédie du 26 décembre
Pas d'adoption en masse des orphelins des tsunamis
Laurence de Charette
[06 janvier 2005]
Ils sont peut-être 35 000 orphelins en
Indonésie, selon les estimations de l'Unicef, et sans doute 50 000 ou plus dans toute l'Asie à avoir perdu leurs parents dans la catastrophe du 26 décembre.
Cinq millions de personnes ont dû quitter les lieux dévastés dans lesquels elles habitaient, dont un million et demi d'enfants. Combien d'entre eux retrouveront leurs parents dans ce chaos ? Combien sont devenus la semaine dernière orphelins de père et de mère ?
«Au Rwanda, on a retrouvé des parents un an après le génocide», raconte Jacques Hintzy, président d'Unicef
France, qui veut souligner que
«l'intérêt de l'enfant, c'est avant tout de retrouver sa famille, au sens large, plutôt que d'être déraciné de son pays pour être adoptés à l'étranger».
L'appel de soeur Emmanuelle, qui a suggéré lundi la création d'une cellule pour faciliter l'adoption d'enfants orphelins, n'a pas convaincu l'ensemble des intervenants associatifs et humanitaires. Hier, Michel Barnier, ministre des Affaires étrangères, est resté circonspect sur le sujet.
«Gardons-nous de nous précipiter, respectons ces pays, attention à tous les trafics», a lancé le ministre.
Plusieurs associations humanitaires ont alerté sur les risques de trafic d'enfants.
«Plusieurs personnes se sont présentées dans des camps, notamment celui de Banda Aceh, se présentant comme des parents d'enfants, qui ne les reconnaissaient pas, ou comme des représentants de fondations», explique Jacques Hintzy. Un bateau transportant des enfants aurait été repéré sur les côtes de
Sumatra. A l'aéroport de
Djakarta, les policiers viennent d'être formés à repérer les trafics d'enfants.
Mais ces trafics n'expliquent pas seuls les réticences des humanitaires. Même les associations de familles adoptives se montrent d'une extrême prudence. Représentante d'Enfance et famille d'adoption (EFA), Marie-Hélène Theurkauff souligne que les enfants orphelins ne seront de toute façon pas adoptables avant plusieurs mois au minimum, une année peut-être,
«Il faudra le temps de rechercher la famille, éventuellement éloignée, de l'enfant, explique-t-elle,
et le temps que les autorités locales mettent en place des procédures administratives qui permettent de rendre les enfants tout à fait isolés adoptables.»
En outre, l'adoption ne peut jamais être un projet décidé dans l'urgence, insiste EFA. De nombreuses associations européennes recommandent d'ailleurs aux familles, à l'instar du «défenseur des enfants», Claire Brisset, d'aider aujourd'hui les enfants victimes des tsunamis à travers des parrainages.
Ces dernières années, différents pays ont mis en place des procédures destinées à lutter contre les abus que les parents adoptants devront de toute façon respecter. La
Thaïlande, notamment, possède un système administratif considéré comme fiable par EFA : les familles candidates doivent déposer un dossier au ministère et leur demande met en moyenne deux ans avant d'aboutir. L'
Inde s'apprête elle aussi à durcir ses procédures.
De façon générale, la plupart des pays cherchent de plus en plus à privilégier l'adoption par leurs ressortissants et la catastrophe pourrait accroître leur réticence à laisser partir leurs enfants. L'
Indonésie, où les adoptions par des familles françaises sont très rares en raison de la loi coranique, a déjà annoncé un moratoire sur l'adoption des enfants rendus orphelins par les tsunamis.
Malgré tout, la question de l'avenir de milliers d'enfants reste posée. Yves Nicolin, député UMP à la tête du Conseil supérieur de l'adoption, a proposé cette semaine au premier ministre de créer une mission d'État pour l'adoption afin d'éviter de laisser les enfants livrés à eux-mêmes dans la détresse.
Toutefois Philippe Douste-Blazy, qui a été entendu hier par Jean-Pierre Raffarin, considère que le tout adoption n'est pas la solution, et doit annoncer aujourd'hui son dispositif.