Salut,
Dans ce monde où règne le capitalisme absolu et totalitaire, pourrait-on dire, il est de plus en plus difficile d'obtenir de réelles informations objectives relatives au bien que l'on souhaite acheter. D'accord, ça tourne comme çà depuis longtemps et les divers freins qui souhaitent faire ralentir cette machine ne sont pas très puissants.
Sans vouloir tout jeter à l'eau, les bons et les méchants, les super tour opérateurs et les agences dites équitables, par faute d'avoir pu voir clair dans leur marketing et leurs produits, nous avons je pense obligation de nous renseigner sur le bien que l'on acquiert.
Il est facile de se faire duper par les grandes agences occidentales qui vendent de l'Aventure. Bien des gens peuvent en être victimes. Elles s'en aperçoivent parfois sur place, au
Népal ou ailleurs, mais il est trop tard. Pour certains trekkeurs et trekkeuses, on ne les y reprendra plus.
Personnellement, je trouve dommage de se faire "arnaquer" et de malgré tout cautionner cette arnaque.
Je suis effectivement gêné quand notre grande satisfaction passe par la souffrance des autres.
Avec le budget d'un seul trek vendu par Terres d'Aventures, il est possible de faire 3 treks au
Népal en passant par de petites agences très compétentes, qu'elles soient népalaises ou françaises.
Quand les tour opérateurs annoncent au client qu'un porteur est payé 20 € la journée, il faut savoir que sur place ce porteur n'aura en général que 2 ou 3 € la journée desquels il devra encore déduire la moitié car il a à sa charge de devoir payer ses propres repas. Au final, cela ne lui donne qu'un très faible pouvoir d'achat, juste de quoi lui permettre de manger léger 2 ou 3 jours. Le porteur, dans ces conditions, ne peut pas subvenir aux besoins de sa famille, ni payer la scolarité de ses enfants. Il reste dans une économie de survie. Son épouse et ses enfants doivent se débrouiller de leur côté par le travail de la terre et la vente des légumes et céréales qu'ils ont éventuellement en surplus si la récolte a été bonne.
Je parle de ma propre expérience au
Népal, depuis une quinzaine d'années, faite de rencontres avec des porteurs, des guides et de simples villageois.
J'y ai rencontré des porteurs qui n'avaient pas le choix que d'accepter de travailler pour des expéditions, comme celles autour du Dhaulagiri et d'ailleurs, pour le prix négocié à 1 € la journée avec une charge de 70 kg sur le dos. Ces porteurs sont de simples paysans qui n'ont aucun revenu fixe, car pas d'employeurs, pas de coopératives d'agriculteurs. Ils travaillent la terre toute l'année et cherchent à se faire engager par les groupes de trekkeurs car ils espèrent qu'avec leurs salaires ils pourront acheter quelques vêtements, payer les frais scolaires des enfants, acheter des outils ou quelques poulets pour la ferme.
Les bénéfices démesurés se font en
France et chez des agences népalaises dont les directeurs n'ont jamais mis le moindre pied dans les montagnes et n'ont que mépris pour le travail de ces "hommes camions".
Même pour ce prix dérisoire, le porteur est prêt à travailler. C'est çà ou rien. S'il garde le sourire et reste toujours respectueux envers ses employeurs et les touristes, c'est qu'il souhaite toujours faire bonne figure car si le responsable du groupe (le sirdar) s'aperçoit qu'il montre des signes de fatigue, il sera congédié définitivement. Ce contexte est également valable pour les guides et les porteurs qui font les ascensions des camps de base et des sommets de plus de 7 000 m.
Quand on a l'occasion de discuter avec les porteurs en aparté, ils disent combien ils souffrent du transport de ces charges, que malheureusement ils ne savent rien faire d'autre faute de ne pas avoir d'école dans leurs villages, qu'ils sont comme condamnés à porter jusqu'à ce que leurs poumons éclatent. Avec un peu de recul, on les voit se voûter avec le temps et faire de "beaux" vieillards de 50 ans ou de 60 ans pliés en deux.
Vraiment, ces hommes sont méritants. Ils en bavent tellement.
Aujourd'hui, les charges remises aux porteurs diminuent parfois, c'est vrai. Mais je vois toujours, sur les sentiers du Solu
Khumbu, du
Langtang ou des
Annapurnas, des groupes d'une quinzaine de trekkers avec gourdes et appareil photo au cou et des porteurs loin devant ou loin derrière chargés chacun de 4 gros sacs à dos. Je n'insisterai même pas sur leur front perlé de sueur et de leur regard hagard au bord de l'évanouissement.
Tout ce que ces hommes portent permet à leurs employeurs de ne pas s'arrêter dans les nombreux lodges que l'on trouve presque partout au
Népal et de faire ainsi des dépenses qui pourraient enrichir l'économie locale et les priver de bénéfices conséquents. Combien de groupes installent leurs tentes au beau milieu d'un village sans y acheter une seule tasse de thé. Parfois même encore, ils laissent leurs déchets (boîtes à conserve et merde) à peine enterrés et il n'est pas rare qu'un bovin se blesse et meurt par infection. Le vétérinaire n'habite pas dans le coin, tout comme le médecin d'ailleurs.
J'ai un ami népalais, porteur devenu guide de trek aujourd'hui. Il m'a raconté son expédition autour du Dhaulagiri où il était en charge de la cuisine. Il devait donc porter son bardas de casseroles, de poêles, etc et bien sûr faire les repas. A près de 5000 m, une tempête de neige est survenue. Elle a duré 11 jours. Tous se sont accrochés aux tentes pour les empêcher de s'envoler. Certaines ont malgré tout été emportées. Les porteurs n'avaient pas d'équipements adaptés (vestes épaisses, lunettes de protection, sacs de couchage, chaussures de montagne...), certains cherchaient à glisser une jambe, un bras dans le sac de couchage de mon ami juste pour ne pas geler. Les types pleuraient, sûrs qu'ils allaient y rester.
Quand la tempête fut terminée, qui a ouvert la voie, retrouvé les sentiers dans la neige ? Les porteurs ! Pas les sirdars, ni les accompagnateurs étrangers. Ils ont risqué encore une fois leur vie, au mépris des crevasses, pour dégager la neige et ramener tout le monde à bon port. Certains guides ou porteurs ont été partiellement aveugles (par manque de lunettes), d'autres ont eu des orteils gelés. Certains ont eu la chance d'être évacués par hélicoptère. Cette expédition était organisée par une grande agence néo-zélandaise.
Il reste beaucoup à faire pour s'assurer que nous voyageons dans de bonnes conditions et pas au détriment des gens que nous sommes amenés à engager dans nos rêves de grande aventure.
Il faut pouvoir payer le juste prix : celui qui ne permet pas d'enrichir anormalement les agences occidentales, celui qui permet aux travailleurs de vivre et de faire vivre sa famille tout comme ce que nous essayons de faire ici quotidiennement en
France.
Je suis désolé si parfois le ton de ce mot paraît éventuellement moralisateur. Ce n'était pas mon but. J'ai juste souhaité rappeler des faits réels dans l'intention d'informer les consommateurs que nous sommes, comme Régis et d'autres.