J'ai vécu 5 ans et demi en
Colombie. J'y retourne et j'y retournerai. J'aime ce pays, j'y ai des amis.
Mais...
Mon point de vue a quelque peu changé depuis environ un an, et je n'en fais plus la promotion aussi aveuglément que par le passé.
Il est vrai que l'on est tenté de lutter contre les stéréotypes (
Colombie = guerrilla + narcotrafic + violence urbaine), mais en luttant contre ces stéréotypes réducteurs, on en vient à mentir aussi.
Je m'explique.
Je crois bien connaître le pays. J'y ai fait plusieurs boulots différents, dans des domaines variés. J'ai vécu principalement à
Bogota, mais aussi à
Cartagena,
Manizales et
Medellin, et je me suis promené autant que je pouvais aux 4 coins du pays dès que j'en avais le temps.
A mon retour en
France, j'ai accepté avec plaisir d'être personne ressource bénévole pour des étudiants de trois universités et deux IEP ayant des accords avec des facs colombiennes. J'ai donc conseillé aux étudiants hésitants d'aller en
Colombie, et aidé ceux qui étaient décidés sur le plan matériel (appartement etc.).
J'avais depuis un certain temps fait la promotion de la
Colombie pour le tourisme, et entraîné un certain nombre de personnes pour des vacances dans ce pays.
Or... Plusieurs d'entre eux ont eu des problèmes durant leur voyage, ce qui m'avait affecté, mais je me disais, comme on lit souvent sur les forums ("ils n'ont pas pris de précautions élémentaires, c'est de leur faute"). Et puis, fin janvier 2009, un étudiant arrive à
Bogota pour un semestre d'études à la Nacional. Je l'avais conseillé, aidé, rassuré, et trouvé une chambre en sous location chez des amis, à Suba (localité assez éloignée du centre, populaire, mais tout à fait fréquentable). Or, en février, s'est produit le renouveau d'un phénomène ancien appelé "limpieza social", principalement dans les quartiers populaires. Ce sont des milices qui tuent aveuglément des jeunes sous des prétextes divers (être dehors après la nuit tombée, boire de l'alcool etc.). Le frère d'un de mes amis a été tué dès le début de cette vague (comme des dizaines de jeunes).
Et alors, j'ai été saisi d'angoisse.
Suba faisait partie des quartiers touchés. L'étudiant que j'avais envoyé là-bas était en danger. Il savait qu'il se passait des choses graves, mais on a, avec mes amis, inventé un prétexte pour le faire déménager et l'envoyer en (relative) sécurité, dans le centre.
J'ai à ce moment pris conscience de l'ampleur des mensonges que j'avais faits depuis des années, de l'autopersuasion aussi dont j'avais fait preuve. De mon aveuglement.
En cinq ans et demi, j'ai été deux fois agressé avec des armes à feu. Plus quelques autres bricoles. Comme n'importe quel Colombien (sauf les plus riches, qui vivent dans des bunkers et dont les enfants vont à l'école avec des gardes du corps).
A mon retour, ces agressions sont restées secrètes. Pas un mot à ma famille, surtout.
La raison ? Ne pas les inquiéter (retrospectivement, et pour mes voyages futurs). Et aussi, j'affirmais que ces agressions n'étaient pas représentatives de ce que j'avaisi vécu en
Colombie. Je sortais le soir, je ne me "sentais" pas en danger en permanence etc.
Nous sommes nombreux, je crois à faire de tels mensonges.
Les Colombiens eux-mêmes minimisent souvent les agressions et vols dont ils ont été victimes.
Alors...
Lutter contre les préjugés, oui. Réhabiliter la
Colombie, sans doute.
Mais mentir, non, je ne le fais plus.
Dire, donc que la
Colombie est un pays magnifique, mais pas tout à fait un pays comme les autres.
Ceux qui disent que tout va bien en
Colombie, et que le pays est sûr :
- soit ne connaissent pas très bien le pays ;
- soit se limitent à une approche touristique très superficielle (le club med de Bagdad, s'il y en avait un serait sans doute très sûr), et se moquent de la réalité profonde du pays (or, à quoi bon voyager sans s'intéresser à cette réalité) ;
- soit voyagent en prenant des précautions énormes, incomparables avec celles qu'ils prennent dans d'autres pays.
Voilà.
A votre disposition pour des réponses, renseignements pour tous ceux qui ont un voyage certain prévu. Je n'enjolive plus la réalité, mais suis toujours ravi de donner conseils et coups de main.
Pour ceux qui hésitent, ce n'est plus moi qui les convaincrai. Je ne prends plus cette responsabilité.